Carnet de galère et bohème
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Au départ 23B pue d’la gueule et plus tard il ronfle.

Rangée 23, siège A. Monsieur Hublot c’est moi. Missié allure bizness c’est 23B. Un peu gras du ceinturon, veston, chemise orpheline d’une cravate, mallette sous le siège avant, Blackberry à l’oreille gauche, sorte de ghetto-blaster des temps modernes (la radiocassette d’alors. Celle des kids du Bronx et d’Harlem trimballée à fond la caisse sur l’épaule). Le titille un peu et lui parlotte beaucoup à son joujou! Il susurre d’une voix anglaise à l’accent de l’Ouest canadien. S’agit probablement d’une maîtresse laissée à Montréal; trop de ‘’sweatheart’’ et de ‘’darling’’ dans la conversation pour être sa femme. Se donnent rendez-vous dans une quinzaine, lui promet d’aller faire du ski à Tremblant dès son retour. ‘’I love you honey. I’ll call you back from Vancouver’’. C’est ça mec! Tant qu’à y être, demande-lui de te tricoter un foulard en attendant!

À voir la moue qu’elle fait en se pinçant le nez, Madame 23C, une dame d’un certain âge sinon d’un âge certain, a remarqué la même chose que moi; 23B exhale pas bon, mais alors pas bon du tout! Nous découvrîmes conjointement et forcément à la même altitude de croisière qu’en plus il ronfle comme un tracteur! Ah la vache! C’est qu’il ronfle à double sens le salaud! En inspirant et expirant!

Quoi faire? Porter plainte chez Air Canada, sortir l’artillerie lourde et en finir une fois pour toutes? Lui piquer son Blackberry? (Facile. T’appuies sur ‘’redial’’; ‘’Eh darling! You talk to him otherwise no skiing at Tremblant anymore. Understand?). Dieu que je suis patient! Au lieu d’éliminer un anglo ou d’interrompre une tricoteuse, j’entrepris la lecture de Martin Eden de Jack London et commandai un scotch sur glace. Un malheur n’arrivant jamais seul, ma dulcinée d’hôtesse, dont mon coeur battait la chamade à la moindre apparition, y avait déposé cinq glaçons! De quoi ruiner un scotch en le noyant! Vite fait j’en retire trois. Y’a 23B qui n’a pas bronché d’un ronfle, j’ai trois cubes dans la main droite, un verre dans la gauche et Jack London sur les genoux. Miss Airbus 320 a disparu. Je fais quoi là?... Une idée comme ça; entre deux cycles de ronflements hop, discrètement je glisse vous savez quoi dans la poche gauche du veston de vous savez qui. Tiens le con! Deux glaçons pour l’hygiène personnelle et un pour la bienséance.

Sartre avait raison; l’Enfer c’est les autres!

DeCléricy Entre Montréal et Vancouver.

Une aurore cambodgienne.

L’orage s’installa peu avant 23 heures. Découpant l’horizon et la base des nuages, la météo prit au flash stroboscopique des clichés de la baie de Kompong Som durant quelques heures sans pluie. Au lointain, le tonnerre roula ses tambours presque inaudibles. Il plu des cordes. L’averse cessa avant l’aube.

Ce n’est plus tout à fait la nuit ni encore l’aurore promise. C’est une heure indolente enrobée de moiteur silencieuse. Le prélude d’un jour à naître, le prologue d’une œuvre à peine entamé. Déjà se dessinent les silhouettes des îles déposées sur la baie. Tantôt opaque, l’horizon marin s’occupe maintenant à devenir ciel. Il fait gris-bleu aux cieux, anthracite sur l’onde. Une frange timide et rosée apparaît à l’est et s’éteignent une à une des étoiles au son d’un premier coq vite rejoint par ses congénères. La brise apporte quelques frissons aux bananiers, bougainvilliers jaquiers, palmiers et transportent quelques notes toutes neuves d’oiseaux. Des parfums floraux naissent dans l’air. Deux étoiles retardataires succombent, incendiées par un soleil nouveau-né aux couleurs chair de mangue.

Bientôt 5 h 45 et l’aurore brûle ses dernières cendres. J’allai me coucher vers 7 heures parmi les échos des premiers coups de marteau d’un chantier hôtelier au loin et laissai mijoter Sihanoukville dans la clameur et la fougue d’un jour désormais installé.

Encore mille et une aurores semblables et j’aurai vécu heureux.

