Mission accomplie au Jilin (Chine)
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Grâce à mon changement de travail, je me suis vu contraint et forcé en juillet 2006 de liquider mes jours de vacances et ai donc dû affronter la douloureuse épreuve de choisir une destination de voyage. Cette fois, j'avais envie de rester en Chine plutôt que de partir à l'Etranger, les joies et peines du voyage en Chine commençant à me manquer après environ un an d'abstinence. Le pays est vaste, et il y a encore de nombreuses provinces où je n'ai jamais mis les pieds. Le Sichuan est à la mode, tout le monde y va en ce moment. Une bonne raison pour ne pas y aller donc, bien que la région m'attire beaucoup. Le Shandong? Sans doute trop chaud. Le Tibet ou le Xinjiang? Trop grand, pas le temps de les visiter en seulement 8 jours. Et pourquoi pas le nord-est tiens, cette région que l'on appelait autrefois Mandchourie et divisée aujourd'hui en trois provinces? Parmi ces trois provinces, c'est celle du Jilin, la moins connue, que j'ai retenue, car: les températures y sont sûrement bien moins élevées qu'à Shanghai qui connaissait alors la canicule, il y a des montagnes, il y a une très longue frontière avec la Corée du Nord, il ne viendrait pas à l'idée de la plupart des gens de la visiter. Je devrais donc être à peu près tranquille.

Adjugé donc, j'ai acheté un billet aller-retour Shanghai-Changchun
YA Yangguizi Globetrotter ·
L'aéroport de Changchun ressemble à la plupart des aéroports chinois: récent, assez beau et fonctionnel. Il est en revanche très éloigné de la ville. Un chinois du Canada a embarqué dans le taxi après deux minutes de trajet. La pratique moyen-orientale du taxi collectif aurait-elle gagné le nord-est chinois? Tant mieux en tout cas, ça m'économiserait des frais. Sur le chemin, j'ai admiré le paysage verdoyant qui s'étalait à perte de vue. C'est con à dire, mais quand on vit à Shanghai, voir des paysages champêtres et pas trop abimés à moins de 200 kilomètres de la ville, c'est appréciable! J'ai pris le chemin de la gare pour y déposer ma valise à la consigne et une fois arrivé et avoir sorti la valise du coffre, j'ai demandé au chauffeur combien je lui devais. Tiens, non seulement je prenais tout à ma charge, mais en plus il voulait me gruger sur le prix du péage. Bon, ça, ça a été facile à esquiver, il suffisait de demander les factures. Mais j'ai hésité sur la manière de régler la question du passager clandestin: je réclame que le prix soit partagé ou je dis juste un truc méchant? Comme j'aime bien dire des trucs méchants, j'ai choisi la deuxième option: il paye pas l'autre? (rires) ah c'est beau l'amitié entre les chinois (rires) c'est vraiment cool d'être de la même nationalité, ça permet de gruger les étrangers (rires) vous faites une belle équipe tous les deux. Pas très honnête certes, mais efficace. (rires)

Voilà, j'avais réussi à dire mon truc méchant de la journée, je pouvais donc visiter Changchun sereinement.
YA Yangguizi Globetrotter ·
"Changchun" ça veut dire "long printemps" ou "printemps éternel". Il ne faut pas se fier aux apparences ni à mon message précédent sur les paysages verdoyants: Changchun est une ville industrielle, très moche, sale, et ultra-polluée. J'avais même rarement vu une ville aussi polluée, je m'y suis senti mal au bout d'une demi-heure de marche et n'ose imaginer l'état des poumons des gens qui y ont passé toute leur vie.

Il y a un site majeur à visiter à Changchun, c'est le "wei man huanggong", littéralement, le palais impérial fantoche mandchou. Ou pour être plus clair, le palais dans lequel le dernier empereur chinois Puyi a vécu dans les années 30 et 40 lorsque les japonais l'ont placé sur le trône de Mandchourie, un Etat fantoche détaché de la Chine. Ceux qui ont vu le film "le dernier empereur" savent très bien de quoi je parle.

J'y suis allé à pieds de la gare, ayant sous-estimé la distance entre les deux lieux. Ce fut une erreur, car j'avais vraiment du mal à respirer à la fin du parcours. J'ai donc décidé de manger d'abord, et après avoir péniblement trouvé un restaurant, j'ai commandé un truc tout simple. Tant pis pour la délicieuse cuisine du nord-est et coréenne que j'étais venu déguster, j'avais encore une semaine pour en profiter. Dommage quand même car le restaurant coréen que j'avais dégoté était très beau et il y avait pas mal de choses alléchantes sur le menu, mais j'ai préféré être raisonnable.

Puis j'ai passé quelques heures dans le palais. Le complexe est immense, on s'y perd facilement. Outre la petite demeure accueillant les appartements de l'empereur et de ses proches, il y a des bâtiments administratifs, des salles de réunion, de conseil des ministres, une salle du trône, et un tas d'endroits à l'importance historique et symbolique remarquable. Il me semble avoir reconnu une scène du Dernier Empereur dans la grande salle de réception, mais il faudrait que je revisionne le film pour en être sûr.

Curieusement, les commentaires écrits étaient très mesurés et peu vindicatifs à l'égard de "l'impérialisme japonais". Quant à Puyi, il avait passé une quinzaine d'années dans les camps soviétiques et chinois après la guerre, et en était ressorti comme un citoyen modèle de la Chine Populaire et son honneur avait donc été réhabilité. Il était devenu un symbole de la clémence du Parti Communiste chinois et des vertus de la nouvelle société. L'exposition sur sa vie faisait donc la part belle à cet aspect des choses. Aucun mot en revanche sur les autres dignitaires qui avaient accompagné Puyi dans la voie de la trahison. Je suppose que beaucoup ont été fusillés sans autre forme de procès, mais la clémence pour leur plus haut représentant, c'est largement suffisant pour démontrer la bonté du Grandiose Parti Communiste Chinois.
YA Yangguizi Globetrotter ·
En fin d'après-midi, j'ai pris le train pour Jilin, l'autre grande ville de la province, située à deux heures de Changchun. C'est aussi une ville industrielle, avec de grandes cheminées d'usine en plein centre-ville, mais je l'ai trouvée beaucoup plus agréable et accueillante que Changchun.

Sur la place de la gare, deux dizaines de personnes âgées en costume dansaient en cadence et je me suis arrêté pour les regarder avant de chercher un hôtel. Je n'avais que l'embarras du choix pour en trouver un et ai été plutôt content du Jiaotong Binguan, idéalement situé à côté de la gare routière.

Comme j'avais retrouvé mon appétit et que c'était déjà l'heure du dîner, je me suis mis en quête d'un restaurant à raviolis, puisque c'est dans le nord-est de la Chine que l'on fait les meilleurs raviolis. J'ai fini par en trouver un. Les raviolis étaient malheureusement assez quelconques. Corrects certes, mais bien moins bons que dans certains restaurants de cuisine du nord-est à Shanghai. En revanche, il semblerait que le spectacle d'un russe (dans ces coins-là, un blanc c'est forcément un russe) en train de manger des raviolis dans leur restaurant ait subjugué les serveuses qui me dévoraient du regard tandis que j'engloutissais deux assiettes de raviolis.

Puis je leur ai demandé s'il y avait des coins animés en ville la nuit. Elles m'ont indiqué un marché de nuit très sympa où je me suis rendu. Je n'ai malheureusement pas pu goûter aux spécialités de rue car mon corps était désormais fourré aux raviolis, mais j'ai quand même pris du bon temps en farfouillant dans les stands. J'ai même dégoté un superbe t-shirt à l'effigie du Camarade Lei Feng que je n'avais jamais vu ailleurs.
YA Yangguizi Globetrotter ·
Le lendemain était une journée de visites où j'ai pris mon temps car je savais que j'en avais.

Le temple de Confucius d'abord, puis une ballade au bord de la rivière Songhua (celle-là, je rêvais de la voir depuis longtemps en raison d'une fameuse chanson patriotique des années 30). En traversant une large rue pour rejoindre la rive, je me suis fait interpeler par un agent de la circulation. Merde, un sermon en perspective pour avoir traversé en dehors des clous... Mais ce n'est pas cela qui m'attendait, le type était au contraire tout souriant: bonjour, je suis sûr que tu es français euh, oui, gagné (bon, les chinois disent en général ça au hasard, on me demande tout le temps si je suis américain, anglais, allemand, russe, français... voire coréen. Celui-là faisait donc partie des chanceux) et comme boulot, je suis sûr que tu es avocat euh... oui, mais comment le sais-tu?

Alors ça c'est incroyable. On me demande parfois si je suis prof, diplomate ou interprète, mais jamais personne en Chine n'avait deviné mon métier du premier coup. Je ne m'explique toujours pas ce tour de passe passe, d'autant plus qu'il était sûr de lui quand il m'a posé la question. En fait, une seule personne en ville savait que j'étais avocat, c'était un vieux qui m'avait posé la question la veille au soir, sur le marché de nuit. Mais Jilin, c'est quand même une ville qui doit dépasser le million d'habitants, ce serait donc une extraordinaire coïncidence que le vieux de la veille ait raconté à son pote agent de la circulation qu'il avait rencontré un avocat français, et que le pote en question tombe dessus le lendemain matin. Ou alors c'est un devin, je ne sais pas.

Après cela, j'ai visité la vieille église qui doit dater de près d'un siècle et qui ce jour-là était pleine de coréens qui chantaient en coréen. Enfin, plutôt des sino-coréens à mon avis, puisque nous étions dans la province qui abrite la minorité sino-coréenne. Comme je n'aime pas ce genre d'ambiance, je ne suis pas resté longtemps et suis parti visiter le musée des météorites où on peut voir une poignée de cailloux et beaucoup beaucoup de croquis et dessins sur l'espace sans intérêt.

