Sur terre comme au ciel, récit d'un GR20
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Après avoir livré sur ce forum mon carnet d’un stage infirmier au Cambodge, je récidive pour partager avec vous mes notes prises sur le GR20, ce sentier qui coupe la Corse d’un trait de crayon et qui s’est acquis la réputation d’une des randonnées les plus rudes d’Europe. Classé au top 20 des meilleurs treks au monde selon le National Geographic et numéro un des 10 plus belles randonnées pour le Lonely Planet, il me tardait de me frotter moi aussi à ce trail et d’aller vérifier de mes yeux de quoi était faite la légende. C'est ce que j'ai fait en juin 2013.

Sur cette piste qui escalade et dégringole la montagne sur près de 180 kilomètres et plus de 13000 mètres de dénivelé positif, j’ai vécu des moments de grâce et d’autres où j’aurais voulu me coucher par terre et mourir. Partis à trois amis pour terminer ce trail, nous avons connu des hauts et des bas et… oh ! après tout, vous saurez bien assez tôt si nous sommes allés ou non au bout de l’aventure…

L’affaire n’est pas neuve et bien d’autres voyageurs ont livré le récit de leur GR20. Pourtant, chacune de ces histoires est unique et vaut la peine d’être vécue et racontée. Je vous propose donc de vous narrer la mienne, sans prétention, comme si nous avions le cul posé sur le banc d’un refuge ou sur la pierre dure d’une plaine chauffée au soleil méditerranéen. On y parlera vertus du nomadisme, esthétique de la randonnée, ascétisme de la marche, écologie sauvage, philosophie de bord de chemin et marche ultra-légère, entre autres choses…

Vous en êtes ? Alors pardonnez d'avance mes coquilles et chaussez vos chaussures de rando, nous partons sur ce chemin qui s’étire entre Conca et Vizzavona, en oscillant entre terre et ciel.

Aujourd'hui : l'introduction.
Audentes Fortuna Iuvat.
SM Smartdogs Veteran ·
Très belle mise en bouche !

Après cela, on est prêts pour la suite ... et même l'attente sera plaisir ! 🙂
" On voyait partout des sardines ... "
PA Pachyderme Veteran ·
chouette de la lecture pour demain, merci Benjamin🙂
https://youtu.be/Zf3BvhjWTKg?si=1YaiHFtGqzqgC54P
AU Audentes ·
Allez, histoire de mettre le récit en branle, voici déjà le premier jour de marche. Je m'excuse pour le nombre restreint et la qualité des photos : marche légère oblige, nous n'avions emprunté qu'un appareil compact aux qualités techniques toute relatives et sans batterie de rechange.

II Premiers pas

Lundi 24 juin 2013, Conca – Paliri

Le GR20, puisqu’il traverse la Corse en longueur, peut s’entreprendre de deux façons : du Nord au Sud ou inversement. Traditionnellement le plus emprunté, le premier a également la réputation d’être le plus difficile. Le départ du Sud, avec ses premières étapes moins pentues et la garantie d’un soleil dans le dos le matin, remporte les faveurs de ceux qui, comme nous, veulent d’abord se mettre en jambes. Pour rejoindre Conca, notre ville de départ, il nous faut donc commencer par traverser l’île en largeur. Notre budget ridicule d’étudiants fauchés nous oriente vers l’auto-stop mais les chauffeurs providentiels sont rares. Les heures s’égrènent dans le vide, comme les Ave Maria d’un chapelet, alors que nous arpentons les trottoirs surchauffés d’Ajaccio en espérant vainement qu’une âme charitable s’arrête pour nous embarquer. A la fenêtre d’un café, une coupure de journal jaunie par le soleil parle des bretons, « ce peuple frère ». L’heure est venue de vérifier si la sympathie des corses à notre égard est à la hauteur du mythe. Cérémonieusement, Guillaume hisse le drapeau régional sur un bâton de marche et l’agite fièrement tandis que j’attrape des crampes au pouce à force de faire signe aux voitures. Le résultat est à peu près celui escompté. A la vue du Gwenn-A-Du faseyant au-dessus de nos têtes, les parisiens en vacances nous dévisagent comme s’ils assistaient à une manifestation des Femen, les Bretons nous hèlent avec de grands sourires mais sont déjà trop nombreux dans leurs voitures et les Corses, voyant en nous des compagnons de lutte indépendantistes, s’offrent de nous avancer de quelques kilomètres. Ils s’imaginent peut-être que le FLB continue à envoyer des balles de 9 mm sous enveloppe aux élus locaux et fait toujours sauter des antennes relais. Nous décidons de ne pas les détromper et profitons de leur sympathie. De voiture en voiture, nous faisons connaissance en douceur avec le célèbre trek qui nous attend. Le regard vers les montagnes qui ceinturent le paysage, nous discutons avec nos chauffeurs d’un jour. Ici, tout le monde connait quelqu’un qui a trainé ses savates sur le GR20. Un ami, un cousin, un collègue… nous rencontrons même certains de ces fadas qui l’ont emprunté plusieurs fois, comme s’il s’agissait d’un film d’auteur complexe qu’il faut visionner plusieurs fois pour en comprendre tous les rouages. L’un de nos bons samaritains, au visage dévoré par une barbe buissonnante, a même parcouru le chemin sous la neige, en plein hiver. Dans sa camionnette pétaradante qui grince de tous ses boulons dans les virages, il nous traite de fous en nous regardant d’un œil attendri. L’après-midi glisse tranquillement sur les versants de l’île de beauté. La fournaise de la journée laisse déjà place à la douceur du soir, qui rentre par les vitres baissées comme un sirop en nous apportant des senteurs de garrigue et d’herbes sèches. Grâce à ces sauts de puce de sept lieux, nous arrivons finalement au pied de la montagne. Abasourdis et excités, nous débarquons à Conca, là où tout commence.

En vue du gîte d’étape, nous mettons notre étendard en berne : les hermines ont fait leur boulot et il nous faut maintenant trinquer à l’aventure autour d’une bière de châtaigne bien fraiche. _ « Alors, ça y est ? », nous lance la serveuse d’un air absent en déposant le saint-breuvage. Puis, levant les yeux : _« Ah non, vous partez, pardon. » Un coup d’œil à la ronde suffit pour comprendre. Barbes de trois jours, godillots défoncés et bronzage Tour-de-France : nous sommes encore loin de ressembler aux baroudeurs ayant crapahuté deux semaines dans la montagne. Surexcité, je passe une nuit à rêver de l’étape du lendemain, impatient à l’idée de laisser au niveau de la mer les myriades de moustiques qui se dévouent pour nous alléger de quelques millilitres supplémentaires. A l’aube, nous sommes réveillés par un branle-bas de combat général. Le concert des fermetures éclairs et les popotes qui s’entrechoquent nous donnent l’impression que la trentaine de randonneurs présents la veille lèvent le camp en même temps. Dans un demi-sommeil, j’envisage un instant l’hypothèse d’une attaque de sangliers, avant de comprendre la leçon : sur le GR20, on se lève tôt pour éviter de marcher sous le cagnard.

Bon gré mal gré, notre trio s’ébroue, aboie un cri de guerre pour la forme et se met en marche. Les premières heures de progression sur le sentier sont laborieuses. Muscles et ligaments sont pris au dépourvu, en flagrant délit de manque d’entrainement. Notre préparation physique bâclée ne laissera pas d’autres choix à nos corps que de muer pour ne pas rompre face à l’effort. Nous grimpons inlassablement, projetant nos silhouettes quadrupèdes – deux jambes et deux bâtons – sur la falaise que longe la piste. L’effort se prolonge, n’en finit pas et s’étire comme un cours de solfège austère. Péniblement, j’apprends mes gammes en crevant d’envie d’entendre la symphonie de la marche qui efface le souvenir des courbatures et des articulations endolories. Les heures passent et le refuge n’apparait pas : un peu groggy par l’effort, je me persuade que nous l’avons dépassé sans le voir et que nous allons commencer notre périple par une marche forcée à la frontale pour atteindre le suivant. En piétinant dans la rocaille, je me dis qu’on n’a pas fini d’en voir. Sur la carte, la distance à parcourir pour terminer l’étape tient entre deux doigts et il me parait invraisemblable de peiner autant pour avaler quelques malheureux centimètres de papier. Une réflexion pour les cartographes : tant que vous utiliserez des échelles si petites, les rêveurs continueront à s’imaginer pouvoir engranger les kilomètres sans se fatiguer.

