Bonjour à tous.
Je voulais vous dire que j'ai pris un immense plaisir à lire tous vos textes. Un tour du monde émotionnel sans que cela me coûte un radis et sans bouger le cul de mon bureau. Avouons que ce n'est pas commun!
Cependant ...si peu de textes pour autant de voyageurs?
Non ce n'est pas possible. Je sais, tout le monde ne tiens pas un carnet de bord quotidien et précis lors de ses virées, moi non plus, mais on trouve toujours sur quoi griffonner quelques mots un soir d'inspiration ou les notes de circonstances particulières que l'on reprend par la suite.
Alors? Fouillez dans vos cartons, ressortez vos notes, vos cartes griffonnées, revivez vos souvenirs, je suis sûr que vous trouverez de quoi nous faire rêver et nous donner envie, si ce n'est de faire le tour du monde, au moins de découvrir ce petit coin que chacun de vous, de nous, a un jour déniché à quelques encablures, ou dizaines d'heures de chez lui.
Avec toute ma sympathie, voici une nouvelle page.
José
Règne immobile, muet, de la terre enracinée dans un silence que seul vient troubler quelques fois le bruissement des ailes d’un insecte. Pas un cri, pas un chant d’oiseau tous semblent avoir fui cet espace nu de tout courant dans lequel se laisser porter. Seul le soleil loin dans les centigrades, et un nuage, blanc, accroché à l’immobilité de l’instant, fatigué peut-être par tant de terres survolées et résigné dans l’attente de l’ultime instant, le dernier souffle de vent qui le projettera vers son mektoub, ces dernières vapeurs s’étiolant dans un ciel pâli par la chaleur ou peut-être un dernier voyage à la rencontre de ses semblables au-dessus de terres plus reconnaissantes qu’ils gratifieront de leur eau bienfaisante .
Après … ? Tiens c’est bon signe, je commence à perdre la notion du temps. Depuis quand somme-nous partis ? Dans les cinq semaines ? Peu importe, « Ici le temps n’a de prise que sur les récoltes » aiment à dire les berbères et pour nous c’est un bonheur de ne pas avoir à nous soucier du calendrier, seulement de notre pitance. Après donc environ cinq semaines d’itinérance dans le Moyen-Atlas, nous revoilà à l’extrémité du plateau d’Imilchil, à une quinzaine de kilomètres de la piste Imilchil-Aghabala, loin des touristes motorisés qui commencent à hanter les parages. Le mulet, immobile et paisible, face au lac d’Isly ne semble pas s’émouvoir de la paix presque irréelle qui règne en ces lieux. Ici même, à l’aller, ce fidèle compagnon et porteur présentait une plus triste mine. Les fortes pluies de la nuit et l’orage de grêle qui suivit au petit matin, l’avaient fortement affecté. Ou était-ce le coup de blues causé par le départ vers des cieux plus cléments de la formation de flamants roses en migration qui nous avait émerveillés de son ballet sans fin toute la journée de la veille ? Mais je doute des sentiments que peut lier ce type de quadrupède avec ses voisins volatiles et opte plutôt pour l’hypothèse climatique.
Notre tente est dressée dans un décor grandiose d’austérité . Les montagnes pelées, plissées, dénudées par des siècles d’abattage d’un bois aussi indispensable que l’eau mais ici devenu plus rare, forment une barrière naturelle érodée qui enferme ce plateau d’altitude. Nous sommes à 2500 mètres, sur la terre de transhumance des Ayt Hadidou acquise de haute lutte en des temps anciens contre les Ayt Atta, une autre puissante confédération nomade et guerrière qui occupait la quasi totalité du Haut-Atlas oriental.
L’accès à ces pâturages est toujours régit par un ²conseil² qui décide des dates de transhumance selon les conditions météorologiques de l’année. J’espérais rencontrer à notre retour les familles en transhumance, mais pour l’heure l’endroit est encore désert. Nous sommes en avance sur la date d’ouverture des pâturages. Dans quelques jours les caravanes défileront en de longues files de mulets, ânes, dromadaires et éleveurs. Les khaïmas se dresseront sur le plateau, les flûtes des petits bergers disperseront leurs notes aiguës, et des milliers de dents ovines et caprines raseront jusqu’à la racine ce qui est encore une prairie.
Nous serons déjà partis, à regrets. Les impératifs du ravitaillement obligent, pour nous et notre asserdoun qui ne pourra assurer son rôle ingrat de porteur sans sa ration d’orge et de paille quotidienne.
La vallée d’Anergui, ²notre² belle terre d’accueil, doit commencer à prendre les douces teintes jaune et cuivre des céréales qui finissent de mûrir. Nous y passerons les quelques jours dans l’attente des premières moissons d’orge, et reprendrons une nouvelle ²errance². La boucle d’été, qui nous mènera cette fois vers l’Ouest, au cœur du Haut-Atlas central.
Dans quatre ou cinq jours, du haut du Tizi n’ Darri, nous apercevrons la marqueterie dorée des parcelles au milieu des seguias, les douars et les maisons isolées de chaque coté de la rivière bordée de peupliers et d’arbres fruitiers sous l’ombre desquels Saadiya et ses cousines rêvent … de Casablanca.
Le sept septembre était un jeudi. A Anergui le souk battait son plein.🙂
Voici quelques souvenirs éparpillés...
Sam
* * *
Aujourd’hui, jour de souk. Tous les jeudis. Je retrouve mes amis Avec du thé et des galettes. Le petit café au coin Domine la place entière. La terre battue et les cailloux Se sont mêlés aux eaux de pluie. Nous nous agglutinons A l'abri des rafales. Les rires et les salutations Pleuvent Entre les familles réunies. Joyeux microcosme bigarré, Trop petit pour s’y perdre. Je cherche Moha des yeux. La foule est dense. Nous partons ce soir vers Kousser. Je l’aperçois au fond du souk, Où sont vendus les animaux. Moutons, chèvres, mulets, ânes… Les transactions sont graves. Les regards sont sévères. Un vieillard me vend sa chèvre. Une petite chèvre noiraude. Aussi sèche que le vieux. Même regard lumineux, Même barbiche. Et je retrouve enfin Moha, Sa peau usée, Ses vastes sourires, Ses yeux couleur de braise. Il ne parle que tamazight. Ni français, ni arabe. Pour ce qui est de rire, Les gestes suffisent. Nous faisons quelques achats. Du pain, de l’huile, Des pommes de terre et des tomates, Des oignons, Des épices multicolores, Des bougies, du thé, du sucre, Un bon quartier de viande, Des sardines et du fromage. Tout ce qu’il faut pour vivre bien. Fatima et Aïcha sont là, Toujours secrètement aguicheuses. J’aime le souk. Cette manière de parler A tous ceux que l’on croise. Manière de se rencontrer, De vivre l’unité du clan. Et puis le thé, Versé de haut, Est toujours partagé. Je quitte le petit café Les bras chargés de provisions. J’évite à grandes enjambées Les flaques sur le chemin. Entre les maisons de terre crue, Je ne ressens plus les regards. Je suis ici chez moi. Si je veux faire partie du clan ? Libre à moi d’y entrer. Déroutante liberté, Tout seul et venant de loin. Liberté O combien légère Lorsque l’on s’en saisit.
* * *
Départ après le souk. Charger la mule, Et suivre le chemin Entre les amas caillouteux Et les pans de la terre. Les crêtes ensanglantées Se sont dressées verticales. La lessive d’une famille Sèche encore sur les arbustes. Des fillettes me regardent. Une heure de marche encore, Un pont dans les jardins, Et puis Aït Boulmane Blotti au fond de la vallée. Au-delà, les hauts plateaux. Pour le moment, Les maisons s’empilent hésitantes Autour d’un grenier millénaire. Des provisions sur six étages Pour le prochain hiver. Sur le chemin vers le col, Ali nous ouvre sa porte. Il est un oncle de Moha. Nous l’aidons rapidement A pousser quelques chèvres Dans le fond de la cour. Et puis les nattes sont étalées Sur le toit de la bergerie. Le pain encore chaud nous accueille, Les dattes, le thé, L’huile et les arachides. La lune, silencieuse, Glisse au dessus des crêtes. Pleine. Unique. Les reliefs se dessinent Bleutés par les ténèbres. Plus bas dans les jardins, Le murmure d’un tamtam. Celui du bendir qui se lève, Honoré par les cieux. Enfin, le couscous est servi. Sec et pimenté. La faim est assouvie. Je plonge alors dans la nuit, Seul, Ne comprenant pas un mot Des conversations autour de moi.
* * *
Un son de flûte résonne encore Sur le rocher d’Aït Boulmane Avec une douleur dans le corps De la terre des Imazighen.
* * *
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Aujourd’hui, jour de souk. Tous les jeudis. Je retrouve mes amis Avec du thé et des galettes. Le petit café au coin Domine la place entière. La terre battue et les cailloux Se sont mêlés aux eaux de pluie. Nous nous agglutinons A l'abri des rafales. Les rires et les salutations Pleuvent Entre les familles réunies. Joyeux microcosme bigarré, Trop petit pour s’y perdre. Je cherche Moha des yeux. La foule est dense. Nous partons ce soir vers Kousser. Je l’aperçois au fond du souk, Où sont vendus les animaux. Moutons, chèvres, mulets, ânes… Les transactions sont graves. Les regards sont sévères. Un vieillard me vend sa chèvre. Une petite chèvre noiraude. Aussi sèche que le vieux. Même regard lumineux, Même barbiche. Et je retrouve enfin Moha, Sa peau usée, Ses vastes sourires, Ses yeux couleur de braise. Il ne parle que tamazight. Ni français, ni arabe. Pour ce qui est de rire, Les gestes suffisent. Nous faisons quelques achats. Du pain, de l’huile, Des pommes de terre et des tomates, Des oignons, Des épices multicolores, Des bougies, du thé, du sucre, Un bon quartier de viande, Des sardines et du fromage. Tout ce qu’il faut pour vivre bien. Fatima et Aïcha sont là, Toujours secrètement aguicheuses. J’aime le souk. Cette manière de parler A tous ceux que l’on croise. Manière de se rencontrer, De vivre l’unité du clan. Et puis le thé, Versé de haut, Est toujours partagé. Je quitte le petit café Les bras chargés de provisions. J’évite à grandes enjambées Les flaques sur le chemin. Entre les maisons de terre crue, Je ne ressens plus les regards. Je suis ici chez moi. Si je veux faire partie du clan ? Libre à moi d’y entrer. Déroutante liberté, Tout seul et venant de loin. Liberté O combien légère Lorsque l’on s’en saisit.
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Départ après le souk. Charger la mule, Et suivre le chemin Entre les amas caillouteux Et les pans de la terre. Les crêtes ensanglantées Se sont dressées verticales. La lessive d’une famille Sèche encore sur les arbustes. Des fillettes me regardent. Une heure de marche encore, Un pont dans les jardins, Et puis Aït Boulmane Blotti au fond de la vallée. Au-delà, les hauts plateaux. Pour le moment, Les maisons s’empilent hésitantes Autour d’un grenier millénaire. Des provisions sur six étages Pour le prochain hiver. Sur le chemin vers le col, Ali nous ouvre sa porte. Il est un oncle de Moha. Nous l’aidons rapidement A pousser quelques chèvres Dans le fond de la cour. Et puis les nattes sont étalées Sur le toit de la bergerie. Le pain encore chaud nous accueille, Les dattes, le thé, L’huile et les arachides. La lune, silencieuse, Glisse au dessus des crêtes. Pleine. Unique. Les reliefs se dessinent Bleutés par les ténèbres. Plus bas dans les jardins, Le murmure d’un tamtam. Celui du bendir qui se lève, Honoré par les cieux. Enfin, le couscous est servi. Sec et pimenté. La faim est assouvie. Je plonge alors dans la nuit, Seul, Ne comprenant pas un mot Des conversations autour de moi.
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Un son de flûte résonne encore Sur le rocher d’Aït Boulmane Avec une douleur dans le corps De la terre des Imazighen.
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Bonjour à tous,
Voici un planning des posts avec les liens pour ceux qui ne veulent pas lire tous les posts; j'en ai profité pour corriger les chiffres des étapes dans lesquels s'étaient glissées des erreurs
Jour 1, Premiers pas dans un pays berbère musulman: le Maroc!
Jour 2, de Marrakech à Imlil, puis Tamatert. jour 3, De Tamatert à Taliouine, en passant par le tizi'n test jour 4, Visite des gorges de tislit et route de Taliouine à Foum zguid jour 4, suite, photos supplémentaires des gorges et route de Tislit à Foum zguid Jour 5, de foum zguid au bivouac de chez Nagui Suite de la journée 5, séjour au bivouac de l'erg Chegaga, Jour 6, du bivouac à Zagora, en passant par M'hamid jour 7, de Zagora à Amellagou, Jour 7 suite de Goulmina à Amellagou Jour 8 départ d'Amellagou en direction de Boumalne Jour 8 (suite) de Assoul en direction des gorges du todra jour 8 suite et fin en direction des gorges du Todra puis de Boumalne dadès Jour 9 circuit autour de Boumalne dadès! Jour 9 circuit autour de Boumalne dadès (suite)! Jour 10: départ de Boumalne Dadès et direction Ait Ben Haddou Jour 11 quelques compléments puis alentours d'Ait ben haddou.
Jour 11 suite: de Ait Ben Haddou à Télouet et la kasbah du Glaoui. (ça y est j'en ai eu le courage!!!) J11 suite et fin, J12 départ pour Paris.
Notre voyage s'est déroulé de fin février à début mars grâce à: - l'aide ultra précieuse de Attila, qui m'a donné envie d'aller visiter cette partie du monde, et qui a été un amour pour me proposer un itinéraire qui me convenait. Mille merci (dans ce cas, on met un "s" à merci?)😏 - l'aide non moins précieuse de Perju, pour les pistes à emprunter, qui pendant tout notre séjour, a surveillé les infos internationales en espérant qu'on n'y parle pas de 2 martiniquais disparus dans le désert..... Perju, tu es une vraie mère poule pour moi!!! Merciiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii.😄 - l'aide logistique et chaleureuse de Lacalo, qui nous a accueilli dans son riad. Il est génial ton riad et c'était super génial de te rencontrer et d'échanger avec toi. Gros gros Gros bisous!!! 😏 - l'aide de tous les membres du forum Maroc qui publie des carnets et donne une mine d'infos, et que je remercie énormément.
Jour 1, Premiers pas dans un pays berbère musulman: le Maroc!
A 12h15, nous avons quitté Paris sous la pluie, et sommes arrivés à Marrakech sous la pluie!!! La compagnie Royal Air Maroc est très bien, un déjeuner nous a été servi, du thé proposé, et le vol s'est bien déroulé, car j'étais assise à côté d'un charmant monsieur qui a bien voulu répondre à mes nombreuses questions et me donner plein de conseils sur mon voyage dans le sud marocain.
Après 3h de vol, nous découvrons le nouvel aéroport de Marrakech, qui a été inauguré pour la COP 22. Il est vraiment très beau, avec ses grands piliers blancs et son toit fait de lattes de différents coloris de bois. L'attente à la police des frontières est correcte comparée à la queue que nous avons eue à Orly.
A notre sortie, après avoir récupéré les bagages, je suis étonnée de ne pas voir Mohamed, le chauffeur qui est censé être venu nous chercher avec un panneau marqué "maison Do", nom du riad dans lequel nous dormons ce soir. Je téléphone donc à Lacalo, la propriétaire du riad, qui parait surprise aussi, appelle son chauffeur et me rappelle. Il est à l'extérieur de l'aéroport: les visiteurs n'ont pas le droit d'entrer dans le hall d'arrivée depuis les attentats!! Gloups!!! Les mesures de sécurité sont drastiques. Je me disais aussi que le hall immense avait l'air bien vide. Personne à l'intérieur à part les quelques voyageurs qui défilent au gré de la récupération de leurs bagages.
Nous sortons donc et faisons la connaissance du souriant et charmant Mohamed. La décision est prise de faire du change au centre ville de Marrakech. Nous découvrons donc la ville rose, où toutes les constructions sont faites de terre ocre, ce qui donne à l'ensemble un charme indiscutable. Nous longeons les remparts aérés de la vieille ville, et les nombreux trous d'aération ingénieusement disséminés dans les murs, font aujourd'hui le bonheur des pigeons qui y trouvent des lieux de nidification parfaits.

De nombreux arbres avec toutes leurs feuilles sont visibles le long de la route, des oliviers, des orangers avec des oranges, mais qui ne sont pas comestibles car elles sont amères!!!!! Dire qu'en Martinique, nous avons des oranges amères que nous consommons sans problème!!! De nombreux arbustes fleuris aussi attirent mon attention, car, il ne faut pas oublier que nous sommes en hiver, qu'il fait 15°C, l'après-midi. Devant mon étonnement, Mohamed m'explique que malgré la période hivernale, il pleut très peu à Marrakech, (et oui, nous arrivons l'un des rares jours où il pleut!!!!) l'ensoleillement est très important d'où les fleurs. Ma foi, quel contraste avec la région parisienne aux arbres complètement dénudés, que nous venons de quitter!!!
C'est marrant finalement, nous sommes partis de Martinique avec le soleil, et l'avons amené avec nous à Paris, ce que tous les habitants espéraient, et nous sommes partis de Paris avec la pluie et l'avons emmené avec nous, à Marrakech, ce qui fait le bonheur des Marrackchis!!!! Trop fort ces martiniquais!!!!!
A la recherche d'un bureau de change, Mohamed s'arrête tout d'abord près d'une banque, mais elle est fermée. Nous passons à travers des portes en arche, qui jalonnent les remparts, mais elles ne laissent passer qu'une voiture à la fois.

Nous sommes dans l'enceinte de la vieille ville. Je découvre avec plaisir ma première ville arabe, avec ses mosquées et leur minaret si emblématique, son palais royal et ses remparts.
Le dépaysement est total et tous mes sens sont en éveil. Les véhicules qui circulent sont très insolites: des motos qui tirent des bennes, des ânes qui tirent des charrettes, des calèches pour touristes tirées par des chevaux.... Je me sens comme une enfant de 5 ans qui découvre le monde. Tout est nouveau.

Nous nous dirigeons vers la medina, et passons par des ruelles ultra encombrées, de gens à pied, à bicyclette, à moto, conduisant des charrettes tirées par des ânes. Mohamed klaxonne maintenant de façon continue et avance régulièrement malgré la densité de la circulation, entre les échoppes régulièrement disposées le long des ruelles. Heureusement que ces rues sont à sens unique, malgré les motos qui circulent à contresens, nous sommes heureux de ne pas avoir à conduire dans ce dédale labyrinthique pour nous étrangers.
Mohamed s'arrête finalement devant une boutique et nous demande de suivre l'un des vigiles placés à l'entrée. Nous traversons un magasin remplis de babioles en tout genre, style brocante, mais brocante marocaine, porcelaine, instruments de musique, tapis, parfums, plats en bronze, horloges, .... Et les senteurs orientales sont un pur bonheur pour mes narines. Ah, nous voilà arrivés, ....... devant la caissière!!!! Et c'est elle qui va nous faire le change!!! On ne nous l'avait pas encore faite, celle là. Nous attendons donc un bon moment, que les clients de marchandises aient fini de régler leurs achats, pour que nous, les clients de devises, nous puissions échanger nos devises.
Lorsque nous retournons à la voiture, nous rencontrons Mohamed qui s'inquiétait de nous voir prendre tant de temps. Embarquement, puis direction maison Do. En cours de route, nous appelons Madame Yolande, pour qu'elle vienne à notre rencontre, au point de rendez- vous. Je découvre enfin avec plaisir, en vrai, le membre Lacalo du forum. Nous débarquons les bagages, et la suivons dans les ruelles pavées inégalement, sur 200m jusqu'à notre hébergement.
Nous entrons par une porte basse, typique des constructions locales, Jf, qui fait plus d'1,85m, doit se baisser et faire attention à sa tête. De surcroit, il faut lever les jambes pour franchir le pas de la porte, tout en se baissant, ce qui demande des qualités d'équilibriste. Moi, qui ne suis pas si grande, je suis comme un poisson dans l'eau. Même pas besoin de baisser la tête. Ce pays est fait pour moi. Quelques escaliers nous conduisent à un patio surmonté d'une verrière, sur lequel donnent les chambres.
D'un coté, un petit salon lecture. De l'autre, le salon petit déjeuner. C'est splendide. Nous découvrons note chambre duo, élégante, raffinée, orientale à souhait. La salle de bain attenante me fait me sentir dans une maison de poupée.

Une fois les bagages déposés, nous retournons au salon déguster un délicieux thé à la menthe, que nous triplons, tout en discutant avec Yolande qui nous donne plein de conseils pour visiter le souk, et la place Jemma el Fna. Elle nous donne aussi une carte de la médina, qui nous permettra de nous diriger. Nous faisons la connaissance d'Alli, charmant et souriant, qui est le gardien et s'occupe du petit déjeuner.
Puis, nous partons pour la place Jemma el fna, à travers le souk el kessabine. Les bicyclettes, les motos ne cessent de passer à côté de nous. Des gens nous proposent des objets à acheter, ou de nous conduire à une foire berbère. Heureusement, Yolande nous a prévenu d'ignorer les sollicitations. Les échoppes de vêtements succèdent aux boutiques de babouches, et aux boutiques de plats en étain ou en bronze. Nous arrivons à la place et tombons sur les animaux de foire: singes tenus en laisse, serpents dans des paniers que les hommes veulent absolument nous mettre sur les épaules ou autour du cou.
Pendant que nous avançons, nous entendons un cri qui semble venir de partout et de nulle part en même temps. C'est un cri rauque, long, qui s'amplifie. Puis nous comprenons que c'est l'appel à la prière. Nous traversons la place en direction d'une librairie pour y acheter une carte du Maroc, puis retournons dans un restaurant pour y dîner un couscous somme toute moyen, avec un délicieux jus d'orange, mais nous profitons d'une vue panoramique pour observer le soleil qui décline, la nuit qui s'installe, les lumières qui illuminent les roulottes qui se sont installées, et la place qui grouille de monde.

Une fois terminé le dîner, nous prenons le chemin du retour. Grâce à JF nous retrouvons sans encombre, notre trajet à travers le dédale des rues. A un moment, quand nous hésitons pour le choix de la porte d'entrée de Maison Do, des enfants nous montrent la bonne porte. Nous les remercions chaleureusement, et rentrons, dans nos appartements respectifs. Peu de temps, après, nous entendons de nouveau l'appel à la prière. C'est vraiment un bruit bizarre, et nous l'entendons de nos chambre, comme un bruit de fond. Il se produit 5 fois par jour, du coup, nous demandons à Ali à quelle heure est le premier appel. Etonné, il me demande si je veux prier.... 😇 Heu, non, c'est juste pour savoir à quelle heure je vais être réveillée!!! A 5h25 me répond Ali !!! Ah oui, si tôt??? Bon, bah, on va faire avec. Petit déj à 9h: Ok.
A 21h, dodo.
Voici un planning des posts avec les liens pour ceux qui ne veulent pas lire tous les posts; j'en ai profité pour corriger les chiffres des étapes dans lesquels s'étaient glissées des erreurs
Jour 1, Premiers pas dans un pays berbère musulman: le Maroc!
Jour 2, de Marrakech à Imlil, puis Tamatert. jour 3, De Tamatert à Taliouine, en passant par le tizi'n test jour 4, Visite des gorges de tislit et route de Taliouine à Foum zguid jour 4, suite, photos supplémentaires des gorges et route de Tislit à Foum zguid Jour 5, de foum zguid au bivouac de chez Nagui Suite de la journée 5, séjour au bivouac de l'erg Chegaga, Jour 6, du bivouac à Zagora, en passant par M'hamid jour 7, de Zagora à Amellagou, Jour 7 suite de Goulmina à Amellagou Jour 8 départ d'Amellagou en direction de Boumalne Jour 8 (suite) de Assoul en direction des gorges du todra jour 8 suite et fin en direction des gorges du Todra puis de Boumalne dadès Jour 9 circuit autour de Boumalne dadès! Jour 9 circuit autour de Boumalne dadès (suite)! Jour 10: départ de Boumalne Dadès et direction Ait Ben Haddou Jour 11 quelques compléments puis alentours d'Ait ben haddou.
Jour 11 suite: de Ait Ben Haddou à Télouet et la kasbah du Glaoui. (ça y est j'en ai eu le courage!!!) J11 suite et fin, J12 départ pour Paris.
Notre voyage s'est déroulé de fin février à début mars grâce à: - l'aide ultra précieuse de Attila, qui m'a donné envie d'aller visiter cette partie du monde, et qui a été un amour pour me proposer un itinéraire qui me convenait. Mille merci (dans ce cas, on met un "s" à merci?)😏 - l'aide non moins précieuse de Perju, pour les pistes à emprunter, qui pendant tout notre séjour, a surveillé les infos internationales en espérant qu'on n'y parle pas de 2 martiniquais disparus dans le désert..... Perju, tu es une vraie mère poule pour moi!!! Merciiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii.😄 - l'aide logistique et chaleureuse de Lacalo, qui nous a accueilli dans son riad. Il est génial ton riad et c'était super génial de te rencontrer et d'échanger avec toi. Gros gros Gros bisous!!! 😏 - l'aide de tous les membres du forum Maroc qui publie des carnets et donne une mine d'infos, et que je remercie énormément.
Jour 1, Premiers pas dans un pays berbère musulman: le Maroc!
A 12h15, nous avons quitté Paris sous la pluie, et sommes arrivés à Marrakech sous la pluie!!! La compagnie Royal Air Maroc est très bien, un déjeuner nous a été servi, du thé proposé, et le vol s'est bien déroulé, car j'étais assise à côté d'un charmant monsieur qui a bien voulu répondre à mes nombreuses questions et me donner plein de conseils sur mon voyage dans le sud marocain.
Après 3h de vol, nous découvrons le nouvel aéroport de Marrakech, qui a été inauguré pour la COP 22. Il est vraiment très beau, avec ses grands piliers blancs et son toit fait de lattes de différents coloris de bois. L'attente à la police des frontières est correcte comparée à la queue que nous avons eue à Orly.
A notre sortie, après avoir récupéré les bagages, je suis étonnée de ne pas voir Mohamed, le chauffeur qui est censé être venu nous chercher avec un panneau marqué "maison Do", nom du riad dans lequel nous dormons ce soir. Je téléphone donc à Lacalo, la propriétaire du riad, qui parait surprise aussi, appelle son chauffeur et me rappelle. Il est à l'extérieur de l'aéroport: les visiteurs n'ont pas le droit d'entrer dans le hall d'arrivée depuis les attentats!! Gloups!!! Les mesures de sécurité sont drastiques. Je me disais aussi que le hall immense avait l'air bien vide. Personne à l'intérieur à part les quelques voyageurs qui défilent au gré de la récupération de leurs bagages.
Nous sortons donc et faisons la connaissance du souriant et charmant Mohamed. La décision est prise de faire du change au centre ville de Marrakech. Nous découvrons donc la ville rose, où toutes les constructions sont faites de terre ocre, ce qui donne à l'ensemble un charme indiscutable. Nous longeons les remparts aérés de la vieille ville, et les nombreux trous d'aération ingénieusement disséminés dans les murs, font aujourd'hui le bonheur des pigeons qui y trouvent des lieux de nidification parfaits.

De nombreux arbres avec toutes leurs feuilles sont visibles le long de la route, des oliviers, des orangers avec des oranges, mais qui ne sont pas comestibles car elles sont amères!!!!! Dire qu'en Martinique, nous avons des oranges amères que nous consommons sans problème!!! De nombreux arbustes fleuris aussi attirent mon attention, car, il ne faut pas oublier que nous sommes en hiver, qu'il fait 15°C, l'après-midi. Devant mon étonnement, Mohamed m'explique que malgré la période hivernale, il pleut très peu à Marrakech, (et oui, nous arrivons l'un des rares jours où il pleut!!!!) l'ensoleillement est très important d'où les fleurs. Ma foi, quel contraste avec la région parisienne aux arbres complètement dénudés, que nous venons de quitter!!!
C'est marrant finalement, nous sommes partis de Martinique avec le soleil, et l'avons amené avec nous à Paris, ce que tous les habitants espéraient, et nous sommes partis de Paris avec la pluie et l'avons emmené avec nous, à Marrakech, ce qui fait le bonheur des Marrackchis!!!! Trop fort ces martiniquais!!!!!
A la recherche d'un bureau de change, Mohamed s'arrête tout d'abord près d'une banque, mais elle est fermée. Nous passons à travers des portes en arche, qui jalonnent les remparts, mais elles ne laissent passer qu'une voiture à la fois.

Nous sommes dans l'enceinte de la vieille ville. Je découvre avec plaisir ma première ville arabe, avec ses mosquées et leur minaret si emblématique, son palais royal et ses remparts.
Le dépaysement est total et tous mes sens sont en éveil. Les véhicules qui circulent sont très insolites: des motos qui tirent des bennes, des ânes qui tirent des charrettes, des calèches pour touristes tirées par des chevaux.... Je me sens comme une enfant de 5 ans qui découvre le monde. Tout est nouveau.


Nous nous dirigeons vers la medina, et passons par des ruelles ultra encombrées, de gens à pied, à bicyclette, à moto, conduisant des charrettes tirées par des ânes. Mohamed klaxonne maintenant de façon continue et avance régulièrement malgré la densité de la circulation, entre les échoppes régulièrement disposées le long des ruelles. Heureusement que ces rues sont à sens unique, malgré les motos qui circulent à contresens, nous sommes heureux de ne pas avoir à conduire dans ce dédale labyrinthique pour nous étrangers.
Mohamed s'arrête finalement devant une boutique et nous demande de suivre l'un des vigiles placés à l'entrée. Nous traversons un magasin remplis de babioles en tout genre, style brocante, mais brocante marocaine, porcelaine, instruments de musique, tapis, parfums, plats en bronze, horloges, .... Et les senteurs orientales sont un pur bonheur pour mes narines. Ah, nous voilà arrivés, ....... devant la caissière!!!! Et c'est elle qui va nous faire le change!!! On ne nous l'avait pas encore faite, celle là. Nous attendons donc un bon moment, que les clients de marchandises aient fini de régler leurs achats, pour que nous, les clients de devises, nous puissions échanger nos devises.
Lorsque nous retournons à la voiture, nous rencontrons Mohamed qui s'inquiétait de nous voir prendre tant de temps. Embarquement, puis direction maison Do. En cours de route, nous appelons Madame Yolande, pour qu'elle vienne à notre rencontre, au point de rendez- vous. Je découvre enfin avec plaisir, en vrai, le membre Lacalo du forum. Nous débarquons les bagages, et la suivons dans les ruelles pavées inégalement, sur 200m jusqu'à notre hébergement.
Nous entrons par une porte basse, typique des constructions locales, Jf, qui fait plus d'1,85m, doit se baisser et faire attention à sa tête. De surcroit, il faut lever les jambes pour franchir le pas de la porte, tout en se baissant, ce qui demande des qualités d'équilibriste. Moi, qui ne suis pas si grande, je suis comme un poisson dans l'eau. Même pas besoin de baisser la tête. Ce pays est fait pour moi. Quelques escaliers nous conduisent à un patio surmonté d'une verrière, sur lequel donnent les chambres.
D'un coté, un petit salon lecture. De l'autre, le salon petit déjeuner. C'est splendide. Nous découvrons note chambre duo, élégante, raffinée, orientale à souhait. La salle de bain attenante me fait me sentir dans une maison de poupée.

Une fois les bagages déposés, nous retournons au salon déguster un délicieux thé à la menthe, que nous triplons, tout en discutant avec Yolande qui nous donne plein de conseils pour visiter le souk, et la place Jemma el Fna. Elle nous donne aussi une carte de la médina, qui nous permettra de nous diriger. Nous faisons la connaissance d'Alli, charmant et souriant, qui est le gardien et s'occupe du petit déjeuner.
Puis, nous partons pour la place Jemma el fna, à travers le souk el kessabine. Les bicyclettes, les motos ne cessent de passer à côté de nous. Des gens nous proposent des objets à acheter, ou de nous conduire à une foire berbère. Heureusement, Yolande nous a prévenu d'ignorer les sollicitations. Les échoppes de vêtements succèdent aux boutiques de babouches, et aux boutiques de plats en étain ou en bronze. Nous arrivons à la place et tombons sur les animaux de foire: singes tenus en laisse, serpents dans des paniers que les hommes veulent absolument nous mettre sur les épaules ou autour du cou.
Pendant que nous avançons, nous entendons un cri qui semble venir de partout et de nulle part en même temps. C'est un cri rauque, long, qui s'amplifie. Puis nous comprenons que c'est l'appel à la prière. Nous traversons la place en direction d'une librairie pour y acheter une carte du Maroc, puis retournons dans un restaurant pour y dîner un couscous somme toute moyen, avec un délicieux jus d'orange, mais nous profitons d'une vue panoramique pour observer le soleil qui décline, la nuit qui s'installe, les lumières qui illuminent les roulottes qui se sont installées, et la place qui grouille de monde.

Une fois terminé le dîner, nous prenons le chemin du retour. Grâce à JF nous retrouvons sans encombre, notre trajet à travers le dédale des rues. A un moment, quand nous hésitons pour le choix de la porte d'entrée de Maison Do, des enfants nous montrent la bonne porte. Nous les remercions chaleureusement, et rentrons, dans nos appartements respectifs. Peu de temps, après, nous entendons de nouveau l'appel à la prière. C'est vraiment un bruit bizarre, et nous l'entendons de nos chambre, comme un bruit de fond. Il se produit 5 fois par jour, du coup, nous demandons à Ali à quelle heure est le premier appel. Etonné, il me demande si je veux prier.... 😇 Heu, non, c'est juste pour savoir à quelle heure je vais être réveillée!!! A 5h25 me répond Ali !!! Ah oui, si tôt??? Bon, bah, on va faire avec. Petit déj à 9h: Ok.
A 21h, dodo.
Nous venons de passer une semaine au Maroc et nous voulions partager ce voyage sur VF.
VF nous a toujours donné des idées pour nos voyages et, dernièrement, Trostang et Cambrousse ont été d’une aide précieuse pour optimiser notre aventure. Le trajet s'est fait dans le sens des aiguilles d'une montre, Ait ben haddou et Telouet en fin de séjour.

Samedi 17 Février Arrivée, route vers Skoura
Après 90 minutes de route, départ de Marseille vers 10h45 sur un vol Ryanair, qui comme d’habitude et malgré le stress qui peut entourer les préparatifs, se passe d’une manière simplement dès lors qu’on respecte les consignes. Ce que j’apprécie le plus, c’est la ponctualité. Arrivés (mes filles de 11 ans, 8 ans, ma femme et moi) à Marrakech à 12h30, un jeune homme de l’agence Medloc nous accueille à la sortie de l’aéroport pour nous livrer la Logan louée une semaine à l’avance. C’est au volant d’une Hyundai Accent diesel presque neuve qu’on prend la route. Pas de surcoût. Ça commence bien. Il est déjà plus que 14h et Skoura, notre première étape n’est pas si proche. On choisit de prendre la route N9, qui passe par Isselday, plutôt que celle qui traverse Telouet car on voulait réserver cette dernière pour le retour. Premières rencontres avec les policiers et/ou les gendarmes marocains…j’ai réussi à m’en sortir deux fois sur trois. Cette première vaccination m’a permis de ne pas me faire arrêter par la suite.
Il Faisait 6° à Tizi'n'Tichka
Entre arrêts minute photos et arrêt déjeuner, on arrive à la Kasbah la Palmeraie à 20h. Mohamed nous attendait avec le sourire et le thé de bienvenue. Quelle belle rencontre avec cette famille accueillante, souriante, disponible et de bon conseil. On passe rapidement à table pour déguster un bon Tajine, et partager quelques informations avec les clients. Mohamed nous avait promis 2 chambres, 1 pour les parents et 1 pour les enfants. C’était simple et confortable. On n’en demandait pas plus.
DIMANCHE 18 Février : Palmeraie, Vallée des amandiers et Kasbah Amridil
Réveil matinal, on assiste à la cuisson du Tafarnout, pain artisanal cuit dans un four de terre cuite du même nom. Les enfants se régalent de ce moment. Pain artisanal, plus Messemen, miel, confiture, beurre et dattes, agrémentés de café, thé et jus, nous donnent la pêche pour commencer la journée. Au menu, une super balade dans la palmeraie de Skoura en serpentant et en se perdant dans les parcelles à la rencontre des femmes qui cultivent la terre à l’ombre des palmiers jusqu’à arriver à la Kasbah du Chek Ali nichée dans un hameau au beau milieu de la palmeraie
La Kasbah a l’air assez préservée dans certaines parties, mais inaccessible. Hakim, qui a les clés n’était pas là, malgré les efforts de deux villageois d’essayer de le trouver. On rebrousse chemin peu avant midi pour une halte au gîte. Sur notre chemin, des femmes (plus jeunes que celles qui cultivaient la terre) lavaient les vêtements dans les eaux des ruisseaux. Au hasard du chemin, nous nous retrouvons à l’intérieur d’une cour de particulier (car nous avons dû ouvrir une porte pour « sortir ») et découvrons quelques voitures à l’oubli mais qui compléteraient bien la collection de quelques-uns

Une petite escale au gîte après 4 heures de marche, Mohamed nous conseille d’aller manger chez le patron barbu au restaurant la vallée des fleurs : un rapport qualité prix imbattable, Tajines végétariens pour les parents, couscous au poulet et Tajine poulet pour les enfants. Tout était délicieux. Thé en fin de repas et gâteaux marocains offerts par la maison, le tout pour 215 dirhams, on se rendra compte après que c’était un des repas les moins chers qu’on a eu. L’après-midi, on part en voiture sur la route de la vallée des amandiers, le paysage est magnifique, les amandiers sont en fleurs, mais, ayant un peu oublié les indications de Mohamed, nous n’avons pas trouvé l’endroit pour pouvoir faire la balade à pieds. Pour le coup, je vous décris comment faire : arrivés à Toundoute, il faut traverser le village, faire 4 à 5 km jusqu’à trouver une sorte de plateau servant de parking et qui offrirait une jolie vue sur la palmeraie et la vallée des amandiers. A partir de ce plateau partirait un chemin de mules sous les arbres jusqu’à une mine de sel. Il s’agit de la version soft, car en fouinant internet, une autre rando, plus costaud, commence beaucoup plus au nord de Toundoute et serpente vraiment dans une grande vallée d’amandiers. Dans tous les cas, on ne pouvait pas tout faire sur cette journée, la balade en voiture nous a permis de contempler le décor et surtout de gagner un peu de temps pour visiter la kasbah Amridil juste avant le coucher du soleil. La Kasbah, qui se trouve à 4 km à l’ouest de Skoura est très bien préservée et restaurée. Une seule partie est visitable, l’autre étant occupée par une Guesthouse. Fatima, guide locale et participante active à l’apprentissage de la lecture et l’écriture des paysannes locales, nous prodigue des informations sur l’architecture intérieure de ce type d’habitation et la fonctionnalité qui en découle, informations qui nous seront utiles tout au long du voyage lors de nos visites de Kasbahs, Dars, Ksars et autres petites merveilles architecturales sur notre route dans le sud marocain.
Le repas du soir était, aussi bon que celui de la veille, soupe, couscous et fruits en dessert...
VF nous a toujours donné des idées pour nos voyages et, dernièrement, Trostang et Cambrousse ont été d’une aide précieuse pour optimiser notre aventure. Le trajet s'est fait dans le sens des aiguilles d'une montre, Ait ben haddou et Telouet en fin de séjour.

Samedi 17 Février Arrivée, route vers Skoura
Après 90 minutes de route, départ de Marseille vers 10h45 sur un vol Ryanair, qui comme d’habitude et malgré le stress qui peut entourer les préparatifs, se passe d’une manière simplement dès lors qu’on respecte les consignes. Ce que j’apprécie le plus, c’est la ponctualité. Arrivés (mes filles de 11 ans, 8 ans, ma femme et moi) à Marrakech à 12h30, un jeune homme de l’agence Medloc nous accueille à la sortie de l’aéroport pour nous livrer la Logan louée une semaine à l’avance. C’est au volant d’une Hyundai Accent diesel presque neuve qu’on prend la route. Pas de surcoût. Ça commence bien. Il est déjà plus que 14h et Skoura, notre première étape n’est pas si proche. On choisit de prendre la route N9, qui passe par Isselday, plutôt que celle qui traverse Telouet car on voulait réserver cette dernière pour le retour. Premières rencontres avec les policiers et/ou les gendarmes marocains…j’ai réussi à m’en sortir deux fois sur trois. Cette première vaccination m’a permis de ne pas me faire arrêter par la suite.
Il Faisait 6° à Tizi'n'TichkaEntre arrêts minute photos et arrêt déjeuner, on arrive à la Kasbah la Palmeraie à 20h. Mohamed nous attendait avec le sourire et le thé de bienvenue. Quelle belle rencontre avec cette famille accueillante, souriante, disponible et de bon conseil. On passe rapidement à table pour déguster un bon Tajine, et partager quelques informations avec les clients. Mohamed nous avait promis 2 chambres, 1 pour les parents et 1 pour les enfants. C’était simple et confortable. On n’en demandait pas plus.
DIMANCHE 18 Février : Palmeraie, Vallée des amandiers et Kasbah Amridil
Réveil matinal, on assiste à la cuisson du Tafarnout, pain artisanal cuit dans un four de terre cuite du même nom. Les enfants se régalent de ce moment. Pain artisanal, plus Messemen, miel, confiture, beurre et dattes, agrémentés de café, thé et jus, nous donnent la pêche pour commencer la journée. Au menu, une super balade dans la palmeraie de Skoura en serpentant et en se perdant dans les parcelles à la rencontre des femmes qui cultivent la terre à l’ombre des palmiers jusqu’à arriver à la Kasbah du Chek Ali nichée dans un hameau au beau milieu de la palmeraie

La Kasbah a l’air assez préservée dans certaines parties, mais inaccessible. Hakim, qui a les clés n’était pas là, malgré les efforts de deux villageois d’essayer de le trouver. On rebrousse chemin peu avant midi pour une halte au gîte. Sur notre chemin, des femmes (plus jeunes que celles qui cultivaient la terre) lavaient les vêtements dans les eaux des ruisseaux. Au hasard du chemin, nous nous retrouvons à l’intérieur d’une cour de particulier (car nous avons dû ouvrir une porte pour « sortir ») et découvrons quelques voitures à l’oubli mais qui compléteraient bien la collection de quelques-uns

Une petite escale au gîte après 4 heures de marche, Mohamed nous conseille d’aller manger chez le patron barbu au restaurant la vallée des fleurs : un rapport qualité prix imbattable, Tajines végétariens pour les parents, couscous au poulet et Tajine poulet pour les enfants. Tout était délicieux. Thé en fin de repas et gâteaux marocains offerts par la maison, le tout pour 215 dirhams, on se rendra compte après que c’était un des repas les moins chers qu’on a eu. L’après-midi, on part en voiture sur la route de la vallée des amandiers, le paysage est magnifique, les amandiers sont en fleurs, mais, ayant un peu oublié les indications de Mohamed, nous n’avons pas trouvé l’endroit pour pouvoir faire la balade à pieds. Pour le coup, je vous décris comment faire : arrivés à Toundoute, il faut traverser le village, faire 4 à 5 km jusqu’à trouver une sorte de plateau servant de parking et qui offrirait une jolie vue sur la palmeraie et la vallée des amandiers. A partir de ce plateau partirait un chemin de mules sous les arbres jusqu’à une mine de sel. Il s’agit de la version soft, car en fouinant internet, une autre rando, plus costaud, commence beaucoup plus au nord de Toundoute et serpente vraiment dans une grande vallée d’amandiers. Dans tous les cas, on ne pouvait pas tout faire sur cette journée, la balade en voiture nous a permis de contempler le décor et surtout de gagner un peu de temps pour visiter la kasbah Amridil juste avant le coucher du soleil. La Kasbah, qui se trouve à 4 km à l’ouest de Skoura est très bien préservée et restaurée. Une seule partie est visitable, l’autre étant occupée par une Guesthouse. Fatima, guide locale et participante active à l’apprentissage de la lecture et l’écriture des paysannes locales, nous prodigue des informations sur l’architecture intérieure de ce type d’habitation et la fonctionnalité qui en découle, informations qui nous seront utiles tout au long du voyage lors de nos visites de Kasbahs, Dars, Ksars et autres petites merveilles architecturales sur notre route dans le sud marocain.