Après avoir dégusté un très bon boeuf barbecue, je suis allé passer quelques heures dans le grand parc dans les collines à l'écart de la ville. Ayant remarqué qu'il y avait une mosquée à côté, je suis allé la voire de plus près: elle était assez grande et d'un style peu chinois. Que faisait-elle donc là? C'est fou le nombre d'endroits inattendus où on trouve des mosquées en Chine. Enfin bref, j'avais réussi à meubler mes heures et me suis rendu à la gare routière pour attraper mon bus.
FA Fabricia Globetrotter ·
😉... Faites gaffe, Me Yangguizi... (peut-être es-tu encore espionné par le gars de la police secrète iranienne qui surveille tes allées et venues). Il va en voir des pays, grâce à tes nombreux voyages !
Fabricia - Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)
YA Yangguizi Globetrotter ·
J'avais acheté un billet de bus pour Yanji pour la fin de l'après-midi. Yanji, c'est la capitale du district autonome du Yanbian, où vit une bonne partie de la minorité sino-coréenne. Six heures de bus m'attendaient, ce qui expliquait en partie pourquoi je m'étais prélassé aussi longtemps dans le grand parc de la ville.

Arrivé à la gare routière, on m'expliqua que le bus était annulé en raison d'un accident de la circulation. Le prochain serait pour le lendemain matin, et l'horaire du train de nuit ne me plaisait pas trop d'autant plus qu'il n'y avait plus de couchette disponible. La logique m'aurait donc conduit à me résigner et à attendre le lendemain matin pour partir. Mais cela m'aurait fait perdre du temps et je suis quelqu'un de parfois entêté, j'ai donc cherché à partir coûte que coûte dans la soirée.

Près de la gare routière, des rabatteurs m'ont proposé de monter dans une voiture particulière à destination de Yanji, en compagnie de deux autres passagers du bus annulé. Toujours le principe du taxi collectif à la sauce du nord-est... Bon, a priori je n'avais pas de raison de refuser même si c'était largement plus cher que le bus. Mes compagnons de voyage seraient un flic de Qingdao allant rendre visite à son ami, et une dame locale qui connaissait le trajet. Peu de risque de tomber dans une arnaque donc. Après avoir attendu un quatrième passager qu'ils n'ont pas pu allécher, nous nous sommes mis en route pour les coins les plus paumés de Jilin puisque le chauffeur s'était mis en tête de livrer des babioles aux quatre coins de la ville. Cela laissait présager que les cinq heures de trajet annoncées ne seraient vraisemblablement pas respectées. Puis nous avons finalement atteint la périphérie de Jilin... où nous attendait un minibus. Un communiste fier de l'être et bavard ainsi qu'un paysan allaient donc nous accompagner. Je suppose qu'eux ne paieraient rien pour le trajet.

Le nouveau chauffeur conduisait très très lentement. C'était exaspérant. Même les bus nous doublaient. En plus j'avais vraiment l'impression qu'on ne prenait pas la route la plus directe, ça ne ressemblait pas du tout à une voie express ni à une simple route nationale. La dame locale me disait ne pas connaître le nom des patelins qu'on traversait, tandis que j'avais l'oeil rivé sur ma carte. Inutile de demander aux gens de m'aider à me repérer dessus car "on ne sait pas lire les cartes" m'ont-ils dit. C'est donc moi qui devais leur expliquer (!!!)

Il y avait un tas de flics sur la route, j'en avais rarement vu autant sur les routes de Chine. Je sais bien qu'on se rapprochait des frontières coréenne et russe mais tout de même, on en était encore loin. Bizarre. Nous avons dû un moment ralentir, pile là où des flics étaient arrêtés, et manque de bol, ils m'ont vu au travers de la fenêtre. J'en ai entendu un crier "arrêtez vous, il y a un laowai (un étranger)". Le chauffeur s'est contenté de crier que j'étais un ambassadeur et les flics n'ont pas insisté. Me voilà donc propulsé ambassadeur de Russie (de quel autre pays de toute façon?). Vous imaginez si j'avais eu une cravate? J'aurais pu passer pour Vladimir Poutine lui-même!

Nous avons vu quelques bus accidentés sur le côté de la route, évité nous-même quelques accidents, puis la nuit a fini par tomber et dans l'obscurité totale, on pouvait voir une magnifique voûte étoilée.

Après avoir prononcé quelques mots méchants relatifs au fait que le délai de cinq heures ne serait jamais tenu et que j'avais l'impression qu'on prenait les mauvaises routes, j'ai fini par prendre mon mal en patience. En fait la route était la bonne, c'était la dame locale qui n'avait aucune idée de ce qu'elle racontait, bien que soi disant elle prenne cette route une fois par mois. En tout cas cela a pris huit heures et nous sommes arrivés à Yanji vers deux heures du matin. Le chauffeur a refusé de nous déposer à la gare comme convenu, et nous avons donc dû partager un taxi et payer des frais supplémentaires pour arriver à destination.

J'ai demandé au taxi s'il connaissait un hôtel pas trop cher dans le quartier de la gare et il m'a emmené au premier venu. Une superbe dame en robe traditionnelle coréenne m'a accueilli avec un grand sourire, mais c'était trop cher. J'en ai donc essayé un second qui fut le bon. Le personnel n'était pas du tout souriant, ce n'était pas franchement bon marché, mais j'ai bien aimé le fait que la première des horloges installées derrière la réception indique l'heure de Pyongyang. Ca doit être la seule d'ailleurs qui donnait l'heure juste.
CA CatherineGil Globetrotter ·
On a parlé en France d'inondations catastrophiques en Corée du Nord et au Jilin, j'espère que tu n'y étais pas à ce moment là...
Catherine " La lucidité est la blessure la plus proche du soleil" René Char

http://www.catherinegil.com
YA Yangguizi Globetrotter ·
Je crois que j'y étais juste après, mais il n'y a apparemment pas eu de dégâts sérieux dans le Jilin, les gens n'en parlaient en tout cas pas. Mais effectivement, je surveillais la meteo tous les jours avant de partir et c'était pourri tous les jours. J'ai en fait eu énormément de chance de ce point de vue puisqu'il a fait à peu près beau pendant mon séjour.

Toute autre est la situation en Corée du Nord où l'estimation du bilan est cataclysmique. Même les autorités locales le reconnaissent à mots couverts.
CA CatherineGil Globetrotter ·
Oui.... c'est en tous cas ce qu'on a entendu ici... et bien sur, ils refusent toute aide extérieure !

Je me disais aussi que peut-être cette surabondance de flics que tu soulignes était là pour surveiller un éventuel exode de réfugiés Nord Coréens, qui auraient tout perdu dans cette catastrophe ?

🙂, Enfin, tant mieux si pour toi tout s'est bien passé, on attend la suite avec impatience !
Catherine " La lucidité est la blessure la plus proche du soleil" René Char

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YA Yangguizi Globetrotter ·
Le premier truc que j'ai fait le lendemain matin a été d'essayer de me renseigner sur le meilleur moyen d'aller à Changbaishan. Il y avait une agence de voyages dans l'hôtel, ce qui tombait à pic, car en Chine, le meilleur moyen d'obtenir des informations intéressantes consiste souvent à aller dans une agence de voyages, à poser des questions, et à prendre l'exact opposé des réponses.

Ainsi, à la question "comment aller à Changbaishan?", la réponse fut bien entendu "nous arrangeons des voyages organisés pour là-bas" et "il n'y a pas de bus réguliers qui font la liaison, il faut passer par une agence comme la notre".

A la question, "comment aller à Fangchuan?", la réponse fut la même: "les routes sont très mauvaises là-bas, c'est dangereux. Il faut passer par une agence."

J'en ai donc déduit qu'il devait y avoir des bus pour Changbaishan à la gare routière et qu'il était facile d'aller à Fangchuan. La suite me montra que j'avais raison.

Puis je suis retourné à la réception de l'hôtel pour demander ce qu'il y avait à faire en ville. Rien? Bon, alors je vais me ballader au hasard, je devrais bien tomber sur des trucs intéressants. Les passagers de la veille m'avaient eux aussi dit que je perdais mon temps à venir ici, signe qu'il y avait sûrement des choses intéressantes à faire.

J'ai rapidement trouvé le fleuve, que j'ai traversé, et suis tombé sur la rue des restaurants qui débouchait sur un quartier commerçant. Sur le chemin j'ai commencé à demander à droite à gauche où je pourrais acheter des articles nord-coréens, et surtout de la musique et des livres. On m'a recommandé un magasin de disques à l'autre bout de la rue, et ai donc décidé de suivre cette direction. Entre temps, une jolie fille a tenté de me convaincre par moults sourires de venir manger dans son restaurant, mais je n'avais pas encore faim. Et puis priorité aux emplettes!

Yanji est une drôle de ville, elle ressemble à toutes les villes chinoises, mais on y parle coréen partout et le double affichage chinois coréen est la règle. A force de me perdre et de demander j'ai fini par trouver le marchand de disques au troisième étage d'un centre commercial. On ne m'avait pas trompé, il y avait effectivement quelques VCD nord-coréens. Je les ai tous achetés. Une fois de retour chez moi j'ai commencé à les visionner et s'il faut déplorer quelques déchets, je n'ai pas du tout été déçu. Il y avait notamment les clips que je convoitais depuis longtemps pour les avoir entraperçus en Corée du Nord et revus dans les restaurants nord-coréens de Shanghai où je n'avais pas réussi à faire de copie. J'avais donc enfin réussi à les avoir. Mission accomplie!

