J'aurais pu sous-titrer ce carnet: "Ferme eut’bouc tin nez va quer eud’dans"; c'est une expression en langue picarde, littéralement « Ferme ta bouche ton nez va tomber dedans », qui se dit à une personne ébahie, et ébahie je l'ai été!!!
Ooooooooh, des géants !
Ah comme je les aime ! Dans le Nord nous avons beaucoup de ces géants, comme Reuze Papa et Reuze Maman à Cassel, ou encore Gayant, Marie et leurs enfants Binbin, Jacquot et Fillon à Douai, et bien d’autres encore.Hein ? Quoi ? Chavez po quo qu’ch’est qu’in Géant deuch’Nord?
Et bien c’est un héros bienveillant, une figure légendaire, un protecteur, un symbole, qui est lié à une ville et qui la parcourt en marchant et en dansant au moment du carnaval ou de la fête locale… La tradition serait née au Portugal au 13ème siècle (en tout cas c’est là qu’on en a les premiers témoignages), puis on les rencontre dans les Pays bas à partir du 15ème siècle. Dans le Nord, les plus anciens sont Gayant et Marie de Douai (16ème siècle) mais on en a vu beaucoup de nouveaux apparaître depuis les années 80, avec le revival des carnavals… Bon en pratique c’est un grand personnage (ou figure animale) qui mesure plusieurs mètres; la structure est en osier, le corps est souvent en papier mâché mais la tête peut être en bois comme à Ath (bois de tilleul), et les vêtements et les accessoires sont de tissu, cuir et bois. La robe évasée (pour les géants mâles comme femelles) permet à un ou des porteurs de se glisser sous le géant pour le déplacer à la seule force des bras, épaules et jambes, et même lui faire faire des pas de danse ! Il y a plus de 1500 géants en Belgique et 450 dans les Hauts de France, très majoritairement dans les départements du Nord et du Pas de Calais.
A Ath des géants il y en a … PLEIN ! Je n’en ai jamais vu autant en même temps. Et chacun d'entre eux n'est porté que par un seul homme à la fois (à l’exception de Bayard, vous verrez plus loin pourquoi), alors que la structure pèse plus de 100 kilos… les porteurs se succèdent donc rapidement ! La Ducasse d’Ath et ses géants sont inscrits au patrimoine culturel immatériel de l’humanité depuis 2008, comme éléments des « Géants et dragons processionnels de Belgique et de France ».
La ducasse d’Ath est de surcroît remarquable par son ancienneté, et son ancrage local ; il est fait mention d’une procession dès 1399, et aujourd’hui les nombreuses compagnies musicales sont encore locales (Ath et communes avoisinantes). Le rendez-vous est extrêmement populaire : une bonne partie de la population est là, toutes générations confondues… Tous connaissent les groupes, chars et géants, et chacun a son préféré ! A l’origine, ce sont des groupes religieux qui défilaient et illustraient des épisodes de la Bible ou de la Légende dorée. Puis progressivement le défilé s’est sécularisé et n’a cessé d’évoluer en intégrant de nouveaux géants, des personnages historiques ou des allégories, en lien avec l’histoire locale (Ath, Hainaut belge, Belgique).
Enfin, les très beaux chars sont tous tirés par de magnifiques chevaux de trait, et ça c’est extraordinaire ! Le conseil communal est lui-même embarqué dans de belles calèches qui closent le défilé.
Pour finir avec cette longue introduction, sachez que la Ducasse d’Ath dure plusieurs jours mais que le point culminant en est la procession extrêmement codifiée qui a lieu le 4ème dimanche d’Août (en fait la procession passe 2 fois, une le matin et une l’après-midi).Alors, ch’est parti !
En ce dimanche 26 août, nous voici donc à Ath en début d’après-midi pour voir la procession. Quel engouement populaire ! Chacun arbore les couleurs de la ville (violet, jaune et blanc), souvent avec un collier de tissu torsadé. Tout le monde est content, souriant, depuis le bambin hilare jusqu’à la guillerette centenaire, qui boit sa bière avec le cousin aux joues rubicondes et la jolie nièce blondinette aux brins d’juda (aux tâches de rousseur). ça s’apostrophe, ça rigole, ça chantonne, ça se congratule dans tous les coins.
Les gens commencent à se positionner aux endroits stratégiques du parcours, à savoir des endroits élargis où les géants vont s’arrêter pour exécuter une danse, sous les flonflons des fanfares qui les accompagnent. Et des fanfares, y’en a, au moins une par géant et par char !
L’attente passe vite dans cette ambiance joyeuse. A un moment, la musique se fait plus forte, et voici qu’apparaît enfin le premier géant ! Il s’agit de « l’aigle à deux têtes », sur lequel un bambin (un vrai) est assis, bien sécurisé sur sa petite chaise.

Présent dans le cortège depuis la fin du 17ème siècle, il n’avait au départ qu’une tête (normal, quoi) et accompagnait la confrérie des tailleurs. Il gagna une deuxième tête lors de la visite royale de 1854 (allez savoir pourquoi !). Il est haut de 3 mètres 30, et il pèse 115 kilos (sans l’enfant). Tous les hommes que vous voyez en blanc sont des porteurs qui se relaient. Sa danse consiste à faire tourner sur lui-même l’oiseau… on se dit que ch’tiot là haut doit avoir la tête qui tourne !


Puis, c’est la « barque des pêcheurs napolitains ». C’est un char magnifique, qui représente un navire et aux gréements duquel des jolis marins sont accrochés. Ce char apparut dans le défilé pour la première fois en 1856.
Il est suivi d’un géant humain, juché sur des échasses. C’est « Saint christophe de Flobech », qui tient un bâton fleuri et porte le Christ sur ses épaules (là ce n’est pas un vrai enfant !). Apparu au 19ème siècle, il disparut ensuite du cortège avant d’y être réintroduit en 1976.

Voici maintenant la compagnie des « Bleus », revêtus de l’uniforme français. Cette compagnie est l’héritière de l’ancienne compagnie des canonniers-arquebusiers, et elle ponctue son défilé de salves !

A suivre: le géant Samson!