Le repas du soir était, aussi bon que celui de la veille, soupe, couscous et fruits en dessert...
De la soupe de pois chiches du café Hafa aux cocktails de fruits du El Minzah(1)
Tanger, ville des paradoxes, explose sous les projets pharaoniques de M6 (Mohamed VI) le roi bâtisseur.
Les bastions espagnols luttent difficilement contre les rocades et les périphériques dont les ingénieurs marocains dotent l’ancienne capitale du Rif.
Adieu, Matisse, adieu Delacroix, vive UBU, le règne des contraires : des troupeaux qui franchissent l’autoroute CEUTA-TANGER, de l’arrière-pays que l’on éventre pour laisser place à des autoroutes de containers…
Un pari superbe que tente M6, faire du Maroc et de Tanger particulièrement, la passerelle économique et touristique du grand Maghreb.
Les paysannes du Rif continueront-elles à fréquenter petit et grand Socco avec leurs paniers de légumes frais et les fruits de leurs jardins.
J’ai bien peur que le Vieux Tanger laisse la place à de nouvelles Canaries pour allemands en short, en troupeaux et en goguette..
Le tourisme de masse gagne déjà les grandes villes du pays. Adieu Tanger, sa Kasbah, sa médina et ses coupe-gorge du petit socco. Même le « café central » du petit socco a renouvelé son mobilier, seul le Tin gis semble rescapé de l’époque des grands voyageurs…
Au Hafa, le couple BHL- Arielle a dressé un grand mur à l’Est, « mur de la honte » disent les Tanjaoui, entre les terrasses du célèbre café et les terrasses à « la Le Corbusier » de leur grande villa de vacance.
Au bas des remparts, les camions, les niveleuses, les engins de chantier travaillent nuit et jour pour un bonheur des Tanjaoui qui tarde à venir, au moins pour le peuple de la rue.
Derrière les hauts murs des villas du Marshan, les enfants de l’élite continuent de danser « aux pieds du volcan » (Malcolm Lowry)
Les sardines grillées d’Abdelhaïm (2)
Cela faisait deux jours que j’alternais avec Pénélope les paradoxes gastronomiques, passant de la soupe de pois chiche du café Hafa aux cocktails du El-Minzah(pistaches et olives marocaines, tunisiennes, et romaines comprises…)
Cela faisait aussi deux nuits qu’elle supportait de plus en plus difficilement les chambres du Motel du Mira monte(domaine d’un vieil anglais derrière le quartier marshan- vaut le détour pour ses couchers de soleil sur le détroit) où nous luttions contre les punaises des bois, les moustiques, et le tic-tac d’un joint de robinet exténué…
Aujourd’hui, on se ferait, sans complexe, le « complexe »balnéaire d’Asilah, ma préférée, mais, avant, on irait sous les remparts du vieux fort portugais manger les sardines grillées d’Abdelhaïm…
En voici, la recette originale :
Vous allez à la guinguette croulant sous les frondaisons de lierre aux pieds du fortin(en face du parking gardé) : vous demandez à déjeuner de thés à la menthe et de sardines grillées…
Abdelhaïm vous emmène choisir vos sardines fraîches aux halles du port (10 dirhams) puis vous allez avec lui au four collectif du village et vous prenez rang entre deux cuissons de ménagères asiliennes, vous revenez dix minutes plus tard, vos vingt quatre sardines vous attendent sur un plateau de cuisson.
Abdelhaïm y ajoute trois sets en papier kraft, trois verres de thé à la menthe marocain sans sucre, trois galettes de pain chaud sorties du four.
Vous vous installez, ¨Pénélope, Ulysse et Abdel à l’ombre du lierre centenaire, face au port de pêche, puis vous dégustez le blanc des sardines grillées que vous avez soin d’étaler entre vos doigts sur des portions de pain chaud.
Vous cherchez à deviner qui a le plus faim ou qui est le plus gourmand.
Après, vous doublez les 10 dirhams d’Abdelhaïm et ceux du patron de la guinguette.
Vous refusez la promenade en calèche autour des remparts, prétextant qu’elle n’est faite que pour les amoureux…
A la recherche du jardin des Hespérides(3)
Pour mes lecteurs préférés, je ne rappellerai pas qu’Ulysse est un archéologue passionné de vieilles pierres, comme Pénélope, sa compagne, est une compulsive passionnée de cuirs et de chiffons (« fashion addicted »)
Aussi, on allait concilier les passions contradictoires du couple en prenant la direction de LIXUS et de LARACHE.
C’est dans les ruines de Lixus, ville fondée par les phéniciens sept siècles avant notre ère, quatorze siècles avant le Prophète, que, selon la légende, le géant Hercule accomplit le onzième de ses travaux :
« la cueillette des pommes d’or au jardin des Hespérides ».
Lors de mon précédent passage en 2006, je n’avais trouvé ni les pommes d’or, ni le site…
Cette fois-çi, avec Pénélope et son aide, j’espérais bien trouver autre chose que les fruits de mon imagination…
Le Maroc est comme dirait Giorgio13 (cf. carnet « via aurélie ») le pays où l’on remet les pendules à l’heure. Certes, on allait découvrir le site (5 Kms avant Larache sur la nationale)
Une grande grille en fer forgé verdâtre enserre le site et le protège du trafic de la route toute proche.
On devine la ferme phénicienne et ses bacs d’élevage (déjà, aurait dit Nicolas Hulot…)
On déniche au hasard d’un sentier les formes d’une « aula » partiellement enterrée, avec voûte en plein cintre (en parfait état de conservation)
On relève le plan parcellaire de la colonie phénicienne ou romaine, ou carthaginoise (les historiens s’y perdent)
On comprend surtout l’intérêt du site : la proximité des marais salants…toujours en activité dans la baie de l’oued LOSSOUR, peut-être même avec encore les mêmes techniques héritées des carthaginois…
Mais la végétation a repris ses droits, les 20% du site fouillé disparaissent sous les eucalyptus et les chardons, et autres fleurs des champs…
On ne verra ni les restes des arènes, ni ceux de l’amphithéâtre, de rares éboulis parsèment de ci de là les champs voisins entre estuaire et collines, des blocs de pierre de gros appareil pour toute trace du Jardin des Hespérides.
Les mythes d’Hercule, d’Ulysse, l’odyssée de l’ardent navigateur (mais que va nous trouver larabadeservis ?) disparaissent derrière le trafic de la nationale (excellente halte autoroutière avec jeux pour les enfants à 3 Kms)
Le circuit des villes impériales : Mekhnès : (4)
Pénélope n’ayant qu’un intérêt relatif pour les vieilles pierres, elle est restée dans la voiture tout le temps de ma visite du site archéologique de LIXUS, il a fallu modifier en catastrophe l’ambitieux voyage culturel : VOLUBILIS, la capitale romaine du royaume de JUBA( mais que va dire Arab2cervis ?) serait écartée de l’itinéraire au profit de MEKNES, FES et CHEFCHAOUEN…
A part CHEFCHAOUEN, capitale du chanvre indien, j’augurais que Pénélope serait séduite par l’aspect « capitale » des deux villes impériales.
C’est ainsi que l’on quitta le petit port d’Asilah où nous avions déjà nos habitudes pour rejoindre notre première capitale chérifienne…
Pour gagner MEKNES de la côte Ouest, on a le choix entre l’autoroute M6 ou les petites routes nationales qui traversent le Maroc agricole, et là, le choc est brutal : on découvre comment les tomates de nos supermarchés, en fait tous les légumes et agrumes étiquetés « Maroc » sont produits :
Des nuées d’ouvriers et d’ouvrières agricoles, habillés souvent de haillons, logés souvent pour la saison dans des huttes de pailles ou de bambous revêtues de plastiques de serres, s’échinent(le mot est très parlant) à produire pour l’Europe, agriculture intensive aidant, souvent avec les bras, la mécanisation étant souvent sommaire…
Pénélope découvre que le tourisme marocain peut se teinter de « grisailles »…
Heureusement, les paysages peu à peu se vallonnent et, Juin aidant, le vert des champs de tournesols et le blond presque blanc des champs de blé forment des camaïeu de Palestine( on dirait du « Pondy »…)
Le tracteur disparaît au profit de l’âne bâté et chevauché qui, par l’enfant qui part à la corvée d’eau, chargé de bidons de plastique, qui par l’ouvrier ou l’ouvrière agricole qui rentrent des champs.
Paysages de Judée et de Samarie : sur le flanc d’une montagne verte, dans un enclos, des enfants excite un âne à battre les tiges de blé fraîchement récoltées…
L’épisode de la « tourista » L5)
Ulysse était parti d’Europe avec les séquelles d’une grippe intestinale hivernal mal soignée : une doctoresse duchéroise avait même diagnostiqué une forme bénigne de H1-N1 dite « perversio de type 3 »…
Depuis quatre jours au pays des almoravides et des almohades, le syndrome de cette affection s’était déclenché au contact de la nourriture du « El Khaima » d’Asilah.
Ulysse avait ingéré des sortes de boulettes de viande suédoises (sic…) baignait dans une épaisse sauce pimentée, et avait commencé à ressentir fébrilité et choc intestinal dans la nuit qui avait suivi.
Le lendemain, ne sachant plus si c’était l’effet des coups de soleil subis autour de la piscine de l’hôtel(cf .photo ci-jointe) ou les conséquences de sa vieille grippe intestinale, Ulysse avait tenu à aller consulter un médecin local dans son cabinet : le docteur « El Arrawak »…
Celui-ci devant la description et les symptômes et l’état réel dans lequel se trouvait le compagnon de Pénélope, avait conclu à ce diagnostic :
« ce n’est pas du tout un H1-N1 de type perversion 3, mais si vous continuez à ne pas vous soigner, vous risquez de tomber dans une névrose psychosomatique de type obsessionnel compulsif avec aspect hypocondriaque, d’où les « cacarella » à répétition… »
banale névrose post-cristallisation, lui avait susurré le bon docteur El Arrawak.
« le seul remède est le vaccin, à petite dose, qui vous remettra sur pied en un rien de temps.. »
tant il est vrai que l’on soigne le mal par le mal… Sur ce, revigoré, Ulysse avait juré que l’on n’y reprendrait plus à manger n’importe quelles boulettes avariées, nappées de sauce industrielle.
Le problème, c’est qu’Ulysse adorait les kefta, petites boulettes de viande très pimentées, qui laissent une goût de « revenez-y » longtemps dans la bouche…
Les enfants guides des greniers de Moulay Ismaël (6)
« Déconstruction d’un séjour touristique dans le Nord Marocain », je parodie grossièrement Jacques Derrida, car ce voyage dans le Nord Marocain, Rif et cités impériales, je l’ai déjà effectué seul, il y a trois ans, au mois d’avril( il y avait alors de la neige dans le Rif…)
L’intérêt de ce voyage, répété à 3 ans d’intervalle, est de vérifier ce qui a changé, du regard du voyageur, du pays traversé, des marocains rencontrés…
Ce peuple est toute amabilité, gentillesse, humour et finesse, à condition que l’on accepte de laisser notre morgue d’européen et nos repères économiques.
L’hospitalité, tous les jours proposés, à l’occasion d’une rencontre, d’un échange, d’une conversation impromptue, hospitalité que l’on refuse en regrettant déjà de l’avoir refusée, est une constante au Maroc : l’échange avec l’employé de l’hôtel a-t-il une autre dimension que celui d’un hôte qui vous aurait accueilli dans la belle villa qu’il a construite pour ses vieux jours dans son village natal à 7 Kms au Nord d’Asilah ?
Je ne crois pas, comme la visite (hors circuit touristique) d’une partie ignorée du palais de Moulay Ismaël à MEKNES, offerte par deux gamins des rues, fans de Ronaldhino, parlant déjà un beau français, appris grâce aux contacts qu’ils ont déjà eus avec nos compatriotes…
Chaque jour, il n’y a pas d’heure que nous ne consacrions à débattre de leur cher Maroc, de leurs coutumes, de leur gastronomie, de leur économie.
Hier, c’était vendredi, jour de la prière et jour du couscous hebdomadaire :
« Vous verrez, vous avez l’impression d’avoir trop mangé, mais c’est une illusion : dans trois heures, vous appellerez le room service » (Mohamed, serveur au restaurant de l’Hôtel)
Gazelles dans les souks, gazelles autour de la piscine : (7)
L’islam marocain est comme l’Islam africain en général, très doux aux mœurs… Certes les jeunes gazelles sont un peu plus voilées, surtout dans les grandes métropoles, mais avec recherche et avec élégance, tandis que leurs marâtres, surtout à Tanger et à Fès, procèdent plus des mille et une nuits ou des « cigares du Pharaon »….
(c’est selon sa culture, selon que l’on privilégie Rimski-Korsakov ou Hergé( dans le cas de Hergé, il faut aussi avoir lu la trilogie : Les Cigares du Pharaon, Coke en stock etc.…)
des spécialistes de Hergé affirment qu’il a puisé ses modèles à Tanger et à Essaouira…
MEKNES, à ce titre, procède de l’Islam très doux : les gazelles que l’on a croisées le matin dans les souks, on les retrouve franchement canailles et européanisées autour des piscines des hôtels où l’on se remet des poussières et des chaleurs des caravansérails :
Elles ont pris nos allures, nos musiques, nos modes, nos défauts (la cigarette) à I80% et leurs regards de gazelles rendraient jalouse plus d’une européenne de type duché rien…
Douces mœurs où les pères sont très présents, surtout près de leurs enfants, pas du tout les cow-boys machos des pubs de cigarettes.
Lorsque la nounou n’est pas là pour en faire des petits mâles méditerranéens, ce sont de vrais pères présents, baby-sitters à la suédoise.
Tandis que leurs gazelles bronzent pour des harems inconnus, les pères initient leurs progénitures aux joies de la natation.
Cette société marocaine des piscines d’hôtels, certes privilégiée, est aussi une facette de la population rencontrée, après le conducteur de mulet dans les souks, le petit marchand de fleurs en papier qui accepte d’être payé avec une boîte de vaches qui rient, l’intellectuel vendeur de tapis exposant à la Foire de Nancy, qui sait tout du tapis berbère, qu’il soit prénuptial ou nuptial… Le guide de la Medersa, le dénicheur du Palais Mans Our et bien sûr :
ENMILI, le BOUANANIA, habit traditionnel – prix – confiance – satisfaction – KABBAK – ESSOUK – MEKNES – 4 fois merci –
« Le maraboutage de la turista » (8)
Malgré les soins locaux qu’il s’était prescrits (coca-cola et riz au maïs) , la turista d’Ulysse qu’il avait contractée à Asilah, avait tendance à résister. Il avait reçu une texto de son médecin préféré :
« stoppe les self médicaments services(SMS) » « il y a méprise sur le traitement » « soigne toi au Pervex3 »
N’ayant rien compris à cette ordonnance numérique, Ulysse, au hasard des boutiques du plus grand souk du Nord Maroc, allait se laisser tenter par la publicité d’un apothicaire local :
« BEN SALEM, paiement après résultats, voyant medium africain avec le don de son grand-père. Spécialiste de tout, retour d’affection, protection, désenvoûtement, amour durable, examen, retour du mari ou de la femme parti(e), travail, concours, attraction de clientèle pour vendeur, guérit tout complexe physique ou moral. SATISFACTION DANS TOUS LES DOMAINES ! (Travaille aussi par correspondance – reçoit tous les jours »
La description des compétences du marabout local aurait pu concurrencer Elizabeth Teissier et Christine Haas à la fois…
Il allait profiter du goût profond de Pénélope pour les kilims berbères et les tissus de soie naturelle de ENMILI DE BOUANANIA – prix – confiance- satisfaction – quatre fois merci, pour filer consulter le marabout apothicaire, deux rues après le palais MANJOUR.
La boutique de l’apothicaire aurait pu servir de salon au harem du palais Dar jamaï : zelliges et mosaïques bleues et blanches, fontaine asséchée, plafonds anciens finement décorés et peints, la boutique croulait sous des montagnes de tapis – le marabout était aussi marchand de tapis –
Et, entre deux piles, posé à même une chaise, un ordinateur potable de la troisième génération –version 2010 – d’un grand assembleur japonais que je ne citerai pas (paradoxe des souks marocains)
Après qu’Ulysse eut décrit ses symptômes au pseudo marabout, après le troisième thé, celui-ci lui prescrit cette curieuse ordonnance :
- 1 pervex le matin, - 1 nevrox au doppio doux amer, - et si les maux ne passent pas, de la poudre de ioolite en infusion dans la tisane du soir
FES, Ville impériale : (9)
S’il est une des villes impériales qui mérite le mieux ce qualificatif, c’est bien FES et ses 880.000 habitants, ses trois villes : la médina haute, la ville basse et la ville moderne…
J’avais d’ailleurs composé ce voyage à l’intention de Pénélope comme une symphonie :
- Tanger : ses brumes, ses brouillards, la violence des travaux entrepris (Furioso) - Asilah :le petit port, île grecque : (allegro) - Larache : (andante) - Mekhnès : la douce, la silencieuse, la digne (allegretto) - Fès : la multiple, la grande, la moyenâgeuse, l’universitaire, la culturelle (Fortissimo)
Pour la mise en bouche, avant même la pénétration dans la médina Fès El Bali, il faut aller la désirer du haut du Bjord Nord … du vieux fort, lorsque l’on contemple Fès, on voit toutes les grandes cités d’Orient :
Je cite :
« on conçoit que Fès ait pu rivaliser avec Cordoue ou avec Bagdad »
Garder la première demi-journée (entre 16 et 20 heures) à dénicher les merveilles (Palais Saada transformé en un salon de thé des mille et une nuits etc.…) Se recueillir au palais Mnebi, la résidence de Lyautey en I912, Ne pas hésiter à plonger de Bâb en bab (de porte en porte), à rompre le circuit touristique officiel pour s’égarer dans un souk d’artisans, Rejeter tout guide, Glisser une medersa (école coranique) entre deux pâtisseries, Siroter un thé à la menthe sans sucre, accompagné de pâtisseries fraîches à base d’amandes, Hésiter à rompre le charme, Monter sur les terrasses du palais de Lyautey et reprendre la maîtrise spectaculaire de cet enchevêtrement de poutres, de briques, de venelles venues du fond des âges, Où les petits métiers s’exercent encore comme il y a huit siècles, Admirer le rythme des mulets et des coursiers, Observer les sculpteurs sur marbre ou sur bois, la dextérité des brodeurs…
Pastilla, couscous et tagines : (10)
Un carnet de voyages n’est rien sans la saveur d’un carnet gourmand. Le Maroc ne laisse à nulle autre cuisine le soin d’expérimenter goûts et saveurs et, selon les régions traversées, l’appellation des plats gourmands, des pâtisseries du crû, valent à elles seules la description de leurs contenus.
- pastilla, mousse de semoule et crème de riz (Palais Jamaï Fès) - behketto ou tarte, poivron rouge et framboise(tarte au chocolat et aux poivrons) - salade d’aubergines (souks de Fès) - couscous aux épinards, tomates et poivrons confits (Mekhnès) - tagine d’artichauts aux tomates confites (Fès, palais des Mérinides) - filets de thons M’Charmel, pastel et tchekchouka (salade de tomates concassées) - polenta à l’huile d’argan et au miel (Asilah) - moelleux à la semoule et aux citrons (palais Jamaï) - chouriba à la noix de coco (palais Saada à Fès) - petites fleurs sablées (salon de thé – Fès) - pastilla de poulet à la confiture de courge (L’arabesque – Fès) - couscous de fruits secs à l’huile d’argan, avec menthe (meknès) - croquettes de dindes à l’estragon (Asilah)
il aurait été fastidieux de décliner les innombrables tagines, la variété des brochettes, des panini « en-cas » des room services…
la tagine ou les tagines restent cependant l’élémentaire basique et délicieux de cette cuisine, les restaurants des grands hôtels ayant une fâcheuse tendance à mettre sous le terme de « tagine » et surtout dans des assiettes de porcelaine industrielle « made in Macao » des plats qui n’ont de tagine que le nom.
Le chagrin d’amour de l’antiquaire du souk : (11)
Dans les souks de Fès, dans la ville basse, pas loin de la maison de Ibn Khaldun (sociologue arabe célèbre du XVième siècle) se trouve le magasin d’antiquités de may Kologhassi.
Son nom, d’origine turque, est trompeur : c’est celui d’une famille installée depuis des générations dans la ville basse et son magasin est un des plus beaux magasins d’antiquités de Fès.
Si vous avez le hasard de succomber à l’attrait des lampes anciennes, des coffres damasquinés, des meubles bas, des tapis qui meublent sa profonde échoppe, et si vous avez la chance de partager un thé à la menthe prolongé, il vous racontera l’histoire de son chagrin d’amour…
Il y a trois ans, assis sur le seuil de sa boutique, il hélait le chaland, le touriste pressé, avec une chance sur deux de le voir entrer dans son magasin « pour le plaisir des yeux »…
Chouf, Chouf (regarde) rien qu’un instant dans ma caverne d’Ali Baba…
Et, ce jour là, un couple d’étranger qu’il avait réussi à captiver, s’attarda plus longuement que d’habitude, le quatrième Muezzin avait chanté…
Derrière le thé, les Flags(bières locales) le grand étranger les appréciait comme les Spaten de son pays, pendant que sa petite femme n’avait d’yeux que pour le bel antiquaire oriental et May Kologhassi ne fut pas dupe du manège…
La cinquième Flag aidant, le grand étranger fatigué quitta la boutique pour regagner son hôtel, laissant sa petite femme négocier un cadenas Idrisside ancien du XII nième siècle, cadenas de coffre avec sa clé…
La négociation fut longue et quelques heures plus tard et quelques tapis de son arrière boutique froissés, May avait vendu son cadenas ancien à perte. Mais désormais, son cœur était brisé, la petite étrangère le lui avait acheté contre son corps au goût d’amande et de pruneaux…avec la légèreté de ces européennes de passage.
May Kologhassi en parle encore avec des larmes dans les yeux, il a gardé la clef du cadenas et rêve un jour que la petite acheteuse vienne la lui réclamer…
Ou Hilary trouble le séjour marocain d’Ulysse et de Pénélope : (12)
« ciao, Hilary, du circuit des villes impériales.bise fassi du pays des mille et une nuits. Signé : Ulysse »
« ciao, Hilary chérie, tu devrais changer de registre avec moi…grâce à moi, tu es désormais une héroïne de roman, lu par des milliers de lecteurs.. » signé : Ulysse
Elle ne décolérait pas de rage qu’il l’ait pris en modèle d’une héroïne d’un de ses carnets, mais, dans ce Maroc paisible, il n’y avait pas de place pour la furieuse Hilary…
Hilary, qui se croyait propriétaire de l’image qu’elle avait donnée d’elle-même. Elle lui faisait penser à Marie Despléchin poursuivant en justice son ex-mari pour des moments d’histoires familiales qu’il avait utilisés dans un de ses films.
Est-on jamais propriétaire de l’image que l’on se complaît à donner de soi-même dans un Forum public ? Peut-on trépigner de rage et qualifier de tous les noms d’oiseaux le modeste prosateur qui émaille ses carnets, pour les rendre plus vivants, des caractères d’un personnage qui lui avait semblé si vivant ?
Il en est du NET comme de la télévision, le numérique s’efface très vite de la mémoire visuelle, mais les sentiments et les comportements décrits restent imprimés dans la mémoire profonde.
Ulysse utilisait de temps son propre disque dur et ses lecteurs ne s’y trompaient pas, les images qu’il avait cru lire ou vivre sur le NET, il les renouvelait et, fort de son imagination, il avait su rendre crédibles une jeune novice, une ex-moniale, un spécialiste d’enluminures anciennes, un architecte dépressif, un archéologue amoureux, une Pénélope fidèle (tautologie).
Jusqu’à présent, seule la petite nonne avait cru se reconnaître dans les carnets délirants de Tomas(sic…selon Dolma) et rugissait de fureur rentrée…
Marocco 2009 le film (14)
Tourné entre le I et le I5 juin 2009, Marocco2009, le film a été réalisé par les acteurs suivants :
PRODUCTEUR : le groupe PPR (Pinault Printemps La redoute) la SOFREMI
SCENARIO ET REALISATION : Tomas3 avec dans les rôles de
Pénélope : Zébulette Ulysse : Tomas3 La poétesse : Tinitrane Le remetteur de pendules à l’heure : l’arab2Crvis Le marchand d’antiquités : May Kologhassi Hilary : Hilary L’assistante du professeur Manu : Cléo40 Le professeur Manu : Manu Le tourmondiste pressé : Arrawak Le chœur des trolls : victoire3615- victoria3617 – cléa40 Don Florian : Jean-Louis G. L’étranger dans le bazar : Achille Les figurants actifs et enthousiastes : Michagadir : Michagadir Iacalo : Iacalo Tarafabo : Tarafabo Mourtte : Mourtte
Les décors ont été tournés dans leur milieu naturel et nous remercions le Groupe Accor pour la qualité de ses prestations hôtelières sur les différents sites choisis. Les services des douanes de Tanger pour la visite des nouvelles installations portuaires – Les services médicaux du poste frontière de Ceuta pour la qualité de leur accueil – La compagnie de ferries FRS a pris soin du transport des différents acteurs et de leur matériel – - couverture photographique du reportage : laboratoires KODAK et FUJI
Tanger, ville des paradoxes, explose sous les projets pharaoniques de M6 (Mohamed VI) le roi bâtisseur.
Les bastions espagnols luttent difficilement contre les rocades et les périphériques dont les ingénieurs marocains dotent l’ancienne capitale du Rif.
Adieu, Matisse, adieu Delacroix, vive UBU, le règne des contraires : des troupeaux qui franchissent l’autoroute CEUTA-TANGER, de l’arrière-pays que l’on éventre pour laisser place à des autoroutes de containers…
Un pari superbe que tente M6, faire du Maroc et de Tanger particulièrement, la passerelle économique et touristique du grand Maghreb.
Les paysannes du Rif continueront-elles à fréquenter petit et grand Socco avec leurs paniers de légumes frais et les fruits de leurs jardins.
J’ai bien peur que le Vieux Tanger laisse la place à de nouvelles Canaries pour allemands en short, en troupeaux et en goguette..
Le tourisme de masse gagne déjà les grandes villes du pays. Adieu Tanger, sa Kasbah, sa médina et ses coupe-gorge du petit socco. Même le « café central » du petit socco a renouvelé son mobilier, seul le Tin gis semble rescapé de l’époque des grands voyageurs…
Au Hafa, le couple BHL- Arielle a dressé un grand mur à l’Est, « mur de la honte » disent les Tanjaoui, entre les terrasses du célèbre café et les terrasses à « la Le Corbusier » de leur grande villa de vacance.
Au bas des remparts, les camions, les niveleuses, les engins de chantier travaillent nuit et jour pour un bonheur des Tanjaoui qui tarde à venir, au moins pour le peuple de la rue.
Derrière les hauts murs des villas du Marshan, les enfants de l’élite continuent de danser « aux pieds du volcan » (Malcolm Lowry)
Les sardines grillées d’Abdelhaïm (2)
Cela faisait deux jours que j’alternais avec Pénélope les paradoxes gastronomiques, passant de la soupe de pois chiche du café Hafa aux cocktails du El-Minzah(pistaches et olives marocaines, tunisiennes, et romaines comprises…)
Cela faisait aussi deux nuits qu’elle supportait de plus en plus difficilement les chambres du Motel du Mira monte(domaine d’un vieil anglais derrière le quartier marshan- vaut le détour pour ses couchers de soleil sur le détroit) où nous luttions contre les punaises des bois, les moustiques, et le tic-tac d’un joint de robinet exténué…
Aujourd’hui, on se ferait, sans complexe, le « complexe »balnéaire d’Asilah, ma préférée, mais, avant, on irait sous les remparts du vieux fort portugais manger les sardines grillées d’Abdelhaïm…
En voici, la recette originale :
Vous allez à la guinguette croulant sous les frondaisons de lierre aux pieds du fortin(en face du parking gardé) : vous demandez à déjeuner de thés à la menthe et de sardines grillées…
Abdelhaïm vous emmène choisir vos sardines fraîches aux halles du port (10 dirhams) puis vous allez avec lui au four collectif du village et vous prenez rang entre deux cuissons de ménagères asiliennes, vous revenez dix minutes plus tard, vos vingt quatre sardines vous attendent sur un plateau de cuisson.
Abdelhaïm y ajoute trois sets en papier kraft, trois verres de thé à la menthe marocain sans sucre, trois galettes de pain chaud sorties du four.
Vous vous installez, ¨Pénélope, Ulysse et Abdel à l’ombre du lierre centenaire, face au port de pêche, puis vous dégustez le blanc des sardines grillées que vous avez soin d’étaler entre vos doigts sur des portions de pain chaud.
Vous cherchez à deviner qui a le plus faim ou qui est le plus gourmand.
Après, vous doublez les 10 dirhams d’Abdelhaïm et ceux du patron de la guinguette.
Vous refusez la promenade en calèche autour des remparts, prétextant qu’elle n’est faite que pour les amoureux…
A la recherche du jardin des Hespérides(3)
Pour mes lecteurs préférés, je ne rappellerai pas qu’Ulysse est un archéologue passionné de vieilles pierres, comme Pénélope, sa compagne, est une compulsive passionnée de cuirs et de chiffons (« fashion addicted »)
Aussi, on allait concilier les passions contradictoires du couple en prenant la direction de LIXUS et de LARACHE.
C’est dans les ruines de Lixus, ville fondée par les phéniciens sept siècles avant notre ère, quatorze siècles avant le Prophète, que, selon la légende, le géant Hercule accomplit le onzième de ses travaux :
« la cueillette des pommes d’or au jardin des Hespérides ».
Lors de mon précédent passage en 2006, je n’avais trouvé ni les pommes d’or, ni le site…
Cette fois-çi, avec Pénélope et son aide, j’espérais bien trouver autre chose que les fruits de mon imagination…
Le Maroc est comme dirait Giorgio13 (cf. carnet « via aurélie ») le pays où l’on remet les pendules à l’heure. Certes, on allait découvrir le site (5 Kms avant Larache sur la nationale)
Une grande grille en fer forgé verdâtre enserre le site et le protège du trafic de la route toute proche.
On devine la ferme phénicienne et ses bacs d’élevage (déjà, aurait dit Nicolas Hulot…)
On déniche au hasard d’un sentier les formes d’une « aula » partiellement enterrée, avec voûte en plein cintre (en parfait état de conservation)
On relève le plan parcellaire de la colonie phénicienne ou romaine, ou carthaginoise (les historiens s’y perdent)
On comprend surtout l’intérêt du site : la proximité des marais salants…toujours en activité dans la baie de l’oued LOSSOUR, peut-être même avec encore les mêmes techniques héritées des carthaginois…
Mais la végétation a repris ses droits, les 20% du site fouillé disparaissent sous les eucalyptus et les chardons, et autres fleurs des champs…
On ne verra ni les restes des arènes, ni ceux de l’amphithéâtre, de rares éboulis parsèment de ci de là les champs voisins entre estuaire et collines, des blocs de pierre de gros appareil pour toute trace du Jardin des Hespérides.
Les mythes d’Hercule, d’Ulysse, l’odyssée de l’ardent navigateur (mais que va nous trouver larabadeservis ?) disparaissent derrière le trafic de la nationale (excellente halte autoroutière avec jeux pour les enfants à 3 Kms)
Le circuit des villes impériales : Mekhnès : (4)
Pénélope n’ayant qu’un intérêt relatif pour les vieilles pierres, elle est restée dans la voiture tout le temps de ma visite du site archéologique de LIXUS, il a fallu modifier en catastrophe l’ambitieux voyage culturel : VOLUBILIS, la capitale romaine du royaume de JUBA( mais que va dire Arab2cervis ?) serait écartée de l’itinéraire au profit de MEKNES, FES et CHEFCHAOUEN…
A part CHEFCHAOUEN, capitale du chanvre indien, j’augurais que Pénélope serait séduite par l’aspect « capitale » des deux villes impériales.
C’est ainsi que l’on quitta le petit port d’Asilah où nous avions déjà nos habitudes pour rejoindre notre première capitale chérifienne…
Pour gagner MEKNES de la côte Ouest, on a le choix entre l’autoroute M6 ou les petites routes nationales qui traversent le Maroc agricole, et là, le choc est brutal : on découvre comment les tomates de nos supermarchés, en fait tous les légumes et agrumes étiquetés « Maroc » sont produits :
Des nuées d’ouvriers et d’ouvrières agricoles, habillés souvent de haillons, logés souvent pour la saison dans des huttes de pailles ou de bambous revêtues de plastiques de serres, s’échinent(le mot est très parlant) à produire pour l’Europe, agriculture intensive aidant, souvent avec les bras, la mécanisation étant souvent sommaire…
Pénélope découvre que le tourisme marocain peut se teinter de « grisailles »…
Heureusement, les paysages peu à peu se vallonnent et, Juin aidant, le vert des champs de tournesols et le blond presque blanc des champs de blé forment des camaïeu de Palestine( on dirait du « Pondy »…)
Le tracteur disparaît au profit de l’âne bâté et chevauché qui, par l’enfant qui part à la corvée d’eau, chargé de bidons de plastique, qui par l’ouvrier ou l’ouvrière agricole qui rentrent des champs.
Paysages de Judée et de Samarie : sur le flanc d’une montagne verte, dans un enclos, des enfants excite un âne à battre les tiges de blé fraîchement récoltées…
L’épisode de la « tourista » L5)
Ulysse était parti d’Europe avec les séquelles d’une grippe intestinale hivernal mal soignée : une doctoresse duchéroise avait même diagnostiqué une forme bénigne de H1-N1 dite « perversio de type 3 »…
Depuis quatre jours au pays des almoravides et des almohades, le syndrome de cette affection s’était déclenché au contact de la nourriture du « El Khaima » d’Asilah.
Ulysse avait ingéré des sortes de boulettes de viande suédoises (sic…) baignait dans une épaisse sauce pimentée, et avait commencé à ressentir fébrilité et choc intestinal dans la nuit qui avait suivi.
Le lendemain, ne sachant plus si c’était l’effet des coups de soleil subis autour de la piscine de l’hôtel(cf .photo ci-jointe) ou les conséquences de sa vieille grippe intestinale, Ulysse avait tenu à aller consulter un médecin local dans son cabinet : le docteur « El Arrawak »…
Celui-ci devant la description et les symptômes et l’état réel dans lequel se trouvait le compagnon de Pénélope, avait conclu à ce diagnostic :
« ce n’est pas du tout un H1-N1 de type perversion 3, mais si vous continuez à ne pas vous soigner, vous risquez de tomber dans une névrose psychosomatique de type obsessionnel compulsif avec aspect hypocondriaque, d’où les « cacarella » à répétition… »
banale névrose post-cristallisation, lui avait susurré le bon docteur El Arrawak.
« le seul remède est le vaccin, à petite dose, qui vous remettra sur pied en un rien de temps.. »
tant il est vrai que l’on soigne le mal par le mal… Sur ce, revigoré, Ulysse avait juré que l’on n’y reprendrait plus à manger n’importe quelles boulettes avariées, nappées de sauce industrielle.
Le problème, c’est qu’Ulysse adorait les kefta, petites boulettes de viande très pimentées, qui laissent une goût de « revenez-y » longtemps dans la bouche…
Les enfants guides des greniers de Moulay Ismaël (6)
« Déconstruction d’un séjour touristique dans le Nord Marocain », je parodie grossièrement Jacques Derrida, car ce voyage dans le Nord Marocain, Rif et cités impériales, je l’ai déjà effectué seul, il y a trois ans, au mois d’avril( il y avait alors de la neige dans le Rif…)
L’intérêt de ce voyage, répété à 3 ans d’intervalle, est de vérifier ce qui a changé, du regard du voyageur, du pays traversé, des marocains rencontrés…
Ce peuple est toute amabilité, gentillesse, humour et finesse, à condition que l’on accepte de laisser notre morgue d’européen et nos repères économiques.
L’hospitalité, tous les jours proposés, à l’occasion d’une rencontre, d’un échange, d’une conversation impromptue, hospitalité que l’on refuse en regrettant déjà de l’avoir refusée, est une constante au Maroc : l’échange avec l’employé de l’hôtel a-t-il une autre dimension que celui d’un hôte qui vous aurait accueilli dans la belle villa qu’il a construite pour ses vieux jours dans son village natal à 7 Kms au Nord d’Asilah ?
Je ne crois pas, comme la visite (hors circuit touristique) d’une partie ignorée du palais de Moulay Ismaël à MEKNES, offerte par deux gamins des rues, fans de Ronaldhino, parlant déjà un beau français, appris grâce aux contacts qu’ils ont déjà eus avec nos compatriotes…
Chaque jour, il n’y a pas d’heure que nous ne consacrions à débattre de leur cher Maroc, de leurs coutumes, de leur gastronomie, de leur économie.
Hier, c’était vendredi, jour de la prière et jour du couscous hebdomadaire :
« Vous verrez, vous avez l’impression d’avoir trop mangé, mais c’est une illusion : dans trois heures, vous appellerez le room service » (Mohamed, serveur au restaurant de l’Hôtel)
Gazelles dans les souks, gazelles autour de la piscine : (7)
L’islam marocain est comme l’Islam africain en général, très doux aux mœurs… Certes les jeunes gazelles sont un peu plus voilées, surtout dans les grandes métropoles, mais avec recherche et avec élégance, tandis que leurs marâtres, surtout à Tanger et à Fès, procèdent plus des mille et une nuits ou des « cigares du Pharaon »….
(c’est selon sa culture, selon que l’on privilégie Rimski-Korsakov ou Hergé( dans le cas de Hergé, il faut aussi avoir lu la trilogie : Les Cigares du Pharaon, Coke en stock etc.…)
des spécialistes de Hergé affirment qu’il a puisé ses modèles à Tanger et à Essaouira…
MEKNES, à ce titre, procède de l’Islam très doux : les gazelles que l’on a croisées le matin dans les souks, on les retrouve franchement canailles et européanisées autour des piscines des hôtels où l’on se remet des poussières et des chaleurs des caravansérails :
Elles ont pris nos allures, nos musiques, nos modes, nos défauts (la cigarette) à I80% et leurs regards de gazelles rendraient jalouse plus d’une européenne de type duché rien…
Douces mœurs où les pères sont très présents, surtout près de leurs enfants, pas du tout les cow-boys machos des pubs de cigarettes.
Lorsque la nounou n’est pas là pour en faire des petits mâles méditerranéens, ce sont de vrais pères présents, baby-sitters à la suédoise.
Tandis que leurs gazelles bronzent pour des harems inconnus, les pères initient leurs progénitures aux joies de la natation.
Cette société marocaine des piscines d’hôtels, certes privilégiée, est aussi une facette de la population rencontrée, après le conducteur de mulet dans les souks, le petit marchand de fleurs en papier qui accepte d’être payé avec une boîte de vaches qui rient, l’intellectuel vendeur de tapis exposant à la Foire de Nancy, qui sait tout du tapis berbère, qu’il soit prénuptial ou nuptial… Le guide de la Medersa, le dénicheur du Palais Mans Our et bien sûr :
ENMILI, le BOUANANIA, habit traditionnel – prix – confiance – satisfaction – KABBAK – ESSOUK – MEKNES – 4 fois merci –
« Le maraboutage de la turista » (8)
Malgré les soins locaux qu’il s’était prescrits (coca-cola et riz au maïs) , la turista d’Ulysse qu’il avait contractée à Asilah, avait tendance à résister. Il avait reçu une texto de son médecin préféré :
« stoppe les self médicaments services(SMS) » « il y a méprise sur le traitement » « soigne toi au Pervex3 »
N’ayant rien compris à cette ordonnance numérique, Ulysse, au hasard des boutiques du plus grand souk du Nord Maroc, allait se laisser tenter par la publicité d’un apothicaire local :
« BEN SALEM, paiement après résultats, voyant medium africain avec le don de son grand-père. Spécialiste de tout, retour d’affection, protection, désenvoûtement, amour durable, examen, retour du mari ou de la femme parti(e), travail, concours, attraction de clientèle pour vendeur, guérit tout complexe physique ou moral. SATISFACTION DANS TOUS LES DOMAINES ! (Travaille aussi par correspondance – reçoit tous les jours »
La description des compétences du marabout local aurait pu concurrencer Elizabeth Teissier et Christine Haas à la fois…
Il allait profiter du goût profond de Pénélope pour les kilims berbères et les tissus de soie naturelle de ENMILI DE BOUANANIA – prix – confiance- satisfaction – quatre fois merci, pour filer consulter le marabout apothicaire, deux rues après le palais MANJOUR.
La boutique de l’apothicaire aurait pu servir de salon au harem du palais Dar jamaï : zelliges et mosaïques bleues et blanches, fontaine asséchée, plafonds anciens finement décorés et peints, la boutique croulait sous des montagnes de tapis – le marabout était aussi marchand de tapis –
Et, entre deux piles, posé à même une chaise, un ordinateur potable de la troisième génération –version 2010 – d’un grand assembleur japonais que je ne citerai pas (paradoxe des souks marocains)
Après qu’Ulysse eut décrit ses symptômes au pseudo marabout, après le troisième thé, celui-ci lui prescrit cette curieuse ordonnance :
- 1 pervex le matin, - 1 nevrox au doppio doux amer, - et si les maux ne passent pas, de la poudre de ioolite en infusion dans la tisane du soir
FES, Ville impériale : (9)
S’il est une des villes impériales qui mérite le mieux ce qualificatif, c’est bien FES et ses 880.000 habitants, ses trois villes : la médina haute, la ville basse et la ville moderne…
J’avais d’ailleurs composé ce voyage à l’intention de Pénélope comme une symphonie :
- Tanger : ses brumes, ses brouillards, la violence des travaux entrepris (Furioso) - Asilah :le petit port, île grecque : (allegro) - Larache : (andante) - Mekhnès : la douce, la silencieuse, la digne (allegretto) - Fès : la multiple, la grande, la moyenâgeuse, l’universitaire, la culturelle (Fortissimo)
Pour la mise en bouche, avant même la pénétration dans la médina Fès El Bali, il faut aller la désirer du haut du Bjord Nord … du vieux fort, lorsque l’on contemple Fès, on voit toutes les grandes cités d’Orient :
Je cite :
« on conçoit que Fès ait pu rivaliser avec Cordoue ou avec Bagdad »
Garder la première demi-journée (entre 16 et 20 heures) à dénicher les merveilles (Palais Saada transformé en un salon de thé des mille et une nuits etc.…) Se recueillir au palais Mnebi, la résidence de Lyautey en I912, Ne pas hésiter à plonger de Bâb en bab (de porte en porte), à rompre le circuit touristique officiel pour s’égarer dans un souk d’artisans, Rejeter tout guide, Glisser une medersa (école coranique) entre deux pâtisseries, Siroter un thé à la menthe sans sucre, accompagné de pâtisseries fraîches à base d’amandes, Hésiter à rompre le charme, Monter sur les terrasses du palais de Lyautey et reprendre la maîtrise spectaculaire de cet enchevêtrement de poutres, de briques, de venelles venues du fond des âges, Où les petits métiers s’exercent encore comme il y a huit siècles, Admirer le rythme des mulets et des coursiers, Observer les sculpteurs sur marbre ou sur bois, la dextérité des brodeurs…
Pastilla, couscous et tagines : (10)
Un carnet de voyages n’est rien sans la saveur d’un carnet gourmand. Le Maroc ne laisse à nulle autre cuisine le soin d’expérimenter goûts et saveurs et, selon les régions traversées, l’appellation des plats gourmands, des pâtisseries du crû, valent à elles seules la description de leurs contenus.
- pastilla, mousse de semoule et crème de riz (Palais Jamaï Fès) - behketto ou tarte, poivron rouge et framboise(tarte au chocolat et aux poivrons) - salade d’aubergines (souks de Fès) - couscous aux épinards, tomates et poivrons confits (Mekhnès) - tagine d’artichauts aux tomates confites (Fès, palais des Mérinides) - filets de thons M’Charmel, pastel et tchekchouka (salade de tomates concassées) - polenta à l’huile d’argan et au miel (Asilah) - moelleux à la semoule et aux citrons (palais Jamaï) - chouriba à la noix de coco (palais Saada à Fès) - petites fleurs sablées (salon de thé – Fès) - pastilla de poulet à la confiture de courge (L’arabesque – Fès) - couscous de fruits secs à l’huile d’argan, avec menthe (meknès) - croquettes de dindes à l’estragon (Asilah)
il aurait été fastidieux de décliner les innombrables tagines, la variété des brochettes, des panini « en-cas » des room services…
la tagine ou les tagines restent cependant l’élémentaire basique et délicieux de cette cuisine, les restaurants des grands hôtels ayant une fâcheuse tendance à mettre sous le terme de « tagine » et surtout dans des assiettes de porcelaine industrielle « made in Macao » des plats qui n’ont de tagine que le nom.
Le chagrin d’amour de l’antiquaire du souk : (11)
Dans les souks de Fès, dans la ville basse, pas loin de la maison de Ibn Khaldun (sociologue arabe célèbre du XVième siècle) se trouve le magasin d’antiquités de may Kologhassi.
Son nom, d’origine turque, est trompeur : c’est celui d’une famille installée depuis des générations dans la ville basse et son magasin est un des plus beaux magasins d’antiquités de Fès.
Si vous avez le hasard de succomber à l’attrait des lampes anciennes, des coffres damasquinés, des meubles bas, des tapis qui meublent sa profonde échoppe, et si vous avez la chance de partager un thé à la menthe prolongé, il vous racontera l’histoire de son chagrin d’amour…
Il y a trois ans, assis sur le seuil de sa boutique, il hélait le chaland, le touriste pressé, avec une chance sur deux de le voir entrer dans son magasin « pour le plaisir des yeux »…
Chouf, Chouf (regarde) rien qu’un instant dans ma caverne d’Ali Baba…
Et, ce jour là, un couple d’étranger qu’il avait réussi à captiver, s’attarda plus longuement que d’habitude, le quatrième Muezzin avait chanté…
Derrière le thé, les Flags(bières locales) le grand étranger les appréciait comme les Spaten de son pays, pendant que sa petite femme n’avait d’yeux que pour le bel antiquaire oriental et May Kologhassi ne fut pas dupe du manège…
La cinquième Flag aidant, le grand étranger fatigué quitta la boutique pour regagner son hôtel, laissant sa petite femme négocier un cadenas Idrisside ancien du XII nième siècle, cadenas de coffre avec sa clé…
La négociation fut longue et quelques heures plus tard et quelques tapis de son arrière boutique froissés, May avait vendu son cadenas ancien à perte. Mais désormais, son cœur était brisé, la petite étrangère le lui avait acheté contre son corps au goût d’amande et de pruneaux…avec la légèreté de ces européennes de passage.
May Kologhassi en parle encore avec des larmes dans les yeux, il a gardé la clef du cadenas et rêve un jour que la petite acheteuse vienne la lui réclamer…
Ou Hilary trouble le séjour marocain d’Ulysse et de Pénélope : (12)
« ciao, Hilary, du circuit des villes impériales.bise fassi du pays des mille et une nuits. Signé : Ulysse »
« ciao, Hilary chérie, tu devrais changer de registre avec moi…grâce à moi, tu es désormais une héroïne de roman, lu par des milliers de lecteurs.. » signé : Ulysse
Elle ne décolérait pas de rage qu’il l’ait pris en modèle d’une héroïne d’un de ses carnets, mais, dans ce Maroc paisible, il n’y avait pas de place pour la furieuse Hilary…
Hilary, qui se croyait propriétaire de l’image qu’elle avait donnée d’elle-même. Elle lui faisait penser à Marie Despléchin poursuivant en justice son ex-mari pour des moments d’histoires familiales qu’il avait utilisés dans un de ses films.
Est-on jamais propriétaire de l’image que l’on se complaît à donner de soi-même dans un Forum public ? Peut-on trépigner de rage et qualifier de tous les noms d’oiseaux le modeste prosateur qui émaille ses carnets, pour les rendre plus vivants, des caractères d’un personnage qui lui avait semblé si vivant ?
Il en est du NET comme de la télévision, le numérique s’efface très vite de la mémoire visuelle, mais les sentiments et les comportements décrits restent imprimés dans la mémoire profonde.
Ulysse utilisait de temps son propre disque dur et ses lecteurs ne s’y trompaient pas, les images qu’il avait cru lire ou vivre sur le NET, il les renouvelait et, fort de son imagination, il avait su rendre crédibles une jeune novice, une ex-moniale, un spécialiste d’enluminures anciennes, un architecte dépressif, un archéologue amoureux, une Pénélope fidèle (tautologie).
Jusqu’à présent, seule la petite nonne avait cru se reconnaître dans les carnets délirants de Tomas(sic…selon Dolma) et rugissait de fureur rentrée…
Marocco 2009 le film (14)
Tourné entre le I et le I5 juin 2009, Marocco2009, le film a été réalisé par les acteurs suivants :
PRODUCTEUR : le groupe PPR (Pinault Printemps La redoute) la SOFREMI
SCENARIO ET REALISATION : Tomas3 avec dans les rôles de
Pénélope : Zébulette Ulysse : Tomas3 La poétesse : Tinitrane Le remetteur de pendules à l’heure : l’arab2Crvis Le marchand d’antiquités : May Kologhassi Hilary : Hilary L’assistante du professeur Manu : Cléo40 Le professeur Manu : Manu Le tourmondiste pressé : Arrawak Le chœur des trolls : victoire3615- victoria3617 – cléa40 Don Florian : Jean-Louis G. L’étranger dans le bazar : Achille Les figurants actifs et enthousiastes : Michagadir : Michagadir Iacalo : Iacalo Tarafabo : Tarafabo Mourtte : Mourtte
Les décors ont été tournés dans leur milieu naturel et nous remercions le Groupe Accor pour la qualité de ses prestations hôtelières sur les différents sites choisis. Les services des douanes de Tanger pour la visite des nouvelles installations portuaires – Les services médicaux du poste frontière de Ceuta pour la qualité de leur accueil – La compagnie de ferries FRS a pris soin du transport des différents acteurs et de leur matériel – - couverture photographique du reportage : laboratoires KODAK et FUJI
Me revoilà à Anergui, sur la terrasse du gîte, dans le délice de mes printemps berbères et ses plaisants laisser-aller à la contemplation.
Face à moi, les pentes du cirque de Mourik, Cheffart et Tagoujimt n’Ouzdoud -la queue du pigeon- sont encore à contre jour. Le soleil vient de franchir leurs crêtes, et l’ombre matinale qui maintient ce versant dans une gamme délicate de gris vaporeux, sait que son règne sera de courte durée et qu’elle a déjà cause perdue… A mesure que l’astre avance dans sa course, la douce et chatoyante lumière gagne son engagement quotidien.
Peu à peu se déchire la subtile opacité du filigrane, se dévoile le relief de la pente. Ravins, corniches, pierriers et vires, silhouettes de thuyas centenaires, genévriers noueux, chênes verts rachitiques suspendus dans le vide, accrochés désespérément à la moindre faille, traces de troupeaux et d’éboulis, se précisent graduellement, renaissent à mes yeux toujours émerveillés.
J’aime ces minutes d’abandon, l’apaisement et le bonheur immédiat qu’elles procurent. Elles sont parfois propices au retour à l’orée de la mémoire d’autres moments privilégiés, tel celui de la rencontre, voici deux jours, avec un rassemblement de troupeaux pour la cérémonie de la tonte dans les falaises d’Arachanne.
Nous sommes partis à l’aube.
Une omelette baignant dans l’huile d’olive et trois verres de café au lait cannelé et poivré en guise de petit déjeuner, la digestion se fera au pas du mulet. Il prend de l’âge, comme moi, et ça tombe bien. Le rythme qu’il dicte est respectueux de nos vieux os. Et il le faut, car nous n’avons pas le temps de nous mettre en jambes. D’entrée une demi-heure de montée derrière le gîte pour atteindre les bergeries de Wihalanne. A cinq heures du matin on ne souffre pas de la chaleur mais les muscles ne répondent pas comme en milieu de journée… Le chant d’un coq nous accueille au passage des premiers enclos. C’est plus sympa que les deux chiens hargneux qui rêvent de nous croquer les mollets à l’approche de celles d’Aguerd. Bon, c’est vrai ils font leur boulot ; mais j’apprécie moins ces toutous de bergers depuis je me suis fait déchirer le bas du pantalon par un perfide qui m’a laissé passer, sans même trop montrer les crocs, avant me prendre en traître sans que je l’entende venir.
Il faut poursuivre l’effort pendant une heure encore, jusqu’au débouché sur le chemin en corniche dans les falaises, pour mériter la redécouverte de la perspective des gorges avec cette lumière pure des premiers rayons de soleil qui franchissent la barrière de Mourik. C’est la deuxième fois que j’emprunte cet itinéraire pour me rendre à Askemod. Il est certes un peu plus « sportif » au départ, mais je le préfère à celui du fond des gorges, même si dans la montée après le franchissement de la rivière, ce dernier offre de belles vues sur le cirque de Mourik.
A la sortie du chemin des vires, Mohammed, le récent gardien du gîte et nouveau compagnon de route, me fait tirer tout droit sur le petit plateau caillouteux. Je lui fais remarquer que ce n’est pas le chemin emprunté l’année dernière avec Ali. Il sourit, fait non de la tête et tend la main dans l’axe des falaises pour bien me montrer que nous continuons dans cette direction. Je ne m’en prends qu’à moi et évite de montrer ma contrariété. En effet, persuadé que nous emprunterions l’autre chemin, je n’ai pas jugé indispensable le portage d’un bidon d’eau. Erreur, d’autant plus stupide puisque Rantanplan était de la partie. C’est à une demi-heure d’ici à mi pente vers l’ouest que se trouve la petite résurgence sur laquelle je comptais. Non pas que je sois terriblement assoiffé à l’instant, mais ne sachant pas trop ou Mohammed m’embarquait, je n’aurais pas hésité à remplir la gourde. C’est que, en toute modestie, je ne situe pas ma sobriété au même niveau que celle de mon jeune compère.
Je me renseigne sur la prochaine source. En guise de réponse, alors que je me serais contenté d’une réponse laconique du genre « dans moins d’une heure », Mohammed part à la fois direction de l’ouest et dans une longue et incompréhensible tirade. Le problème avec lui, c’est qu’il ne parle pas un mot de Français, qu’il semble persuadé que sa langue natale n’a aucun secret pour moi et que, pour finir, son problème d’élocution, un zénorme zeveu zur la langue, me prive souvent de la compréhension du peu de syntaxe tamazight que mes oreilles avaient fini par assimiler. J’ai envie de lui dire que je ferais bien la montée jusqu’à cette taghbalout à l’eau un peu terreuse, mais à la fraîcheur toujours appréciable dans ce pays, mais il a déjà pris dix mètres d’avance !
Je ne sais pas encore que son empressement à repartir est dû à un autre objectif que celui que j’ai interprété hier soir quand il a proposé d’aller rendre visite à un de ses amis à Askemod.
Après quelques autres traversées de ravin, deux ou trois franchissements de bosses caillouteuses et un litre de sueur déversé dans le dos du tee-short, nous arrivons en vue de deux bergeries. Je devrais plutôt dire deux misérables abris sous roche, fermés sur le devant par un bel et large empilage de pierres sèches en arc de cercle destiné à donner plus d’espace à la sommaire habitation. Mohammed s’en approche malgré la présence agressive du chien-gardien de l’endroit, mais fait rapidement demi-tour dès qu’il constate la vacuité de l’endroit. Je pense que nous n’aurons pas droit au thé brûlant ni au pain et huile d’olive que tout hôte se doit d’offrir au voyageur. Mais qui dit bergerie dit assurément…source dans les environs. Je fais donc part à mon sobre compagnon de mon besoin d’H2O, en espérant que celle-ci ne nous détourne pas trop du chemin ; le voilà qui retourne vers l’abri et, comme s’il était chez lui, sort une clé d’entre les pierres sèches, ouvre le cadenas et m’invite à rentrer.
C’est autour d’une théière fumante et d’une tasse d’huile d’olive au fond de laquelle il faut savoir plonger le pain pour y trouver un peu de cet excellent miel de montagne dérobé aux abeilles dans des ruches sauvages, que Mohammed dissipe ma surprise. Son histoire zézayante, soutenue à grands gestes, mimes et petits dessins sur le sol en terre battue, m’apprend qu’il a passé toute son enfance et adolescence dans les falaises d’Arachanne comme berger pour son grand frère ; que c’est dans ces environs qu’il a connu ses premiers émois amoureux avec Zimba, devenue aujourd’hui sa femme et qui, Grâce à Dieu, lui a donné un fils dès les premiers mois de leur mariage; qu’il connaît très bien les propriétaires de cette bergerie avec qui Zimba semble avoir des liens de parenté, mais j’ai pas trop capté ; qu’après que Ali ai souhaité quitter le gîte pour aller travailler en ville c’est lui qui a pris le relais. Mais là non plus je n’ai pas compris dans quelles circonstances. Peu importe, de toutes façons il est temps d’y aller.
Bien requinqué après cette petite collation inattendue, les dénivelés suivants ne sont qu’une formalité. Nous enchaînons plusieurs montées et descentes dans un alignement de bosses pour déboucher à nouveau sur un chemin en corniche encore plus long et spectaculaire que le précédent. Le soleil est presque au zénith quand nous en sortons pour continuer encore quelque temps hors piste et finir dans un ravin d’éboulis plus qu’instables. Plusieurs dizaines de mètres en contre bas l’assif melloul, la rivière blanche charrie ses flots ocres de printemps.
Je comprends que nous sommes arrivés au terme du voyage.
C’est l’ouie qui réagit la première. Chants, cris d’enfants, bêlements, cliquetis métalliques, frottements de lames sur la pierre, voix claires et entraînées à faire porter le timbre d’une falaise à l’autre, au plus haut d’une arête, au fond d’une combe, partout où l’attend une oreille également aiguisée à ce type d’exercice.
J’entends. J’écoute. J’avance. Je vois.
Je crois rêver. Une ravine en forme de fer à cheval, ouverte et rétrécie sur le bas se jette dans la rivière trois cents mètres en contre bas. La partie fermée est bordée par les falaises de quinze à vingt mètres dominées par les immenses pentes rocailleuses, terre de pacage des Ayt Khoya et Ayt Boulmane de la vallée d’Anergui. Les yeux ne fixent pas de suite les scènes de détail. Je compterai plus tard une quarantaine d’adultes et presque la moitié de gamins en âge de marcher, une douzaine de mulets, quatre ânes et … des centaines de têtes de bétail jouant les acrobates dans les rochers pour dénicher le plat du jour. Tous sont réunis sur ce site entre ciel et terre pour la tonte de l’année.
Entre pente et paroi, sur toute la longueur de la bande étroite et accessible qui sert de base aux falaises, s’offrent des scènes d’un autre temps. Ou plutôt du temps de ces hommes devant moi ! Le même, si l’on fait abstraction des quelques bidons en plastique, cordes et cordelettes en nylon, que celui des pères de leurs pères.
A l’extrémité la plus resserrée, quelques rochers entassés et un assemblage de poutres grossièrement taillées dans des grosses branches de genévriers, couvertures et bâches de nylon, ferment un renfoncement dans la falaise. Il abrite la cuisine des femmes et une activité fébrile. A l’autre extrémité, deux foyers entretenus par un groupe d’adolescents présagent ripaille. A proximité, sur une petite terrasse, la plus confortable recouverte de nattes en palmiers nains, tapis et coussins, je reconnais les deux fquihs des Ayt Boulmane et des Ayt Khoya. Ils se prélassent et sirotent du thé en compagnie de deux autres hommes à l’attitude et regard témoignant d’une condition… supérieure. Non loin, un autre homme officie - « Le maître de thé »- . C’est que dans ces montagnes, préparer le thé est une affaire d’homme. Je le connais aussi ; c’est le voisin d’Ali sur les pentes d’Ouriz. J’ai assisté chez lui, trois ans en arrière, au mariage d’un de ses fils avec une belle-sœur d’Ali.
Nous passons d’un endroit à l’autre, saluons tous les hommes. Il me semble percevoir que nous étions attendus car dans la réponse que Mohammed adresse au berger qui l’interpelle, je discerne quelques mots tels que tassarout, zit, atey, aman, me faisant penser qu’il est en train d’expliquer notre arrêt à la bergerie de son interlocuteur, et peut-être justifier notre léger retard.
« Salam! Koulchi Labess ? Shibes makein ? » La tournée continue, mais les salutations ne s’adressent qu’aux hommes ; seules les femmes croisées ont droit à un salut discret sous la forme d’un effleurement délicat et furtif des deux plats de la main. J’ai toujours trouvé de la sensualité dans cette forme de salut entre hommes et femmes, et m’en étonne dans ce pays si pudique. Une autre terrasse accueille un groupe de femmes de tous âges et diverse progéniture. Les bébés sont portés sur le dos des mères, des grandes sœurs, où encore gisent empaquetés, à même le sol à l’ombre de la paroi. Ca discute, allaite, plaisante et sûrement se moque-t-on de ce roumi maladroit dans les éboulis, et de sa surprise affichée.
A peine en contrebas des deux groupes, les tondeurs s’activent, chantent, aiguisent leurs ciseaux, dépouillent les moutons de la lourde laine qui les a protégé tout l’hiver. Les gestes et les outils sont restés tels qu’ils devaient être au temps de leurs aïeux. Les jeunes bergers amènent les bêtes à portée de ciseaux, entravent, maintiennent les plus récalcitrantes, les libèrent et les renvoient vers leurs congénères une fois le travail accompli. Toutes semblent guillerettes de se sentir si légères pour l’été.
Un des deux hommes de belle allure nous invite à leurs cotés. Mohammed me fait comprendre que ce sont les propriétaires des troupeaux rassemblés pour la circonstance. J’ai droit à une couverture supplémentaire sous mes fesses qu’ils doivent estimer, si non plus dignes, au moins plus délicates que les leurs. J’essaye de refuser avec le sourire pour finir, non seulement avec cette isolation supplémentaire contre la rudesse de l’endroit, mais avec un coussin venu tout droit, et par les airs, de la terrasse des femmes, aussitôt qu’un fquih en a émise l’exigence. J’éprouve toujours une grande gêne face à toutes ces délicates attentions dont je suis, dont tout roumi est l’objet constant quelle que soit la personne rencontrée dans ces montagnes. Il n’y a qu’une chose à faire, car je sais qu’il en sera toujours ainsi, sourire, avaler sa gêne et attendre l’occasion de rendre la pareille.
C’est l’heure de l’apéritif. Tiens, fquih des Ayt Boulmane, j’ignore son nom, souffre de diabète. Il a droit à une petite théière personnelle en fer blanc et nous à quelques œufs brouillées dans leur pesant d’huile d’olive et d’épices. Le pain d’orge est encore tiède, sa croûte dorée craquante à en séquestrer la boulangère, le thé est aromatisé au thym citronné sauvage et l’huile d’olive est délicieuse. L’après midi s’annonce sous de bons hospices !
Merci Mohammed.
La fin de la tonte est marquée par un instant de recueillement, de louanges au Tout Puissant pour cette année exceptionnelle, et le sacrifice d’un bouc et d’un mouton. Un deuxième, mortellement blessé dans une chute, viendra peu après enrichir la potée. Ensuite la laine est partagée, empaquetée. Comment font-ils pour savoir ce qui revient à chacun puisque tout est mélangé ? C’est leur affaire, et celle-ci ne pose aucun problème apparent : la constitution de ces tas inégaux semble emprunte de justice et de sérieux. Tout le monde semble satisfait. Que l’événement se reproduise … Inch Allah !
Et l’après midi s’est poursuivi au rythme lent et sain du dépeçage des bêtes, du thé, du découpage de la viande, du thé, des bavardages et plaisanteries, des jeux des enfants et des bergers, du thé, des brochettes d’abats qu’un jeune garçon fait tourner pour une équité parfaite entre les convives, du thé, des galettes d’orge encore chaudes trempées dans le beurre fondu aux épices. A l’heure du goûter est venu le siksou trempé de petit lait, suivi des quartiers de viande grillée, découpés et distribués dans une justice édifiante -bon, sauf pour le roumi à qui revient bien sûr le morceau choisi-. Vous reprendrez bien un peu de thé ?
La lumière décroît sur Mezzéranne -ainsi est appelé ce site. Cela signifierait « Celle des rochers » ou « La mère des rochers » des pierres ou des cailloux, enfin quelque chose comme ça, l’orthographe n’étant que la retranscription de ce que mes oreilles ont entendu -. Il est dix-neuf heures. Une jeune fille, un bambin d’à peine six ans et deux femmes portant bébé sur le dos et ballot de laine à la main nous quittent pour rejoindre leur grottes ou bergeries avant la nuit noire. Un chien les rattrape. Tous grimpent dans les éboulis, font corps avec la pente. Le pas est sûr, pas un caillou ne roule, elles adhèrent au sol instable comme les chèvres aux rochers. Tous disparaissent derrière l’arrête par laquelle nous sommes arrivés. Je demande à Mohammed où se trouve leur abri. « Pas loin… » me répond-il laconiquement en sirotant son énième verre de thé. Je demande un peu plus de précisions. Un trait et trois croix dans la terre : Leur bergerie serait à mi-chemin entre celle où nous nous sommes arrêtés et ici, à l’écart du chemin suivi. Pas loin en effet… Mais quand même une bonne heure de marche dans la pénombre. .En réalité, même dans la nuit la plus noire, il n’y a pas trop de soucis à se faire pour elles. Ces pentes, ces falaises, ces entailles dans la montagne, chaque cime, combe, arête ou ravin leur est connu. Elles les ont courus, explorés, franchis, parcourus en tous sens, sillonnés, par tous les temps et à toute heure, presque pieds nus, tant me semblent une dérisoire protection sur ce terrain, les lambeaux de caoutchouc recousus ou ressoudés au tison qui autrefois ont du ressentir la fierté d’être appelés « chaussures ». Il en sera ainsi jusqu’à ce que les os n’en puissent plus. La mère à peine remise des couches reprendra ses corvées d’eau, la garde du troupeau, la recherche du bois. L’enfant est sur son dos, il sera ses cotés dès qu’il saura mettre un pied devant l’autre dans des endroits si escarpés que bien des adultes de notre société ne sauraient s’y tenir même à "quatre pattes". Les vieillards ne rejoignent la vallée ou le hameau que pour finir leurs jours doucement dans la maison familiale en compagnie d’un fils et des petits-enfants.
Les marmites sont sur les braises. D’autres quartiers de viande grillent sur le deuxième foyer. Cet après-midi le couscous et le pain étaient l’affaire des femmes. Aux hommes le thé, le dépeçage et les brochettes. Ce soir ils se collent aussi aux gamelles. Les plus jeunes ont lavé et épluché les légumes, coupé les restes de viande, sous les quolibets gentiment moqueurs des plus âgés. D’autres terminent le travail, activent les foyers, surveillent la cuisson, les fquihs, les deux propriétaires et les tondeurs parlent fort et sirotent –encore- du thé. Quelques cailloux tombent du haut des falaises. C’est l’annonce d’un troupeau qui rentre dans la nuit noire. Cris, appels, aboiements, tout le monde se colle aux parois et laisse passer l’averse. Quelques beaux spécimens de la taille d’un ballon roulent dans le ravin et auraient pu laisser sans vie le corps trouvé à sa verticale. J’ai compté le lendemain plus de deux cent cinquante têtes pour ce seul troupeau installé pour la nuit à quelques mètres de la petite terrasse perso que deux jeunes se sont empressés de tailler à notre arrivée. Ils l’ont nivelé, nettoyé de ses quelques cailloux qui auraient pu rendre ma nuit inconfortable et m’ont même indiqué l’endroit ou je devais mettre la tête ; là, derrière le petit muret qu’ils ont dressé en refuge à la brise fraîche de la nuit. La terre me servira de lit et mon sac d’oreiller.
Ca fait du bruit quand chèvres et brebis appellent leurs petits. Ca fait du bruit quand ceux-ci, trop vulnérables encore pour être lâchés avec le troupeau dans la journée, cherchent la mamelle maternelle attendue tout l’après-midi. Ca fait du bruit quand le propriétaire engueule le berger et sa femme pour n’avoir su maintenir les bêtes loin de la falaise. Ca fait du bruit quand les roulements de tambourins deviennent profond appel aux voix sauvages des femmes .
Rythmés, stridents, profonds, enivrants et enivrés, les bendirs bondissent, roulent, dansent, saluent l’arrivée d’Ayur -la lune ronde- sur Mezzéranne. Les youyous sauvages des femmes passent dans le sang tels une ardente réponse (ou défi ?) aux tambours. Cela ne dure que deux ou trois minutes et tous s’arrêtent, synchronisés, net, au coup de fusil qui ponctue le dernier et violent roulement. La magie et la force de l’instant résident dans cette brièveté.
Chèvres et brebis se sont tues, les cabris sont branchés et dans l’air dansent les escarbilles, crépitent les dernières braises, flotte l’odeur de bois brûlé et des épices dans les gamelles. Suit un long moment de magique plénitude, bercé par une voix chaude comme le feu, douce comme le miel de ces montagnes qui répète, répète jusqu’aux portes du sommeil de son enfant, la litanie apaisante. Des silhouettes se remettent en mouvement. L’une d’elle lance une dernière prière. Elle n’attire que le « maître de thé », un des propriétaires, deux tondeurs et trois anciens. La deuxième devient Mohammed s’approchant de mes « appartements » que j’avais gagnés en fin d’après midi dans une esquive polie au vingt septième verre de thé. Le campement de nouveau s’anime, les psalmodies sont couvertes par les voix des autres hommes et femmes indifférentes à ces ombres dessinées sur la falaise qui se prosternent et se relèvent. Iminchli -le souper- est prêt, le thé apéritif servi. Mohammed vient me l’annoncer. Il est bientôt vingt-deux heures.
En ce samedi 22 mai 2002 la lune rend hommage à Mezzéranne.
Face à moi, les pentes du cirque de Mourik, Cheffart et Tagoujimt n’Ouzdoud -la queue du pigeon- sont encore à contre jour. Le soleil vient de franchir leurs crêtes, et l’ombre matinale qui maintient ce versant dans une gamme délicate de gris vaporeux, sait que son règne sera de courte durée et qu’elle a déjà cause perdue… A mesure que l’astre avance dans sa course, la douce et chatoyante lumière gagne son engagement quotidien.
Peu à peu se déchire la subtile opacité du filigrane, se dévoile le relief de la pente. Ravins, corniches, pierriers et vires, silhouettes de thuyas centenaires, genévriers noueux, chênes verts rachitiques suspendus dans le vide, accrochés désespérément à la moindre faille, traces de troupeaux et d’éboulis, se précisent graduellement, renaissent à mes yeux toujours émerveillés.
J’aime ces minutes d’abandon, l’apaisement et le bonheur immédiat qu’elles procurent. Elles sont parfois propices au retour à l’orée de la mémoire d’autres moments privilégiés, tel celui de la rencontre, voici deux jours, avec un rassemblement de troupeaux pour la cérémonie de la tonte dans les falaises d’Arachanne.
Nous sommes partis à l’aube.
Une omelette baignant dans l’huile d’olive et trois verres de café au lait cannelé et poivré en guise de petit déjeuner, la digestion se fera au pas du mulet. Il prend de l’âge, comme moi, et ça tombe bien. Le rythme qu’il dicte est respectueux de nos vieux os. Et il le faut, car nous n’avons pas le temps de nous mettre en jambes. D’entrée une demi-heure de montée derrière le gîte pour atteindre les bergeries de Wihalanne. A cinq heures du matin on ne souffre pas de la chaleur mais les muscles ne répondent pas comme en milieu de journée… Le chant d’un coq nous accueille au passage des premiers enclos. C’est plus sympa que les deux chiens hargneux qui rêvent de nous croquer les mollets à l’approche de celles d’Aguerd. Bon, c’est vrai ils font leur boulot ; mais j’apprécie moins ces toutous de bergers depuis je me suis fait déchirer le bas du pantalon par un perfide qui m’a laissé passer, sans même trop montrer les crocs, avant me prendre en traître sans que je l’entende venir.
Il faut poursuivre l’effort pendant une heure encore, jusqu’au débouché sur le chemin en corniche dans les falaises, pour mériter la redécouverte de la perspective des gorges avec cette lumière pure des premiers rayons de soleil qui franchissent la barrière de Mourik. C’est la deuxième fois que j’emprunte cet itinéraire pour me rendre à Askemod. Il est certes un peu plus « sportif » au départ, mais je le préfère à celui du fond des gorges, même si dans la montée après le franchissement de la rivière, ce dernier offre de belles vues sur le cirque de Mourik.
A la sortie du chemin des vires, Mohammed, le récent gardien du gîte et nouveau compagnon de route, me fait tirer tout droit sur le petit plateau caillouteux. Je lui fais remarquer que ce n’est pas le chemin emprunté l’année dernière avec Ali. Il sourit, fait non de la tête et tend la main dans l’axe des falaises pour bien me montrer que nous continuons dans cette direction. Je ne m’en prends qu’à moi et évite de montrer ma contrariété. En effet, persuadé que nous emprunterions l’autre chemin, je n’ai pas jugé indispensable le portage d’un bidon d’eau. Erreur, d’autant plus stupide puisque Rantanplan était de la partie. C’est à une demi-heure d’ici à mi pente vers l’ouest que se trouve la petite résurgence sur laquelle je comptais. Non pas que je sois terriblement assoiffé à l’instant, mais ne sachant pas trop ou Mohammed m’embarquait, je n’aurais pas hésité à remplir la gourde. C’est que, en toute modestie, je ne situe pas ma sobriété au même niveau que celle de mon jeune compère.
Je me renseigne sur la prochaine source. En guise de réponse, alors que je me serais contenté d’une réponse laconique du genre « dans moins d’une heure », Mohammed part à la fois direction de l’ouest et dans une longue et incompréhensible tirade. Le problème avec lui, c’est qu’il ne parle pas un mot de Français, qu’il semble persuadé que sa langue natale n’a aucun secret pour moi et que, pour finir, son problème d’élocution, un zénorme zeveu zur la langue, me prive souvent de la compréhension du peu de syntaxe tamazight que mes oreilles avaient fini par assimiler. J’ai envie de lui dire que je ferais bien la montée jusqu’à cette taghbalout à l’eau un peu terreuse, mais à la fraîcheur toujours appréciable dans ce pays, mais il a déjà pris dix mètres d’avance !
Je ne sais pas encore que son empressement à repartir est dû à un autre objectif que celui que j’ai interprété hier soir quand il a proposé d’aller rendre visite à un de ses amis à Askemod.
Après quelques autres traversées de ravin, deux ou trois franchissements de bosses caillouteuses et un litre de sueur déversé dans le dos du tee-short, nous arrivons en vue de deux bergeries. Je devrais plutôt dire deux misérables abris sous roche, fermés sur le devant par un bel et large empilage de pierres sèches en arc de cercle destiné à donner plus d’espace à la sommaire habitation. Mohammed s’en approche malgré la présence agressive du chien-gardien de l’endroit, mais fait rapidement demi-tour dès qu’il constate la vacuité de l’endroit. Je pense que nous n’aurons pas droit au thé brûlant ni au pain et huile d’olive que tout hôte se doit d’offrir au voyageur. Mais qui dit bergerie dit assurément…source dans les environs. Je fais donc part à mon sobre compagnon de mon besoin d’H2O, en espérant que celle-ci ne nous détourne pas trop du chemin ; le voilà qui retourne vers l’abri et, comme s’il était chez lui, sort une clé d’entre les pierres sèches, ouvre le cadenas et m’invite à rentrer.
C’est autour d’une théière fumante et d’une tasse d’huile d’olive au fond de laquelle il faut savoir plonger le pain pour y trouver un peu de cet excellent miel de montagne dérobé aux abeilles dans des ruches sauvages, que Mohammed dissipe ma surprise. Son histoire zézayante, soutenue à grands gestes, mimes et petits dessins sur le sol en terre battue, m’apprend qu’il a passé toute son enfance et adolescence dans les falaises d’Arachanne comme berger pour son grand frère ; que c’est dans ces environs qu’il a connu ses premiers émois amoureux avec Zimba, devenue aujourd’hui sa femme et qui, Grâce à Dieu, lui a donné un fils dès les premiers mois de leur mariage; qu’il connaît très bien les propriétaires de cette bergerie avec qui Zimba semble avoir des liens de parenté, mais j’ai pas trop capté ; qu’après que Ali ai souhaité quitter le gîte pour aller travailler en ville c’est lui qui a pris le relais. Mais là non plus je n’ai pas compris dans quelles circonstances. Peu importe, de toutes façons il est temps d’y aller.
Bien requinqué après cette petite collation inattendue, les dénivelés suivants ne sont qu’une formalité. Nous enchaînons plusieurs montées et descentes dans un alignement de bosses pour déboucher à nouveau sur un chemin en corniche encore plus long et spectaculaire que le précédent. Le soleil est presque au zénith quand nous en sortons pour continuer encore quelque temps hors piste et finir dans un ravin d’éboulis plus qu’instables. Plusieurs dizaines de mètres en contre bas l’assif melloul, la rivière blanche charrie ses flots ocres de printemps.
Je comprends que nous sommes arrivés au terme du voyage.
C’est l’ouie qui réagit la première. Chants, cris d’enfants, bêlements, cliquetis métalliques, frottements de lames sur la pierre, voix claires et entraînées à faire porter le timbre d’une falaise à l’autre, au plus haut d’une arête, au fond d’une combe, partout où l’attend une oreille également aiguisée à ce type d’exercice.
J’entends. J’écoute. J’avance. Je vois.
Je crois rêver. Une ravine en forme de fer à cheval, ouverte et rétrécie sur le bas se jette dans la rivière trois cents mètres en contre bas. La partie fermée est bordée par les falaises de quinze à vingt mètres dominées par les immenses pentes rocailleuses, terre de pacage des Ayt Khoya et Ayt Boulmane de la vallée d’Anergui. Les yeux ne fixent pas de suite les scènes de détail. Je compterai plus tard une quarantaine d’adultes et presque la moitié de gamins en âge de marcher, une douzaine de mulets, quatre ânes et … des centaines de têtes de bétail jouant les acrobates dans les rochers pour dénicher le plat du jour. Tous sont réunis sur ce site entre ciel et terre pour la tonte de l’année.
Entre pente et paroi, sur toute la longueur de la bande étroite et accessible qui sert de base aux falaises, s’offrent des scènes d’un autre temps. Ou plutôt du temps de ces hommes devant moi ! Le même, si l’on fait abstraction des quelques bidons en plastique, cordes et cordelettes en nylon, que celui des pères de leurs pères.
A l’extrémité la plus resserrée, quelques rochers entassés et un assemblage de poutres grossièrement taillées dans des grosses branches de genévriers, couvertures et bâches de nylon, ferment un renfoncement dans la falaise. Il abrite la cuisine des femmes et une activité fébrile. A l’autre extrémité, deux foyers entretenus par un groupe d’adolescents présagent ripaille. A proximité, sur une petite terrasse, la plus confortable recouverte de nattes en palmiers nains, tapis et coussins, je reconnais les deux fquihs des Ayt Boulmane et des Ayt Khoya. Ils se prélassent et sirotent du thé en compagnie de deux autres hommes à l’attitude et regard témoignant d’une condition… supérieure. Non loin, un autre homme officie - « Le maître de thé »- . C’est que dans ces montagnes, préparer le thé est une affaire d’homme. Je le connais aussi ; c’est le voisin d’Ali sur les pentes d’Ouriz. J’ai assisté chez lui, trois ans en arrière, au mariage d’un de ses fils avec une belle-sœur d’Ali.
Nous passons d’un endroit à l’autre, saluons tous les hommes. Il me semble percevoir que nous étions attendus car dans la réponse que Mohammed adresse au berger qui l’interpelle, je discerne quelques mots tels que tassarout, zit, atey, aman, me faisant penser qu’il est en train d’expliquer notre arrêt à la bergerie de son interlocuteur, et peut-être justifier notre léger retard.
« Salam! Koulchi Labess ? Shibes makein ? » La tournée continue, mais les salutations ne s’adressent qu’aux hommes ; seules les femmes croisées ont droit à un salut discret sous la forme d’un effleurement délicat et furtif des deux plats de la main. J’ai toujours trouvé de la sensualité dans cette forme de salut entre hommes et femmes, et m’en étonne dans ce pays si pudique. Une autre terrasse accueille un groupe de femmes de tous âges et diverse progéniture. Les bébés sont portés sur le dos des mères, des grandes sœurs, où encore gisent empaquetés, à même le sol à l’ombre de la paroi. Ca discute, allaite, plaisante et sûrement se moque-t-on de ce roumi maladroit dans les éboulis, et de sa surprise affichée.
A peine en contrebas des deux groupes, les tondeurs s’activent, chantent, aiguisent leurs ciseaux, dépouillent les moutons de la lourde laine qui les a protégé tout l’hiver. Les gestes et les outils sont restés tels qu’ils devaient être au temps de leurs aïeux. Les jeunes bergers amènent les bêtes à portée de ciseaux, entravent, maintiennent les plus récalcitrantes, les libèrent et les renvoient vers leurs congénères une fois le travail accompli. Toutes semblent guillerettes de se sentir si légères pour l’été.
Un des deux hommes de belle allure nous invite à leurs cotés. Mohammed me fait comprendre que ce sont les propriétaires des troupeaux rassemblés pour la circonstance. J’ai droit à une couverture supplémentaire sous mes fesses qu’ils doivent estimer, si non plus dignes, au moins plus délicates que les leurs. J’essaye de refuser avec le sourire pour finir, non seulement avec cette isolation supplémentaire contre la rudesse de l’endroit, mais avec un coussin venu tout droit, et par les airs, de la terrasse des femmes, aussitôt qu’un fquih en a émise l’exigence. J’éprouve toujours une grande gêne face à toutes ces délicates attentions dont je suis, dont tout roumi est l’objet constant quelle que soit la personne rencontrée dans ces montagnes. Il n’y a qu’une chose à faire, car je sais qu’il en sera toujours ainsi, sourire, avaler sa gêne et attendre l’occasion de rendre la pareille.
C’est l’heure de l’apéritif. Tiens, fquih des Ayt Boulmane, j’ignore son nom, souffre de diabète. Il a droit à une petite théière personnelle en fer blanc et nous à quelques œufs brouillées dans leur pesant d’huile d’olive et d’épices. Le pain d’orge est encore tiède, sa croûte dorée craquante à en séquestrer la boulangère, le thé est aromatisé au thym citronné sauvage et l’huile d’olive est délicieuse. L’après midi s’annonce sous de bons hospices !
Merci Mohammed.
La fin de la tonte est marquée par un instant de recueillement, de louanges au Tout Puissant pour cette année exceptionnelle, et le sacrifice d’un bouc et d’un mouton. Un deuxième, mortellement blessé dans une chute, viendra peu après enrichir la potée. Ensuite la laine est partagée, empaquetée. Comment font-ils pour savoir ce qui revient à chacun puisque tout est mélangé ? C’est leur affaire, et celle-ci ne pose aucun problème apparent : la constitution de ces tas inégaux semble emprunte de justice et de sérieux. Tout le monde semble satisfait. Que l’événement se reproduise … Inch Allah !
Et l’après midi s’est poursuivi au rythme lent et sain du dépeçage des bêtes, du thé, du découpage de la viande, du thé, des bavardages et plaisanteries, des jeux des enfants et des bergers, du thé, des brochettes d’abats qu’un jeune garçon fait tourner pour une équité parfaite entre les convives, du thé, des galettes d’orge encore chaudes trempées dans le beurre fondu aux épices. A l’heure du goûter est venu le siksou trempé de petit lait, suivi des quartiers de viande grillée, découpés et distribués dans une justice édifiante -bon, sauf pour le roumi à qui revient bien sûr le morceau choisi-. Vous reprendrez bien un peu de thé ?
La lumière décroît sur Mezzéranne -ainsi est appelé ce site. Cela signifierait « Celle des rochers » ou « La mère des rochers » des pierres ou des cailloux, enfin quelque chose comme ça, l’orthographe n’étant que la retranscription de ce que mes oreilles ont entendu -. Il est dix-neuf heures. Une jeune fille, un bambin d’à peine six ans et deux femmes portant bébé sur le dos et ballot de laine à la main nous quittent pour rejoindre leur grottes ou bergeries avant la nuit noire. Un chien les rattrape. Tous grimpent dans les éboulis, font corps avec la pente. Le pas est sûr, pas un caillou ne roule, elles adhèrent au sol instable comme les chèvres aux rochers. Tous disparaissent derrière l’arrête par laquelle nous sommes arrivés. Je demande à Mohammed où se trouve leur abri. « Pas loin… » me répond-il laconiquement en sirotant son énième verre de thé. Je demande un peu plus de précisions. Un trait et trois croix dans la terre : Leur bergerie serait à mi-chemin entre celle où nous nous sommes arrêtés et ici, à l’écart du chemin suivi. Pas loin en effet… Mais quand même une bonne heure de marche dans la pénombre. .En réalité, même dans la nuit la plus noire, il n’y a pas trop de soucis à se faire pour elles. Ces pentes, ces falaises, ces entailles dans la montagne, chaque cime, combe, arête ou ravin leur est connu. Elles les ont courus, explorés, franchis, parcourus en tous sens, sillonnés, par tous les temps et à toute heure, presque pieds nus, tant me semblent une dérisoire protection sur ce terrain, les lambeaux de caoutchouc recousus ou ressoudés au tison qui autrefois ont du ressentir la fierté d’être appelés « chaussures ». Il en sera ainsi jusqu’à ce que les os n’en puissent plus. La mère à peine remise des couches reprendra ses corvées d’eau, la garde du troupeau, la recherche du bois. L’enfant est sur son dos, il sera ses cotés dès qu’il saura mettre un pied devant l’autre dans des endroits si escarpés que bien des adultes de notre société ne sauraient s’y tenir même à "quatre pattes". Les vieillards ne rejoignent la vallée ou le hameau que pour finir leurs jours doucement dans la maison familiale en compagnie d’un fils et des petits-enfants.
Les marmites sont sur les braises. D’autres quartiers de viande grillent sur le deuxième foyer. Cet après-midi le couscous et le pain étaient l’affaire des femmes. Aux hommes le thé, le dépeçage et les brochettes. Ce soir ils se collent aussi aux gamelles. Les plus jeunes ont lavé et épluché les légumes, coupé les restes de viande, sous les quolibets gentiment moqueurs des plus âgés. D’autres terminent le travail, activent les foyers, surveillent la cuisson, les fquihs, les deux propriétaires et les tondeurs parlent fort et sirotent –encore- du thé. Quelques cailloux tombent du haut des falaises. C’est l’annonce d’un troupeau qui rentre dans la nuit noire. Cris, appels, aboiements, tout le monde se colle aux parois et laisse passer l’averse. Quelques beaux spécimens de la taille d’un ballon roulent dans le ravin et auraient pu laisser sans vie le corps trouvé à sa verticale. J’ai compté le lendemain plus de deux cent cinquante têtes pour ce seul troupeau installé pour la nuit à quelques mètres de la petite terrasse perso que deux jeunes se sont empressés de tailler à notre arrivée. Ils l’ont nivelé, nettoyé de ses quelques cailloux qui auraient pu rendre ma nuit inconfortable et m’ont même indiqué l’endroit ou je devais mettre la tête ; là, derrière le petit muret qu’ils ont dressé en refuge à la brise fraîche de la nuit. La terre me servira de lit et mon sac d’oreiller.
Ca fait du bruit quand chèvres et brebis appellent leurs petits. Ca fait du bruit quand ceux-ci, trop vulnérables encore pour être lâchés avec le troupeau dans la journée, cherchent la mamelle maternelle attendue tout l’après-midi. Ca fait du bruit quand le propriétaire engueule le berger et sa femme pour n’avoir su maintenir les bêtes loin de la falaise. Ca fait du bruit quand les roulements de tambourins deviennent profond appel aux voix sauvages des femmes .
Rythmés, stridents, profonds, enivrants et enivrés, les bendirs bondissent, roulent, dansent, saluent l’arrivée d’Ayur -la lune ronde- sur Mezzéranne. Les youyous sauvages des femmes passent dans le sang tels une ardente réponse (ou défi ?) aux tambours. Cela ne dure que deux ou trois minutes et tous s’arrêtent, synchronisés, net, au coup de fusil qui ponctue le dernier et violent roulement. La magie et la force de l’instant résident dans cette brièveté.
Chèvres et brebis se sont tues, les cabris sont branchés et dans l’air dansent les escarbilles, crépitent les dernières braises, flotte l’odeur de bois brûlé et des épices dans les gamelles. Suit un long moment de magique plénitude, bercé par une voix chaude comme le feu, douce comme le miel de ces montagnes qui répète, répète jusqu’aux portes du sommeil de son enfant, la litanie apaisante. Des silhouettes se remettent en mouvement. L’une d’elle lance une dernière prière. Elle n’attire que le « maître de thé », un des propriétaires, deux tondeurs et trois anciens. La deuxième devient Mohammed s’approchant de mes « appartements » que j’avais gagnés en fin d’après midi dans une esquive polie au vingt septième verre de thé. Le campement de nouveau s’anime, les psalmodies sont couvertes par les voix des autres hommes et femmes indifférentes à ces ombres dessinées sur la falaise qui se prosternent et se relèvent. Iminchli -le souper- est prêt, le thé apéritif servi. Mohammed vient me l’annoncer. Il est bientôt vingt-deux heures.
En ce samedi 22 mai 2002 la lune rend hommage à Mezzéranne.
Les objectifs de notre voyage annuel au Maroc étaient les villes impériales, le secteur d'Imilchil et la vallée du Rhéris : eh oui, plus de 20 ans (déjà !) se sont passés notre dernière visite de ces sites. Occasion de comparer avec nos vieilles photos-papier et nos souvenirs.
1. Ryanair nous transporte pour pas cher de Toulouse à Fès ; à l'aéroport (petit, mais de classe) le Duster nous attend ou plutôt nous attendons que le loueur se débarrasse du client précédent quelque peu tatillon (je crois qu'il n'est pas dans le ton du pays 😉 ) pour partir avec ledit Duster vers Volubilis. là-bas, 4 cars de touristes sont éparpillés dans le site, le soleil déclinant illumine les quelques colonnes encore debout ; pas de quoi fouetter un chat, c'était le souvenir que j'en avais. Si on veut voir des ruines antiques intéressantes, mieux vaut aller en Tunisie (!), en Lybie (!!!) ou en Turquie. Il est trop tard pour Moulay Idriss, mais le soleil couchant met en valeur ses blanches maisons et ses deux collines.
Et on arrive à notre camp de base pour 3 nuits, le riad Yacout à Meknès que je recommande sans l'ombre d'une hésitation. Ce soir-là, le Maroc se qualifie pour la Coupe du Monde, c'est l'hyper-liesse en ville, klaxons, chants, drapeaux, on court dans tous les sens. Panem, je sais pas, mais circenses ça marche !
2. Aujourd'hui Rabat. D'abord le Chellah; autrefois c'était un terrain vague entouré de remparts surmontés de cigognes; aujourd'hui c'est un joli jardin, avec des allées qui nous conduisent vers des ruines élégantes toujours surmontées de cigognes claquant du bec. Très agréable.
Ensuite la casbah des Oudayas (là, nous y étions repassés il y a 8 ans), bien entretenue, fleurie, avec souvent du bleu au bas des murs à la mode Chechaouen.
Et puis les souks où autrefois on pouvait trouver de beaux objets anciens et aujourd'hui inodores et sans saveur.
Pour finir, le mausolée de Mhd V, joyau de l'art marocain. Où le grand et terrible hassan II, son fils, s'est glissé discrètement dans un coin, pour ne pas faire de l'ombre à son géniteur.
Avant de partir, un thé sur la plage où on se baigne encore (en novembre !), où on joue au ballon torse nu. Ambiance familiale du dimanche.
2. Aujourd'hui Rabat. D'abord le Chellah; autrefois c'était un terrain vague entouré de remparts surmontés de cigognes; aujourd'hui c'est un joli jardin, avec des allées qui nous conduisent vers des ruines élégantes toujours surmontées de cigognes claquant du bec. Très agréable.
Ensuite la casbah des Oudayas (là, nous y étions repassés il y a 8 ans), bien entretenue, fleurie, avec souvent du bleu au bas des murs à la mode Chechaouen.
Et puis les souks où autrefois on pouvait trouver de beaux objets anciens et aujourd'hui inodores et sans saveur.
Pour finir, le mausolée de Mhd V, joyau de l'art marocain. Où le grand et terrible hassan II, son fils, s'est glissé discrètement dans un coin, pour ne pas faire de l'ombre à son géniteur.
Avant de partir, un thé sur la plage où on se baigne encore (en novembre !), où on joue au ballon torse nu. Ambiance familiale du dimanche.Bonjour,
Comme quelques-uns me l'ont demandé, je fais un petit retour sur mon séjour de 4 jour à Fès début février. J'y réponds entre autres aux questions que j'ai moi-même posées, si ça peut aider d'autres voyageurs. Nous avons donc voyagé en couple, en indépendant (ou presque) et à petit budget. Même si nous avons l'habitude de voyager de cette manière, il s'agissait de notre premier voyage au Maroc, et même en Afrique du Nord (et pour moi en Afrique tout court!). Nous sommes limités principalement aux vieilles parties de la ville (Fès-el-Bali et Fès-el-Jedid), ainsi qu’une excursion d’une grosse demi-journée vers la petite ville de Sefrou et le village voisin de Bhalil. En février, il faut beau dans la journée (entre 15 et 25°C), mais plutôt frais le matin et le soir (jusqu’à 4/5°C). Nous avons quelques pluies le soir à la fin du séjour.
De l'aéroport à la médina
Le trajet entre l'aéroport et la médina coûte officiellement 120 dirhams. C'est bien le prix que nous avons obtenu au retour en partant de la gare routière de Bab Boujloud (à côté de l'entrée de la médina) sans avoir à négocier. Il faut compter une petite demi-heure de trajet. En revanche, l'arrivée à 1 heure du matin organisée par nos hôtes, avec un taxi qui nous attendait et nous a emmené jusqu'au parking à deux minutes à pied de notre hébergement nous a coûté 250 dirhams, ce qui nous a paru un peu cher malgré la justification du tarif de nuit, mais bon...
Il y a aussi une ligne de bus (ligne 16) qui fait la navette pour presque rien, mais il faut la prendre à la gare dans la ville nouvelle, ce qui n'est pas forcément pratique si on loge dans la médina et que l'on est pressé. Donc pas essayée pour cette fois.
Hébergement
Nous avons logé au Dar Hayati, un dar du 14ème siècle rénové par un jeune couple franco-marocain. Il est idéalement situé dans la médina de Fès-el-Bali : à deux minutes à pieds de la rue principale (talaa kebira), mais un peu en retrait dans un endroit très calme. Les chambres (doubles) sont très biens, la salle de bain impeccable, et il y a même une terrasse avec la vue sur toute la médina et ses environs. Il y a pour le moment deux chambres doubles: on choisit entre celle avec lit double ou lits séparés, mais les propriétaires n'en louent toujours qu'une à la fois: même si la salle de bain est séparée, on ne la partage donc avec personne. Pour 31€/nuit (petit-déj copieux inclus), c'est vraiment un très très bon plan !
La médina (Fès-el-Bali)
Fès-el-Bali, la plus vieille partie de Fès fondée au 9ème siècle, est une grande médina peuplée par plus de 150.000 habitants, entourée de remparts. Elle comporte environ 9400 ruelles! Très commerçante, il y règne néanmoins une ambiance assez médiévale: l'architecture, les ruelles pavées, les marchandises transportées par des ânes et des chevaux (on a intérêt à s'écarter quand on entend leurs maîtres crier "yallaaaaaaah !!!"), les odeurs d'ordure et de canalisation mélangées occasionnellement à celles du pain chaud, des pâtisseries, de la soupe de fève et des épices... Des centaines de chats peuplent les ruelles (surtout devant le boucheries et les poissonneries !) et sont nourris par les habitants. Pour répondre à quelqu’un qui disait le contraire, ils ne sont pas du tout maltraités. La médina s’anime encore plus au rythme des bus remplis de touristes chinois, allemands ou japonais, qui s’arrêtent devant Bab Boujloud, et lâchent leur fournée qui envahit les axes principaux de la médina pour une visite d’une demi-heure, avant de repartir pour laisser la place à un autre bus. L’arrivée d’un troupeau dans un lieu touristique peut vous gâcher votre visite, mais si on a un peu de patience, ils restent rarement plus de 5 minutes.
Pour peu que l'on ait un peu le sens de l'orientation, il est assez facile de se repérer dans la médina grâce aux deux axes principaux, talaa kebira (la grande montée) et talaa seghira (la petite montée), deux rue parallèles qui partent du même point à Bab Boujloud, la principale porte de la médina à l'ouest, et se rejoignent un peu avant le mausolée de la Zaouia Moulay Idriss. La rue traverse à partir de là une zone très fréquentée, avec des souks de toutes sortes et quelques-uns des plus beaux édifices religieux de la médina: la Zaouia Moulay Idriss, la mosquée Quaraouiyine, et quelques belles écoles coraniques. En suivant encore un peu plus loin cette rue, on arrive dans le fameux "quartier des tanneurs". A partir de là, on peut rejoindre d'autres parties de la médina, notamment le photogénique quartier des Andalous, jusqu'à Bab Ftouh, la porte qui mène à une seconde gare routière au sud-est de la médina.
Ça se complique un peu quand on commence à s’aventurer dans le dédale de ruelles. On peut toujours arriver à regagner les axes principaux grâce au parcours fléché (pas toujours très logique soit dit en passant…). Mais là, on se trouve exposé aux faux-guides qui essaient de vous perdre sous couvert de vous ramener vers le centre. Même si vous employez toutes les précautions pour les envoyer paître, ils peuvent parfois finir par se montrer un peu menaçants au détour d’une ruelle déserte, et encore plus la nuit tombée. On a parfois l’impression de tourner en bourrique sans retrouver immédiatement son chemin, mais globalement, nous n’avons pas rencontrés de gros problèmes en nous perdant dans les ruelles.
Le soir (enfin pourquoi pas le matin ou la journée), on peut admirer la ville depuis les hauteurs environnantes, à quelques minutes de marche de la médina : les tombeaux mérinides et les Borjs nord et sud sont très fréquentés au coucher du soleil.
Fès-el-Jedid
Fès-el-Jedid est une autre partie de la vieille ville, plus tardive que Fès-el-Bali. Elle a beaucoup moins de charme que Fès-el-Bali et on n’y voit quasiment aucun touriste (les habitants vous y regardent un peu plus bizarrement !), mais elle vaut bien un petit détour. On peut y voir les portes du Palais Royal (seul endroit où s’aventurent les groupes de touristes) et l’ancien quartier juif. Il y a aussi quelques souks, où les prix sont moins élevés qu’à Fès-el-Bali. On en fait assez vite le tour. Pour s’y rendre, il faut marcher une dizaine de minutes depuis Bab Boujloud, et traverser le très agréable parc Jnane Sbil, fréquenté par les jeunes et les familles fassis.
Les visites
Outre le fait de se perdre dans les ruelles et les souks, la médina ne manque pas de visites à faire. Les magnifiques mosquées et mausolées sont malheureusement fermés aux nons-musulmans. Pour se consoler, on peut néanmoins en admirer une partie depuis l’extérieur, le temps de quelques photos furtives. En revanche, les écoles coraniques (merdersa) sont ouvertes au public et permettent d’avoir un aperçu de l’architecture que l’on peut voir dans les mosquées. Il semble que désormais, le prix officiel de toutes les merdersas soit de 20 dirhams/personne, mais elles ne se valent pas toutes. Parmi celles que nous avons visitées, les merdersas Bou Inania (à côté de l’entrée principale de la médina), et Al-Attarine étaient les plus belles. Mais attention arnaque : dans le quartier des Andalous, la merdersa Es-Sahrij est fermée pour rénovation, mais des faux-gardiens vont tenter de vous faire visiter la merdersas jumelle pour 10 dirhams/ personnes : elle n’a absolument aucun intérêt architectural, mais les faux-guides ne manqueront pas de vous indiquer qu’elle dispose de toilettes propres ! Nous n’avons pas visité les divers musées (musée ethnologique Batha, musée du bois, etc…), préférant profiter de l’extérieur.
Il est temps de parler de la tannerie Chouara, dite « quartier des tanneurs », qui semble être le principal point touristique de la médina. Tous les guides de la médina tentent de vous y amener. Quand vous arrivez dans la rue Chouara, tous les commerces qui disposent d’une terrasse avec vue plongeante sur la tannerie tentent de vous faire entrer chez eux. Si vous entrez, un pseudo-guide vous prendra en charge pour vous faire une courte explication de l’histoire de la tannerie (contre 10 dirhams, le nôtre a eu l’air plus que satisfait), avant de tenter de vous amener vers une boutique d’articles en cuir hors de prix. Parfois, on ne vous demande pas d’argent, mais le but est de vous attirer dans une boutique. L’odeur des tanneries est assez forte mais supportable. Depuis la terrasse, on peut donc voir les pauvres tanneurs travailler dur, avec pleins de couleurs et une belle vue sur une partie de la médina. Pour notre part, on a trouvé ça sympa, mais pas non plus absolument indispensable. C’est un peu l’attrape-touriste de la médina, mais à condition de ne pas se faire arnaquer, ça peut valoir la peine d’y passer quelques minutes.
Les guides et les « guides »
Lors de votre séjour à Fès, vous serez presque sans arrêt sollicités par des personnes se présentant comme des guides, ou des gens qui veulent vous aider gratuitement. Dans presque tous les cas, le but est de faire payer une visite ou de vous amener dans une boutique. Comme dit plus haut, certains peuvent se montrer un peu menaçant si vous ne leur donnez rien ou pas assez, surtout si vous vous trouvez dans une ruelle déserte, mais cela ne dépasse généralement pas le stade de la menace verbale. Il est possible d’avoir recours à un guide à la journée pour 200 dirhams, mais préférant visiter la médina en nous perdant un peu et aimant être indépendants, cela nous a paru complètement inutile. Mais parfois, quelqu’un se propose de vous faire voir des lieux « secrets » lors de la visite d’un quartier... et il arrive que ça vaille vraiment le coup 🙂 ! Dans le quartier des Andalous, l’un de ces guides nous a donné accès à l’intérieur de maisons traditionnelles (même s’il n’avait pas le droit, puisque une fois sur deux, on se faisait mettre dehors) et autres petits trésors pas très accessibles. En revanche, il faut bien négocier pour ne pas avoir de problème à la fin. Pour une grosse demi-heure de visite, nous avons accepté de lui donner 50 dirhams (on n’avait pas la monnaie…), ce qui est un peu élevé mais plutôt mérité. Pour une petite explication d’une dizaine de minutes, 10 dirhams sont suffisants.
Achats
Fès ne manquent pas de souks et de commerces où l’on peut acheter toute sorte de choses : poterie en céramique, vaisselle, tapis, henné, parfums, épices, babioles diverses… D’une manière générale, il faut bien marchander les prix, qui peuvent atteindre jusqu’à 10 fois le prix réel ! Mais les vendeurs sont redoutables : même si vous êtes expérimentés en marchandage (pour ma part, je suis rôdé à l’Inde), les vendeurs arriveront à vous faire croire que vous leur arrachez le cœur en négociant trop les prix. Et évidemment, la plupart du temps, quand vous sortez en pensant avoir fait une bonne affaire, vous êtes convaincus de vous être fait un peu arnaquer ! D’une manière générale, il faut avoir le temps de comparer les prix, et de rester ferme dans la négociation. Si vous devez acheter à la hâte, c’est là que vous avez le plus de chance de vous faire avoir. Les prix et les risques d’arnaques sont bien moins élevés à Fès-el-Jedid, mais on n’y a pas forcément le même choix qu’à Fès-el-Bali. Pour ceux qui veulent acheter du safran. La plupart du temps, c’est du faux safran qui est proposé, parfois, on en demande 4 fois le prix pour un safran de mauvaise qualité. Pour ma part, j’en ai trouvé du vrai safran de Talaouine (et apriori assez pur) pour 32 dirhams/g à Fès-el-Jedid. Plutôt en haut de talaa kebira, un magasin spécialisé dans les produits de Talaouine en vend aussi pour 35 dirhams/g : il avait l’air vrai. Tout le reste de ce que j’ai vu : arnaque 😠 !
Manger végétarien à Fès
Comme nous sommes un couple végétarien et plutôt branché street-food, j’avais lancé sur le forum un sujet sur la question. Je remercie encore tous les gens qui m’ont renseigné, ça m’a beaucoup aidé. Alors, être végétarien à Fès, c’est possible ?? Oui ! Et même très facile, et pour trois fois rien ! Je précise qu’au final, nous n’aurons jamais mangé dans un restaurant. Etant un grand amateur de cuisine du Maghreb, manger un couscous ou en tajine sans saveur dans les nombreux restaurants touristiques de la médina, très peu pour moi… En mangeant exclusivement dans la rue, nous n’avons jamais été ne serait-ce qu’un peu malades, et pour le grand plaisir du porte-monnaie ! Il suffit donc de se balader dans les ruelles pour trouver des spécialités locales végétariennes très variées. Déjà, les rues sont remplies de vendeurs de pain qui vont prépareront des sandwichs à base d’œufs, de pois-chiches ou autres crudités, pour moins de 10 dirhams. Un moyen avantageux de se nourrir pour pas cher pour les végétariens : les soupes ! Le matin dans les rues, c’est la bisara, une soupe de fève à l’ail et au cumin, arrosé d’une louchette d’huile d’olive : avec un pain rond entier, ça ne doit jamais vous coûter plus de 7 dirhams. Le soir, c’est la harira (soupe épaisse de lentille, légumes et vermicelle) : seulement 5 dirhams avec un pain. Les restaurants à touristes vendent généralement les soupes au moins 10 dirhams. Une petite sandwicherie du nom de Benlemlih sur talaa kebira propose des omelettes et des sandwichs végétariens biens remplis (on choisit la garniture) pour 7 dirhams. Près de Bab Boujloud, des vendeurs de rue ou des petites gargotes proposent des gâteaux de pois-chiches, pains ronds ou des crêpes copieuses fourrées au fromage, au miel, au chocolat, pour 3 à 10 dirhams ! Je conseille particulièrement à la jonction de talaa kebira et talaa seghira, la gargote « Chez Mhih » (un homme d’une honnêteté sans faille), spécialisée dans les pains et les crêpes, et une autre juste en face qui propose de nombreuses spécialités végétariennes (haricots blancs en sauce, poivrons grillés, œufs, salades, soupes…) : un repas complet ne vous en coûtera pas plus de 15 dirhams. On pourra également se servir chez les nombreux vendeurs d’olives, de dattes, de fruits, de sucrerie, de smoothies à l’avocat, de jus de sucre canne, et j’en passe… toujours pour une somme ridicule. Sans compter les pâtisseries marocaines, qui sont toutefois un peu plus chères (jusqu’à 150 dirhams le kilo de pâtisserie). Sinon, les restaurants proposent presque tous des tajines et couscous végétariens pour 40 ou 50 dirhams, mais n’avons pas essayé. Il y a également le Café Clock, un resto un peu branché sur tala kebira, qui propose pas mal de plats végétariens pour une centaine de dirhams, mais pas essayé non plus.
Etre invité par une famille
Il est possible qu’au hasard de vos errances, vous soyez amenés à sympathiser avec des Fassis qui vous inviteront chez eux. C’est ce qui nous est arrivé. Un soir, alors que nous mangions la harira dans la rue sur talaa seghira (comme presque tous les soirs en fait), un homme et sa femme d’une bonne cinquantaine d’années, apparemment très pieux, ont insisté pour nous inviter pour le couscous du vendredi, après nous avoir payé nos soupes. Nous n’avons pas hésité parce que leur gentillesse et leur honnêteté transparaissait. C’est dans un quartier relativement nouveau, au sud de la médina, que le couscous s’est transformé en 3 heures de plats successifs : fruits frais et secs, viandes séchées, viandes grillées (je ne me rappelle même plus de tout…), qui se sont terminés enfin par le fameux couscous ! Absolument délicieux, mais indigestion assurée 🤪 Si ma compagne n’a pas cédé sur son végétarisme, je n’ai pas voulu froisser nos hôtes et me suis dévoué pour goûter un peu de tout 😮… Inutile de dire que nous avons mangé léger le lendemain. Une belle expérience avec ces gens adorables avec qui nous avons gardé contact.
Excursion à Sefrou et Bhalil
Un séjour de 4 jours à Fès laisse facilement la place à une excursion dans les environs de la ville. Notre choix s’est porté sur le Moyen Atlas, et plus précisément sur Sefrou, une petite ville agréable de 60.000 habitants complètement désertée par les touristes, avec une médina plutôt modeste, un quartier juif et une cascade à environ 1 kilomètre de marche (possibilité de s’y rendre en taxi ou voiture). La cascade n’a rien de très extraordinaire, mais permet une petite marche dans la campagne. Un petit café vend à boire et à manger. De Sefrou, on peut se rendre dans des villages berbères, notamment le joli village de Bhalil, à 5 km de Sefrou, qui comporte quelques habitations troglodytes. Un « guide » rencontré à Sefrou, du nom de Zakaria, nous a bien aidé moyennant une petite somme (50 dirhams pour environ 4 heures), et nous a permis de prendre le thé chez une vieille dame berbère qui habite dans l’une de ses habitations creusées à même la roche. Pour se rendre à Sefrou, nous avons pris le bus n°38 depuis la ville nouvelle de Fès (7 dirhams/personne). Pour se rendre à Bhalil, des taxis collectifs et des bus partent de la gare routière de Sefrou pour 3 dirhams. Pour le retour, plusieurs compagnies de bus proposent le même trajet et vous déposent à différents endroits de Fès. Les taxis collectifs prennent 11 dirhams/personne.
Voilà! Nous avons vraiment adoré notre séjour à Fès, et pour ce qui ne connaissent pas encore, végétariens ou pas, nous ne pouvons que vous recommander de ne pas rater ce lieu magique. N'hésitez pas si vous avez besoins d'autres informations 😎
Comme quelques-uns me l'ont demandé, je fais un petit retour sur mon séjour de 4 jour à Fès début février. J'y réponds entre autres aux questions que j'ai moi-même posées, si ça peut aider d'autres voyageurs. Nous avons donc voyagé en couple, en indépendant (ou presque) et à petit budget. Même si nous avons l'habitude de voyager de cette manière, il s'agissait de notre premier voyage au Maroc, et même en Afrique du Nord (et pour moi en Afrique tout court!). Nous sommes limités principalement aux vieilles parties de la ville (Fès-el-Bali et Fès-el-Jedid), ainsi qu’une excursion d’une grosse demi-journée vers la petite ville de Sefrou et le village voisin de Bhalil. En février, il faut beau dans la journée (entre 15 et 25°C), mais plutôt frais le matin et le soir (jusqu’à 4/5°C). Nous avons quelques pluies le soir à la fin du séjour.
De l'aéroport à la médina
Le trajet entre l'aéroport et la médina coûte officiellement 120 dirhams. C'est bien le prix que nous avons obtenu au retour en partant de la gare routière de Bab Boujloud (à côté de l'entrée de la médina) sans avoir à négocier. Il faut compter une petite demi-heure de trajet. En revanche, l'arrivée à 1 heure du matin organisée par nos hôtes, avec un taxi qui nous attendait et nous a emmené jusqu'au parking à deux minutes à pied de notre hébergement nous a coûté 250 dirhams, ce qui nous a paru un peu cher malgré la justification du tarif de nuit, mais bon...
Il y a aussi une ligne de bus (ligne 16) qui fait la navette pour presque rien, mais il faut la prendre à la gare dans la ville nouvelle, ce qui n'est pas forcément pratique si on loge dans la médina et que l'on est pressé. Donc pas essayée pour cette fois.
Hébergement
Nous avons logé au Dar Hayati, un dar du 14ème siècle rénové par un jeune couple franco-marocain. Il est idéalement situé dans la médina de Fès-el-Bali : à deux minutes à pieds de la rue principale (talaa kebira), mais un peu en retrait dans un endroit très calme. Les chambres (doubles) sont très biens, la salle de bain impeccable, et il y a même une terrasse avec la vue sur toute la médina et ses environs. Il y a pour le moment deux chambres doubles: on choisit entre celle avec lit double ou lits séparés, mais les propriétaires n'en louent toujours qu'une à la fois: même si la salle de bain est séparée, on ne la partage donc avec personne. Pour 31€/nuit (petit-déj copieux inclus), c'est vraiment un très très bon plan !
La médina (Fès-el-Bali)
Fès-el-Bali, la plus vieille partie de Fès fondée au 9ème siècle, est une grande médina peuplée par plus de 150.000 habitants, entourée de remparts. Elle comporte environ 9400 ruelles! Très commerçante, il y règne néanmoins une ambiance assez médiévale: l'architecture, les ruelles pavées, les marchandises transportées par des ânes et des chevaux (on a intérêt à s'écarter quand on entend leurs maîtres crier "yallaaaaaaah !!!"), les odeurs d'ordure et de canalisation mélangées occasionnellement à celles du pain chaud, des pâtisseries, de la soupe de fève et des épices... Des centaines de chats peuplent les ruelles (surtout devant le boucheries et les poissonneries !) et sont nourris par les habitants. Pour répondre à quelqu’un qui disait le contraire, ils ne sont pas du tout maltraités. La médina s’anime encore plus au rythme des bus remplis de touristes chinois, allemands ou japonais, qui s’arrêtent devant Bab Boujloud, et lâchent leur fournée qui envahit les axes principaux de la médina pour une visite d’une demi-heure, avant de repartir pour laisser la place à un autre bus. L’arrivée d’un troupeau dans un lieu touristique peut vous gâcher votre visite, mais si on a un peu de patience, ils restent rarement plus de 5 minutes.
Pour peu que l'on ait un peu le sens de l'orientation, il est assez facile de se repérer dans la médina grâce aux deux axes principaux, talaa kebira (la grande montée) et talaa seghira (la petite montée), deux rue parallèles qui partent du même point à Bab Boujloud, la principale porte de la médina à l'ouest, et se rejoignent un peu avant le mausolée de la Zaouia Moulay Idriss. La rue traverse à partir de là une zone très fréquentée, avec des souks de toutes sortes et quelques-uns des plus beaux édifices religieux de la médina: la Zaouia Moulay Idriss, la mosquée Quaraouiyine, et quelques belles écoles coraniques. En suivant encore un peu plus loin cette rue, on arrive dans le fameux "quartier des tanneurs". A partir de là, on peut rejoindre d'autres parties de la médina, notamment le photogénique quartier des Andalous, jusqu'à Bab Ftouh, la porte qui mène à une seconde gare routière au sud-est de la médina.
Ça se complique un peu quand on commence à s’aventurer dans le dédale de ruelles. On peut toujours arriver à regagner les axes principaux grâce au parcours fléché (pas toujours très logique soit dit en passant…). Mais là, on se trouve exposé aux faux-guides qui essaient de vous perdre sous couvert de vous ramener vers le centre. Même si vous employez toutes les précautions pour les envoyer paître, ils peuvent parfois finir par se montrer un peu menaçants au détour d’une ruelle déserte, et encore plus la nuit tombée. On a parfois l’impression de tourner en bourrique sans retrouver immédiatement son chemin, mais globalement, nous n’avons pas rencontrés de gros problèmes en nous perdant dans les ruelles.
Le soir (enfin pourquoi pas le matin ou la journée), on peut admirer la ville depuis les hauteurs environnantes, à quelques minutes de marche de la médina : les tombeaux mérinides et les Borjs nord et sud sont très fréquentés au coucher du soleil.
Fès-el-Jedid
Fès-el-Jedid est une autre partie de la vieille ville, plus tardive que Fès-el-Bali. Elle a beaucoup moins de charme que Fès-el-Bali et on n’y voit quasiment aucun touriste (les habitants vous y regardent un peu plus bizarrement !), mais elle vaut bien un petit détour. On peut y voir les portes du Palais Royal (seul endroit où s’aventurent les groupes de touristes) et l’ancien quartier juif. Il y a aussi quelques souks, où les prix sont moins élevés qu’à Fès-el-Bali. On en fait assez vite le tour. Pour s’y rendre, il faut marcher une dizaine de minutes depuis Bab Boujloud, et traverser le très agréable parc Jnane Sbil, fréquenté par les jeunes et les familles fassis.
Les visites
Outre le fait de se perdre dans les ruelles et les souks, la médina ne manque pas de visites à faire. Les magnifiques mosquées et mausolées sont malheureusement fermés aux nons-musulmans. Pour se consoler, on peut néanmoins en admirer une partie depuis l’extérieur, le temps de quelques photos furtives. En revanche, les écoles coraniques (merdersa) sont ouvertes au public et permettent d’avoir un aperçu de l’architecture que l’on peut voir dans les mosquées. Il semble que désormais, le prix officiel de toutes les merdersas soit de 20 dirhams/personne, mais elles ne se valent pas toutes. Parmi celles que nous avons visitées, les merdersas Bou Inania (à côté de l’entrée principale de la médina), et Al-Attarine étaient les plus belles. Mais attention arnaque : dans le quartier des Andalous, la merdersa Es-Sahrij est fermée pour rénovation, mais des faux-gardiens vont tenter de vous faire visiter la merdersas jumelle pour 10 dirhams/ personnes : elle n’a absolument aucun intérêt architectural, mais les faux-guides ne manqueront pas de vous indiquer qu’elle dispose de toilettes propres ! Nous n’avons pas visité les divers musées (musée ethnologique Batha, musée du bois, etc…), préférant profiter de l’extérieur.
Il est temps de parler de la tannerie Chouara, dite « quartier des tanneurs », qui semble être le principal point touristique de la médina. Tous les guides de la médina tentent de vous y amener. Quand vous arrivez dans la rue Chouara, tous les commerces qui disposent d’une terrasse avec vue plongeante sur la tannerie tentent de vous faire entrer chez eux. Si vous entrez, un pseudo-guide vous prendra en charge pour vous faire une courte explication de l’histoire de la tannerie (contre 10 dirhams, le nôtre a eu l’air plus que satisfait), avant de tenter de vous amener vers une boutique d’articles en cuir hors de prix. Parfois, on ne vous demande pas d’argent, mais le but est de vous attirer dans une boutique. L’odeur des tanneries est assez forte mais supportable. Depuis la terrasse, on peut donc voir les pauvres tanneurs travailler dur, avec pleins de couleurs et une belle vue sur une partie de la médina. Pour notre part, on a trouvé ça sympa, mais pas non plus absolument indispensable. C’est un peu l’attrape-touriste de la médina, mais à condition de ne pas se faire arnaquer, ça peut valoir la peine d’y passer quelques minutes.
Les guides et les « guides »
Lors de votre séjour à Fès, vous serez presque sans arrêt sollicités par des personnes se présentant comme des guides, ou des gens qui veulent vous aider gratuitement. Dans presque tous les cas, le but est de faire payer une visite ou de vous amener dans une boutique. Comme dit plus haut, certains peuvent se montrer un peu menaçant si vous ne leur donnez rien ou pas assez, surtout si vous vous trouvez dans une ruelle déserte, mais cela ne dépasse généralement pas le stade de la menace verbale. Il est possible d’avoir recours à un guide à la journée pour 200 dirhams, mais préférant visiter la médina en nous perdant un peu et aimant être indépendants, cela nous a paru complètement inutile. Mais parfois, quelqu’un se propose de vous faire voir des lieux « secrets » lors de la visite d’un quartier... et il arrive que ça vaille vraiment le coup 🙂 ! Dans le quartier des Andalous, l’un de ces guides nous a donné accès à l’intérieur de maisons traditionnelles (même s’il n’avait pas le droit, puisque une fois sur deux, on se faisait mettre dehors) et autres petits trésors pas très accessibles. En revanche, il faut bien négocier pour ne pas avoir de problème à la fin. Pour une grosse demi-heure de visite, nous avons accepté de lui donner 50 dirhams (on n’avait pas la monnaie…), ce qui est un peu élevé mais plutôt mérité. Pour une petite explication d’une dizaine de minutes, 10 dirhams sont suffisants.
Achats
Fès ne manquent pas de souks et de commerces où l’on peut acheter toute sorte de choses : poterie en céramique, vaisselle, tapis, henné, parfums, épices, babioles diverses… D’une manière générale, il faut bien marchander les prix, qui peuvent atteindre jusqu’à 10 fois le prix réel ! Mais les vendeurs sont redoutables : même si vous êtes expérimentés en marchandage (pour ma part, je suis rôdé à l’Inde), les vendeurs arriveront à vous faire croire que vous leur arrachez le cœur en négociant trop les prix. Et évidemment, la plupart du temps, quand vous sortez en pensant avoir fait une bonne affaire, vous êtes convaincus de vous être fait un peu arnaquer ! D’une manière générale, il faut avoir le temps de comparer les prix, et de rester ferme dans la négociation. Si vous devez acheter à la hâte, c’est là que vous avez le plus de chance de vous faire avoir. Les prix et les risques d’arnaques sont bien moins élevés à Fès-el-Jedid, mais on n’y a pas forcément le même choix qu’à Fès-el-Bali. Pour ceux qui veulent acheter du safran. La plupart du temps, c’est du faux safran qui est proposé, parfois, on en demande 4 fois le prix pour un safran de mauvaise qualité. Pour ma part, j’en ai trouvé du vrai safran de Talaouine (et apriori assez pur) pour 32 dirhams/g à Fès-el-Jedid. Plutôt en haut de talaa kebira, un magasin spécialisé dans les produits de Talaouine en vend aussi pour 35 dirhams/g : il avait l’air vrai. Tout le reste de ce que j’ai vu : arnaque 😠 !
Manger végétarien à Fès
Comme nous sommes un couple végétarien et plutôt branché street-food, j’avais lancé sur le forum un sujet sur la question. Je remercie encore tous les gens qui m’ont renseigné, ça m’a beaucoup aidé. Alors, être végétarien à Fès, c’est possible ?? Oui ! Et même très facile, et pour trois fois rien ! Je précise qu’au final, nous n’aurons jamais mangé dans un restaurant. Etant un grand amateur de cuisine du Maghreb, manger un couscous ou en tajine sans saveur dans les nombreux restaurants touristiques de la médina, très peu pour moi… En mangeant exclusivement dans la rue, nous n’avons jamais été ne serait-ce qu’un peu malades, et pour le grand plaisir du porte-monnaie ! Il suffit donc de se balader dans les ruelles pour trouver des spécialités locales végétariennes très variées. Déjà, les rues sont remplies de vendeurs de pain qui vont prépareront des sandwichs à base d’œufs, de pois-chiches ou autres crudités, pour moins de 10 dirhams. Un moyen avantageux de se nourrir pour pas cher pour les végétariens : les soupes ! Le matin dans les rues, c’est la bisara, une soupe de fève à l’ail et au cumin, arrosé d’une louchette d’huile d’olive : avec un pain rond entier, ça ne doit jamais vous coûter plus de 7 dirhams. Le soir, c’est la harira (soupe épaisse de lentille, légumes et vermicelle) : seulement 5 dirhams avec un pain. Les restaurants à touristes vendent généralement les soupes au moins 10 dirhams. Une petite sandwicherie du nom de Benlemlih sur talaa kebira propose des omelettes et des sandwichs végétariens biens remplis (on choisit la garniture) pour 7 dirhams. Près de Bab Boujloud, des vendeurs de rue ou des petites gargotes proposent des gâteaux de pois-chiches, pains ronds ou des crêpes copieuses fourrées au fromage, au miel, au chocolat, pour 3 à 10 dirhams ! Je conseille particulièrement à la jonction de talaa kebira et talaa seghira, la gargote « Chez Mhih » (un homme d’une honnêteté sans faille), spécialisée dans les pains et les crêpes, et une autre juste en face qui propose de nombreuses spécialités végétariennes (haricots blancs en sauce, poivrons grillés, œufs, salades, soupes…) : un repas complet ne vous en coûtera pas plus de 15 dirhams. On pourra également se servir chez les nombreux vendeurs d’olives, de dattes, de fruits, de sucrerie, de smoothies à l’avocat, de jus de sucre canne, et j’en passe… toujours pour une somme ridicule. Sans compter les pâtisseries marocaines, qui sont toutefois un peu plus chères (jusqu’à 150 dirhams le kilo de pâtisserie). Sinon, les restaurants proposent presque tous des tajines et couscous végétariens pour 40 ou 50 dirhams, mais n’avons pas essayé. Il y a également le Café Clock, un resto un peu branché sur tala kebira, qui propose pas mal de plats végétariens pour une centaine de dirhams, mais pas essayé non plus.
Etre invité par une famille
Il est possible qu’au hasard de vos errances, vous soyez amenés à sympathiser avec des Fassis qui vous inviteront chez eux. C’est ce qui nous est arrivé. Un soir, alors que nous mangions la harira dans la rue sur talaa seghira (comme presque tous les soirs en fait), un homme et sa femme d’une bonne cinquantaine d’années, apparemment très pieux, ont insisté pour nous inviter pour le couscous du vendredi, après nous avoir payé nos soupes. Nous n’avons pas hésité parce que leur gentillesse et leur honnêteté transparaissait. C’est dans un quartier relativement nouveau, au sud de la médina, que le couscous s’est transformé en 3 heures de plats successifs : fruits frais et secs, viandes séchées, viandes grillées (je ne me rappelle même plus de tout…), qui se sont terminés enfin par le fameux couscous ! Absolument délicieux, mais indigestion assurée 🤪 Si ma compagne n’a pas cédé sur son végétarisme, je n’ai pas voulu froisser nos hôtes et me suis dévoué pour goûter un peu de tout 😮… Inutile de dire que nous avons mangé léger le lendemain. Une belle expérience avec ces gens adorables avec qui nous avons gardé contact.
Excursion à Sefrou et Bhalil
Un séjour de 4 jours à Fès laisse facilement la place à une excursion dans les environs de la ville. Notre choix s’est porté sur le Moyen Atlas, et plus précisément sur Sefrou, une petite ville agréable de 60.000 habitants complètement désertée par les touristes, avec une médina plutôt modeste, un quartier juif et une cascade à environ 1 kilomètre de marche (possibilité de s’y rendre en taxi ou voiture). La cascade n’a rien de très extraordinaire, mais permet une petite marche dans la campagne. Un petit café vend à boire et à manger. De Sefrou, on peut se rendre dans des villages berbères, notamment le joli village de Bhalil, à 5 km de Sefrou, qui comporte quelques habitations troglodytes. Un « guide » rencontré à Sefrou, du nom de Zakaria, nous a bien aidé moyennant une petite somme (50 dirhams pour environ 4 heures), et nous a permis de prendre le thé chez une vieille dame berbère qui habite dans l’une de ses habitations creusées à même la roche. Pour se rendre à Sefrou, nous avons pris le bus n°38 depuis la ville nouvelle de Fès (7 dirhams/personne). Pour se rendre à Bhalil, des taxis collectifs et des bus partent de la gare routière de Sefrou pour 3 dirhams. Pour le retour, plusieurs compagnies de bus proposent le même trajet et vous déposent à différents endroits de Fès. Les taxis collectifs prennent 11 dirhams/personne.
Voilà! Nous avons vraiment adoré notre séjour à Fès, et pour ce qui ne connaissent pas encore, végétariens ou pas, nous ne pouvons que vous recommander de ne pas rater ce lieu magique. N'hésitez pas si vous avez besoins d'autres informations 😎
Tout juste rentré d’une semaine à Marrakech, je viens par ce post vous livrer mes impressions sur cette escapade marocaine. Je tiens à préciser, me concernant, qu’il s’agissait de ma toute première expérience en terre africaine.
Préparation
Je me suis procuré très rapidement mon duo fétiche « Un grand week-end à » et le « Cartoville ».
Vols
Aller et retour avec Ryanair. Réservés mi-novembre, 682€ pour 4 (2 adultes et 2 marmots)
Logement
Au début j’avais en tête de dénicher un riad, mais finalement mon choix s’est porté sur la location d’un appartement. Un T1 de 60m² situé dans le Gueliz, quartier moderne « à l’européenne », idéalement situé dans la ville pour rallier facilement la Médina, la Place Jemaa el Fna et l’aéroport de Ménara, bref le top ! Déniché au feeling (comme d’habitude) sur Homelidays. 40€ la nuitée, proche d’une supérette et d’un bureau de change, c’est ce que j’appelle un bon plan.
Voici le lien vers l’annonce : https://www.homelidays.com/hebergement/p6189765
Transports
Sur les bons conseils d’un collègue de travail, habitué des escapades marrakchies, nous avons fait appel, pour les trajets entre l’aéroport et notre logement, à une compagnie de transport. Très appréciable le mini-van, surtout pour le retour (vol à 6h45 pour regagner Marseille…), avec 2 enfants tirés du sommeil à 2h du mat et de multiples bagages encombrants. 15€ à l’aller, idem pour le retour. Les taxis, nous les avons utilisés par simple confort, quand nous en avions marre de parcourir à pieds le trajet Gueliz-Jemaa el Fna, c’est-à-dire assez rapidement. Au tarif de 20 à 30 MAD la course, on ne s’est guère privés des voitures couleur moutarde. Enfin, nous n’avons pas manqué de nous offrir, à deux reprises, une balade de 45 minutes en calèche dans le dédale de la Medina. 200 MAD la première fois et 180 la seconde, on aurait sûrement plus marchander davantage, mais niveau tarif ça restait raisonnable.
Monnaie et change
J’avais troqué 50 € contre 500 MAD avant le départ, histoire de ne pas débarquer au Maroc les poches vides. Sur place, nous avons trouvé un bureau de change très intéressant, 10.83 MAD pour 1 €. Voici l’adresse : TAHA CHANGE, Résidence Salma, rue Ouadi Naffis (Gueliz).
Cuisine
Niveau nourriture, je suis de base très difficile, et lorsque je voyage je ne m’aventure que trop rarement à manger « local ». Une fois n’est pas coutume, je me suis vite laissé déborder par la tentation « couscous ». Ce ne fut pas une réussite à chaque fois, mais voici les deux restaurants dans lesquels je me suis régalé :
CAFE ROUGE, 38 rue El Ksour : http://www.rougecafemarrakech.com
LA TERRASSE BEN YOUSSEF, 89 rue Sidi Abdellaziz
Nous avons aussi testé un soir le stand « Chez Aïcha » qui est semble-t-il le plus réputé de Jamaa. C’est bon et pas cher, mais sans plus. Par contre au niveau du service, c’est l’usine. On ne vous chasse pas mais dès que vous quittez vos fesses du banc on replace immédiatement de nouveaux estomacs à satisfaire.
La ville
Habitués des grandes métropoles (ou capitales) européennes, je m’attendais à être dépaysé, et je l’ai été. Dans certains quartiers, on a l’impression que le temps s’est arrêté.
Par ailleurs, j’ai été sidéré par la circulation, totalement désorganisée. On prend peur lorsque l’on assiste au défilé des taxis, mobylettes, vélos, autobus et calèches qui se côtoient dangereusement sur le bitume. Un chauffeur de taxi nous a dit que pour conduire à Marrakech, il ne fallait pas avoir du sang froid, mais du sang congelé ! Etre un piéton à Marrakech est un enfer, les clous et les panneaux de signalisation n’étant là que pour la déco.
Autre difficulté, se repérer dans la Medina. Même le plus précis des GPS ne nous aurait été d’aucune utilité, alors nous avec notre modeste Cartoville en main, vous pensez bien. Se programmer un itinéraire de visite dans la Medina est peine perdue, et nous l’avons finalement compris. On ne se balade pas dans le dédale des innombrables rues et passages, on s’y perd. Même les locaux avaient du mal à nous expliquer comment aller d’un point à un autre…
Enfin, déambuler en toute sécurité dans les souks, avec une poussette et deux enfants en bas âge est une horreur ! Car le piéton, ici non plus, n’est pas à la fête. Ici règne la terreur du deux-roues, surtout lorsqu’il est motorisé et qu’il ne se prive pas de faire résonner son klaxon dans l’étroit passage pour se frayer un chemin dans la foule. Ce fut pour nous un stress permanent.
Contact avec les Marrakchis
On a souvent eu du mal avec les petites attentions, ne sachant pas si elles étaient « gratuites » ou intéressées. Personnellement cela m’a souvent gêné.
Par ailleurs, dans les souks et sur Jamma El Fna, je fus vite échaudé par les vendeurs qui, à tour de rôle, tentaient de m’alpaguer et de m’attirer dans leurs échoppes. Je n’osais même plus regarder quoi que ce soit sur les devantures de peur de me faire attraper au passage. Moi qui d’ordinaire ne supporte pas d’être « pisté » par un vendeur dans un magasin…
Le marchandage, bien qu’il soit pratique courante à Marrakech, me mettait aussi parfois mal à l’aise. Quand tu ne connais pas les tarifs pratiqués, tu ne sais jamais si tu te fais arnaquer ou si tu as usé de ton « pouvoir » pour obtenir le prix le plus bas et ainsi obligé le vendeur à brader sa marchandise ou son service. J’avais lu le témoignage sur VF d’une personne qui avait acheté un tapis pour 20 euros. L’objet lui avait tapé dans l’œil et elle trouvait le prix correct, elle ne s’était donc pas posé plus de questions que ça. C’est ce que j’ai essayé de garder en tête une fois sur place.
Enfin, les photos ! Sujet intéressant. Là aussi, averti par VF sur la question, j’avais pris mes précautions et je demandais au préalable l’autorisation, généralement accordée. On ne m’a jamais réclamé d’argent contre un cliché, excepté sur Jamaa El Fna lorsque je voulu shooter les serpents.
Déroulement du séjour
Les visites étaient, comme je le fais souvent, programmées géographiquement par mes guides papier. Bon, c’était une fausse bonne idée. Pour les raisons citées plus haut, il faut errer dans la Medina, et non partir absolument en quête de tel ou tel monument. Sur les 6 jours pleins sur place, nous avions prévu 5 jours à Marrakech et une journée d’excursion dans la vallée de l’Ourika. Une fois arrivés, nous avons modifié ce planning, car la pluie était prévue pour le lendemain et nous pensions d’ores et déjà avoir perdu une journée. Ce qui ne fut pas le cas puisque malgré un ciel menaçant et quelques rares averses, nous avons pu explorer le Jardin Majorelle. Finalement, à trop « chercher » dans la Medina, nous avons perdu du temps et de la patience. Certes, on aurait pu se réserver l’excursion pour le dimanche, veille de notre départ, mais c’était trop risqué au niveau du timing, car il aurait fallu boucler les bagages et se taper le ménage de l’appartement le soir en rentrant d’Ourika...
Quelques exemples de tarifs
Pour une course en taxi entre Gueliz et Jamaa El Fna, comptez en journée 20 à 30 MAD, 40 grand max. Dans les 50 à la nuit tombée.
Pour déguster un couscous en terrasse panoramique, ça peut aller de 40 MAD au double, mais ce n’est pas forcément le plus cher qui est le meilleur !
Siroter un jus de fruit ou un soda en terrasse, 10 à 15 MAD.
Pour la calèche, cela dépend de la durée de la promenade. Je dirais qu’il faut compter 150 MAD pour 20 à 30 minutes, selon vos talents de négociateur. Faire jouer la concurrence, parfois féroce entre les prestataires. Les tarifs sont normalement affichés dans la calèche, mais ils ne mentionnent pas la durée de la balade.
Tarifs pour les sites : Palais Bahia 10 MAD, Palais Badi 10 MAD, Tombeaux Saadiens 10 MAD, Jardin Majorelle 70 MAD. Gratuit pour les enfants mais aucune réduction pour les personnes handicapées.
Conclusion et conseils
La ville m’a plu, sans plus. Traffic routier totalement anarchique, atmosphère poussiéreuse et circulation intempestive dans les souks, Marrakech n’est pas une ville que je conseillerais pour une escapade familiale, en particulier avec des enfants en bas âge.
Dans la Medina, il faut errer, se laisser guider par son intuition, faire preuve de curiosité, et ne pas chercher forcément à suivre un parcours préalablement tracé qui, au final, ne vous sera d’aucune utilité dans le labyrinthe des rues, souvent dépourvues de noms et de numérotation.
Avec les vendeurs ou rabatteurs, qui peuvent être un peu oppressants (voire un peu lourds), il faut savoir alterner entre patience et fermeté.
Ce n’est pas une ville où j’aurais envie de revenir, sinon comme point de départ d’excursions en étoile dans la région. Mon petit regret est de n’avoir pas respecté le programme initialement prévu et d’avoir renoncé à la journée dédiée à la vallée de l’Ourika.
Je tiens à remercier celles et ceux qui ont répondu à mes questions sur le forum et donné des infos pour la préparation de mon séjour. En espérant que mon petit compte-rendu puisse être utile aux futurs visiteurs de la « ville ocre ».
Stef
PS : Je posterai mes plus jolis clichés ultérieurement 🙂
Préparation
Je me suis procuré très rapidement mon duo fétiche « Un grand week-end à » et le « Cartoville ».
Vols
Aller et retour avec Ryanair. Réservés mi-novembre, 682€ pour 4 (2 adultes et 2 marmots)
Logement
Au début j’avais en tête de dénicher un riad, mais finalement mon choix s’est porté sur la location d’un appartement. Un T1 de 60m² situé dans le Gueliz, quartier moderne « à l’européenne », idéalement situé dans la ville pour rallier facilement la Médina, la Place Jemaa el Fna et l’aéroport de Ménara, bref le top ! Déniché au feeling (comme d’habitude) sur Homelidays. 40€ la nuitée, proche d’une supérette et d’un bureau de change, c’est ce que j’appelle un bon plan.
Voici le lien vers l’annonce : https://www.homelidays.com/hebergement/p6189765
Transports
Sur les bons conseils d’un collègue de travail, habitué des escapades marrakchies, nous avons fait appel, pour les trajets entre l’aéroport et notre logement, à une compagnie de transport. Très appréciable le mini-van, surtout pour le retour (vol à 6h45 pour regagner Marseille…), avec 2 enfants tirés du sommeil à 2h du mat et de multiples bagages encombrants. 15€ à l’aller, idem pour le retour. Les taxis, nous les avons utilisés par simple confort, quand nous en avions marre de parcourir à pieds le trajet Gueliz-Jemaa el Fna, c’est-à-dire assez rapidement. Au tarif de 20 à 30 MAD la course, on ne s’est guère privés des voitures couleur moutarde. Enfin, nous n’avons pas manqué de nous offrir, à deux reprises, une balade de 45 minutes en calèche dans le dédale de la Medina. 200 MAD la première fois et 180 la seconde, on aurait sûrement plus marchander davantage, mais niveau tarif ça restait raisonnable.
Monnaie et change
J’avais troqué 50 € contre 500 MAD avant le départ, histoire de ne pas débarquer au Maroc les poches vides. Sur place, nous avons trouvé un bureau de change très intéressant, 10.83 MAD pour 1 €. Voici l’adresse : TAHA CHANGE, Résidence Salma, rue Ouadi Naffis (Gueliz).
Cuisine
Niveau nourriture, je suis de base très difficile, et lorsque je voyage je ne m’aventure que trop rarement à manger « local ». Une fois n’est pas coutume, je me suis vite laissé déborder par la tentation « couscous ». Ce ne fut pas une réussite à chaque fois, mais voici les deux restaurants dans lesquels je me suis régalé :
CAFE ROUGE, 38 rue El Ksour : http://www.rougecafemarrakech.com
LA TERRASSE BEN YOUSSEF, 89 rue Sidi Abdellaziz
Nous avons aussi testé un soir le stand « Chez Aïcha » qui est semble-t-il le plus réputé de Jamaa. C’est bon et pas cher, mais sans plus. Par contre au niveau du service, c’est l’usine. On ne vous chasse pas mais dès que vous quittez vos fesses du banc on replace immédiatement de nouveaux estomacs à satisfaire.
La ville
Habitués des grandes métropoles (ou capitales) européennes, je m’attendais à être dépaysé, et je l’ai été. Dans certains quartiers, on a l’impression que le temps s’est arrêté.
Par ailleurs, j’ai été sidéré par la circulation, totalement désorganisée. On prend peur lorsque l’on assiste au défilé des taxis, mobylettes, vélos, autobus et calèches qui se côtoient dangereusement sur le bitume. Un chauffeur de taxi nous a dit que pour conduire à Marrakech, il ne fallait pas avoir du sang froid, mais du sang congelé ! Etre un piéton à Marrakech est un enfer, les clous et les panneaux de signalisation n’étant là que pour la déco.
Autre difficulté, se repérer dans la Medina. Même le plus précis des GPS ne nous aurait été d’aucune utilité, alors nous avec notre modeste Cartoville en main, vous pensez bien. Se programmer un itinéraire de visite dans la Medina est peine perdue, et nous l’avons finalement compris. On ne se balade pas dans le dédale des innombrables rues et passages, on s’y perd. Même les locaux avaient du mal à nous expliquer comment aller d’un point à un autre…
Enfin, déambuler en toute sécurité dans les souks, avec une poussette et deux enfants en bas âge est une horreur ! Car le piéton, ici non plus, n’est pas à la fête. Ici règne la terreur du deux-roues, surtout lorsqu’il est motorisé et qu’il ne se prive pas de faire résonner son klaxon dans l’étroit passage pour se frayer un chemin dans la foule. Ce fut pour nous un stress permanent.
Contact avec les Marrakchis
On a souvent eu du mal avec les petites attentions, ne sachant pas si elles étaient « gratuites » ou intéressées. Personnellement cela m’a souvent gêné.
Par ailleurs, dans les souks et sur Jamma El Fna, je fus vite échaudé par les vendeurs qui, à tour de rôle, tentaient de m’alpaguer et de m’attirer dans leurs échoppes. Je n’osais même plus regarder quoi que ce soit sur les devantures de peur de me faire attraper au passage. Moi qui d’ordinaire ne supporte pas d’être « pisté » par un vendeur dans un magasin…
Le marchandage, bien qu’il soit pratique courante à Marrakech, me mettait aussi parfois mal à l’aise. Quand tu ne connais pas les tarifs pratiqués, tu ne sais jamais si tu te fais arnaquer ou si tu as usé de ton « pouvoir » pour obtenir le prix le plus bas et ainsi obligé le vendeur à brader sa marchandise ou son service. J’avais lu le témoignage sur VF d’une personne qui avait acheté un tapis pour 20 euros. L’objet lui avait tapé dans l’œil et elle trouvait le prix correct, elle ne s’était donc pas posé plus de questions que ça. C’est ce que j’ai essayé de garder en tête une fois sur place.
Enfin, les photos ! Sujet intéressant. Là aussi, averti par VF sur la question, j’avais pris mes précautions et je demandais au préalable l’autorisation, généralement accordée. On ne m’a jamais réclamé d’argent contre un cliché, excepté sur Jamaa El Fna lorsque je voulu shooter les serpents.
Déroulement du séjour
Les visites étaient, comme je le fais souvent, programmées géographiquement par mes guides papier. Bon, c’était une fausse bonne idée. Pour les raisons citées plus haut, il faut errer dans la Medina, et non partir absolument en quête de tel ou tel monument. Sur les 6 jours pleins sur place, nous avions prévu 5 jours à Marrakech et une journée d’excursion dans la vallée de l’Ourika. Une fois arrivés, nous avons modifié ce planning, car la pluie était prévue pour le lendemain et nous pensions d’ores et déjà avoir perdu une journée. Ce qui ne fut pas le cas puisque malgré un ciel menaçant et quelques rares averses, nous avons pu explorer le Jardin Majorelle. Finalement, à trop « chercher » dans la Medina, nous avons perdu du temps et de la patience. Certes, on aurait pu se réserver l’excursion pour le dimanche, veille de notre départ, mais c’était trop risqué au niveau du timing, car il aurait fallu boucler les bagages et se taper le ménage de l’appartement le soir en rentrant d’Ourika...
Quelques exemples de tarifs
Pour une course en taxi entre Gueliz et Jamaa El Fna, comptez en journée 20 à 30 MAD, 40 grand max. Dans les 50 à la nuit tombée.
Pour déguster un couscous en terrasse panoramique, ça peut aller de 40 MAD au double, mais ce n’est pas forcément le plus cher qui est le meilleur !
Siroter un jus de fruit ou un soda en terrasse, 10 à 15 MAD.
Pour la calèche, cela dépend de la durée de la promenade. Je dirais qu’il faut compter 150 MAD pour 20 à 30 minutes, selon vos talents de négociateur. Faire jouer la concurrence, parfois féroce entre les prestataires. Les tarifs sont normalement affichés dans la calèche, mais ils ne mentionnent pas la durée de la balade.
Tarifs pour les sites : Palais Bahia 10 MAD, Palais Badi 10 MAD, Tombeaux Saadiens 10 MAD, Jardin Majorelle 70 MAD. Gratuit pour les enfants mais aucune réduction pour les personnes handicapées.
Conclusion et conseils
La ville m’a plu, sans plus. Traffic routier totalement anarchique, atmosphère poussiéreuse et circulation intempestive dans les souks, Marrakech n’est pas une ville que je conseillerais pour une escapade familiale, en particulier avec des enfants en bas âge.
Dans la Medina, il faut errer, se laisser guider par son intuition, faire preuve de curiosité, et ne pas chercher forcément à suivre un parcours préalablement tracé qui, au final, ne vous sera d’aucune utilité dans le labyrinthe des rues, souvent dépourvues de noms et de numérotation.
Avec les vendeurs ou rabatteurs, qui peuvent être un peu oppressants (voire un peu lourds), il faut savoir alterner entre patience et fermeté.
Ce n’est pas une ville où j’aurais envie de revenir, sinon comme point de départ d’excursions en étoile dans la région. Mon petit regret est de n’avoir pas respecté le programme initialement prévu et d’avoir renoncé à la journée dédiée à la vallée de l’Ourika.
Je tiens à remercier celles et ceux qui ont répondu à mes questions sur le forum et donné des infos pour la préparation de mon séjour. En espérant que mon petit compte-rendu puisse être utile aux futurs visiteurs de la « ville ocre ».
Stef
PS : Je posterai mes plus jolis clichés ultérieurement 🙂
Ce voyage au Maroc s’est décidé en quelques minutes. L’envie de partir est pressante, pas trop loin car peu de jours de libre, et surtout, l’envie d’emmener encore une fois Jacotte, ma p’tite mère de 75 ans, qui bien qu’encore en forme, compte sans doute les voyages qui lui restent à faire sur les doigts de la main contrairement à nous autres voyageurs. A nos âges, on n’a que l’embarras du choix, on sent qu’on a encore toute la vie pour en profiter. Qu’en sera-t-il dans quelques décennies ? Chaque voyage ne risquera t’il pas d’être le dernier ? La soif de découvertes grandit certainement avec les années. Jacotte est insatiable et intarissable. Tout l’intéresse.
En février, juste une question : « que fais-tu à Pâques, rien ? On part au Maroc ? ». Dans la seconde qui suivait, c’était un grand « Ok ». Alors en quelques heures, je regarde un itinéraire faisable en 10 jours, réserve les billets et les nuits pour être sûre de ne pas la faire coucher dehors … et on n’en a plus reparlé.
Le temps est passé vite, très vite, et on s’est retrouvé un beau matin à l’aéroport de Toulouse à l’enregistrement. J’adore ces moments là. C’est seulement à cet instant que je sais qu’on va partir, même si l’avion a du retard. Maman est heureuse, elle adore partir, aller à la rencontre de l’inconnu même si le Maroc reste une destination sans trop de surprises.
Juste 2h30 de vol. Un dernier regard sur nos Pyrénées, sieste au dessus de l’Espagne pour se réveiller à l’approche du Maroc. Survol du Moyen Atlas, aperçu de quelques parcelles d’une agriculture relativement intensive … et voilà Marrakech. Ville faite de bâtiments très bas, tous ocre, entourée de grandes étendues qui semblent très sèches et poussiéreuses, et de quelques palmeraies. Au loin, les montagnes du Haut Atlas couronnées d’encore un peu de neige.