J'ai demandé au vendeur si je pouvais acheter quelque part des livres et magazines nord-coréens mais il n'avait pas l'air très optimiste sur la question. "Peut-être dans la librairie là-bas" me dit-il en m'attirant vers la fenêtre. J'y suis allé et ai interrogé la vendeuse, d'ethnie coréenne. Je vais souvent en Corée du Nord, et je faisais avant le commerce des livres et magazines, mais j'ai arrêté. Pourquoi ça? Les magazines, personne ne les achetait. Ben et moi alors? Je vous aurais raflé tout votre stock! Quant aux livres, ils n'ont plus assez de papier et ne peuvent donc plus en imprimer.

Gloups... mauvaise nouvelle. Il faut vraiment que la situation économique du pays soit catastrophique pour que même la production de livres de propagande cesse.

Il était finalement temps de déjeuner, et c'est les bras chargé de mon précieux butin que je suis retourné dans la rue des restaurants. Je voulais manger du bon barbecue coréen pour fêter ça. Je suis repassé devant la jolie fille qui a dû m'avouer que son restaurant ne faisait pas ce que je recherchais. En fait, apparemment aucun restaurant de la rue ne le faisait, mais on a fini par m'en indiquer un. Allais-je choisir la fille ou la viande? Cruel dilemme. L'avantage de la viande par rapport à la fille, c'est que la viande ne pose pas de questions idiotes, et c'est donc cette dernière que j'ai choisi. Je n'ai pas été déçu, c'est le meilleur boeuf barbecue coréen que j'ai mangé de ma vie.
YA Yangguizi Globetrotter ·
Dans l'après-midi, j'ai pris un bus pour Tumen, ville frontalière avec la Corée située à une heure de là. Du bus, je guettais avec impatience le moment où la frontière apparaîtrait, matérialisée par le fleuve Tumen. Nous avons fini par longer un fleuve et je lorgnais avec insistance vers les usines et bâtisses situées de l'autre côté, en me disant que tout cela avait l'air trop développé et prospère pour la Corée. Je ne me suis pas trompé puisque le bus a fini par traverser le fleuve. Nous étions donc toujours en Chine, ce n'était pas le bon fleuve. Quelques minutes plus tard nous sommes entrés en ville. Ce n'est pas une grosse agglomération, mais ça grouille quand même de cheminées d'usines et de barres d'habitations. C'était vraiment très laid. Mais que diable suis-je donc venu faire dans ce patelin? En fait je n'en avais jamais entendu parler avant, et c'est juste sa situation sur la carte qui m'avait intrigué.

(désolé, mais à partir de là, il va y avoir des répétitions par rapport au fil sur la Corée du Nord)

Sitôt trouvé un hôtel, je me suis rendu au bord du fleuve Tumen pour voir la frontière. Le fleuve est minuscule, vingt mètres de large a tout casser je dirais. On peut presque toucher la rive coréenne. L'endroit est beaucoup plus sauvage que Dandong, puisque la rive coréenne n'est pas du tout aménagée, on ne peut voir que de la végétation. Derrière, on peut voir une petite ville coréenne, Nanyang (c'est son nom chinois, je ne connais pas le nom coréen) et quelques unes de ses maisons.

J'ai essayé de faire un petit tour en hors bord sur la rivière mais on ne voit rien de plus. Il parait que des soldats coréens sont cachés dans les buissons sur la rive et se lèvent parfois quand ils entendent le hors bord, mais aujourd'hui ils sont restés cachés.

Deux ponts traversent le fleuve, un pour les voitures et camions et un pour les trains. Une voie ferrée coréenne longe la rive mais on ne la voit pas (par contre on entend les trains. C'est bon signe: ils roulent)

Sur la rive chinoise, une petite promenade a été aménagée. Des répliques miniatures de la statue de Chollima (mon avatar actuel) ont ete installées et rebaptisées "tour de l'amitié sino coréenne", n'importe quoi!

A la jumelle on peut apercevoir des casemates sur la montagne coréenne et un slogan politique en ville. A la tombée de la nuit, on entend des hauts parleurs du cote coréen tandis que les immeubles commencent a s'allumer. Finalement la situation n'est pas si mauvaise que ca, puisque la plupart des immeubles ont l'air éclairés.

Alors que je n'y croyais plus, je suis tombé sur un magasin providentiel qui vendait TOUT ce que je cherchais et même plus. Pour 50 euros j'ai donc fait une petite razzia: nombreux magazines coréens illustrés (y compris le magazine Korea de juillet 2006), un bouquin en espagnol et en russe sur le Stade Kim Il Sung, un pin's Kim Il Sung qui a des chances d'être vrai, des médailles militaires nord coréennes, un film de propagande, quelques timbres et des bricoles. Il y avait encore un tas d'autres articles que je n'ai pas achetés, mais il fut difficile de réfréner ma boulimie d'achats.

J'ai même pris un calepin nord coréen, dont le papier est de bonne qualité. Il parait que seuls les gens haut placés peuvent en avoir car le papier est devenu très rare là bas, la plupart des gens en utilisent donc de très mauvaise qualité. J'étais presque gêné que le vendeur m'en fasse cadeau.

De retour a l'hotel, j'ai commencé a feuilleter mes magazines. Dans un des numéros de 2006, une double page est consacrée à la résurgence du militarisme japonais qui conduira ce pays à sa perte. A l'appui de cette théorie, des photos de soldats japonais en Irak. Et des photos d'hélicopteres d'attaque bombardant le pays. Je soupçonne que les hélicoptères en question ne soient pas du tout japonais!
SC Sch Globetrotter ·
Bonjour,

Merci Yanqquizi, très intéressant ton récit ! ne connaissant pas du tout cette partie de la planète j'avoue me delecter du vécu d'autruis. Si tu as envie d'y joindre quelques photos d'ailleurs ... J'attends la suite avec impatience !

ps. : j'en profite pour te demander si ton pseudo a une signification particulière et qui pourrait-être en rapport avec ton avatar ?
YA Yangguizi Globetrotter ·
argh les photos, oui bon, quand tout sera fini j'en mettrai peut-etre. En théorie il y en aura aussi un jour sur mon site mais je n'ose pas trop m'en vanter, vu ce que j'ai déjà en retard. 🙂

Mon pseudo signifie en chinois "diable étranger", c'est un terme assez péjoratif aujourd'hui tombé en désuétude pour désigner les occidentaux que nous sommes.

Quant à mon avatar, c'est la Statue de Chollima à Pyongyang. Rien à voir donc. 😉
YA Yangguizi Globetrotter ·
De Tumen je suis allé le lendemain à Hunchun d'où j'ai rejoint en taxi un des buts de mon voyage: le village de Fangchuan, ou plus exactement quelques kilomètres au delà de Fangchuan: le lieu mythique où la Chine, la Corée du Nord et la Russie se rejoignent, a quelques kilomètres à peine de la mer du Japon. Lorsque l'on regarde une carte de la région, on ne peut qu'être intrigué par cette curiosité géopolitique: ce petit bout de Chine rejoint-il la mer ou bien la Russie et la Corée ont-elles réellement une frontière commune? C'est finalement la deuxième réponse qui est la bonne.

Cette langue de terre chinoise se rétrécit pendant les derniers kilomètres, où il ne reste plus que la route qui soit en terre chinoise: immédiatement à droite, le fleuve Tumen qui s'est élargi marque toujours la frontière avec la Corée du Nord. Immédiatement à gauche, c'est-à-dire juste au bord de la route, des rangées de barbelés délimitent la frontière avec la Russie. Ambiance surréaliste de se retrouver ainsi pris en étau!

Un peu avant l'arrivée, on passe un checkpoint. Non pas policier ni militaire bien sur, puisque nous sommes en Chine. Il faut seulement payer trente yuans pour le ticket d'entrée vers le point de vue sur la triple frontière. Dommage, je m'attendais à ce que l'endroit soit plus sauvage, n'ayant absolument rien trouvé sur internet sur ce coin. Mais non, il y a bien un site touristique qui a été aménagé sur une petite hauteur, à environ 200 mètres de la frontiere russo coréenne. On peut y louer des jumelles, acheter des timbres coréens ou du chocolat russe. Rien n'est épargné aux visiteurs, la plupart chinois et sud coréens.

Le temps était mauvais mais on y voyait quand meme assez clair. Quasiment à portée de jet de pierre, un village russe se situait derrière les lignes de barbelés. Cet avant poste de la région du Primorie est en fait tout proche de Vladivostok, sans doute située derrière les montagnes qu'on pouvait apercevoir au loin. Droit devant, un peu avant la ligne d'horizon, c'était la Mer du Japon, que la Chine n'atteint donc pas. Le temps était heureusement suffisamment dégagé ce jour là pour qu'on puisse la voir. En tournant encore un peu le regard vers la droite, on voyait parfaitement le pont russo-coréen, seul point de passage sur cette minuscule bande de terre. Puis encore plus à droite c'est la Corée, derrière le fleuve Tumen, où on peut aussi voir un petit village avec ses paysans qui s'activent.