Alors que l’enthousiasme général décline en même temps que le soleil, le sentier s’élargit et débouche finalement sur une plaine boisée où fleurissent les tentes quechua. Nous sommes arrivés au refuge d’ I Paliri et nous avons officiellement abattu 7% de notre parcours total… La vue sur la montagne est à couper le souffle. Je reste longtemps à observer les alentours, comme si mes rétines devaient s’imprimer de ces pentes abruptes et de ces sommets lointains avant de passer au panorama suivant. Les yeux hagards, je prépare alors des quantités de pâtes invraisemblables pour apaiser notre faim pantagruélique. Un peu effrayé devant l’effort qu’il nous reste à fournir, je repense au corse rencontré hier qui nous traitait de fou avec un demi-sourire. Avait-il raison ? Etait-ce bien raisonnable de partir pour cette randonnée si particulière ? Ce soir-là, en allant jeter ma carcasse rompue sous le tarp qui nous sert d’abri, je repense à une phrase de Tesson : « En voyage, le premier jour on se demande pourquoi on est parti, les autres jours on se demande comment rentrer."
Audentes Fortuna Iuvat.
ML Mlefevre Globetrotter ·
Pas besoin de photos! Le texte est un régal! Merci Benjamin! Marie
Nos voyages en images : https://www.sibellelaterre.fr/
CH Chnoupi Globetrotter ·
Quelle plume ! Tu es étudiant en quoi pour écrire de la sorte ?
"Celui qui a atteint son but a manqué tout le reste"
DO Dolma Globetrotter ·
Bonjour Benjamin,

Je m'étais déjà régalée avec ton carnet cambodgien en étant restée silencieuse mais là, c'est pas possible, je ne peux plus me taire ! T'es trop fort 🙂 ! Un magnifique écriture qui fait qu'on se passe parfaitement des photos (en plus je ne suis pas fan des carnets avec photos, alors ça tombe bien...) et qui nous fait voyager avec originalité entre sourires et soupirs... Un vrai plaisir de lecture.

Et puis quand on fait référence à Sylvain Tesson... Je ne peux qu'accourir 😇.

J'ai bien hâte de parcourir ce G20... en te lisant, ce sera parfait pour mes mollets !

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...
GA Gallus ·
Bravo encore pour ce texte! L'écriture est vraiment top! C'est un vrai feuilleton. A la vue des récits qu'on trouve sur ce site et aux belles randos que j'ai eu la chance de faire, on se rend compte que la planète est pleine de "petits coins de paradis". En fait, tous ceux qui voyagent traversent le paradis, même si de temps en temps il faut passer... par le purgatoire, amen.
Gallus
LA Lacalo Globetrotter ·
Parcourir ce fameux GR20 derrière mon écran sous ta si belle plume, ce n'est pas fatigant et c'est un vrai régal... Bravo pour ton écriture, surprenante pour ton jeune âge.

J'espère qu'il y aura encore beaucoup d'étapes ...😏
" Nous ne saurons jamais tout le bien qu'un simple sourire peut être capable de faire." Mère Teresa
SM Smartdogs Veteran ·
C'est bien, petit ... continue ! 🙂

Et prends surtout bien ton temps : tout va bien ! 😎
" On voyait partout des sardines ... "
AU Audentes ·
Merci à tous pour vos commentaires ! J'en profite comme à mon habitude pour répondre à certains d'entre vous, en attendant le prochain épisode...

Quelle plume ! Tu es étudiant en quoi pour écrire de la sorte ?

A l'époque de cette odyssée corse, je terminais mes études en soins infirmiers, avec un parcours un peu particulier, certes, car après un bac littéraire... Aujourd'hui je suis infirmier pour de bon !

Un vrai plaisir de lecture. Et puis quand on fait référence à Sylvain Tesson... Je ne peux qu'accourir

Merci pour ce beau compliment, c'est d'autant plus encourageant quand cela vient de quelqu'un qui écrit soi-même et avec qui j'ai des références en commun.

En fait, tous ceux qui voyagent traversent le paradis, même si de temps en temps il faut passer... par le purgatoire, amen

Je ne te le fais pas dire : tout l'intérêt est dans cette alternance entre souffrance et moments de grâce. Et la fessée n'est pas finie...

J'espère qu'il y aura encore beaucoup d'étapes ..

Merci, ça veut dire que ce n'est pas trop pénible à lire. Pour ce qui est des étapes à venir, tu te doutes que je vais garder le suspens ! tout au plus puis-je te confier que la fin de cette aventure n'est pas celle que j'avais imaginée en pensée avant le départ...
Audentes Fortuna Iuvat.
RO RoyalEvasion Regular ·
salut ! un régal de te lire... je m'y vois encore et ce rêve reprend forme. J'attends la suite avec impatience !!
On ne voyage pas pour se guérir de soi, mais pour s'aguerrir, se fortifier, se sentir et se savoir plus finement... Michel Onfray
AU Audentes ·
Nouvel épisode...

Mardi 25 juin, Paliri – Asinao

Il y a de la magie à l’œuvre dans une bonne nuit de sommeil. Vidé de mes forces et le moral en berne après une première journée à suer ma motivation sur les pentes du GR, je me réveille avec une féroce envie d’en découdre. Un coup d’œil aux mines réjouies de mes compagnons de route accueillant le lever du soleil suffit à me confirmer qu’ils partagent mon sentiment. A défaut de déplacer les montagnes, la journée à venir s’annonce assez belle pour les arpenter avec ardeur. Sur le sentier et au bivouac, les échanges avec les autres randonneurs étoffent notre connaissance du sentier. Ils nous parlent avec déférence de ce monstre bicéphale qu’est le GR20, détaillant les longues étapes bucoliques du Sud ou la plainte du vent dans les cols glacés plus au Nord. Comme la tragédie et ses masques, notre marche est affaire de dualismes : Terre et Ciel, Sud et Nord, Euphorie et Souffrance. Pour le moment, je me contente d’apprécier ces premiers kilomètres qui nous font traverser plaines d’altitude et vallées boisées dans une succession de lacets imprévisibles. Les géologues, ces poètes qui s’ignorent, nomment cette région au sous-sol granitique la Corse cristalline.

Peu à peu, j’en viens à prêter au chemin des propriétés surnaturelles. Manifestement, il s’amuse à me faire grimper et redescendre aussitôt, trotter puis marcher au pas comme un bourrin obéissant. Chaque heure apporte son lot de changements subtils. En s’élevant vers les cols, les forêts de pins laissent place aux fougères arborescentes, puis viennent les arbustes, les plantes rases, les prairies et enfin, quand s’annonce la crête chauve d’un passage frôlant les 2000m, même l’herbe rechigne à pousser dans un royaume dévolu au minéral. Sur ces sommets fouettés par les bourrasques, seuls les lichens tiennent compagnie aux pierres, en humbles ambassadeurs d’un monde végétal qui prospère dans les vallées. Et dire que dans les Alpes, les vaches broutent à la même altitude ! A force de dénivelé, on en vient à parcourir plusieurs fois la distance qui sépare à vol d’oiseau le départ de l’arrivée. Un genre de lapalissade qui se traduit par de longues heures de marche à méditer sur les vertus de la ligne droite. Sur le chemin qui mène au refuge d’Asinao, des crêtes couleur de brique nous toisent. Avec leurs airs de montagnes américaines, les Aiguilles de Bavella contemplent les nuages comme si elles avaient l’éternité pour le faire. A leurs pieds, de petits insectes avancent péniblement en levant la tête et envient ces épines immortelles qui tutoient le ciel. Une définition à proposer aux anthropologues : les hommes sont à la planète ce que les plantes sont au flanc des montagnes, des opportunistes qui cherchent à se faire une place au soleil.

