Je te parlerais de mon expérience, à Kourou...
A partir du moment où tu as de l'autorité et du respect pour tes élèves, ceux-ci sont plutôt sympathiques dans l'ensemble. Le professeur demeure quelqu'un, et je ne subis pas le mépris que subissent certains amis en métropole. Les élèves me disent régulièrement merci à la fin de mes cours, m'aident quand j'ai besoin à porter dictionnaires ou livres, viennent me saluer dans la rue et me parler avec plaisir...
Mais la société guyanaise est une société relativement violente. Cette violence, on la retrouve donc en partie dans nos classes. Les enfants CAF, dont les parents vivent par exemple au Surinam, qui doivent se débrouiller pour survivre par eux même (dans le meilleur des cas, pris en charge par des grands-frères âgés de quatre ans de plus) et ont faim, ça existe. Des parents qui sortent le ceinturon et trouvent normal de maltraiter réellement des enfants, ça existe. Les 300 enfants dont le juge a ordonné un placement et qui restent dans un milieu maltraitant faute de famille d'accueil et de foyer, ça existe. Des gamines "données" pour la soirée aux amis du père ou "éduquée" par un oncle, ça existe.
Sans parler de la violence de l'école: quand on ne sait pas lire, pas écrire, et qu'on comprend le quart de ce qu'on nous dit, passer huit heures assis à faire des choses qui n'ont pas de sens, c'est difficile.
Tout ça fait que certains gamins sont souvent agités (pas facile de poser ses valises au moment où on passe la grille). Certains insultent les professeurs, les menacent. Ils se battent entre eux. Bref, il y a aussi de la violence.
Ces gamins sont souvent en attente d'attention, de respect. Même avec ces gamins difficiles, j'ai vécu de très beaux moments. Surtout avec eux, peut-être même.
Mais les conditions resteront bien plus difficiles que dans la majorité des villes françaises (le respect lié à la fonction en plus).