L’arrivée dans une ville comme Marrakech procure toujours une émotion intense, celle de « l’ailleurs ». En quelques heures, les repères ont changé. Les parfums très forts, les femmes drapées de leur voile, les rues avec leur circulation intense, le bruit assourdissant des klaxonnes, les trottoirs défoncés ou inexistants, les petits restos en bordure de rues où les brochettes cuisent sous les yeux, les vendeurs de tout et de rien, les ruelles où aucune voiture ne peut s’infiltrer, les mendiants au regard souvent vide … et des hordes de touristes déambulant bruyamment et court vêtus.
J’avais découvert cette ville il y a 20 ans, et plus récemment il y a 10 ans. Marrakech a peu vieilli depuis. Sauf le nombre de touristes qui semble avoir considérablement augmenté, le nombre de marocains marchant le portable collé à l’oreille … et le nombre impressionnant de paraboles sur les toits.
Autre chose quand même qui a aussi changé, c'est l'ambiance assez sereine qui règne malgré l’activité intense. Les gamins ne nous suivent plus sans cesse pour servir de guide dans les dédales de la médina, ou qui veulent à tout prix 1 dirham et nous ont à l’usure. Mais la Koutoubia est toujours bien à sa place, le souk dans la médina est toujours aussi animé, les charmeurs de serpents avec leurs joues gonflées à bloc attendent toujours le touriste sur Jamee El Fna.