Au fil de notre trait de crayon sur la carte IGN, j’ai tout le temps de méditer sur mon nouvel emploi du temps. La randonnée ramène l’homme à des verbes d’actions archaïques : marcher, escalader, boire, manger, dormir, se chauffer. Intransigeante, elle nous renvoie à l’essentiel à grand coups de pied dans le fondement en nous dépouillant du superflu. Quand vient le moment de rallier l’étape, la vie ne se conjugue plus avec avoir : enfin déconnectés d’un monde où il faut être constamment occupé et partout joignable, le chemin rend l’Homme à lui-même. Le temps qui passe d’ordinaire si vite s’épaissit tout à coup, coagule et me laisse libre de remplir les minutes et les heures au gré de mon imagination. La fatigue aidant, chacun laisse son esprit vagabonder au fil de la marche. Le mien est comme un chien mal dressé : je lui jette au loin des idées qu’il rapporte ou pas selon l’humeur. Pour tromper son ennui quand la marche se prolonge, tous les moyens sont bons. J’occupe souvent mes matinées à discuter et chanter de vieux folk songs, pour ensuite passer l’après-midi dans la contemplation et la réflexion. Dans ces paysages de la démesure, même la plus petite occupation demande qu’on y consacre une énergie disproportionnée. Ce matin, j’ai débattu pendant plus d’une heure avec Guillaume de la stratégie militaire britannique en Afrique du Nord durant la deuxième Guerre Mondiale. En trébuchant dans les montées, nous nous sommes finalement mis d’accord pour conclure que les choix tactiques des anglais étaient les bons mais que si Rommel avait été correctement approvisionné durant tout le conflit, les allemands leur auraient infligé des pertes autrement plus sévères. L’aire de campement apparait soudain derrière un monticule boisé. Comme de juste, les derniers mètres à franchir sont les pires, peut-être pour mieux faire apprécier la joie indicible qui consiste à s’asseoir contre une pierre et ne plus bouger d’un pouce ?
Audentes Fortuna Iuvat.
AU Audentes ·
Allez, fidèle à mon rythme d'un épisode tous les deux jours, je vous livre une nouvelle journée de marche sur le GR.

Mercredi 26 juin, Asinao – Usciolu

Levé de bonne heure, je m’affaire en maugréant contre le froid matinal et les prix indécents pratiqués par les gardiens de refuge. A Paliri, le gardien un peu rêveur nous avait fait payer le prix de l’emplacement occupé par notre toile de tente mais à Asinao, la déconvenue est de taille. Le gérant, un Ours à l’œil dur et aux cheveux gras, s’est montré intraitable : peu importe le nombre de tentes, chaque randonneur doit payer sa place. Notre budget bivouac vient d’être multiplié par trois ! Devant mon air défait, le gardien se sent d’humeur carnassière et m’explique qu’il se doit en plus d’encaisser la différence de prix liée à l’erreur de son collègue d’hier. La coupe est pleine et je pars sans céder au chantage, en lui suggérant à voix basse d’aller chercher son argent dans un endroit où le soleil ne brille jamais. Je me souviens alors des commentaires de certains randonneurs aigris devant l’évolution récente du trek . La fréquentation du sentier de Grande Randonnée ayant explosé, le Parc Régional de Corse a en effet interdit le bivouac hors des refuges pour éviter la pollution et les départs de feu accidentels, servant ainsi un monopole sur un plateau aux auberges d’altitude qui en jalonnent le tracé. De plus en plus encadré, de plus en plus accessible, le Fra Li Monti devient une sorte de parc d’attraction pour classes moyennes en mal de sensations fortes. Des forfaits tout compris proposent le portage des sacs, les nuits en refuges et les repas chauds : certains se paient ainsi un GR20 comme d’autres une semaine en cinq étoiles à Djerba ou une croisière sur le Nil. Partis en autonomie, notre trek me parait bien plus authentique et surtout beaucoup moins onéreux mais après tout, l’essentiel est de prendre la route.

J’improvise un conseil de guerre avec Guillaume et Camille : au train où vont les choses, nos finances ne tiendront pas une semaine. Il faut trouver une voie détournée ou se résigner à rentrer la queue basse par manque de liquidités. Je plaide la cause du bivouac sauvage qui, bien que passible de fortes amendes en cas de flagrant délit, présente l’insigne avantage d’être gratuit le reste du temps. Guillaume se montre réservé, redoutant les montages de tente « commando » et les réveils matinaux par une paire de gardes forestiers corses dépourvus de sens de l’humour. Cependant, lui aussi est malade à l’idée de devoir débourser tous les soirs une petite fortune pour poser la tente que nous avons-nous-mêmes portée toute la journée. Pour finir, nous tombons d’accord pour limiter le racket des refuges avec une ruse éculée. Au lieu de nous présenter tous les trois pour régler la note avant de s’installer, nous arriverons désormais à deux. Le troisième larron arrivera en douce quelques minutes plus tard et fera en sorte de ne pas trop sortir de la tente avant la nuit tombée. La cohue sur les aires de bivouac devrait faire le reste.

Sans nous laisser abattre, nous tournons le dos au campement et commençons notre journée par l’ascension d’un « mur » qui nous propulse en moins de deux heures au sommet du Monte Incudine, le premier 2000m du parcours. Sur la tête de ce géant, la vue est splendide. Les cimes alentours dessinent un labyrinthe torturé dont les vallées sont les chemins et impasses. Au loin, la Méditerranée n’est plus qu’une simple tâche d’un bleu céruléen, comme figurée en fond de tableau par un peintre inspiré. Nous redescendons ensuite pour traverser des prairies verdoyantes entrecoupées de cours d’eau. Le paysage est si féérique qu’on s’attendrait presque à voir surgir un hobbit au sommet d’une butte pour nous demander ce que nous faisons dans son jardin. Le soleil, joueur, dessine des figures géométriques sur les corps en utilisant la mélanine comme pigment et les vêtements comme pochoir. Aux heures les plus chaudes, il suffit d’oublier sa montre à son poignet pour la voir imprimée en négatif pendant plusieurs jours. Monts et vallées se succèdent, les pics dominant le sentier écrasant de leur majesté ceux qui l’empruntent. Les rivières, ces femmes fatales, font de l’œil aux marcheurs en surchauffe lors de la pause méridienne. Faut-il succomber à l’envie de plonger dans leur eau glacée ou bien renoncer et poursuivre sa route sous un soleil de plomb ?

Petit à petit, la vie que nous menons au fil du trek vient abroger celle d’avant. Les gestes du bivouac deviennent des automatismes, les bâtons de marche un prolongement des bras et le pied commence à sentir d’instinct où il peut se poser sans risque. La faim, cette vieille tortionnaire qui nous court après toute la journée, finit par devenir familière à défaut d’être sympathique. Quand chaque gramme compte, la nourriture emportée est rationnée et l’organisme peine à s’adapter à ce nouveau traitement. Paradoxalement, nous mangeons moins qu’en temps normal, alors que nous brûlons beaucoup plus de calories. Il me reste à m’habituer à cet estomac qui gronde et à cette boule qui me tord le ventre, une heure ou deux seulement après avoir englouti un repas.

