Bonsoir,
À ta question, finalement, j'ai envie de répondre par des interrogations, peut-être ingénues, mais ce n'est pas bien grave, allez, j'ose (j'ai mon parapluie prêt au cas où certains seraient tentés de me lancés des tomates)
Je ne suis pas là pour jeter des tomates...
En fait, plus le temps passe, plus je suis fascinée par cette fascination ou prétendue fascination que semble exercer l'Inde sur les esprits et coeurs humains. Fascinée, parce que je ne la comprends pas et qu'il est fort probable que je ne puisse jamais la comprendre.
Je n'ai jamais été en Inde, et longtemps j'ai voulu m'y rendre. Mais jamais pour des questions de spiritualité, à laquelle j'oppose un hermétisme plus ou moins conscient, plus ou moins voulu, plus ou moins militant et revendicatif.
Et ça m'intrigue, cette association entre un Etat, un pays, un lieu, et une attitude intellectuelle, cette introspection, cette recherche de pureté et de détachement par rapport aux choses matérielles mais aussi, à vous lire, humaines.
Je suis, là maintenant tout de suite, devant mon ordinateur, à mon bureau, dans ma chambre dans un Etat qu'on appelle la France. J'y pense, j'y réfléchis, je me pose mille et une questions, je me remets en cause, je soumets à mon jugement critique ma vie, la manière dont je la mène, tout ce qui m'entoure, de près ou de loin.
Aller en Inde m'apporterait-il quelque chose de plus ?
C'est très simple, quelque chose de « plus » : qui sait ?? Quelque chose (tout court ) : forcément !
À lire ce qui s'écrit sur l'Inde, j'ai souvent l'impression d'un mythe que l'on fait vivre, survivre. Un mythe auquel il fait adhérer ou du moins faire montre d'une adhésion, soit-elle que de façade.
À lire ce qui s'écrit sur l'Inde, j'ai souvent l'impression que de n'y avoir rien ressenti de particulier ne se dit pas, que c'est une tare qu'il faut cacher aux yeux du monde, parce que le monde fait vivre et survivre ce mythe et qu'il ne comprendrait pas que ce n'est qu'un mythe.
Que si quelqu'un ose, il est immédiatement la cible de foudres et de quolibets, de "tu n'as rien compris à l'Inde"...
Et, tout ça, en toute franchise, ça m'effraye. Non pas une peur, mais de l'effroi. Ces propos de l'Inde qui transforme, qui régénère, qui purifie... Une sorte de "nouvel homme", détaché des hommes... Il y a quelque chose de sectaire, presque de totalitaire : l'Inde emplirait, transformerait et dicterait de nouvelles manières d'être et de penser, qui seraient les mêmes pour tous ceux qui auraient réussi cette rencontre. Et exclurait les autres, ceux qui ne veulent ou ne peuvent comprendre.
Je suis de ceux qui "aiment" l'Inde profondément. J'y ai beaucoup voyagé, je me suis beaucoup "enrichi" personnellement car j'y ai vécu de belles expériences lorsque j'avais 20 ans. Je dis cela tout en précisant qu'il est parfaitement normal qu'un tel voyage enrichisse n'importe quel jeune homme de 20 ans qui se trouvait dans ma situation de l'époque, à savoir n'avoir jamais voyagé autre part qu'en Europe...
Afin de te rassurer je voudrais te faire part de ma dernière expérience en date (toute fraiche)... Je reviens de trois semaines en inde. Et cette fois j'y suis allé avec ma petite amie qui - comme elle le dit elle-même - est une "vraie occidentale". Elle a accepté de faire ce voyage uniquement pour me faire plaisir et n'y serait jamais allée si elle ne m’avait pas rencontré.
Avant ce voyage je lui avais souvent dit (comme je l'avais entendu et, pour être franc, le pensais...) qu'il n'y avait pas d'"entre-deux" en Inde. Soit on tombe amoureux, soit un sentiment de rejet prend place etc... Du pur manichéisme...
Et bien j'ai revu cet adage! Ma copine a aimé certains aspects et en a détester beaucoup d'autres. Tel que j'ai pu le constater, elle n'a pas émis de jugement tranché et - étant loin de toute préoccupation spirituelle - elle n'a été ni choquée ni intéressée par les spiritualités indiennes.
Bref ce voyage ne l'a absolument pas changé. Et elle n'entretiendra jamais aucun mythe à ce sujet.