Le soir venu, se frayer un passage au milieu de la foule est un pari difficile. Tout le monde veut profiter de la tiédeur venue et on ne sait plus où se situe la limite entre la rue les trottoirs et la place avec les vélos, les voitures et les scooters qui envahissent à leur tour l’espace.
Cette immersion dès le premier jour dans la vie marocaine fait un bien fou … mais très vite, on ressent le besoin de quitter cette ville et de partir plus au sud, là où la vie est plus calme.
En février, juste une question : « que fais-tu à Pâques, rien ? On part au Maroc ? ». Dans la seconde qui suivait, c’était un grand « Ok ». Alors en quelques heures, je regarde un itinéraire faisable en 10 jours, réserve les billets et les nuits pour être sûre de ne pas la faire coucher dehors … et on n’en a plus reparlé.
Le temps est passé vite, très vite, et on s’est retrouvé un beau matin à l’aéroport de Toulouse à l’enregistrement. J’adore ces moments là. C’est seulement à cet instant que je sais qu’on va partir, même si l’avion a du retard. Maman est heureuse, elle adore partir, aller à la rencontre de l’inconnu même si le Maroc reste une destination sans trop de surprises.
Juste 2h30 de vol. Un dernier regard sur nos Pyrénées, sieste au dessus de l’Espagne pour se réveiller à l’approche du Maroc. Survol du Moyen Atlas, aperçu de quelques parcelles d’une agriculture relativement intensive … et voilà Marrakech. Ville faite de bâtiments très bas, tous ocre, entourée de grandes étendues qui semblent très sèches et poussiéreuses, et de quelques palmeraies. Au loin, les montagnes du Haut Atlas couronnées d’encore un peu de neige.

L’arrivée dans une ville comme Marrakech procure toujours une émotion intense, celle de « l’ailleurs ». En quelques heures, les repères ont changé. Les parfums très forts, les femmes drapées de leur voile, les rues avec leur circulation intense, le bruit assourdissant des klaxonnes, les trottoirs défoncés ou inexistants, les petits restos en bordure de rues où les brochettes cuisent sous les yeux, les vendeurs de tout et de rien, les ruelles où aucune voiture ne peut s’infiltrer, les mendiants au regard souvent vide … et des hordes de touristes déambulant bruyamment et court vêtus.

J’avais découvert cette ville il y a 20 ans, et plus récemment il y a 10 ans. Marrakech a peu vieilli depuis. Sauf le nombre de touristes qui semble avoir considérablement augmenté, le nombre de marocains marchant le portable collé à l’oreille … et le nombre impressionnant de paraboles sur les toits.

Autre chose quand même qui a aussi changé, c'est l'ambiance assez sereine qui règne malgré l’activité intense. Les gamins ne nous suivent plus sans cesse pour servir de guide dans les dédales de la médina, ou qui veulent à tout prix 1 dirham et nous ont à l’usure. Mais la Koutoubia est toujours bien à sa place, le souk dans la médina est toujours aussi animé, les charmeurs de serpents avec leurs joues gonflées à bloc attendent toujours le touriste sur Jamee El Fna.



Le soir venu, se frayer un passage au milieu de la foule est un pari difficile. Tout le monde veut profiter de la tiédeur venue et on ne sait plus où se situe la limite entre la rue les trottoirs et la place avec les vélos, les voitures et les scooters qui envahissent à leur tour l’espace.
Cette immersion dès le premier jour dans la vie marocaine fait un bien fou … mais très vite, on ressent le besoin de quitter cette ville et de partir plus au sud, là où la vie est plus calme.
Ce n'est que quelques mois plus tard que les mots ont vraiment trouvé leur place. La voilà. Après des jours de marche entre Tagounite et Chigaga, en passant par Foum La'lag, Iriki, Erg Yehoudi, etc... Bonne lecture, hum... Bon courage plutôt. C'est un peu long. El baraka Allah ou fikoum. 😎
* *******************
ERG YEHOUDI
I
De Zagora à Tagounite, à peine deux heures de taxi. Bientôt, Anega, un dernier col à franchir. Au-delà, le désert. Il fait déjà nuit, et la 4L s’ébroue sur le chemin. Les ensablements se succèdent. Il faut souvent descendre pour pousser. Et puis le campement se détache. Silhouette aplatie des tentes sous le poudroiement des étoiles. Trois verres de thé sur les tapis. Une bougie dans un coin, et le sommeil qui vient très vite. Le vent souffle très fort. Le sable me remplit les yeux. J’aime sentir cette chaleur, cette aridité des bourrasques, cette lueur ténue à l’horizon, dans les nuées sablonneuses évaporées par le vent. Au loin, une kasbah isolée s’endort. Je me nourri de cette absence. Je quitte par instants l’existence, pour entrer dans le vent et la lumière.
II
Un halo de pastels s’est glissé sous la tente. D’où vient le sable qui me recouvre ? L’Erg Yehoudi s’éveille dans la pénombre. Le vent s’est tu, le sable coloré, le ciel illuminé. Jaune, ocre et orangé. Le sable est encore frais. Dur et compact par endroits. Ailleurs tendre et léger. Et le silence. Quel silence ! Je n’entends que lui. C’est le silence de la terre, quand plus rien ne la peuple. Le silence des berbères, patiemment burinés. Les mots lâchés sont lents. Je me retrouve en eux. En leur pays aride. En l’infini qui nous regarde, et en la nonchalance des jours.
III
Les verres que l’on dépose font des ronds sur le sable. Les grains agglutinés par le thé roulent en bas de la pente. Le jour s’apaise enfin. Lentement. Comme le reste. Les dromadaires entravés s’éloignent vers la source en sautillant. Les dunes étirent leurs ombres, jaunes, orangées, multicolores. Le soleil rougeoyant a disparu derrière les crêtes. Les ombres élastiques se fondent maintenant dans leur masse. Le vent s’est tu. Le silence règne. Et le reflux du sable a laissé derrière lui des cailloux et des traces. Celles de Brahim s’éloignent encore en direction de la montagne. Sa silhouette enténébrée se perdra bientôt dans la nuit. Le murmure du thé dans les verres, et Mohamed qui veut me voir écrire. Raconter son pays. Je n’en sais pas grand-chose. Le vent, le sable, et puis rien d’autre. De la chaleur un peu, et le pas lourd des dromadaires. Eux aussi disparaîtront bientôt, dans les ténèbres d’une nuit sans lune. Les yeux levés vers le ciel, j’attends déjà les étoiles. Ils n’ont pas dû se satisfaire de rien, pour vouloir se perdre encore dans le vide.
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MEHAREE
I
Tôt ce matin, départ des dunes de Mzoueria. Nous gagnons rapidement la hamada, où la marche est aisée, les cailloux fins, le sable volatile. La plaine qui nous attend est vaste. Jusqu’au-delà de l’horizon, des cailloux, des cailloux, des cailloux. Le plus souvent noirs, sur un tapis de sable clair. Nous avons laissé les derniers buissons derrière nous. La marche se fait en ligne droite. Un repère dans le lointain suffit à maintenir le cap. Nous contournons un petit erg orangé. La sensualité des dunes contraste avec la violence des pierres noires. Un puits. Eau claire et bienfaisante. Tout juste un peu saumâtre. Il n’y a personne. Un âne esseulé nous observe. Nous marchons encore et encore. La chaleur m’étourdit. L’horizon, brûlant, tremble dans le lointain. Mes pieds, mes yeux, mes mains s’assèchent. Il faut marcher encore. Et puis enfin, au loin, se dessine la silhouette ocre d’un erg. Un puits, profond, et un arbre. Le bois est compté aujourd’hui. Les petits riens sont tant de choses. Un rien de bois, d’ombre, de feu, de riz, de dattes et de thé suffisent à me requinquer. Tout devient à la fois simple et essentiel. L’esprit du méhariste, soumis à de telles austérités, s’épure. La fatigue me rattrape. Je tire la natte à l’écart, et m’endors. La nuit sans lune est peuplée de milliards d’étoiles. D’araignées, de scorpions, de gerbilles et de poissons.
II
Point de vie, Le puits rassemble. Hommes et animaux. Certains puisent, D’autres boivent. Piétinement des dromadaires, Et puis rafraîchissement. Verse m'en sur la tête Et dans le creux des mains. Je bois à pleines gorgées La fraîcheur de la terre. Celle qui nous est comptée Pour la vie de nos âmes. Demain, un autre puits, Quand sera épuisée La guerba de peau molle Que nous gardons au frais Sous l'ombre d'un palmier.
III
Dieu a créé le désert pour que les hommes se réjouissent à la vue des arbres. Je me souviens de cet adage Touareg. Après trois jours de dunes, de regs et d’oueds, nous atteignons Foum La’lag. L’oasis sacrée. En pas moins de sept heures de marche, nous avons rejoint les palmiers. Quelques jardins autour d’une source, où des femmes lavent des gandouras bleues en silence. Des enfants jouent autour des hommes que nous saluons durablement. L’un après l’autre, ils s’enquièrent de l’état des puits, de la situation des campements, des familles, des troupeaux. Nous partageons le thé et une poignée de dattes. Pour la nuit, nous resterons à l’écart du village. Les dix palmiers qui nous abritent sont un monument végétal. Architecture de la terre. Il ne faut rien y ajouter, ni rien en retirer. Ici, chaque chose est à sa place.
IV
Le soleil encore rasant, et le dromadaire qui piétine. Un peu de bois est rassemblé pour le thé. Il reste du riz de la veille. Et puis des dattes. Toujours des dattes. Nous quittons l’oued, et rejoignons les cailloux du grand reg. Des cailloux noirs, sinistres. Je commence à les aimer, à les connaître un peu. Aucuns ne se ressemblent. Ils sont comme nous. Différents, indifférents. Nous cueillons l’eelk, sève desséchée, coulant des artères de cédras. Jeté dans l’eu bouillante, il donne au thé un doux parfum de caramel. Plus loin sur le reg, quelques touffes asséchées indiquent la présence d’un oued. Nous le longeons jusqu’à la source. La source des marabouts. Posées sur l’horizon, les dunes arrondies me regardent. Silhouettes approximatives dans les nuées crépusculaires.
V
La source des marabouts. Dans le creux des collines. Entre l'erg et le reg. Entre les cailloux et le sable. Quelques palmiers, Le chant d'un oiseau, Une source, Et puis rien. Le soleil et le vent. Douceur du crépuscule Lorsque la chaleur n'est plus Une lourdeur en nos mains.
VI
Au-delà du muret, un jardin. Un jardin sec. Un jardin sec et seul. Immensité close, pour trois fois rien. Les plantes aussi cherchent l’espace. Elles voient venir au loin les dunes de Chigaga. Les dunes qui progressent à pas de grains infimes. Patience de la terre, et patience du jardin. Qui enseigne aux hommes libres la nonchalance des braises. Au-delà du muret, j’entends le thé qu’on verse. Le thé au fond des verres, en attendant après. Et puis le pain. Chaque jour. De la farine à la pâte en l’alchimie de l’eau claire, des gestes ancestraux. Chaque jour. D’abord allumer le feu, jusqu’au rougeoiement des braises. Tout juste avant qu’elles ne meurent. Chaque jour. Déposer une galette fraîche et molle entre le sable et les tisons. Et puis attendre. Chaque jour attendre. Alors le thé. Alors le vent. Lorsque le pain est cuit, cesse le thé, cesse le vent. Les doigts trempés dans l’huile d’olive, et le pain chaud craque sous les dents. Le sable craque avec le pain. Il n’y a maintenant plus d’huile pour le pain, plus de lueur à l’horizon, plus de feu pour le thé, plus d’oiseaux pour le silence. Nous tirons notre natte et notre couverture à l’écart. Une pluie d’étoiles nous éblouit.
VII
Je me réveille le premier ce matin. Le jour se lève aussi. Le soleil est encore derrière les crêtes. La fraîcheur est douce et légère. Je rassemble un peu de bois sec, et allume le feu pour une première théière. Omar se réveille à son tour. Et déjà s’en va au loin, au-delà des collines. Hier, le dromadaire était resté introuvable. L’air inquiet, Omar n’avait plus mangé depuis. Sa précieuse monture s’était égarée à une heure du campement, sans doute attirée par quelque succulent arbrisseau. Pendant que les méharistes se privent, le dromadaire, lui, donne souvent libre cours à son immense gourmandise. Le thé chauffe, je me rince les mains, la bouche et le visage. Je plie ma couverture, et verse de l’huile d’olive près du pain préparé la veille. Moha se réveille à son tour. Pas très matinal aujourd’hui. Le thé est prêt. Un peu de sucre, je verse et je mélange, sans en mettre une goutte à coté. Il est amer et sucré. Tel qu’on le fait par ici. Omar apprécie. Il ne nous reste qu’à charger le chouari, que l’on harnache sur la bosse poilue et molle du dromadaire. Il se plaint. Nous devons le retenir quand il s’agite. Car en plus d’être gourmand, le dromadaire est plutôt râleur. Il faut le tirer pour partir. Devant nous, une journée de soleil, de marche, de vent, de cailloux et de sable. Inch Allah. La marche est aisée. Nous franchissons les uns après les autres de petits cordons de dunes. Le sable est encore frais. Je marche pieds nus. Il est de la couleur de nos plages. Jaune pâle teinté de gris, fin et volatile. Et déjà, devant nous, se dessinent les dunes immenses de l’erg Chigaga. Le sable devient ocre, orangé, parfois tirant sur le rouge. Le vent du sud-ouest souffle très fort. Les ergs se succèdent, de plus en plus difficiles à franchir. Le dromadaire peine. Il n’est pas à l’aise dans les dunes. Ses pas s’enfoncent dans le sable. Il faut sans arrêt le pousser. Nous contournons les pentes les plus raides, nous dirigeant vers un point sombre du paysage. Rapidement, nous parvenons à l’arbre sec, à l’arbre seul. De nouveau, nous déballons quelques affaires, le temps de laisser passer l’heure la plus chaude du jour.
VIII
Enfin seul. Il me regarde, Et je m'incline. Son âge oblige. Probablement centenaire. Sa douce présence Trahit des années de souffrances. Sous les assauts du vent, Des rayons du soleil. On ne lui a pas donné beaucoup, Et lui, sans rien attendre, Aujourd'hui tant me donne. Je l'ai désiré, Il est venu. Je l'ai vu de si loin Sans le perdre des yeux. Je l'ai frôlé doucement, Et puis me suis assis, Humble et silencieux, Sous l'arbre seul.
IX
La première chose à faire est de rassembler quelques branches. Le thé, unique remontant, chauffe. Puis étaler la couverture, couper deux tomates et un oignon. Ce sont nos derniers légumes. Un peu de pain, des sardines en boite et de l’huile. Et puis du thé. La sieste est difficile. Le vent souffle vraiment très fort. Le sable s’immisce en chaque recoin de mon chèche. Les monuments de sable m’attirent. Je ne peux rester là, à les regarder. Je veux les piétiner, sentir cette poudre orange entre mes doigts, sentir la brûlure du désert. Le soleil est au zénith. J’ajuste mon turban. Mes pieds s’enfoncent dans le sable brûlant. Le vent souffle, dans un assourdissant silence. Cet océan de poussière ocre me fait perdre la tête. Rapidement les repères disparaissent. J’ai le vertige. Le vent nous chasse. Nous devons retrouver les cailloux. La tempête menace. Nous trouverons un puits, en marchant vers le nord ouest. Le pas est franc. Les petites dunes se succèdent. Quelques arbres timides font des taches vertes, sur l’immensité bleue du ciel. Etourdissante perfection, harmonie des couleurs et des formes, dans la fureur des éléments. Nous marchons encore. Le dromadaire peine. Mes jambes sont lourdes. Enfin, le puits. Déchargement du chouari, collecte du bois, préparation du thé. Rituel instinctif. Moha et moi, les poches remplies de dattes, nous perchons sur la branche d’un arbre. Nous grignotons nos sucreries, comme deux enfants loin des regards. Complicité silencieuse. Nous attendons, muets, que les ombres du soir, féeriques, s’étirent sur le sable des dunes. Le soleil rougeoie, le vent fraîchit. Je me suis enfin habitué au rythme de marche quotidien. Aujourd’hui, cinquante kilomètres. Je ne suis pas fatigué. Par contre, mon turban sent la sueur, le feu de bois, le dromadaire et le thé. Mes yeux sont pleins de sable et mes pieds se dessèchent. Ma peau est colorée et je fais des gags en arabe. Je remplis mes poches de crottes laissées par un dromadaire. Je les jette en pluie sur Moha. Nous rions, et de nouveau le silence.
X
Un autre puits. Et des odeurs. La vie qui laisse des traces. Des crottes. Eau et terre mélangées Moisissent. Odeur portée par le vent Comme un témoignage vital. Un feu abandonné. Une chèvre hors du troupeau. Une corde, Un bidon, Un morceau de fer Et, Personne. Le silence et cette odeur. Putréfaction végétale Dans une fournaise minérale. Vide. Absurde. Et qui ne semble vivante Que par ces traces abandonnées.
XI
La marche est longue ce matin. D’abord quitter les ergs de sable, et rejoindre la source. Les dunes de Chigaga disparaissent derrière l’horizon. Les plateaux rocheux se succèdent. Sans végétation. Les heures sont interminables. Le vent souffle de l’est. Trop sec, en plein visage. Le soleil est immense. Sur une interminable plaine de cailloux noirs, un caméléon. Et puis un arbre nous invite. Le premier, le seul. Un arbre sans feuilles. Tout juste un buisson d’épines. Le dromadaire n’en veut pas. Mais qu’ont donc fait les hommes pour mériter une terre aussi ingrate ? Futile végétation, sur un plateau stérile. Nous en cassons une branche pour chauffer la théière. Un gamin nous rejoint. Ses chèvres sont plus loin, aux abords d’un oued où survit la broussaille. Il est timide, fatigué, affamé. Nous lui offrons de notre riz, et puis un verre de thé. A peine a-t-il fini qu’il se réfugie parmi les branches. Point de vue isolé, au-delà de l’attention des adultes. Ceux là ne regardent pas en l’air pour y rejoindre par moments la douceur de leurs rêves. Des rêves de leurs enfants.
XII
Reg. Ou comment dire le vide et l'absence. L'immensité de la terre Où rien ne vit. Lieu de passage, Non pas demeure. Il y a trop de cailloux Pour un troupeau. Trop de cailloux, pas assez d'eau. Rien ne pousse. Que la chaleur suffocante Brûlant des milliards de pierres noires. Des cailloux insensés, Sombres et stériles. Vaste plaine à traverser, Sans rien à l'horizon. Pour aller d'un puits à un autre. Et de cet autre au suivant. Comme des points de suspension Livrant la terre au silence.
XIII
La nuit approche. Nous pressons le pas. Puis arrivons enfin. La famille d’Omar nous accueille. Deux vastes tentes en poil de chèvre, d’hasardeuses constructions en pierre, en ruine, et un abri en paille. Tout le reste au milieu. Les femmes et les jeunes filles s’affairent, les chèvres et les poules, un feu de bois pour le thé, des jarres gardant l’eau fraîche, une meule pour la farine, des gamelles, des nippes et quelques jeux d’enfants. Une vaste natte pour nous trois, des couvertures et des coussins. Les hommes sont au loin avec les troupeaux. Le thé est servi. Les jeunes filles s’agitent. Le pain est chaud et croustillant. L’huile d’olive dégouline. Et puis des lentilles, du pain, du thé. Les yeux posés sur l’horizon, tous attendent un croissant de lune. Un fin croissant, le premier, comme une renaissance. Le ramadan peut alors commencer. Ce soir, la radio tamazight psalmodie en arabe les versets du Coran. Il n’y a de Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète. L’humeur est joyeuse. Tout est subtilement différent. Même si, à la lueur de la bougie, rien ne semble vraiment avoir changé.
XIV
Seul, un croissant de lune Descend sur l’horizon. Le ciel s’enivre A l’appel du muezzin. Le cœur est à la fête. La radio psalmodie Des versets en arabe, Etouffés par le chant des femmes. Sous la tente, Le thé coule toujours.
Jour de carême. Hammo ne mange pas. Mes doigts dégoulinent Au dessus d'une soupe aux lentilles. Le pain est frais et croustillant. Les chèvres se sont tues. Le vent aussi, S'évanouit derrière les dunes. Sous la tente, Le thé coule toujours.
Rupture du jeune Lorsqu’on ne distingue plus Un fil blanc d’un fil noir. Le thé coule à flot, Le pain, Les dattes. Retrouvailles généreuses Autour de la famille assemblée. Sous la tente, Le thé coule toujours.
XV
Le jour se lève sur le campement. Les chèvres et les femmes, les vieillards et les enfants, les hommes. Le ciel rouge et lointain pâlit. D’un bout à l’autre de la plaine, la terre s’éclaircie peu à peu. La vie s’éveille dans les ténèbres. Je profite encore de la pénombre pour me cacher non loin, silhouette accroupie derrière un buisson d’épines. Un troupeau de chèvres s’agite. Une fillette chantonne. Une bouilloire grince. Et déjà l’odeur du feu de bois. L’odeur de la vie. Alors qu’un vieillard s’installe pour la journée, entre un enfant à moitié nu et un tas d’ustensiles. Sur un tapis de laine, Omar est allongé. Moha bavarde. La théière au milieu. Je remplis, un par un, les verres en rond sur un plateau doré. Le va-et-vient est familier. Le puits, le moulin, le four. Au dehors, les cailloux. Les cailloux et le soleil. Jusqu’aux ergs oranges que je devine à l’horizon. Il est presque midi. Le silence est tombé sur les tentes. Inattendu. Premier jour de carême. Où l’on s’économise. La journée est encore longue. La chaleur sur le reg tremble dans le lointain.
XVI
Comment décrire les dunes, Quand tant a été dit, Et si peu à la fois. Sable nomade, Poussière en errance. Courbes éphémères et folles. Plénitude de l'absence. Isolement Et lumière. Brûlure inoubliable Au fond du coeur et des yeux. Abandon au silence Et puis retour parmi les siens. Les dunes sont un passage, Jamais un but. Elles n'existent que par l'absence du reste. Et c'est peut-être ainsi Qu'elles résonnent et nourrissent Tous ceux que le désert accepte.
XVII
Repas de sardines et de pain. Thé, huile. Nous n’avons plus de légumes. Le bois manque pour cuire quoi que ce soit. Le puits est ensablé, alors l’eau se fait rare. Nous nous contentons de peu. Et cela nous convient. Je me souviens de cet adage Maure : qui ne se satisfait pas de peu, ne se satisfait pas de beaucoup. Aujourd’hui, nous n’avons pas le choix.
XVIII
Un dernier cordon de dunes à franchir. Loin au-delà des cailloux, l’erg Yehoudi est posé sur la hamada. L’erg Yehoudi est en vue. Et le campement nous y attend peut-être. Plus que cinq heures de marche, tout au plus. Encore cinq heures de marche. Cinq longues heures. Interminables. Ensemble, Omar, Moha et moi explosons de joie. Nous sommes partis inconnus, nous arriverons comme des frères. Les dunes s’élargissent peu à peu. Le paysage se mue en de multiples détails. Un point devient une tente, une ligne courbe offre un passage, et le silence murmure, le bruit des cailloux sous nos pas. Pendant ces deux semaines, le campement nous attendait. Lahcen était là. Quelques dromadaires, des tentes, un chien. Notre compagnon ruminant est déchargé. Il fait quelques pas au loin, de nouveau libre. Personne n’en saura rien. Sous la tente, je m’allonge sur un tapis. La fatigue m’envahit soudain. Et la chaleur devient pesante. Le vent me manque déjà. Je ressens dans mes yeux le regard lointain des nomades. Besoin de scruter l’horizon, toujours plus en détail. Et la lumière jaune. Très jaune. Telle que je l’aime. Sous les cieux unis du désert. D’un bout à l’autre, l’horizon, jaune.
XIX
Le thé, Trois fois bu et partagé. Après des heures de hamada, Le silence est rompu, Enfin, Par ce murmure au fond des verres.
XX
Et le sable des dunes Sous le vent Fond comme neige au soleil
XXI
Le sable entre mes doigts Colle Souvenir malgré lui Glissé au fond des poches
XXII
L’oiseau ne nous a pas quitté. Fidèle. Oiseau de bon augure, Sans doute. Noir brillant. Tête blanche et queue blanche. Un oiseau silencieux Trouvé de branche en branche Lorsque nos pas nous en donnaient. Là où se trouve l’oiseau, Se trouve aussi la vie. L’eau, bien sûr, Et le bois. Chaque jour et pas à pas, Bou b’chour ne nous a pas quitté.
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ERG YEHOUDI
I
De Zagora à Tagounite, à peine deux heures de taxi. Bientôt, Anega, un dernier col à franchir. Au-delà, le désert. Il fait déjà nuit, et la 4L s’ébroue sur le chemin. Les ensablements se succèdent. Il faut souvent descendre pour pousser. Et puis le campement se détache. Silhouette aplatie des tentes sous le poudroiement des étoiles. Trois verres de thé sur les tapis. Une bougie dans un coin, et le sommeil qui vient très vite. Le vent souffle très fort. Le sable me remplit les yeux. J’aime sentir cette chaleur, cette aridité des bourrasques, cette lueur ténue à l’horizon, dans les nuées sablonneuses évaporées par le vent. Au loin, une kasbah isolée s’endort. Je me nourri de cette absence. Je quitte par instants l’existence, pour entrer dans le vent et la lumière.
II
Un halo de pastels s’est glissé sous la tente. D’où vient le sable qui me recouvre ? L’Erg Yehoudi s’éveille dans la pénombre. Le vent s’est tu, le sable coloré, le ciel illuminé. Jaune, ocre et orangé. Le sable est encore frais. Dur et compact par endroits. Ailleurs tendre et léger. Et le silence. Quel silence ! Je n’entends que lui. C’est le silence de la terre, quand plus rien ne la peuple. Le silence des berbères, patiemment burinés. Les mots lâchés sont lents. Je me retrouve en eux. En leur pays aride. En l’infini qui nous regarde, et en la nonchalance des jours.
III
Les verres que l’on dépose font des ronds sur le sable. Les grains agglutinés par le thé roulent en bas de la pente. Le jour s’apaise enfin. Lentement. Comme le reste. Les dromadaires entravés s’éloignent vers la source en sautillant. Les dunes étirent leurs ombres, jaunes, orangées, multicolores. Le soleil rougeoyant a disparu derrière les crêtes. Les ombres élastiques se fondent maintenant dans leur masse. Le vent s’est tu. Le silence règne. Et le reflux du sable a laissé derrière lui des cailloux et des traces. Celles de Brahim s’éloignent encore en direction de la montagne. Sa silhouette enténébrée se perdra bientôt dans la nuit. Le murmure du thé dans les verres, et Mohamed qui veut me voir écrire. Raconter son pays. Je n’en sais pas grand-chose. Le vent, le sable, et puis rien d’autre. De la chaleur un peu, et le pas lourd des dromadaires. Eux aussi disparaîtront bientôt, dans les ténèbres d’une nuit sans lune. Les yeux levés vers le ciel, j’attends déjà les étoiles. Ils n’ont pas dû se satisfaire de rien, pour vouloir se perdre encore dans le vide.
* *******************
MEHAREE
I
Tôt ce matin, départ des dunes de Mzoueria. Nous gagnons rapidement la hamada, où la marche est aisée, les cailloux fins, le sable volatile. La plaine qui nous attend est vaste. Jusqu’au-delà de l’horizon, des cailloux, des cailloux, des cailloux. Le plus souvent noirs, sur un tapis de sable clair. Nous avons laissé les derniers buissons derrière nous. La marche se fait en ligne droite. Un repère dans le lointain suffit à maintenir le cap. Nous contournons un petit erg orangé. La sensualité des dunes contraste avec la violence des pierres noires. Un puits. Eau claire et bienfaisante. Tout juste un peu saumâtre. Il n’y a personne. Un âne esseulé nous observe. Nous marchons encore et encore. La chaleur m’étourdit. L’horizon, brûlant, tremble dans le lointain. Mes pieds, mes yeux, mes mains s’assèchent. Il faut marcher encore. Et puis enfin, au loin, se dessine la silhouette ocre d’un erg. Un puits, profond, et un arbre. Le bois est compté aujourd’hui. Les petits riens sont tant de choses. Un rien de bois, d’ombre, de feu, de riz, de dattes et de thé suffisent à me requinquer. Tout devient à la fois simple et essentiel. L’esprit du méhariste, soumis à de telles austérités, s’épure. La fatigue me rattrape. Je tire la natte à l’écart, et m’endors. La nuit sans lune est peuplée de milliards d’étoiles. D’araignées, de scorpions, de gerbilles et de poissons.
II
Point de vie, Le puits rassemble. Hommes et animaux. Certains puisent, D’autres boivent. Piétinement des dromadaires, Et puis rafraîchissement. Verse m'en sur la tête Et dans le creux des mains. Je bois à pleines gorgées La fraîcheur de la terre. Celle qui nous est comptée Pour la vie de nos âmes. Demain, un autre puits, Quand sera épuisée La guerba de peau molle Que nous gardons au frais Sous l'ombre d'un palmier.
III
Dieu a créé le désert pour que les hommes se réjouissent à la vue des arbres. Je me souviens de cet adage Touareg. Après trois jours de dunes, de regs et d’oueds, nous atteignons Foum La’lag. L’oasis sacrée. En pas moins de sept heures de marche, nous avons rejoint les palmiers. Quelques jardins autour d’une source, où des femmes lavent des gandouras bleues en silence. Des enfants jouent autour des hommes que nous saluons durablement. L’un après l’autre, ils s’enquièrent de l’état des puits, de la situation des campements, des familles, des troupeaux. Nous partageons le thé et une poignée de dattes. Pour la nuit, nous resterons à l’écart du village. Les dix palmiers qui nous abritent sont un monument végétal. Architecture de la terre. Il ne faut rien y ajouter, ni rien en retirer. Ici, chaque chose est à sa place.
IV
Le soleil encore rasant, et le dromadaire qui piétine. Un peu de bois est rassemblé pour le thé. Il reste du riz de la veille. Et puis des dattes. Toujours des dattes. Nous quittons l’oued, et rejoignons les cailloux du grand reg. Des cailloux noirs, sinistres. Je commence à les aimer, à les connaître un peu. Aucuns ne se ressemblent. Ils sont comme nous. Différents, indifférents. Nous cueillons l’eelk, sève desséchée, coulant des artères de cédras. Jeté dans l’eu bouillante, il donne au thé un doux parfum de caramel. Plus loin sur le reg, quelques touffes asséchées indiquent la présence d’un oued. Nous le longeons jusqu’à la source. La source des marabouts. Posées sur l’horizon, les dunes arrondies me regardent. Silhouettes approximatives dans les nuées crépusculaires.
V
La source des marabouts. Dans le creux des collines. Entre l'erg et le reg. Entre les cailloux et le sable. Quelques palmiers, Le chant d'un oiseau, Une source, Et puis rien. Le soleil et le vent. Douceur du crépuscule Lorsque la chaleur n'est plus Une lourdeur en nos mains.
VI
Au-delà du muret, un jardin. Un jardin sec. Un jardin sec et seul. Immensité close, pour trois fois rien. Les plantes aussi cherchent l’espace. Elles voient venir au loin les dunes de Chigaga. Les dunes qui progressent à pas de grains infimes. Patience de la terre, et patience du jardin. Qui enseigne aux hommes libres la nonchalance des braises. Au-delà du muret, j’entends le thé qu’on verse. Le thé au fond des verres, en attendant après. Et puis le pain. Chaque jour. De la farine à la pâte en l’alchimie de l’eau claire, des gestes ancestraux. Chaque jour. D’abord allumer le feu, jusqu’au rougeoiement des braises. Tout juste avant qu’elles ne meurent. Chaque jour. Déposer une galette fraîche et molle entre le sable et les tisons. Et puis attendre. Chaque jour attendre. Alors le thé. Alors le vent. Lorsque le pain est cuit, cesse le thé, cesse le vent. Les doigts trempés dans l’huile d’olive, et le pain chaud craque sous les dents. Le sable craque avec le pain. Il n’y a maintenant plus d’huile pour le pain, plus de lueur à l’horizon, plus de feu pour le thé, plus d’oiseaux pour le silence. Nous tirons notre natte et notre couverture à l’écart. Une pluie d’étoiles nous éblouit.
VII
Je me réveille le premier ce matin. Le jour se lève aussi. Le soleil est encore derrière les crêtes. La fraîcheur est douce et légère. Je rassemble un peu de bois sec, et allume le feu pour une première théière. Omar se réveille à son tour. Et déjà s’en va au loin, au-delà des collines. Hier, le dromadaire était resté introuvable. L’air inquiet, Omar n’avait plus mangé depuis. Sa précieuse monture s’était égarée à une heure du campement, sans doute attirée par quelque succulent arbrisseau. Pendant que les méharistes se privent, le dromadaire, lui, donne souvent libre cours à son immense gourmandise. Le thé chauffe, je me rince les mains, la bouche et le visage. Je plie ma couverture, et verse de l’huile d’olive près du pain préparé la veille. Moha se réveille à son tour. Pas très matinal aujourd’hui. Le thé est prêt. Un peu de sucre, je verse et je mélange, sans en mettre une goutte à coté. Il est amer et sucré. Tel qu’on le fait par ici. Omar apprécie. Il ne nous reste qu’à charger le chouari, que l’on harnache sur la bosse poilue et molle du dromadaire. Il se plaint. Nous devons le retenir quand il s’agite. Car en plus d’être gourmand, le dromadaire est plutôt râleur. Il faut le tirer pour partir. Devant nous, une journée de soleil, de marche, de vent, de cailloux et de sable. Inch Allah. La marche est aisée. Nous franchissons les uns après les autres de petits cordons de dunes. Le sable est encore frais. Je marche pieds nus. Il est de la couleur de nos plages. Jaune pâle teinté de gris, fin et volatile. Et déjà, devant nous, se dessinent les dunes immenses de l’erg Chigaga. Le sable devient ocre, orangé, parfois tirant sur le rouge. Le vent du sud-ouest souffle très fort. Les ergs se succèdent, de plus en plus difficiles à franchir. Le dromadaire peine. Il n’est pas à l’aise dans les dunes. Ses pas s’enfoncent dans le sable. Il faut sans arrêt le pousser. Nous contournons les pentes les plus raides, nous dirigeant vers un point sombre du paysage. Rapidement, nous parvenons à l’arbre sec, à l’arbre seul. De nouveau, nous déballons quelques affaires, le temps de laisser passer l’heure la plus chaude du jour.
VIII
Enfin seul. Il me regarde, Et je m'incline. Son âge oblige. Probablement centenaire. Sa douce présence Trahit des années de souffrances. Sous les assauts du vent, Des rayons du soleil. On ne lui a pas donné beaucoup, Et lui, sans rien attendre, Aujourd'hui tant me donne. Je l'ai désiré, Il est venu. Je l'ai vu de si loin Sans le perdre des yeux. Je l'ai frôlé doucement, Et puis me suis assis, Humble et silencieux, Sous l'arbre seul.
IX
La première chose à faire est de rassembler quelques branches. Le thé, unique remontant, chauffe. Puis étaler la couverture, couper deux tomates et un oignon. Ce sont nos derniers légumes. Un peu de pain, des sardines en boite et de l’huile. Et puis du thé. La sieste est difficile. Le vent souffle vraiment très fort. Le sable s’immisce en chaque recoin de mon chèche. Les monuments de sable m’attirent. Je ne peux rester là, à les regarder. Je veux les piétiner, sentir cette poudre orange entre mes doigts, sentir la brûlure du désert. Le soleil est au zénith. J’ajuste mon turban. Mes pieds s’enfoncent dans le sable brûlant. Le vent souffle, dans un assourdissant silence. Cet océan de poussière ocre me fait perdre la tête. Rapidement les repères disparaissent. J’ai le vertige. Le vent nous chasse. Nous devons retrouver les cailloux. La tempête menace. Nous trouverons un puits, en marchant vers le nord ouest. Le pas est franc. Les petites dunes se succèdent. Quelques arbres timides font des taches vertes, sur l’immensité bleue du ciel. Etourdissante perfection, harmonie des couleurs et des formes, dans la fureur des éléments. Nous marchons encore. Le dromadaire peine. Mes jambes sont lourdes. Enfin, le puits. Déchargement du chouari, collecte du bois, préparation du thé. Rituel instinctif. Moha et moi, les poches remplies de dattes, nous perchons sur la branche d’un arbre. Nous grignotons nos sucreries, comme deux enfants loin des regards. Complicité silencieuse. Nous attendons, muets, que les ombres du soir, féeriques, s’étirent sur le sable des dunes. Le soleil rougeoie, le vent fraîchit. Je me suis enfin habitué au rythme de marche quotidien. Aujourd’hui, cinquante kilomètres. Je ne suis pas fatigué. Par contre, mon turban sent la sueur, le feu de bois, le dromadaire et le thé. Mes yeux sont pleins de sable et mes pieds se dessèchent. Ma peau est colorée et je fais des gags en arabe. Je remplis mes poches de crottes laissées par un dromadaire. Je les jette en pluie sur Moha. Nous rions, et de nouveau le silence.
X
Un autre puits. Et des odeurs. La vie qui laisse des traces. Des crottes. Eau et terre mélangées Moisissent. Odeur portée par le vent Comme un témoignage vital. Un feu abandonné. Une chèvre hors du troupeau. Une corde, Un bidon, Un morceau de fer Et, Personne. Le silence et cette odeur. Putréfaction végétale Dans une fournaise minérale. Vide. Absurde. Et qui ne semble vivante Que par ces traces abandonnées.
XI
La marche est longue ce matin. D’abord quitter les ergs de sable, et rejoindre la source. Les dunes de Chigaga disparaissent derrière l’horizon. Les plateaux rocheux se succèdent. Sans végétation. Les heures sont interminables. Le vent souffle de l’est. Trop sec, en plein visage. Le soleil est immense. Sur une interminable plaine de cailloux noirs, un caméléon. Et puis un arbre nous invite. Le premier, le seul. Un arbre sans feuilles. Tout juste un buisson d’épines. Le dromadaire n’en veut pas. Mais qu’ont donc fait les hommes pour mériter une terre aussi ingrate ? Futile végétation, sur un plateau stérile. Nous en cassons une branche pour chauffer la théière. Un gamin nous rejoint. Ses chèvres sont plus loin, aux abords d’un oued où survit la broussaille. Il est timide, fatigué, affamé. Nous lui offrons de notre riz, et puis un verre de thé. A peine a-t-il fini qu’il se réfugie parmi les branches. Point de vue isolé, au-delà de l’attention des adultes. Ceux là ne regardent pas en l’air pour y rejoindre par moments la douceur de leurs rêves. Des rêves de leurs enfants.
XII
Reg. Ou comment dire le vide et l'absence. L'immensité de la terre Où rien ne vit. Lieu de passage, Non pas demeure. Il y a trop de cailloux Pour un troupeau. Trop de cailloux, pas assez d'eau. Rien ne pousse. Que la chaleur suffocante Brûlant des milliards de pierres noires. Des cailloux insensés, Sombres et stériles. Vaste plaine à traverser, Sans rien à l'horizon. Pour aller d'un puits à un autre. Et de cet autre au suivant. Comme des points de suspension Livrant la terre au silence.
XIII
La nuit approche. Nous pressons le pas. Puis arrivons enfin. La famille d’Omar nous accueille. Deux vastes tentes en poil de chèvre, d’hasardeuses constructions en pierre, en ruine, et un abri en paille. Tout le reste au milieu. Les femmes et les jeunes filles s’affairent, les chèvres et les poules, un feu de bois pour le thé, des jarres gardant l’eau fraîche, une meule pour la farine, des gamelles, des nippes et quelques jeux d’enfants. Une vaste natte pour nous trois, des couvertures et des coussins. Les hommes sont au loin avec les troupeaux. Le thé est servi. Les jeunes filles s’agitent. Le pain est chaud et croustillant. L’huile d’olive dégouline. Et puis des lentilles, du pain, du thé. Les yeux posés sur l’horizon, tous attendent un croissant de lune. Un fin croissant, le premier, comme une renaissance. Le ramadan peut alors commencer. Ce soir, la radio tamazight psalmodie en arabe les versets du Coran. Il n’y a de Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète. L’humeur est joyeuse. Tout est subtilement différent. Même si, à la lueur de la bougie, rien ne semble vraiment avoir changé.
XIV
Seul, un croissant de lune Descend sur l’horizon. Le ciel s’enivre A l’appel du muezzin. Le cœur est à la fête. La radio psalmodie Des versets en arabe, Etouffés par le chant des femmes. Sous la tente, Le thé coule toujours.
Jour de carême. Hammo ne mange pas. Mes doigts dégoulinent Au dessus d'une soupe aux lentilles. Le pain est frais et croustillant. Les chèvres se sont tues. Le vent aussi, S'évanouit derrière les dunes. Sous la tente, Le thé coule toujours.
Rupture du jeune Lorsqu’on ne distingue plus Un fil blanc d’un fil noir. Le thé coule à flot, Le pain, Les dattes. Retrouvailles généreuses Autour de la famille assemblée. Sous la tente, Le thé coule toujours.
XV
Le jour se lève sur le campement. Les chèvres et les femmes, les vieillards et les enfants, les hommes. Le ciel rouge et lointain pâlit. D’un bout à l’autre de la plaine, la terre s’éclaircie peu à peu. La vie s’éveille dans les ténèbres. Je profite encore de la pénombre pour me cacher non loin, silhouette accroupie derrière un buisson d’épines. Un troupeau de chèvres s’agite. Une fillette chantonne. Une bouilloire grince. Et déjà l’odeur du feu de bois. L’odeur de la vie. Alors qu’un vieillard s’installe pour la journée, entre un enfant à moitié nu et un tas d’ustensiles. Sur un tapis de laine, Omar est allongé. Moha bavarde. La théière au milieu. Je remplis, un par un, les verres en rond sur un plateau doré. Le va-et-vient est familier. Le puits, le moulin, le four. Au dehors, les cailloux. Les cailloux et le soleil. Jusqu’aux ergs oranges que je devine à l’horizon. Il est presque midi. Le silence est tombé sur les tentes. Inattendu. Premier jour de carême. Où l’on s’économise. La journée est encore longue. La chaleur sur le reg tremble dans le lointain.
XVI
Comment décrire les dunes, Quand tant a été dit, Et si peu à la fois. Sable nomade, Poussière en errance. Courbes éphémères et folles. Plénitude de l'absence. Isolement Et lumière. Brûlure inoubliable Au fond du coeur et des yeux. Abandon au silence Et puis retour parmi les siens. Les dunes sont un passage, Jamais un but. Elles n'existent que par l'absence du reste. Et c'est peut-être ainsi Qu'elles résonnent et nourrissent Tous ceux que le désert accepte.
XVII
Repas de sardines et de pain. Thé, huile. Nous n’avons plus de légumes. Le bois manque pour cuire quoi que ce soit. Le puits est ensablé, alors l’eau se fait rare. Nous nous contentons de peu. Et cela nous convient. Je me souviens de cet adage Maure : qui ne se satisfait pas de peu, ne se satisfait pas de beaucoup. Aujourd’hui, nous n’avons pas le choix.
XVIII
Un dernier cordon de dunes à franchir. Loin au-delà des cailloux, l’erg Yehoudi est posé sur la hamada. L’erg Yehoudi est en vue. Et le campement nous y attend peut-être. Plus que cinq heures de marche, tout au plus. Encore cinq heures de marche. Cinq longues heures. Interminables. Ensemble, Omar, Moha et moi explosons de joie. Nous sommes partis inconnus, nous arriverons comme des frères. Les dunes s’élargissent peu à peu. Le paysage se mue en de multiples détails. Un point devient une tente, une ligne courbe offre un passage, et le silence murmure, le bruit des cailloux sous nos pas. Pendant ces deux semaines, le campement nous attendait. Lahcen était là. Quelques dromadaires, des tentes, un chien. Notre compagnon ruminant est déchargé. Il fait quelques pas au loin, de nouveau libre. Personne n’en saura rien. Sous la tente, je m’allonge sur un tapis. La fatigue m’envahit soudain. Et la chaleur devient pesante. Le vent me manque déjà. Je ressens dans mes yeux le regard lointain des nomades. Besoin de scruter l’horizon, toujours plus en détail. Et la lumière jaune. Très jaune. Telle que je l’aime. Sous les cieux unis du désert. D’un bout à l’autre, l’horizon, jaune.
XIX
Le thé, Trois fois bu et partagé. Après des heures de hamada, Le silence est rompu, Enfin, Par ce murmure au fond des verres.
XX
Et le sable des dunes Sous le vent Fond comme neige au soleil
XXI
Le sable entre mes doigts Colle Souvenir malgré lui Glissé au fond des poches
XXII
L’oiseau ne nous a pas quitté. Fidèle. Oiseau de bon augure, Sans doute. Noir brillant. Tête blanche et queue blanche. Un oiseau silencieux Trouvé de branche en branche Lorsque nos pas nous en donnaient. Là où se trouve l’oiseau, Se trouve aussi la vie. L’eau, bien sûr, Et le bois. Chaque jour et pas à pas, Bou b’chour ne nous a pas quitté.
* *******************
Hi there,
Last February, I made a trip using "public transport" from France to southern Senegal via Spain, Morocco, Western Sahara, and Mauritania.
It’s a journey of about 5,000 km, where I took trains (as far as Marrakech), ferries (to cross Gibraltar and then to reach Casamance from Dakar), and mostly buses on the long desert straightaways. I hadn’t planned any stops in advance or booked any hotels, except for the very first train to Spain, which left plenty of room for the unexpected. Why travel by land and sea? In recent years, flight-free travel has been gaining popularity. On social media, posts explaining how to cross Europe by train as quickly as possible go viral. Traveling without flying—and making sure people know about it—has become a great way to earn a badge of eco-responsibility: an essential totem for anyone wanting to prove both their dedication to the ecological cause and the wisdom of slow travel. I haven’t flown in years, and this journey to West Africa could easily be filed under "responsible travel." But it wouldn’t be honest to say that: in reality, it wasn’t really my aversion to flying that motivated this long trek. I see overland travel primarily as a way to experience the world’s geography at a grounded, earthly pace—the pace of the locals. Besides, I’ll be flying back, which disqualifies any claim to being a model of sustainability. So no eco-badge, and no adventurer’s badge either: you won’t find any heroic tales of camel rides in lost lands or mineral train wagons in this account (popular with influencers, the Mauritania iron ore train now attracts tourists from all over the world, turning "the experience" into something you "have to do at least once in your life"). This five-part story, written on the road, has no other ambition than to recount a journey through places and people, and to share the thoughts they inspire in me. As simply and, I hope, as humbly as possible.
I’m posting the episodes here, which you can also find on my blog (with more photos) at the following links:
Episode 1: Spain, from Avignon to Algeciras
Episode 2: Morocco, from Tangier to Tarfaya
Episode 3: Western Sahara, from Tarfaya to Guerguerat
Episode 4: Mauritania, from Guerguerat to Nouakchott
Episode 5: Senegal, from Rosso to Saloulou
To help those who might want to make the same trip, I’ve also put together a summary of the route with recommendations—you can read it at the end of the story and on the blog: From France to Senegal Without Flying: Route and Itinerary Recommendations
Happy reading, and safe travels!
Last February, I made a trip using "public transport" from France to southern Senegal via Spain, Morocco, Western Sahara, and Mauritania.
It’s a journey of about 5,000 km, where I took trains (as far as Marrakech), ferries (to cross Gibraltar and then to reach Casamance from Dakar), and mostly buses on the long desert straightaways. I hadn’t planned any stops in advance or booked any hotels, except for the very first train to Spain, which left plenty of room for the unexpected. Why travel by land and sea? In recent years, flight-free travel has been gaining popularity. On social media, posts explaining how to cross Europe by train as quickly as possible go viral. Traveling without flying—and making sure people know about it—has become a great way to earn a badge of eco-responsibility: an essential totem for anyone wanting to prove both their dedication to the ecological cause and the wisdom of slow travel. I haven’t flown in years, and this journey to West Africa could easily be filed under "responsible travel." But it wouldn’t be honest to say that: in reality, it wasn’t really my aversion to flying that motivated this long trek. I see overland travel primarily as a way to experience the world’s geography at a grounded, earthly pace—the pace of the locals. Besides, I’ll be flying back, which disqualifies any claim to being a model of sustainability. So no eco-badge, and no adventurer’s badge either: you won’t find any heroic tales of camel rides in lost lands or mineral train wagons in this account (popular with influencers, the Mauritania iron ore train now attracts tourists from all over the world, turning "the experience" into something you "have to do at least once in your life"). This five-part story, written on the road, has no other ambition than to recount a journey through places and people, and to share the thoughts they inspire in me. As simply and, I hope, as humbly as possible.
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Episode 1: Spain, from Avignon to Algeciras
Episode 2: Morocco, from Tangier to Tarfaya
Episode 3: Western Sahara, from Tarfaya to Guerguerat
Episode 4: Mauritania, from Guerguerat to Nouakchott
Episode 5: Senegal, from Rosso to Saloulou
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Je n'y reviens plus, le voyage date. Je le publie cependant parce que le pays n'a sans doute pas bougé au point de rendre le récit obsolète et que les étonnantes beautés du pays méritent d'être exposées ici.
Samedi 31 mai 2014 Mulhouse - Marrakech
Un vol qui se tire sur 3 heures trente. Tout roule stress free jusqu’au poste de l’immigration. Comme un peu partout, chacun doit remplir un petit formulaire d’identité avec son adresse d’arrivée. C’est quand il faut le soumettre à un douanier avec ton passeport que ça coince. On voit tout de suite que les files d’attente sont disproportionnées en regard du nombre de douaniers superviseurs. J’oriente Dom sur une file plus à gauche qui évolue visiblement plus vite que les files centrales. Puis je l’entraîne fermement vers l’extrême gauche où il me semble avoir décelé l’ouverture d’un nouveau guichet. C’était une erreur. Grave. Parce que cette file-là se distingue par la lenteur avec laquelle l’agent de sécurité effectue ses contrôles. A raison de 10 minutes par personne, sachant qu’il y en a une quinzaine devant nous, il y en a pour deux heures et demies. L’attente devient une torture. Tout le monde devient nerveux. On regarde avec envie passer sur les autres files des gens initialement très loin derrière nous. T’as un peu envie de râler. Un conseil, retiens-toi ! T’as pas idée à quel point un douanier énervé peut te pourrir la vie ! La consigne : rester calme et prendre sur soi. Une fois l’obstacle passé, un taxi et zou, on se retrouve au Gallia, un hôtel sans prétention mais ravissant à deux pas de la place Jama El Fna. Cette place est hallucinante ! Elle grouille de monde. Toi, tu es bien blanc avec ton appareil photo, t’as tout d’un coup une myriade de gens qui te veulent du bien ! Tu es comme un porte-monnaie en vadrouille !


On a rencart avec des amis en promenade ici avec le comité d'établissement de leur employeur.


On est pleinement dans nos rôles de touristes, on mange dans les restos taillés pour ça, avec des filles qui nous font la danse du ventre qui insistent pour qu'on participe au truc... On se laisse faire, on est pas bégueule, on passe une bonne soirée, on va pas bouder notre plaisir...


dimanche 1er juin 2014 Marrakech
Petit déje très sympa dans le patio de l’hôtel, un authentique Riad, très joliment décoré.


Initialement, on avait prévu une virée dans l’Atlas mais on s’est trouvé naturellement à flâner au hasard, dans la ville. On se retrouve sans y penser au milieu du labyrinthe du souk central. Tu en prends plein les mirettes, les oreilles et surtout les naseaux !

Samedi 31 mai 2014 Mulhouse - Marrakech
Un vol qui se tire sur 3 heures trente. Tout roule stress free jusqu’au poste de l’immigration. Comme un peu partout, chacun doit remplir un petit formulaire d’identité avec son adresse d’arrivée. C’est quand il faut le soumettre à un douanier avec ton passeport que ça coince. On voit tout de suite que les files d’attente sont disproportionnées en regard du nombre de douaniers superviseurs. J’oriente Dom sur une file plus à gauche qui évolue visiblement plus vite que les files centrales. Puis je l’entraîne fermement vers l’extrême gauche où il me semble avoir décelé l’ouverture d’un nouveau guichet. C’était une erreur. Grave. Parce que cette file-là se distingue par la lenteur avec laquelle l’agent de sécurité effectue ses contrôles. A raison de 10 minutes par personne, sachant qu’il y en a une quinzaine devant nous, il y en a pour deux heures et demies. L’attente devient une torture. Tout le monde devient nerveux. On regarde avec envie passer sur les autres files des gens initialement très loin derrière nous. T’as un peu envie de râler. Un conseil, retiens-toi ! T’as pas idée à quel point un douanier énervé peut te pourrir la vie ! La consigne : rester calme et prendre sur soi. Une fois l’obstacle passé, un taxi et zou, on se retrouve au Gallia, un hôtel sans prétention mais ravissant à deux pas de la place Jama El Fna. Cette place est hallucinante ! Elle grouille de monde. Toi, tu es bien blanc avec ton appareil photo, t’as tout d’un coup une myriade de gens qui te veulent du bien ! Tu es comme un porte-monnaie en vadrouille !


On a rencart avec des amis en promenade ici avec le comité d'établissement de leur employeur.


On est pleinement dans nos rôles de touristes, on mange dans les restos taillés pour ça, avec des filles qui nous font la danse du ventre qui insistent pour qu'on participe au truc... On se laisse faire, on est pas bégueule, on passe une bonne soirée, on va pas bouder notre plaisir...


dimanche 1er juin 2014 Marrakech
Petit déje très sympa dans le patio de l’hôtel, un authentique Riad, très joliment décoré.


Initialement, on avait prévu une virée dans l’Atlas mais on s’est trouvé naturellement à flâner au hasard, dans la ville. On se retrouve sans y penser au milieu du labyrinthe du souk central. Tu en prends plein les mirettes, les oreilles et surtout les naseaux !