Sur le chemin du retour, on a pris en stop un couple de chinois qui revenait de Corée pour ses affaires. Les gens de la région se montrent très discrets quand on leur pose des questions sur la Corée. Beaucoup y vont (très facilement et sans aucune formalité), mais ils refusent en général de dire à quel business ils se livrent. Idem quand on les interroge sur les réfugiés nord coréens. Tous s'accordent à dire qu'il y en a à la campagne, mais personne ne veut en dire plus. Il y a une vraie chappe de plomb, et c'est dommage, car j'aurais bien aimé approfondir la question, voire rencontrer des refugiés en personne. Ces chinois m'ont aussi confirmé que des nord coréennes étaient kidnappées pour etre vendues pour une poignée de yuans à des chinois qui les épousaient dans l'illégalité.

Tous les chinois rencontrés là-bas en tous cas faisaient la grimace en parlant de la Corée du Nord, plongée dans la misère la plus noire, et dont la situation semble ne pas cesser d'empirer, contrairement à ce que disent les médias occidentaux qui parlent de redressement économique. Et pourtant ils ne veulent pas trop la dénigrer cette Corée du Nord. Pour beaucoup d'entre eux, c'est une mère patrie à la fois proche et lointaine et un modèle qui faisait rever les générations précédentes. Mais tous unanimement crachent sur Kim Jong Il et beaucoup disent le plus grand bien de Kim Il Sung, son père.

Le type du taxi était un rigolo. Il insistait pour que j'aille moi-meme en Corée du Nord pour me faire ma propre opinion. J'ai eu beau lui dire que j'y étais déjà allé mais uniquement dans le cadre du tourisme organisé, il insistait pour me dire que je pouvais passer la frontière sans aucun problème, et que d'ailleurs pleins de russes et d'américains faisaient pareil. Ouh la, les russes je n'en sais rien, mais les américains, il ne faut quand meme pas se moquer du monde. Meme dans un cadre organisé, c'est très dur pour eux d'y aller. A mon avis il était mythomane ou fou, et le chauffeur de taxi l'a vite remis à sa place.
CA CatherineGil Globetrotter ·
argh les photos, oui bon, quand tout sera fini j'en mettrai peut-etre. En théorie il y en aura aussi un jour sur mon site mais je n'ose pas trop m'en vanter, vu ce que j'ai déjà en retard. 🙂

😇 Ce qui me fait penser que je n'ai pas su trouver tes photos d'Iran sur ton site ... n'étant pas un bout de bidoche mais une femme, j'en profite pour faire des réflexions stupides 😄
Catherine " La lucidité est la blessure la plus proche du soleil" René Char

http://www.catherinegil.com
YA Yangguizi Globetrotter ·
Mode auto-critque on:

Je n'ai pas avancé d'un iota depuis mon retour d'Iran, et n'ai même pas encore fait la pré-sélection des photos à mettre en ligne (sans parler de les remettre au bon format, de les organiser et de créer les pages).

Mode auto-critque off.

Mais je vais bientôt passer quasiment un mois en France où j'aurai tout le loisir de m'atteler à la tâche (si je trouve un ordinateur). Si j'en trouve le courage, je ferai peut-être les photos du Jilin dans la foulée.
SC Sch Globetrotter ·
Merci pour ces précisions et pour la suite ;) Je viens d'aller faire une brève visite sur ton site et n'ai pu m'empêcher de regarder les photos de la Corée du nord et de celle du Sud ... intéressant !!! j'aime bien la différence d'attitude des militaires à la frontière ... y'en a qui ne rigole pas et pour qui la journée doit être bien longue ... 😐

Très bonne idée que tu as eu en 99, je vais y retourner plus longuement.
YA Yangguizi Globetrotter ·
De retour à Hunchun, j'ai eu le temps d'apercevoir de nombreux russes ainsi que le passage (parfois) au triple affichage chinois, coréen et russe.

En m'arrêtant pour manger dans un petit restaurant proche de la gare routière, j'ai eu la surprise de découvrir une russe, grande et jeune, assez jolie bien que très peu souriante. La dame - ce n'était plus une demoiselle comme l'attestait le bambin qu'elle avait à ses côtés - était à table avec une famille de vieux paysans chinois. L'enfant qui partageait leur table était métis, certainement le fils de la russe et d'un membre de la famille de paysans. Difficile de se faire une opinion sur une situation et des gens que l'on ne connait pas, mais je ne pense pas me tromper en disant que la pauvre fille avait l'air malheureuse. Elle n'a pas tourné une seule fois son regard vers moi. Les russes comme moi (!), ce n'est pas ce qui manque dans la région.

J'en ai encore vu un paquet à la gare routière, tous avec d'énormes sacs pleins à craquer qu'ils ramenaient vers Oussourisk ou Vladivostok.

La route de Hunchun a Tumen fut la meme qu'à l'aller, et nous avons presque tout le temps longé la frontière coréenne, où on pouvait apercevoir de nombreuses fermes, mais guère d'agglomérations. Au detour d'une colline, une réplique de la Tour du Juche (célèbre monument de Pyongyang) était visible du côté coréen.

Puis je suis retourné au bord du fleuve à Tumen, pour acheter d'autres souvenirs, et me faire photographier au poste frontière, habillé en uniforme de l'Armée Populaire de Corée. De retour à Shanghai, une nord-coréenne a toutefois émis quelques doutes sur l'authenticité de mon uniforme, avançant même l'hypothèse qu'il n'était pas coréen. Mais il n'est pas chinois non plus. Ni même russe. Quid alors?

J'ai encore acheté quelques magazines illustrés, et une magnifique trousse pour écoliers à l'effigie de Kim Il Sung et de Kim Jong Il.

J'ai fini par quitter la région frontalière pour retourner à la capitale Yanji, vers l'heure du dîner. Je suis retourné dans la rue des restaurants, me suis posé le même dilemme que la veille, et ai cette fois privilégié la fille à la viande. Mal m'en a pris car la fille a effectivement posé des questions idiotes, tandis que la bouffe n'était pas bonne du tout. Elle tenta (la fille, pas la viande) de me parler en russe, mais j'ai dû lui dire que je n'étais pas soviétique (soviétique et russe, c'est kif kif). Elle m'a quand même fait de la peine au cours de la conversation: elle était d'ethnie coréenne mais crachait sur ses racines comme je l'avais rarement vu. Elle disait même n'apprécier la compagnie que des étrangers ou des chinois han, et fuir celle des sino-coréens. C'est triste d'en arriver là.
YA Yangguizi Globetrotter ·
Le lendemain matin à l'aurore, c'est sous une pluie fine que j'ai rejoint la toute proche gare routière pour embarquer à bord du bus pour Changbaishan, le fameux bus qui n'existait pas d'après l'agence de voyage de l'hôtel, mais dont j'avais malgré tout acheté un ticket la veille. Un aller-retour en bus, voilà tout ce que j'avais acheté, refusant catégoriquement toute autre prestation touristique. Le trajet devrait donc être tranquille sans hurlement ni haut parleur de guide au sourire béat.

Ne sachant pas en fait si j'utiliserais le billet retour ou si je quitterais Changbaishan par une autre route, j'ai pris ma valise avec moi, et ai cherché à la mettre en soute. Un membre de l'équipage (dans les bus chinois, il y a parfois un équipage de plusieurs personnes) m'a bruyamment fait savoir que ce n'était pas possible, mais persistait à me donner ses explications en dongbeihua, le terme désignant la plupart des dialectes du nord-est. Je n'aime pas du tout quand on refuse de me parler en mandarin, et j'ai donc fait en sorte que le ton monte. Ca tombe bien, la veille je n'avais rien dit de méchant à personne, et j'avais du retard à rattraper. Le type a fini par céder et à me parler en mandarin, pour me dire que la soute était trop sale pour qu'on y mette quoi que ce soit. Puis, pour que tout le monde sauve la face, il m'a félicité pour mon aptitude à comprendre le mandarin. "ben oui, si vous me parlez mandarin, bien sûr que je comprends. Pourquoi donc me parler en dongbeihua? J'ai une tête de dongbeiren (homme du nord-est) peut-être?"

Je suis monté à bord et me suis assis vers le fond, les derniers passagers sont montés à leur tour et le bus à démarré. Une femme minuscule à la voix stridente s'est alors levée et a commencé à hurler. Merde, une guide!!! Il manquait plus que ça! Mais elle faisait quoi là? L'avantage c'est qu'elle n'avait pas de haut parleur, et que sa voix ne pourrait pas tenir comme ça plus d'une vingtaine de minutes. En fait je crois qu'elle n'a pas dépassé le quart d'heure, avant de se rassoir puis de passer dans les rangs pour poser je ne sais plus quelles questions idiotes aux passagers. Bon, je suis méchant, en fait elle était plutôt sympa... pour une guide. Elle avait même de l'humour, puisque ça l'a fait marrer quand je lui ai adressé la parole en hurlant, comme elle le faisait avec nous.

Tandis que le bus traversait les superbes forêts et collines du Yanbian, je faisais connaissance avec les quelques passagers autour de moi: deux shanghaiennes voyageuses, une mère et son fils, deux paysans, et un sud-coréen seul (!!!!). Nous avions donc là deux phénomènes rares: des shanghaiennes voyageant en indépendant et détestant les voyages en groupe et les guides. Ca n'a l'air de rien, mais ça me fait vraiment plaisir de rencontrer des chinois comme ça, ce que nous appelons des voyageurs normaux, mais qui en Chine n'est pas si courant que ça. En plus, elles seraient les seules du bus (en plus de moi) à vouloir passer la nuit là-bas plutôt que de faire l'aller retour dans la journée. Voilà donc deux compagnes de voyage toutes trouvées. un sud coréen seul. Le sud coréen en Chine, ça a un nom scientifique: le sudus koreus groupus. Vous voulez rencontrer des sud coréens voyageant seul en Chine? Bon courage! Certes, celui-là avait une double bonne excuse: il était expatrié en Chine, à Qingdao, et voyageait dans une région de Chine où tout le monde parle coréen. Mais quand même, rendons lui grâce, puisque parmi les masses de sud coréens rencontrés pendant les deux jours suivants, tous, absolument tous, voyageraient en groupe.