DeCléricySihanoukville.
J’en appelle à vous ô Muses Où tant ma vie passe et s’use Qu’encore et toujours j’aime Mes soeurs Galère et Bohème
BE Bern40 ·
Bonjour, Si la seconde partie est relatée de belle manière, la première a l'immense mérite d'une chute inattendue ; et qui a provoqué en moi un moment de délicieuse hilarité. Merci
bern40
DE DeCléricy Veteran ·
Les escales aéroportuaires.

Aéroport X en pays Y. Tuer les heures entre deux coucous. Qui ne s’y frotte pas?

J’ai développé une solution personnelle: épier l’arrivée extérieure des bus du personnel navigant des compagnies aériennes. Fumer des cigarettes locales en regardant défiler la haute couture d’Air Machin, de Rêve Airways ou d’Aéro Cheap Fly. À faire du voyeurisme international et apprivoiser l’art d’afficher ses hardes.

Cette coquetterie de dernière minute de Miss Kuwait à ajuster une mèche de cheveux rebelles.

L’élégance de Mademoiselle Bahreïn, cette torsion des hanches, cet effort à ne pas dévoiler le genou pour ajuster le confort d’un escarpin.

La politesse convenue d’un Commandant Air France à laisser passer. Cette discrète assurance d’un merci souriant de Marianne.

Ultime coup de rouge à lèvres chez Feuille d’érable, valise à roulettes contre la jambe, miroir ovale d’une main et bâton Dior de l’autre. Pincement des lèvres en un geste magique.

Derniers haussements d’épaules, glissade de la main aux revers des vestons. Gestes instinctifs des pilotes et copilotes.

Mademoiselle America et sa moue, résignée au service d’un long vol qui l’attend.

La longiligne Demoiselle Ikéa, l’ampleur d’un coup de paume à défroisser le traitre faux pli d’une jupe.

Toutes et tous prêts par leurs attitudes, gestes et tenues à affronter leurs juges; les passagers des terminaux.

DeCléricy
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DE DeCléricy Veteran ·
Le plafond… Le tabarnak de plafond! (Phung Hiep, delta du Mekong, Vietnam)

Juste comme j’allais découvrir si j’étais pointgiste, clitoridien ou vaginal!

Je croyais les Australiennes comme leurs kangourous. Avec du ressort dans les hanches, cet art de s’envoyer en l’air et loin. Que nenni. D’étale mystère et d’onde tranquille, Cathy scrutait les poutres du plafond. Peut-être étaient-elles à repeindre?

- Ho hé? Si j’dérange tu m’le dis hein!

- Je t’en prie darling, verse-moi encore un peu de vin.

Oh la la! Pourquoi il faut que je fasse tout moi?

On a fait un concours finalement: elle me montre une position, je pige parmi ma quinzaine connue. Au « chien » j’opposai la « lotus ». À « l’écolière » le « pendule ». Une demi-bouteille de Bin 407 à peaufiner des variantes de la « soixante-neuf ». Vint la finale où elle suggéra la « missionnaire »… J’ai perdu. À court, épuisé et dérangé. Bein coudonc! Ça m’en fera seize!

Ma préférée c’était la « chevauchée »: vous êtes la monture, c’est elle la cavalière. Ça développe le sens de l’observation. Alors qu’elle s’échine, vous trottez gentiment en contemplant le plafond qui, effectivement, aurait besoin d’être repeint.

Après tout, pourquoi ça serait à moi de tout faire?

J’étais en « mission », genre missionnaire en phase terminale. Mon éducatrice me trouvait par moments du talent. En insistant, j’aurais une bonne note. Bientôt le toit allait éclater et ma pédagogue s’envolerait. Dehors grondait l’orage depuis peu. Tambourinait et mon cœur et la pluie à la fenêtre, quand soudain cambrant d’instinct les reins… plouc… plouc… plouc…

- Shit!

- Quoi? T’arrête-pas sweatheart. C’est bon.

- Le tabarnak de plafond!

- Quoi le plafond?

- Y m’dégoute dans l’dos bonyeu!

J’ai roulé de côté, sur le dos. Plouc… plouc… S’ensuivirent deux gouttes ou trois sur son ventre. Elle comprit en pouffant de rire. J’ai tassé une commode, déchiré la moustiquaire en déplaçant le lit.

Décidément, c’est moi qui dois tout faire ici!