Dans l’après-midi, le temps se gâte. De gros nuages sombres s’amoncellent à l’horizon et se dirigent dans notre direction. Nous hâtons le pas mais l’orage a tôt fait de nous rattraper. Des trombes d’eau s’abattent soudain, nous obligeant à trouver refuge sous notre toile de tente, dans les jupons d’un grand chêne planté dans la prairie. L’air se rafraichit sensiblement, tandis que nous attendons la fin du déluge en repensant aux ponchos que nous avons refusé d’emmener (trop lourds !). La pluie ne s’arrête pas mais faiblit suffisamment pour que Guillaume reparte en nous entrainant à sa suite. Sur le sentier, quelques salamandres que ce temps ravit nous regardent passer d’un air étonné. Les mains emmitouflées dans mes chaussettes de rechange pour les protéger du froid – les gants aussi étaient trop lourds -, je piétine au milieu de notre file indienne en espérant à chaque sommet apercevoir le toit du refuge. Nous marchons plusieurs heures sur des crêtes battues par le vent et la pluie. Détrempé, le chemin suinte une boue qui adhère aux semelles et leur ôte toute propriété antidérapante sur les dalles rocheuses glissantes. Régulièrement, il faut ranger les bâtons pour désescalader une paroi abrupte où il ne ferait pas bon dévisser. Alors que je commence à me demander si nous sommes suffisamment équipés pour faire face à ces conditions, je me fais dépasser par un garçon d’à peu près mon âge, vêtu d’un short et d’un t-shirt. Il avance tranquillement, hésitant parfois une seconde quand ses tongs humides dérapent en couinant sur la roche lisse. Sur son dos, un duvet d’été se balance vigoureusement au bout d’un petit sac en toile minuscule. Vexé, je redouble d’effort et nous atteignons enfin le refuge d’Usciolu, vissé à 1750m sur le flanc de la montagne comme un piton sur un mur d’escalade.

Les premiers arrivés étant les premiers servis, notre apparition tardive nous condamne à planter la tente sur un minuscule emplacement parsemé de crottes de chèvres et d’affleurements rocheux. Déterminé à tenter notre nouvelle combine, je vais payer ma place avec Camille en prétendant que nous voyageons en couple. Sans nous regarder, le gardien encaisse sa dîme et nous tend un panneau marqué d’un « 2 » bien visible, à placer devant notre tente. Il m’explique d’un air blasé que lui et ses collègues passent dans les rangs le soir pour les relever et s’assurer qu’il n’y a pas de resquilleurs. Trop fatigué pour m’inquiéter, je jette le panneau devant notre tarp et part nous chauffer de l’eau. Complètement gelé, j’avale des nouilles debout en tentant de me réchauffer contre la flamme du brûleur. Puisque Camille grelotte aussi, je lui laisse mon sac de couchage, prévu pour une température avoisinant les 10°C et prend le sien, un 15°C. Cette nuit-là, il gèle et je suis si transi de froid que je dors en position fœtale, tout habillé et enroulé dans la couverture de survie. Le sol est très pentu et malgré mes efforts pour rester immobile, je glisse continuellement à l’extérieur de la tente et doit me tortiller comme un ver pour retourner sous l’abri. Dans le ciel d’un noir d’encre, les étoiles semblent des diamants dans leur écrin de nuages. Indifférentes aux affaires des hommes, elles luisent dans la nuit tandis que dans mon crâne s’entrechoquent des rêves de gueuletons et de bains brûlants. A intervalles réguliers, mon corps s’agite de tremblements incontrôlables tandis que mon cœur bat à tout rompre. J’ai déjà eu froid dans ma vie mais là, je n’en mène pas large. La bonne nouvelle c’est que l’hypothermie légère n’est pas dangereuse pour un sujet jeune en bonne santé. La mauvaise c’est qu’avec elle, les nuits sont longues. Comme disait Monod, « on n’en meurt pas mais ça pique quand même » ! A un moment, j’entends des gens marcher autour des tentes et s’arrêter pour ramasser les petits panneaux numérotés. Devant notre abri conçu pour deux adultes de petite taille, le gardien n’a heureusement aucune idée qu’à l’intérieur sont entassés trois randonneurs avec leurs sacs. Somnolent par épisodes, j’atteins finalement l’aube avec l’impression d’avoir été roué de coups.
Audentes Fortuna Iuvat.
LA Lacalo Globetrotter ·
Bonjour,

Merci encore pour cette journée si joliment racontée ...

Des trombes d’eau s’abattent soudain, nous obligeant à trouver refuge sous notre toile de tente, dans les jupons d’un grand chêne planté dans la prairie

N'est ce pas dangereux de s'abriter sous un arbre ? J'ai entendu dire que la foudre frappe souvent les montagnes corses...
" Nous ne saurons jamais tout le bien qu'un simple sourire peut être capable de faire." Mère Teresa
CH Chnoupi Globetrotter ·
Effectivement, sous un arbre et à découvert, ce n'est pas à faire lors d'un orage !
"Celui qui a atteint son but a manqué tout le reste"
SM Smartdogs Veteran ·
Les coups de foudre sous les grands chênes corses ne sont pas dangereux ...
" On voyait partout des sardines ... "
LA Lacalo Globetrotter ·
Ah bon ??? Enfin si tu le dis...😇
" Nous ne saurons jamais tout le bien qu'un simple sourire peut être capable de faire." Mère Teresa
CH Chnoupi Globetrotter ·
Les coups de foudre sous les grands chênes corses ne sont pas dangereux ...

T'as raison, surtout si c'est pour une belle bergère esseulée 😊 ... Mais attention au fratellu qui surveille !
"Celui qui a atteint son but a manqué tout le reste"
AU Audentes ·
N'est ce pas dangereux de s'abriter sous un arbre ? J'ai entendu dire que la foudre frappe souvent les montagnes corses...

C'est vrai que ce n'était pas la meilleure idée pour laisser passer l'orage ! Durant l'averse, je guettais les nuées avec un regard anxieux, prêt à déguerpir au moindre éclair suspect. Finalement la foudre n'est pas tombée cet après-midi là...
Audentes Fortuna Iuvat.
LA Lacalo Globetrotter ·
Finalement la foudre n'est pas tombée cet après-midi là...

Ah, je suis rassurée ... On aura donc la suite du récit !😉
" Nous ne saurons jamais tout le bien qu'un simple sourire peut être capable de faire." Mère Teresa
DO Domi84 Regular ·
Je n'ai qu'un mot à dire : BRAVO.....

Pour l'exploit physique mais aussi, et surtout, pour ce magnifique récit...tu devrais en faire un livre !!

Bonne continuation.
La plus perdue des journées est celle où l'on n'a pas ri.

Domi
RO RoyalEvasion Regular ·
Bonjour Benji ! les conditions étaient plus que spartiates !! marcher en ayant faim et mal dormi.... pas terrible ! je dormais sous ma tente mais je faisais au moins un bon repas le soir ce qui me permettait d'avoir aussi, des contacts. J'ai toujours su que le premier arrivé = premier servi, donc je partais à l'aube, sans bruit... (pas de queue aux sanitaires à l'arrivée)... Un peu de bruine au départ de Capanelle un ciel menaçant en arrivant à Usciolu, Prati et Manganu ; un sol détrempé à Petra Piana, mais jamais une averse ! je n'ai donc pas testé les dalles pentues et glissantes. Je suis partie 5 jours avant vous. j'ai juste eu à traverser des névés glacés le matin en partant de Pietra Piana et se transformant en soupe (pas plus rassurant) l'après midi. Vous auriez dû, pour les campements, vous arrêter dans les bergeries (par exemple Asinao) l'accueil y est excellent m'a t-on dit, reste à vérifier les tarifs... si c'est à refaire... J'attends le prochain épisode pour refaire l'aventure mentalement !! merci d'avance...
On ne voyage pas pour se guérir de soi, mais pour s'aguerrir, se fortifier, se sentir et se savoir plus finement... Michel Onfray
AU Audentes ·
Comme quoi, à cinq jours prêts, on se seraient croisés aux refuges ! Ceci étant dit, je n'avais pas ton courage pour les levers à la première lumière... Merci pour tes encouragements à continuer mon récit, en tout cas !

les conditions étaient plus que spartiates !! marcher en ayant faim et mal dormi.... pas terrible !

Deux réponses, tout de même, pour aborder une question qui me passionne pas mal.

