The Constant Gardener: splendide

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NA


Avec Fernando Meirelles, il n'y a pas de demi-mesure. Je n'avais pas du tout apprécié sa fameuse Cité de Dieu, qui banalisait la violence des quartiers brésiliens à force d'empiler les scènes de tuerie. C'est que ce cinéaste brésilien semble doté d'une sacrée personnalité, toujours sur le fil du rasoir, au bord du goufre, et il lui suffit d'un rien pour passer du chef-d'oeuvre au nanar.

The Constant Gardener, voilà son chef-d'oeuvre. L'ironie de l'histoire, c'est qu'il aura fallu attendre l'intrusion d'un réalisateur brésilien pour que la nouvelle vague de cinéma américain engagé réussisse enfin quelque chose. Si cet adaptation de John Le Carré est un succès, c'est qu'il évite le didactique, le schématique, l'obsession de la démonstration qui plombait Syriana et autres Good night, and good luck. Meirelles préfère s'intéresser aux êtres humains, à leurs sentiments, à leurs réactions face à un système implacable. Pourquoi les Américains sont incapables de faire ça actuellement ? Peut-être à cause de l'urgence de leur combat, cette urgence à dire - et non faire sentir - l'obsénité de leur pouvoir politique. Meirelles, lui, porte un oeil extérieur, et peut-être plus distant, sur les problèmes du monde anglo-saxon (puisque c'est de l'Angleterre qu'il s'agit ici, et non des États-Unis), et peut s'intéresser un peu plus aux relation humaines. Au passage, il réussit là où il avait échoué en parlant de son propre pays... comme les Américains, en somme !

Il est difficile de parler de l'intrigue sans trop en révéler, mais comme le suspens n'est finalement pas le ressort le plus important du film, allons-y gaiement. Au fond, c'est une histoire d'amour et de deuil. Justin, un fonctionnaire du Haut Commissariat britannique, est muté au Kenya. Pour sa jeune épouse, Tessa, c'est l'occasion de redoubler d'effort dans son combat passionné pour les droits de l'homme. Sans en parler à son mari, elle enquête sur une multinationale pharmaceutique qui teste des médicaments sur les habitants des bidonvilles... Justin, lui, a une vision plus résignée de la misère du monde, et son métier lui impose un certain devoir de réserve, ce qui l'éloigne toujours plus de sa femme. Mais quand Tessa est retrouvée sauvagement assassinée avec son ami médecin, il refuse de croire au crime passionnel, et décide d'enquêter sur le meurtre. Cette enquête va décupler chez lui une sorte d'amour post-mortem pour son épouse...

Passons sur l'excellente performance des acteurs. C'est surtout la réalisation qui est éclatante. Alors que la surexposition peut facilement pousser au cliché, elle sert ici à sublimer une vision de l'Afrique à la fois belle et terrible. Certains pourront se poser une question morale : peut-on esthétiser l'horreur ? Une question qui se posait également dans Le Cauchemar de Darwin, l'impressionnant documentaire qui fait maintenant l'objet d'une polémique. Eh bien, dans The Constant Gardener, le pari est réussi. Quand le clipesque Lord of War se vautrait dans le cliché et la pire caricature de l'Afrique, tout chez Meirelles n'est que délicatesse et poésie. D'une vue saisissante du bidonville kenyan à celle du désert soudanais, on est pris dans ce tourbillon, dans ce bouillonnement de vie, une vie qui a bien peu de valeur en ces lieux mais qui garde la beauté désespérée de l'éphémère. Le tout, relevé par une bande son de grande classe, notamment la musique, africaine ou pas. Je me suis senti plongé dans ce bouillonnement des villes africaines... et même s'il s'agit de l'autre bout du continent, j'ai eu l'impression de revivre certaines sensations de mon adolescence entre Yamoussoukro et Abidjan.

C'est vers la fin que le film se recentre sur le thriller politique. Certains trouvent que c'est la moins bonne partie ; personnellement, j'estime que Meirelles remplit très bien sa mission, pas loin d'égaler le maître absolu du cinéma américain et du film à dossier, Michael Mann. Et la conclusion du film est l'occasion de revenir sur cet amour que Justin éprouve pour son épouse décédée, sans tomber dans l'eau de rose, avec, encore une fois, un sens du poétique poignant et désespéré.

PH Philobate Globetrotter ·
Hello

Ce film doit être trés bon, l'acteur Ralph Fean est en tous cas un trés bonne acteur (et sympas en plus, ca ne gache rien ...) Dommage que tous ses films ne sorte pas en france (notament the White countess) ...

Pour le film dont tu parle, il est à l'affiche ou en DVD ?