Bonjour,
J'ai effectué un petit périple de 4 jours dans le Nord du Maroc fin juin-début juillet , pour le plaisir de redécouvrir cette région qui est assez rarement mise en avant sur le forum . J'étais accompagné d'une de mes filles de 16 ans . Comme à mon habitude, j'ai pris beaucoup de photos, alors pourquoi ne pas en faire profiter les forumeurs ?
Une des portes du Nord du Maroc , par l'ouest, est la capitale Rabat . Sans faire un sujet sur cette belle cité, je vous propose de m'accompagner pour une ballade à Chellah , un magnifique endroit . Chellah est à la fois une cité romaine ( Sala Colonia ) et une nécropole mérinide . On y voit aussi une mosquée, une madrassa ( école coranique ), des anciens hammams mérinides, etc....
Tous les monuments de Rabat font l'objet de travaux de rénovation et de mise en valeur et Chellah en bénéficie bien sûr . Dès l'arrivée, la vue est superbe : on a du mal a imaginer que nous sommes au cœur de la ville . A gauche, les murailles d'enceinte de la ville et à droite la muraille de Chellah .

On accède au site par une porte monumentale, une des plus belle du pays .


Le site, bien qu'urbain , accueille des colonies imposantes d'aigrettes et de cigognes .

L'entrée au site est désormais de 70 dirhams pour les étrangers . La vue, lorsqu'on descend est très jolie. C'est dit-t-on, le lieu le plus romantique du Maroc .

La cité romaine : seule une petite portion de la ville a fait l'objet de fouilles , comme dans la plupart des sites romains du Maroc . Sala était un port, mais la mer n'y vient plus, l'oued Bou Regreg s'étant envasé .


Pour les latinistes....

Le site est remarquablement préservé car jamais, où que l'on regarde, on ne voit le moindre bâtiment de la ville qui pourtant l'encercle totalement ..

La muraille de la nécropole encercle intégralement le site .

Et un peu partout, des cigognes impassibles ...

Le tombeau d'un sultan

Dans chaque cartouche est écrit, en calligraphie, un des noms de Dieu .

La mosquée est en ruine . On y voit une colonne de marbre romain, en réemploi dans une porte . Accolée à la mosquée se trouve la madrassa ( médersa ) .

Les tombeaux se cachent dans les bois du site, mais tous ne sont pas accessibles .


La fontaine aux anguilles : j'ai longtemps pensé que cette fontaine ne contenait rien mais une fois, et une seule en 20 ans, j'ai vu les anguilles sortir de je ne sais où . Ce sont des monstres , leur corps étant plus gros qu'un bras . C'est vraiment impressionnant et quand çà arrive, on s'arrête même de respirer . Il s'agit d'un ancien hammam mérinide noyé par l'effondrement d'un aqueduc souterrain .

J'affectionne cet endroit car on y trouve le même rituel que chez moi, en Bretagne, où il convient aussi de laisser une offrande dans certaines fontaines . Ici, faite un vœux et jetez la pièce : si elle tombe sur la pierre, votre vœux sera exaucé .

Près du bassin, le tombeau de Sidi Amor El Mesnaoui , qui semble bien être le protecteur des chats . J'y ai toujours vu des dizaines de chats, un peu faméliques . En ce vendredi, à l'heure de la prière, j'ai eu la surprise de voir qu'on leur amenait de grands plats de nourriture , exactement comme on le fait pour les démunis, à la même heure, dans la médina de Rabat .

Un dernier regard .....

J'ai effectué un petit périple de 4 jours dans le Nord du Maroc fin juin-début juillet , pour le plaisir de redécouvrir cette région qui est assez rarement mise en avant sur le forum . J'étais accompagné d'une de mes filles de 16 ans . Comme à mon habitude, j'ai pris beaucoup de photos, alors pourquoi ne pas en faire profiter les forumeurs ?
Une des portes du Nord du Maroc , par l'ouest, est la capitale Rabat . Sans faire un sujet sur cette belle cité, je vous propose de m'accompagner pour une ballade à Chellah , un magnifique endroit . Chellah est à la fois une cité romaine ( Sala Colonia ) et une nécropole mérinide . On y voit aussi une mosquée, une madrassa ( école coranique ), des anciens hammams mérinides, etc....
Tous les monuments de Rabat font l'objet de travaux de rénovation et de mise en valeur et Chellah en bénéficie bien sûr . Dès l'arrivée, la vue est superbe : on a du mal a imaginer que nous sommes au cœur de la ville . A gauche, les murailles d'enceinte de la ville et à droite la muraille de Chellah .

On accède au site par une porte monumentale, une des plus belle du pays .


Le site, bien qu'urbain , accueille des colonies imposantes d'aigrettes et de cigognes .

L'entrée au site est désormais de 70 dirhams pour les étrangers . La vue, lorsqu'on descend est très jolie. C'est dit-t-on, le lieu le plus romantique du Maroc .

La cité romaine : seule une petite portion de la ville a fait l'objet de fouilles , comme dans la plupart des sites romains du Maroc . Sala était un port, mais la mer n'y vient plus, l'oued Bou Regreg s'étant envasé .


Pour les latinistes....

Le site est remarquablement préservé car jamais, où que l'on regarde, on ne voit le moindre bâtiment de la ville qui pourtant l'encercle totalement ..

La muraille de la nécropole encercle intégralement le site .

Et un peu partout, des cigognes impassibles ...

Le tombeau d'un sultan

Dans chaque cartouche est écrit, en calligraphie, un des noms de Dieu .

La mosquée est en ruine . On y voit une colonne de marbre romain, en réemploi dans une porte . Accolée à la mosquée se trouve la madrassa ( médersa ) .

Les tombeaux se cachent dans les bois du site, mais tous ne sont pas accessibles .


La fontaine aux anguilles : j'ai longtemps pensé que cette fontaine ne contenait rien mais une fois, et une seule en 20 ans, j'ai vu les anguilles sortir de je ne sais où . Ce sont des monstres , leur corps étant plus gros qu'un bras . C'est vraiment impressionnant et quand çà arrive, on s'arrête même de respirer . Il s'agit d'un ancien hammam mérinide noyé par l'effondrement d'un aqueduc souterrain .

J'affectionne cet endroit car on y trouve le même rituel que chez moi, en Bretagne, où il convient aussi de laisser une offrande dans certaines fontaines . Ici, faite un vœux et jetez la pièce : si elle tombe sur la pierre, votre vœux sera exaucé .

Près du bassin, le tombeau de Sidi Amor El Mesnaoui , qui semble bien être le protecteur des chats . J'y ai toujours vu des dizaines de chats, un peu faméliques . En ce vendredi, à l'heure de la prière, j'ai eu la surprise de voir qu'on leur amenait de grands plats de nourriture , exactement comme on le fait pour les démunis, à la même heure, dans la médina de Rabat .

Un dernier regard .....

Nous sommes partis au Maroc en avril avec enfants et petits enfants.
Nous avons atterri à Marrakech vers 9h et rejoint notre petit hôtel dans le quartier de Guéliz en bus. Ceci pour éviter d'avoir affaire aux chauffeurs de taxis qui donneraient une image tellement négative de Marrakech à nos jeunes voyageurs... Le bus nous laisse tout près de l'hôtel Toulousain qui nous réserve toujours le meilleur accueil et ce, depuis plus de 25 ans. On prend possession de nos chambres et on met le cap sur la médina, pour y déjeuner dans un 1er temps et pour déambuler dans les rues de la vieille ville et la faire découvrir à tout notre petite monde.

Petits et grands restent admiratifs devant la finesse du travail réalisé par les différents artisans.

Les souks impressionnent aussi les nouveaux visiteurs, autant par leur taille que par la quantité de marchandises proposées. Et pour celui qui vient pour la 1ère fois, c'est un vrai labyrinthe. Étonnants caméléons de toutes les couleurs...Vont-ils survivre bien longtemps dans leurs cages en plein soleil...
Autre surprise pour les enfants, le marchand de sucette sur la place Djemma El Fna, une sucette géante qui aiguise les appétits...

En finn d'après-midi, les petites jambes sont lourdes et les calèches sont les bienvenues pour regagner l'hôtel.


Petits et grands restent admiratifs devant la finesse du travail réalisé par les différents artisans.


Les souks impressionnent aussi les nouveaux visiteurs, autant par leur taille que par la quantité de marchandises proposées. Et pour celui qui vient pour la 1ère fois, c'est un vrai labyrinthe. Étonnants caméléons de toutes les couleurs...Vont-ils survivre bien longtemps dans leurs cages en plein soleil...
Autre surprise pour les enfants, le marchand de sucette sur la place Djemma El Fna, une sucette géante qui aiguise les appétits...
En finn d'après-midi, les petites jambes sont lourdes et les calèches sont les bienvenues pour regagner l'hôtel.


Nous avons effectué cette petite escapade au Maroc il y a quelques mois, en juillet dernier. Avec ma femme et mes deux fils de 13 et 11 ans, nous sommes partis un peu à l'improviste, réservant nos billets quelques jours seulement avant le départ. Le but principal était de décompresser du quotidien professionnel, mais dans un endroit qui vaille le détour.
Nos fils ne connaissaient pas Marrakech, c'était donc l'occasion de leur faire découvrir la "ville rouge". Ce joli surnom est dû aux tons ocres et rougeâtres qu'arborent un grand nombre des maisons et bâtiments de la ville.
Alors bien sûr, ce carnet ne passionnera peut-être pas les spécialistes de la destination 😕 Mais je l'écris quand même pour donner un aperçu à tous ceux qui envisagent de profiter d'un low-cost pour aller passer quelques jours dans cette ville si agréable... 😎
Nous avons visité trois des principaux quartiers de la ville :
la Médina, c'est-à-dire la vieille ville nichée à l'intérieur des remparts : c'est là que nous avons passé l'essentiel de notre temps, et c'est l'endroit que nous avons préféré ; le Guéliz, pour découvrir notamment le fameux jardin Majorelle ; la Palmeraie, juste pour voir : située un peu à l'écart, ce quartier peu emballant pour le visiteur est celui des milliardaires, dont les villas de luxe ont remplacé peu à peu les palmiers...

Je publierai nos infos pratiques à la fin du carnet.
LA MÉDINA Il s'agit du quartier historique, celui où bat le cœur de la ville et où il fait si bon se balader pour s'imprégner de son atmosphère unique. La Médina est classée par l'Unesco au patrimoine de l'humanité, classement qui inclut divers sites incontournables pour qui visite la ville : les remparts, la mosquée Koutoubia, la fameuse place Jemaa-el-Fna, le palais Bahia ou encore les somptueux tombeaux saadiens.
- Déambuler dans la Médina Avant de passer tous ces sites en revue, comment ne pas évoquer l'atmosphère si particulière qu'on ressent lorsqu'on flâne dans cette vieille ville.
Un peu partout, l'architecture raffinée apporte un témoignage de ce que fût l'histoire de la ville, laquelle a subi diverses influences (Omeyyades, Almoravides...).
C'est en s'enfonçant dans les entrailles de la Médina et en se perdant dans ses ruelles labyrinthiques qu'on s'imprègne le mieux de l'âme de la ville.

A chaque coin de rue, au fond de chaque derb (passage parfois étroit) se succèdent les scènes de la vie quotidienne dans cet écrin de murs rougeâtres.


- Les remparts La Médina est cernée par de jolis remparts régulièrement renforcés par des tours, le tout construit en pisé, c'est-à-dire avec de la terre argileuse pour matériau de base.

On pourrait ainsi penser que ces fortifications sont fragiles mais à tort, puisqu'elles ont fièrement traversé les siècles : près d'un millénaire en tout. Aujourd'hui, il suffit juste de quelques réparations ponctuelles pour permettre à la solidité de l'ensemble de perdurer.
D'une longueur totale de dix-neuf kilomètres, ces remparts sont percés par vingt-deux portes, lesquelles permettent d'accéder à la ville et d'en sortir. Certaines ethnies qui venaient commercer à Marrakech avaient d'ailleurs une porte qui leur était réservée.

Ci-dessus : Bab Agnaou, l'une des portes les plus décorées des remparts de Marrakech
Aujourd'hui, c'est en début et en fin de journée qu'il faut admirer les remparts, car c'est à ces moments-là qu'ils sont embellis par la lumière chaude du lever et du coucher du soleil.

Ci-dessus : fin du marché
En attendant de poster la suite du carnet, voici une courte vidéo de cette escapade dépaysante... https://youtu.be/z-7rIAMschM
Tout au début de ce récit, je tiens à remercier l'ensemble des membres actifs du forum VF, pour les informations précieuses qui m'ont permis de préparer et de fixer les grandes lignes de mon voyage, à travers leurs expériences acquises tout au long des différentes aventures vécues.
Ce voyage était l'occasion de sortir des sentiers battus, d'explorer des paysages/routes dont je ne connaissais l’existence qu’à travers VF, partir à l’assaut des vallées les plus reculées/ moins convoitées. D’ailleurs, c’est la raison pour laquelle j’ai choisi comme titre de ce récit ‘Le pays des vallées’. Nous vous invitons d’ailleurs à en prendre connaissance à travers ce carnet de voyage.
On avait choisi la saison du printemps pour réaliser ce périple, plus précisément au mois d’Avril. On voulait éviter les attrape-touriste, déménager des endroits les plus accessibles et les plus médiatisés. Avec la pluviométrie exceptionnelle qu’a connu le pays en cette année, on s’est dit que la verdure et le beau temps devrait être au rendez-vous, mais c’était sans prendre compte des changements climatiques que subit la planète : Drôle de météorologie pour ce mois d’Avril. On avait l’occasion de retrouver un temps gris et menaçant à Marrakech, de la neige au alentour d’AitTamlil au cœur de l’Atlas, du temps sec et aride du coté de Tinghir, des tempêtes de sable qui se sont invité aux studios cinématographiques d’Ouarzazate, du beau temps printanier à hauteur de KelaatMegouna, des pluies torrentielles du coté de Demnat …
On dit que le Maroc est un pays froid où le soleil est chaud. C'est effectivement le pays des extrêmes, où l'on peut apercevoir des palmeraies sur un arrière plan de neige, les sommets de l’Atlas qui culminent aux abords d’un immense désert, des vallées verdoyantes au milieu des montagnes, des oueds asséchés, puis soudain gonflés de pluies. Peut être qu’avec ce dérèglement climatique remarquable, cette citation prend tout son sens.
Notre voyage a duré tout au long d’une semaine (du 8 au 14 Avril), donc il a fallu trouver le compromis idéal entre le temps réduit disponible, et les bons plans et endroits qu’on envisageait visiter.
Ci-dessous l’itinéraire suivi, au départ de Rabat en descendant par Marrakech, ouarzazate par le Tizi-n-Tichka, Kelaat-Mgouna, Dadés, Tinghir et retraversée du grand Atlas par la route 307 puis Demnate, Beni-Melal et retour au point de départ.
Jour 1 : Rabat -> Casablanca -> Marrakech Jour 2 : Marrakech Jour 3 : Marrakech, Marrakech -> Tamdakht Jour 4 : Tamdakht -> Agoulzi Jour 5 : Agoulzi -> Toudgha -> Dadés Jour 6 : Dadés -> Demnate Jour 7 : Demnate -> Ouzoud -> Bin El Ouidane -> Rabat
Jour 1 : Rabat -> Casablanca -> Marrakech Jour 2 : Marrakech Jour 3 : Marrakech, Marrakech -> Tamdakht Jour 4 : Tamdakht -> Agoulzi Jour 5 : Agoulzi -> Toudgha -> Dadés Jour 6 : Dadés -> Demnate Jour 7 : Demnate -> Ouzoud -> Bin El Ouidane -> Rabat
Bonjour,
Comme promis avant le départ, je vous livre ici mon carnet de voyage, en espérant qu'il vous plaira. J'y ajouterai des photos pour illustrer, car je trouve les carnets avec photos toujours beaucoup plus intéressants et agréables à lire.
Merci à tous ceux qui m'ont aidé dans la préparation de ce voyage qui fut vraiment une superbe expérience pour moi.
Pour ce break de Nouvel An Chinois, loin de l’Asie c’est au Maroc que je pars pour dix jours, à la découverte des beaux paysages du Sud du pays et aussi du désert.
Jour 1 : Départ et route jusqu'à Ait Ben Haddou par le Col de Tizi N Tichka
Lundi matin très tôt, je prends mon sac et rejoins mon covoiturage qui m’amènera directement à l’aéroport. Je trouve une très gentille jeune fille avec qui nous aurons une passionnante discussion qui me dépose devant le terminal sur la route de son travail. Il n’y a pas beaucoup de monde à l’aéroport et les formalités sont vite expédiées.
Le vol Swiss pour Marrakech est un peu en retard. C’est pas grave on est pas pressé. L’avion est plein à craquer, les hotesses ont été obligées de demander aux passagers avec les plus gros bagages à main de les poser en soute. Décollage au dessus des nuages, ils disparaitront un peu avant de passer le détroit de Gibraltar, superbe même depuis le ciel.
Nous arrivons en début d’après midi dans le terminal 2 de l’aéroport de Marrakech, magnifique bâtiment moderne. Première surprise, depuis le hublot, on est frappé par la proximité des montagnes enneigées, qui paraissent toutes proches de Marrakech. Superbe contraste, car la deuxième surprise c’est l’agréable température au soleil, une température digne d’un mois d’Avril - Mai en France.
Je récupère la voiture rapidement auprès de l’agent Hertz, une 208 quasiment neuve qui se révèle très agréable à conduire en plus d’être économe, parfaite pour le tour que j’ai prévu au Sud de l’Atlas.
Je branche mon GPS et sort non sans mal de Marrakech, il y a beaucoup de circulation et je n’avais pas compris qu’il fallait bien passer sous les murailles pour entrer dans la ville pour la traverser et non pas essayer de la contourner. Puis rapidement on arrive dans un paysage de montagne semi aride. La route est en très bon état. Je ne peux m’empêcher de m’arrêter de temps en temps pour prendre quelques photos du paysage grandiose.
On suit le cours d’eau qui serpente au fond de la vallée, on passe des petits villages.
Puis la montée du col débute lorsqu’un panneau annonçant une troisième voie de dépassement. C’est un boulevard pour grimper le plus haut col du Maroc à 2200m d’altitude, mais alors quel plaisir de grimper ces lacets sur une voie aussi large et dans un tel décor.
Arret au col de Tizi N Tchika pour se dégourdir les jambes.

La vue depuis le col est grandiose.
De nombreux revendeurs attendent les touristes pour leur vendre des « pierres ». Je ne suis pas sur qu’ils doivent en vendre beaucoup, néanmoins ils ont une technique de vente très rodée. Je discute un peu avec eux, vu l’heure il n’y aura plus beaucoup de clients potentiels aujourd’hui. Un ancien me demande si je peux le raccompagner chez lui, plus bas dans la vallée à Aguelmouss. Je suis quand même un peu sur la défensive, étant donné l’accumulation d’énormités sortie de la bouche de son copain depuis que je suis arrêté pour me vendre une fausse pierre brillante, voyant cela il me dit « je suis berbère, les berbères sont corrects », argument imparable non ? Allez en voiture ! En route, on discute de la France et du Maroc dans la voiture, il a plus de 70 ans et a eu 7 enfants avec sa femme, qui l’attend à la maison, je le dépose chez lui. Il me propose de prendre le thé, je refuse poliment, le soleil est déjà bien bas et j’ai encore de la route. La vue depuis son village est splendide les roches sont rougeoyantes.
La descente vers Ouarzazate se fait dans un paysage de moins en moins montagnard, on suit une vallée ou les abords de la rivière sont cultivés, avec des petits villages en bordure de route.
Enfin, on arrive dans une zone désertique où l’on trouve des formes minérales extraordinaires, des monticules de terre couleur pastel, et pas un arbre. Les couleurs ressortent bien avec la lumière de fin de journée. On aurait envie de s’arrêter et explorer à pied toute cette zone, je me contenterai de les contempler depuis la voiture.
Mais je veux arriver avant la nuit à ma destination du jour, Ait Benhaddou.
A suivre...
Comme promis avant le départ, je vous livre ici mon carnet de voyage, en espérant qu'il vous plaira. J'y ajouterai des photos pour illustrer, car je trouve les carnets avec photos toujours beaucoup plus intéressants et agréables à lire.
Merci à tous ceux qui m'ont aidé dans la préparation de ce voyage qui fut vraiment une superbe expérience pour moi.

Pour ce break de Nouvel An Chinois, loin de l’Asie c’est au Maroc que je pars pour dix jours, à la découverte des beaux paysages du Sud du pays et aussi du désert.
Jour 1 : Départ et route jusqu'à Ait Ben Haddou par le Col de Tizi N Tichka
Lundi matin très tôt, je prends mon sac et rejoins mon covoiturage qui m’amènera directement à l’aéroport. Je trouve une très gentille jeune fille avec qui nous aurons une passionnante discussion qui me dépose devant le terminal sur la route de son travail. Il n’y a pas beaucoup de monde à l’aéroport et les formalités sont vite expédiées.
Le vol Swiss pour Marrakech est un peu en retard. C’est pas grave on est pas pressé. L’avion est plein à craquer, les hotesses ont été obligées de demander aux passagers avec les plus gros bagages à main de les poser en soute. Décollage au dessus des nuages, ils disparaitront un peu avant de passer le détroit de Gibraltar, superbe même depuis le ciel.
Nous arrivons en début d’après midi dans le terminal 2 de l’aéroport de Marrakech, magnifique bâtiment moderne. Première surprise, depuis le hublot, on est frappé par la proximité des montagnes enneigées, qui paraissent toutes proches de Marrakech. Superbe contraste, car la deuxième surprise c’est l’agréable température au soleil, une température digne d’un mois d’Avril - Mai en France.
Je récupère la voiture rapidement auprès de l’agent Hertz, une 208 quasiment neuve qui se révèle très agréable à conduire en plus d’être économe, parfaite pour le tour que j’ai prévu au Sud de l’Atlas.
Je branche mon GPS et sort non sans mal de Marrakech, il y a beaucoup de circulation et je n’avais pas compris qu’il fallait bien passer sous les murailles pour entrer dans la ville pour la traverser et non pas essayer de la contourner. Puis rapidement on arrive dans un paysage de montagne semi aride. La route est en très bon état. Je ne peux m’empêcher de m’arrêter de temps en temps pour prendre quelques photos du paysage grandiose.
On suit le cours d’eau qui serpente au fond de la vallée, on passe des petits villages.
Puis la montée du col débute lorsqu’un panneau annonçant une troisième voie de dépassement. C’est un boulevard pour grimper le plus haut col du Maroc à 2200m d’altitude, mais alors quel plaisir de grimper ces lacets sur une voie aussi large et dans un tel décor.
Arret au col de Tizi N Tchika pour se dégourdir les jambes.
La vue depuis le col est grandiose.

De nombreux revendeurs attendent les touristes pour leur vendre des « pierres ». Je ne suis pas sur qu’ils doivent en vendre beaucoup, néanmoins ils ont une technique de vente très rodée. Je discute un peu avec eux, vu l’heure il n’y aura plus beaucoup de clients potentiels aujourd’hui. Un ancien me demande si je peux le raccompagner chez lui, plus bas dans la vallée à Aguelmouss. Je suis quand même un peu sur la défensive, étant donné l’accumulation d’énormités sortie de la bouche de son copain depuis que je suis arrêté pour me vendre une fausse pierre brillante, voyant cela il me dit « je suis berbère, les berbères sont corrects », argument imparable non ? Allez en voiture ! En route, on discute de la France et du Maroc dans la voiture, il a plus de 70 ans et a eu 7 enfants avec sa femme, qui l’attend à la maison, je le dépose chez lui. Il me propose de prendre le thé, je refuse poliment, le soleil est déjà bien bas et j’ai encore de la route. La vue depuis son village est splendide les roches sont rougeoyantes.
La descente vers Ouarzazate se fait dans un paysage de moins en moins montagnard, on suit une vallée ou les abords de la rivière sont cultivés, avec des petits villages en bordure de route.
Enfin, on arrive dans une zone désertique où l’on trouve des formes minérales extraordinaires, des monticules de terre couleur pastel, et pas un arbre. Les couleurs ressortent bien avec la lumière de fin de journée. On aurait envie de s’arrêter et explorer à pied toute cette zone, je me contenterai de les contempler depuis la voiture.
Mais je veux arriver avant la nuit à ma destination du jour, Ait Benhaddou.
A suivre...
Avec un peu de retard voici le récit d'un voyage au Maroc réalisé au printemps.
Les photos sont visibles ici: http://mjpgouret.free.fr/maroc/maroc.html
27/04/2014: atterrissage vers 8h à Marrakech sous un beau ciel bleu et une température de 15°. Les formalités de police, la récupération des bagages et la prise en compte de la voiture de location sont rapides. La voiture, une Kangoo, est légèrement cabossée sous tous ses côtés et un peu poussive au démarrage mais confortable. Après un passage au distributeur de billets qui refuse de nous délivrer plus de 2000 dirhams nous prenons la route à la recherche d'une station service. Manque de chance nous empruntons la mauvaise direction et nous retrouvons rapidement dans une zone de constructions neuves visiblement éloignée de notre itinéraire. Nous faisons donc demi tour en direction de Marrakech où nous trouvons une station. Ensuite il nous faut chercher la direction d'Essaouira mais les panneaux indicateurs sont rares. Heureusement le plan du Routard est suffisamment clair pour nous aider à trouver assez facilement notre chemin. La traversée rapide des faubourgs montre de nombreux zones de constructions neuves témoins du dynamisme de la ville. La route large et droite traverse ensuite une zone aride avec en arrière plan les sommets de l'Atlas enneigés. Tout au long de la route quelques carrioles tirées par des ânes faméliques transportent leur chargement. Nous traversons quelques rares villages à l'entrée desquels des policiers à l'air nonchalant surveillent les véhicules. Peu avant Ounagha nous quittons la route principale pour Had Draa où se tient un important marché dominical. Dès l'entrée du village nous somme happés dans un maelström bruyant et poussiéreux et entraînés par une foule compacte et affairée au milieu des marchandises de toute nature. Quelques fiers cavaliers parcourent le marché sur leurs chevaux en se frayant à grand peine un passage. Un sympathique marchand de tomates nous offre en prime une généreuse ration de haricots verts que nous serons bien en peine de cuire faute de matériel de cuisine. Nous en ferons cadeau au gardien du parking qui est quand même très déçu des 2 dirhams que nous lui laissons. Un peu étourdis par cette agitation et, aussi, par notre réveil matinal nous rejoignons en début d'après-midi le camping « le Calme », bien nommé avec son agréable patio rafraîchi par une fontaine.
28/04/2014: nous partons visiter Essaouira. En arrivant dans la ville nous longeons le front de mer avec ses résidences luxueuses et entourées de pelouses verdoyantes. Les touristes sont rares durant la matinée et nous parcourons les ruelles de la ville en tous sens. Les boutiques commencent à ouvrir mais les rues semblent bien calmes. La chaleur du soleil est tempérée par un vent assez fort et il est plaisant de flâner à la recherche de passages étroits parcourus par les seuls habitants. Nous gagnons ensuite les remparts qui offrent une vue panoramique sur l'océan à la surprenante couleur brunâtre En fin de matinée nous gagnons le port très animé avec de nombreux vendeurs de poissons. Les bateaux se pressent bord à bord, certains dans un état de rouille avancé. De retour en ville pour chercher un restaurant nous sommes abordés gentiment par une femme qui nous recommande un restaurant voisin où nous nous installons sur une agréable terrasse dominant la ville. Elle revient à la fin de notre repas et nous propose de visiter une coopérative de femmes fabriquant de l'huile d'argan. Nous assistons donc à la préparation des fruits puis au pressage au moyen d'une meule manuelle. Évidemment, nous sommes ensuite sollicités pour acheter les produits de la coopérative. Nous cédons rapidement à un prix très certainement excessif!!! Dans l'après-midi nous profitons du soleil qui partage les ruelles entre ombres et lumières pour flâner à nouveau et prendre quelques photos. Avant de retourner vers le camping le Calme nous tentons de rejoindre le cap Sim au bord de l'océan mais la route ne rejoint que des hôtels de luxe et un golf.
29/04/2014: nous repartons en direction de Marrakech. Durant la première heure de route la lumière du début de journée fait briller les champs vallonnés qui prennent ainsi aspect presque verdoyant. Puis la route redevient monotone au long de cette vaste plaine désertique. Nous contournons Marrakech par ses larges avenues, notamment la longue avenue Mohammed VI bordés d'immeubles et d'hôtels luxueux. En poursuivant sur cette avenue nous découvrons d'imposants ensembles immobiliers en construction ou en projet et même un golf, ce qui nous semble une véritable hérésie au milieu de cette zone quasi désertique. Après une halte dans un petit resto grill boucherie nous reprenons la route vers le sud avec devant nous la barrière imposante des hauts sommets de l'Atlas. Petit à petit, le paysage évolue, la route commence à sinuer au cœur de montagnes où alternent pentes boisées et terres rouges érodées. Les villages commencent à s'accrocher aux pentes et des maisons en pisé apparaissent. Nous suivons les conseils du Routard pour loger chez Momo à Ouirgane dans une propriété abondamment fleurie avec des chambres plaisantes autour d'une piscine.
30/04/2014: alors que nous nous apprêtons à quitter l'hôtel un des ouvriers me fait de grands signes. En faisant le tour de la voiture je constate alors qu'un de nos pneus est crevé. Aidé par cet homme serviable la roue est vite changée et nous pouvons repartir. Nous remontons la vallée du n'Fis qui présente de grands contrastes entre zones verdoyantes à proximité de l'eau et zones arides à la maigre végétation. La route est animée tout au long avec notamment de petits ânes qui transportent leur lourd fardeau au bord la route. Tout au long de la vallée les villages se confondent avec les terres et les roches rouges. A Talat Nia Koub nous profitons de la dernière station service pour faire le plein et quelques dizaines de mètres plus loin le réparateur de pneus nous dépanne en quelques minutes avec ses outils rudimentaires, le tout pour 20 dirhams. C'est mercredi, jour du marché de la localité. Tout autour une multitude d'ânes attend patiemment que leur maître ait terminé son marché. Les paysans de la région viennent y écouler leur production tandis que les marchands arrivés dans leurs camions proposent tout un assortiment de marchandises hétéroclites où le plastique règne. A quelques kilomètres de là, le village de Tin Mel domine la vallée et sa vieille mosquée en cours de restauration peut être visitée. Cette rénovation nous paraît trop neuve mais permet d'admirer des arcs mauresques formant un ensemble très harmonieux. C'est ensuite par une longue montée que nous atteignons le col de Tizi n'Test dans un paysage minéral et coloré spectaculaire. Pour avoir un point de vue élargi sur la vallée du Sous il faut encore parcourir un kilomètre et, au détour d'un virage, la terrasse de l'auberge « la belle vue » plonge sur les étendues désertiques du sud. Nous profitons de cette vue pour déguster une copieuse et délicieuse omelette marocaine. La route dévale ensuite les pentes vertigineuses par une succession de virages. D'importants travaux d'aménagement sont en cours tout au long de la descente. Une fois la vallée atteinte nous empruntons la route vers l'est. Le paysage monotone au départ devient ensuite varié et le soleil de la fin d'après midi éclaire la vallée bordée par des chainons de montagne aux coloris ocres et bruns. Nous faisons halte à l'auberge « le Safran » à Tialaouine où notre soirée est « bercée » par les mélopées de l'orchestre berbère qui assure l'animation de l'auberge.
01/05/2014: une belle lumière chaude éclaire les collines désertiques et les maisons en pisé du village. La route louvoie entre des collines parsemées d'une maigre végétation surtout présente à proximité des oueds. Le paysage est montagneux et varié. Dans les lointains se détachent les sommets volcaniques du massif du Siroua. Le terrain devient de plus en plus désertique et les traces du passé volcanique font leur apparition avec des formations de lave noire caractéristique. Un incident technique vient nous « distraire »: le léve vitre électrique refuse de remonter la vitre. Nous appelons le loueur qui refuse de s'occuper de la réparation ou de changer la voiture et nous demande de faire nous même réparer. Heureusement, après quelques manipulations nous arrivons à refermer la vitre mais, désormais, nous n'oserons plus l'ouvrir. Arrivés à Ouarzazate en début d'après midi nous déjeunons dans un petit restaurant calme de la ville nouvelle très déserte ce jour là (peut être à cause du 1er mai ??) puis faisons une halte rapide autour de la kasbah dont l'extérieur est en cours de rénovation. Nous poursuivons ensuite vers Skoura avec à l'horizon le massif du M'Goun émergeant du désert, mais le ciel s'est voilé et la lumière peu favorable aux photos. Nous nous installons à la kasbah Tiriguioute, superbe bâtiment entouré d'un jardin abondamment fleuri avec une mini piscine, véritable havre de fraîcheur au cœur de ce désert aride. Après le repas notre hôte sympathique nous distrait toute la soirée avec des contes du pays.
02/05/2014: le ciel est couvert ce matin. Après un copieux petit déjeuner pris sur la terrasse nous décidons de partir un peu au hasard vers le village de Toundoute situé au pied de l'Atlas. La route traverse la plaine désertique avant d'arriver dans le village où anciennes constructions de pisé et maisons en parpaing se côtoient Une massive kasbah semble en piteux état. Nous poursuivons ensuite la route goudronnée qui s'enfonce dans la vallée au long de l'oued. Les paysages sont spectaculaires avec de nombreux villages de part et d'autre. Le contraste entre les zones verdoyantes qui entourent les hameaux et l'aspect désertique et rocailleux des montagnes colorées est saisissant. Tout au long de la route les habitants s'activent à leur travail quotidien: les femmes avec leurs imposants baluchons de fourrage, les hommes sur leurs petits ânes maigres, les écoliers avec leurs cartables. Quelques gouttes de pluie nous font craindre l'orage car le ciel est menaçant. La route rejoint Imi n Oulaoun et cède la place à une piste non goudronnée et nous faisons donc demi tour. Ces villages de « bout du monde »sont maintenant raccordés à l'électricité et les paraboles ornent toutes les maisons. De retour à Skoura nous faisons une pause déjeuner au petit restaurant évidemment nommé « la Palmeraie » avant d'aller faire une petite balade au cœur de la palmeraie. Quelques anciennes kasbah en état de délabrement côtoient des constructions plus modernes témoignant de la vie active des habitants. Un système d'irrigation par canal vient arroser les champs où poussent quelques céréales. En fin d'après-midi une forte pluie va venir rafraîchir la température et faire la joie de notre hôte qui nous précise que c'est la 2 ème pluie de l'année.
03/05/2014: nous prenons la route vers Kelaa m'Gouna, toujours dans un paysage caillouteux et désertique. De nombreuses kasbahs apparaissent au long du chemin, souvent en état assez délabré. Nous poursuivons vers la vallée des roses. La route remonte sur un plateau aride dominant le filet vert des abords de l'oued M'goun. Les villages se succèdent, bordés de jardins au bord de l'oued tandis que les montagnes qui les dominent ne sont que roches ocres, rouges ou roses sans végétation. Les maisons en pisé sont fréquemment surmontées par des extensions en parpaings inachevées. Nous déjeunons à Tamalout avant de traverser l'oued pour rejoindre Bouthagar. De là, nous empruntons un sentier qui remonte le long d'un petit canal d'irrigation et suit les rives du M'Goun: les femmes lavent le linge ou travaillent dans les jardins, tandis que les hommes transportent les marchandises sur leurs mules ou des petits ânes qui avancent vaillamment malgré leur lourde charge. Nous croisons aussi quelques groupes de randonneurs qui rejoignent leurs campements de tentes installés près des rives. Nous faisons demi-tour à un coude de la rivière où les parois rocheuses rouges dévalent en un impressionnant toboggan jusqu'à l'oued. De retour à Boutaghar nous visitons le village animé de quelques boutiques, mais le ciel est devenu bien gris affadissant toutes les couleurs. Nous passons la nuit à « la perle du M'goun » à Aït Ouassif, agréable chambre située dans une grande maison en pisé à la fraîcheur appréciée, au bord de la rivière. Pour le rejoindre depuis la route il faut emprunter des sentiers serpentant entre les jardins et nos bagages sont transportés par un petit âne qui manquera les verser au passage sur un canal d'irrigation.
04/05/2014: notre hôte, un normand installé ici avec sa femme marocaine, nous conseille une petite balade au travers des villages et des plantations. Le ciel est redevenu bleu et, tout au long des villages et des champs, nous apercevons hommes, femmes et enfants qui vaquent à leurs occupations quotidiennes: lessive, cueillette des roses, ramassage de fourrage, binage des champs. Les sentiers serpentent au long des canaux d'irrigation et nous permettent de rejoindre Tazroute, où des cigognes ont installé leur nid au sommet de tours en pisé parfois branlantes. Pour traverser l'oued, des passerelles en bois sont disposées régulièrement. Nous retournons par l'autre rive beaucoup plus aride. Nous reprenons ensuite la voiture pour retourner à Kelaa M'Gouna, où nous déjeunons, puis ensuite empruntons la route vers Boumalne, bordé de nombreuses zones de champs au long du Dadès. Les zones habitées se succèdent quasiment sans interruption jusque Boumalne, grande cité étalé sur le flanc d'une pente rocheuse au bord du Dadès. La route devient ensuite rectiligne, dans une zone extrêmement désertique avec de rares habitations jusque Tineghir. De grands travaux d'aménagement sont en cours dans cette ville chaude et poussiéreuse au cœur du désert qui ne donne pas vraiment envie de faire halte. Heureusement, nous trouvons une chambre dans une maison d'hôtes (kasbah « Petit Nomade ») située au bout d'une piste caillouteuse dans un désert minéral abruti de chaleur. Une fois à l'intérieur un agréable patio procure une exquise sensation de fraîcheur. Et, le repas du soir sera le plus savoureux que nous ayons dégusté depuis le début de notre voyage au Maroc.
05/05/2014: après un petit déjeuner servi sur la terrasse notre hôte nous explique en détail les possibilités de promenade alentour. Nous décidons de partir à la découverte des gorges de Todgha. La route traverse plusieurs villages où se mêlent anciennes maisons et kasbah en pisé et maisons modernes. Elle surplombe la palmeraie qui déploie au fond de la vallée son long ruban verdoyant. Nous faisons halte à l'entrée des gorges où un marocain nous signale qu'un de nos pneus est encore dégonflé... Profitant du beau soleil matinal nous continuons à pied sur la route enserrée entre des parois verticales rouges de plus de 300 m de haut où de nombreuses voies d'escalade ont été tracées ainsi qu'une via ferrata apparemment récente. Au bord de la route les vendeurs commencent à installer leurs petits étals de souvenirs. Avant de poursuivre vers le haut de la vallée nous retournons en arrière pour faire réparer notre pneu. Nous trouvons assez rapidement un petit réparateur qui diagnostique 7 fuites plus ou moins importantes et cherche d'abord à me vendre un nouveau pneu. Je lui indique que je n'ai pas l'intention d'acheter un pneu neuf pour le véhicule de location et lui demande de réparer seulement 2 grosses fuites. Pour le reste, on verra bien si le pneu reste gonflé dans les jours à venir. La réparation est facturée 25 dirhams la fuite (au lieu de 20 la fois précédente, mais ici le lieu est beaucoup plus touristique). Nous sommes rapidement prêts pour repartir à la découverte de la vallée du Todgha. Passée la zone encaissée entre les hautes parois la route poursuit le long de la rivière bordée de temps en temps de lauriers roses magnifiquement fleuris puis elle s'élève vers des hauts plateaux désertiques. Nous continuons jusqu'au village de Tamtatouchte où le désert laisse un peu de place à quelques zones cultivées. Nous redescendons ensuite vers la palmeraie pour nous promener dans la fraîcheur. A proximité de l'étang des poissons sacrés nous empruntons un petit sentier qui traverse la rivière sur un petit pont et rejoint ensuite un ancien village ruiné en pisé puis poursuit sur un balcon dominant la palmeraie: enchâssée au creux de montagne elle déroule son ruban verdoyant jusqu'à la ville de Tineghir. De grands prés cultivés de céréales apparaissent dans les clairières éparpillées au milieu d'un véritable océan de palmiers. Nous reprenons ensuite la voiture pour rejoindre un belvédère situé à 2 kms de Tineghir. De là un escalier descend vers la zone de cultures et nous déambulons au milieu des champs de céréales irrigués par de multiples canaux. L'animation n'est pas très importante en fin de journée mais nous observons quand même les lycéens qui rentrent chez eux et quelques paysannes travaillant dans leurs champs ou accompagnant leur âne chargé.
06/05/2014: il est temps maintenant de prendre le chemin du retour. Nous parcourons donc la route vers Boumalne. Le ciel est un peu voilé et, sous la chaleur, un voile de brume estompe le désert. A Boumalne nous bifurquons vers les gorges du Dadès: les villages s'échelonnent tout au long des rives sinueuses et verdoyantes tandis que les roches ocres barrent l'horizon. Malheureusement, la lumière un peu terne et blafarde ne permet pas d'apprécier toutes les subtiles couleurs du paysage. Après avoir fait quelques courses au « supermarché » de Aït Oudinar et trouvé un gîte pour la nuit (auberge Argane) nous poursuivons vers les gorges toutes proches. La rivière coule au fond d'un étroit canyon bordé de falaises rougeoyantes tandis que la route escalade la pente raide par des lacets audacieux. Le paysage est spectaculaire malgré un soleil timide et voilé. La route se poursuit en suite en longeant d'impressionnantes pentes dont les multiples strates donnent l'impression de lire les courbes de niveau d'une gigantesque carte. Alternant passages en vallée et en balcons la route est très variée et les points vue sur le Dadès souvent spectaculaires, notamment au niveau des méandres du fleuve peu avant le village de Msemrir. A quelques endroits nous aurions bien tenté une petite sieste au bord de la rivière, mais la présence permanente d'enfants parfois effrontés nous en a dissuadé. De retour à l'auberge, nous dégustons notre thé à la menthe sous une plaisante tonnelle au bord du jardin tandis que quelques gouttes de pluie nous font penser à une averse qui ne viendra pas.
07/05/2014: dès le matin le ciel nuageux nous ôte tout espoir de revoir la vallée du Dadès sous un jour riant. Nous reprenons donc la route en direction de Ouarzazate sans faire d'arrêt si ce n'est pour prendre un peu d'essence et quelques dirhams au distributeur. A l'approche de Ouarzazate des éclaircies apparaissent et la chaleur refait son apparition. Nous prenons la direction de Aït Benhaddou, cité classée au patrimoine mondial de l'UNESCO. La petite route traverse une zone de collines très désertiques quand, brutalement, au sommet d'une côte le ksar de Aït Benhaddou se découvre au bord d'un oued bordé de végétation. Étagé sur une colline dominé par un grenier fortifié l'ensemble est impressionnant. Avant de commencer notre visite nous préférons assurer notre hébergement car, ici, il semble y avoir beaucoup de touristes. Nous prenons donc une chambre à la kasbah du Jardin, petit hôtel avec une terrasse et une piscine qui s'avèrera assez mal entretenu. Après un déjeuner rapide dans une taverne sympathique situé près du pont nous partons à la découverte du dédale de ruelles et de passages couverts du ksar. Les constructions en pisé ont fière allure de loin, mais à proximité nous découvrons beaucoup de murs très endommagés malgré les travaux de rénovation engagés. Beaucoup de boutiques ornent les ruelles de souvenirs colorés et nous recherchons les jeux d'ombre et de lumière qui font ressortir la couleur chaude du pisé. Malheureusement, le ciel se couvre rapidement et les belles lumières laissent place à une atmosphère un peu trouble sans contraste. Dans le courant, t de l'après midi un bref orage rafraîchit un peu l'atmosphère mais ne réussit pas à éclaircir le ciel.
08/05/2014: un beau soleil matinal éclaire la vallée de l'Ounila que nous remontons. Dans le village de Tamdaght une majestueuse kasbah se découpe sur le bleu du ciel et domine le ruban vert de l'oued. Tout au long de la route se succèdent des villages aux chaudes couleurs ocres tandis que les prés et jardins brillent d'un vert intense au milieu d'un paysage particulièrement minéral et aride. Les contreforts de l'Atlas se parent d'une palette de couleurs éblouissantes: ocre, jaune, rouge, rose et vert se mêlent dans une belle harmonie. Le paysage est changeant et chaque détour de vallée laisse apparaître de nouvelles perspectives. Après Telouet, quelques pins et genévriers commencent à apparaître alors que des genêts au jaune saturé bordent la route. Selon l'éclairage la terre prend un curieux aspects vert de gris. Nous rejoignons la grande route de Marrakech peu avant le col de Tizi n'Tichka. Une fois le col franchi, la route dévale une multitude de lacets sur le raide versant nord avant de retrouver la plaine à une quarantaine de kilomètres de Marrakech. A proximité de la ville nous commençons à ressentir la chaleur qui n'est plus tempérée par l'altitude. Au milieu d'une circulation intense où se mêlent voitures, vélos, mobylettes et quelques carrioles nous arrivons à retrouver notre position sur le plan et rejoignons facilement l'hôtel que nous avons repéré sur le guide. Mais il est complet, heureusement l'hôtel Imilchil, situé tout à côté peut nous proposer une chambre. L'hôtel est assez récent et correct mais l'entretien de la climatisation laisse à désirer. Une agréable piscine permet de se rafraichir avant d'aller se plonger dans l'agitation de la ville. Un quart d'heure de marche au long d'avenues bien rangées nous mène à la Koutoubia. Nous déambulons ensuite sur la place Jemaa el Fna qui commence à s'animer en fin d'après midi: charmeurs de serpents, dresseurs de singes, porteurs d'eau, acrobates, conteurs attirent la foule tandis que les cuisines ambulantes embaument l'air de leur odeur de grillades.
09/05/2014: nous partons à la découverte de la médina et des souks dès le début de matinée pour profiter de la fraîcheur. Le souk commence à peine à s'animer et les touristes sont encore peu nombreux tandis que les vendeurs installent leurs étals. Les ruelles principales sont encombrées des souvenirs en tous genres proposés aux visiteurs. Un lacis de passages étroits et sombres offre de nombreuses occasions de se perdre. Les vendeurs sont, dans l'ensemble, peu pressants et n'insistent pas quand nous refusons d'entrer dans leurs boutiques. Nous visitons la médersa Ben Youssef, école coranique où les chambres spartiates et sombres des étudiants entourent une vaste cour magnifiquement décorée de mosaïques et au milieu de laquelle un bassin apporte une touche de fraîcheur. Les murs et les boiseries sont finement ciselés d'arabesques légères et l'ensemble est très élégant. Après un déjeuner sur une terrasse dominant la grande place, un passage à la poste pour acheter quelques timbres nous retournons à l'hôtel pour profiter de la fraîcheur de la piscine et de la climatisation (un peu percée...). En fin de journée, retour vers la place Jemaa el Fna pour profiter de l'ambiance et dîner dans une des guinguettes. Le choix est vaste et tous les serveurs font assaut de baratin pour nous convaincre de nous assoir à leur table, bien que toutes les propositions soient identiques. Nous déambulons tranquillement pour profiter de cette dernière soirée marocaine en appréciant la douceur de l'air.
27/04/2014: atterrissage vers 8h à Marrakech sous un beau ciel bleu et une température de 15°. Les formalités de police, la récupération des bagages et la prise en compte de la voiture de location sont rapides. La voiture, une Kangoo, est légèrement cabossée sous tous ses côtés et un peu poussive au démarrage mais confortable. Après un passage au distributeur de billets qui refuse de nous délivrer plus de 2000 dirhams nous prenons la route à la recherche d'une station service. Manque de chance nous empruntons la mauvaise direction et nous retrouvons rapidement dans une zone de constructions neuves visiblement éloignée de notre itinéraire. Nous faisons donc demi tour en direction de Marrakech où nous trouvons une station. Ensuite il nous faut chercher la direction d'Essaouira mais les panneaux indicateurs sont rares. Heureusement le plan du Routard est suffisamment clair pour nous aider à trouver assez facilement notre chemin. La traversée rapide des faubourgs montre de nombreux zones de constructions neuves témoins du dynamisme de la ville. La route large et droite traverse ensuite une zone aride avec en arrière plan les sommets de l'Atlas enneigés. Tout au long de la route quelques carrioles tirées par des ânes faméliques transportent leur chargement. Nous traversons quelques rares villages à l'entrée desquels des policiers à l'air nonchalant surveillent les véhicules. Peu avant Ounagha nous quittons la route principale pour Had Draa où se tient un important marché dominical. Dès l'entrée du village nous somme happés dans un maelström bruyant et poussiéreux et entraînés par une foule compacte et affairée au milieu des marchandises de toute nature. Quelques fiers cavaliers parcourent le marché sur leurs chevaux en se frayant à grand peine un passage. Un sympathique marchand de tomates nous offre en prime une généreuse ration de haricots verts que nous serons bien en peine de cuire faute de matériel de cuisine. Nous en ferons cadeau au gardien du parking qui est quand même très déçu des 2 dirhams que nous lui laissons. Un peu étourdis par cette agitation et, aussi, par notre réveil matinal nous rejoignons en début d'après-midi le camping « le Calme », bien nommé avec son agréable patio rafraîchi par une fontaine.
28/04/2014: nous partons visiter Essaouira. En arrivant dans la ville nous longeons le front de mer avec ses résidences luxueuses et entourées de pelouses verdoyantes. Les touristes sont rares durant la matinée et nous parcourons les ruelles de la ville en tous sens. Les boutiques commencent à ouvrir mais les rues semblent bien calmes. La chaleur du soleil est tempérée par un vent assez fort et il est plaisant de flâner à la recherche de passages étroits parcourus par les seuls habitants. Nous gagnons ensuite les remparts qui offrent une vue panoramique sur l'océan à la surprenante couleur brunâtre En fin de matinée nous gagnons le port très animé avec de nombreux vendeurs de poissons. Les bateaux se pressent bord à bord, certains dans un état de rouille avancé. De retour en ville pour chercher un restaurant nous sommes abordés gentiment par une femme qui nous recommande un restaurant voisin où nous nous installons sur une agréable terrasse dominant la ville. Elle revient à la fin de notre repas et nous propose de visiter une coopérative de femmes fabriquant de l'huile d'argan. Nous assistons donc à la préparation des fruits puis au pressage au moyen d'une meule manuelle. Évidemment, nous sommes ensuite sollicités pour acheter les produits de la coopérative. Nous cédons rapidement à un prix très certainement excessif!!! Dans l'après-midi nous profitons du soleil qui partage les ruelles entre ombres et lumières pour flâner à nouveau et prendre quelques photos. Avant de retourner vers le camping le Calme nous tentons de rejoindre le cap Sim au bord de l'océan mais la route ne rejoint que des hôtels de luxe et un golf.
29/04/2014: nous repartons en direction de Marrakech. Durant la première heure de route la lumière du début de journée fait briller les champs vallonnés qui prennent ainsi aspect presque verdoyant. Puis la route redevient monotone au long de cette vaste plaine désertique. Nous contournons Marrakech par ses larges avenues, notamment la longue avenue Mohammed VI bordés d'immeubles et d'hôtels luxueux. En poursuivant sur cette avenue nous découvrons d'imposants ensembles immobiliers en construction ou en projet et même un golf, ce qui nous semble une véritable hérésie au milieu de cette zone quasi désertique. Après une halte dans un petit resto grill boucherie nous reprenons la route vers le sud avec devant nous la barrière imposante des hauts sommets de l'Atlas. Petit à petit, le paysage évolue, la route commence à sinuer au cœur de montagnes où alternent pentes boisées et terres rouges érodées. Les villages commencent à s'accrocher aux pentes et des maisons en pisé apparaissent. Nous suivons les conseils du Routard pour loger chez Momo à Ouirgane dans une propriété abondamment fleurie avec des chambres plaisantes autour d'une piscine.
30/04/2014: alors que nous nous apprêtons à quitter l'hôtel un des ouvriers me fait de grands signes. En faisant le tour de la voiture je constate alors qu'un de nos pneus est crevé. Aidé par cet homme serviable la roue est vite changée et nous pouvons repartir. Nous remontons la vallée du n'Fis qui présente de grands contrastes entre zones verdoyantes à proximité de l'eau et zones arides à la maigre végétation. La route est animée tout au long avec notamment de petits ânes qui transportent leur lourd fardeau au bord la route. Tout au long de la vallée les villages se confondent avec les terres et les roches rouges. A Talat Nia Koub nous profitons de la dernière station service pour faire le plein et quelques dizaines de mètres plus loin le réparateur de pneus nous dépanne en quelques minutes avec ses outils rudimentaires, le tout pour 20 dirhams. C'est mercredi, jour du marché de la localité. Tout autour une multitude d'ânes attend patiemment que leur maître ait terminé son marché. Les paysans de la région viennent y écouler leur production tandis que les marchands arrivés dans leurs camions proposent tout un assortiment de marchandises hétéroclites où le plastique règne. A quelques kilomètres de là, le village de Tin Mel domine la vallée et sa vieille mosquée en cours de restauration peut être visitée. Cette rénovation nous paraît trop neuve mais permet d'admirer des arcs mauresques formant un ensemble très harmonieux. C'est ensuite par une longue montée que nous atteignons le col de Tizi n'Test dans un paysage minéral et coloré spectaculaire. Pour avoir un point de vue élargi sur la vallée du Sous il faut encore parcourir un kilomètre et, au détour d'un virage, la terrasse de l'auberge « la belle vue » plonge sur les étendues désertiques du sud. Nous profitons de cette vue pour déguster une copieuse et délicieuse omelette marocaine. La route dévale ensuite les pentes vertigineuses par une succession de virages. D'importants travaux d'aménagement sont en cours tout au long de la descente. Une fois la vallée atteinte nous empruntons la route vers l'est. Le paysage monotone au départ devient ensuite varié et le soleil de la fin d'après midi éclaire la vallée bordée par des chainons de montagne aux coloris ocres et bruns. Nous faisons halte à l'auberge « le Safran » à Tialaouine où notre soirée est « bercée » par les mélopées de l'orchestre berbère qui assure l'animation de l'auberge.
01/05/2014: une belle lumière chaude éclaire les collines désertiques et les maisons en pisé du village. La route louvoie entre des collines parsemées d'une maigre végétation surtout présente à proximité des oueds. Le paysage est montagneux et varié. Dans les lointains se détachent les sommets volcaniques du massif du Siroua. Le terrain devient de plus en plus désertique et les traces du passé volcanique font leur apparition avec des formations de lave noire caractéristique. Un incident technique vient nous « distraire »: le léve vitre électrique refuse de remonter la vitre. Nous appelons le loueur qui refuse de s'occuper de la réparation ou de changer la voiture et nous demande de faire nous même réparer. Heureusement, après quelques manipulations nous arrivons à refermer la vitre mais, désormais, nous n'oserons plus l'ouvrir. Arrivés à Ouarzazate en début d'après midi nous déjeunons dans un petit restaurant calme de la ville nouvelle très déserte ce jour là (peut être à cause du 1er mai ??) puis faisons une halte rapide autour de la kasbah dont l'extérieur est en cours de rénovation. Nous poursuivons ensuite vers Skoura avec à l'horizon le massif du M'Goun émergeant du désert, mais le ciel s'est voilé et la lumière peu favorable aux photos. Nous nous installons à la kasbah Tiriguioute, superbe bâtiment entouré d'un jardin abondamment fleuri avec une mini piscine, véritable havre de fraîcheur au cœur de ce désert aride. Après le repas notre hôte sympathique nous distrait toute la soirée avec des contes du pays.
02/05/2014: le ciel est couvert ce matin. Après un copieux petit déjeuner pris sur la terrasse nous décidons de partir un peu au hasard vers le village de Toundoute situé au pied de l'Atlas. La route traverse la plaine désertique avant d'arriver dans le village où anciennes constructions de pisé et maisons en parpaing se côtoient Une massive kasbah semble en piteux état. Nous poursuivons ensuite la route goudronnée qui s'enfonce dans la vallée au long de l'oued. Les paysages sont spectaculaires avec de nombreux villages de part et d'autre. Le contraste entre les zones verdoyantes qui entourent les hameaux et l'aspect désertique et rocailleux des montagnes colorées est saisissant. Tout au long de la route les habitants s'activent à leur travail quotidien: les femmes avec leurs imposants baluchons de fourrage, les hommes sur leurs petits ânes maigres, les écoliers avec leurs cartables. Quelques gouttes de pluie nous font craindre l'orage car le ciel est menaçant. La route rejoint Imi n Oulaoun et cède la place à une piste non goudronnée et nous faisons donc demi tour. Ces villages de « bout du monde »sont maintenant raccordés à l'électricité et les paraboles ornent toutes les maisons. De retour à Skoura nous faisons une pause déjeuner au petit restaurant évidemment nommé « la Palmeraie » avant d'aller faire une petite balade au cœur de la palmeraie. Quelques anciennes kasbah en état de délabrement côtoient des constructions plus modernes témoignant de la vie active des habitants. Un système d'irrigation par canal vient arroser les champs où poussent quelques céréales. En fin d'après-midi une forte pluie va venir rafraîchir la température et faire la joie de notre hôte qui nous précise que c'est la 2 ème pluie de l'année.
03/05/2014: nous prenons la route vers Kelaa m'Gouna, toujours dans un paysage caillouteux et désertique. De nombreuses kasbahs apparaissent au long du chemin, souvent en état assez délabré. Nous poursuivons vers la vallée des roses. La route remonte sur un plateau aride dominant le filet vert des abords de l'oued M'goun. Les villages se succèdent, bordés de jardins au bord de l'oued tandis que les montagnes qui les dominent ne sont que roches ocres, rouges ou roses sans végétation. Les maisons en pisé sont fréquemment surmontées par des extensions en parpaings inachevées. Nous déjeunons à Tamalout avant de traverser l'oued pour rejoindre Bouthagar. De là, nous empruntons un sentier qui remonte le long d'un petit canal d'irrigation et suit les rives du M'Goun: les femmes lavent le linge ou travaillent dans les jardins, tandis que les hommes transportent les marchandises sur leurs mules ou des petits ânes qui avancent vaillamment malgré leur lourde charge. Nous croisons aussi quelques groupes de randonneurs qui rejoignent leurs campements de tentes installés près des rives. Nous faisons demi-tour à un coude de la rivière où les parois rocheuses rouges dévalent en un impressionnant toboggan jusqu'à l'oued. De retour à Boutaghar nous visitons le village animé de quelques boutiques, mais le ciel est devenu bien gris affadissant toutes les couleurs. Nous passons la nuit à « la perle du M'goun » à Aït Ouassif, agréable chambre située dans une grande maison en pisé à la fraîcheur appréciée, au bord de la rivière. Pour le rejoindre depuis la route il faut emprunter des sentiers serpentant entre les jardins et nos bagages sont transportés par un petit âne qui manquera les verser au passage sur un canal d'irrigation.
04/05/2014: notre hôte, un normand installé ici avec sa femme marocaine, nous conseille une petite balade au travers des villages et des plantations. Le ciel est redevenu bleu et, tout au long des villages et des champs, nous apercevons hommes, femmes et enfants qui vaquent à leurs occupations quotidiennes: lessive, cueillette des roses, ramassage de fourrage, binage des champs. Les sentiers serpentent au long des canaux d'irrigation et nous permettent de rejoindre Tazroute, où des cigognes ont installé leur nid au sommet de tours en pisé parfois branlantes. Pour traverser l'oued, des passerelles en bois sont disposées régulièrement. Nous retournons par l'autre rive beaucoup plus aride. Nous reprenons ensuite la voiture pour retourner à Kelaa M'Gouna, où nous déjeunons, puis ensuite empruntons la route vers Boumalne, bordé de nombreuses zones de champs au long du Dadès. Les zones habitées se succèdent quasiment sans interruption jusque Boumalne, grande cité étalé sur le flanc d'une pente rocheuse au bord du Dadès. La route devient ensuite rectiligne, dans une zone extrêmement désertique avec de rares habitations jusque Tineghir. De grands travaux d'aménagement sont en cours dans cette ville chaude et poussiéreuse au cœur du désert qui ne donne pas vraiment envie de faire halte. Heureusement, nous trouvons une chambre dans une maison d'hôtes (kasbah « Petit Nomade ») située au bout d'une piste caillouteuse dans un désert minéral abruti de chaleur. Une fois à l'intérieur un agréable patio procure une exquise sensation de fraîcheur. Et, le repas du soir sera le plus savoureux que nous ayons dégusté depuis le début de notre voyage au Maroc.
05/05/2014: après un petit déjeuner servi sur la terrasse notre hôte nous explique en détail les possibilités de promenade alentour. Nous décidons de partir à la découverte des gorges de Todgha. La route traverse plusieurs villages où se mêlent anciennes maisons et kasbah en pisé et maisons modernes. Elle surplombe la palmeraie qui déploie au fond de la vallée son long ruban verdoyant. Nous faisons halte à l'entrée des gorges où un marocain nous signale qu'un de nos pneus est encore dégonflé... Profitant du beau soleil matinal nous continuons à pied sur la route enserrée entre des parois verticales rouges de plus de 300 m de haut où de nombreuses voies d'escalade ont été tracées ainsi qu'une via ferrata apparemment récente. Au bord de la route les vendeurs commencent à installer leurs petits étals de souvenirs. Avant de poursuivre vers le haut de la vallée nous retournons en arrière pour faire réparer notre pneu. Nous trouvons assez rapidement un petit réparateur qui diagnostique 7 fuites plus ou moins importantes et cherche d'abord à me vendre un nouveau pneu. Je lui indique que je n'ai pas l'intention d'acheter un pneu neuf pour le véhicule de location et lui demande de réparer seulement 2 grosses fuites. Pour le reste, on verra bien si le pneu reste gonflé dans les jours à venir. La réparation est facturée 25 dirhams la fuite (au lieu de 20 la fois précédente, mais ici le lieu est beaucoup plus touristique). Nous sommes rapidement prêts pour repartir à la découverte de la vallée du Todgha. Passée la zone encaissée entre les hautes parois la route poursuit le long de la rivière bordée de temps en temps de lauriers roses magnifiquement fleuris puis elle s'élève vers des hauts plateaux désertiques. Nous continuons jusqu'au village de Tamtatouchte où le désert laisse un peu de place à quelques zones cultivées. Nous redescendons ensuite vers la palmeraie pour nous promener dans la fraîcheur. A proximité de l'étang des poissons sacrés nous empruntons un petit sentier qui traverse la rivière sur un petit pont et rejoint ensuite un ancien village ruiné en pisé puis poursuit sur un balcon dominant la palmeraie: enchâssée au creux de montagne elle déroule son ruban verdoyant jusqu'à la ville de Tineghir. De grands prés cultivés de céréales apparaissent dans les clairières éparpillées au milieu d'un véritable océan de palmiers. Nous reprenons ensuite la voiture pour rejoindre un belvédère situé à 2 kms de Tineghir. De là un escalier descend vers la zone de cultures et nous déambulons au milieu des champs de céréales irrigués par de multiples canaux. L'animation n'est pas très importante en fin de journée mais nous observons quand même les lycéens qui rentrent chez eux et quelques paysannes travaillant dans leurs champs ou accompagnant leur âne chargé.
06/05/2014: il est temps maintenant de prendre le chemin du retour. Nous parcourons donc la route vers Boumalne. Le ciel est un peu voilé et, sous la chaleur, un voile de brume estompe le désert. A Boumalne nous bifurquons vers les gorges du Dadès: les villages s'échelonnent tout au long des rives sinueuses et verdoyantes tandis que les roches ocres barrent l'horizon. Malheureusement, la lumière un peu terne et blafarde ne permet pas d'apprécier toutes les subtiles couleurs du paysage. Après avoir fait quelques courses au « supermarché » de Aït Oudinar et trouvé un gîte pour la nuit (auberge Argane) nous poursuivons vers les gorges toutes proches. La rivière coule au fond d'un étroit canyon bordé de falaises rougeoyantes tandis que la route escalade la pente raide par des lacets audacieux. Le paysage est spectaculaire malgré un soleil timide et voilé. La route se poursuit en suite en longeant d'impressionnantes pentes dont les multiples strates donnent l'impression de lire les courbes de niveau d'une gigantesque carte. Alternant passages en vallée et en balcons la route est très variée et les points vue sur le Dadès souvent spectaculaires, notamment au niveau des méandres du fleuve peu avant le village de Msemrir. A quelques endroits nous aurions bien tenté une petite sieste au bord de la rivière, mais la présence permanente d'enfants parfois effrontés nous en a dissuadé. De retour à l'auberge, nous dégustons notre thé à la menthe sous une plaisante tonnelle au bord du jardin tandis que quelques gouttes de pluie nous font penser à une averse qui ne viendra pas.
07/05/2014: dès le matin le ciel nuageux nous ôte tout espoir de revoir la vallée du Dadès sous un jour riant. Nous reprenons donc la route en direction de Ouarzazate sans faire d'arrêt si ce n'est pour prendre un peu d'essence et quelques dirhams au distributeur. A l'approche de Ouarzazate des éclaircies apparaissent et la chaleur refait son apparition. Nous prenons la direction de Aït Benhaddou, cité classée au patrimoine mondial de l'UNESCO. La petite route traverse une zone de collines très désertiques quand, brutalement, au sommet d'une côte le ksar de Aït Benhaddou se découvre au bord d'un oued bordé de végétation. Étagé sur une colline dominé par un grenier fortifié l'ensemble est impressionnant. Avant de commencer notre visite nous préférons assurer notre hébergement car, ici, il semble y avoir beaucoup de touristes. Nous prenons donc une chambre à la kasbah du Jardin, petit hôtel avec une terrasse et une piscine qui s'avèrera assez mal entretenu. Après un déjeuner rapide dans une taverne sympathique situé près du pont nous partons à la découverte du dédale de ruelles et de passages couverts du ksar. Les constructions en pisé ont fière allure de loin, mais à proximité nous découvrons beaucoup de murs très endommagés malgré les travaux de rénovation engagés. Beaucoup de boutiques ornent les ruelles de souvenirs colorés et nous recherchons les jeux d'ombre et de lumière qui font ressortir la couleur chaude du pisé. Malheureusement, le ciel se couvre rapidement et les belles lumières laissent place à une atmosphère un peu trouble sans contraste. Dans le courant, t de l'après midi un bref orage rafraîchit un peu l'atmosphère mais ne réussit pas à éclaircir le ciel.
08/05/2014: un beau soleil matinal éclaire la vallée de l'Ounila que nous remontons. Dans le village de Tamdaght une majestueuse kasbah se découpe sur le bleu du ciel et domine le ruban vert de l'oued. Tout au long de la route se succèdent des villages aux chaudes couleurs ocres tandis que les prés et jardins brillent d'un vert intense au milieu d'un paysage particulièrement minéral et aride. Les contreforts de l'Atlas se parent d'une palette de couleurs éblouissantes: ocre, jaune, rouge, rose et vert se mêlent dans une belle harmonie. Le paysage est changeant et chaque détour de vallée laisse apparaître de nouvelles perspectives. Après Telouet, quelques pins et genévriers commencent à apparaître alors que des genêts au jaune saturé bordent la route. Selon l'éclairage la terre prend un curieux aspects vert de gris. Nous rejoignons la grande route de Marrakech peu avant le col de Tizi n'Tichka. Une fois le col franchi, la route dévale une multitude de lacets sur le raide versant nord avant de retrouver la plaine à une quarantaine de kilomètres de Marrakech. A proximité de la ville nous commençons à ressentir la chaleur qui n'est plus tempérée par l'altitude. Au milieu d'une circulation intense où se mêlent voitures, vélos, mobylettes et quelques carrioles nous arrivons à retrouver notre position sur le plan et rejoignons facilement l'hôtel que nous avons repéré sur le guide. Mais il est complet, heureusement l'hôtel Imilchil, situé tout à côté peut nous proposer une chambre. L'hôtel est assez récent et correct mais l'entretien de la climatisation laisse à désirer. Une agréable piscine permet de se rafraichir avant d'aller se plonger dans l'agitation de la ville. Un quart d'heure de marche au long d'avenues bien rangées nous mène à la Koutoubia. Nous déambulons ensuite sur la place Jemaa el Fna qui commence à s'animer en fin d'après midi: charmeurs de serpents, dresseurs de singes, porteurs d'eau, acrobates, conteurs attirent la foule tandis que les cuisines ambulantes embaument l'air de leur odeur de grillades.
09/05/2014: nous partons à la découverte de la médina et des souks dès le début de matinée pour profiter de la fraîcheur. Le souk commence à peine à s'animer et les touristes sont encore peu nombreux tandis que les vendeurs installent leurs étals. Les ruelles principales sont encombrées des souvenirs en tous genres proposés aux visiteurs. Un lacis de passages étroits et sombres offre de nombreuses occasions de se perdre. Les vendeurs sont, dans l'ensemble, peu pressants et n'insistent pas quand nous refusons d'entrer dans leurs boutiques. Nous visitons la médersa Ben Youssef, école coranique où les chambres spartiates et sombres des étudiants entourent une vaste cour magnifiquement décorée de mosaïques et au milieu de laquelle un bassin apporte une touche de fraîcheur. Les murs et les boiseries sont finement ciselés d'arabesques légères et l'ensemble est très élégant. Après un déjeuner sur une terrasse dominant la grande place, un passage à la poste pour acheter quelques timbres nous retournons à l'hôtel pour profiter de la fraîcheur de la piscine et de la climatisation (un peu percée...). En fin de journée, retour vers la place Jemaa el Fna pour profiter de l'ambiance et dîner dans une des guinguettes. Le choix est vaste et tous les serveurs font assaut de baratin pour nous convaincre de nous assoir à leur table, bien que toutes les propositions soient identiques. Nous déambulons tranquillement pour profiter de cette dernière soirée marocaine en appréciant la douceur de l'air.
MARRAKECH, délices et délires de la Ville Rouge(1)
Toussaint à Paris, Bleu à Marrakech…La recette est à trois heures de Lyon( décalage horaire compris)… Vous quittez Lyon sous les brumes d’Automne avec un petit 10° et, trois heures après, vous débarquez au pays des mille et une nuits avec un 21° à 11 heures du soir…
Dommage que des milliers d’européens aient eu la même idée qu’Ulysse…du type de ces petits vieux distingués, pull bleu pâle pour lui, cachemire rose fushia pour elle, qui pestent contre la bureaucratie policière tatillonne et exemplaire, tout en grignotant insensiblement ma place dans la file d’attente…
Cà y est : il va pouvoir récupérer ses valises avant qu’on ne lui les vole…il marcherait presque sur Berthe, qu’il oublie au contrôle de police et qui crie : « Jean, Jean !! » attends moi »
Ulysse mentalement fait le calcul : la queue policière d’une demi-heure est l’équivalent de quatre cents kilomètres du Boeing 737-80 dont il vient de débarquer : péril de cette très belle et très fragile société de consommation où Berthe et Jean, pétris de certitudes et d’argent, viennent partager le soleil des marrakchi…
Heureusement, Ulysse a hâte de replonger dans cette ville où jusqu’à lors, il n’a fait que transiter : il choisira le plus pauvre des taxis, la voiture la plus brinquebalante dont les vitres n’ont plus d’usage, il ne négociera même pas le prix de nuit : touriste de base, il est, émerveillé de quitter ses petites misères européennes et de respirer si vite cette odeur d’Afrique qu’il n’a jamais quittée.
Rentrer dans Marrakech de nuit est un plaisir à nul autre pareil : Ulysse ouvre grand les yeux et respire une odeur d’Atlas, de désert et de fuel mélangés…
Toussaint à Paris, Bleu à Marrakech…La recette est à trois heures de Lyon( décalage horaire compris)… Vous quittez Lyon sous les brumes d’Automne avec un petit 10° et, trois heures après, vous débarquez au pays des mille et une nuits avec un 21° à 11 heures du soir…
Dommage que des milliers d’européens aient eu la même idée qu’Ulysse…du type de ces petits vieux distingués, pull bleu pâle pour lui, cachemire rose fushia pour elle, qui pestent contre la bureaucratie policière tatillonne et exemplaire, tout en grignotant insensiblement ma place dans la file d’attente…
Cà y est : il va pouvoir récupérer ses valises avant qu’on ne lui les vole…il marcherait presque sur Berthe, qu’il oublie au contrôle de police et qui crie : « Jean, Jean !! » attends moi »
Ulysse mentalement fait le calcul : la queue policière d’une demi-heure est l’équivalent de quatre cents kilomètres du Boeing 737-80 dont il vient de débarquer : péril de cette très belle et très fragile société de consommation où Berthe et Jean, pétris de certitudes et d’argent, viennent partager le soleil des marrakchi…
Heureusement, Ulysse a hâte de replonger dans cette ville où jusqu’à lors, il n’a fait que transiter : il choisira le plus pauvre des taxis, la voiture la plus brinquebalante dont les vitres n’ont plus d’usage, il ne négociera même pas le prix de nuit : touriste de base, il est, émerveillé de quitter ses petites misères européennes et de respirer si vite cette odeur d’Afrique qu’il n’a jamais quittée.
Rentrer dans Marrakech de nuit est un plaisir à nul autre pareil : Ulysse ouvre grand les yeux et respire une odeur d’Atlas, de désert et de fuel mélangés…
Dans mon précédent récit (Marrakech, nous revoilà), nous venions de quitter la petite Fatima. Je tremble de plaisir en pensant à la suite de notre voyage. Itinéraire de 204km à partir de Marrakech jusqu'à Ouarzazate, en passant par le col de TIZI-N-TICHKA. Puis, balade dans la vallée du Draà jusqu'à Merzouga, nuit dans l'erg Chebbi, retour à Marrakech, par la vallée du Dadès, pour revenir ensuite à Essaouira !... Bon, ça paraît un peu compliqué, mais non, la preuve ....
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Le coffre de la voiture est assez grand pour tous nos bagages. Ouf ! Nous avons eu un peu peur de ne pas tout caser ! Sortir de Marrakech n’est pas une simple affaire ! D’abord remplir le réservoir d’essence, puis consulter la boussole. De quel côté, Ouarzazate ?
Il faut prendre la route qui passe par le col de Tizi-n-Tchika. Nous avons été prévenus, il ne faut pas oublier que nous sommes en vacances et prendre notre temps. Ouarzazate n’est qu’à 3h de voiture de Marrakech. Jean est tout heureux d’avoir un volant entre les mains, il pilote le 4X4 qui nous a été confié avec enthousiasme par Fouzia et son collègue. Bon d’accord, il y a un peu de jeu dans la direction, un feu arrière cassé, un impact sur le pare-brise, une des portes qui ne se ferme pas facilement et par ci, par là quelques éraflures du plus bel effet ! Mais il ronfle bien et on espère très fort qu’il nous amènera à bon port ! Nous les filles, confortablement installées à l’arrière du véhicule, essayons de ne rien rater du paysage qui défile. Les appareils à photos sont sortis de leur étui, prêts à capter l’évènement imprévu, le personnage insolite, les couleurs des costumes, celles des tapis exposés en plein soleil, prêts à témoigner de la diversité des régions que l’on traverse, des émotions qui nous saisissent devant certaines scènes de la vie campagnarde marocaine. Dès les premiers kilomètres, nous sommes surpris par l’aridité du paysage. Cette route, toute droite devant nous, traverse une plaine immense où « fleurissent » des tas de cailloux. Pratiquement pas d’habitations en vue, quelques arbres misérables qui s’obstinent à pousser là, et de temps en temps, un bout de champ, une tâche verte sur laquelle de pauvres gens travaillent, aidés dans leur labeur par de petits ânes dociles. Nous prenons un peu plus d’altitude et la végétation se fait un peu plus « dense ». Ce sont les cactées qui dominent, en particulier les figuiers de Barbarie.
La route grimpe petit à petit, le paysage devient plus montagneux, des moutons arrachent quelques brins d’herbe à cette terre aride et caillouteuse. Les ravins se font plus impressionnants, les virages serrés sont négociés avec prudence. Les couleurs sont toujours aussi belles, mariant toutes les variations de l’ocre.
Et puis, dans un virage plus large, la vue d’un bar nous incite à faire une pause. L’occasion de jouer « aux vases communicants », nous désaltérer et soulager nos vessies soumises à rude épreuve par les soubresauts du 4X4 ! Nous sommes accueillis aussi bruyamment que chaleureusement par un magnifique jeune homme. Il est habillé de bleu comme les hommes du désert, il a un sourire éclatant, de bonnes joues rebondies, il s’appelle Ahmed. Il nous suit dans le bar et nous le prenons pour le patron. Nous commandons cafés et rafraîchissements et demandons bien sûr : « les toilettes, SVP ? ». Le papier nous est dispensé avec parcimonie et c’est avec un peu d’appréhension que nous entrons à tour de rôle dans le « saint des saints ». Rudimentaire mais impeccable de propreté. Un trou dans le sol, une arrivée d’eau à l’aide d’un petit robinet et un seau qu’il faut remplir afin de « tirer la chasse » ! Et Ahmed qui nous félicite, car :-« il y en a qui pose la m… et qui ne boive rien ! ». Nous sommes des gens « bien » et cela fait plaisir d’être reconnu ! Il s’assied à notre table et de confidences en confidences, nous apprend qu’il tient la boutique accolée au bar.
Nous comprenons vite que le respect qu’il éprouve à notre égard sera encore plus grand si nous lui achetons quelque chose ! Bon, on y va. On va bien trouver l’occasion de dépenser nos dirhams. Il y a longtemps qu’on ne leur a pas fait prendre l’air !
Nous flanchons pour de jolis chèches, bleus pour Michel et Huguette, vert pour moi. Jean ne cède pas et rigole de nous voir enturbannés de la sorte. Quand à Ahmed, il rit à gorge déployée !
Quoi ? On n’est pas beau ? Personnellement, je dirais même que Lilou est de loin celui qui s’arabise le plus vite !
Sacré Ahmed, il a réussi à nous vendre ces écharpes 10€ chacune ! On aurait dû se méfier quand il n’a pas insisté pour nous vendre autre chose ! Mais il est tellement sympathique que nous lui promettons de nous arrêter au retour.
Les rares villages que l’on aperçoit se confondent avec la couleur du sol. Les montagnes plus loin ont des airs menaçants. De grandes murailles sévères surplombent de petits carrés verts de végétation. Ce sont les seuls signes qui témoignent de la présence d’êtres humains dans les parages !