Après la douche, j’ai terminé la nuit sur la terrasse protégée par une avancée du toit, une coupe de vin à la main, comptant les éclairs zébrer la nuit, lisant Evangeline, A Tale of Acadie (Henry Wadsworth Longfellow, 1847), ce long poème épique si cher aux Acadiens. Quand je suis rentré, l’aube déposait déjà une lumière dorée sur Cathy endormie.

J’ai pudiquement remonté les draps, fermé le rideau, éteint la lampe de la terrasse et suis allé commander le p’tit dej pour deux aux cuisines. J’ai également demandé au proprio de réparer le toit en prévision d’un futur combat.

Pourquoi c’est toujours moi qui fais tout ici?

DeCléricy
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DE DeCléricy Veteran ·
Gaia. (Sous une pleine Lune et quelques flocons de neige. Val-d'Or, Québec.)

Certains lui donnent encore de la jeunesse. D’autres affirment qu’elle entame déjà son déclin, qu’elle s’en retourne vers un cercueil rempli d’étoiles noires. Qu’un jour pas si lointain son vieil amant la consumera d’un baiser de feu.

Elle qui a tant dansé, tant tourné sur elle-même, est-elle lasse d’un bal qui n’en finit plus? Épuisée d’attendre la suite?

Peut être a t’elle besoin de repos. L’hiver qui s’en vient c’est un peu sa p’tite laine à elle. Une douceur qu’elle s’accorde contre la furie des Hommes.

Aveugle, sourde aux joies comme aux peines de ses passagers elle s’est dit : j’ai fréquenté le Chaos et le Bruit, la Musique des seuls océans, le Temps flambeur, les Humains et leurs marottes. Ça n’a pas marché. Essayons autre chose…

Essayons ces adorateurs du dieu papier. Ces tailleurs de crayons accros de chimères et d’inutiles. Ces esclaves fiévreux au service des mots, figés d’angoisses devant une page blanche. Ces masochistes vénérant leur seconde d’extase contre mille tourments.

Alors vint l’ère des Eskabôs…

Chacun détient sa montagne à gravir. Trouer l’espace, trouver sa quête. Pour l’un c’est la traque de la Bête. Pour l’autre, des étoiles à cueillir.

Sont-ils parvenus? Y sont-elles déjà? Vont-ils faillir? Qui depuis le berceau, Qui de s’étendre à l’heure du tombeau Peut dire; j’ai connu mon Himalaya!

Tous cependant somment les mêmes. Grimpeurs d’idéal, chercheuses toujours. Atteindre ne serait-ce qu’un seul jour La hauteur, le sommet de soi-même.

DeCléricy, Les vertiges d’un Eskabô. Montréal, 2 mars 2008
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BI Bigoodi Veteran ·
Toujours aussi jolies, tes poésies, de Cléricy ... et dire que si je crois ce que je vois, il va falloir attendre maintenant 2-3 mois, pour qu'un eskabo ravisse un bigoodi !

Merci ! 🙂

PS : ...oui, oui, je sais, on a le talent qu'on peut ! ô vous, moqueurs de tous poils, abstenez vous !!!😉
Quelques sites que j'aime bien en ce moment : http://www.photoslareunion.com/pdj/la-photo-du-jour.html http://6milliardsdautres.org http://www.marcvella.com http://ccarautourdumonde.free.fr/index.html http://www.voyagecast.ch
DE DeCléricy Veteran ·
Johnny Lampadaire.

Coincé des poumons, Johnny toussote sa nuit Vancouver. Une crève chopée… Au fait s’en souvient-il? Peut-être entre deux bancs publics et trois boîtes aux lettres à Seattle il y a de ça mille et un hivers ou deux éternités. Qu’importe. C’est qu’à présent il fait faim et froid dans le Gastown. C’est qu’il lui faut fouiner dans trois ou quatre poubelles, quelques fentes de téléphones. Arpenter néons et bornes fontaine. Prospecter de poteaux en lampadaires.

C’est Johnny m’as-tu vu. C’est Johnny des trottoirs.

C’est plus comme avant m’a dit Johnny. Avant, y’avait les flics qui souhaitaient bonne nuit du képi. Y’avait pas tous ces junkies défoncés. Ces indiens urbanisés venus s’étioler d’ennuis. On s’faisait un peu de pognon en jouant aux échecs avec les touristes l’été. L’hiver j’allais à Seattle courir les tournois amateurs. J’ai soufflé mes cinquante-quatre chandelles en février. L’ennui m’épuise et la santé m’empêche d’avoir encore des rêves.

J’ai abandonné au 21e coup. Une défense est-indienne mal ficelée quelque part en 9e. Johnny a remporté une côtelette de porc sur le grill, une salade César et trois bières.