Déjà, tout est relatif. Selon qu'on le compare à une randonnée dominicale par grand bleu dans le bocage normand ou à une marche forcée à travers le Népal en carburant aux nouilles instantanées, le GR20 tel que je le décris dans ces premières pages apparait soit comme une expédition engagée, soit comme une belle tranche de rigolade. Le fait est que pour nous, la gifle a sonné longtemps à nos oreilles !

Ensuite, si on veut bien admettre que les conditions de notre randonnée étaient raisonnablement spartiates, c'est-à-dire plutôt rustiques malgré tout, il y a à mon sens trois raisons qui l'expliquent.

1) La nature du projet. La marche en autonomie ou semi-autonomie, associée au bivouac, reste une activité à part en ce qui me concerne. Elle signe une volonté de s'affranchir de temps à autre, non pas de tout confort, mais de celui dont on peut se passer sans pour autant rentrer dans la survie... Randonner avec tout son appareillage électronique et les panneaux solaires pour le recharger se fait, mais je le comprends assez mal, un peu comme j'ai du mal à cerner le projet de ces personnes qui vont à la plage mais cherchent à se protéger par tous les moyens du sable, du vent, du soleil et de la marée montante.

2) La marche légère. Loin d'être simplement un moyen de marcher plus loin, plus vite et plus agréablement (ce qui n'est déjà pas mal en soit), il s'agit d'un principe auquel je suis attaché, car il oblige à la réflexion. Chaque objet emporté doit être absolument indispensable, compter parmi les plus légers de sa catégorie et remplir plusieurs usages. Dans notre cas, il devait être aussi bon marché. Par exemple, mon chèche pouvait servir de protection contre le soleil, de bonnet contre le froid, de vêtement, de manique pour me saisir de la popote brulante (le manche était trop lourd), de serviette de toilette ou encore de filtre à eau... Il s'agit donc d'un concept qui mêle pragmatisme et philosophie et que je trouve très stimulant. Ceux que ça intéresse peuvent aller faire un tour sur http://www.randonner-leger.org/

3) Les imperfections de nos checklists et de notre entraînement, enfin. Sans entrer dans le détail, ce sont des éléments qui jouent dans la perception des aléas du voyage et donc dans la manière de les relater. Nul doute que cette nuit à Usciolu, l'une des pires de ma vie, n'aurait pas ému pour deux sous certains des auteurs dont j'ai lu les récits de voyage !
Audentes Fortuna Iuvat.
AU Audentes ·
Nouvelle journée, nouvelle étape...

Jeudi 27 juin, Usciolu-Prati

Après un petit-déjeuner pris à la hâte, nous reprenons la route afin de nous réchauffer au plus vite. Je me fouette mentalement pour avancer, un peu honteux au souvenir de mes émois de la nuit passée. Camille a mal dormi elle aussi et doute de notre capacité à mener le périple à son terme. Notre belle assurance des débuts a pris froid et le doute, sournoisement, s’est installé. Si nous n’y prenons pas garde, il peut nous miner complètement et nous arrêter en plein élan plus surement que ne le ferait la fatigue ou une blessure. Guillaume, quant à lui, doit avoir du sang viking dans ses veines de breton car il avance la tête haute et sans émettre une plainte. Marchant à quelques mètres devant nous, il prend le rôle du guide et c’est à lui que revient la tâche de repérer les balises du chemin. Je me contente d’avancer, la tête complètement vide, en guettant les moments où sa tête surgit derrière un rocher pour m’élancer à sa suite. La beauté terrible de la marche réside peut-être dans son honnêteté : impossible de se soustraire aux obstacles du parcours à moins de jeter l’éponge. Comme aimait à le rappeler le même Théodore Monod : « on ne triche pas avec les kilomètres, il faudra les avaler intégralement. »

Petit à petit, la répétition du mouvement distille son opium. Marcheurs, pagayeurs, cyclo-voyageurs et surfeurs connaissent bien cette hypnose qui s’empare de l’esprit et le dissocie d’un corps qui semble fonctionner en pilote automatique. Puisque mes jambes avancent toutes seules, j’en profite pour essayer de trouver les raisons qui m’ont poussé à vouloir réaliser ce trek. Quand on passe entre 5 et 8 heures par jour à marcher, on a le temps de se demander pourquoi. Au fil des kilomètres, des éléments de réponse se profilent comme des mirages. Peu à peu, je comprends que l‘immobilité m’effraie. J'éprouve une trouille déraisonnable devant ces existences cloisonnées, ces vies occupées à travailler pour rembourser les crédits et à s’endetter pour s’évader du travail, tout en essayant de se convaincre que les trimestres accumulés finiront bien par aboutir à une retraite méritée. J’ai vu trop de jeunes et de moins jeunes fauchés en plein élan par l’accident ou la maladie pour pouvoir tracer des plans sur la comète et parier sur l’avenir. Travailler dans un hôpital, ça tue le procrastinateur qui sommeille en vous. Comme les cyniques grecs et les moines errants du bouddhisme, j’aspire à me réapproprier le temps présent afin d’en presser le jus, de me repaître de cette essence vitale qui habite les plaisirs simples. A l’école du vagabondage, la lenteur et l’effort sont une philosophie qui permet d’entrevoir ce qui a du sens et de reconnaître les fausses pistes qu’on nous présente trop souvent comme des voies d’accès au bonheur.

Au fur et à mesure que la journée s’avance, la brûlure du soleil se fait lancinante. Les frissons de la nuit passée sont déjà bien loins et je n’aspire plus qu’à une chose : m’étendre à l’ombre et boire un litre d’eau fraiche. Au lieu de ça, j’avance mollement sur un tapis de pierres incandescentes en prenant garde à ne pas vider trop vite mon camelbak. Le silence se fait peu à peu, seulement rompu par le bruit de nos pas et de nos respirations. Notre file indienne s’étire imperceptiblement, comme si chacun reconnaissait aux autres le droit de se retrancher dans une solitude nécessaire. En traversant de grands espaces desquels l’homme semble absent, la nature se voit personnifiée par ceux qui se remettent à son bon vouloir. Je comprends sans peine pourquoi les Hommes ont peuplé leurs sous-bois de créatures fantastiques, des korrigans de la lande celte aux kamis des forêts nippones. Il existe des géographies si tourmentées, des pays si impressionnants, que les croire habitées d’êtres surnaturels est une affaire de logique.

Pour désigner un col, les corses parlent de bocca. Le terme est bien choisi tant ces gueules béantes dans les parois semblent se repaître des humains qui s’y engagent en les engloutissant un à un. Nous franchissons ainsi les cols de Laparo et de Rapari, cheminant toujours un peu plus loin en suivant les méandres du sentier. Au terme d’une énième ascension, l’horizon se dégage subitement. Le refuge de Prati trône sur un plateau perché à 1800m d’altitude. Au loin, la vue se perd dans une forêt d’éperons rocheux piquetés de neige, qui virent à l’incarnat à mesure que le soir s’avance. Après mes ablutions sous le filet d’eau froide de la source, je m’assois sur l’herbe et m’abîme dans la contemplation de ce tableau vivant. La brume remonte doucement de la vallée contre le flanc de la montagne, portée par des courants ascendants. Quand le soleil a finalement disparu derrière les cimes, je pars me coucher sans bruit, comme si le spectacle offert imposait un silence de messe.
Audentes Fortuna Iuvat.
SM Smartdogs Veteran ·
On ferme les yeux ... et on s'y voit ! 🙂
" On voyait partout des sardines ... "
KO Kola Globetrotter ·
Et il y en a qui pensent que marcher... c'est juste mettre un pied devant l'autre.
PA Pachyderme Veteran ·
"Il existe des géographies si tourmentées, des pays si impressionnants, que les croire habitées d’êtres surnaturels est une affaire de logique. " yesss, 🙂 2 jours d'attente??
https://youtu.be/Zf3BvhjWTKg?si=1YaiHFtGqzqgC54P
CH Chnoupi Globetrotter ·
On ferme les yeux ... et on s'y voit ! 🙂

Faudra que tu expliques comment tu fais....😏
"Celui qui a atteint son but a manqué tout le reste"
LA Lacalo Globetrotter ·
Les paysages étaient ils au moins beaux ? 😮
" Nous ne saurons jamais tout le bien qu'un simple sourire peut être capable de faire." Mère Teresa
RO RoyalEvasion Regular ·
Je n'ai pas pu m'empêcher de retourner sur mes photos pour te suivre à la trace et revivre des moments forts... - en partant de Conca, la première brèche - sur le Monte incudine, super panorama - promesse de refuge, mais Usciolu se fait désirer - j'ai mérité le ciel ! - Prati et son tour d'horizon...
On ne voyage pas pour se guérir de soi, mais pour s'aguerrir, se fortifier, se sentir et se savoir plus finement... Michel Onfray
DO Dolma Globetrotter ·
Dis, Benjamin, as-tu, à un moment ou à un autre, aimé être là où tu étais et aimé faire ce que tu faisais 😮 ? Non non je ne me moque pas, je m'inquiète juste pour ta santé physique et mentale sur ce GR20 qui semble n'être à ce point que souffrance 😛 !