La route s’élève doucement et le paysage change petit à petit. Ce sont maintenant des forêts de pins et de chênes. Certains villages sont entourés de noyers et nous pourrions y trouver de quoi nous restaurer. L’ascension se poursuit par de larges lacets dans un paysage montagnard où la végétation se réduit à de maigres prairies. Nous avons la chance de capter une jolie scène de la vie rurale. Une jeune bergère et ses quelques moutons.
J’apprends que ces prairies s’appellent en berbère « tichka ». Comme le nom du col, le plus haut du Maroc, qui nous permettra de passer sur le versant saharien du Haut Atlas.
Et le sommet du col, tout proche. Nous sommes à 2260m d’altitude, les cimes sont légèrement enneigées.
Après la gentillesse d’Ahmed et sa conception du commerce, voilà les « arnaqueurs » du Tizi-n-Tchika ! Ici, on vend des minéraux et fossiles dont l’authenticité est plus que douteuse ! Les pierres que brandissent les marchands scintillent dans la lumière. La plupart des améthystes ne sont que des cristaux de roche teints à l’aide d’encre violette. Je ne parlerai pas des « rubis et saphirs » aussi fabuleux que faux ! Le premier marchand (photo) est sympa et donc, réussit à nous vendre un petit objet à chacun. Mais le second a déclenché en moi une profonde aversion. Sous des airs bonaces, il cache une agressivité qui me hérisse le poil encore aujourd’hui !Les autres promettent de s’arrêter au retour, moi, je fais la tête ! Je n’ai vraiment pas envie de le revoir, celui-là !
Quelques kasbahs en bord de route dressent leurs murailles de terre ocre. Beaucoup sont en piteux état ! Je surprends un petit âne qui attend patiemment je ne sais quoi !
Nous approchons de Aït-Benhaddou. Et soudain, le choc ! A la sortie d’un large virage, la vue superbe du ksar rouge, hérissé de hautes tours en pisé, se dressant à flanc de colline nous laisse sans voix ! Il se trouve sur l’autre rive de la rivière en contre bas, le Mellah. On s’arrête pour mieux le contempler.
Puis, laissant notre voiture en bordure de route, sous la surveillance d’un jeune homme qui nous servira de guide plus tard, nous optons à l’unanimité pour une pause réparatrice dans l’auberge la plus proche. Pas de problème, ce sera encore un tajine au poulet. Nous n’avons pas pensé à compter combien de fois nous avions choisi ce plat !
Petite plongée dans le guide touristique et nous sommes tout de suite plus savants !
(Le ksar de Aït-Benhaddou, l'un des plus fameux du Sud marocain, est désormais classé patrimoine de l'humanité par l'Unesco. Le décor du ksar a inspiré de nombreux cinéastes. David Lean y tourna pour Lawrence d'Arabie les scènes censées se dérouler à Aqaba.)

Nous franchissons facilement la rivière Mellah à gué. De gros sacs sont posés à distance irrégulière et c’est en sautant avec plus ou moins de grâce que nous arrivons sur l’autre rive. Le guide nous apprend que l’eau de la ou le...Mellah n’est utilisable ni pour les hommes ni pour les cultures. Il ou elle traverse d’anciennes mines de sel et charrie bien sûr des eaux impropres à la consommation. Nous nous promenons dans un lacis de ruelles et grimpons allègrement un sentier pierreux qui nous amène au sommet du ksar. La vue plongeante sur la rivière et la plaine alentour, l’immense grenier tout au fond, les tentes noires dressées au bord de l’eau pour un groupe de touristes, et juste en contre bas, les belles tours de pisé, nous rendent muets ! Et pour rendre muettes les deux filles, il en faut, vous le savez bien !


En visitant le village, nous sommes passés devant moult boutiques et avons été agréablement surpris de n’être importunés par aucun des marchands ! Nos illusions se sont envolées en redescendant du promontoire. Notre gentil guide nous propose de visiter la « maison berbère », il y en a paraît-il pour 5 minutes ! Comme il est sympa, va pour la visite. Nous sommes accueillis par un homme à l’imposante stature qui, aimablement, nous invite à boire le thé. Nous entrons dans une pièce où sol et murs sont recouverts de tapis. Des montagnes de tapis ! Nous nous asseyons par terre face à lui, notre guide sur le côté, toujours aussi discret. Sans s’arrêter de parler, notre hôte prépare le traditionnel thé de bienvenue. Nous sommes détendus et sourions à ses propos débonnaires. Il a commencé par une histoire amusante, suivie d’une devinette, nous rions, confiants et de bonne humeur. Il nous parle de la fabrication des tapis par les femmes de la montagne et nous dit qu’il n’a pas l’intention de nous en vendre. Nous sommes tout à fait rassurés, quand il nous annonce que par contre…Et le voilà qui attrape un beau coffre de bois et de cuir, jusque là caché derrière lui. Il y a à l’intérieur une profusion de bijoux « berbères » fabriqués, soi-disant dans le désert, et qui sont, bien sûr, uniques au monde ! Bon, nous y voilà ! Michel garde le sourire, Jean fronce les sourcils et nous deux, nous bavons d’envie devant les petites merveilles que le roublard a disposées devant nous ! Bien sûr, « il faut boire le thé, ne pas s’énerver et surtout ne pas parler du prix…on a le temps, ce n’est pas important…on achète, c’est bien, on n’achète pas, on reste ami ! » Bien entendu, il a vu que nous étions plus vulnérables que nos hommes et il essaie de nous appâter de toutes les façons. Il n’hésite pas le gros malin, à augmenter outrageusement les prix lorsqu’il voit que nous regardons plus particulièrement un article ! Finalement, ce sera un peu fâché quand même que nous le quitterons ! Notre guide ne bronche pas et continue à nous raconter l’histoire du village et de ses habitants. Nous lui sommes reconnaissants de ne pas nous montrer sa déception, car il ne touchera pas de bakchich auprès du marchand de bijoux. Nous compensons par un bon pourboire et reprenons la route. Nous sommes à une vingtaine de kilomètres de Ouarzazate et avons hâte de faire un brin de toilette. Je consulte le voucher qui nous permettra de loger à l’hôtel « LE ZAT ». C’est bien sur la route de Skoura, en direction des gorges du Dadès. Entrée de Ouarzazate. Nous passons comme une fusée devant la Casbah du Glaoui et je n’ai que le temps d’armer mon appareil photo, elle est déjà loin !

L’hôtel est moderne, l’eau de la piscine un peu fraîche et le serveur a un petit air d’Henri Salvador qui nous le rend tout à fait sympathique. Nous n’aurons qu’à nous féliciter du bon accueil qui nous est réservé partout où nous irons !
VENDREDI 1ER DECEMBRE 2007. La journée d’hier a été remplie d’images et de paysages les plus divers, les maisons et villages de pisé se sont succédés sur la route et la visite de Aït-Benhaddou a ravi nos yeux. Nous passons donc sans états d’âme particuliers devant la magnifique Casbah du Glaoui située à Telouèt, 1Km de Ouarzazate. (Voir la photo plus haut). Elle est d’une luminosité exceptionnelle et a été reconstruite avec des moyens financiers énormes. Les réalisateurs de cinéma s’y précipitent, on dit qu’Hemingway y séjourna et malgré cela, .... nous préférons faire la visite des studios de cinéma qui se trouvent à la sortie de la ville. Michel frétille comme un gardon à la pensée de se frotter aux prestigieux acteurs qui ont tourné là et fréquentent toujours cet endroit. D’immenses statues égyptiennes sont érigées aux abords du site. Munis du billet d’entrée, nous attendons patiemment qu’un guide soit libre pour commencer la visite. Huguette pose tranquillement et s’imagine être dans la peau de Cléopâtre. Nous nous attardons devant les affiches des films dont certaines scènes ont été tournées ici.

Notre guide est tout mignon et s’appelle Ali, je crois ! Il est marrant comme tout et démystifie une à une tous les histoires qui nous avaient faits rêver jusque là ! De l’illusion partout et du toc en veux-tu en voilà ! Des murs qui paraissaient faits en dur, ne sont en réalité fabriqués que de toile et de peinture. Des décors en trompe- l’œil, donnent le change jusqu’à ce qu’on s’en approche de près ! Eclats de rire quand on voit que tout est « bidon » ! On reste admiratif devant ce déploiement d’astuces les diverses. Vraiment aucun regret après cette visite qui nous a prouvé à quel point il est « facile » de manipuler tout un chacun ! Respect pour tous les acteurs de cette ville fantôme ! Un champ de pierres, immense devant nous, et un berger qui y mène ses moutons avec je ne sais quel espoir d’y trouver leur pitance ! Encore un qui va se faire prendre aux pièges des prestidigitateurs de cet endroit ! Le guide nous certifie que de grandes « batailles » cinématographiques se sont jouées là ! Bon ! On préfère le croire, car rien ne nous paraît plus réel ! « Laisse béton ! ». On s’amuse bien en passant d’une pièce à l’autre, les décors changent et nos délires aussi. Ali nous pose des devinettes : « Quel est le film qui a été tourné ici ? »-- Les idées les plus farfelues nous traversent l’esprit et nous lui en faisons part bruyamment ce qui le fait rire aux éclats ! Nous nous prenions pour des cinéphiles avertis, que non ! Chaque réponse est fausse ! Les garçons s’amusent à nous faire peur, bouuuuuuh ! Comme si on ne voyait pas que ce sont de faux ossements ! Quoique !!! Et puis on ne se lasse pas de jouer les reines dans ce décor « Hollywoodien » et, prendre la pose dans les escaliers qui mènent au trône de Cléopâtre n’est pas pour nous déplaire ! Il n’y a pas que Monica Bellucci sur la terre ! On me met une perruque et une couronne sur la tête, deux seins hauts placés et un régime « slim fast » pendant 2 ans, je n’aurais aucun mal pour lui ressembler…surtout de loin ! Et Ali qui rigole ! Il ne se fiche pas de nous quand même ! C’est qu’il en est bien capable, le bougre ! Direction la vallée du Dadès et plus précisément, TINERHIR aux orthographes les plus diverses, sans parler de la prononciation qui nous divisera souvent. La route qui va de Ouarzazate à Tinerhir, et au-delà jusqu’à Erfoud, a été nommée la « route des Kasbahs ». Difficile de rester insensible à la beauté de cette architecture de terre. Ces villages fortifiés, aux façades souvent décorées, ces colosses de terre puissants et fragiles à la fois sont vraiment impressionnants. Certaines kasbahs sont en piteux état, et les poteaux et fils électriques qui courent devant elles défigurent ces magnifiques bâtisses. Mais il doit être déjà suffisamment difficile de vivre là, et il serait bien mal venu de leur reprocher ce manque d’esthétisme provoqué par le peu de confort auquel ils ont droit. Un magnifique plan d’eau surprend à la sortie de la ville. C’est un lac de retenue sur le Drâa. Tout de suite, le paysage désertique, avec pour fond de décor une vue saisissante sur les sommets de l’Atlas. Certains dépassent largement les 3000 mètres. Plusieurs dizaines de kms plus loin, l’oasis de Skoura. L’œil sur la carte, nous nous interrogeons sur la possibilité de visiter le jour même les Gorges du Dadès et celles du Drâa. L’objectif est d’arriver à Boulmane-du-Dadès. Une centaine de kms nous en séparent, et la succession d’oasis et de kasbahs nous font patienter. Aux alentours de El-Kelaà M’Gouna, des enfants sur le bord de la route nous proposent des flacons et autres produits fabriqués à base d’eau de rose. On apprendra par la suite que la plupart de ces produits sont tout à fait artificiels, certaines eaux de rose étant elles-mêmes fabriquées à Casablanca ! La magie du Maroc ! Et les magnifiques kasbahs, encore et encore…jusqu’à Boulmane, embranchement à ne pas rater si on veut voir de plus près les célèbres gorges du Dadès.
Le début de la vallée est riant, les minuscules champs irrigués par le torrent, les vergers d’amandiers et de noyers offrent un paysage reposant. Les villages en terre rouge sont accrochés à la montagne. Un camaïeu de couleurs splendides. De l’autre côté de la rivière, une formation géologique extraordinaire. Elle est appelée le « cerveau de l’Atlas » ou « les doigts de singes ». Nous prendrons cette photo en revenant et les derniers rayons de soleil donnent à ces roches une couleur et une dimension surprenantes !

La route est bordée de petites auberges où il ferait bon s’arrêter, mais il y a tellement de choses à voir !


(symbole berbère sur pratiquement toutes les maisons)
On croise des femmes qui portent de lourdes charges. Elles ont sur le dos de grands morceaux de tissu remplis d’herbes qui doivent servir à nourrir le bétail. D’autres s’en servent pour porter leur bébé ! Nous essayons le plus discrètement possible de saisir quelques personnages mais les images ne sont pas trop nettes ! Tant pis ! Notre chauffeur n’a pas l’intention de ralentir chaque fois que nous avons l’impression de faire la photo du siècle. De grands fous rires nous tordent le ventre. Lilou ne fait que râler, fustigeant Huguette qui soumet à rude épreuve les piles de son appareil. C’est vrai aussi ! Elle vise au petit bonheur la chance, tout ce qui pourrait devenir le scoop de l’année ! En fait, c’est surtout le montant des portières qu’elle photographie avec le plus de réussite. Je ris tellement que j’en prends à mon tour pour mon grade ! « Et l’autre (moi) avec son téléphone…Blip, blip, blip… » Ces vieux alors, pas moyen de rigoler !
Puis la route se fait plus étroite, les parois plus abruptes, plus menaçantes au dessus de nos têtes. La végétation se fait plus rare et tout à coup, une brève mais impressionnante montée en lacet nous permet d’avoir une vue saisissante sur les gorges. Plus d’une centaine de mètres de profondeur pour moins de dix de large ! Puis la route redescend doucement pour arriver au niveau de la rivière et là, c’est le spectacle à l’envers, l’immensité de ces murailles qui nous surplombent, nous écrase. Le soleil est encore assez haut pour pénétrer entre les parois verticales. Nous levons la tête à la limite du torticolis ! Le jeu de lumière entre eau et minéraux est vraiment fantastique. Dommage que la photo ne soit pas fidèle à ce que voient nos yeux !
La proximité de ces falaises est telle qu’il est impossible de faire quelque chose de bien.
Tant pis ! Il commence à se faire tard et c’est à regret que nous rebroussons chemin Quelques notes sur la carte me rappelle le nom de cet endroit : « le défilé d’IMDIAZEN ».
Au sommet du col, juste avant d’entamer la descente en lacet sur Boulmane, une petite auberge juchée sur un piton rocheux attire notre attention. Il est l’heure du déjeuner et nous trouvons plus judicieux de nous arrêter là. C’est sympa comme tout, les gens sont charmants et sont prêts à confectionner un beau tajine dans l’heure. Photos sur les gorges en descendant des escaliers aux marches inégales, visite dans les toilettes « berbères » et Huguette qui tombe sous le charme d’un jeune homme. Celui-ci lui présente plusieurs tapis tissés par sa femme et elle se laisse aller ! Un beau tapis rouge en laine épaisse qui agrémentera l’entrée de sa maison. Toute fière, la Guichou ! La fin du repas sera animée car nous sommes les témoins d’un mini drame. Nous avons été intrigués dès notre arrivée par l’attitude d’un homme. Il a le verbe haut et le geste large, l’apanage qui sied à tout individu décontracté, bien dans sa peau et surtout au dessus de tout soupçon. Mais il en fait peut-être un peu trop et c’est sans surprise que nous découvrons qu’il n’est qu’un vulgaire petit escroc. Il a trouvé le moyen de partir sans payer et ce sont les cris de colère du restaurateur qui nous font lever d’un bond. Collés contre le bord de la rampe sur la terrasse qui surplombe la route, nous tentons avec force gestes, d’attirer l’attention du mauvais payeur, lui accordant encore le bénéfice du doute. Après tout, ce n’est peut-être que de l’étourderie ! Il est écoeuré le patron du resto ! On a maintenant la certitude qu’Arabes et Berbères ne sont pas copains du tout ! Allons bon ! Cap sur Boulmane-du-Dadès et direction Tinerhir. Un œil fébrile sur le voucher qui me donne l’adresse de l’hôtel : « la casbah de Tombouctou, 126, av.Bir Anzarane ». Fouette cocher ! Tinerhir est une étape importante et le point de départ de nombreuses excursions dont celle des célèbres Gorges du Todra. On nous en a tellement parlé que nous nous engageons dans la route qui y mène, négligeant l’entrée de la ville et la possibilité de rejoindre notre hôtel. La végétation luxuriante prouve que l’eau est toute proche. Les nombreux palmiers et arbres au bord du chemin poussiéreux cachent à demi les magnifiques casbahs de pisé de l’autre côté du torrent. Nous sommes pratiquement au niveau de la rivière. Et puis, la route s’élargit, et nous succombons sous le charme de la palmeraie, de la ville ocre et rouge que l’on découvre au loin, des champs minuscules, cultivés avec soin. Nous descendons de voiture et essayons de fixer sur la pellicule ce morceau de paradis !
Après avoir consulté la carte routière et compris que la nuit tomberait sur nous avant peu de temps, nous retournons sur nos pas et faisons notre entrée dans la ville. Celle-ci a l’air animé et la large avenue est bordée de magasins et d’ateliers artisanaux eux-mêmes situés sous de grandes arcades. Je repère la poste près d’un grand espace arboré et me souviens des cartes postales à envoyer aux amis. Ne pas reproduire la mésaventure de Marrakech et ne pas oublier de vérifier les adresses avant la mise en boîte ! (Certaines cartes ne sont parvenues à leur destinataire qu’au mois de février !!! Le « facteur à dromadaire » a eu bon dos ! Hi Hi Hi)
La Casbah de Tombouctou. Mais où est-elle ? Nous l’avons dépassée quand, tournant la tête j’aperçois, son enseigne lumineuse coincée entre deux magasins. Soupirs de soulagement, demi-tour. Garés devant une boutique qui vomit à tue-tête la dernière chanson à la mode, nous déplions nos jambes engourdies et prenons la mesure de notre fatigue. C’est un catalan, Roger Mimo, qui, amoureux de l’architecture du Maroc et particulièrement de cette région, a restauré une ancienne casbah. Le couloir qui mène à la réception, est tapissé de photos qui rappellent aux voyageurs l’ampleur des travaux effectués. Chaque chambre a son propre décor. Le mobilier en bois de laurier-rose, le crépi de terre sur les murs, les plafonds en tataoui, (Technique décorative : baguettes de lauriers, peintes, assemblées et entrecroisées entre les poutres d'un plafond, formant un décor géométrique), les tentures et rideaux aux couleurs chaudes et profondes, la jolie salle de bain, les sofas sur lesquels on peut s’écrouler, les lumières tamisées qui donnent une ambiance sensuelle à la pièce, nous font taper des mains de joie ! Vite, photo ! Finalement, un peu plus de lumière ne serait pas de trop ! Déjà que je suis un peu contrariée de l’épisode « promenade apéritive », il ne faut pas m’énerver ! Non, je rigole ! Mais c’est vrai aussi, pas moyen de flâner le nez au vent dans ce pays ! Mes cartes postales à la main, je marche aux côtés d’Huguette quand un jeune homme nous accoste. Il est « mimi » tout plein et parle bien le français. Il a l’air content de deviser avec nous et nous l’écoutons attentivement quand il nous parle de sa vie, de ses études. Nous sommes près du parc dont je parlais tout à l’heure et le bureau de poste n’est pas loin. Et voilà qu’un deuxième luron se joint à notre groupe ! (Peut-être même « larron !) Largement moins mignon que le premier et surtout beaucoup plus pressant ! L’ambiance change d’un coup et on a un petit mouvement de contrariété qu’il perçoit très vite. Alors il change de façon de faire et semble remarquer les cartes que je tiens à la main. Pour dissiper le malaise, je lui demande à quel endroit je pourrais déposer ces dernières. J’aperçois au même moment une boîte aux lettres sur la façade de la poste juste en face de nous et me dirige donc par là. Mais non, il me prend vigoureusement par le bras et me dit : « Non, non, par là c’est mieux ! »- Et je me retrouve propulsée à la vitesse « grand V » sur le côté gauche du bâtiment et devant une ouverture dans le mur qui ressemble à celle d’une ancienne boîte. Je proteste en lui disant : « Tu es sûr que mes cartes ne vont pas être perdues ? ». Il affirme énergiquement que je n’ai aucun souci à me faire, que c’est vraiment là qu’il faut que je pose mon courrier, bref, je cède car il est trop ch…, je ne dis pas le mot ! Je glisse avec appréhension mes cartes dans le trou béant et les lâche avec regret sous l’œil attentif de mon compagnon. Le bruit que je perçois me rassure quelque peu, on dirait que la boîte est bien remplie. Est-elle régulièrement vidée ? That’s the question ! Je me méfie de lui et l’avenir me prouvera que j’avais tort d’un côté et raison de l’autre ! Le courrier a bien été expédié, mais il est parvenu tellement tard à leur destinataire que je garde toujours un doute quant à la vélocité avec laquelle il a été traité ! C’est bien entendu au moment de les quitter que cela se complique un peu ! Ils essaient l’un et l’autre de nous retenir, veulent nous accueillir chez eux, nous invitent à prendre le thé et surtout, à admirer les tapis que fabriquent leurs mamans ! Et comme d’habitude, sans obligation d’achat !!! Du coup, fini la promenade, nous repartons vers l’hôtel ! Quelle barbe ! Il doit pourtant y avoir de jolies choses à voir dans cette ville ! Il y a devant La Casbah de Tombouctou, une cabine téléphonique. Guichou s’y engouffre, elle veut parler avec Floflo. Mais le bruit de la rue et le magasin de disques en face qui diffuse toujours à tue-tête le dernier tube, la gênent et elle est déçue de ne pouvoir entendre la petite. Plus loin un Point Phone va nous sauver. Pour quelques dirhams échangés avec le monsieur de service, nous pourrons communiquer avec nos enfants respectifs. Quel bonheur d’entendre leur voix ! Il faut aller se coucher, demain le programme est chargé. Visite des gorges du Todra puis départ vers Merzouga et les belles dunes ! J’ai des fourmis dans les jambes rien que d’y penser. Vite, vite !
Nous nous arrêtons pour la deuxième fois à l’endroit qui nous avait tant plu la veille. La lumière du matin magnifie la vue que nous avons sous les yeux. Tout paraît paisible jusqu’au moment où les pétarades d’un moteur de mobylette donnent l’alerte. Nous tournons la tête de ce côté quand Jean nous signale un autre intrus. Comme sorti de terre, un homme que nous n’avions pas vu, s’approche de nous. Nous rentrons dans la voiture, maudissant cette mauvaise habitude qu’ils ont tous : harceler les touristes ! Comme les gorges du Dadès, le départ se fait à peu près au niveau de la rivière et la vallée est assez large. De nombreux campings et auberges jalonnent le parcours, puis vient la partie la plus spectaculaire : un défilé de quelques dizaines de mètres de large avec des parois verticales de près de 300m de haut. Petite déception pour moi qui aurais bien voulu aller plus loin, mais il faut laisser la voiture et continuer à pied, alors…Et puis il y a encore du chemin à faire, ce soir nous devons dormir dans le désert…Youpi ! Jean est un peu préoccupé par cette étape et nous presse de partir. Retour sur Tinerhir et direction d’abord Erfoud, puis Merzouga représenté par un tout petit point sur la carte ! Je me rassure en regardant les derniers vouchers. Prochain contact : LE KSAR BICHA. Au moins 200 kilomètres à parcourir, il vaut mieux ne pas s’attarder. Erfoud est encore assez loin. Cette ville est importante car située à l’entrée du désert. On peut dire que c’est la capitale touristique de la région : hôtellerie florissante et nombreuses boutiques artisanales. Ici est commercialisée la fameuse « pierre d’Erfoud », pierre noire incrustée de fossiles. Nous allons avoir plus d’une fois la frayeur de notre vie, en évitant de justesse tout le long de la route qui nous mène à Merzouga, de téméraires vendeurs de pierre qui se jettent carrément sous nos roues. Cette route goudronnée s’étire devant nous et le contraste est frappant : la palmeraie, alimentée par l’eau qui coule invisible, déploie avec magnificence de superbes palmiers, tandis que quelques mètres plus loin, les cailloux fleurissent par milliers ! Des hommes creusent la terre pour dénicher sûrement les pierres qu’ils proposeront aux touristes, tandis qu’une femme, juchée sur un petit âne, vient de récolter quelques légumes dans un des jardins de l’oasis. Autrefois nomades, les populations berbères se sédentarisent de plus en plus et occupent pratiquement tous les endroits situés le long des points d’eau. Leur condition de vie est bien rude et c’est avec beaucoup de respect que nous les observons. Nous ne pourrons nous empêcher d’éprouver quelques remords, lorsque nous ne serons pas assez généreux.
Puis, très vite, changement de paysage. Les cailloux dominent, plus de palmiers même clairsemés à l’horizon, la plaine (hamada) est immense, la lumière intense. Le regard se perd. Devant nous, la route toute droite, et sur les côtés, au loin, très loin, les prémisses du désert tout proche. Pas de marchands de pierre dans le coin, nous en profitons pour faire une « pause pipi » derrière l’un des mamelons pierreux en bordure de route . C’est là que je prendrai en photo les petites fleurs, pensant que ce serait les dernières que nous aurions l’occasion de voir, pendant un bon moment ! On « grimpe » sur les monticules de sable, imaginant déjà être au pied des dunes ! Michel n’a pas quitté son chèche, il est fin prêt pour affronter le soleil du désert. On ne voit plus que ses yeux bleus, je me surprends à penser à Lauwrence d’Arabie ! Non, Huguette, je rigole ! Quoique, fais gaffe quand même ! Lit-elle dans mes pensées ? Elle se rapproche de son mari et ne le quitte pas ! Encore une heure de route pour arriver aux environs de Merzouga. Le ksar Bicha, est-il avant ou après la ville ? Nous scrutons attentivement chaque panneau en bord de route, car les dunes de l’erg Chebbi, bien qu’encore éloignées, sont maintenant visibles. Euréka ! Nous y sommes ! Quelques kilomètres avant merzouga, une pancarte sur le bord de la route. C’est là ! Quelques arbres, du sable et des constructions ici et là. Pas d’erreur, nous sommes arrivés ! Jean gare le 4x4 et nous descendons timidement, cherchant un interlocuteur qui nous rassurera. Dans le hall de la réception, quelques bagages sur le sol attirent notre attention. Ce sont ceux du jeune homme qui se dirige vers nous. Il nous dit tout d’une traite : Qu’il vient juste d’arriver, qu’il est le nouveau cuisinier, que le patron n’est pas là, mais que si on le veut, il nous fait quelque chose à manger ! Dis donc, il est à l’air aussi désorienté que nous ! Va pour une omelette au fromage (qui nous restera un peu sur l’estomac) et quelques fruits. Pas faciles à manger, les grenades ! Il est là, le beau Ali. Je ne résiste pas à l’envie de vous le montrer. Petit coup d’œil à Huguette . Ah, si on était plus jeune ou… si nos maris n’étaient pas là !
Et il est coquin comme tout, il se moque de notre accent et s’amuse à répéter nos phrases en exagérant notre prononciation. Morveux, va ! Le gars qui doit nous prendre en charge pour la « traversée » du désert n’est pas encore arrivé et on parle du Paris-Dakar, du Trophée des Gazelles…et voilà Ali qui nous propose une petite démonstration dans les dunes avec le 4x4 que nous a loué Fouzia ! Les premières vagues de dunes ne sont qu’à une centaine de mètres du ksar. On craint un peu pour le 4x4, mais Ali a l’air sûr de lui et nous affirme que c’est un exercice auquel il se livre souvent et ce, avec n’importe quelle voiture. Alors… ! Les garçons ont l’air intéressé, les filles l’air effrayé…mais il y va de notre honneur, il n’y aura pas de dégonflé dans la troupe ! Ali s’installe au volant, Jean est à côté de lui, Guichou, Lilou et moi sur la banquette arrière. J’allume la caméra. Départ…pour l’instant, ça va, le terrain est plat ! On grimpe tranquillement sur la première dune, la crête est suffisamment large pour ne pas s’inquiéter. Cool ! Tout d’un coup, Ali braque le volant à 90° et voilà la voiture qui plonge dans le creux de la dune ! Maman !!! La caméra ne filme plus que le sol et l’instant d’après, que le ciel ! Bonjour le reportage ! Les garçons restent stoïques tandis que les filles commencent à pousser des cris d’orfraie ! Il faut que je sois honnête, c’est surtout moi qui crie ! Guichou rit, toujours aussi placide devant le danger ! Elle a confiance, paraît-il ! Et Ali qui répète et répète la manœuvre pour que les gars comprennent bien comment il faut faire ! Quand le conducteur sent qu’il ne peut plus rouler facilement sur la dune, il faut qu’il en redescende « fissa » en braquant le volant de cette façon et cela sans aucune hésitation ! Autrement, gare à l’ensablement ! Stop. Ali descend et Jean se met au volant. Je ne veux pas montrer que j’ai peur et serre les dents. Je ne veux pas que Jean pense à autre chose qu’à la conduite de ce maudit engin! J’ai confiance, mais !!! Jean est attentif et suit scrupuleusement les consignes d’Ali. L’ambiance est chaude dans le 4x4, surtout sur la banquette arrière ! Les cris fusent souvent et la caméra valdingue de tous les côtés. Je suis sûre qu’on aura le « tournis » simplement en visionnant le film ! Et le ballet continue : je monte, je roule et je descends à 90° ! Bon sang de bonsoir ! Je commence à avoir chaud partout ! Stop ! Tout le monde descend ! Nous sommes sur une portion de terrain relativement plat et c’est Lilou qui prend le volant. Je ne comprends pas pourquoi Huguette panique ! N’aurait-elle pas confiance en son mari ? On roule un petit peu encore quand Ali nous conseille de descendre. Allons bon ! Ou il en a marre de nous entendre crier, ou il n’a pas trop confiance lui aussi ! Je penche gentiment pour la première hypothèse ! Jean prend la caméra et nous regardons le véhicule s’éloigner. Tout baigne ! On les voit se diriger vers une dune, y grimper quelques instants et puis…Que se passe-t-il ?
4x4 stoppé en plein élan, perché sur la crête de la dune. Lilou qui essaie de redémarrer et qui apparemment n’y arrive pas. Ali descend et regarde sous la voiture, alors là, la panique revient. Zut ! Pourvu qu’il n’y ait rien de cassé ! Comment allons nous faire pour continuer ? Nous les rejoignons au pas de course et constatons avec effroi que la voiture est ensablée. Tout le monde à quatre pattes ! Nous nous servons de nos mains comme pelle de fortune et essayons fébrilement de dégager les roues du sable qui les maintient prisonnières
Plus de peur que de mal, Ali reprend le volant et nous ramène sagement au point de départ !
Allez, fini de faire des bêtises ! Revenons au ksar. Notre méhariste doit être arrivé ! Le voilà, il s’appelle Hassan, il a un sourire éblouissant et porte la tenue bleue des hommes du désert ! Les quatre dromadaires sont couchés sur le sable, jambes repliées sous le ventre. Leurs gros yeux ombragés de grands cils sont fixés sur nous. Ils mâchouillent je ne sais quoi et leurs mâchoires vont et viennent de façon fort disgracieuse d’un côté et de l’autre de leur bouche ! Hou lala ! Mon ventre a des gargouillis de mauvais augure ! Je regarde mes compagnons…ils ont un petit air qui me fait penser que je ne suis pas la seule à me poser des questions ! Nous avons noué tant bien que mal, notre chèche, Jean s’obstinant à ne rien vouloir sur le crâne ! Il a emporté son bonnet de ski bleu marine et le mettra sûrement plus tard. Hassan nous aide à grimper sur les bestioles, je me retrouve sur le premier, Guichou clôture la marche, les deux « gazous » entre nous deux. Ma pauvre monture doit supporter mon poids et celui des provisions qu’Hassan a chargées dans de gros sacs jaunes.
Huguette a été la première à faire le grand saut. Hassan lui fait la courte échelle, lui permettant d’enjamber plus facilement la bestiole qui n’a pas arrêté pour autant de ruminer. Sont-ce des ruminants, ces camélidés-là ? Que oui, je viens de vérifier ! On sait aussi qu’ils n’ont qu’une bosse et on voudrait bien la voir ! On a l’impression qu’on pourrait mieux caler notre postérieur si elle était visible. Mais la selle est cachée elle aussi sous une couverture et c’est au petit bonheur que nous y posons notre fessier ! Il sera bien difficile de rectifier la position lorsque ces charmantes bêtes iront l’amble. Guichou est concentrée et tient fermement le devant de la selle. Nous l’observons avec attention. Hassan, tout en maintenant Huguette, donne un léger coup sur les pattes arrière du dromadaire. Oh, purée ! On voit Huguette partir vers l’avant, puis vers l’arrière, l’animal est maintenant debout. Guichou nous domine largement ! C’est au tour de Lilou ! Pas de panique, tout se passe bien. Jean se retrouve haut perché dans la minute qui suit. Allez, bibiche, c’est à toi ! Qu’il est gentil cet Hassan ! Il voit que j’ai un peu peur et fait tout ce qu’il faut pour me rassurer. Les quatre dromadaires sont reliés les uns aux autres par une corde dont Hassan tient une extrémité. Nous sommes équipés pour cette expédition comme des pros ! Chaussures et pantalons de montagne, chèches noués laborieusement sur la tête pour certains, sacs à dos remplis d’affaires de toilette et de quelques vêtements. Et Hassan qui trotte dans le sable avec des nu-pieds éculés ! Il se retourne de temps en temps pour surveiller ses nouveaux compagnons. C’est dans une position tout à fait « confortable » que nous faisons nos premiers pas : jambes écartelées, dos ronds, pieds ballants, les mains fermement accrochées au pommeau de la selle invisible, le corps soulevé et balancé tantôt à droite, tantôt à gauche. Ah, elle a fière allure la caravane !
Cette photo a été prise par Hassan qui, pour ce faire, a dévalé la pente, pieds nus. Les dromadaires doivent être habitués à tout ce cirque car, livrés à eux-mêmes, ils n’ont pas bougé d’un pouce. Heureusement pour nous, d’ailleurs ! 
Mais que font ces gosses ? Ils courent après nous et réclament des bonbons qu’Huguette s’empresse de distribuer. Notre guide rappelle à l’ordre les gamins et leur dit de s’en aller car les dromadaires n’apprécient pas leurs cris et commencent à manifester du mécontentement. Ils se mettent à blatérer, et je vois avec effroi, sortir de la bouche fendue de ma monture, une énorme langue toute tordue qui s’agite dans tous les sens. Sa tête qui pivote vers les intrus me rappelle le film dans lequel jouait Coluche : « Banzaï » ! A part que là, ça ne me fait pas rire, mais pas du tout ! On demande à Huguette d’en finir avec ses largesses ! Le ksar Bicha est pratiquement hors de vue. Plus qu’une heure et demie à être ballotté de la sorte, ce n’est pas la mer à boire ! Où est-elle la mer ? Pour le moment, nous naviguons au milieu de vaguelettes de dunes. Le terrain n’est pas trop accidenté et nous cheminons « cahin-caha », en essayant de garder une assise à peu près correcte. On arrive même à prendre des photos et on pose des questions à Hassan sur le relief qui est autour de nous. On apprend que ces premières dunes ne sont pas stables, contrairement à celles que nous verrons plus tard, et qu’elles se déplacent souvent au gré des vents. Quelques courageux palmiers consolident leur attache à ce sol mouvant et des traces blanches par terre amènent d’autres questions. Ce sont des traces de sel qui, après évaporation de la rosée ou de l’eau qui tombe parfois, affleurent le sol. L’erg Chebbi est le massif le plus important du Maroc, il s’étire sur une trentaine de kilomètres et sur une largeur maximale d’une dizaine de kilomètres. Nous allons dormir dans le creux de la plus haute dune de l’erg : 150m de haut, la dune ! Je suis impatiente de la voir ! Les crampes dans les jambes, les douleurs sournoises au creux des reins, les adducteurs qui sont soumis à rude épreuve, nous font faire la grimace. On se tortille en essayant de trouver une position plus confortable, mais les « chevaux du désert » opposent de la résistance ! On échange quelques conseils difficilement praticables, on geint le plus doucement possible pour qu’Hassan ne se paie pas notre tête ! On monte sur la crête des dunes et on redescend dans les creux…comme avec le 4x4, mais on crie moins fort ! Le temps commence à peser à certains, n’est-ce pas Jean ? Il me semble qu’il fait un peu la tête, l’Aspois ! Ah, ce n’est pas sur un âne qu’il est assis ! Quel extraordinaire paysage ! Le soleil qui baisse à l’horizon, joue avec le relief et donne des couleurs changeantes aux dunes qui nous entourent de tous les côtés. La couleur dominante tire sur le rose et le beige orangé, mais selon la face qui est éclairée, la palette des nuances s’élargit. Tout est douceur, les courbes, les teintes, le silence. Et Hassan, qui se met à fredonner, ajoute un peu plus au bonheur ambiant !
Le sourire rassurant d’Hassan et son doigt pointé dans une direction : le bivouac est en vue. Effectivement, on aperçoit une tache noire au pied d’une immense dune rose. C’est là que nous allons passer la nuit ! L’aventure continue et les surprises vont se succéder, pour notre plus grande joie.
C’est avec quelques difficultés que nous descendons de nos montures. Aïe, aïe… ! Il faut redonner du jeu à nos articulations traumatisées ! Je commence à comprendre pourquoi Lucky Luke a les jambes arquées ! Le chamelier décharge les sacs qui sont sur la bête de bât, enlève les couvertures qui nous servaient d’amortisseurs, détachent les dromadaires et les fait coucher sur le sable à bonne distance de la tente. Ils les attachent ensuite les uns aux autres et les entravent pour empêcher toute velléité de fuite. Les animaux se laissent faire docilement et si la manoeuvre nous impressionne un peu, les voir continuer leur mastication sans broncher, nous rassure ! Le sol est jonché d’excréments et nous nous félicitons de ce que le campement soit plus loin. Nous dévalons la pente jusqu’à la grande tente noire et déposons en vrac nos affaires. Hassan nous suggère de grimper sur l’une des dunes qui nous entoure et de guetter le coucher du soleil.
Ce sera aussi l’occasion de se cacher pour faire un petit pipi. On est des humains, pas vrai ? Les toilettes aseptisées dont rêvait Huguette ne sont pas au rendez-vous !
Nos hommes se sont étendus sur le sable, se croient-ils à la plage ? Et Jean qui n’a pas enlevé son anorak !
Nous partons à l’assaut de la dune sans complexe, d’un pas bien décidé.
Mais bien vite, le souffle nous manque et les muscles de nos jambes se raidissent. Il nous semble impossible de faire les derniers mètres ! Nos « gazous » tendent vers nous une main secourable que nous saisissons précipitamment ! Quel spectacle ! L’émotion m’envahit totalement. Mon rêve d’enfant s’est réalisé ! Assise sur la crête de la dune, je regarde autour de moi et ne vois qu’une immensité de sable aux couleurs merveilleuses, des courbes harmonieuses où le regard se perd et s’alanguit. Ma poitrine est soulevée par un gros soupir de contentement, et je regarde mes compagnons. Nous restons, tous les quatre, un grand moment sans parler. On essaie de réajuster nos coiffes, on est dans le désert ou on n’y est pas ! Jean a mis son bonnet !!! Heureusement, nous n'avons pas de miroir, ce qui nous laisse tout à fait décontractés, face à l'objectif ! 😎 La position que nous occupons n’est pas très confortable et nous enfonçons bien fort nos talons dans le sable qui glisse sous nos pieds. En face de nous, tout au loin, la barrière rocheuse (la hamada du Guir) qui sépare le Maroc de l’Algérie, pays natal de Guichou. Nous jouons à la petite chèvre de Mr Seguin en voyant derrière nous, tout en bas, le minuscule campement et la silhouette bleue d’Hassan. Notre guide a l’air bien actif. On le voit en train de défaire les sacs, il serait peut-être temps d’aller lui donner un coup de main, et de visiter notre « hôtel » ! Ce bivouac est un ensemble de plusieurs tentes, de toiles noires, lourdes et épaisses qui ne laissent passer, une fois les pans d’ouverture rabattus, ni la lumière, ni le froid, ni la chaleur. A la gauche de la photo, la grande chambre que nous partagerons tous les quatre. A côté d’elle, un espace assez large où sont entreposés couvertures, matelas et oreillers. Formant un angle droit avec ce que je viens de décrire, une tente plus importante où se déroulera le repas. Personnellement, Jean et moi connaissons les « joies » du camping. Guichou et Lilou vont apprendre à vivre au ras du sol et prendrons même du plaisir à s’étaler sur les coussins qui nous servent de siège ! Hassan s’active et pèle oignons, pommes de terre, tomates et poivrons. Il refuse gentiment notre aide et dit que tout sera prêt dans un moment ! Il a l’air un peu intimidé ou tout simplement préoccupé par toutes les tâches qu’il doit accomplir en si peu de temps. Nous le laissons vaquer à ses occupations et, mollement étendus sur les coussins, nous essayons de récupérer de la rando à dos de chameaux ! La nuit tombe tout doucement, le ciel s’étoile de plus en plus. Un trépied posé sur le sol et relié à une bonbonne de gaz accueillera le tajine, le lourd plat de terre brun vernissé que nous avons aperçu à l’entrée. Hassan a émincé les oignons, les pose au fond du plat et ajoute les morceaux de poulet. Il alterne les lamelles fines de pommes de terre, les rondelles de tomates et les lanières de poivrons, sale le tout avec du gros sel, met des épices et de l’huile, ferme le plat avec le couvercle en forme de cône qui permet à la vapeur condensée en fines gouttelettes de retomber sur les mets et de se mêler au jus ! Miam ! Les parfums qui s’échappent très rapidement du tajine sont tout à fait alléchants et nous serons soumis à rude épreuve pendant environ deux heures. Notre cuisinier est amusé par la curiosité qui nous anime.
Que fait-il maintenant ? Il émince à nouveau un gros oignon rouge, il coupe en minuscules dés les tomates, les poivrons verts, les concombres, et arrange harmonieusement le tout dans un grand plat. Il a gardé un concombre qu’il pèle, coupe en plus gros morceaux qu’il évide et met une olive noire dans chacun des trous ainsi faits. Le plat est maintenant agrémenté d’une jolie couronne de concombres aux olives ! Il est fier Hassan, de la jolie photo que nous lui montrons ! Le plat principal mijote doucement, la salade est prête, Hassan a l’air content de lui. Nous sommes installés plus ou moins confortablement sur les coussins, et il nous rejoint en tenant dans ses mains un taârija, instrument à percussion en céramique et cuir de chèvre. Je suis assise à côté de lui et il me tend une paire de crotales appelés aussi qarabek. Je suis sensée l’accompagner en rythmant avec ce truc-là le chant qu’il entonne pendant qu’il frappe avec ses doigts ou la paume de ses mains sur le taârija ! Je tourne et retourne dans mes mains ces morceaux de métal et reste perplexe quant à la manière de faire vibrer ce drôle d’outil ! Hassan rit de toutes ses dents et daigne enfin nous expliquer comment s’en servir. Effectivement, il y arrive beaucoup mieux ! Alors, chacun notre tour, nous allons essayer à sa plus grande joie, d’accompagner le chant monocorde et néanmoins enthousiaste qu’il recommence.
On se coince les doigts, on n’arrive pas à suivre, peu importe, c’est vraiment une partie de rigolade !
Et puis voilà qu’il veut jouer aux devinettes et demande si on connaît des histoires. J’en ai une en mémoire, celle que nous a racontée le berbère « marchand de bijoux hors de prix » de Âït- Benhaddoù. --« Quelle différence y a-t-il entre un chameau et une femme ? »--Il me regarde et ses yeux noirs sont interrogateurs. Ah, je lui en bouche un coin !--« Avec un chameau, tu traverses le désert, avec une « gazelle », toute la vie ! » Et vlan !
Dans l’élan, on apprend qu’il a une femme « Fatima » et, je crois deux enfants, qu’il est pour les mariages d’amour, mais en même temps, on sent bien que le poids de la famille et le choix de celle-ci pour choisir une épouse « bien », est très important !
--« Car si les parents de la future épouse sont bien, il y a de fortes chances pour que la jeune fille le soit aussi !!! »--dixit Hassan ! Et ce n’est ni Guichou ni moi, qui avons été choisies sur ces critères, qui allons le contredire !
Devinette, avec gestes à l’appui : --« Qui est plein comme ça et vide comme ça ? » Il met tantôt la paume de la main vers le bas, doigts légèrement recourbés, tantôt tournée vers le haut ! C’est à notre tour d’avoir l’air interrogateur ! Assis en tailleur, il se balance d’avant en arrière en riant fort ! On lui fait répéter et le mystère reste entier. Alors il dit d’une voix puissante qu’il y a quelqu’un parmi nous qui pourrait répondre ! Allons bon ! Qui est-ce ? C’est Jean, et l’objet à deviner, il l’a sur la tête…son bonnet ! Quelle rigolade ! Ah quand on est heureux, il en faut peu !!! Tout content, le naïf Hassan ! Puisque c’est ça, on s’en rechante une autre ! Bon, les paroles, c’est plutôt difficile, mais l’air, no problem ! On arrive à fredonner le leitmotiv qu’il nous chante depuis le début ! Il s’amuse à nous appeler par l’équivalent en arabe, de nos prénoms : Mostafa (Jean), Mohammed (Michel), Radija (Huguette) et Fatima (Marie). Je ne garantis pas l’orthographe pour le pseudo de Guichou !
Le moment tant attendu, arrive. Le repas va nous être servi sous une tente berbère, au cœur du désert, par un superbe homme en bleu ! Le top du top !
Bien sûr, il a mis des fourchettes, mais le plat est au centre de la table et comme la coutume le veut, ce devrait être avec les doigts que nous devrions partager ce bon plat. J’observe Hassan et j’ai envie de faire comme lui. Je tiens un morceau de pain dans la main gauche et approche la main droite du plat. J’essaie d’attraper le plus adroitement possible la nourriture, en me servant seulement de trois doigts, « les doigts d’Adam ». L'expression "manger avec la fourchette d'Adam" est une phrase polie pour désigner le manque de savoir-vivre dans la manière de se nourrir ou pour assumer soi-même le fait de manger avec ses doigts. (manière de vous montrer, chers lecteurs, que je me suis enrichie au hasard de mes recherches !) 😉 Pas fastoche ! Mais j’y arrive quand même et déguste ce poulet cuit à l’étouffée avec gourmandise. Cela ressemble fort au poulet aux oignons que l’on fait cuire à la maison, mais avec un parfum de je ne sais quoi qui fleure bon les vacances ! Les derniers morceaux de pain enlèveront les dernières fibres « oignons-poulet » caramélisées au fond du tajine ! Re-miam ! Hassan débarrasse la table et ne veut pas être aidé. Il est tout fier de ses nouveaux « invités » et nous parle avec dédain de ces touristes, je crois Japonais, qui --« eux manger, dourmir, ci tout ! Fatigués, toujours fatigués !». Pas marrants, les Japonais ! Et voilà qu’il nous parle, japonais, allemand et anglais ! Quelques mots et expressions certes, mais là, il marque des points ! Sacré Hassan ! Et il rit à gorge déployée en voyant notre air stupéfait ! On lui pose plein de questions et il répond avec application. Il est quelquefois difficile de comprendre « son français », nous essayons de parler plus lentement pour qu’il comprenne le « notre » ! On demande de quelle matière est faite la tente. Il répond--« avec des bouts d’étoffes tissées par les femmes, avec de la laine de chèvre et de chameau », il ajoute et là, nous tendons l’oreille, perplexes, (Je vais écrire phonétiquement, du moins essayer !!!)--« et y en a disicour. » --Disicour ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Et il s’obstine à répéter ce mot, ne comprenant pas notre étonnement. Il ne parle plus, réfléchit puis, un éclair dans les yeux, il nous pose une autre devinette. -« Tu as une voiture--oui--Tu as quatre roues--oui--Alors, tu as une disicour-- ! Mais bon sang, oui, il y en a une « DE SECOURS » !!! On comprend alors ce qu’il voulait dire. Les femmes tissent toujours un morceau de tissu en plus pour pallier d’éventuelles déchirures dans la toile, la voilà la « toile disicour » ! Et allez, une autre pinte de rire ! Comme il rit aussi fort que nous en se tapant sur les cuisses, je me demande qui se moque de l’autre. Hum ! La nuit est complètement tombée depuis un bon moment, il serait temps d’aller faire un tour dehors. Brrr ! Il fait froid, et nous remettons bien entendu le chèche autour de notre tête. Il nous va si bien ! 🤪 Jean enfonce son bonnet au ras des oreilles ! Hassan nous promet de nous faire faire du « ski berbère » sur les dunes ! Il faut d’abord y grimper, sur les dunes ! Elles sont là, qui se détachent sur un ciel étoilé. Le silence est parfait, on a le nez fixé sur le firmament et Hassan nous dit d’observer le ciel attentivement. Les étoiles « ithri ou titrit » filantes sont légion dans le coin. Bien entendu, j’en vois plein et Jean se moque de moi en me disant que je me laisse influencer. Mais non, je suis sûre que j’en aie vues ! Je veux en avoir vues ! C’est trop beau, trop magique ! Et la lune qui nous sert d’éclairage a un bien joli nom en berbère : Ayour. On pourrait presque dire qu’on y voit comme en plein jour si ce n’était l’absence de couleurs ! Et Hassan qui rigole doucement devant notre émerveillement et qui se moque de nous en transformant en «ci tri jouli » le « Oh que c’est joli ! » qui nous échappe à chaque instant ! Allez, faudrait voir de là-haut ! Départ en fanfare et arrivée dans la douleur ! Encore les mains tendues pour les fragiles gazelles ! Ici, on a le droit et même le devoir d’être moins forte que les hommes. Quel bonheur ! On rit, on se bouscule, on fait semblant d’avoir peur ! Le sable file un peu sous nos pieds et la notion des distances nous est devenue étrangère. La tente paraît bien petite, tout en bas et Hassan veut nous faire descendre la dune en courant ! Droit devant nous ! Maman !!! Bien sûr les trois hommes ricanent devant nos appréhensions. Ils tiendront pourtant fermement nos mains pendant la descente. Mais qu’est-ce qu’on peut s’amuser dans le désert ! Une vraie cour de récré ! Quelques dizaines de mètres plus bas et il faut penser à « dourmir » comme dit Hassan. D’abord attraper les matelas, les draps, les couvertures, les coussins, tout cela à la lumière de la lune, aidée par la lampe tempête du guide et celle électrique de Jean. C’est à quatre pattes que nous entrons dans la chambrette. Nous disposons les quatre matelas sur des tapis qui nous isolent du sable. Les lisle d’un côté, les Lamazou de l’autre ! Ce n’est pas un club d’échangiste ici ! Il y a quelques trous dans la toile de notre côté et Jean chasse les courants d’air en les bouchant avec les sacs à dos !
Là encore, Hassan veut faire son boulot tout seul, je l’aide quand même à étendre les draps, à disposer les trois couvertures, (oui trois et elles ne seront pas de trop !) et il est exigeant, pas de faux plis, tout est au carré ! Les deux lits sont faits, Hassan disparaît, emportant avec lui la lampe tempête. C’est à la faible lueur des piles Wonder que nous nous déshabillons. Enfin, déshabiller n’est peut-être pas le mot le plus approprié, car si nous enlevons nos habits de « baroudeurs », c’est pour enfiler survêtements et pull-over, et même garder le bonnet sur la tête pour Jean ! On se faufile sous les couvertures en rigolant encore. Va-t-on pouvoir dormir ? Peut-être pas tout de suite ! La lampe de poche est éteinte, on essaie de reprendre notre sérieux, quand un sifflement se fait entendre du côté de la « chambre » de nos amis ! Ils sifflotent tous les deux en nous affirmant qu’ils ne peuvent s’endormir que de cette façon…et c’est reparti pour le fou rire ! La fatigue sera la plus forte et nous fera glisser dans les bras de Morphée. On aimerait se réveiller de bonne heure pour assister au lever du soleil ! 7h, vite, debout ! On remet les habits de la veille, la toilette se fait très succinctement, quelques lingettes imbibées nous servent de gant de toilette ! La portière en toile noire est tellement lourde que nos hommes doivent se mettre à deux pour la soulever ! Un petit pipi en cachette derrière la tente, brossage des dents vite fait ! Le soleil n’attend pas, il faut regrimper là-haut ! Quelle merveille encore une fois ! Mais c’est qu’ils deviennent très sensibles, les petits béarnais ! Assis au sommet pour la dernière fois, on assiste sans parler à l’apparition du « tafukt » (le joli nom du soleil en berbère). Comme il est content Hassan, ou plus sûrement après maintes recherches, AFSAN. Peu importe, il répond avec bonne humeur quand nous l’interpellons et nous a pardonné s’il y a erreur ! Le regard fixé sur la barrière rocheuse de la frontière algérienne, la hamada du Guir, nous n’arrivons pas à quitter notre poste de gué tout là-haut. Nous jouons avec le sable et le laissons filer entre nos doigts, admirant la couleur rose que lui donne le soleil naissant. Peu de paroles échangées, nous dégustons ce moment de plénitude et laissons notre regard errer sur cet espace magique. (J'ai rêvé de voir le désert pendant des années, et je trouve le moyen de ne pas ramener de sable ! Heureusement, les semelles de mes chaussures auront eu la bonne idée de pailler à mon étourderie. Je prélèverai avec soin sur un papier journal, les grains rosés de la belle dune, qui s'étaient cachés dans leurs crans. ils sont maintenant à l'abri dans un petit tube de verre ! Je suis un peu fada, par moment !)
Hier était la première fois, ce matin, la dernière ! On a un peu le cœur gros ! Il faut se faire une raison et rejoindre notre guide qui est toujours en train de s’affairer près de la tente. Il prépare notre petit déjeuner et il faut lui faire honneur.
Il y a sur la petite table basse tout ce qu’il faut pour passer un bon moment ! Le sempiternel thé à la menthe (ataye), le pain omni présent lui aussi (khoubz), le pot de confiture de facture européenne et les petits morceaux de beurre dans une coupelle, nous mettent en appétit ! « Saha » nous dit Hassan, bon appétit ! Nous lui répondons en chœur, --Saha- tout content de parler sa langue. Et j’ajoute pour le faire rire, au moment où il me sert le thé -« Choukrane bezef ». C’est garanti, à chaque fois, il rigole ! Quel bon public, cet Hassan ! Nous défaisons nos lits et rassemblons nos affaires personnelles pendant qu’Hassan range les ustensiles de cuisine dans un coin de la tente principale. Il recouvre le tout d’un linge et remplit à nouveau les sacs jaunes qu’il remet sur le dos de mon dromadaire. Eh oui, c’est encore moi qui porte tout ! D’ailleurs je suis la première à grimper la dune, déjà « bien » en place sur mon canasson ! Mes compagnons sont à pied et grimpe péniblement jusqu’à l’endroit où leurs montures les attendent paisiblement. Jean a eu un moment l’intention de faire le chemin du retour à pied, craignant pour ses jolies fesses ! Réflexion faite, il remonte sur le dromadaire qui n’attendait que lui !
Hassan entonne la litanie de circonstance, « Fatima, Radija, marhaba à Sahara…Mohammed et Mostafa etc…etc… »
Et nous, ballottés comme des paquets de linge sale, essayant de garder le sourire malgré les douleurs récurrentes dans nos fessiers, dos, adducteurs et cie, chantonnons de concert.
M’éloigner de ce site merveilleux me fait mal au cœur et j’emmagasine le maximum d’images. Hassan nous signale des traces sur le sable, c’est un fennec qui est passé par là ! Ici, ce sont sûrement celles d’un petit lapin ! Si je voyais le « Petit Prince » caché derrière une dune, je ne serais pas plus étonnée que ça ! Des touffes d’herbes raides et jaunies poussent de ci de là, et nos dromadaires tendent le cou pour les arracher plus facilement. Oh, la bestiole ! Ne te penche pas trop comme ça ! Et pas besoin de secouer tes pattes de cette façon ! Hassan nous explique que c’est à cause du sable qui pénètre entre leurs doigts de pieds ! Bon, alors c’est bon ! Cela ne ressemblait tout de même pas à des ruades, mais on est plus rassuré ! Le roulis, auquel on est soumis depuis un moment, nous endort un peu et les ombres qui s’étirent sur le sable nous hypnotisent. Attention au mirage ! Non, attention surtout au troupeau de dromadaires qui arrive droit sur nous ! Ceux-là ne sont pas attachés les uns aux autres et visiblement, aimeraient en découdre avec les notres ! Ils sont gardés par un jeune homme qui se fait enguirlander par Hassan. Notre guide fait de grands moulinets avec les bras, poussent de grands cris pour empêcher l’affrontement. Eh bien, les touristes n’en mènent pas large ! Manquerait plus qu’on soit désarçonné ! Boudiou, comme dit Guichou !
Rencontre privilégiée entre deux dunes. La femme d’Hassan, accompagnée de ses enfants, à la recherche d’herbe à chameaux, nous offre un joli sourire. On taquine Hassan en lui disant que sa femme s’ennuyait de lui et que c’est pour ça qu’elle vient à sa rencontre ! Il rit, Hassan de toutes ses dents ! On fouille nos poches à la recherche de friandises et on leur donne la bouteille d’eau que l’on n’a pas bue. Moins de poésie dans l’air depuis un moment. Est-ce parce que nous apercevons loin devant, les premières constructions bétonnées des multiples ksars de Merzouga ? Est-ce parce que les dunes sont plus petites, plus espacées et que nous sentons bien que le voyage initiatique prend fin ? Awah, chouf ! (J’y crois pas, regarde !) Quelle désillusion ! Une sonnerie ténue parvient à mes oreilles, Hassan a un « tilifoune » (je n’invente rien, ça s’écrit comme ça ! Hi hi hi ! ) caché sous sa djellaba ! Le patron doit appeler, d’autres clients attendent sûrement ! Voilà qui sonne le glas de notre « aventure », redescendons sur terre…et d’abord de nos dromadaires ! Aïe…Ouille…dur de reprendre contact avec le sol ! Besslâma, Hassan, Ali et l’erg Chebbi ! (Au revoir !)
Les bagages sont chargés dans le coffre et nous n’avons vraiment pas le temps de nous attendrir outre mesure ! C’est Lilou qui prend le volant et je n’y vois personnellement aucun inconvénient puisqu’il n’y a plus de dunes à grimper !!! Juste une longue étape à faire, car il n’y a pas moins de 400kms qui nous séparent de Zagora. Un coup d’œil sur la carte routière et passage obligé dans la ville de Merzouga où nous aurions aimer faire le plein d’essence. Mais les regards curieux et, nous semble-t-il, peu amènes de ses habitants, ne nous incitent pas à nous attarder ! Les a priori ont du mal à s’estomper ! Dès que l’on se retrouve au milieu de la multitude, les mauvais réflexes jouent encore ! C’est sûrement jour de marché et le souk s’étale tout le long de la rue principale. Il est vrai que les touristes sont peu nombreux et bien sûr, nous avons l’impression d’être observés plus attentivement. Alors, n’écoutant que notre « courage », nous demandons à Michel d’accélérer et de sortir le plus rapidement possible de la ville ! Il faut revenir sur nos pas, direction Rissani, et ce ne sera que deux heures plus tard, à la sortie d’une ville dont je ne me rappelle plus le nom, que nous ferons le plein du 4x4 et celui de notre petit ventre ! La jeune fille qui prend notre commande n’a pas l’air de s’affoler, nous sommes les seuls clients, du moins pour le déjeuner, et elle envoie tout simplement un adolescent, chercher légumes et cigarettes au marché que nous venons de traverser ! Puis elle préparera le tajine aux légumes et nous le servira en terrasse ! Plus frais, tu meurs ! Pendant ce temps, comme nous sommes au premier poste pour surveiller tout ce qui bouge autour de nous, nous nous amusons à commenter l’animation qui règne au niveau des pompes à essence. Ce n’est qu’un va et vient de voitures et camionnettes aux fortunes les plus diverses ! Apparemment, certaines servent de taxi et nous voyons avec stupeur, s’entasser dans l’une d’elles, un nombre incroyable de gens ! Le fou rire nous prend, quand d’autres personnes prennent place sur la galerie ! Y a-t-il un code de la route au Maroc ? Bien sûr, mais il est transgressé tellement souvent qu’on pourrait en douter ! Il fait chaud, la lumière du soleil puissante. La végétation est rare et la poussière que soulèvent les pneus de la voiture, dense. Nous roulons sur une route droite, aux balisages inexistants. Le paysage est splendide, une immense étendue désertique et la barrière rocheuse du djebel Ougnat sur notre droite, puis plus loin, celle impressionnante du djebel Sarhro.
On approche de Tazzarine, quelques palmiers apportent un peu de fraîcheur à notre itinéraire. La ville, ou ce que l’on en aperçoit, est assez moderne, les cybercafé, les téléboutiques et restaurants sont nombreux. Et puis, jusqu’à Nekob, ce n’est qu’une suite d’oasis et de kasbahs. Plusieurs oueds venant de l’Atlas, irriguent cette région qui vit de l’agriculture. (Maïs, blé, fèves et des tomates quand l’eau est assez abondante.)
oasis et jdebel Sarhro
kasbahs
le Draà
Le coffre de la voiture est assez grand pour tous nos bagages. Ouf ! Nous avons eu un peu peur de ne pas tout caser ! Sortir de Marrakech n’est pas une simple affaire ! D’abord remplir le réservoir d’essence, puis consulter la boussole. De quel côté, Ouarzazate ?
Il faut prendre la route qui passe par le col de Tizi-n-Tchika. Nous avons été prévenus, il ne faut pas oublier que nous sommes en vacances et prendre notre temps. Ouarzazate n’est qu’à 3h de voiture de Marrakech. Jean est tout heureux d’avoir un volant entre les mains, il pilote le 4X4 qui nous a été confié avec enthousiasme par Fouzia et son collègue. Bon d’accord, il y a un peu de jeu dans la direction, un feu arrière cassé, un impact sur le pare-brise, une des portes qui ne se ferme pas facilement et par ci, par là quelques éraflures du plus bel effet ! Mais il ronfle bien et on espère très fort qu’il nous amènera à bon port ! Nous les filles, confortablement installées à l’arrière du véhicule, essayons de ne rien rater du paysage qui défile. Les appareils à photos sont sortis de leur étui, prêts à capter l’évènement imprévu, le personnage insolite, les couleurs des costumes, celles des tapis exposés en plein soleil, prêts à témoigner de la diversité des régions que l’on traverse, des émotions qui nous saisissent devant certaines scènes de la vie campagnarde marocaine. Dès les premiers kilomètres, nous sommes surpris par l’aridité du paysage. Cette route, toute droite devant nous, traverse une plaine immense où « fleurissent » des tas de cailloux. Pratiquement pas d’habitations en vue, quelques arbres misérables qui s’obstinent à pousser là, et de temps en temps, un bout de champ, une tâche verte sur laquelle de pauvres gens travaillent, aidés dans leur labeur par de petits ânes dociles. Nous prenons un peu plus d’altitude et la végétation se fait un peu plus « dense ». Ce sont les cactées qui dominent, en particulier les figuiers de Barbarie.
La route grimpe petit à petit, le paysage devient plus montagneux, des moutons arrachent quelques brins d’herbe à cette terre aride et caillouteuse. Les ravins se font plus impressionnants, les virages serrés sont négociés avec prudence. Les couleurs sont toujours aussi belles, mariant toutes les variations de l’ocre.
Et puis, dans un virage plus large, la vue d’un bar nous incite à faire une pause. L’occasion de jouer « aux vases communicants », nous désaltérer et soulager nos vessies soumises à rude épreuve par les soubresauts du 4X4 ! Nous sommes accueillis aussi bruyamment que chaleureusement par un magnifique jeune homme. Il est habillé de bleu comme les hommes du désert, il a un sourire éclatant, de bonnes joues rebondies, il s’appelle Ahmed. Il nous suit dans le bar et nous le prenons pour le patron. Nous commandons cafés et rafraîchissements et demandons bien sûr : « les toilettes, SVP ? ». Le papier nous est dispensé avec parcimonie et c’est avec un peu d’appréhension que nous entrons à tour de rôle dans le « saint des saints ». Rudimentaire mais impeccable de propreté. Un trou dans le sol, une arrivée d’eau à l’aide d’un petit robinet et un seau qu’il faut remplir afin de « tirer la chasse » ! Et Ahmed qui nous félicite, car :-« il y en a qui pose la m… et qui ne boive rien ! ». Nous sommes des gens « bien » et cela fait plaisir d’être reconnu ! Il s’assied à notre table et de confidences en confidences, nous apprend qu’il tient la boutique accolée au bar.
Nous comprenons vite que le respect qu’il éprouve à notre égard sera encore plus grand si nous lui achetons quelque chose ! Bon, on y va. On va bien trouver l’occasion de dépenser nos dirhams. Il y a longtemps qu’on ne leur a pas fait prendre l’air !
Nous flanchons pour de jolis chèches, bleus pour Michel et Huguette, vert pour moi. Jean ne cède pas et rigole de nous voir enturbannés de la sorte. Quand à Ahmed, il rit à gorge déployée !
Quoi ? On n’est pas beau ? Personnellement, je dirais même que Lilou est de loin celui qui s’arabise le plus vite !
Sacré Ahmed, il a réussi à nous vendre ces écharpes 10€ chacune ! On aurait dû se méfier quand il n’a pas insisté pour nous vendre autre chose ! Mais il est tellement sympathique que nous lui promettons de nous arrêter au retour.
Les rares villages que l’on aperçoit se confondent avec la couleur du sol. Les montagnes plus loin ont des airs menaçants. De grandes murailles sévères surplombent de petits carrés verts de végétation. Ce sont les seuls signes qui témoignent de la présence d’êtres humains dans les parages !