Les deux paysans assis derrière moi ont évidemment fini par se lancer à l'eau après m'avoir longuement observé: "t'es soviétique?" Certes, dans les grandes villes, la plupart des gens sont au courant que l'URSS a disparu depuis presque quinze ans, mais quand on s'éloigne des grands centres urbains, le mot "soviétique" revient presque aussi souvent que le mot "russe" quand on me demande d'où je viens.

Ceux-là avaient un accent très très fort, et j'avais vraiment du mal à les comprendre, tout en essayant d'éviter les postillons qui ne manquaient pas de ponctuer chacune de leurs tentatives de contact, ainsi que l'haleine complexe qui émanait de leur orifice bucal. Je me tournais vers les shanghaiennes, quémandant une traduction en chinois standard, mais les pauvres avaient l'air aussi perplexes que moi devant le mandarin de nos deux amis.
YA Yangguizi Globetrotter ·
Il y a eu un arrêt pipi, miam miam boutique au bout de deux heures de route, et n'étant absolument pas tenté par les immondices qu'on nous proposait en guise de petit déjeuner, je jetais un rapide coup d'oeil aux boutiques, qui proposaient quelques albums de timbres nord-coréens et des babioles chinoises plus classiques.

Pour passer le temps, je discutais avec un vendeur: tu aimes bien Kim Il Sung et Kim Jong Il? Kim Il Sung, vraiment super oui ah et puis en Chine, on a aussi eu Mao Zedong, génial! oh et puis il y a eu Staline aussi (le type commençait à lever ses pouces en l'air) oh la la Kim Il Sung, Mao Zedong, Staline, ok! ok, bon ben, au revoir

Au bout d'environ quatre heures de route nous sommes arrivés dans les environs du Changbaishan. Avant la destination finale, on nous a proposé de faire un tour dans une réserve de tigres de mandchourie. J'ai donc payé mon entrée et ai embarqué dans le minibus qui devait nous balader au milieu des félins. Avant de pénétrer à l'intérieur des grillages, on a proposé aux passagers d'acheter des poulets vivants destinés à être jetés aux tigres. Deux ou trois chinois ont accepté la proposition et les volatiles ont donc été embarqués.

Le minibus était renforcé par des barres métalliques de tous les côtés, mais on se demande si la protection est suffisante, lorsqu'on sait que les chinois adorent ouvrir les vitres pour prendre de meilleures photos... et que ces mêmes vitres se retrouvent coincées quand votre serviteur essaye de les refermer. En ce qui me concerne, la visite se ferait donc vitre ouverte, avec une ou deux barres de métal pour seule protection. Il parait que c'est contraire aux normes élémentaires de sécurité mais bon, pas vraiment le choix...

Les félins étaient très beaux, et les voir se battre pour les poulets était vraiment impressionnant. Il parait que dans d'autres réserves de Mandchourie, ce sont des vaches vivantes qui sont offertes aux tigres pour le plaisir des touristes, mais je suis grandement soulagé que ça n'ait pas été le cas ici. Voir les poulets ainsi déchiquetés vivants ne m'a en fait pas du tout réjoui non plus.

Un peu plus loin, nous sommes enfin arrivés, au milieu d'une centaine de bus, à l'entrée du Changbaishan.
YA Yangguizi Globetrotter ·
Changbaishan (Paektu San en coréen) est une montagne frontalière entre les deux pays, sacrée des deux côtés, mais surtout pour les coréens du nord comme du sud. C'est une immense réserve naturelle que les chinois exploitent bien entendu comme une attraction touristique majeure. Cela veut donc dire des hordes de groupes de touristes, et des prix d'entrée faramineux. En fait je crois que je n'avais jamais autant dépensé sur un site touristique en Chine: droit d'entrée dans le parc, forfait pour les minibus qui vont d'un site à l'autre, droit d'entrée pour accéder au sentier qui rejoint le lac, et somme astronomique pour le 4x4 qui mène au sommet.

Tous les passagers du bus ont donc dû embarquer dans un autre bus réservé à la circulation dans le domaine de Changbaishan, et à, ô divine surprise, notre guide a trouvé un micro! Elle allait donc pouvoir faire beaucoup de bruit sans avoir besoin de hurler. Au programme des réjouissances d'après la guide donc... un français et un sud-coréen à bord du bus. Ils parlent chinois et on pouvait donc aller leur parler pour poser des questions si on veut. Je n'en menais pas large, mais heureusement que le bus nous a craché un peu plus loin, laissant les autres passagers faire la course avec la guide pour pouvoir tout boucler dans la journée et revenir en ville pour la nuit.

Il pleuvait ce jour-là et on ne voyait pas le sommet de la montagne, bien que certaines cascades soient visibles. Comme je comptais y passer la nuit, je savais que je pouvais prendre mon temps et avoir une chance de voir la montagne le lendemain. Les deux shanghaiennes avaient entendu parler d'un hôtel pas trop cher sur la montagne et nous l'avons donc cherché ensemble.

Elles se sont présentées les premières à la réception et ont obtenu un prix beaucoup plus cher que ce dont elles avaient parlé. Apparemment ça ne les a pas émues outre mesure. Puis ce fut mon tour. Bien entendu, le prix qu'on me proposa fut encore plus élevé pour une chambre rigoureusement identique: et pourquoi je paie plus cher que les deux filles moi? En plus je suis seul, donc je devrais payer moins cher. La réceptionniste était de cette espèce animale au regard vide trahissant une inertie intellectuelle affligeante. Elle me regarda longuement: es-tu de l'ethnie han? (l'ethnie majoritaire en Chine) Cette question, on ne me l'avait encore jamais posée, même s'il est évident que les prix qu'on m'offrait étaient souvent liés à mon absence d'yeux bridés. non, je suis de la minorité sino-coréenne (ajoutais-je en sortant les deux ou trois mots de coréen que je connaissais) Le regard vide de la réceptionniste me scruta un moment: je crois que tu ne dis pas la vérité. ça tombe bien, ça n'a rien à voir avec le prix de la chambre.

Finalement, et sans que j'y ai cru pendant mes démarches, la réceptionniste m'a accordé un rabais substantiel, et j'ai réussi à payer beaucoup moins cher que les shanghaiennes.
YA Yangguizi Globetrotter ·
Les deux filles voulaient d'abord aller aux sources chaudes. Comme je trouve le concept de se baigner dans une source chaude particulièrement con, nous avons donc fait chemin à part et je me suis dirigé vers "la forêt souterraine" sans avoir aucune idée de ce que c'était.

Après qu'un bus m'ait déposé à l'orée d'une forêt, j'ai entamé une balade d'une vingtaine de minutes dans ladite forêt. Comme partout ailleurs en Chine, tout est fait pour éviter que les pieds des chinois ne foulent le sol de la forêt. Ils ont horreur de ça et n'aiment pas du tout parcourir une forêt s'il n'y a pas une large passerelle en bois, propre et lisse, qui accompagne le chemin. On m'a un jour parlé du séjour d'une chinoise en Allemagne, qui était offusquée par le fait qu'en Europe, il faille marcher directement sur le sol pour se déplacer en forêt. Choquant et sale!

La balade en forêt était quand même agréable malgré le monde, et la pluie fine ne gâchait rien, bien au contraire. La forêt souterraine, c'est en fait une forêt située au fond d'une vallée que surplombent des falaises au sommet desquelles on trouve... les chemins à touristes. Vu d'en haut, la forêt est donc naturellement sous-élevée. Rien d'extraordinaire donc même si le paysage est agréable.

J'ai fait le chemin de retour à pieds, plutôt que de prendre le bus, et en ai profité pour déguster quelques fraises des bois sur le chemin. Près de l'hôtel, le "petit lac céleste" (en fait un ridicule étang sordide) fascinait les foules, à qui on avait dit que c'était un endroit à voir. J'y ai de nouveau croisé les shanghaiennes, avec qui on s'est mis d'accord pour visiter le sommet ensemble le lendemain. Apparemment nous avions eu raison de ne pas y aller ce jour-là car le temps ne s'est arrangé qu'à la tombée de la nuit.

Tandis que je bouquinais dans ma chambre, j'entendais le bruit sourd d'un karaoke non loin de là et me suis décidé à aller jeter un coup d'oeil. Ca se passait dans la salle à manger de l'hôtel qu'un énorme groupe de vieux sud coréens avait investie. Dès que j'ai pointé mon museau, l'un d'entre eux - à moitié ivre - s'est précipité vers moi pour que je me joigne à leur table, tandis que d'autres sud-coréens braillaient en coréen dans le micro. Il a sorti une bouteille de son sac en m'invitant à boire "son" "breuvage maison". Je m'attendais au pire mais en fait c'était pas dégueulasse du tout, son espèce de cocktail rouge vif à base d'alcool de raisin et de je ne sais quoi d'autre.

Hélas, ce qui a dû arriver arriva, et les sud-coréens ont commencé à exiger que je chante quelque chose. Ceux qui me connaissent le savent: j'ai horreur de ça et ne m'y livre en principe jamais. Mais c'est dur de résister face à deux dizaines de sud-coréens âgés et il faut bien le dire bien sympas, et j'ai donc consenti à faire une entorse à mes principes. J'ai donc chanté un chant révolutionnaire chinois. Mais pourquoi faut-il donc que je sois contraint de chanter à chaque fois que je me retrouve sur une montagne avec des coréens? (voir mon carnet sur la Corée du Nord).