Je plaisante (quoique...), ton récit palpitant, ton écriture magnifique et tes réflexions entre sagesse et inconscience (si si parfois) montrent qu'il n'est pas toujours facile d'aller au bout de ses choix...

J'ai hâte de mettre encore mes pas dans les tiens (en lecture, c'est parfait pour moi) 🙂.

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...
AU Audentes ·
Les paysages étaient ils au moins beaux ?

Dis, Benjamin, as-tu, à un moment ou à un autre, aimé être là où tu étais et aimé faire ce que tu faisais ?

Et bien, vous n'y allez pas avec le dos de la cuillère, mes cochons ! Bien sûr que j'ai aimé ce que je faisais, même après une longue journée à en baver dans la caillasse... c'est tout le paradoxe du trail : il vous rend la vie impossible et on en redemande... Il y a de tout, sur la piste : des moments de joie précieux, fugaces (patience, vous en aurez...), des révélations, parfois, et aussi beaucoup de petits désagréments que la fatigue vous rend moins facile à supporter que d'ordinaire.

Bien sûr, une fois qu'on est rentré à la maison et qu'on y repense tranquillement au coin du feu, les moments difficiles nous apparaissent bien moins terribles qu'au moment de les vivre. Moi, j'ai repris mes notes avec candeur et j'ai refait mon voyage en pensée, bien décidé à vous le livrer tel quel. Peut-être que mon écriture maladroite ne relate pas avec autant de clarté que je le voudrais tous les bénéfices du GR, cependant. Attendez, encore quelques étapes avant de vous décider !

Je trouve géniale l'idée de royal evasion de poster ses photos du trail : je retrouve les lieux par lesquels je suis passé. En plus, ça cadre bien avec mon idée de départ : vous raconter mon histoire et qu'on puisse échanger, que chacun y aille de son anecdote...

Je vous poste deux journées de marche d'un coup, bande de veinards, pour vous consoler un peu !

Vendredi 28 juin, Prati-Vizzavona

Réveil au-dessus des nuages au bivouac de Prati. Les cumulus viennent laper les limites de l’aire de campement comme le ressac d’une mer mystérieuse et donnent l’impression de se trouver sur une île. Le lever du soleil est d’une pureté qui laisse coi. Alors qu’il s’extirpe peu à peu de sa couche, les rochers alentours s’embrasent et irradient en réponse une douce lumière orangée. L’air se réchauffe comme à regret et l’astre divin, dans un dernier effort, s’élance dans le ciel sur son char de feu.

Une fois prêts, nous repartons battre les chemins, déterminés à doubler une étape pour arriver à Vizzavona avec un jour d’avance. Sagement alignés, nous cheminons à flanc de montagne. Au loin, les nuages s’accrochent aux pics enneigés et s’effilochent comme de la ouate. Comme souvent en quittant les refuges, j’ouvre la marche, suivi de Camille et de Guillaume. Grisé par cette sensation de puissance et de liberté qui m’envahit le matin, j’avance sans même m’en rendre compte. Au bout de quelques kilomètres, nous laissons derrière nous les crêtes stériles pour redescendre dans la vallée. Là, à l’abri des courants violents qui soufflent en altitude, le printemps explose dans des senteurs de jardins de Provence et d’humus, tandis qu’un ruisseau invisible chante tranquillement dans les bosquets. Entouré par une nature restée sauvage, sans autre inquiétude que de boucler l’étape avant la nuit, chacun peut s’échapper dans ses pensées. Ici, le rêveur n’est pas un sous-doué végétant près de la fenêtre et à qui on jette des craies pour le ramener à la réalité. Dans ces contrées, avoir la tête dans les nuages est une seconde nature et l’on peut sans culpabilité donner carte blanche à une partie de son encéphale menacée d’atrophie par la vie trop sage dont on nous vante les mérites dès le collège. Ces journées rythmées par la marche, la contemplation et l’écriture sont placées sous le signe de la simplicité, de l’évidence. Richesse, honneurs et situation confortable ne constituent plus des ambitions valables. Pour se mettre au diapason de cette expérience, il faut s’accorder sur la partition d’Epicure et tirer sa satisfaction des « plaisirs simples et nécessaires » : manger, boire, dormir… Libéré du carcan social qui fustige la modestie de telles aspirations, l’homme accède enfin à un monde par-delà le monde. Elimé au papier de verre de l’effort, il n’a qu’une obligation : puiser en lui les ressources nécessaires à son déplacement.

Le chemin poursuit sa trajectoire par monts et par vaux, les forêts alternant avec les arêtes rocheuses dans un cycle immuable. Malgré la fatigue et la pluie qui s’est remise à tomber, nous ne nous arrêtons pas à Capanelle et poursuivons comme prévu jusque Vizzavona. Un peu avant d’y arriver, nous dépassons un panneau marquant symboliquement la frontière entre les moitiés Sud et Nord du GR20. Le plus long est encore devant nous mais l’entrée symbolique dans la seconde partie de notre périple nous met un peu de baume au cœur. Encapuchonnés comme des moines mendiants, nous dégringolons jusqu’au gîte avec une motivation qui prend l’eau. Il devient urgent de marquer une courte pause dans notre odyssée pour lécher les blessures qu’elle nous a infligées et nous préparer à ce Nord qui ne se laissera pas marcher dessus aussi facilement.

IV Solitudes fertiles

Samedi 29 juin, Vizzavona-Bergeries de Porteto

Vizzavona, petit village de fond de vallée encerclé par les sapins, donne l’impression d’avoir été déserté après une catastrophe. Un ancien hôtel particulier ouvert aux quatre vents, témoin de jours meilleurs, achève de tomber en ruine dans l’indifférence générale. Même les colonies de vacances n’ont pas eu le cœur d’investir les lieux. Devant un café miteux, quelques routiers corses aux visages burinés sont attablés en silence, comme s’ils attendaient que leur pinte de bière lance un sujet de conversation. Les bâtiments lépreux du bourg se serrent autour de la gare, miraculeusement rescapée de cette bérézina grâce à l’emplacement stratégique de ce hameau à mi-parcours du célèbre chemin. Certains randonneurs partis de Conca et croisés au gré des étapes en profitent pour décamper, laissant à d’autres le soin de finir le Trek, à court de temps ou de motivation.

