Après avoir beaucoup profité des excellentes informations de ce merveilleux forum, à mon tour de contribuer en partageant une expérience vraiment sensationnelle : le canot camping.
Dans le cadre d'un voyage de 15 jours au Québec, nous avons fait un "trek" de 5 jours, 4 nuits, 71 km et plusieurs portages dans la réserve faunique de la Vérendrye en canot camping.
Pour ceux qui, comme moi il y a quelques mois, ignorent tout de cette activité, celle-ci se résume assez facilement : il s'agit de reproduire de manière sportivo-ludique le mode de vie et de déplacement des premières nations et des coureurs des bois. On parcourt les lacs et rivières en canot, en toute autonomie.
La réserve faunique de la Vérendrye est à environ 5 heures de route au nord ouest de Montréal. Le point de départ de l'expédition est le lieu-dit Le Domaine. Quelques maisons, une station service, un hôtel, et le siège de l'organisme (public ? je suppose que oui, mais en tout cas indépendant de la SEPAQ) Canot-camping de la Vérendrye : http://www.canot-camping.ca/
La location de tout ou partie du matériel nécessaire se fait à cet endroit. On y paie également les droits d'accès au parc et on prend les dernières consignes concernant les ours : il y en a environ 8000 dans le parc selon la Sepaq.
Jour 1 :
Nous partons vers 6h du matin du Domaine pour rejoindre le point de départ de notre parcours, l'un des plus long mais aussi des plus "faciles" (nous y reviendrons) techniquement, des différents parcours proposés dans le parc (1000 km de circuits en tout).
50 km au nord du Domaine, au lieu dit Whiskey, nous attaquons le circuit.
Programme du jour : deux portages de 750m de long et environ 15 km de rame.
Le premier portage a lieu dès le début. Il s’avérera qu'il s'agit du plus difficile de l'ensemble du parcours. 750 mètres, ça n'a l'air de rien, mais en fait c'est considérable. Le principe consiste à aborder, à décharger l'ensemble des affaires (pour 5 jours d'autonomie, nous avons donc une charge quand même importante, probablement trop d'ailleurs). Nous portons la majorité des affaires sur le sentier jusqu'à l'autre bout du portage. Première erreur, nous oublions l'anti moustique, la sanction est immédiate. Ensuite, on retourne au canot, on le charge sur le dos (1 seule personne doit porter le canot, dont j'estimes le poids à une 50aine de kg) et on refait le parcours. 1 heure en tout. A ce moment là, nous n'imaginions pas que nous n'allions pas voir plus de 5 personnes et adresser la parole à aucune en 5 jours à partir de ce moment là. Le canot camping, c'est le véritable isolement et la véritable autonomie. Pas de réseau, pas de routes, pas de sentiers, peu de personnes. Une simple carte.
Nous ramons environ 7 km avant le second portage, lui aussi très éprouvant physiquement. Nous franchissons un barrage de castors. Le dépaysement est total. Nous faisons une pause de midi. Erreur. Le vent se lève progressivement et c'est vent de face que nous reprenons la navigation sur notre frêle embarcation, entre les îles et les rochers. Il est plus difficile de faire les derniers 7 km de notre première journée.
Le camping n'est autorisé, mais sur possible, que dans les zones aménagées à cet effet. La forêt est ailleurs totalement impénétrable. L'accostage lui même est très complexe ailleurs que là où c'est prévu. Tout est organisé : des emplacements pour les tentes, un foyer pour le feux, des toilettes. La vie quoi :)
La journée se termine par une belle partie de pêche où les brochets d'une cinquantaine de cm sont assez agressifs, à quelques mètres du bord.
L'isolement est complet et nous commençons à comprendre que nous ne pouvons compter que sur nous même, et je dois admettre que j'ai ressentis une certaine appréhension pendant tout le trek. Tout s'est bien passé, mais nous savions qu'en cas de pépin, il n'y a pas beaucoup de recours.
Enfin, en bons français, la présence permanente des ours et les nombreuses mises en garde des autorités sont assez présentes à l'esprit au moment de se coucher. Nous n'aurons droit qu'aux orages pour la nuit.
Des orages étant annoncés pour le deuxième jour, c'est avec appréhension que nous nous levons à 6h. Les éclairs cessent environ à la même heure et nous pouvons donc prendre la "mer". En effet, il est impératif de sortir de l'eau en cas d'éclairs, ce qui n'est pas franchement évident et qui peut potentiellement nous mettre en difficulté.