C’est DeCléricy qu’ya perdu avec les noirs. Contre Johnny des trottoirs.

Un jour on me retrouvera bourré de pilules m’a dit Johnny. La dope je n’ai jamais touché à ça. Ils feront ce qu’ils voudront de ma carcasse. Labo universitaire, fosse commune, j’m’en fou! J’veux juste qu’on sache que j’ai jamais volé personne. Qu’on m’a fait des histoires pour cent fois rien. Que j’étais pas fait en méchant ni en dentelle. Avec tous les couteaux qui s’promènent j’veux juste qu’on me pique pas la nuit.

C’est Johnny j’en peux plus. C’est Johnny des trottoirs.

DeCléricy Gastown Vancouver, 2 jours avec Johnny en début mai 2009.
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DE DeCléricy Veteran ·
R(eculez) I(l) P(ue) : Johnny Light pole.

C’était dans ma boîte courriel Hotmail du 11 juillet 2011. Un ami de Vancouver m’annonçant qu’ils avaient retrouvé Johnny à l’aube sur un banc du Creekside Park dans le Gastown. Johnny avait un bleu sous l’œil droit, une côte fracturée et les jointures enflées. Apparemment Johnny s’était défendu avec âpreté.

Dans une des poches de son pardessus limé, ils ont retrouvé un Roi, un Cavalier et une Tour. Deux Pions dans l’interstice entre deux pavés et un Fou sous le banc. La fortune de Johnny. Les blancs, des pièces d’échec du plus beau des styles; des Staunton.

Johnny a perdu son ultime partie : la vie.

For God sake Johnny! You make me cry. E2 to E4 Johnny! Fly for me buddy, fly.

DeCléricy
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CA CatherineGil Globetrotter ·
A la mémoire de Johnny

Catherine " La lucidité est la blessure la plus proche du soleil" René Char

http://www.catherinegil.com
DE DeCléricy Veteran ·
La ballade de Johnny Lampadaire.

Comme je n’ai pas eu de chance Pas même un amour au quotidien Tout ça n’a plus tant d’importance Là où je suis ça me va très bien

Comme je n’ai plus la souffrance Que j’avais lorsque tombait le soir Les gens ignorant ma démence De me retrouver seul dans le noir

Et pour m’aider pour que j’en sorte En souvenir des années passées Ils m’ont placé de telle sorte Qu’un lampadaire puisse m’éclairer

C’est sans savoir que maintenant Ça ne veut plus dire grand chose Je ne sors guère dorénavant Je suis à l’aise et je repose

Ya bien les échecs qui me manquent Ç’est sans compter qu’il fait très noir Je ne sais plus si j’ai en banque Ou bien les blancs ou bien les noirs

Tout ça pour dire avant que j’oublie Que le bonheur est peu de chose Un banc, une bière, un ami Pleurant votre métamorphose

DeCléricy, Montréal, 19 août 2011.
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LI LiseDenise Globetrotter ·
Que le bonheur est peu de chose Un banc, une bière, un ami

Pour moi, le bonheur est un café matinal, le soleil qui me réchauffe et des mots croisés, pas exigeante la fille et dire que les hommes ne comprennent pas les femmes!
DE DeCléricy Veteran ·
Au fil du sentier Des rossignols rossignent. Tout vibre aux abois. Là dans l’atelier Des chignoles s’échignent Aux fibres des bois.

Plus loin au détour Un ruisseau se bohème. Feuilles sur l’onde. Un couple en amour Roucoule ses je t’aime D’heures en secondes.

Au loin dans l’étang, Canardent quatre cannards. Je n’ai plus de pain Ni même un instant. C’est qu’il se fait déjà tard! Je reviens demain.

Et là au foyer, Ma chatte fait sa belle Puis s’est endormie. Un jour de gagner; Bienheureuses chez elles, Sourient les souris.

DeCléricy, La piste cyclable.

Mise en garde contre d’éventuels tractations de détracteurs: exercice de fiction puisée dans mes notes de voyages. Il n’y a pas de rossignols au Québec. Par contre nous avons des souris et des chats, des pistes cyclables…et des couples en amour itou!
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DO Dolma Globetrotter ·
Voilà des notes de voyages poétiquement écrites dont la lecture fait grand bien et qui donnent une envie folle d'aller pédaler sur cette piste cyclable !

Dolma 🙂
un chemin et la caresse du vent, alors je pars en voyage...

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