"He may be in his late 60s, but he's still one of Mali's finest musicians." (The Guardian)
"Mali Denhou" ou Chanter pour les Enfants du Mali
Au milieu des années 60, Boubacar Traoré est déjà une star. Tailleur-coupeur chez un couturier le jour, guitariste le soir, il fait la fête dans le Bamako fraîchement indépendant, alors rempli d’espoir. Ses tubes, surtout Mali Twist (1963) et Kayeba, font danser la génération éprise de liberté. En 1968, le régime socialiste de Modibo Keita est balayé par un putsch militaire. De suite, les chansons de Boubacar disparaissent des ondes. Revenu sans un sou dans sa ville natale, Kayes, en pays khassonké, près de la frontière avec le Sénégal, Boubacar exerce plusieurs métiers, dont travailleur agricole et commerçant, avec son frère aîné. A la fin des années 80, le destin le frappe à nouveau avec la mort de Pierrette, sa femme. Il s’exile alors à Paris : veuf inconsolable, il y travaillera deux ans sur le chantier. Au Mali, il tombe entièrement dans l’oubli. Andy Kershaw, producteur de musique anglais le redécouvre. Ils enregistrent "Mariama" (1990). La carrière décolle. A intervalles réguliers, Kar Kar ("le dribbleur", en hommage à ses talents de footballeur à l‘époque) enregistre d‘autres albums. Six ans après son dernier, "Kongo Magni" (2005), la légende de la musique malienne, Boubacar Traoré revient avec son huitième, "Mali Denhou"* (Les enfants du Mali), un album éblouissant ...
Boubacar Traoré est un artiste discret et rare. Dans les onze chansons du lumineux "Mali Denhou", réalisées en une seule journée dans les conditions du live au Studio Moffou de Salif Keita, situé à la périphérie de Bamako, Boubacar exprime sa voix au timbre si particulier, nimbée de nostalgie et de poésie, d’une merveilleuse clarté, à la fois forte et fragile. Bref, une voix qui touche à l’âme et parle aux trippes, qui apporte la paix et la sérénité. Accompagnée par son jeu de guitare autodidacte et unique, dont les sons cristallins rappellent souvent à la kora dont il s'est inspiré (faut écouter l’intro de Mali Tchebaou !). Le casting musical regroupe son groupe de tournées depuis plusieurs années : on retrouve son vieux complice Madieye Niang à la calebasse, et le Français Vincent Bucher à l'harmonica complète la touche bluesy. Cet instrumentiste figure au palmarès des meilleurs harmonicistes actuels dans le monde. Inspiré par Sonny Boy Williamson, Bucher a déjà accompagné de nombreux artistes africains, dont le défunt Lobi Traoré (avec qui il a enregistré les albums "Duga" et "Bambara Blues"). Technicien hors pair au jeu intense, l'harmonica ajoute émotion et fluidité au discours musical. A ne pas oublier deux musiciens de la scène bamakoise dont la virtuosité instrumentale enthousiasme, tout simplement : Fassery Diabaté (au balafon) et Mamadou Kamissoko (au ngoni) apportant une couleur mandingue et des notes parfumées du Sahel à la musique universelle et sans âge de Boubacar. Ces deux virtuoses font partie du groupe du grand maître koraiste Ballaké Sissoko.
Des mélodies saisissantes, toutes inspirées de la musique traditionnelle khassonké dans laquelle il a toujours baigné. Un style quasi inimitable, à la fois chaleureux et mélancolique. Une musique qui distille des émotions et des rêves avec simplicité et précision. Les textes de Boubacar, homme si modeste, restent comme toujours dans le registre de la morale et de bons sentiments, glorifiant la famille (M’Badehou*, Ma Famille, et Mondeou*, Les Petits-enfants), célébrant l'unité africaine, invitant au respect de l'autre (Djougouya Niagnini*, Chercher la cause de la Méchancheté). Il chante l’histoire de son pays en rendant hommage aux grands hommes du Mali, aux empereurs et chefs d’Etat qui se sont succédés pour construire ce pays unique, à partir de Soundiata Keita jusqu'à Alpha Oumar Konaré (Mali Tchebaou*, Les Grands Hommes du Mali), enfin les espoirs et les déceptions des Maliens, l’amour et l’espérance, le monde qui l’entoure : dans Dundôbesse M’Bedouniato* (Un jour, je vais quitter le monde), il va jusqu’à évoquer sa propre mort, en chantant "La mort n’épargne personne, tout le monde quitte la terre. Un jour, l’homme connaît la gloire, le jour suivant, il n’est plus. Tout le monde finit par partir, tout comme moi." ...