La route s’élève doucement et le paysage change petit à petit. Ce sont maintenant des forêts de pins et de chênes. Certains villages sont entourés de noyers et nous pourrions y trouver de quoi nous restaurer. L’ascension se poursuit par de larges lacets dans un paysage montagnard où la végétation se réduit à de maigres prairies. Nous avons la chance de capter une jolie scène de la vie rurale. Une jeune bergère et ses quelques moutons.
J’apprends que ces prairies s’appellent en berbère « tichka ». Comme le nom du col, le plus haut du Maroc, qui nous permettra de passer sur le versant saharien du Haut Atlas. Et le sommet du col, tout proche. Nous sommes à 2260m d’altitude, les cimes sont légèrement enneigées.
Après la gentillesse d’Ahmed et sa conception du commerce, voilà les « arnaqueurs » du Tizi-n-Tchika ! Ici, on vend des minéraux et fossiles dont l’authenticité est plus que douteuse ! Les pierres que brandissent les marchands scintillent dans la lumière. La plupart des améthystes ne sont que des cristaux de roche teints à l’aide d’encre violette. Je ne parlerai pas des « rubis et saphirs » aussi fabuleux que faux ! Le premier marchand (photo) est sympa et donc, réussit à nous vendre un petit objet à chacun. Mais le second a déclenché en moi une profonde aversion. Sous des airs bonaces, il cache une agressivité qui me hérisse le poil encore aujourd’hui !Les autres promettent de s’arrêter au retour, moi, je fais la tête ! Je n’ai vraiment pas envie de le revoir, celui-là !
Quelques kasbahs en bord de route dressent leurs murailles de terre ocre. Beaucoup sont en piteux état ! Je surprends un petit âne qui attend patiemment je ne sais quoi !
Nous approchons de Aït-Benhaddou. Et soudain, le choc ! A la sortie d’un large virage, la vue superbe du ksar rouge, hérissé de hautes tours en pisé, se dressant à flanc de colline nous laisse sans voix ! Il se trouve sur l’autre rive de la rivière en contre bas, le Mellah. On s’arrête pour mieux le contempler.
Puis, laissant notre voiture en bordure de route, sous la surveillance d’un jeune homme qui nous servira de guide plus tard, nous optons à l’unanimité pour une pause réparatrice dans l’auberge la plus proche. Pas de problème, ce sera encore un tajine au poulet. Nous n’avons pas pensé à compter combien de fois nous avions choisi ce plat !
Petite plongée dans le guide touristique et nous sommes tout de suite plus savants !
(Le ksar de Aït-Benhaddou, l'un des plus fameux du Sud marocain, est désormais classé patrimoine de l'humanité par l'Unesco. Le décor du ksar a inspiré de nombreux cinéastes. David Lean y tourna pour Lawrence d'Arabie les scènes censées se dérouler à Aqaba.)

Nous franchissons facilement la rivière Mellah à gué. De gros sacs sont posés à distance irrégulière et c’est en sautant avec plus ou moins de grâce que nous arrivons sur l’autre rive. Le guide nous apprend que l’eau de la ou le...Mellah n’est utilisable ni pour les hommes ni pour les cultures. Il ou elle traverse d’anciennes mines de sel et charrie bien sûr des eaux impropres à la consommation. Nous nous promenons dans un lacis de ruelles et grimpons allègrement un sentier pierreux qui nous amène au sommet du ksar. La vue plongeante sur la rivière et la plaine alentour, l’immense grenier tout au fond, les tentes noires dressées au bord de l’eau pour un groupe de touristes, et juste en contre bas, les belles tours de pisé, nous rendent muets ! Et pour rendre muettes les deux filles, il en faut, vous le savez bien !


En visitant le village, nous sommes passés devant moult boutiques et avons été agréablement surpris de n’être importunés par aucun des marchands ! Nos illusions se sont envolées en redescendant du promontoire. Notre gentil guide nous propose de visiter la « maison berbère », il y en a paraît-il pour 5 minutes ! Comme il est sympa, va pour la visite. Nous sommes accueillis par un homme à l’imposante stature qui, aimablement, nous invite à boire le thé. Nous entrons dans une pièce où sol et murs sont recouverts de tapis. Des montagnes de tapis ! Nous nous asseyons par terre face à lui, notre guide sur le côté, toujours aussi discret. Sans s’arrêter de parler, notre hôte prépare le traditionnel thé de bienvenue. Nous sommes détendus et sourions à ses propos débonnaires. Il a commencé par une histoire amusante, suivie d’une devinette, nous rions, confiants et de bonne humeur. Il nous parle de la fabrication des tapis par les femmes de la montagne et nous dit qu’il n’a pas l’intention de nous en vendre. Nous sommes tout à fait rassurés, quand il nous annonce que par contre…Et le voilà qui attrape un beau coffre de bois et de cuir, jusque là caché derrière lui. Il y a à l’intérieur une profusion de bijoux « berbères » fabriqués, soi-disant dans le désert, et qui sont, bien sûr, uniques au monde ! Bon, nous y voilà ! Michel garde le sourire, Jean fronce les sourcils et nous deux, nous bavons d’envie devant les petites merveilles que le roublard a disposées devant nous ! Bien sûr, « il faut boire le thé, ne pas s’énerver et surtout ne pas parler du prix…on a le temps, ce n’est pas important…on achète, c’est bien, on n’achète pas, on reste ami ! » Bien entendu, il a vu que nous étions plus vulnérables que nos hommes et il essaie de nous appâter de toutes les façons. Il n’hésite pas le gros malin, à augmenter outrageusement les prix lorsqu’il voit que nous regardons plus particulièrement un article ! Finalement, ce sera un peu fâché quand même que nous le quitterons ! Notre guide ne bronche pas et continue à nous raconter l’histoire du village et de ses habitants. Nous lui sommes reconnaissants de ne pas nous montrer sa déception, car il ne touchera pas de bakchich auprès du marchand de bijoux. Nous compensons par un bon pourboire et reprenons la route. Nous sommes à une vingtaine de kilomètres de Ouarzazate et avons hâte de faire un brin de toilette. Je consulte le voucher qui nous permettra de loger à l’hôtel « LE ZAT ». C’est bien sur la route de Skoura, en direction des gorges du Dadès. Entrée de Ouarzazate. Nous passons comme une fusée devant la Casbah du Glaoui et je n’ai que le temps d’armer mon appareil photo, elle est déjà loin !

L’hôtel est moderne, l’eau de la piscine un peu fraîche et le serveur a un petit air d’Henri Salvador qui nous le rend tout à fait sympathique. Nous n’aurons qu’à nous féliciter du bon accueil qui nous est réservé partout où nous irons !
VENDREDI 1ER DECEMBRE 2007. La journée d’hier a été remplie d’images et de paysages les plus divers, les maisons et villages de pisé se sont succédés sur la route et la visite de Aït-Benhaddou a ravi nos yeux. Nous passons donc sans états d’âme particuliers devant la magnifique Casbah du Glaoui située à Telouèt, 1Km de Ouarzazate. (Voir la photo plus haut). Elle est d’une luminosité exceptionnelle et a été reconstruite avec des moyens financiers énormes. Les réalisateurs de cinéma s’y précipitent, on dit qu’Hemingway y séjourna et malgré cela, .... nous préférons faire la visite des studios de cinéma qui se trouvent à la sortie de la ville. Michel frétille comme un gardon à la pensée de se frotter aux prestigieux acteurs qui ont tourné là et fréquentent toujours cet endroit. D’immenses statues égyptiennes sont érigées aux abords du site. Munis du billet d’entrée, nous attendons patiemment qu’un guide soit libre pour commencer la visite. Huguette pose tranquillement et s’imagine être dans la peau de Cléopâtre. Nous nous attardons devant les affiches des films dont certaines scènes ont été tournées ici.

Notre guide est tout mignon et s’appelle Ali, je crois ! Il est marrant comme tout et démystifie une à une tous les histoires qui nous avaient faits rêver jusque là ! De l’illusion partout et du toc en veux-tu en voilà ! Des murs qui paraissaient faits en dur, ne sont en réalité fabriqués que de toile et de peinture. Des décors en trompe- l’œil, donnent le change jusqu’à ce qu’on s’en approche de près ! Eclats de rire quand on voit que tout est « bidon » ! On reste admiratif devant ce déploiement d’astuces les diverses. Vraiment aucun regret après cette visite qui nous a prouvé à quel point il est « facile » de manipuler tout un chacun ! Respect pour tous les acteurs de cette ville fantôme ! Un champ de pierres, immense devant nous, et un berger qui y mène ses moutons avec je ne sais quel espoir d’y trouver leur pitance ! Encore un qui va se faire prendre aux pièges des prestidigitateurs de cet endroit ! Le guide nous certifie que de grandes « batailles » cinématographiques se sont jouées là ! Bon ! On préfère le croire, car rien ne nous paraît plus réel ! « Laisse béton ! ». On s’amuse bien en passant d’une pièce à l’autre, les décors changent et nos délires aussi. Ali nous pose des devinettes : « Quel est le film qui a été tourné ici ? »-- Les idées les plus farfelues nous traversent l’esprit et nous lui en faisons part bruyamment ce qui le fait rire aux éclats ! Nous nous prenions pour des cinéphiles avertis, que non ! Chaque réponse est fausse ! Les garçons s’amusent à nous faire peur, bouuuuuuh ! Comme si on ne voyait pas que ce sont de faux ossements ! Quoique !!! Et puis on ne se lasse pas de jouer les reines dans ce décor « Hollywoodien » et, prendre la pose dans les escaliers qui mènent au trône de Cléopâtre n’est pas pour nous déplaire ! Il n’y a pas que Monica Bellucci sur la terre ! On me met une perruque et une couronne sur la tête, deux seins hauts placés et un régime « slim fast » pendant 2 ans, je n’aurais aucun mal pour lui ressembler…surtout de loin ! Et Ali qui rigole ! Il ne se fiche pas de nous quand même ! C’est qu’il en est bien capable, le bougre ! Direction la vallée du Dadès et plus précisément, TINERHIR aux orthographes les plus diverses, sans parler de la prononciation qui nous divisera souvent. La route qui va de Ouarzazate à Tinerhir, et au-delà jusqu’à Erfoud, a été nommée la « route des Kasbahs ». Difficile de rester insensible à la beauté de cette architecture de terre. Ces villages fortifiés, aux façades souvent décorées, ces colosses de terre puissants et fragiles à la fois sont vraiment impressionnants. Certaines kasbahs sont en piteux état, et les poteaux et fils électriques qui courent devant elles défigurent ces magnifiques bâtisses. Mais il doit être déjà suffisamment difficile de vivre là, et il serait bien mal venu de leur reprocher ce manque d’esthétisme provoqué par le peu de confort auquel ils ont droit. Un magnifique plan d’eau surprend à la sortie de la ville. C’est un lac de retenue sur le Drâa. Tout de suite, le paysage désertique, avec pour fond de décor une vue saisissante sur les sommets de l’Atlas. Certains dépassent largement les 3000 mètres. Plusieurs dizaines de kms plus loin, l’oasis de Skoura. L’œil sur la carte, nous nous interrogeons sur la possibilité de visiter le jour même les Gorges du Dadès et celles du Drâa. L’objectif est d’arriver à Boulmane-du-Dadès. Une centaine de kms nous en séparent, et la succession d’oasis et de kasbahs nous font patienter. Aux alentours de El-Kelaà M’Gouna, des enfants sur le bord de la route nous proposent des flacons et autres produits fabriqués à base d’eau de rose. On apprendra par la suite que la plupart de ces produits sont tout à fait artificiels, certaines eaux de rose étant elles-mêmes fabriquées à Casablanca ! La magie du Maroc ! Et les magnifiques kasbahs, encore et encore…jusqu’à Boulmane, embranchement à ne pas rater si on veut voir de plus près les célèbres gorges du Dadès.
Le début de la vallée est riant, les minuscules champs irrigués par le torrent, les vergers d’amandiers et de noyers offrent un paysage reposant. Les villages en terre rouge sont accrochés à la montagne. Un camaïeu de couleurs splendides. De l’autre côté de la rivière, une formation géologique extraordinaire. Elle est appelée le « cerveau de l’Atlas » ou « les doigts de singes ». Nous prendrons cette photo en revenant et les derniers rayons de soleil donnent à ces roches une couleur et une dimension surprenantes !


La route est bordée de petites auberges où il ferait bon s’arrêter, mais il y a tellement de choses à voir !


(symbole berbère sur pratiquement toutes les maisons)
On croise des femmes qui portent de lourdes charges. Elles ont sur le dos de grands morceaux de tissu remplis d’herbes qui doivent servir à nourrir le bétail. D’autres s’en servent pour porter leur bébé ! Nous essayons le plus discrètement possible de saisir quelques personnages mais les images ne sont pas trop nettes ! Tant pis ! Notre chauffeur n’a pas l’intention de ralentir chaque fois que nous avons l’impression de faire la photo du siècle. De grands fous rires nous tordent le ventre. Lilou ne fait que râler, fustigeant Huguette qui soumet à rude épreuve les piles de son appareil. C’est vrai aussi ! Elle vise au petit bonheur la chance, tout ce qui pourrait devenir le scoop de l’année ! En fait, c’est surtout le montant des portières qu’elle photographie avec le plus de réussite. Je ris tellement que j’en prends à mon tour pour mon grade ! « Et l’autre (moi) avec son téléphone…Blip, blip, blip… » Ces vieux alors, pas moyen de rigoler !
Puis la route se fait plus étroite, les parois plus abruptes, plus menaçantes au dessus de nos têtes. La végétation se fait plus rare et tout à coup, une brève mais impressionnante montée en lacet nous permet d’avoir une vue saisissante sur les gorges. Plus d’une centaine de mètres de profondeur pour moins de dix de large ! Puis la route redescend doucement pour arriver au niveau de la rivière et là, c’est le spectacle à l’envers, l’immensité de ces murailles qui nous surplombent, nous écrase. Le soleil est encore assez haut pour pénétrer entre les parois verticales. Nous levons la tête à la limite du torticolis ! Le jeu de lumière entre eau et minéraux est vraiment fantastique. Dommage que la photo ne soit pas fidèle à ce que voient nos yeux !
La proximité de ces falaises est telle qu’il est impossible de faire quelque chose de bien.
Tant pis ! Il commence à se faire tard et c’est à regret que nous rebroussons chemin Quelques notes sur la carte me rappelle le nom de cet endroit : « le défilé d’IMDIAZEN ».Au sommet du col, juste avant d’entamer la descente en lacet sur Boulmane, une petite auberge juchée sur un piton rocheux attire notre attention. Il est l’heure du déjeuner et nous trouvons plus judicieux de nous arrêter là. C’est sympa comme tout, les gens sont charmants et sont prêts à confectionner un beau tajine dans l’heure. Photos sur les gorges en descendant des escaliers aux marches inégales, visite dans les toilettes « berbères » et Huguette qui tombe sous le charme d’un jeune homme. Celui-ci lui présente plusieurs tapis tissés par sa femme et elle se laisse aller ! Un beau tapis rouge en laine épaisse qui agrémentera l’entrée de sa maison. Toute fière, la Guichou ! La fin du repas sera animée car nous sommes les témoins d’un mini drame. Nous avons été intrigués dès notre arrivée par l’attitude d’un homme. Il a le verbe haut et le geste large, l’apanage qui sied à tout individu décontracté, bien dans sa peau et surtout au dessus de tout soupçon. Mais il en fait peut-être un peu trop et c’est sans surprise que nous découvrons qu’il n’est qu’un vulgaire petit escroc. Il a trouvé le moyen de partir sans payer et ce sont les cris de colère du restaurateur qui nous font lever d’un bond. Collés contre le bord de la rampe sur la terrasse qui surplombe la route, nous tentons avec force gestes, d’attirer l’attention du mauvais payeur, lui accordant encore le bénéfice du doute. Après tout, ce n’est peut-être que de l’étourderie ! Il est écoeuré le patron du resto ! On a maintenant la certitude qu’Arabes et Berbères ne sont pas copains du tout ! Allons bon ! Cap sur Boulmane-du-Dadès et direction Tinerhir. Un œil fébrile sur le voucher qui me donne l’adresse de l’hôtel : « la casbah de Tombouctou, 126, av.Bir Anzarane ». Fouette cocher ! Tinerhir est une étape importante et le point de départ de nombreuses excursions dont celle des célèbres Gorges du Todra. On nous en a tellement parlé que nous nous engageons dans la route qui y mène, négligeant l’entrée de la ville et la possibilité de rejoindre notre hôtel. La végétation luxuriante prouve que l’eau est toute proche. Les nombreux palmiers et arbres au bord du chemin poussiéreux cachent à demi les magnifiques casbahs de pisé de l’autre côté du torrent. Nous sommes pratiquement au niveau de la rivière. Et puis, la route s’élargit, et nous succombons sous le charme de la palmeraie, de la ville ocre et rouge que l’on découvre au loin, des champs minuscules, cultivés avec soin. Nous descendons de voiture et essayons de fixer sur la pellicule ce morceau de paradis !
Après avoir consulté la carte routière et compris que la nuit tomberait sur nous avant peu de temps, nous retournons sur nos pas et faisons notre entrée dans la ville. Celle-ci a l’air animé et la large avenue est bordée de magasins et d’ateliers artisanaux eux-mêmes situés sous de grandes arcades. Je repère la poste près d’un grand espace arboré et me souviens des cartes postales à envoyer aux amis. Ne pas reproduire la mésaventure de Marrakech et ne pas oublier de vérifier les adresses avant la mise en boîte ! (Certaines cartes ne sont parvenues à leur destinataire qu’au mois de février !!! Le « facteur à dromadaire » a eu bon dos ! Hi Hi Hi) La Casbah de Tombouctou. Mais où est-elle ? Nous l’avons dépassée quand, tournant la tête j’aperçois, son enseigne lumineuse coincée entre deux magasins. Soupirs de soulagement, demi-tour. Garés devant une boutique qui vomit à tue-tête la dernière chanson à la mode, nous déplions nos jambes engourdies et prenons la mesure de notre fatigue. C’est un catalan, Roger Mimo, qui, amoureux de l’architecture du Maroc et particulièrement de cette région, a restauré une ancienne casbah. Le couloir qui mène à la réception, est tapissé de photos qui rappellent aux voyageurs l’ampleur des travaux effectués. Chaque chambre a son propre décor. Le mobilier en bois de laurier-rose, le crépi de terre sur les murs, les plafonds en tataoui, (Technique décorative : baguettes de lauriers, peintes, assemblées et entrecroisées entre les poutres d'un plafond, formant un décor géométrique), les tentures et rideaux aux couleurs chaudes et profondes, la jolie salle de bain, les sofas sur lesquels on peut s’écrouler, les lumières tamisées qui donnent une ambiance sensuelle à la pièce, nous font taper des mains de joie ! Vite, photo ! Finalement, un peu plus de lumière ne serait pas de trop ! Déjà que je suis un peu contrariée de l’épisode « promenade apéritive », il ne faut pas m’énerver ! Non, je rigole ! Mais c’est vrai aussi, pas moyen de flâner le nez au vent dans ce pays ! Mes cartes postales à la main, je marche aux côtés d’Huguette quand un jeune homme nous accoste. Il est « mimi » tout plein et parle bien le français. Il a l’air content de deviser avec nous et nous l’écoutons attentivement quand il nous parle de sa vie, de ses études. Nous sommes près du parc dont je parlais tout à l’heure et le bureau de poste n’est pas loin. Et voilà qu’un deuxième luron se joint à notre groupe ! (Peut-être même « larron !) Largement moins mignon que le premier et surtout beaucoup plus pressant ! L’ambiance change d’un coup et on a un petit mouvement de contrariété qu’il perçoit très vite. Alors il change de façon de faire et semble remarquer les cartes que je tiens à la main. Pour dissiper le malaise, je lui demande à quel endroit je pourrais déposer ces dernières. J’aperçois au même moment une boîte aux lettres sur la façade de la poste juste en face de nous et me dirige donc par là. Mais non, il me prend vigoureusement par le bras et me dit : « Non, non, par là c’est mieux ! »- Et je me retrouve propulsée à la vitesse « grand V » sur le côté gauche du bâtiment et devant une ouverture dans le mur qui ressemble à celle d’une ancienne boîte. Je proteste en lui disant : « Tu es sûr que mes cartes ne vont pas être perdues ? ». Il affirme énergiquement que je n’ai aucun souci à me faire, que c’est vraiment là qu’il faut que je pose mon courrier, bref, je cède car il est trop ch…, je ne dis pas le mot ! Je glisse avec appréhension mes cartes dans le trou béant et les lâche avec regret sous l’œil attentif de mon compagnon. Le bruit que je perçois me rassure quelque peu, on dirait que la boîte est bien remplie. Est-elle régulièrement vidée ? That’s the question ! Je me méfie de lui et l’avenir me prouvera que j’avais tort d’un côté et raison de l’autre ! Le courrier a bien été expédié, mais il est parvenu tellement tard à leur destinataire que je garde toujours un doute quant à la vélocité avec laquelle il a été traité ! C’est bien entendu au moment de les quitter que cela se complique un peu ! Ils essaient l’un et l’autre de nous retenir, veulent nous accueillir chez eux, nous invitent à prendre le thé et surtout, à admirer les tapis que fabriquent leurs mamans ! Et comme d’habitude, sans obligation d’achat !!! Du coup, fini la promenade, nous repartons vers l’hôtel ! Quelle barbe ! Il doit pourtant y avoir de jolies choses à voir dans cette ville ! Il y a devant La Casbah de Tombouctou, une cabine téléphonique. Guichou s’y engouffre, elle veut parler avec Floflo. Mais le bruit de la rue et le magasin de disques en face qui diffuse toujours à tue-tête le dernier tube, la gênent et elle est déçue de ne pouvoir entendre la petite. Plus loin un Point Phone va nous sauver. Pour quelques dirhams échangés avec le monsieur de service, nous pourrons communiquer avec nos enfants respectifs. Quel bonheur d’entendre leur voix ! Il faut aller se coucher, demain le programme est chargé. Visite des gorges du Todra puis départ vers Merzouga et les belles dunes ! J’ai des fourmis dans les jambes rien que d’y penser. Vite, vite !
Nous nous arrêtons pour la deuxième fois à l’endroit qui nous avait tant plu la veille. La lumière du matin magnifie la vue que nous avons sous les yeux. Tout paraît paisible jusqu’au moment où les pétarades d’un moteur de mobylette donnent l’alerte. Nous tournons la tête de ce côté quand Jean nous signale un autre intrus. Comme sorti de terre, un homme que nous n’avions pas vu, s’approche de nous. Nous rentrons dans la voiture, maudissant cette mauvaise habitude qu’ils ont tous : harceler les touristes ! Comme les gorges du Dadès, le départ se fait à peu près au niveau de la rivière et la vallée est assez large. De nombreux campings et auberges jalonnent le parcours, puis vient la partie la plus spectaculaire : un défilé de quelques dizaines de mètres de large avec des parois verticales de près de 300m de haut. Petite déception pour moi qui aurais bien voulu aller plus loin, mais il faut laisser la voiture et continuer à pied, alors…Et puis il y a encore du chemin à faire, ce soir nous devons dormir dans le désert…Youpi ! Jean est un peu préoccupé par cette étape et nous presse de partir. Retour sur Tinerhir et direction d’abord Erfoud, puis Merzouga représenté par un tout petit point sur la carte ! Je me rassure en regardant les derniers vouchers. Prochain contact : LE KSAR BICHA. Au moins 200 kilomètres à parcourir, il vaut mieux ne pas s’attarder. Erfoud est encore assez loin. Cette ville est importante car située à l’entrée du désert. On peut dire que c’est la capitale touristique de la région : hôtellerie florissante et nombreuses boutiques artisanales. Ici est commercialisée la fameuse « pierre d’Erfoud », pierre noire incrustée de fossiles. Nous allons avoir plus d’une fois la frayeur de notre vie, en évitant de justesse tout le long de la route qui nous mène à Merzouga, de téméraires vendeurs de pierre qui se jettent carrément sous nos roues. Cette route goudronnée s’étire devant nous et le contraste est frappant : la palmeraie, alimentée par l’eau qui coule invisible, déploie avec magnificence de superbes palmiers, tandis que quelques mètres plus loin, les cailloux fleurissent par milliers ! Des hommes creusent la terre pour dénicher sûrement les pierres qu’ils proposeront aux touristes, tandis qu’une femme, juchée sur un petit âne, vient de récolter quelques légumes dans un des jardins de l’oasis. Autrefois nomades, les populations berbères se sédentarisent de plus en plus et occupent pratiquement tous les endroits situés le long des points d’eau. Leur condition de vie est bien rude et c’est avec beaucoup de respect que nous les observons. Nous ne pourrons nous empêcher d’éprouver quelques remords, lorsque nous ne serons pas assez généreux.

Puis, très vite, changement de paysage. Les cailloux dominent, plus de palmiers même clairsemés à l’horizon, la plaine (hamada) est immense, la lumière intense. Le regard se perd. Devant nous, la route toute droite, et sur les côtés, au loin, très loin, les prémisses du désert tout proche. Pas de marchands de pierre dans le coin, nous en profitons pour faire une « pause pipi » derrière l’un des mamelons pierreux en bordure de route . C’est là que je prendrai en photo les petites fleurs, pensant que ce serait les dernières que nous aurions l’occasion de voir, pendant un bon moment ! On « grimpe » sur les monticules de sable, imaginant déjà être au pied des dunes ! Michel n’a pas quitté son chèche, il est fin prêt pour affronter le soleil du désert. On ne voit plus que ses yeux bleus, je me surprends à penser à Lauwrence d’Arabie ! Non, Huguette, je rigole ! Quoique, fais gaffe quand même ! Lit-elle dans mes pensées ? Elle se rapproche de son mari et ne le quitte pas ! Encore une heure de route pour arriver aux environs de Merzouga. Le ksar Bicha, est-il avant ou après la ville ? Nous scrutons attentivement chaque panneau en bord de route, car les dunes de l’erg Chebbi, bien qu’encore éloignées, sont maintenant visibles. Euréka ! Nous y sommes ! Quelques kilomètres avant merzouga, une pancarte sur le bord de la route. C’est là ! Quelques arbres, du sable et des constructions ici et là. Pas d’erreur, nous sommes arrivés ! Jean gare le 4x4 et nous descendons timidement, cherchant un interlocuteur qui nous rassurera. Dans le hall de la réception, quelques bagages sur le sol attirent notre attention. Ce sont ceux du jeune homme qui se dirige vers nous. Il nous dit tout d’une traite : Qu’il vient juste d’arriver, qu’il est le nouveau cuisinier, que le patron n’est pas là, mais que si on le veut, il nous fait quelque chose à manger ! Dis donc, il est à l’air aussi désorienté que nous ! Va pour une omelette au fromage (qui nous restera un peu sur l’estomac) et quelques fruits. Pas faciles à manger, les grenades ! Il est là, le beau Ali. Je ne résiste pas à l’envie de vous le montrer. Petit coup d’œil à Huguette . Ah, si on était plus jeune ou… si nos maris n’étaient pas là !

Et il est coquin comme tout, il se moque de notre accent et s’amuse à répéter nos phrases en exagérant notre prononciation. Morveux, va ! Le gars qui doit nous prendre en charge pour la « traversée » du désert n’est pas encore arrivé et on parle du Paris-Dakar, du Trophée des Gazelles…et voilà Ali qui nous propose une petite démonstration dans les dunes avec le 4x4 que nous a loué Fouzia ! Les premières vagues de dunes ne sont qu’à une centaine de mètres du ksar. On craint un peu pour le 4x4, mais Ali a l’air sûr de lui et nous affirme que c’est un exercice auquel il se livre souvent et ce, avec n’importe quelle voiture. Alors… ! Les garçons ont l’air intéressé, les filles l’air effrayé…mais il y va de notre honneur, il n’y aura pas de dégonflé dans la troupe ! Ali s’installe au volant, Jean est à côté de lui, Guichou, Lilou et moi sur la banquette arrière. J’allume la caméra. Départ…pour l’instant, ça va, le terrain est plat ! On grimpe tranquillement sur la première dune, la crête est suffisamment large pour ne pas s’inquiéter. Cool ! Tout d’un coup, Ali braque le volant à 90° et voilà la voiture qui plonge dans le creux de la dune ! Maman !!! La caméra ne filme plus que le sol et l’instant d’après, que le ciel ! Bonjour le reportage ! Les garçons restent stoïques tandis que les filles commencent à pousser des cris d’orfraie ! Il faut que je sois honnête, c’est surtout moi qui crie ! Guichou rit, toujours aussi placide devant le danger ! Elle a confiance, paraît-il ! Et Ali qui répète et répète la manœuvre pour que les gars comprennent bien comment il faut faire ! Quand le conducteur sent qu’il ne peut plus rouler facilement sur la dune, il faut qu’il en redescende « fissa » en braquant le volant de cette façon et cela sans aucune hésitation ! Autrement, gare à l’ensablement ! Stop. Ali descend et Jean se met au volant. Je ne veux pas montrer que j’ai peur et serre les dents. Je ne veux pas que Jean pense à autre chose qu’à la conduite de ce maudit engin! J’ai confiance, mais !!! Jean est attentif et suit scrupuleusement les consignes d’Ali. L’ambiance est chaude dans le 4x4, surtout sur la banquette arrière ! Les cris fusent souvent et la caméra valdingue de tous les côtés. Je suis sûre qu’on aura le « tournis » simplement en visionnant le film ! Et le ballet continue : je monte, je roule et je descends à 90° ! Bon sang de bonsoir ! Je commence à avoir chaud partout ! Stop ! Tout le monde descend ! Nous sommes sur une portion de terrain relativement plat et c’est Lilou qui prend le volant. Je ne comprends pas pourquoi Huguette panique ! N’aurait-elle pas confiance en son mari ? On roule un petit peu encore quand Ali nous conseille de descendre. Allons bon ! Ou il en a marre de nous entendre crier, ou il n’a pas trop confiance lui aussi ! Je penche gentiment pour la première hypothèse ! Jean prend la caméra et nous regardons le véhicule s’éloigner. Tout baigne ! On les voit se diriger vers une dune, y grimper quelques instants et puis…Que se passe-t-il ?
4x4 stoppé en plein élan, perché sur la crête de la dune. Lilou qui essaie de redémarrer et qui apparemment n’y arrive pas. Ali descend et regarde sous la voiture, alors là, la panique revient. Zut ! Pourvu qu’il n’y ait rien de cassé ! Comment allons nous faire pour continuer ? Nous les rejoignons au pas de course et constatons avec effroi que la voiture est ensablée. Tout le monde à quatre pattes ! Nous nous servons de nos mains comme pelle de fortune et essayons fébrilement de dégager les roues du sable qui les maintient prisonnières
Plus de peur que de mal, Ali reprend le volant et nous ramène sagement au point de départ !
Allez, fini de faire des bêtises ! Revenons au ksar. Notre méhariste doit être arrivé ! Le voilà, il s’appelle Hassan, il a un sourire éblouissant et porte la tenue bleue des hommes du désert ! Les quatre dromadaires sont couchés sur le sable, jambes repliées sous le ventre. Leurs gros yeux ombragés de grands cils sont fixés sur nous. Ils mâchouillent je ne sais quoi et leurs mâchoires vont et viennent de façon fort disgracieuse d’un côté et de l’autre de leur bouche ! Hou lala ! Mon ventre a des gargouillis de mauvais augure ! Je regarde mes compagnons…ils ont un petit air qui me fait penser que je ne suis pas la seule à me poser des questions ! Nous avons noué tant bien que mal, notre chèche, Jean s’obstinant à ne rien vouloir sur le crâne ! Il a emporté son bonnet de ski bleu marine et le mettra sûrement plus tard. Hassan nous aide à grimper sur les bestioles, je me retrouve sur le premier, Guichou clôture la marche, les deux « gazous » entre nous deux. Ma pauvre monture doit supporter mon poids et celui des provisions qu’Hassan a chargées dans de gros sacs jaunes.
Huguette a été la première à faire le grand saut. Hassan lui fait la courte échelle, lui permettant d’enjamber plus facilement la bestiole qui n’a pas arrêté pour autant de ruminer. Sont-ce des ruminants, ces camélidés-là ? Que oui, je viens de vérifier ! On sait aussi qu’ils n’ont qu’une bosse et on voudrait bien la voir ! On a l’impression qu’on pourrait mieux caler notre postérieur si elle était visible. Mais la selle est cachée elle aussi sous une couverture et c’est au petit bonheur que nous y posons notre fessier ! Il sera bien difficile de rectifier la position lorsque ces charmantes bêtes iront l’amble. Guichou est concentrée et tient fermement le devant de la selle. Nous l’observons avec attention. Hassan, tout en maintenant Huguette, donne un léger coup sur les pattes arrière du dromadaire. Oh, purée ! On voit Huguette partir vers l’avant, puis vers l’arrière, l’animal est maintenant debout. Guichou nous domine largement ! C’est au tour de Lilou ! Pas de panique, tout se passe bien. Jean se retrouve haut perché dans la minute qui suit. Allez, bibiche, c’est à toi ! Qu’il est gentil cet Hassan ! Il voit que j’ai un peu peur et fait tout ce qu’il faut pour me rassurer. Les quatre dromadaires sont reliés les uns aux autres par une corde dont Hassan tient une extrémité. Nous sommes équipés pour cette expédition comme des pros ! Chaussures et pantalons de montagne, chèches noués laborieusement sur la tête pour certains, sacs à dos remplis d’affaires de toilette et de quelques vêtements. Et Hassan qui trotte dans le sable avec des nu-pieds éculés ! Il se retourne de temps en temps pour surveiller ses nouveaux compagnons. C’est dans une position tout à fait « confortable » que nous faisons nos premiers pas : jambes écartelées, dos ronds, pieds ballants, les mains fermement accrochées au pommeau de la selle invisible, le corps soulevé et balancé tantôt à droite, tantôt à gauche. Ah, elle a fière allure la caravane !
Cette photo a été prise par Hassan qui, pour ce faire, a dévalé la pente, pieds nus. Les dromadaires doivent être habitués à tout ce cirque car, livrés à eux-mêmes, ils n’ont pas bougé d’un pouce. Heureusement pour nous, d’ailleurs ! 
Mais que font ces gosses ? Ils courent après nous et réclament des bonbons qu’Huguette s’empresse de distribuer. Notre guide rappelle à l’ordre les gamins et leur dit de s’en aller car les dromadaires n’apprécient pas leurs cris et commencent à manifester du mécontentement. Ils se mettent à blatérer, et je vois avec effroi, sortir de la bouche fendue de ma monture, une énorme langue toute tordue qui s’agite dans tous les sens. Sa tête qui pivote vers les intrus me rappelle le film dans lequel jouait Coluche : « Banzaï » ! A part que là, ça ne me fait pas rire, mais pas du tout ! On demande à Huguette d’en finir avec ses largesses ! Le ksar Bicha est pratiquement hors de vue. Plus qu’une heure et demie à être ballotté de la sorte, ce n’est pas la mer à boire ! Où est-elle la mer ? Pour le moment, nous naviguons au milieu de vaguelettes de dunes. Le terrain n’est pas trop accidenté et nous cheminons « cahin-caha », en essayant de garder une assise à peu près correcte. On arrive même à prendre des photos et on pose des questions à Hassan sur le relief qui est autour de nous. On apprend que ces premières dunes ne sont pas stables, contrairement à celles que nous verrons plus tard, et qu’elles se déplacent souvent au gré des vents. Quelques courageux palmiers consolident leur attache à ce sol mouvant et des traces blanches par terre amènent d’autres questions. Ce sont des traces de sel qui, après évaporation de la rosée ou de l’eau qui tombe parfois, affleurent le sol. L’erg Chebbi est le massif le plus important du Maroc, il s’étire sur une trentaine de kilomètres et sur une largeur maximale d’une dizaine de kilomètres. Nous allons dormir dans le creux de la plus haute dune de l’erg : 150m de haut, la dune ! Je suis impatiente de la voir ! Les crampes dans les jambes, les douleurs sournoises au creux des reins, les adducteurs qui sont soumis à rude épreuve, nous font faire la grimace. On se tortille en essayant de trouver une position plus confortable, mais les « chevaux du désert » opposent de la résistance ! On échange quelques conseils difficilement praticables, on geint le plus doucement possible pour qu’Hassan ne se paie pas notre tête ! On monte sur la crête des dunes et on redescend dans les creux…comme avec le 4x4, mais on crie moins fort ! Le temps commence à peser à certains, n’est-ce pas Jean ? Il me semble qu’il fait un peu la tête, l’Aspois ! Ah, ce n’est pas sur un âne qu’il est assis ! Quel extraordinaire paysage ! Le soleil qui baisse à l’horizon, joue avec le relief et donne des couleurs changeantes aux dunes qui nous entourent de tous les côtés. La couleur dominante tire sur le rose et le beige orangé, mais selon la face qui est éclairée, la palette des nuances s’élargit. Tout est douceur, les courbes, les teintes, le silence. Et Hassan, qui se met à fredonner, ajoute un peu plus au bonheur ambiant !
Le sourire rassurant d’Hassan et son doigt pointé dans une direction : le bivouac est en vue. Effectivement, on aperçoit une tache noire au pied d’une immense dune rose. C’est là que nous allons passer la nuit ! L’aventure continue et les surprises vont se succéder, pour notre plus grande joie.
C’est avec quelques difficultés que nous descendons de nos montures. Aïe, aïe… ! Il faut redonner du jeu à nos articulations traumatisées ! Je commence à comprendre pourquoi Lucky Luke a les jambes arquées ! Le chamelier décharge les sacs qui sont sur la bête de bât, enlève les couvertures qui nous servaient d’amortisseurs, détachent les dromadaires et les fait coucher sur le sable à bonne distance de la tente. Ils les attachent ensuite les uns aux autres et les entravent pour empêcher toute velléité de fuite. Les animaux se laissent faire docilement et si la manoeuvre nous impressionne un peu, les voir continuer leur mastication sans broncher, nous rassure ! Le sol est jonché d’excréments et nous nous félicitons de ce que le campement soit plus loin. Nous dévalons la pente jusqu’à la grande tente noire et déposons en vrac nos affaires. Hassan nous suggère de grimper sur l’une des dunes qui nous entoure et de guetter le coucher du soleil.
Ce sera aussi l’occasion de se cacher pour faire un petit pipi. On est des humains, pas vrai ? Les toilettes aseptisées dont rêvait Huguette ne sont pas au rendez-vous !
Nos hommes se sont étendus sur le sable, se croient-ils à la plage ? Et Jean qui n’a pas enlevé son anorak !
Nous partons à l’assaut de la dune sans complexe, d’un pas bien décidé.
Mais bien vite, le souffle nous manque et les muscles de nos jambes se raidissent. Il nous semble impossible de faire les derniers mètres ! Nos « gazous » tendent vers nous une main secourable que nous saisissons précipitamment ! Quel spectacle ! L’émotion m’envahit totalement. Mon rêve d’enfant s’est réalisé ! Assise sur la crête de la dune, je regarde autour de moi et ne vois qu’une immensité de sable aux couleurs merveilleuses, des courbes harmonieuses où le regard se perd et s’alanguit. Ma poitrine est soulevée par un gros soupir de contentement, et je regarde mes compagnons. Nous restons, tous les quatre, un grand moment sans parler. On essaie de réajuster nos coiffes, on est dans le désert ou on n’y est pas ! Jean a mis son bonnet !!! Heureusement, nous n'avons pas de miroir, ce qui nous laisse tout à fait décontractés, face à l'objectif ! 😎 La position que nous occupons n’est pas très confortable et nous enfonçons bien fort nos talons dans le sable qui glisse sous nos pieds. En face de nous, tout au loin, la barrière rocheuse (la hamada du Guir) qui sépare le Maroc de l’Algérie, pays natal de Guichou. Nous jouons à la petite chèvre de Mr Seguin en voyant derrière nous, tout en bas, le minuscule campement et la silhouette bleue d’Hassan. Notre guide a l’air bien actif. On le voit en train de défaire les sacs, il serait peut-être temps d’aller lui donner un coup de main, et de visiter notre « hôtel » ! Ce bivouac est un ensemble de plusieurs tentes, de toiles noires, lourdes et épaisses qui ne laissent passer, une fois les pans d’ouverture rabattus, ni la lumière, ni le froid, ni la chaleur. A la gauche de la photo, la grande chambre que nous partagerons tous les quatre. A côté d’elle, un espace assez large où sont entreposés couvertures, matelas et oreillers. Formant un angle droit avec ce que je viens de décrire, une tente plus importante où se déroulera le repas. Personnellement, Jean et moi connaissons les « joies » du camping. Guichou et Lilou vont apprendre à vivre au ras du sol et prendrons même du plaisir à s’étaler sur les coussins qui nous servent de siège ! Hassan s’active et pèle oignons, pommes de terre, tomates et poivrons. Il refuse gentiment notre aide et dit que tout sera prêt dans un moment ! Il a l’air un peu intimidé ou tout simplement préoccupé par toutes les tâches qu’il doit accomplir en si peu de temps. Nous le laissons vaquer à ses occupations et, mollement étendus sur les coussins, nous essayons de récupérer de la rando à dos de chameaux ! La nuit tombe tout doucement, le ciel s’étoile de plus en plus. Un trépied posé sur le sol et relié à une bonbonne de gaz accueillera le tajine, le lourd plat de terre brun vernissé que nous avons aperçu à l’entrée. Hassan a émincé les oignons, les pose au fond du plat et ajoute les morceaux de poulet. Il alterne les lamelles fines de pommes de terre, les rondelles de tomates et les lanières de poivrons, sale le tout avec du gros sel, met des épices et de l’huile, ferme le plat avec le couvercle en forme de cône qui permet à la vapeur condensée en fines gouttelettes de retomber sur les mets et de se mêler au jus ! Miam ! Les parfums qui s’échappent très rapidement du tajine sont tout à fait alléchants et nous serons soumis à rude épreuve pendant environ deux heures. Notre cuisinier est amusé par la curiosité qui nous anime.