Tous ces sud-coréens avaient fait le voyage de Seoul uniquement pour voir la montagne et le lac volcanique au sommet. Ils n'avaient malheureusement eu qu'un jour sur place et n'ont donc rien vu bien qu'ils soient montés au sommet. Même pas aperçu le moindre iota de la surface du lac. Ils étaient très déçu et j'ai eu de la peine pour eux. Ce n'est pas un voyage ordinaire pour les coréens, car le Mont Paektu a réellement une importance symbolique et sacrée pour eux, et avoir fait tout ce chemin pour rien était évidemment une déception.
YA Yangguizi Globetrotter ·
Le lendemain matin, nous avons pris tous les trois la direction du sentier menant au lac volcanique de Tianchi, au sommet. Le temps était exceptionnel, d'un bleu profond, seuls quelques cyrus annonciateurs de vent fort apportant quelques nuances à ce ciel enchanteur.

Il y avait foule, ce à quoi je m'attendais évidemment. Passées les fumeroles où quelques commerçants faisaient cuire leurs oeufs à même la roche pour amuser le chaland, nous avons enfin commencé l'ascension à proprement parler. Bien que le paysage soit superbe, l'ascension fut très décevante: sa majeure partie consistait à avancer à l'intérieur d'un tunnel en béton construit à flanc de montagne. Je veux bien imaginer que cette horreur est destinée à protéger des chutes de pierres, mais c'est quand même atroce de se voir ainsi privé d'une belle ascension.

Un peu avant la fin du tunnel, une sortie sur la gauche permettait de faire une halte et de respirer un peu d'air frais avant de reprendre le chemin. J'en ai profité pour faire quelques photos, tandis que deux chinois avaient apparemment eu la même idée que moi. L'un d'entre eux vint vers moi et m'adressa la parole non sans une certaine agressivité: reste pas là quoi? va-t-en, c'est dangereux ici un danger? quel danger? là, là, tu vois pas? Le précipice oui et alors? Je ne suis pas un attardé mental, je ne vais pas me jeter dans le précipice tu risques de tomber, va-t-en! non, je reste là quelques minutes pour respirer, il n'y a absolument aucun risque

(il n'y avait évidemment aucun risque, le précipice était éloigné de quelques mètres, et il n'y avait aucune raison de tomber dedans, mais les chinois ont parfois une notion du risque assez déroutante)

Mais le type a commencé à m'aggriper et à me pousser dans la direction opposée. On ne s'est pas battus, mais je lui ai rendu son geste. non mais ça va pas? Laisse moi tranquille!! Je fais une pause. je te dis de partir, tu ne peux pas rester là! mais qui tu es pour me parler comme ça? je travaille ici, mossieur, c'est mon métier de veiller à la sécurité (pipo pipo, il était évident que le type était un touriste lambda, ce que la suite a parfaitement confirmé quand je l'observais et que je l'entendais parler) et bien moi j'ai payé mon billet d'entrée et si je décide de m'arrêter de marcher pendant deux minutes pour respirer l'air pur, ce n'est pas toi qui va m'en empêcher, fous moi la paix!

Ce sale type m'avait vraiment énervé, son comportement agressif était absolument incompréhensible. Probablement un de ces quelques chinois racistes (assez rares heureusement) qui éprouvent un besoin irrépressible de faire preuve d'agressivité quand ils croisent le chemin d'un étranger. Les shanghaiennes qui avaient assisté à une partie de la scène n'ont pas voulu me dire ce qu'elles en pensaient: "je pense qu'il ne voulait que ton bien" (ben voyons)

Nous avons enfin vu le bout du tunnel et avons traversé quelques alpages avant d'apercevoir et de rejoindre enfin les bords du lac Tianchi.
SC Sch Globetrotter ·
Sans ta maîtrise du madarin, le voyage n'aurait pas été le même ! As-tu croisé des occidentaux durant ce séjour ? Merci en tout cas, je me regale !
YA Yangguizi Globetrotter ·
J'ai aperçu trois ou quatre occidentaux dans le grand parc de Jilin, et à peu près autant à Changbaishan. Et beaucoup de russes à Hunchun, si tant est qu'on puisse les qualifier d'occidentaux. 🙂
YA Yangguizi Globetrotter ·
Je savais que le lac Tianchi était enchanteur, une vraie merveille de la nature digne de figurer au palmarès des plus beaux sites du monde. Je l'avais souvent vu en photo, notamment dans des livres ou films de propagande nord-coréens, et rêvais d'y aller depuis longtemps, même si j'aurais préféré l'aborder par la rive coréenne. De l'autre côté de la frontière, le lieu a été sanctifié au point de devenir un des symboles du pays, figurant sur l'emblème national nord-coréen. D'après la légende, le Général Kim Jong Il y serait né lorsque ses parents guerroyaient contre les japonais, et son premier sourire aurait provoqué un arc-en-ciel.

Il y a beaucoup d'autres légendes entourant ce lieu, plus anciennes et beaucoup moins communistes, et une rumeur persistante comme quoi le cousin du monstre du Loch Ness y aurait élu résidence. Les chinois ont donc bien entendu installé un petit dinosaure en carton au bord du lac pour amuser les gens.

Quoi qu'il en soit, je n'ai pas été déçu, les couleurs du lac, et des roches plongeant dedans étaient hallucinantes et j'en ai eu le souffle coupé. Les touristes étaient environ pour moitié chinois et pour moitié sud-coréens. En face, on voyait bien la plage nord-coréenne et quelques silhouettes se déplaçant au bord du lac. D'après les flics chinois qui surveillaient les touristes, ce n'est pas tous les jours qu'on pouvait voir des nord-coréens, et je pouvais donc m'estimer chanceux. Les deux flics étaient plutôt sympas, mais ils étaient quand même très pénibles quand ils hurlaient aux gens de descendre des rochers où ils se prenaient en photo, toujours pour de soi-disant raisons de sécurité. C'est insupportable d'être ainsi materné.

Cela n'allait pas faciliter mon projet de faire quelques brasses dans l'eau glacée du lac, car je savais que les flics hurleraient dès qu'ils me verraient retirer mes vêtements. En plus de cela, la perspective d'avoir tous les chinois crier "laowai" en me prenant en photo tandis que je faisais trempette ne m'enchantait pas non plus, et j'ai heureusement pu trouver une petite crique déserte, un peu à l'écart, où je pourrais discrètement mener mon projet à bien.

J'ai pu me baigner mais ne suis resté que deux ou trois minutes dans l'eau, car elle était vraiment glaciale. Plus encore que celle du Baikal où je m'étais baigné l'année dernière. Je suis donc rapidement sorti de l'eau, me suis rhabillé et suis allé narguer mon copain flic: ça fait vraiment du bien de se baigner dans le lac bu keyi (pas possible) si si, d'ailleurs j'en reviens bu keyi mais si, tu devrais essayer, c'est vraiment bon pour le corps

Il a dû croire que je me moquais de lui car il ne m'a même pas engueulé.

Puis nous sommes redescendus pour déjeuner et rejoindre un autre point de vue sur le lac.
YA Yangguizi Globetrotter ·
L'autre moyen d'admirer le lac Tianchi consiste à emprunter un 4x4 pour monter au sommet d'un des pics surplombant le lac volcanique. Après environ 40 minutes de route et avoir passé un télésiège, des forêts et des alpages, nous sommes arrivés au sommet, où, comme d'habitude il y avait foule.

Il faisait toujours beau mais des nuages commençaient à s'approcher. La vue plongeante sur le lac était encore plus impressionnante que celle de la matinée, et la plage nord-coréenne encore plus proche. J'ai longé la ligne de crête en direction de la Corée pendant environ un quart d'heure avant de rebrousser chemin devant un sentier qui m'avait l'air trop périlleux, et ne sachant de toute façon pas où se situait exactement la frontière, puisqu'ici elle n'était pas matérialisée.

Un orage a commencé à éclater, il était donc temps de redescendre. Les shanghaiennes avaient entre temps commencé à discuter en anglais avec des sud-coréens, et en me voyant arriver, elles leur ont dit "ah tiens, voilà un nord-coréen, regardez son pin's" (toute la journée durant, j'avais accroché sur mon coeur le pin's à l'effigie du Respecté Président Kim Il Sung. C'était quand même l'endroit idéal pour ça). Les sud-coréens m'ont regardé bizarrement et m'ont questionné en anglais: t'es vraiment né à Pyongyang? (p'tain, n'ont-ils pas compris que les filles blaguaient?) euh oui... enfin dans la banlieue ouest quoi. Enfin la banlieue éloignée je veux dire. ah ouri-e changgun Kim Jong Il dongji manse (vive notre Général, le Camarade Kim Jong Il), ajoutais-je en coréen, en levant le poing.

Ca les a fait marrer, et ils ont embarqué dans un 4x4. Nous sommes descendus à notre tour, et avons rejoint le parking des bus où nous attendait notre transport pour Yanji. La guide de la veille était là, comme tous les jours, et le bus aux deux tiers plein a fini par démarrer.