Boubacar, ce maître de la mélancolie, nous livre encore une fois son étrange mélange de blues, chanson et musique khassonké pluriséculaire. Doux et tellement profond. Un album tout simplement du Kar Kar : inoxydable. Aujourd’hui, il figure parmi les grands, non, les plus grands musiciens du Mali, avec son défunt ami et compagnon de guitare Ali Farka Touré, qui habitait à trois maisons de chez lui à Bamako, et le joueur de kora Toumani Diabaté. Une légende de la musique malienne est de retour ... Et comment !
Cd : Boubacar Traoré : Mali Denhou. Lusafrica (2011)
* L’orthographe bambara même sur cet album est encore une fois horrifiante ! Donc, en correct bambara, les titres cités s’écrivent comme suit : Mali denw / N badenw / Mòdenw / Juguya nyènyini / Mali cèbaw / Don dò bè se, n bè duniya to ...
Toujours aussi érudit et enthousiaste, merci Herbert.
Bonjour Jean-Pierre,
MERCI. Bon, si l’on aime cette musique ...
J’apprécie vraiment Boubacar Traoré, ses ballades répandent un silence extraordinaire. Et sa musique réflète sa personnalité : modeste, simple, mais de haute qualité (à Bamako, on peut le rencontrer à pied ou à mobylette , aucun caprice de star, très modeste, contrairement à AFT qui a montré sa richesse, toujours vêtu de noble boubou, à 4x4 bling-bling, plusieurs maisons à Bamako et Mopti, sans parler de celles à Niafounké)* ...
Après la sortie de son nouvel album, il a fait une petite tournée en France et en Suisse (en trio, avec Bucher et Niang). Tu l’as vu en concert ?! En Avril, on donnera les quelques concerts de plus en France (en tout cas à Angoulême, sur un festival) ...
Bonne journée, hgb
* pour être juste, il faut dire qu’il ait aussi fait du bien pour Niafounké et ses habitants.
Merci Hery ! comme j'aime beaucoup Boubacar, j'apprécie.
aucun caprice de star, très modeste
, Boubacar Traoré n'a jamais été riche.
contrairement à AFT qui a montré sa richesse, toujours vêtu de noble boubou, à 4x4 bling-bling, plusieurs maisons à Bamako et Mopti, sans parler de celles à Niafounké)*
tu as oublié son beau cheval blanc... Enfin ! il faut relativiser. Mopti - Niafunké y avoir des biens immobiliers ce n'est ni ST Tropez ni Miami.
* pour être juste, il faut dire qu’il ait aussi fait du bien pour Niafounké et ses habitants.
Tu as bien raison, Boubacar n’était jamais riche. Il était toujours et restera toujours musicien. Musicien simple et modeste (ce n'est pas du tout négatif), avec les quelques branlées et/ou chutes dans sa biographie. Donc, il n’a(vait) jamais l'opportunité de montrer une prospérité quelconque ...
De plus, en ce qui est AFT, je ne veux pas du tout polémiquer (on sait bien ce que je pense de l'artiste AFT). Mais on sait bien aussi qu'AFT était un patriarche, et il s’est comporté ainsi (mais savait pourtant respecter Boubacar) ... Et Boubacar ?! Loin de ça ... Lui aussi est un Grand (au Mali et en Afrique) mais il n'est sûrement pas une autorité du même rang qu'était Ali. Et même le gouvernement au Koulouba lui a aperçu ... Et Boubacar ?!
Non, ni Mopti ni Niafounké ne sont St. Tropez ou Miami, mais au Mali aussi, il y a des huttes et il y a des villas. Faut aller à Faso Kanu (entre Magnambougou et Sogoniko), en direction du fleuve, c.à.d. tout près du fleuve, et tu vas voir des villas, l’une à côté de l’autre, l'une plus belle et plus noble que l'autre, elles débordent de pompe (et pas mal de leur propriétaires sont douaniers, m'a-t-on dit, tu comprends ?!). Et Ali avait du moins une! villa à Lafiabougou (sans connaître des détails). Je ne veux que le dire sans le juger de manière négative. Mais ce qui est vrai aussi : une villa n'est pas une hutte ... Personne ne compare Niafounké avec Miami ...