De notre côté, nous partons en stop jusqu’à Vivario, où nous attend un colis de ravitaillement. Rater les heures d’ouverture du bureau de poste signerait la fin de notre raid : notre billet retour étant déjà pris, impossible d’attendre le lundi suivant pour repartir. A dix euros l’assiette de ravioli dans les refuges, nos économies ne s’en relèveraient pas. Une fois la précieuse cargaison récupérée, notre trio fait face à un dilemme. Refroidis par la fraîcheur des nuits corses, Camille et moi insistons pour pousser jusqu’à Corte afin d’y dégotter un sac de couchage plus épais, comme nous l’a conseillé un randonneur. Cette digression n’a pas les faveurs de Guillaume, qui dort en sous-vêtements dans un duvet aussi chaud que le nôtre et considère d’un œil amusé nos caprices d’enfants gâtés. Il a toutes les caractéristiques de ces celtes qui peuplaient autrefois l’Armorique : tignasse blonde et regard océanique, il sait se montrer aussi têtu que dur à la tâche. Le genre de personnage qui inspira à Tolkien la robustesse des nains de son Seigneur des Anneaux. Premiers éclats de voix, premières engueulades sur le bord d’une départementale déserte flanquée de conifères dédaigneux. Malheureusement pour lui, Guillaume fait les frais d’une règle d’or : dans un groupe de trois, l’opinion minoritaire a toujours tort. Un homme s’arrête pour nous prendre en stop. Les yeux écarquillés, je reconnais un des chauffeurs providentiels qui nous ont amené d’Ajaccio à Conca il y a quelques jours. La Corse est petite ! Alourdis de nos treize kilos de victuailles, nous atteignons donc Corte, ville de trek où les magasins de randonnées sont au coude à coude pour vendre leur matériel d’expédition. Déambulant devant les vitrines, je détaille, rêveur, des duvets aux prix prohibitifs, avant de trouver mon bonheur dans une échoppe bon marché dont le propriétaire bedonnant vend aussi des cannes à pêches et des souvenirs. Les affaires reprennent ! Avant de partir, je parviens à convaincre mes deux compagnons des vertus d’un vrai repas dans un restaurant du centre-ville. Mes arguments, portant à la fois sur la conservation de nos forces physiques et de notre santé mentale font mouche, et nous nous octroyons tous trois un déjeuner de rois. Repus et rassurés, nous repartons en train à Vizzavona, pour reprendre la piste où nous l’avions laissée.

Hésitation sur le quai de la gare. Pas franchement enthousiastes à l’idée de passer une nouvelle nuit dans cette bourgade fantôme, nous envisageons de reprendre la route malgré le jour qui décline déjà. Espiègle, la carte nous aguiche avec la mention d’une bergerie à quelques kilomètres de là. En marchant bien, nous devrions pouvoir l’atteindre sans avoir à allumer nos frontales. Malgré ses indications parfois fantaisistes, nous décidons de faire confiance à notre topo IGN et repartons dans la forêt. Sur le sentier que nul n’arpente à cette heure, je retrouve avec une joie sourde cette « solitude douce, fertile » célébrée par Tesson. Malgré des toponymes prometteurs – comme ce Cirque de la Solitude dont on parle tant -, il est rare de marcher seul sur le GR durant la belle saison. Le chemin charrie des flots de randonneurs qui s’entassent dans les refuges le soir venu. Loin des veillées passées entre voyageurs à écouter un vieil ermite râblé évoquer ses souvenirs, ces chalets de parc d’attraction n’ont rien de l’image romantique que je m’en étais faite. Gardiens patibulaires, nourriture hors de prix et brouhaha permanent me font parfois regretter de ne pas avoir choisi un itinéraire plus secret. Il était temps de prendre mes distances avec ces gîtes officiels pour ne pas céder à l’aigreur des espoirs déçus, la pire des plaies du voyageur.

Entre chien et loup, nous nous engageons dans un ravin creusé par un puissant torrent. Nous grimpons le long du sentier boisé qui longe l’eau vive, les oreilles bourdonnant de cette musique des premiers temps. Parfois, je crois entendre une cloche tintinnabuler dans le lointain, adoucie par l’écho de la forêt. Soudain, dans une trouée de feuillage, la fumée rectiligne d’une cheminée apparait, comme la prière d’une âme vagabonde s’élevant vers le ciel. Aimantés par ce signe, nous cravachons en dérapant sur des racines traitresses qui jaillissent du sol comme autant de mains décharnées dans un film d’épouvante. Au sommet du tertre, nous tombons face à face avec un âne aux pattes entravées dont la cloche carillonne joyeusement quand il hoche la tête pour nous saluer. Son maître, un homme trapu et jovial, apparaît presqu’aussitôt et s’avance vers nous, un chien de berger a sa suite. Cet exilé volontaire m’explique sobrement venir ici de temps à autre, avec son chien et son âne, pour goûter un peu à la montagne et à la solitude. Parce qu’il doit déceler en nous les mêmes aspirations, il nous accueille à bras ouverts et nous propose immédiatement de planter la tente dans le pré adjacent.

Quelques cabanes en ruines posées sur un pâturage secret, un muret qui s’écroule doucement et une petite maison de pierres ronde : voilà ce que notre carte désigne fièrement comme les Bergeries de Porteto. La dernière brebis à avoir connu les lieux n’est probablement plus de ce monde depuis longtemps mais la perspective d’un bivouac au calme me console vite de ne pas pouvoir ajouter de fromage à notre menu. L’obscurité tombe comme un drap sur la vallée, tandis que les pentes enneigées du Monte d’Oro s’emmitouflent dans les brumes. Alors que nous prenons notre repas dans l’herbe, je médite tranquillement, tourné vers la cabane de notre hôte. Sur sa porte entrebâillée, les lueurs vacillantes d’un feu dansent tranquillement, phare rassurant dans la nuit. J’aime à imaginer cet anachorète d’altitude assis près du foyer, son chien à ses pieds, perdu dans la lecture d’un livre à la couverture élimée. J’envie un peu ces hommes qui fuient les villes et qui trouvent leur bonheur dans une vie qui « n’est faite que de verbes d’action », comme disait Tesson. Lassé par une société où la quête de soi est un argument avancé avec beaucoup de sérieux par des publicitaires pour vendre des voitures, le wanderer avide d’essentiel attrape son couteau et ses carnets et s’en va quérir dans la verte ce que la compagnie des hommes ne pouvaient lui apporter. A l’image de Démocrite, de Tesson ou du corse serein qui règne sur cette vallée, je pressens vaguement qu’un jour il me faudra moi aussi tirer quelques mois de cabane au milieu des forêts. Sous ses poutres mal équarries, je disposerai une hache pour fendre le bois, un poêle pour l’y jeter, une brassée de saines lectures et une caisse du meilleur single malt que je pourrais trouver. Entre cet intérieur et le paysage qui s’offrira à ma fenêtre, ce sera bien le diable si je ne deviens pas tout à fait cinglé ou écrivain. Les deux, avec de la chance. Ragaillardi à l’idée que la figure de l’ermite ait survécu au XXIème siècle, je rejoins mes deux comparses déjà blottis dans leurs sacs de couchage et me laisse bercer par la rumeur diffuse du torrent en contrebas. En fermant les yeux, j’ai l’impression d’entendre mon sang sourdre dans mes artères.
Audentes Fortuna Iuvat.
RO RoyalEvasion Regular ·
Salut ! Je comprends Dolma, à un moment ton récit laissait planer un doute... 2 d'un coup : Royal !!! je suis sur la piste avec toi... Prati/Vizzavona j'en aurais été incapable (on ne peut pas être et avoir été !🙁) 11h30 tout de même... mais, 24 ans !

