"I asked him if there was a ghost in his kamalengoni, because I knew other guitar, kora and ngoni players, but I had never met anyone like Vieux" (Kabadjan Diakité)
Une révélation musicale
Le Mali a produit des instrumentistes remarquables, du guitariste Ali Farka Touré au joueur de kora Toumani Diabaté, du balafoniste Kélétigi Diabaté à la star de ngoni Bassékou Kouyaté. Le musicien aveugle Vieux Kanté mérite d’être ajouté à cette liste. Considéré comme l’un des musiciens les plus dynamiques, accomplis et novateurs de son pays, il enregistre, juste avant son décès en 2005, une K7 qui n’est jamais sortie…
Vieux Kanté, de son vrai nom Noumoussa Soumaoro, dit Moussa Kanté, est né en 1974 à Niesmala, dans la région de Sikasso. Aveugle de naissance, le jeune Noumoussa s’imprègne des sons qu’il entend au Mali à la radio et dans les fêtes locales. Très vite, il se distingue toutefois des autres par son talent indéniable, et se met à emprunter le luth à six cordes de ses frères, le kamalengoni*.
Inventé seulement dans les années 1960, cet instrument échappe aux secrets et tabous souvent au cœur de la culture de la confrérie des chasseurs (donsoya). Mais en quelques années seulement, le kamalengoni a suscité un réel engouement et a pris une place centrale dans la vie des villages à travers le Wassoulou (Wasulu), région située dans la partie sud du Mali à la frontière de la Guinée et de la Côte d’Ivoire. C’est donc dans ce cadre d’enthousiasme populaire intense que Vieux est érigé comme l’un des espoirs les plus prometteurs.
Vers la fin des années 1990, il se rend en Europe et enregistre avec le saxophoniste néerlandais Hans Dulfer. De plus, il tourne avec le bigband Fra Fra Sound (style cross-over) et fais alors une brève apparition sur leur album "Mali Jazz" (1999).
De retour à Bamako, il se lance dans des expérimentations musicales avec son instrument qui, depuis 2000, se compose de douze cordes : il explore la musique hors des gammes classiques, utilise son instrument comme une guitare, une basse ou une percussion, et incorpore magistralement une variété d’effets et de styles non-locaux dans son jeu. ΄Les Inrocks΄ résume : "Vieux Kanté a tellement révolutionné cet instrument et sa pratique que son aura est devenue légendaire. Génie aveugle, il ne cessait d’ajouter de nouvelles cordes à son luth-harpe afin d’étendre sa musicalité à tous les domaines et de réaliser de stupéfiantes déferlantes d’harmoniques et glissandi".
À cette époque, le bruit court sur l’enregistrement d’une cassette de Vieux Kanté avec son groupe (avec deux kamalengonis, une guitare basse, une batterie, un djembé et deux chanteurs), mais elle reste inconnue du grand public. Réédité plus de dix ans plus tard, ce trésor inestimable parvient enfin sous le titre "The Young Man’s Harp" (le titre est une traduction anglaise de "kamalengoni"). Tout l’album est impressionnant (faut écouter surtout les titres "Sans Commentaire" et "Nafolo", grandiose !!!) et a sa place parmi les plus beaux enregistrements de musique malienne.
Peu de temps après, en 2005, Vieux meurt à la suite d’une maladie soudaine (crise de paludisme). La perte précoce d’un tel talent est une double tragédie : on ne peut qu’imaginer où il aurait pu emmener sa musique aujourd’hui. Nous, les mélomanes de musique malienne, pouvons être reconnaissants que cet enregistrement vibrant ait vu le jour pour nous donner un aperçu...
*en bambara : kámalennkɔnin, n.compl., /jeune homme-luth/, luth à six cordes, surtout joué dans le Wassoulou.
Le disque :
Vieux Kanté (2016) The Young Man’s Harp. Sterns Music. (44 mn)
avec beaucoup de retard mais néanmoins avec de véritable sincerité, je vous souhaite une BONNE ANNÉE 2019... Que tous vos souhaits soient exaucés !
Et vive la musique, mais oui. J'ai déjà des plans pour visiter des concerts (Bill Frisell en février, Lucas Niggli en avril, Eric Friedlander & "Throw a Glass" aussi en avril (Eric Friedlander, celliste, appartient au environnement musical de John Zorn. Et j'aime John Zorn).
Beau programme musical j'imagine à venir pour toi . Dans ta liste je ne connais que Bill Frisell dont j'avais fini par imprimer dans ma tête certains morceaux que mon boss passait et repassait
Vive la musique ! Merci pour ton retour de bons vœux. (je garde la lecture de l'abécédaire africain pour ce soir!)
Dans ta liste je ne connais que Bill Frisell dont j'avais fini par imprimer dans ma tête certains morceaux que mon boss passait et repassait
Vive la musique !