Je te comprends parfaitement Herbert .
Ali, contrairement à certains de ses voisins à Bamako a gagné son argent honnêtement, par son talent mondialement reconnu, par son travail.
Tu aurais préféré qu'il montre moins sa richesse ? Tu n'as pas tort mais à mon avis, ce qui compte c'est la valeur de l'homme. Je pense qu'en plus d'être un grand musicien, il fut un homme bien.
bonne soirée
je note tout tes ecrit même si je fait une pause bambana car je vient d'arriver en france. heuresement saint-denis, c'est comme au pays, ya plus de malien que de toubabs. dans les rayon du supermarcher c'est comme a la boutiqui, on parle bambara. je doit duré environs 6 mois, j'espère juste ne pas avoir trop l'accent parisien quand je parlerais Barbana de retour au pays.
Karkar on la louper de peu puisqu'il a œuvré au CCF de Bamako voila le 20 Mars si je ne me trompe. pour la France il y a les musiques métisses je me faisais la même réflexion ne perdons plus de temps il faut aller voir ce type avant qu'il ne se repose.
merci pour cette discussion
en effet quel immense musicien !
je l'avais découvert par le pur des hasard, un après midi, fin 99 début 2000 me souviens pas précisément, en passant devant une salle de la FNAC part dieu Lyon. Il donnait un mini concert. Je vois ce type avec sa guitare, accompagné à la calebasse par un autre musicien ( surement Madieye Niang ). Nous sommes juste une quinzaine à l'écouter. Entre chaque morceau, il s'arrête et discute puis enchaine sur un autre morceau. Ce type dégage beaucoup de sérénité et fais preuve d'une grande humilité. Je ne savais pas qui il était. Je suis ébloui par sa voix et sa musique. c'est Boubacar Traoré. Par la suite je me suis procuré ses albums et vu son film (dans laquel d'ailleurs Ali Farka Touré porte sa guitare). Respect.
Salut, vous le dites ! Et le nouvel album le preuve pour une fois de plus (seul le dernier morceau, "Mali Tchebaou", vaut l’achat. Faut écouter, grandiose) !
Ce type dégage beaucoup de sérénité et fait preuve d'une grande humilité. C’est sûr ! Je crois que le mot "humilité" caractérise bien sa musique également : une économie des sons ou disons, une réduction des moyens musicaux à l‘essentiel d’un côté, et à la fois la profondeur toujours sensible de sa musique d’autre côté, c‘est vraiment impressionnant, je trouve ...
Ha, très intéressante, votre histoire ! Faire ainsi la connaissance d’un musicien, idéal ... ! Ça rend jaloux ...
(dans laquel d'ailleurs Ali Farka Touré porte sa guitare). Respect ! Oui, je connais le film et possède le cd (c’est "Mariama" seulement qui me manque). Pour bien apprécier cette scène de film, il faut ajouter que Ali Farka Touré était son aîné de trois ans, et que Ali avait (et a encore) une renommée (internationale) plus grande que Boubacar, malgré tout. Et pourtant, il l’a considéré comme une sorte de mentor musical ... et certainement pas par pitié ! C.à.d., Ali Farka a bien reconnu les qualités de Boubacar. Vraiment, respect. Sublime ... Bon, vous savez, un musicien vraiment grand respecte aussi la grandeur d’un autre !
à la calebasse par un autre musicien (surement Madieye Niang) ... ou aussi Baba Dramé (qui l’a accompagné par exemple sur "Sa golo" (1996) ... Aaaaah, non, je doute un peu. C’est vrai, Madieye Niang est beaucoup plus vraisemblable, d‘autant plus que c’est lui qui joue la calebasse sur l‘album "Macire", sorti en 1999 ou 2000, je crois ...
Bonne journée & beaucoup de plaisir à l'écoute de Boubacar, hgb
Je rebondis sur le sujet deux après car la musique de Boubacar Traoré est toujours aussi bonne ;-)
Je cherche depuis un bon moment et sans succès des paroles de ce grand bonhomme de la musique.
J'ai harcelé une amie burkinabé mais le djoula et le bambara ont quelques différences ;-)
Je suis preneur de tout, même des bribes, notamment les chansons Kalilou (ou "Kar Kar"), Duna ma yele ma ou encore Mariama...