Et puis, dans mon cas, j'étais suivie visuellement par les autres qui étaient sensés donner l'alerte si je n'étais pas au campement le soir... Etant seule, on en avait convenu au cas où !! et il est vrai que j'étais fort contente d'être saluée à mon arrivée... par un geste, une exclamation et qq fois nous nous tapions la bière ensemble ! Je partais toujours la première, aussi pour être certaine que j'aurais toujours qq un derrière.. car la plupart me doublaient durant les premières heures souvent en me demandant si tout allait bien (c'est comme ça que j'ai eu les quelques photos...) Après mon saut à la Charlie Chaplin... La bière était la première chose que je demandais, à mon arrivée... je trouvais que je l'avais bien méritée !!! ainsi après, j'appréciais la douche froide (la lessive quand le temps le permettait) et le repos avant repas où il était bon de mettre les doigts de pieds en éventail avant de passer à table !! Communiquer avec les autres me paraissait, à ce moment, essentiel !! contrairement à toi, je n'ai aucun mauvais souvenir de gardien de refuge... en dehors d'Asinao... Je pense comme toi, des E Capanelle, Vergio, Ascu où les touristes débarquent en voiture, vont faire un tour à la journée et repartent comme ils sont venus... Sans intérêt ! trop bruyants souvent... et cherchant le confort... comme à la maison... ça m'a fait rire ! 1- levé de soleil à I Paliri 2- à Asiano 3- à Prati 4- à Capanelle 5- à Petra Piana, le camp est encore endormi... en dessous... 6- et mon saut de bonheur... de l'avoir fait... à l'arrivée !!!😎
On ne voyage pas pour se guérir de soi, mais pour s'aguerrir, se fortifier, se sentir et se savoir plus finement... Michel Onfray
CH Chnoupi Globetrotter ·
Quand le lis tous les récits et vois les photos du GR20, je me rends compte que - sauf les paysages et la dureté de la rando - ça a bien changé en quelques années ! Surtout niveau refuges qui sont devenus de véritables petits gîtes (pas toujours accueillants côté humain et hygiène) et aussi pour le nombre de personnes qui sont sur ce sentier (on dit 25 000 par an !). Et les 60% qui abandonnent : souvent faute de temps pour une journée de repos sur le sentier (il faut toujours faire vite maintenant !) ou faute de bonne préparation (physique et poids du sac).
"Celui qui a atteint son but a manqué tout le reste"
PA Pachyderme Veteran ·
salut Benjamin, alors là moi je dirais, mais c'est qu'un avis de lecteur, prend ton temps et amuse toi avec l'écriture et les mots, ils sont là pour dire ton rapport au monde (ce que tu fais très bien), pas pour te prendre la tête; à chacun son univers, tesson c'est tesson et toi c'est toi. au plaisir de lire la suite , bonne continuation à toi
https://youtu.be/Zf3BvhjWTKg?si=1YaiHFtGqzqgC54P
CH Chnoupi Globetrotter ·
Tesson, plus jeune, il était fêlé. A 40 ans, il a pris de la bouteille 😏
"Celui qui a atteint son but a manqué tout le reste"
SM Smartdogs Veteran ·
Tu pourrais peut-être nous raconter la fin de son GR 20 à la place d'Audentes, aussi ? 😇
" On voyait partout des sardines ... "
PA Pachyderme Veteran ·
ba je ne connais pas Tesson, mais le Benjamin il a l'air de bien aimer les gens dans ce qu'il ecrit faudrait pas qu'il s'exile dans une cabane on sait pas ou pour pleurer sur sa condition humaine🤪
https://youtu.be/Zf3BvhjWTKg?si=1YaiHFtGqzqgC54P
JA Jakatite Veteran ·
Tesson, plus jeune, il était fêlé. A 40 ans, il a pris de la bouteille😏

Ah joli... t'as vraiment de l'humour, toi...quand tu ne mords pas😉😉😉
PA Pachyderme Veteran ·
c'est un reglement de compte à la corse?😇
https://youtu.be/Zf3BvhjWTKg?si=1YaiHFtGqzqgC54P
CH Chnoupi Globetrotter ·
J'ai mordu ? Quand je mords, c'est du bout des lèvres. Et si un jour je mords vraiment, les "modés" de VF me gommeront bien vite !
"Celui qui a atteint son but a manqué tout le reste"
RO RoyalEvasion Regular ·
salut Pat ! le livre que j'ai préféré Tesson et Poussin : La marche dans le ciel (5000 km à pied à travers l'Himalaya) fêlé, tu crois ?
On ne voyage pas pour se guérir de soi, mais pour s'aguerrir, se fortifier, se sentir et se savoir plus finement... Michel Onfray
RO RoyalEvasion Regular ·
Tu pourrais peut-être nous raconter la fin de son GR 20 à la place d'Audentes, aussi ?

😕 heu ! snif ! je reconnais que tout de suite j'ai eu envie de broder, moi aussi, mais de fort moins belle manière !!!!! je me suis sentie encouragée par Benji, lui-même !!

Je trouve géniale l'idée de royal evasion de poster ses photos du trail : je retrouve les lieux par lesquels je suis passé. En plus, ça cadre bien avec mon idée de départ : vous raconter mon histoire et qu'on puisse échanger, que chacun y aille de son anecdote...
On ne voyage pas pour se guérir de soi, mais pour s'aguerrir, se fortifier, se sentir et se savoir plus finement... Michel Onfray
CH Chnoupi Globetrotter ·
salut Pat ! le livre que j'ai préféré Tesson et Poussin : La marche dans le ciel (5000 km à pied à travers l'Himalaya) fêlé, tu crois ?

Je pense "fêlé" dans un bon sens : combien de fois je dis que les gens fous (ceux qui se lancent dans des petites ou grandes aventures, ceux qui sortent des sentiers battus, ceux qui se plaisent à ne pas faire comme les autres) sont des gens plus heureux, plus "riches" que les nombreux "bofs" ! Je n'ai rien lu de Tesson, pas encore ; je dois avoir une bonne vingtaine de livres en attente et j'en lis 2 ou 3 à la fois, c'est selon mon humeur, comme avec la musique (calme, entraînante, classique, jazz, berbère, chanson engagée...).
"Celui qui a atteint son but a manqué tout le reste"
PA Pachyderme Veteran ·
bonjour , je suis vraiment desolée Benjamin si j' ai ete un peu à l'emporte piece mais à te lire ta derniere phrase etait violente reste à savoir pourquoi dans la suite de ton recit, pour ma part Marie christine je prefere "le poisson scorpion" de Nicolas Bouvier dans le genre petage de plomb en voyage 🤪 parceque il reste dans l'humour mon ordi plante donc bonne journée
https://youtu.be/Zf3BvhjWTKg?si=1YaiHFtGqzqgC54P
RO RoyalEvasion Regular ·
Bonjour Pat !

Je pense "fêlé" dans un bon sens : combien de fois je dis que les gens fous (ceux qui se lancent dans des petites ou grandes aventures, ceux qui sortent des sentiers battus, ceux qui se plaisent à ne pas faire comme les autres) sont des gens plus heureux, plus "riches" que les nombreux "bofs" !

je pense que tu as raison, pour ma part je me suis affranchie des codes, tardivement. B. MOITESSIER avec le long sillage d'un homme libre... m'a laissé imaginer que je pouvais moi aussi m'affranchir d'une certaine façon, du carcan des habitudes de la famille, etc... j'ai enfin lâché prise ! (enfin je l'espère)... et je rencontre ici, d'autres qui le font bien mieux que moi et sans doute depuis plus longtemps que moi ; c'est ce qui m'attire...
On ne voyage pas pour se guérir de soi, mais pour s'aguerrir, se fortifier, se sentir et se savoir plus finement... Michel Onfray
RO RoyalEvasion Regular ·
BON !!! BENJAMIN où es-tu ?? 😊 j'ai pas eu ma dose... 😉
On ne voyage pas pour se guérir de soi, mais pour s'aguerrir, se fortifier, se sentir et se savoir plus finement... Michel Onfray
CH Chnoupi Globetrotter ·
La Rochefoucauld a écrit "qui vit sans folie n'est pas aussi sage qu'il le dit". Et "la jeunesse est la folie de la raison". J'ai lu aussi "la vieillesse vient trop vite et la sagesse trop tard" (de qui?) : alors soyons fou pour repousser au plus tard la sagesse des vieux !
"Celui qui a atteint son but a manqué tout le reste"
DO Dolma Globetrotter ·
Entre cet intérieur et le paysage qui s’offrira à ma fenêtre, ce sera bien le diable si je ne deviens pas tout à fait cinglé ou écrivain. Les deux, avec de la chance.

Tu es sur le bon chemin, tant mieux et pour toi et pour les lecteurs 🙂 !

Benjamin, reviens vite, j'ai plus hâte de te lire que lire les discussions adjacentes et je suis impatiente de partir sur tes chemins...

Dolma
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...

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