Bonjour Anne,
très bien, tu connais Bill Frisell. Ah, tu as choisi un titre, Pipe Down, qui me plaît beaucoup. Le morceau vient de l’album Nashville, un de mes albums préférés de Bill Frisell. Mais cet album n’est pas le seul qui mérite d’être mentionné, loin de ça, on peut facilement citer 20 albums sortis sous son nom qui sont géniaux : Rambler, Ghost Town, The Willies, Good Dog Happy Man, Before We Were Born, This Land, Have A Little Faith, Blues Dream, Quartet, Music For The Films Of Buster Keaton: Go West, Live (avec Joey Baron), Disfarmer, Small Town, Music For The Films Of Buster Keaton: The High Sign/One Week, East/West, sans oublier le sideman BF sur les nombreux albums de John Zorn (surtout avec son groupe Naked City !!!), Paul Motian, Andrew Cyrille, Kronos, etc. etc. etc.
J’écoute pour le moment le double-album East/West, avec Pipe Down, mais avec d’autres morceaux qui me renversent, d’abord et avant tout Shenandoah, puis le classique A Hard Rain’s A-Gonna Fall, Ron Carter et Goodnight Irene. C’est le Bill Frisell que j’aime le plus. Son jeu doux et simple qui touche émotionnellement, son regard jazzy sur le country/bluegrass qui brille fort. Cet album documente deux de ses trios récents, les deux avec le merveilleux Kenny Wollesen à la batterie, Tony Scherr à la basse sur East et Viktor Krauss sur West.
https://www.youtube.com/watch?v=QXDnn4D8PWo
Et c’était le trio Frisell-Scherr-Wollesen qui s’est présenté à Ulm, au concert en fin février : une excellente session – pas d’annonces, juste de la musique – au cours de laquelle Bill Frisell fait briller son sound unique sur la guitare, avec de merveilleurses mélodies qui transforment des paysages en aquarelles. Une profondeur incroyable. Un musicien tout en harmonie avec son instrument, flottant sur des ondes sonores parfaites. Vraiment, une soirée réussie.
Lucas Niggli, tu ne connais pas ?! Le concert à Sigmaringen, une aventure extraordinaire : Il a présenté son nouveau album solo, Alchemia Garden. Très fort, parfois on croyait ne pas écouter un soliste mais tout un orchestre de tambours, une musique si dense, complexe et composée de couches multiples...
Niggli est le batteur de Steamboat Switzerland. Je vais le voir encore en mai (https://www.jazz-fun.de/events-details/andreas-schaerer-a-novel-of-anomaly-langenau-pfleghof.html). J’ai hâte de le voir encore. D’ailleurs, Lucas est Suisse, mais né en Afrique ; ses parents étaient des coopérants au Cameroun, sa mère sage-femme, son père enseignant. Sympa, non ?!
Avec ces jeunes formations jusqu'à maintenant j'ai souvent eu de bonnes surprises !
John Zorn ! Ah, John Zorn...il déclanche beaucoup de passions.!
Personnellement je l'ai vu deux fois en concerts, virtuose, avec des comparses virtuoses aussi (j'ai trouvé) mais je dirai (tu vas m'assassiner !!)... un peu trop à mon goût, zéro défaut ok, mais un peu trop parfait...deux concerts m'ont suffit ; cependant c'est un ensemble qu'on n'oublie pas !
Bonsoir Lillie,
je fais moi aussi de temps en temps de bonnes expériences avec de jeunes musiciens qui, avec une musique honnête, essaient de se mettre sous les feux de la rampe, ce qui n’est pas facile. Nous le savons. Et il y a un grand nombre de musiciens de ce genre, en Allemagne et, je suppose, en France aussi, Dieu merci !
C’est dommage qu’en France et en Allemagne, on sait si peu l’un sur l’autre. On s’est assez étrange … Quant à moi, ok, je connais les grands noms (surtout ceux des années 70 et 80) et ai vécu beaucoup en concert : Martial Solal (avec grand ensemble, à Moers), Michel Portal, Louis Sclavis, Michel Petrucciani, Bernard Lubat, Michel Godard (superbe !), François Jeanneau, Jean-Luc Ponty (à Freiburg, avec Frank Zappa lors du "Overnite Sensation"-tour), Jean-François Jenny-Clark (avec Jasper van’t Hof’s Pork Pie, à Zurich), Jean-Louis Martinier, Henri Texier, Didier Lockwood, un autre violoniste et une bassiste (don’t j’ai oublié les noms) etc. etc. etc. mais concernant les jeunes, je ne connais presque personne (sauf Vincent Peirani). C’est vraiment dommage !