Derrière moi, deux dames agées sino-coréennes ont demandé que je leur prête mes magazines nord-coréens. Comme quoi la libraire de Yanji s'était trompée en disant que ça n'intéressait pas les gens du coin. Les dames m'ont expliqué en chinois le contenu de quelques articles écrits en coréen: c'était une expérience très intéressante, d'autant plus que les articles qui les avaient intéressées étaient presque apolitiques et n'étaient que des portraits de gens de Pyongyang.
YA Yangguizi Globetrotter ·
J'avais proposé aux deux shanghaiennes d'aller diner dans le très bon restaurant à viande découvert quelques jours plus tôt, mais elles avaient prévu de diner avec un sino-coréen qu'elles avaient rencontré dans l'avion, et m'ont proposé de me joindre à eux. J'étais sûr que le gars en question allait faire une tête pas possible en me voyant et je ne me suis pas trompé. Il n'a pas souri une seule fois pendant le diner, mais les filles m'ont dit après qu'en fait il était toujours comme ça, que ça n'avait rien à voir avec moi.

Nous sommes donc allés dans un autre restaurant à barbecue, recommandé par le type du coin. C'était pas mauvais mais j'ai préféré le Hannashan (celui que j'avais trouvé). Enfin c'était pas mauvais... Disons que le repas a très bien commencé avec un assortiment de tranches de boeuf, de mouton et de légumes, mais la suite fut mémorable.

Des rondelles blanchatres découpées en forme de fleur et percées d'un trou circulaire en leur centre ont fait leur apparition sur la poele. Tiens, jamais vu de fleurs de lotus comme ça avant, que je me suis dit. Puis le sino-coréen a mis les choses dans mon bol et m'a dit de goûter.

Minute, qu'est-ce là, ai-je demandé? "niu bian" me répondit le type. Euh... j'avoue que mon chinois a quelques lacunes. Niu je vois très bien ce que c'est, c'est la vache, jusque là pas de problème, j'aime bien les vaches. Mais bian c'est quoi exactement, demandais-je en m'attendant à ce qu'on me décrive de mystérieux viscères aux vertus médicinales. Le type ne répondit pas et se contenta de pointer son entrejambes du doigt. Bon, ok, compris, j'allais devoir bouffer de la bite de vache (les petits malins du forum me feront sûrement remarquer que les vaches étant des femelles, elles ne sont pas pourvues de cette chose, mais je trouve que ça sonne mieux que bite de boeuf). J'ai d'abord tenté de reconstituer mentalement la chose, en visualisant intérieurement les tranches empilées les unes sur les autres, comprenant le pourquoi du trou au milieu, et éprouvant une certaine admiration pour le diamètre de l'engin. Mais pourquoi le découper en forme de fleur? C'est plus joli comme ça.

Ok, ok, je comprends mieux l'expression française de "bite en fleur" maintenant. J'ai donc été contraint de mettre la chose dans la bouche, et je crois qu'il a fallu une bouteille entière de bière pour la faire passer. Le goût était bizarre, et la substance... déroutante. Une tranche m'a suffi, et je n'ai pas cherché à avaler les autres. Le type avait l'air de se régaler, tandis que les shanghaiennes n'avaient pas l'air non plus de cracher dessus. Très bien, au moins si elles aimaient tellement mettre ce genre de truc dans leur bouche, je connaissais un excellent moyen de finir la soirée, mais je n'ai évidemment pas osé le suggérer.

Je pensais mon supplice terminé, mais le pire restait encore à venir: les intestins de porc. Ca, c'était vraiment ignoble, et les types ne s'étaient même pas donné la peine d'en travestir la forme: on voyait très bien ce que c'était. Beurk quelle horreur, j'ai réussi à en avaler un tout petit morceau, mais je pense que j'ai dû faire une tête pas possible à ce moment-là. Ca tombe bien, je n'avais plus faim.

Le sino-coréen tenait absolument à nous inviter. Comme il habite lui aussi Shanghai, il va falloir que je lui rende l'invitation, et la tentation est forte de l'emmener manger français et de commander une bonne assiette de charcuterie et du bon roquefort qui pue (en général tout cela dégoûte les chinois).
YA Yangguizi Globetrotter ·
Nos chemins devaient se séparer là puisque les demoiselles mettaient le lendemain matin le cap sur Harbin, tandis que je devais lentement reprendre la direction de Changchun. Il me restait une journée et demie à meubler avant de reprendre mon avion, et franchement, je ne savais du tout quoi faire. L'une des filles m'a conseillé un patelin mandchou non loin de Jilin, dont elle a vu le nom dans un bouquin. Ca m'a paru une bonne idée et j'ai donc refait le trajet inverse Yanji - Jilin. J'y suis arrivé en début d'après-midi, ai posé ma valise, et ai sauté dans un bus en direction de Wulajie (le nom du patelin).

Le bus était d'une désespérante lenteur puisqu'il a roulé au pas pendant une heure, dans l'attente d'hypothétiques passagers. Puis une fois à la périphérie de la ville, il a repris une allure normale. A bord du bus, tout le monde me disait qu'il était trop tard, et que je ne pourrais jamais attraper un bus retour, mais ce n'était pas très grave, la distance n'était pas énorme et je pourrais prendre un taxi en début de soirée.

Arrivé à Wulajie, j'ai eu l'impression d'avoir fait une erreur: que diable allais-je donc faire ici? C'était un gros bourg, pas tout à fait une ville, où il n'y avait apparemment rien de particulier. J'ai commencé à me diriger hors du "centre" pour trouver quelques maisons apparemment relativement anciennes. Inutile de dire que dans ce genre de patelin, j'avais mon petit succès puisqu'à mon passage, tout le monde arrêtait ses activités pour contempler "le soviétique". J'ai fini par aborder un petit groupe pour demander s'il y avait un truc intéressant à voir dans le patelin. Ca les a fait marrer et ils m'ont recommandé de suivre une petite route pendant un kilomètre pour voir... je ne sais pas quoi, je n'ai pas compris. Leur accent était trop fort. Ca humait bon la campagne et ses tas de fumier, et je n'avais pas la moindre idée de ce que je cherchais. J'ai fini par rebrousser chemin, quand un petit vieux tout gentil s'est proposé de me servir de guide. En fait j'avais passé un embranchement que j'aurais dû prendre. Il m'a accompagné à l'entrée d'une école où on pouvait voir quelques inscriptions en mandchou, nous y sommes rentrés, l'avons traversée, et avons enfin accédé au monument aux martyrs. Voilà, c'était donc ça la merveille, juste un monument aux martyrs comme il y en a partout en Chine. J'ai fait semblant de m'extasier et ai interrogé le petit vieux sur la vie et l'histoire du village.

Il était sacrément fier qu'un étranger s'intéresse à son village et m'a raconté que ce fut autrefois un important centre culturel mandchou qui a fini par tomber dans l'oubli au vingtième siècle. Le vieux Chen m'a confirmé qu'il était mandchou, mais que comme presque tous ses semblables, il ne connaissait pas la langue ni l'écriture de ses ancêtres. Personne parmi les gens avec qui j'ai discuté dans le village ne connaissait cette langue, même si quelques uns m'ont dit qu'il devait encore exister quelques personnes très agées qui la connaissaient. En moins d'un siècle, le mandchou est en effet passé du statut de langue officielle de l'Empire de Chine au statut de langue morte. C'est très triste.

Le vieux Chen m'a ensuite entrainé chez lui, dans une ferme qu'il partageait avec un frère et un cousin. Apparemment il n'y avait aucune femme dans les lieux, mais je n'ai pas osé lui demander s'il était marié. J'ai pris congé de mon hôte sympathique pour revenir sur mes pas. C'est alors une étudiante en architecture et sa petite cousine qui ont pris le relais. J'avais trouvé la guide parfaite, puisqu'elle me fit visiter pendant une heure ou deux les belles maisons de style mandchou du village. Et il y en avait beaucoup, que je n'aurais sans doute jamais trouvées tout seul. Aucun problème pour rentrer dans les cours intérieures, les gens étaient tous ravis d'avoir de la visite. On me l'a d'ailleurs bien fait comprendre: ça leur faisait très plaisir qu'on s'intéresse à leur patelin et à leur histoire, même si les autorités locales n'ont fait aucun effort de restauration du patrimoine ni de promotion du tourisme (quand on voit ce que sont devenus d'autres gros villages touristiques de Chine, on ne peut pas vraiment dire que ce soit une mauvaise chose). En fait, quasiment personne ne venait jamais, y compris parmi les touristes chinois qui passaient dans la région.

Bien que la majorité de la population soit mandchoue, il y avait aussi des han et même des hui, des chinois musulmans. Et oui, j'ai même trouvé dans ce patelin perdu de Mandchourie une superbe mosquée ancienne!

"les gens sont très chaleureux ici" me confirma la fille, ce que je me suis empressé d'approuver. Rarement en Chine je n'avais ressenti un accueil aussi chaleureux et sincère. Mais l'heure tournait et il était temps de rentrer en ville. Plus de bus bien sûr, mais pas vraiment de taxis non plus. En tout cas pas de taxis qu'on me conseilla de prendre, les seuls disponibles étant du genre à faire payer plus cher. J'ai donc patienté une demi-heure au carrefour principal, en compagnie de l'étudiante, puis d'une foule de badauds.

Parmi eux, Liu, le vendeur de pastèque, était fasciné par ma présence. Je ne comprenais presque rien à ce qu'il me racontait, mais j'ai bien aimé cette rencontre. Il avait une très bonne bouille, et on a bien rigolé ensemble. Je lui ai appris à dire le mot "pastèque" en français, et à la fin il ne s'en sortait pas trop mal. Je lui ai promis que j'allais envoyer d'autres touristes français à Wulajie, et qu'ils allaient tous lui acheter des pastèques en l'entendant prononcer ce mot. J'ai bien envie de tenir cette promesse, donc si jamais vous passez dans la région de Jilin, allez donc faire un tour à Wulajie, vous ne le regretterez pas, et vous pourrez goûter les meilleures pastèques de Chine. 🙂

J'ai fini par prendre un des taxis qui attendaient, et c'est le coeur assez serré que j'ai rejoint Jilin pour l'heure du diner.
YA Yangguizi Globetrotter ·
Il ne me restait plus grand chose à faire dans la province.

