Les sacres et jurons ne sont pas du tout une manifestation du rejet de l'Église; regardez, faites parler qui les proférent et vous comprendrez.
Les jurons québécois proviennent pour l’essentiel de termes religieux catholiques tels que; calice, tabernacle, hostie, ciboire, vierge, christ, calvaire, sacrement, devenus à l’usage; câlisse, tabarnak, osti, cibouère, viarge, crisse, calvaire, sacrament.
Les jurons appartiennent à une culture et le plus souvent liés à un interdit, à un tabou. Le Québec d’avant la Révolution tranquille étant sous l’omnipotence et l’omniprésence de l’Église catholique, transgresser l’autorité de l’Église était pour tous une façon de s’affirmer, de s’affranchir de ce joug. Privément il était de bon ton de provoquer les prélats et autres curés. Jurer était un exercice de défoulement. Toutes les classes de la société québécoise s'y sont frottées.
Curieusement, aucune langue autochtone d’Amérique du Nord n’a de jurons dans son vocabulaire.
Les Québécois utilisent des jurons comme :
Substantif : T’é menteur mon tabarnak. (Tu mens comme tu respires)
Adverbe : À l’é crissement belle. (Merde qu’elle est jolie)
Qualificatif : Cibouère qu’y fa fret. (Putain on gèle)
Verbe : Câlisse ton camp d’icitte. (Magne-toi d’ici)
Antiverbe : J’décrisse drette là. (J’me barre tout de suite)
Prouesse du langage québécois, le tout dans une même phrase maintenant :
Tabarnak, j’ai prêté mon char à c’t’osti-là pis y me l’a toute décâlissé! M’en vas-y crisser mon poing ça yeule pis y vas décâlisser d’icitte. Calvaire de bout d’viarge de saint cibouère!
(Merde, j’ai prêté ma caisse à ce salaud et il me l’a abimée! J’vais lui foutre une baffe sur la gueule, il va se tirer l’enfoiré)
Toutefois, vous n’entendrez pas cela en une seule heure ni dans une même journée. Il faut des circonstances; de la provocation, être de bonne ou mauvaise humeur, subir une contrariété, perdre patience, recevoir une bonne nouvelle, croiser quelqu’un de mauvaise foi, pour qu’un Québécois « s’lâche lousse » (se laisse aller) en public. Lors d’une conversation privée, c’est autre chose.
Pas évident de nous imiter. Un Français aura beau s’y essayer, ses erreurs de « syntaxe » seront immédiatement démasquées.
DeCléricy
J’en appelle à vous ô Muses
Où tant ma vie passe et s’use
Qu’encore et toujours j’aime
Mes soeurs Galère et Bohème