Tu as vu John Zorn avec quels ensembles ?! Jel’ai vu avec son groupe Naked City (Joey Baron, Fred Frith, Bill Frisell…), je crois, deux fois, mais malheureusement je ne connais son Masada Quartet que par cds. De plus, j’aimerais le voir aujourd’hui en duo avec le batteur Milford Graves. Phantastique, faut écouter :
https://www.youtube.com/watch?v=hbUVl2j0Vus
Petite anecdote :
En 1998, j’étais aux US (un circuit avec Greyhound). D’abord NYC où j’ai trouvé une simple auberge à Haarlem ("Gisèle", 134 W 119 Street). Le lendemain matin, je suis parti à pied pour découvrir la ville. Traversé le Central Park et flâné jusqu’au sud de Manhattan. C’était du beau temps, j’ai suivi toujours mon nez, sans destination précise, j’ai fait aussi une petite virée à Brooklyn, puis retour à Manhattan, avec pas mal de breaks chez Starbucks pour prendre un café et me reposer un peu. Et puis, on a poursuivi son chemin … Vers 15 heures – je n’y ai aucune explication jusqu’ici – je me suis soudainement retrouvé devant le Tonic. Effectivement, ce nom m’était bien connu. Le Tonic, club de jazz très tendance, le plus célèbre à l’époque (en plus du Village Vanguard), où toute la downtown scene était chez soi (dans la Lower East Side) pour présenter l’avantgarde, de la musique créative et expérimentelle pendant une décennie mais qui d’ailleurs n'existe plus. J’étais complètement déconcerté. Pendant la journée, le Tonic était un café "tout normal", pour tout le monde. Entré, j’ai mange qch, j’ai pris le café. J’étais plus ou moins le seul hôte … Dans la partie arrière du café-resto, il y avait une petite scène, un peu surélevée, où un type, avec des lunettes cerclées d’écaille, s’est affairé. Apparemment, il a préparé la scène pour un concert. Bon, c’est un roadie, je me suis dit, et je n’y ai pas prêté beaucoup d’attention, seul de temps en temps, j’y ai jeté un coup d’œil. Plus plus tard, j’ai réalisé que ce type avait porté des combat trousers. Des lunettes, des combat trousers, des cheveux longs, c’est qui … ?! Et toute personne qui s’est déjà intéressé à John Zorn et à sa musique, sait qu’il porte souvent des combats. En effet, ce type "douteux", lui était John Zorn. Voilà, la clef de l’énigme : le soir, son Masada String Trio (Mark Feldman/violon, Erik Friedlander/violoncelle, Greg Cohen/contrebasse) a donné un concert le même soir et John a préparé la scène pour la prestation. Je me suis approché de lui alors et il est venu à ma table pour une tasse de café après qu’il ait fini le travail. Bon, on a fait du smalltalk. Un hyperactive, un workaholic par excellence. De la musique, 30 heures par jour, et ça jour par jour. Bien sûr, j’y suis resté pour vivre le concert du Masada String Trio (avec un John Zorn, en tailleur, sur le sol devant le trio) :
https://www.youtube.com/watch?v=a95ODn5k_1c
(dans cette vidéo aussi, tu peux voir John Zorn assis sur le sol, les jambes croisées. Et quelle musique !)
En cet été, j’ai pleinement débarqué au programme de deux mois qu’a créé John Zorn à cette époque-là : "his initial two-month stretch of programming in 1998" (voir https://www.nytimes.com/2007/04/16/arts/music/16toni.html). Le lendemain soir, je suis allé encore au Tonic pour vivre un ensemble dirigé par le grand Butch Morris. Génial !
Voilà, ma petite anecdote. Malgré tout, je suis loin de vouloir rivaliser avec ton aventure parisienne. A dire vrai, j'aurais préféré te raconter ma petite anecdote newyorkaise dans un petit resto parisien, avec un portrait du sage Amadou Hampâté Bâ au mur qui nous écoute attentivement.[;)]
Merci pour ce petit article, je ne connaissais pas beaucoup plus à propos de Frisell.
Non je ne connais pas Lucas Niggli, je vais écouter la vidéo que tu proposes !
Anne : Ton nouveau avatar est magnifique, vraiment. Quel monument superbe ! Dis, où peut-on admirer ces deux MM Musiciens ?!
Lillie : Quelle duplicité des évènements ! Merci pour cette grandiose vidéo : entre Warshaw et Marciac sont dix ans, le trio est encore meilleur, la musique encore plus au point et raffinée, je trouve, les cheveux longs de JZ sont de l’histoire ancienne, mais les trousers sont restés (peut-être, il n’a pas d’autres)… Electric Masada, oui, une toute autre chose. Tu l’as vécu en concert ? Je t’envie, moi, je ne possède que son double-cd "At the Mountains of Madness".
Bon week-end, Hery
(Le 23 mai, Manu Katché & son groupe donnent un concert à Ulm. Je serai là, c’est sûr : www.ulmtickets.de/...lt-ulm-am-23-05-2019)
Merci, je n'ai pas pensé à mettre une petite légende sous ma photo...On peut voir ce couple de "sonneurs", les deux frères Guéguen, à Plozévet en Pays Bigouden. L'oeuvre est de René Quillivic, artiste réputé en Bretagne et particulièrement dans le Finistère et le Pays Bigouden pour ses nombreuses sculptures, notamment pour les monuments aux morts de 14-18.
Per Jakez Helias en dit un peu plus dans son Cheval d'orgueil, ici :
books.google.fr/...3%A9guen&f=false