Nous ramons vraiment fort car nous avons encore du jus, et sommes pressés d'arriver. Du coup, les deux portages d'environ 500m sont avalés avec détermination. Avec l’enchaînement des 4 portages en deux, je suis assez amoché. Mais la découverte de crottes et d'empreintes d'ours vraiment vraiment fraîches, assorties de bruits "surprenants", nous ont motivé à avaler vraiment rapidement les portages :)
Nous arrivons au deuxième camp vers 15h et avons évolué toute la journée sous le mauvais temps. Seul un écureuil nous importune en nous attaquant presque :)
La pêche est également sympa à cet endroit, avec de beaux dorés très combatifs.
Le lendemain, nous reprenons notre rythme d'un départ tôt, sans pause de midi, afin d'éviter le vent d'après midi qui est très pénalisant, presque flippant car en cas de désalage, on peut vite se retrouver dans la galère. Histoire de rajouter un peu de pression, ma femme a une vraie phobie de l'eau. Donc, je dois me débrouiller pour ne pas chavirer :)
Les photos ne retranscrivent pas bien les différents paysages traversés. La pluie et les éclaboussures m'ont empêché de sortir mon appareil pendant les journées. Les photos ne sont prises qu'aux campements. C'est un regret et je conseillerais de prendre un appareil étanche pour immortaliser ces rivières étroites, ces très grands lacs où l'on ne voit que des forêts à perte de vue. Nous n'avons croisé que 5 embarcations pendant tout le séjour, et uniquement le jour 2.
Nous n'avons dormi que sur des petites îles, ce qui ne nous a pas empêché de constater qu'un ours est venu flairer notre nourriture la nuit du troisième jour. J'attachais systématiquement notre baril étanche à un arbre à une trentaine de mètres de notre tente, ce qui a été efficace.
Mais les ours nagent bien, comme on le sait.
Encore de la belle pêche avec trois brochets dont un pris deux fois. La pêche au Quebec est exceptionnelle (d'un point de vue français) !
L’enchaînement des kilomètres et des portages commence à peser sur les organismes. Nous avons choisi un parcours sans rapides. Je ne connais donc pas l'impact physique de ceux ci. Les portages sont pour nous les éléments les éléments les plus importants à anticiper. Les camps sont disséminés tout au long du parcours avec tout de même des trous importants, la construction de l'itinéraire est donc un jeu délicat. Nous avons bien carburé durant les 3 premiers jours et avons donc une journée 4 très courte avec seulement 8 km et deux portages d'une centaine de mètres chacun. Arrivés à 11h, nous profitons du beau temps pour pêcher (encore !) et bronzer.
Notre dernier campement est le plus beau du trek.
Le dernier jour n'est pas très intéressant, à part un très joli départ sur le lac fumant au petit matin et le castor que nous avons vu. Nous traversons de très grands lacs à proximité de la seule route traversant la réserve avant d'arriver à notre point de départ.
Bilan :
Il s'agit d'une expérience vraiment unique où l'on se sent à la fois libre et très dépendant. Je ne recommanderais pas la formule que nous avons choisi à tout le monde car il faut quand même une certaines maîtrise de l'outdoor au sens large. Par exemple, l'orientation est un peu délicate. C'est ma spécialité mais j'ai dû me concentrer par moment. Il y a extrêmement peu de points de repères. La carte vendue au Domaine est de bonne facture, mais mieux vaut ne pas la perdre.
Il existe tout type de parcours et pour tout les goûts. Nous avons vu des groupes plus relaxe avec des enfants assez jeunes au départ du Domaine : pas de portages, plus de monde, des distances plus faibles. A l'inverse, on peut construire des parcours vraiment, vraiment longs, avec des rapides engagés. Pour tous les niveaux donc. Sachez simplement que les jeunes passionnés du Domaine vous donneront de précieux conseils mais ont tendance à minimiser la difficulté de l'activité, à mon humble avis. Très sportif et amateur de sports de nature, originaire des alpes, j'ai trouvé notre parcours franchement engagé, à cause du risque de se trouver en difficulté en cas de pépin. Donc, renseignez vous bien sur les particularités du parcours. C'est une véritable expérience d'isolement et "d'aventure" accessible facilement : tout peut être loué, les cartes sont fournies, etc.
Une excellente expérience ! Sans le moindre doute, nous referons un parcours de canot camping, probablement dans une autre région du Canada pour découvrir d'autres territoires.