Je suis allé manger des raviolis ce soir-là, avant de retourner au marché de nuit, puis j'ai passé une bonne nuit avant de prendre un bus pour Changchun.

Pas grand chose à faire là-bas donc pendant les quelques heures qu'il me restait, d'autant que j'avais déjà vu le palais de Puyi. Ne restait donc plus que le parc Nanhu, un parc comme il y en a dans toutes les grandes villes chinoises, avec des ponts de pierre, des pédalos en forme de cygne, et des attractions pour enfants. Une trentaine d'hommes et de femmes de tous âge en tenue de camouflage s'entrainaient à défiler sous les instructions de deux militaires professionnels. Ils n'avaient pas l'air très expérimentés et je soupçonne qu'il ne s'agisse là que de simples badauds faisant ça pour s'amuser.

J'étais assez satisfait de la semaine passée, et des achats nord-coréens que j'avais effectués. Mission accomplie, ou presque. Tout ce que je n'avais pas réussi à faire était de rencontrer des réfugiés nord-coréens, mais pour le reste, le bilan était très positif. Je pouvais prendre l'avion de Shanghai l'esprit serein.
SC Sch Globetrotter ·
Une semaine bien remplie et un bien beau récit ! bravo pour la trempette 😉 Merci encore pour ce partage 🙂
PA Pataugas Veteran ·
Merci pour cette narration yangguizi, d'autant plus qu'elle a fort agréablement pontué deux jours de travail suant, et aujourd'hui.... y'a pu rien🤪 dommage alors!😕 J'm'en remonte suer sur mon p'tit vélo...
"le silence des pantoufles est plus terrifiant que le bruit des bottes"
LE Lepiaf Globetrotter ·
Un plaisir de lire ton récit, une fois de plus. Tu pratiques un tourisme qui t'est propre et tu nous fais découvrir des régions inconnues. Ta fascination pour la Corée du nord est étonnante.
MA Mariannehon Regular ·
Après cette passionnante lecture, je suis toute étonnée de me retrouver... à Berne ! Comme quoi, voyager "dans sa tête" n'est pas une notion abstraite (surtout avec un support aussi imagé que tes divers récits). Encore... Merci Marianne
TA Tatra Globetrotter ·
Allons bon, encore un grand moment de récit... Du coup j'ai un peu honte de n'avoir fait qu'un bref passage à Changchun sans explorer plus loin. D'ailleurs pour m'enfoncer je peux fournir quelques photos de la ville ; par contre je ne me souviens pas que l'aéroport était neuf, mais au contraire assez ancien... Ils en ont construit un autre ?

2788 : gare de Changchun 2800 : aéroport de Changchun 2795 : le salon de réception de Pu Yi

J'ajoute un lien vers une courte video qui illustre les propos sur Tumen. http://www.youtube.com/watch?v=1KDCHpMlERM

Michel
YA Yangguizi Globetrotter ·
Puisque me revoilà à la maison, voici une première fournée de photos:

puyi1: le bâtiment abritant les appartements de Pu Yi puyi2: la salle des fêtes? (qui me rappelle le film) jilin1: danseurs sur la place de la gare de Jilin jilin2: temple de Confucius à Jilin jilin3: la vieille église de Jilin jilin4: paysage industriel de Jilin jilin5: un "portraitiste en pâte à modeler". Il a même fait son auto-portrait!
YA Yangguizi Globetrotter ·
Et une deuxième fournée...

yanji: centre-ville de Yanji tumen1: le tout petit fleuve entre la Chine et la Corée tumen2: la nuit tombe sur une ville coréenne tumen3: le pays du matin calme méritait bien son nom, ce matin-là fangchuan1: la Chine au premier plan, la Russie à gauche du pont, la Corée à droite, et la mer du Japon au fond fangchuan2: l'extrémité de la région du Primorie, en Russie
YA Yangguizi Globetrotter ·
Et enfin la dernière...

changbai1: un tigre de Mandchourie dévorant un poulet changbai2: une cascade sur le chemin du sommet changbai3: vue du bord du lac Tianchi changbai4: vue du sommet du lac changbai5: la rive nord-coréenne repas: THE fameux repas. Le pénis de boeuf, c'est en haut à droite wulajie1: une ancienne maison de notable mandchou wulajie2: le vendeur de pastèques. Voilà, t'es une star maintenant, mon ami
CA CatherineGil Globetrotter ·
Sur la photo changbai 2 la cascade, c'est quoi cette "construction" qui court à mi pente ? La route ?

Et sur changbaï 5 la rive Nord Coréenne ce "fil" blanc en face c'est quoi ?

En tous cas les paysages sont sublimes. J'aime bien aussi les photos de villes c'est étonnamment triste....

😄 quant à THE repas même moi qui ne suis pas végétarienne, toute cette bidoche holàlà !
Catherine " La lucidité est la blessure la plus proche du soleil" René Char

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YA Yangguizi Globetrotter ·
A côté de la cascade, c'est pire qu'une route, c'est un tunnel en béton à l'intérieur duquel on gravit la montagne. Quelle horreur!

Le fil blanc sur la rive coréenne est en fait un escalier en zigzag.
SC Sch Globetrotter ·
C'est magnifique ! merci pour ces photos 🙂
CA CatherineGil Globetrotter ·
😄, oui, oui, le tunnel dont tu parles dans ton récit !

C'est génial ta façon de raconter ! Avant de partir je n'avais pas eu le temps de lire LE repas avec bite de ...de quoi au fait, les boeuf n'en ayant pas plus que les vaches justement ! sans doute de veau avant que le malheureux propriétaire de "l'instrument" ne devienne boeuf.... 😐

Ca me rappelle la fois, il y a plus de quarante ans ( 😕 ) où, pour m'honorer à Ardauli, un village au centre de la Sardaigne qui à l'époque n'était accessible qu'en charrette, on n'avait offert une couille de cochon rôtie.... seigneur ! J'ai encore le "goût" de lisier en mémoire ! J'étais très jeune avec encore quelques restes de "bonne éducation" j'y ai donc goûté . Ce serait aujourd'hui, jamais! Sans compter qu'à la réflexion, offrir comme "nourriture" à une fille, un morceau aussi connoté "mâle" me paraît relever de l'insulte . Il est arrivé parfois, qu'on mange le foie ou le coeur de son ennemi pour devenir aussi valeureux que lui, mais on n'offre pas des couilles de cochon à une gamine ! Enfin !😠

Quoi, qu'il en soit, je suis impatiente que tu repartes en voyage, juste pour que tu nous racontes 😛
Catherine " La lucidité est la blessure la plus proche du soleil" René Char

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YA Yangguizi Globetrotter ·
Quand j'ai raconté l'histoire à ma grand-mère (ou était-ce un autre membre de ma famille?), elle m'a dit qu'en France ça se faisait parfois aussi les couilles d'animal (je crois qu'il s'agit en général de bovins). J'avoue que ça attise ma curiosité. Où en France et à quelles occasions mange-t-on cela? Et accessoirement, est-ce bon?

Le prochain voyage, c'est pour dans quelques jours, à l'occasion de la Fête Nationale chinoise. Pour la première fois, je resterai en Chine, et ce sera la tournée des berceaux du communisme chinois, dans la province du Jiangxi. Le niveau idéologique de ce voyage devrait donc être plutôt élevé. 🙂
CA CatherineGil Globetrotter ·
En Cévennes, mes ancêtres Parpaillots, vendaient les ris d'agneau ( le thymus ) aux gens des villes, et consommaient les testicules qu'ils appelaient pudiquement "rognon blancs", ( on n'a jamais vu un Parpaillot appeler un chat, un chat ! ) . D'après ma mère, ça se cuisinait à la poêle à l'occasion d'une fête, avec une grosse persillé, l'essentiel étant que la persillée soit abondante pour que ça ait un peu de goût .

Bon, mais à moins d'abattre tout un troupeau, je vois mal comment ils faisaient pour en remplir une poêle ....

🙂, Super, je vais de ce pas consulter une carte pour voir où se situe le Jiangxi !
Catherine " La lucidit�� est la blessure la plus proche du soleil" René Char

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LE Lepiaf Globetrotter ·
L'appellation "rognon blanc" est connue de tous les amateurs d'abats. C'est un mets fin qui ne sent pas du tout le lisier, ta mémoire doit te jouer des tours. Hélas, le beau métier de tripier a pratiquement disparu.
YA Yangguizi Globetrotter ·
De toute façon, c'est pas mon trip tout ça.
LE Lepiaf Globetrotter ·
Dommage car les chinois sont aussi amateurs d'abats. Mais que ne mangent-ils pas ?
CA CatherineGil Globetrotter ·
Et bé .... ce "rognon blanc" de cochon me laisse un souvenir... héroïque ... en tous cas 🤪 même si avec le temps, ma mémoire en a exagéré le souvenir du goût et de l'odeur .
Catherine " La lucidité est la blessure la plus proche du soleil" René Char

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MI Micmag Veteran ·
salut tu les abats pas les pauvres betes, mais on leur retire"uniquement".le berger fait une inscision et avec les dents(car ca glisse)les sorts du scrotum même pas mal!! il parait... c'est tres bon, les glaouis
mag http://sudam.canalblog.com (nos voyages en amerique du sud) http://egyptenliberte.canalblog.com

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