Tout cela pour dire qu'on ne peut pas faire abstraction du fait que la plupart des français qui vont en Inde, y vont pour des raisons qui influencent forcément leur opinion futures.
Le fait que tu sois confrontée à moult témoignages entretenant le « mythe indien » s’explique simplement parce que seuls ceux qui ont vécu ce type d’expériences (parce qu’ils les recherchaient ab initio) en parlent à qui peut bien les entendre.
Ceux qui, comme ma petite amie, n’en retiennent pas un souvenir impérissable ou du moins aucunement extraordinaire ne se fatiguent pas à en parler.
Seuls ceux qui vivent de « fortes expériences » en témoignent : ceux qui aiment l’Inde la louent, et ceux qui la détestent pour x ou y raisons le disent également.
Mais nombre de voyageurs l’apprécient comme n’importe quel autre pays sans en faire des tonnes…
Et, tout ça, en toute franchise, ça m'effraye. Non pas une peur, mais de l'effroi. Ces propos de l'Inde qui transforme, qui régénère, qui purifie... Une sorte de "nouvel homme", détaché des hommes... Il y a quelque chose de sectaire, presque de totalitaire : l'Inde emplirait, transformerait et dicterait de nouvelles manières d'être et de penser, qui seraient les mêmes pour tous ceux qui auraient réussi cette rencontre. Et exclurait les autres, ceux qui ne veulent ou ne peuvent comprendre.
Là-dessus je ne suis pas du tout d’accord. Je n’ai jamais observé un consensus identique et absolu à propos de l’Inde parmi tous ceux qui y ont voyagé. L’Inde n’a rien de sectaire. Chacun peut y faire toutes une sorte d’expérience comme dans n’importe quel autre pays.
Il ne faut pas confondre cela avec un autre phénomène qui s’en rapproche plus. Je pense en disant cela à des gens qui seraient orientés et conditionnés (endoctrinés même) par un courant de pensé (pseudo spirituel souvent) précis et le partagerait ensuite de manière sectaire. Cependant, cela est un phénomène très minoritaire.
Je mettais l’accent plus haut sur les français, car nous n’avons pas d’histoire (ou si peu) avec l’Inde. Du coup, certains français qui entreprennent ce voyage (sauf erreur de ma part, les français représentent 5 % des Deux millions de touristes qui vont en Inde chaque année !) le font plus que d’autres pour des raisons spirituelles, désirant visiter des ashrams et devenir dévots de tel ou tel guru. Leurs témoignages sont étrangement prépondérants. Cependant ils ne représentent pas du tout l’essentiel des expériences de voyage en Inde.
Les jeunes français sont ceux qui voyagent quasiment le moins en comparaison des autres jeunes européens (question culturelle…). Et je peux assurer que la plupart des jeunes touristes que l’on croise n’y vont pas pour autre chose que de la détente simple et la consommation d’expériences souvent stupéfiantes…
Leurs témoignages à eux n’ont rien de sectaire par exemple…
En fait, ce mythe de l'Inde m'empêche d'y aller, il est pour moi un obstacle majeur.
Pour les raisons qui précèdent, il est fort dommageable que ce mythe puisse retenir quiconque d’y aller. Ce mythe n’est qu’un mythe. Porté à la marge qui plus est.
Ensuite, comme tout autre pays, il ne faut aller en Inde que si on l’a vraiment désiré (rien de lus banal).
Lorsque tu écris
Lorsque je pars, finalement, je cherche si peu de choses que je suis disponible et que ces choses viennent à moi, que je les accueille et m'en emplis, parce que je n'ai créé aucune barrière mentale qui filtrerait mes rencontres. Cela peut être bienfaisant ou douloureux, selon. Je peux "trouver" subrepticement, comme je peux me perdre. Mais je prends tout. Comme ça vient.
Je suis persuadée que chercher de toutes ses forces et le meilleur moyen de ne jamais rien trouver.
Je trouve que cette façon de voyager est la meilleure qui soit et puis t'assurer de par ma propre expérience, qu'elle est applicable à l'Inde.
Ensuite lorsque tu nous fais part de ton avis tranché sur les questions spirituelles de détachement
Franchement, la béatitude (que j'entends comme le stade ultime du détachement, dans une optique spirituelle) est pour moi une négation de l'humanité, de tout ce qui fait de nous des hommes.
Cela t'appartient. Il n'y aucune vérité selon moi, juste des concepts qu'il faut expérimenter...
Si l'on ne meurt qu'une fois...alors vivons à l'infini!