Philo
"J'ai refait tous les calculs, notre projet est irréalisable, il ne nous reste plus qu'une chose à faire, le réaliser". Latecoere dyslexique
PA Pataugas Veteran ·
Voilà qui me ramène pour quelques images en Australie[;)] ou j'ai vu ce film en décembre dernier, dans une petite ville de province. Les critiques criaient au chef-d'oeuvre. Toi aussi, donc?

L'histoire? Impeccablement ficelée. Tu la résumes fort bien d'ailleurs, et avec un joli talent d'écriture en prime. Il faut y ajouter une trouble histoire d'adultère entre l'épouse disparue et .... c'était quoi, déjà? Un politique? Le supérieur et ami du mari?

Les images J'ai trouvé le chassé-croisé entre le déroulement de l'après et les rafales d'images africaines - le procédé utilisé pour filmer - intéressant, voire original.

Tu m'apprends que le film est tiré d'un livre de John Le Carré. Amusant qu'une fois encore il ait eu envie de mettre en scène cette forme d'adulère déjà présente dans un de ses premiers livres. "La taupe", c'était ça? Et un autre encore. Doit avoir un p'tit souci de digestion et... non, je ne dirai pas que le fait de faire mourir l'épouse a été un nouveau "Maalox"!

La fin Ah bon, toi tu trouves que nous ne nageons pas en pleine eau de rose? Moi si! Le gars qui se fait déposer par l'avion-cargo (très américain, là, Alberto Brocoli et James Bond ne sont pas loin) dans un endroit désertique où il médite pendant 5 secondes avant d'attendre ceux qui vont le dégommer et que l'on voit arriver au loin, dans le plan suivant, c'est - au cinéma - un canadair d'eau de rose qui nous tombe sur la tronche!

Mon avis? J'ai aimé. Beaucoup. Mais sans sombrer dedans. Et, non, je ne crie pas au chef-d'oeuvre. Faut quand même pas pousser...
"le silence des pantoufles est plus terrifiant que le bruit des bottes"
NA Nakata Veteran ·
Pour le film dont tu parle, il est à l'affiche ou en DVD ?

Le film est sorti le 28 décembre, et est encore à l'affiche dans une dizaine de salles à Paris, Nice, Dijon, Tournefeuille, Lyon et Poitiers. Il n'est pas encore sorti en DVD...
LE Lepiaf Globetrotter ·
Je conseille la lecture du livre "La constance du jardinier" de John Le Carré. Le film en est une bonne adaptation et Ralph Fiennes est excellent, mais le livre est encore plus fort à mon avis.
CH Chevrolet Regular ·
Je conseille la lecture du livre "La constance du jardinier" de John Le Carré. Le film en est une bonne adaptation et Ralph Fiennes est excellent, mais le livre est encore plus fort à mon avis.

Je confirme ! [:)]
"Le bout du monde et le fond du jardin contiennent la même quantité de merveilles : l'essentiel n'est rien d'autre que ce que l'on néglige". Christian Bobin
CO Cosmosorion Regular ·
La fin est le + fort, il aime sa femme médiocrement croyant la connaître, lorsqu'il découvre la vérité et la noblesse de sa femme, il comprend, l'aime et décide de la rejoindre. Cette histoire d'amour est très interessante dans ce film
Le voyage est un retour vers l'essentiel. proverbe Tibétain. Mado et Lulu
CA CatherineGil Globetrotter ·
Tout à fait d'accord avec toi.
Catherine " La lucidité est la blessure la plus proche du soleil" René Char

http://www.catherinegil.com
WA Wapiti74 Veteran ·
Je confirme aussi la nécessité absolue de lire le livre !

Si le film est beau, et très proche du livre, il n'en reste pas moins que ce dernier est bcp plus fort et plus percutant.
"Nous méritons toutes nos rencontres ; elles sont accordées à notre destin, et ont une signification qu'il nous appartient de déchiffrer." Mauriac
LA Laneige Regular ·
C'est vrai que tu en parles très bien, tu transcris de manière très sensible et juste ce très beau film...j'ai beaucoup aimé, et oui Ralph Fiennes est excellent il faut une fois de plus le souligner! lol

Merci Lepiaf pour l'info, je cours chez mon libraire demain!
"Il y a assez sur Terre pour répondre aux besoins de tous, mais pas assez pour satisfaire l'avidité de chacun" GHANDI"

"Heureux le voyageur, qui en parcourant le monde trouvera son âme et en s'ouvrant à lui trouvera son coeur"...
PA Parvat Globetrotter ·
Je n'avais pas du tout apprécié sa fameuse Cité de Dieu, qui banalisait la violence des quartiers brésiliens à force d'empiler les scènes de tuerie.

Pour ceux que ca interesse, je viens de le voir ici: http://www.dailymotion.com/flo34mtp/video/x1e76j_la-cite-de-dieu-partie-17
Fainéanter dans un monde neuf est la plus absorbante des occupations... (N.Bouvier)

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