Moi je dirais qu'une chose ....C'est bon d'avoir 25 -30 ans
En tous cas vous vous etes régalé c'est le principal
Merci de ce très sympa compte rendu
Bleck
lorsque on ne peut pas avoir ce que l'on veut , il faut ce contenter de ce qu'on a.
mais comme qui n'avance pas recule , il vaut mieux toujours essayer d'avoir ce que l'on veut
Effectivement, il faut être en forme, mais l'intérêt de cette activité est qu'elle est très modulable. On peut choisir des parcours plus court et faire moins de distance par jour.
Allez, tous en canot !
J'ai lu que le parc des Algonquins en Ontario est également un excellent spot. A creuser.
salut,
Merci pour ce retour de trip ''Nature''! J'ai fait un we prolongé il y a quelques années au même endroit mais vu qu'il y avait des enfants à mon bord, j'avais choisi une boucle pas trop longue! C'est vrai que c'est très sympa à faire mais il faut être conscient que parfois le vent est de la partie (et évidemment, Loi de Murphy oblige, on l'a souvent (trop souvent) dans le pif ), et pagayer avec du vent ben c'Est loin d'être une partie de plaisir!! J'ai quelque souvenirs (pas forcément les meilleurs ) de cette sortie parfois ventée!
Cependant pour ceux qui veulent vivre un trip ''perdu en pleine Nature'', le canot camping est LA chose à faire!!
"Homme libre, toujours tu chériras la mer" (Baudelaire)
Effectivement !
Je n'ai pas parlé du vent, mais il nous aura perturbé pendant les 5 jours. Nous partions tôt le matin et ne mangions pas à midi afin d'éviter au maximum de l'avoir, car par moment on fait presque du sur-place tellement il peut être fort.
Et nous aussi, nous l'avons eu de face pendant les 5 jours alors que nous avons fait une boucle... gggrrrrrr...
merci pour ce récit qui donne très très envie d'essayer le canot-camping [;)],
d'autant plus que c'est pour moi un rêve de toujours.
A quelle date avez-vous fait cela ?
Et au niveau moustiques comment cela s'est-il passé ? Vous en parlez au début mais plus trop ensuite. J'ai de belles expériences au Québec qui ont été totalement gâchées par les moustiques, alors je suis très méfiant dans ce domaine.
Cordialement
Jean-Marc
Mes meilleures photos de voyages sont sur Flickr: https://www.flickr.com/photos/131841564@N02/albums
Nous avons fait ce petit trip début juillet. Période qui, paraît il, est plutôt intermédiaire en termes de moustiques.
Nous avions acheté un produit local dans un magasin d'outdoor de montreal. Indispensable car nous avons constaté une nette différence avec celui que nous avons apporté de France.
Le moindre oubli était payé cash, mais si nous en mettions régulièrement, les moustiques étaient efficacement éloignés. Donc dans l'ensemble, nous n'avons pas trop souffert des moustiques mais effectivement nous avons entendu des récits plutôt flippant à leur sujet.
Pour répondre à la question concernant la préparation, c'est clair qu'il vaut mieux en avoir déjà fait avant de partir loin et longtemps, mais il y a dans tout le Québec des sorties de quelques heures, à la journée, ou de quelques jours, avec plus de monde. Un petit cours peut être donné au Domaine, mais clairement ils ont plutôt l'habitude de s'adresser à des clients habitués.
salut,
Eh oui malheureusement le vent est souvent ''de la partie'' lors d'un raid canot camping sur lac!! C'est pour cela que j'ai maintenant une préférence pour le canot de rivière (nettement moins fatiguant [;)]). J'ai déjà fait plusieurs sorties ''à la journée'' mais la prochaine étape sera un raid Canot Camping sur plusieurs jours. Ptêtre qu'au Printemps prochain j'irai tester ''ce spot'' : http://ventetriviere.com/produit/saint-maurice/
"Homme libre, toujours tu chériras la mer" (Baudelaire)
Salut,
Si vraiment t'es tout seul, tu devrais plutôt aller vers le kayak, avec sortie à la journée pour commencer!! J'ai testé deux spots dans les Laurentides : http://www.sepaq.com/pq/mot/index.dot#Item33788 (sur la Rivière La Diable) ou http://www.pausepleinair.com/fr/index.php (sur la Rivière Rouge).
By the way, j'suis loin d'être un expert en Kayak, j'en n'avais jamais fait fait avant la première fois sur la Diable!!
Pour le Canot Camping, mieux vaut être au moins 2 car tout seul c'Est moins facile
"Homme libre, toujours tu chériras la mer" (Baudelaire)