Que fait-il maintenant ? Il émince à nouveau un gros oignon rouge, il coupe en minuscules dés les tomates, les poivrons verts, les concombres, et arrange harmonieusement le tout dans un grand plat. Il a gardé un concombre qu’il pèle, coupe en plus gros morceaux qu’il évide et met une olive noire dans chacun des trous ainsi faits. Le plat est maintenant agrémenté d’une jolie couronne de concombres aux olives ! Il est fier Hassan, de la jolie photo que nous lui montrons ! Le plat principal mijote doucement, la salade est prête, Hassan a l’air content de lui. Nous sommes installés plus ou moins confortablement sur les coussins, et il nous rejoint en tenant dans ses mains un taârija, instrument à percussion en céramique et cuir de chèvre. Je suis assise à côté de lui et il me tend une paire de crotales appelés aussi qarabek. Je suis sensée l’accompagner en rythmant avec ce truc-là le chant qu’il entonne pendant qu’il frappe avec ses doigts ou la paume de ses mains sur le taârija ! Je tourne et retourne dans mes mains ces morceaux de métal et reste perplexe quant à la manière de faire vibrer ce drôle d’outil ! Hassan rit de toutes ses dents et daigne enfin nous expliquer comment s’en servir. Effectivement, il y arrive beaucoup mieux ! Alors, chacun notre tour, nous allons essayer à sa plus grande joie, d’accompagner le chant monocorde et néanmoins enthousiaste qu’il recommence.
On se coince les doigts, on n’arrive pas à suivre, peu importe, c’est vraiment une partie de rigolade !
Et puis voilà qu’il veut jouer aux devinettes et demande si on connaît des histoires. J’en ai une en mémoire, celle que nous a racontée le berbère « marchand de bijoux hors de prix » de Âït- Benhaddoù. --« Quelle différence y a-t-il entre un chameau et une femme ? »--Il me regarde et ses yeux noirs sont interrogateurs. Ah, je lui en bouche un coin !--« Avec un chameau, tu traverses le désert, avec une « gazelle », toute la vie ! » Et vlan !
Dans l’élan, on apprend qu’il a une femme « Fatima » et, je crois deux enfants, qu’il est pour les mariages d’amour, mais en même temps, on sent bien que le poids de la famille et le choix de celle-ci pour choisir une épouse « bien », est très important !
--« Car si les parents de la future épouse sont bien, il y a de fortes chances pour que la jeune fille le soit aussi !!! »--dixit Hassan ! Et ce n’est ni Guichou ni moi, qui avons été choisies sur ces critères, qui allons le contredire !
Devinette, avec gestes à l’appui : --« Qui est plein comme ça et vide comme ça ? » Il met tantôt la paume de la main vers le bas, doigts légèrement recourbés, tantôt tournée vers le haut ! C’est à notre tour d’avoir l’air interrogateur ! Assis en tailleur, il se balance d’avant en arrière en riant fort ! On lui fait répéter et le mystère reste entier. Alors il dit d’une voix puissante qu’il y a quelqu’un parmi nous qui pourrait répondre ! Allons bon ! Qui est-ce ? C’est Jean, et l’objet à deviner, il l’a sur la tête…son bonnet ! Quelle rigolade ! Ah quand on est heureux, il en faut peu !!! Tout content, le naïf Hassan ! Puisque c’est ça, on s’en rechante une autre ! Bon, les paroles, c’est plutôt difficile, mais l’air, no problem ! On arrive à fredonner le leitmotiv qu’il nous chante depuis le début ! Il s’amuse à nous appeler par l’équivalent en arabe, de nos prénoms : Mostafa (Jean), Mohammed (Michel), Radija (Huguette) et Fatima (Marie). Je ne garantis pas l’orthographe pour le pseudo de Guichou !
Le moment tant attendu, arrive. Le repas va nous être servi sous une tente berbère, au cœur du désert, par un superbe homme en bleu ! Le top du top ! Bien sûr, il a mis des fourchettes, mais le plat est au centre de la table et comme la coutume le veut, ce devrait être avec les doigts que nous devrions partager ce bon plat. J’observe Hassan et j’ai envie de faire comme lui. Je tiens un morceau de pain dans la main gauche et approche la main droite du plat. J’essaie d’attraper le plus adroitement possible la nourriture, en me servant seulement de trois doigts, « les doigts d’Adam ». L'expression "manger avec la fourchette d'Adam" est une phrase polie pour désigner le manque de savoir-vivre dans la manière de se nourrir ou pour assumer soi-même le fait de manger avec ses doigts. (manière de vous montrer, chers lecteurs, que je me suis enrichie au hasard de mes recherches !) 😉 Pas fastoche ! Mais j’y arrive quand même et déguste ce poulet cuit à l’étouffée avec gourmandise. Cela ressemble fort au poulet aux oignons que l’on fait cuire à la maison, mais avec un parfum de je ne sais quoi qui fleure bon les vacances ! Les derniers morceaux de pain enlèveront les dernières fibres « oignons-poulet » caramélisées au fond du tajine ! Re-miam ! Hassan débarrasse la table et ne veut pas être aidé. Il est tout fier de ses nouveaux « invités » et nous parle avec dédain de ces touristes, je crois Japonais, qui --« eux manger, dourmir, ci tout ! Fatigués, toujours fatigués !». Pas marrants, les Japonais ! Et voilà qu’il nous parle, japonais, allemand et anglais ! Quelques mots et expressions certes, mais là, il marque des points ! Sacré Hassan ! Et il rit à gorge déployée en voyant notre air stupéfait ! On lui pose plein de questions et il répond avec application. Il est quelquefois difficile de comprendre « son français », nous essayons de parler plus lentement pour qu’il comprenne le « notre » ! On demande de quelle matière est faite la tente. Il répond--« avec des bouts d’étoffes tissées par les femmes, avec de la laine de chèvre et de chameau », il ajoute et là, nous tendons l’oreille, perplexes, (Je vais écrire phonétiquement, du moins essayer !!!)--« et y en a disicour. » --Disicour ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Et il s’obstine à répéter ce mot, ne comprenant pas notre étonnement. Il ne parle plus, réfléchit puis, un éclair dans les yeux, il nous pose une autre devinette. -« Tu as une voiture--oui--Tu as quatre roues--oui--Alors, tu as une disicour-- ! Mais bon sang, oui, il y en a une « DE SECOURS » !!! On comprend alors ce qu’il voulait dire. Les femmes tissent toujours un morceau de tissu en plus pour pallier d’éventuelles déchirures dans la toile, la voilà la « toile disicour » ! Et allez, une autre pinte de rire ! Comme il rit aussi fort que nous en se tapant sur les cuisses, je me demande qui se moque de l’autre. Hum ! La nuit est complètement tombée depuis un bon moment, il serait temps d’aller faire un tour dehors. Brrr ! Il fait froid, et nous remettons bien entendu le chèche autour de notre tête. Il nous va si bien ! 🤪 Jean enfonce son bonnet au ras des oreilles ! Hassan nous promet de nous faire faire du « ski berbère » sur les dunes ! Il faut d’abord y grimper, sur les dunes ! Elles sont là, qui se détachent sur un ciel étoilé. Le silence est parfait, on a le nez fixé sur le firmament et Hassan nous dit d’observer le ciel attentivement. Les étoiles « ithri ou titrit » filantes sont légion dans le coin. Bien entendu, j’en vois plein et Jean se moque de moi en me disant que je me laisse influencer. Mais non, je suis sûre que j’en aie vues ! Je veux en avoir vues ! C’est trop beau, trop magique ! Et la lune qui nous sert d’éclairage a un bien joli nom en berbère : Ayour. On pourrait presque dire qu’on y voit comme en plein jour si ce n’était l’absence de couleurs ! Et Hassan qui rigole doucement devant notre émerveillement et qui se moque de nous en transformant en «ci tri jouli » le « Oh que c’est joli ! » qui nous échappe à chaque instant ! Allez, faudrait voir de là-haut ! Départ en fanfare et arrivée dans la douleur ! Encore les mains tendues pour les fragiles gazelles ! Ici, on a le droit et même le devoir d’être moins forte que les hommes. Quel bonheur ! On rit, on se bouscule, on fait semblant d’avoir peur ! Le sable file un peu sous nos pieds et la notion des distances nous est devenue étrangère. La tente paraît bien petite, tout en bas et Hassan veut nous faire descendre la dune en courant ! Droit devant nous ! Maman !!! Bien sûr les trois hommes ricanent devant nos appréhensions. Ils tiendront pourtant fermement nos mains pendant la descente. Mais qu’est-ce qu’on peut s’amuser dans le désert ! Une vraie cour de récré ! Quelques dizaines de mètres plus bas et il faut penser à « dourmir » comme dit Hassan. D’abord attraper les matelas, les draps, les couvertures, les coussins, tout cela à la lumière de la lune, aidée par la lampe tempête du guide et celle électrique de Jean. C’est à quatre pattes que nous entrons dans la chambrette. Nous disposons les quatre matelas sur des tapis qui nous isolent du sable. Les lisle d’un côté, les Lamazou de l’autre ! Ce n’est pas un club d’échangiste ici ! Il y a quelques trous dans la toile de notre côté et Jean chasse les courants d’air en les bouchant avec les sacs à dos !
Là encore, Hassan veut faire son boulot tout seul, je l’aide quand même à étendre les draps, à disposer les trois couvertures, (oui trois et elles ne seront pas de trop !) et il est exigeant, pas de faux plis, tout est au carré ! Les deux lits sont faits, Hassan disparaît, emportant avec lui la lampe tempête. C’est à la faible lueur des piles Wonder que nous nous déshabillons. Enfin, déshabiller n’est peut-être pas le mot le plus approprié, car si nous enlevons nos habits de « baroudeurs », c’est pour enfiler survêtements et pull-over, et même garder le bonnet sur la tête pour Jean ! On se faufile sous les couvertures en rigolant encore. Va-t-on pouvoir dormir ? Peut-être pas tout de suite ! La lampe de poche est éteinte, on essaie de reprendre notre sérieux, quand un sifflement se fait entendre du côté de la « chambre » de nos amis ! Ils sifflotent tous les deux en nous affirmant qu’ils ne peuvent s’endormir que de cette façon…et c’est reparti pour le fou rire ! La fatigue sera la plus forte et nous fera glisser dans les bras de Morphée. On aimerait se réveiller de bonne heure pour assister au lever du soleil ! 7h, vite, debout ! On remet les habits de la veille, la toilette se fait très succinctement, quelques lingettes imbibées nous servent de gant de toilette ! La portière en toile noire est tellement lourde que nos hommes doivent se mettre à deux pour la soulever ! Un petit pipi en cachette derrière la tente, brossage des dents vite fait ! Le soleil n’attend pas, il faut regrimper là-haut ! Quelle merveille encore une fois ! Mais c’est qu’ils deviennent très sensibles, les petits béarnais ! Assis au sommet pour la dernière fois, on assiste sans parler à l’apparition du « tafukt » (le joli nom du soleil en berbère). Comme il est content Hassan, ou plus sûrement après maintes recherches, AFSAN. Peu importe, il répond avec bonne humeur quand nous l’interpellons et nous a pardonné s’il y a erreur ! Le regard fixé sur la barrière rocheuse de la frontière algérienne, la hamada du Guir, nous n’arrivons pas à quitter notre poste de gué tout là-haut. Nous jouons avec le sable et le laissons filer entre nos doigts, admirant la couleur rose que lui donne le soleil naissant. Peu de paroles échangées, nous dégustons ce moment de plénitude et laissons notre regard errer sur cet espace magique. (J'ai rêvé de voir le désert pendant des années, et je trouve le moyen de ne pas ramener de sable ! Heureusement, les semelles de mes chaussures auront eu la bonne idée de pailler à mon étourderie. Je prélèverai avec soin sur un papier journal, les grains rosés de la belle dune, qui s'étaient cachés dans leurs crans. ils sont maintenant à l'abri dans un petit tube de verre ! Je suis un peu fada, par moment !)
Hier était la première fois, ce matin, la dernière ! On a un peu le cœur gros ! Il faut se faire une raison et rejoindre notre guide qui est toujours en train de s’affairer près de la tente. Il prépare notre petit déjeuner et il faut lui faire honneur.
Il y a sur la petite table basse tout ce qu’il faut pour passer un bon moment ! Le sempiternel thé à la menthe (ataye), le pain omni présent lui aussi (khoubz), le pot de confiture de facture européenne et les petits morceaux de beurre dans une coupelle, nous mettent en appétit ! « Saha » nous dit Hassan, bon appétit ! Nous lui répondons en chœur, --Saha- tout content de parler sa langue. Et j’ajoute pour le faire rire, au moment où il me sert le thé -« Choukrane bezef ». C’est garanti, à chaque fois, il rigole ! Quel bon public, cet Hassan ! Nous défaisons nos lits et rassemblons nos affaires personnelles pendant qu’Hassan range les ustensiles de cuisine dans un coin de la tente principale. Il recouvre le tout d’un linge et remplit à nouveau les sacs jaunes qu’il remet sur le dos de mon dromadaire. Eh oui, c’est encore moi qui porte tout ! D’ailleurs je suis la première à grimper la dune, déjà « bien » en place sur mon canasson ! Mes compagnons sont à pied et grimpe péniblement jusqu’à l’endroit où leurs montures les attendent paisiblement. Jean a eu un moment l’intention de faire le chemin du retour à pied, craignant pour ses jolies fesses ! Réflexion faite, il remonte sur le dromadaire qui n’attendait que lui !
Hassan entonne la litanie de circonstance, « Fatima, Radija, marhaba à Sahara…Mohammed et Mostafa etc…etc… »
Et nous, ballottés comme des paquets de linge sale, essayant de garder le sourire malgré les douleurs récurrentes dans nos fessiers, dos, adducteurs et cie, chantonnons de concert.
M’éloigner de ce site merveilleux me fait mal au cœur et j’emmagasine le maximum d’images. Hassan nous signale des traces sur le sable, c’est un fennec qui est passé par là ! Ici, ce sont sûrement celles d’un petit lapin ! Si je voyais le « Petit Prince » caché derrière une dune, je ne serais pas plus étonnée que ça ! Des touffes d’herbes raides et jaunies poussent de ci de là, et nos dromadaires tendent le cou pour les arracher plus facilement. Oh, la bestiole ! Ne te penche pas trop comme ça ! Et pas besoin de secouer tes pattes de cette façon ! Hassan nous explique que c’est à cause du sable qui pénètre entre leurs doigts de pieds ! Bon, alors c’est bon ! Cela ne ressemblait tout de même pas à des ruades, mais on est plus rassuré ! Le roulis, auquel on est soumis depuis un moment, nous endort un peu et les ombres qui s’étirent sur le sable nous hypnotisent. Attention au mirage ! Non, attention surtout au troupeau de dromadaires qui arrive droit sur nous ! Ceux-là ne sont pas attachés les uns aux autres et visiblement, aimeraient en découdre avec les notres ! Ils sont gardés par un jeune homme qui se fait enguirlander par Hassan. Notre guide fait de grands moulinets avec les bras, poussent de grands cris pour empêcher l’affrontement. Eh bien, les touristes n’en mènent pas large ! Manquerait plus qu’on soit désarçonné ! Boudiou, comme dit Guichou !Rencontre privilégiée entre deux dunes. La femme d’Hassan, accompagnée de ses enfants, à la recherche d’herbe à chameaux, nous offre un joli sourire. On taquine Hassan en lui disant que sa femme s’ennuyait de lui et que c’est pour ça qu’elle vient à sa rencontre ! Il rit, Hassan de toutes ses dents ! On fouille nos poches à la recherche de friandises et on leur donne la bouteille d’eau que l’on n’a pas bue. Moins de poésie dans l’air depuis un moment. Est-ce parce que nous apercevons loin devant, les premières constructions bétonnées des multiples ksars de Merzouga ? Est-ce parce que les dunes sont plus petites, plus espacées et que nous sentons bien que le voyage initiatique prend fin ? Awah, chouf ! (J’y crois pas, regarde !) Quelle désillusion ! Une sonnerie ténue parvient à mes oreilles, Hassan a un « tilifoune » (je n’invente rien, ça s’écrit comme ça ! Hi hi hi ! ) caché sous sa djellaba ! Le patron doit appeler, d’autres clients attendent sûrement ! Voilà qui sonne le glas de notre « aventure », redescendons sur terre…et d’abord de nos dromadaires ! Aïe…Ouille…dur de reprendre contact avec le sol ! Besslâma, Hassan, Ali et l’erg Chebbi ! (Au revoir !)
Les bagages sont chargés dans le coffre et nous n’avons vraiment pas le temps de nous attendrir outre mesure ! C’est Lilou qui prend le volant et je n’y vois personnellement aucun inconvénient puisqu’il n’y a plus de dunes à grimper !!! Juste une longue étape à faire, car il n’y a pas moins de 400kms qui nous séparent de Zagora. Un coup d’œil sur la carte routière et passage obligé dans la ville de Merzouga où nous aurions aimer faire le plein d’essence. Mais les regards curieux et, nous semble-t-il, peu amènes de ses habitants, ne nous incitent pas à nous attarder ! Les a priori ont du mal à s’estomper ! Dès que l’on se retrouve au milieu de la multitude, les mauvais réflexes jouent encore ! C’est sûrement jour de marché et le souk s’étale tout le long de la rue principale. Il est vrai que les touristes sont peu nombreux et bien sûr, nous avons l’impression d’être observés plus attentivement. Alors, n’écoutant que notre « courage », nous demandons à Michel d’accélérer et de sortir le plus rapidement possible de la ville ! Il faut revenir sur nos pas, direction Rissani, et ce ne sera que deux heures plus tard, à la sortie d’une ville dont je ne me rappelle plus le nom, que nous ferons le plein du 4x4 et celui de notre petit ventre ! La jeune fille qui prend notre commande n’a pas l’air de s’affoler, nous sommes les seuls clients, du moins pour le déjeuner, et elle envoie tout simplement un adolescent, chercher légumes et cigarettes au marché que nous venons de traverser ! Puis elle préparera le tajine aux légumes et nous le servira en terrasse ! Plus frais, tu meurs ! Pendant ce temps, comme nous sommes au premier poste pour surveiller tout ce qui bouge autour de nous, nous nous amusons à commenter l’animation qui règne au niveau des pompes à essence. Ce n’est qu’un va et vient de voitures et camionnettes aux fortunes les plus diverses ! Apparemment, certaines servent de taxi et nous voyons avec stupeur, s’entasser dans l’une d’elles, un nombre incroyable de gens ! Le fou rire nous prend, quand d’autres personnes prennent place sur la galerie ! Y a-t-il un code de la route au Maroc ? Bien sûr, mais il est transgressé tellement souvent qu’on pourrait en douter ! Il fait chaud, la lumière du soleil puissante. La végétation est rare et la poussière que soulèvent les pneus de la voiture, dense. Nous roulons sur une route droite, aux balisages inexistants. Le paysage est splendide, une immense étendue désertique et la barrière rocheuse du djebel Ougnat sur notre droite, puis plus loin, celle impressionnante du djebel Sarhro.
On approche de Tazzarine, quelques palmiers apportent un peu de fraîcheur à notre itinéraire. La ville, ou ce que l’on en aperçoit, est assez moderne, les cybercafé, les téléboutiques et restaurants sont nombreux. Et puis, jusqu’à Nekob, ce n’est qu’une suite d’oasis et de kasbahs. Plusieurs oueds venant de l’Atlas, irriguent cette région qui vit de l’agriculture. (Maïs, blé, fèves et des tomates quand l’eau est assez abondante.)
oasis et jdebel Sarhro
kasbahs
le DraàVol sans histoires, survol de l’Espagne plus agréable que l’an passé puisque nous avons la chance de voyager par temps clair. Quelques photos surexposées ou lointaines de la terre qui défile sous nos pieds et nous voilà arrivés. Aéroport de la Menara, Marrakech. Tout le monde descend ! Lilou poursuit la BA qu’il a commencée à pratiquer dans l’avion, auprès d’une vieille dame. Il l’aide à transporter ses bagages et à monter dans la navette qui nous amène vers le poste de douane marocain. Nous n’avons pas longtemps à attendre, notre gentille Fouzia est là, deux bouquets de roses dans les mains. Nous tombons dans ses bras, quel plaisir de la revoir et quel soulagement ! Un minibus nous transporte tous les cinq jusqu’à la ville et l’entrée de la médina, il nous dépose devant un collège où une multitude d’adolescents joue, rie et se bouscule. La rue est poussiéreuse, bruyante, remplie de gens qui nous regardent curieusement. Nous sommes un peu crispés et le regard d’Huguette et de Michel, nous rappelle l’effroi que nous avions éprouvé lors de notre première visite à Marrakech. Très vite nous comprenons qu’il n’y a aucun danger à se trouver là, mais la rue que nous empruntons pour accéder au riad Massaoud n’est pas très engageante, elle non plus !
Aussi, lorsque la mignonne Fatima apparaît sur le seuil en nous ouvrant la porte, nous éprouvons une grande joie. Son sourire éblouissant et sa façon de nous accueillir nous font chaud au cœur. Nous découvrons le petit paradis dans lequel nous allons passer trois nuits. Encore quelques formalités et Fouzia, après m’avoir donné les vouchers qui nous permettront de voyager d’une ville à l’autre sans problème, nous propose un extra que l’on ajoute avec enthousiasme au programme. Demain soir, dîner spectacle chez Ali où nous pourrons assister à la fameuse Fantasia. Elle sera notre chauffeur et notre mentor. Super ! Visite guidée du riad. Il se compose de cinq chambres et d’une suite. Nos moyens ne nous permettant pas de fantaisie, ce seront bien sûr les chambres qui auront notre préférence ! Elles sont toutes mignonnes, bien décorées dans l’esprit marocain. Les salles de bain sont minuscules et astucieusement agencées. Le lavabo et robinetterie en cuivre, les miroirs et les belles portes de bois, les petits meubles en fer forgé et la couleur des tissus, tout cela concourt à notre ravissement.
La nuit est déjà tombée, le patio que l’on surplombe est légèrement éclairé. On devine la fontaine au centre, sous le palmier.
Vite, un brin de toilette, Michel et Huguette ont hâte de découvrir la fameuse place Djemaà el-Fna. Le riad est situé dans le quartier Laârouss au nord des souks et pour atteindre la place, nous apprenons qu’il faut les traverser, mais que leurs portes ferment à 21h. Devant la perplexité du parcours et effrayés à la pensée de ne pas retrouver notre route dans la soirée, nous optons pour un chemin plus long mais plus sûr. Ce sera donc la Koutoubia, la belle, la magnifique mosquée que nos amis ont très vite le plaisir d’admirer. Elle est là, majestueuse, impressionnante, se détachant sur le ciel étoilé et tellement auréolée de lumière, qu’elle fait pâlir d’envie ce minuscule croissant de lune qui s’obstine à rester à ses côtés. Les flashs des appareils photo crépitent et nous essayons nous aussi de garder en mémoire cette belle image.
La circulation est dense, le concert de klaxons omniprésent. Les gens se pressent et semblent aller dans la même direction et nous, nous essayons de suivre tant bien que mal le rythme. Les calèches sont alignées le long de la place De Foucault attendant d’éventuels clients. De l’autre côté de la route, le superbe complexe hôtelier du Club Med attire tous les regards. Les vigiles, à l’entrée, surveillent la « multitude », et semblent considérer d’un œil goguenard les « fauchés » qui ne peuvent accéder à ce luxe.
Des affiches placardées un peu partout, des oriflammes voletant au vent, un écran géant plus loin, nous rappellent que le festival international du cinéma a élu domicile à Marrakech. Nous comprenons mieux l’affluence de tous ces gens et leur empressement à se diriger vers cet endroit.
Les serveurs s’empressent autour de nous, ils ne veulent pas perdre leurs clients et essaient de nous vendre un maximum de plats. Légumes frits, brochettes de viandes assorties, pain rond et eau minérale composent notre repas. Un petit thé à la menthe clôture la prestation.
Les marchands de fruits secs et de jus d’oranges postés tout autour de la place essaient à leur tour de nous attirer dans leurs filets. Difficile de se promener sans être agrippé par les uns ou les autres. Difficile aussi de se sentir l’âme tranquille devant les jeunes femmes habillées misérablement, et qui s’accrochent à nos pas en mendiant une piécette d’un regard implorant. Difficile de ne pas être ému par ces jeunes garçons qui viennent chercher leur pitance dans les restes que les clients ont laissés dans leurs assiettes. Difficile de détourner les yeux de toute cette détresse. Mais en même temps, on a l’impression que tous ces mondes se côtoient dans une entente très fraternelle. Les uns tendent la main, les autres donnent sans retenue. Et la musique qui est toujours là, à donner un rythme échevelé et irréel à ce que l’on voit autour de nous.
Nous sommes comme saoulés par le bruit, les odeurs, les mouvements de la foule qui va et vient, nous changeons de direction sans savoir trop où diriger nos pas et la tête nous tourne de toute cette frénésie ! Les yeux de Michel et Huguette sont grands ouverts sur cet environnement hétéroclite. Les charmeurs de serpents nous font reculer, les porteurs d’eau d’opérette attendent le client pour la belle photo.
Nous commençons à saturer et n’aspirons qu’à une chose, retrouver la quiétude de notre logement. Une pression sur la sonnette de la porte d’entrée alerte Fatima. Aussi guillerette que dans l’après-midi, nous l’entendons dévaler l’escalier et crier-« Je suis là ! ». Effectivement, elle nous apprendra qu’elle ne sort pratiquement jamais du riad et qu’elle est toujours à portée de voix de ses patrons et des clients ! Drôle de vie que mène cette jeune fille ! Originaire de Fès, elle vit loin de sa famille et n’a pas beaucoup de contact avec l’extérieur. Son salaire est des plus minces et c’est une famille marocaine qui s’occupe de gérer cet endroit au bénéfice de la propriétaire qui elle, est Belge. Elle parle difficilement le Français mais s’exprime suffisamment bien pour que nous nous comprenions. Nous restons perplexes devant certains mots et les quiproquos qui en découlent nous font rire aux éclats. Ce qui ravit notre mignonne hôtesse ! Le voyage en avion, le dépaysement, le bruit sur la place Djemaà el-Fna nous ont littéralement vidés. Nous n’avons pas la légèreté de Fatima lorsque nous nous lançons à l’assaut de l’escalier qui mène au premier étage. La porte de nos chambres est munie d’un verrou impressionnant. La clé qui va avec, l’est tout autant ! Quelle discrétion pour entrer dans notre appartement ! On retrouve le même verrou sur la porte de la salle de bain. Décidément, on ne serait pas étonné de trouver une ceinture de chasteté dans les tiroirs de la commode ! Pourtant le lit a l’air bien accueillant ! Demain, il y a tellement de choses à faire qu’une bonne nuit de sommeil sera la bienvenue ! Le muezzin est fidèle à son poste. Ses appels à la prière nous réveillent à 6h30. Nous sommes assez loin de la Koutoubia, il doit y avoir une autre mosquée dans le quartier. Nous paressons encore une heure, au chaud sous les couvertures, le petit déjeuner n’étant servi qu’à 8h.Nous le prenons dans le petit salon marocain, sous la terrasse qui donne sur le patio. De grands rideaux servent de séparation avec la cour et suffisent à peine à atténuer le petit air frais qui s’y engouffre. Nous sommes bientôt en décembre, les matinées et les soirées sont froides, même au Maroc ! Nous découvrons avec la lumière du jour, le charme du riad. La fontaine au centre et celle qui est contre le mur. Fatima nous a gâtés. Ses crêpes sont excellentes ! Nous consultons le plan de la ville et optons pour une immersion dans les souks qui sont tout proche Et voilà ! Gazelle, Gazou, Moustache…fusent à nouveau ! Il me semble que c’était hier ! On se balade le nez au vent, on rit et essaie de ne pas se laisser tenter…déjà ! Bien entendu, nous craquons, enfin, Huguette et moi ! Pour une jolie pièce de métal, ah voilà, je me souviens, un diffuseur de parfum ! Le commerçant a l’air honnête et s’il ne l’est pas, en tous les cas, il est fort sympathique ! Ce qui nous suffit amplement pour justifier cet achat ! Les garçons rigolent, surtout Lilou qui connaît bien sa « Guichou » ! A mon avis, il a intérêt à avoir les poches pleines de dirhams ! Cela ne fait qu’un quart d’heure que nous avons commencé « les courses » ! Nous nous dirigeons vers le palais de la Bahia. Nous l’avons visité l’an dernier, mais c’est avec plaisir que nous retrouvons la magnificence de cette demeure du XIX ème siècle. L’an dernier, ayant laissé libre court à mon imagination et dévoilé quelques uns de mes fantasmes, je me contente donc cette année de photographier nos deux tourtereaux. Bahia (la belle) était le nom de la première épouse du vizir Ba Amhed. Il en avait 3 autres et 24 concubines. On comprend mieux la taille gigantesque de la « maisonnette » ! Il est bientôt midi, le restaurant « El-Badi » pas bien loin ! Un petit tour place des ferblantiers où nous admirons plus particulièrement la technique des vitriers. Nous retrouvons avec plaisir les membres du personnel du restaurant. Ils font sûrement semblant de nous reconnaître et nous faisons semblant de les croire. Tout le monde est content ! Les cigognes occupent la même place sur les remparts et s’affairent à construire ou à réparer leur nid. Nous avons le même plaisir à les contempler que l’an passé. Je comprends que l’on puisse revenir à Marrakech et ne pas s’en lasser. Bien installés sur la terrasse, nous plaisantons avec le serveur que j’avais pris en photo lors de notre premier séjour. Le tajine poulet-citron, le kefta aux œufs sont toujours aussi savoureux, les clémentines aussi parfumées ! Les remerciements que nous échangeons avec nos hôtes ressemblent bien à des « salamalecs », parfait ! Il est temps de dégourdir nos jambes et pour se faire, nous décidons d’aller jusqu’à la Ménara, à pied.
Quelques décamètres sous le soleil, le long de l’avenue Houmman El Fetouaki, nous fait prendre conscience de la difficulté ! Jean va prendre encore une fois la bonne décision. Direction place De Foucault. Il n’y a pas que des calèches, il y a aussi la gare routière. Plus bruyant, moins aéré, mais plus rapide, le bus n°11 sera notre calèche à nous. Les autochtones nous regardent curieusement. Un grand détour, travaux sur la chaussée obligent, nous fera découvrir la Place de la Liberté, l’avenue Mohammed V et le quartier du Guéliz, avant de repiquer sur l’avenue de la Ménara. Nous avons franchi les remparts de la ville depuis un bon moment et l’avenue que nous empruntons, file droit devant nous, laissant sur le côté les hôtels luxueux qui ont pris possession d’une grande partie de la palmeraie, autrefois beaucoup plus étendue. Le grand portail du jardin de la Ménara est grand ouvert, les gardiens ont moins de travail aujourd’hui. Nous sommes mardi et il n’y a pas la foule des week-ends. La quiétude règne, les gens se promènent avec nonchalance, pas de verbiage haut placé, pas de pique-nique sous les oliviers, quatre dromadaires paissent tranquillement devant les remparts de pisé qui entourent le domaine. Photo obligée devant le pavillon des sultans et de leurs élues, avec la chaîne de l’Atlas en arrière fond, une collation rafraîchissante sous les arbres du jardin et le traditionnel « nosnos » pour Jean. Le retour de ce lieu idyllique se fera à pied, nous en profiterons pour admirer les rosiers plantés tout le long de la route et pour rigoler en voyant avec quelle maestria, les Marocains se déplacent sur ce parcours. Parfois à plusieurs sur les mobylettes, les voitures qui doublent à droite dans un concert de klaxons rageurs, les calèches avec leurs chevaux efflanqués qui essaient de tracer la route au milieu des chevaux vapeurs, les petits ânes qui tirent des carrioles en rasant les trottoirs, les passages pour piétons qu’il faut franchir avec prudence …et…vélocité à la fois ! La vue des policiers dans les carrefours importants, fait fondre toute cette agressivité comme par magie. Houps, on ne rigole plus ! Et plus on se rapproche de la médina, plus le spectacle est assourdissant. Nous avions oublié, l’espace d’un instant, combien Marrakech était animée. En fond de décor, le minaret de la Koutoubia paraît nous faire un signe. Le magnifique jardin rempli de plusieurs essences d’arbres, de superbes rosiers aux belles couleurs et de palmiers élancés, nous procure à nouveau un sentiment de paix profonde. Il est bientôt 19h. Huguette veut nous faire peur et mime un suicide dans les eaux du bassin situé au centre de l’allée. Personne ne bronche, il doit y avoir une profondeur de…30 cm ! C’est l’heure de l’appel à la prière, les hauts parleurs dans le minaret amplifient la voix du muezzin.
Vite, il faut rentrer au riad, se faire belle et aller au rendez-vous que nous a posé Fouzia. C’est la fiesta ce soir, plutôt, la Fantasia.
Je cherche dans le guide touristique ce qu’est exactement la Fantasia, ça y est. « C’est la représentation symbolique de la grandeur des guerriers arabes et berbères du siècle dernier. » Voilà une explication qui nous laisse sur notre faim ! On a beau connaître la toile de Delacroix, représentant de superbes et fougueux guerriers armés de longs fusils, le mystère demeure. Fouzia est à l’heure et nous apprend qu’elle va rester avec nous toute la soirée, chic ! Elle pilote sa voiture comme un champion, nous prenons la direction de Casablanca. La route est sombre, mal éclairée et nous croisons de nombreuses voitures aux phares mal réglés. Situé au cœur de la Palmeraie de Marrakech, le palais d’Ali Mahal se présente à nos yeux dans une lumière si forte que nous en restons bouche bée ! C’est entre deux rangées d’impressionnants cavaliers, armés jusqu’aux dents et à l’allure fière que nous devons passer pour accéder à la première cour intérieure. C’est la parade avant le spectacle et je ne comprends pas que j’aurais dû donner un pourboire au cavalier que j’ai pris en photo. Il m’a bien semblé qu’il faisait la tête, mais bon !

Vêtu et enturbanné d’étoffes blanches, il porte un sac contenant des versets du Coran, ainsi qu’un grand poignard recourbé et protégé par un étui de velours. (Xavier aura presque le même !) Le harnachement de sa monture est très coloré. Son fusil (moukkala) est incrusté de nacre et d’ivoire. Heureusement que Fouzia est là pour tout nous expliquer ! De grands remparts entourent la superbe demeure. Sur le seuil de la deuxième cour, nous nous plions à la tradition, en nous faisant photographier avec deux belles jeunes filles arborant le costume des mariées. Tous les acteurs du spectacle à venir nous donnent l’aubade, cela sent un peu le folklore pour touristes, mais tant pis ! C’est sous une magnifique tente berbère que nous prenons place. Fouzia a choisi notre table et s’occupe de nous avec un professionnalisme épatant ! Sous son égide, nous avons l’air averti des habitués ! Nous ne pouvons contenir des exclamations réjouies devant les bons plats qui nous sont proposés ! La « Dakka Marrakchia » (les musiciens), accompagnent les danseuses des différentes provinces qui viennent chanter et danser devant les convives. Devant l’insistance de certaines danseuses, Jean et moi nous laissons prendre par la main et essayons d’esquisser quelques pas de danse ! Il faut bien amuser la galerie ! Le repas est somptueux, voyez plutôt : soupe marocaine (harira), méchoui, couscous et fruits. Un bouteille de vin rosé de la région de Meknès agrémente ces succulents mets. Puis la frénésie s’empare de l’assemblée, vite, il faut sortir pour ne pas rater le début du spectacle. Caméra aux poings, je m’installe sur les gradins à côté de Fouzia qui m’explique au fur et à mesure de leur entrée en scène, le rôle que joue chaque participant. Magique, grandiose et magnifique, le spectacle de Chez Ali est tout cela à la fois. J’ajouterais un peu tape à l’œil mais ne faisons pas la fine bouche, après tout nous sommes là pour passer un bon moment. Danseurs, musiciens, acrobates, cavaliers y vivent leur passion avec enthousiasme (sauf peut-être le chamelier qui a l’air de s’ennuyer passablement !). C’est aussi leur gagne-pain et ils ont le mérite de nous faire croire que ce n’est que par plaisir qu’ils caracolent devant nous ! J’ai encore dans l’oreille le rire de Fouzia lorsque j’ai crié en manquant lâcher la caméra, surprise par la rafale de fusil déclenchée par les cavaliers qui se dirigeaient droit sur nous. Je n’oublie pas non plus l’allégresse coquine avec laquelle elle a annoncé à nos hommes, la venue d’une superbe jeune femme qui a effectué une danse du ventre lascive et suggestive ! Bon, nous sommes en vacances et la danseuse est hors de portée de mains ! Le danger est somme toute assez limité ! Et puis, magie… magie, Fouzia me signale un ovni dans le ciel. Bah ! Ce n’est qu’un tapis volant où sont installés le sultan et sa favorite ! Vous voyez, au bout de deux jours, plus rien ne m’étonne !!! D’ailleurs le spectacle que nous venons de voir s’appelle « les Mille et une nuit »…alors !!! Plein d’étoiles dans les yeux, les petits touristes !
Retour à Marrakech, à fond les manettes ! Demain est un autre jour et nous avons beaucoup de choses à faire ! Des choses programmées, comme la visite du jardin Majorelle, et des choses imprévues, comme l’achat d’un jean par Huguette ! Il faut dire que nous nous sommes un peu perdus au sortir de la médina et les boutiques modernes le long du boulevard Allal El Fassi sont bien attrayantes. Nous avions presque oublié qu’il y avait une autre vie en dehors de celle de la médina ! A nouveau le choc des couleurs de ce magnifique jardin !
Une variété étonnante de plantes exotiques, de fleurs et d’essences, le tout rehaussé de couleurs vives, bleu, rouge, safran et vert, le bruit de l’eau qui sourd de tous les côtés, le chant des oiseaux, invisibles au milieu d’une telle profusion d’arbres, ravissent nos yeux et nos sens. Nos amis sont
ravis d’être là et Huguette mitraille tant qu’elle peut. Elle n’en revient pas du nombre de cactées qu’elle a sous les yeux !
Un petit tour dans la boutique et une pause alanguie sous la tonnelle, le temps passe lentement, on est bien ! Oubliés pour un moment, la cohue de la ville, la poussière de ses rues, le bruit assourdissant des moteurs !
Et puis il faut bien se décider à bouger, notre estomac réclame son dû. Nous allons leur faire découvrir le petit restaurant où nous avions mangé avec Nadine et Pierre.
Là, pas de touristes, les gens sont installés sommairement et mangent en silence. Nous sommes suivis par des yeux curieux et la jeune fille qui nous prend en charge est toute intimidée. Elle ne s’exprime pas facilement en français mais nous sert avec célérité les appétissants tajines qui fumaient à l’entrée. C’est chaud, bon et parfumé ! J’aurais bien fait un petit extra dans la pâtisserie qui est juste à côté, mais je suis obligée de rester sage, puisque je suis la seule gourmande ! --« Nadine, où es-tu ? » On traîne un peu la savate, ne sachant plus trop de quel côté diriger nos pas. La rue Bab Agnaou nous mène tout droit vers la place Djemaà el-Fna. Pourquoi ne pas faire un tour dans les souks ? Nous avons repéré un quartier où les marchands sont moins accrocheurs, où nous pourrons regarder sans avoir l’impression d’être constamment agressés. Achat d’un pantalon et chemise rose fuchsia pour Florence, de babouches pour Michel et Huguette. Je me laisse tenter par une tenue d’intérieur turquoise. Nous avions pourtant prévu de faire nos achats à Essaouira, mais la tentation est trop forte. Quant à Michel, il ne rêve que d’une chose, apprendre à jouer du rock and roll sur ces drôles d’instruments. Est-ce un « guembri », qu’il a dans les mains ? C’est un luth à 2 ou 3 cordes, qu’utilisent les Gnaoua de Marrakech. Les Gnaoua sont les descendants des esclaves d’origine africaine (Sénégal, Ghana et Soudan). Ils ont formé une confrérie de maîtres musiciens (les Màalem), de médiums, de charmeurs de serpents et d’adeptes. Ils organisent des festivals dans les différentes villes du Maroc. Autrefois exclusivement tournés vers la musique spirituelle, les festivals sont ouverts aujourd’hui à tous les genres. Essaouira accueillait en juin 2006 le Festival Gnaoua avec du Jazz & Blues. (Pour plus d’infos, tapez « gnaoua » sur Internet et vous aurez une foule d’informations plus intéressantes les unes que les autres.) J’y ai passé tellement de temps que j’oubliais de raconter la suite de nos vacances ! Quelques cartes postales écrites sur le coin d’une table du café de France nous rappellent que nous ne sommes pas seuls au monde ! Je ne suis qu’une écervelée, je poste certaines cartes sans avoir complété les adresses ! Zut, à recommencer ! Tiens, près de la poste, un restaurant nommé « chez Ali » ! Jean se souvient qu’on lui en a parlé à Pau. On a bien fait de s’arrêter là, c’est impeccable ! Bon petit repas aux produits locaux tout à fait délicieux ! Fouzia est venue nous retrouver au riad, dans la soirée. Un monsieur l’accompagne, c’est le responsable de l’organisation des circuits. Munie des vouchers que l’on m’a confiés, j’écoute attentivement ses conseils. Jean et Michel conduiront la voiture (un 4X4 Toyota Prado). Il y a eu des accidents sur la route que nous allons emprunter demain matin et on nous conseille de ne pas partir de bonne heure. Bien ! Il faut refaire nos bagages, l’excitation est à nouveau là, les vallées du Dadès et du Draa nous attendent. J’en rêve depuis longtemps et la perspective de passer une nuit dans le désert me transporte ! JEUDI 30 NOVEMBRE : Il faut dire adieu à notre mignonne Fatima. Cela nous fend le cœur. La veille, elle nous a montré le livre d’or du riad et cherché avec inquiétude le passage dans lequel un touriste anglais avait écrit son nom. Elle pointe son doigt et nous dit fièrement-« Là, c’est écrit, Fatima ! ». Alors ce matin, nous prenons notre plume et lui écrivons un petit mot chacune en n’oubliant pas d’écrire le nom de « Fatima ».
Aussi, lorsque la mignonne Fatima apparaît sur le seuil en nous ouvrant la porte, nous éprouvons une grande joie. Son sourire éblouissant et sa façon de nous accueillir nous font chaud au cœur. Nous découvrons le petit paradis dans lequel nous allons passer trois nuits. Encore quelques formalités et Fouzia, après m’avoir donné les vouchers qui nous permettront de voyager d’une ville à l’autre sans problème, nous propose un extra que l’on ajoute avec enthousiasme au programme. Demain soir, dîner spectacle chez Ali où nous pourrons assister à la fameuse Fantasia. Elle sera notre chauffeur et notre mentor. Super ! Visite guidée du riad. Il se compose de cinq chambres et d’une suite. Nos moyens ne nous permettant pas de fantaisie, ce seront bien sûr les chambres qui auront notre préférence ! Elles sont toutes mignonnes, bien décorées dans l’esprit marocain. Les salles de bain sont minuscules et astucieusement agencées. Le lavabo et robinetterie en cuivre, les miroirs et les belles portes de bois, les petits meubles en fer forgé et la couleur des tissus, tout cela concourt à notre ravissement.
La nuit est déjà tombée, le patio que l’on surplombe est légèrement éclairé. On devine la fontaine au centre, sous le palmier.
Vite, un brin de toilette, Michel et Huguette ont hâte de découvrir la fameuse place Djemaà el-Fna. Le riad est situé dans le quartier Laârouss au nord des souks et pour atteindre la place, nous apprenons qu’il faut les traverser, mais que leurs portes ferment à 21h. Devant la perplexité du parcours et effrayés à la pensée de ne pas retrouver notre route dans la soirée, nous optons pour un chemin plus long mais plus sûr. Ce sera donc la Koutoubia, la belle, la magnifique mosquée que nos amis ont très vite le plaisir d’admirer. Elle est là, majestueuse, impressionnante, se détachant sur le ciel étoilé et tellement auréolée de lumière, qu’elle fait pâlir d’envie ce minuscule croissant de lune qui s’obstine à rester à ses côtés. Les flashs des appareils photo crépitent et nous essayons nous aussi de garder en mémoire cette belle image.
La circulation est dense, le concert de klaxons omniprésent. Les gens se pressent et semblent aller dans la même direction et nous, nous essayons de suivre tant bien que mal le rythme. Les calèches sont alignées le long de la place De Foucault attendant d’éventuels clients. De l’autre côté de la route, le superbe complexe hôtelier du Club Med attire tous les regards. Les vigiles, à l’entrée, surveillent la « multitude », et semblent considérer d’un œil goguenard les « fauchés » qui ne peuvent accéder à ce luxe.
Des affiches placardées un peu partout, des oriflammes voletant au vent, un écran géant plus loin, nous rappellent que le festival international du cinéma a élu domicile à Marrakech. Nous comprenons mieux l’affluence de tous ces gens et leur empressement à se diriger vers cet endroit.
Les serveurs s’empressent autour de nous, ils ne veulent pas perdre leurs clients et essaient de nous vendre un maximum de plats. Légumes frits, brochettes de viandes assorties, pain rond et eau minérale composent notre repas. Un petit thé à la menthe clôture la prestation.
Les marchands de fruits secs et de jus d’oranges postés tout autour de la place essaient à leur tour de nous attirer dans leurs filets. Difficile de se promener sans être agrippé par les uns ou les autres. Difficile aussi de se sentir l’âme tranquille devant les jeunes femmes habillées misérablement, et qui s’accrochent à nos pas en mendiant une piécette d’un regard implorant. Difficile de ne pas être ému par ces jeunes garçons qui viennent chercher leur pitance dans les restes que les clients ont laissés dans leurs assiettes. Difficile de détourner les yeux de toute cette détresse. Mais en même temps, on a l’impression que tous ces mondes se côtoient dans une entente très fraternelle. Les uns tendent la main, les autres donnent sans retenue. Et la musique qui est toujours là, à donner un rythme échevelé et irréel à ce que l’on voit autour de nous.
Nous sommes comme saoulés par le bruit, les odeurs, les mouvements de la foule qui va et vient, nous changeons de direction sans savoir trop où diriger nos pas et la tête nous tourne de toute cette frénésie ! Les yeux de Michel et Huguette sont grands ouverts sur cet environnement hétéroclite. Les charmeurs de serpents nous font reculer, les porteurs d’eau d’opérette attendent le client pour la belle photo. Nous commençons à saturer et n’aspirons qu’à une chose, retrouver la quiétude de notre logement. Une pression sur la sonnette de la porte d’entrée alerte Fatima. Aussi guillerette que dans l’après-midi, nous l’entendons dévaler l’escalier et crier-« Je suis là ! ». Effectivement, elle nous apprendra qu’elle ne sort pratiquement jamais du riad et qu’elle est toujours à portée de voix de ses patrons et des clients ! Drôle de vie que mène cette jeune fille ! Originaire de Fès, elle vit loin de sa famille et n’a pas beaucoup de contact avec l’extérieur. Son salaire est des plus minces et c’est une famille marocaine qui s’occupe de gérer cet endroit au bénéfice de la propriétaire qui elle, est Belge. Elle parle difficilement le Français mais s’exprime suffisamment bien pour que nous nous comprenions. Nous restons perplexes devant certains mots et les quiproquos qui en découlent nous font rire aux éclats. Ce qui ravit notre mignonne hôtesse ! Le voyage en avion, le dépaysement, le bruit sur la place Djemaà el-Fna nous ont littéralement vidés. Nous n’avons pas la légèreté de Fatima lorsque nous nous lançons à l’assaut de l’escalier qui mène au premier étage. La porte de nos chambres est munie d’un verrou impressionnant. La clé qui va avec, l’est tout autant ! Quelle discrétion pour entrer dans notre appartement ! On retrouve le même verrou sur la porte de la salle de bain. Décidément, on ne serait pas étonné de trouver une ceinture de chasteté dans les tiroirs de la commode ! Pourtant le lit a l’air bien accueillant ! Demain, il y a tellement de choses à faire qu’une bonne nuit de sommeil sera la bienvenue ! Le muezzin est fidèle à son poste. Ses appels à la prière nous réveillent à 6h30. Nous sommes assez loin de la Koutoubia, il doit y avoir une autre mosquée dans le quartier. Nous paressons encore une heure, au chaud sous les couvertures, le petit déjeuner n’étant servi qu’à 8h.Nous le prenons dans le petit salon marocain, sous la terrasse qui donne sur le patio. De grands rideaux servent de séparation avec la cour et suffisent à peine à atténuer le petit air frais qui s’y engouffre. Nous sommes bientôt en décembre, les matinées et les soirées sont froides, même au Maroc ! Nous découvrons avec la lumière du jour, le charme du riad. La fontaine au centre et celle qui est contre le mur. Fatima nous a gâtés. Ses crêpes sont excellentes ! Nous consultons le plan de la ville et optons pour une immersion dans les souks qui sont tout proche Et voilà ! Gazelle, Gazou, Moustache…fusent à nouveau ! Il me semble que c’était hier ! On se balade le nez au vent, on rit et essaie de ne pas se laisser tenter…déjà ! Bien entendu, nous craquons, enfin, Huguette et moi ! Pour une jolie pièce de métal, ah voilà, je me souviens, un diffuseur de parfum ! Le commerçant a l’air honnête et s’il ne l’est pas, en tous les cas, il est fort sympathique ! Ce qui nous suffit amplement pour justifier cet achat ! Les garçons rigolent, surtout Lilou qui connaît bien sa « Guichou » ! A mon avis, il a intérêt à avoir les poches pleines de dirhams ! Cela ne fait qu’un quart d’heure que nous avons commencé « les courses » ! Nous nous dirigeons vers le palais de la Bahia. Nous l’avons visité l’an dernier, mais c’est avec plaisir que nous retrouvons la magnificence de cette demeure du XIX ème siècle. L’an dernier, ayant laissé libre court à mon imagination et dévoilé quelques uns de mes fantasmes, je me contente donc cette année de photographier nos deux tourtereaux. Bahia (la belle) était le nom de la première épouse du vizir Ba Amhed. Il en avait 3 autres et 24 concubines. On comprend mieux la taille gigantesque de la « maisonnette » ! Il est bientôt midi, le restaurant « El-Badi » pas bien loin ! Un petit tour place des ferblantiers où nous admirons plus particulièrement la technique des vitriers. Nous retrouvons avec plaisir les membres du personnel du restaurant. Ils font sûrement semblant de nous reconnaître et nous faisons semblant de les croire. Tout le monde est content ! Les cigognes occupent la même place sur les remparts et s’affairent à construire ou à réparer leur nid. Nous avons le même plaisir à les contempler que l’an passé. Je comprends que l’on puisse revenir à Marrakech et ne pas s’en lasser. Bien installés sur la terrasse, nous plaisantons avec le serveur que j’avais pris en photo lors de notre premier séjour. Le tajine poulet-citron, le kefta aux œufs sont toujours aussi savoureux, les clémentines aussi parfumées ! Les remerciements que nous échangeons avec nos hôtes ressemblent bien à des « salamalecs », parfait ! Il est temps de dégourdir nos jambes et pour se faire, nous décidons d’aller jusqu’à la Ménara, à pied.

Quelques décamètres sous le soleil, le long de l’avenue Houmman El Fetouaki, nous fait prendre conscience de la difficulté ! Jean va prendre encore une fois la bonne décision. Direction place De Foucault. Il n’y a pas que des calèches, il y a aussi la gare routière. Plus bruyant, moins aéré, mais plus rapide, le bus n°11 sera notre calèche à nous. Les autochtones nous regardent curieusement. Un grand détour, travaux sur la chaussée obligent, nous fera découvrir la Place de la Liberté, l’avenue Mohammed V et le quartier du Guéliz, avant de repiquer sur l’avenue de la Ménara. Nous avons franchi les remparts de la ville depuis un bon moment et l’avenue que nous empruntons, file droit devant nous, laissant sur le côté les hôtels luxueux qui ont pris possession d’une grande partie de la palmeraie, autrefois beaucoup plus étendue. Le grand portail du jardin de la Ménara est grand ouvert, les gardiens ont moins de travail aujourd’hui. Nous sommes mardi et il n’y a pas la foule des week-ends. La quiétude règne, les gens se promènent avec nonchalance, pas de verbiage haut placé, pas de pique-nique sous les oliviers, quatre dromadaires paissent tranquillement devant les remparts de pisé qui entourent le domaine. Photo obligée devant le pavillon des sultans et de leurs élues, avec la chaîne de l’Atlas en arrière fond, une collation rafraîchissante sous les arbres du jardin et le traditionnel « nosnos » pour Jean. Le retour de ce lieu idyllique se fera à pied, nous en profiterons pour admirer les rosiers plantés tout le long de la route et pour rigoler en voyant avec quelle maestria, les Marocains se déplacent sur ce parcours. Parfois à plusieurs sur les mobylettes, les voitures qui doublent à droite dans un concert de klaxons rageurs, les calèches avec leurs chevaux efflanqués qui essaient de tracer la route au milieu des chevaux vapeurs, les petits ânes qui tirent des carrioles en rasant les trottoirs, les passages pour piétons qu’il faut franchir avec prudence …et…vélocité à la fois ! La vue des policiers dans les carrefours importants, fait fondre toute cette agressivité comme par magie. Houps, on ne rigole plus ! Et plus on se rapproche de la médina, plus le spectacle est assourdissant. Nous avions oublié, l’espace d’un instant, combien Marrakech était animée. En fond de décor, le minaret de la Koutoubia paraît nous faire un signe. Le magnifique jardin rempli de plusieurs essences d’arbres, de superbes rosiers aux belles couleurs et de palmiers élancés, nous procure à nouveau un sentiment de paix profonde. Il est bientôt 19h. Huguette veut nous faire peur et mime un suicide dans les eaux du bassin situé au centre de l’allée. Personne ne bronche, il doit y avoir une profondeur de…30 cm ! C’est l’heure de l’appel à la prière, les hauts parleurs dans le minaret amplifient la voix du muezzin.
Vite, il faut rentrer au riad, se faire belle et aller au rendez-vous que nous a posé Fouzia. C’est la fiesta ce soir, plutôt, la Fantasia.
Je cherche dans le guide touristique ce qu’est exactement la Fantasia, ça y est. « C’est la représentation symbolique de la grandeur des guerriers arabes et berbères du siècle dernier. » Voilà une explication qui nous laisse sur notre faim ! On a beau connaître la toile de Delacroix, représentant de superbes et fougueux guerriers armés de longs fusils, le mystère demeure. Fouzia est à l’heure et nous apprend qu’elle va rester avec nous toute la soirée, chic ! Elle pilote sa voiture comme un champion, nous prenons la direction de Casablanca. La route est sombre, mal éclairée et nous croisons de nombreuses voitures aux phares mal réglés. Situé au cœur de la Palmeraie de Marrakech, le palais d’Ali Mahal se présente à nos yeux dans une lumière si forte que nous en restons bouche bée ! C’est entre deux rangées d’impressionnants cavaliers, armés jusqu’aux dents et à l’allure fière que nous devons passer pour accéder à la première cour intérieure. C’est la parade avant le spectacle et je ne comprends pas que j’aurais dû donner un pourboire au cavalier que j’ai pris en photo. Il m’a bien semblé qu’il faisait la tête, mais bon !

Vêtu et enturbanné d’étoffes blanches, il porte un sac contenant des versets du Coran, ainsi qu’un grand poignard recourbé et protégé par un étui de velours. (Xavier aura presque le même !) Le harnachement de sa monture est très coloré. Son fusil (moukkala) est incrusté de nacre et d’ivoire. Heureusement que Fouzia est là pour tout nous expliquer ! De grands remparts entourent la superbe demeure. Sur le seuil de la deuxième cour, nous nous plions à la tradition, en nous faisant photographier avec deux belles jeunes filles arborant le costume des mariées. Tous les acteurs du spectacle à venir nous donnent l’aubade, cela sent un peu le folklore pour touristes, mais tant pis ! C’est sous une magnifique tente berbère que nous prenons place. Fouzia a choisi notre table et s’occupe de nous avec un professionnalisme épatant ! Sous son égide, nous avons l’air averti des habitués ! Nous ne pouvons contenir des exclamations réjouies devant les bons plats qui nous sont proposés ! La « Dakka Marrakchia » (les musiciens), accompagnent les danseuses des différentes provinces qui viennent chanter et danser devant les convives. Devant l’insistance de certaines danseuses, Jean et moi nous laissons prendre par la main et essayons d’esquisser quelques pas de danse ! Il faut bien amuser la galerie ! Le repas est somptueux, voyez plutôt : soupe marocaine (harira), méchoui, couscous et fruits. Un bouteille de vin rosé de la région de Meknès agrémente ces succulents mets. Puis la frénésie s’empare de l’assemblée, vite, il faut sortir pour ne pas rater le début du spectacle. Caméra aux poings, je m’installe sur les gradins à côté de Fouzia qui m’explique au fur et à mesure de leur entrée en scène, le rôle que joue chaque participant. Magique, grandiose et magnifique, le spectacle de Chez Ali est tout cela à la fois. J’ajouterais un peu tape à l’œil mais ne faisons pas la fine bouche, après tout nous sommes là pour passer un bon moment. Danseurs, musiciens, acrobates, cavaliers y vivent leur passion avec enthousiasme (sauf peut-être le chamelier qui a l’air de s’ennuyer passablement !). C’est aussi leur gagne-pain et ils ont le mérite de nous faire croire que ce n’est que par plaisir qu’ils caracolent devant nous ! J’ai encore dans l’oreille le rire de Fouzia lorsque j’ai crié en manquant lâcher la caméra, surprise par la rafale de fusil déclenchée par les cavaliers qui se dirigeaient droit sur nous. Je n’oublie pas non plus l’allégresse coquine avec laquelle elle a annoncé à nos hommes, la venue d’une superbe jeune femme qui a effectué une danse du ventre lascive et suggestive ! Bon, nous sommes en vacances et la danseuse est hors de portée de mains ! Le danger est somme toute assez limité ! Et puis, magie… magie, Fouzia me signale un ovni dans le ciel. Bah ! Ce n’est qu’un tapis volant où sont installés le sultan et sa favorite ! Vous voyez, au bout de deux jours, plus rien ne m’étonne !!! D’ailleurs le spectacle que nous venons de voir s’appelle « les Mille et une nuit »…alors !!! Plein d’étoiles dans les yeux, les petits touristes !
Retour à Marrakech, à fond les manettes ! Demain est un autre jour et nous avons beaucoup de choses à faire ! Des choses programmées, comme la visite du jardin Majorelle, et des choses imprévues, comme l’achat d’un jean par Huguette ! Il faut dire que nous nous sommes un peu perdus au sortir de la médina et les boutiques modernes le long du boulevard Allal El Fassi sont bien attrayantes. Nous avions presque oublié qu’il y avait une autre vie en dehors de celle de la médina ! A nouveau le choc des couleurs de ce magnifique jardin !
Une variété étonnante de plantes exotiques, de fleurs et d’essences, le tout rehaussé de couleurs vives, bleu, rouge, safran et vert, le bruit de l’eau qui sourd de tous les côtés, le chant des oiseaux, invisibles au milieu d’une telle profusion d’arbres, ravissent nos yeux et nos sens. Nos amis sont
ravis d’être là et Huguette mitraille tant qu’elle peut. Elle n’en revient pas du nombre de cactées qu’elle a sous les yeux !
Un petit tour dans la boutique et une pause alanguie sous la tonnelle, le temps passe lentement, on est bien ! Oubliés pour un moment, la cohue de la ville, la poussière de ses rues, le bruit assourdissant des moteurs !
Et puis il faut bien se décider à bouger, notre estomac réclame son dû. Nous allons leur faire découvrir le petit restaurant où nous avions mangé avec Nadine et Pierre. Là, pas de touristes, les gens sont installés sommairement et mangent en silence. Nous sommes suivis par des yeux curieux et la jeune fille qui nous prend en charge est toute intimidée. Elle ne s’exprime pas facilement en français mais nous sert avec célérité les appétissants tajines qui fumaient à l’entrée. C’est chaud, bon et parfumé ! J’aurais bien fait un petit extra dans la pâtisserie qui est juste à côté, mais je suis obligée de rester sage, puisque je suis la seule gourmande ! --« Nadine, où es-tu ? » On traîne un peu la savate, ne sachant plus trop de quel côté diriger nos pas. La rue Bab Agnaou nous mène tout droit vers la place Djemaà el-Fna. Pourquoi ne pas faire un tour dans les souks ? Nous avons repéré un quartier où les marchands sont moins accrocheurs, où nous pourrons regarder sans avoir l’impression d’être constamment agressés. Achat d’un pantalon et chemise rose fuchsia pour Florence, de babouches pour Michel et Huguette. Je me laisse tenter par une tenue d’intérieur turquoise. Nous avions pourtant prévu de faire nos achats à Essaouira, mais la tentation est trop forte. Quant à Michel, il ne rêve que d’une chose, apprendre à jouer du rock and roll sur ces drôles d’instruments. Est-ce un « guembri », qu’il a dans les mains ? C’est un luth à 2 ou 3 cordes, qu’utilisent les Gnaoua de Marrakech. Les Gnaoua sont les descendants des esclaves d’origine africaine (Sénégal, Ghana et Soudan). Ils ont formé une confrérie de maîtres musiciens (les Màalem), de médiums, de charmeurs de serpents et d’adeptes. Ils organisent des festivals dans les différentes villes du Maroc. Autrefois exclusivement tournés vers la musique spirituelle, les festivals sont ouverts aujourd’hui à tous les genres. Essaouira accueillait en juin 2006 le Festival Gnaoua avec du Jazz & Blues. (Pour plus d’infos, tapez « gnaoua » sur Internet et vous aurez une foule d’informations plus intéressantes les unes que les autres.) J’y ai passé tellement de temps que j’oubliais de raconter la suite de nos vacances ! Quelques cartes postales écrites sur le coin d’une table du café de France nous rappellent que nous ne sommes pas seuls au monde ! Je ne suis qu’une écervelée, je poste certaines cartes sans avoir complété les adresses ! Zut, à recommencer ! Tiens, près de la poste, un restaurant nommé « chez Ali » ! Jean se souvient qu’on lui en a parlé à Pau. On a bien fait de s’arrêter là, c’est impeccable ! Bon petit repas aux produits locaux tout à fait délicieux ! Fouzia est venue nous retrouver au riad, dans la soirée. Un monsieur l’accompagne, c’est le responsable de l’organisation des circuits. Munie des vouchers que l’on m’a confiés, j’écoute attentivement ses conseils. Jean et Michel conduiront la voiture (un 4X4 Toyota Prado). Il y a eu des accidents sur la route que nous allons emprunter demain matin et on nous conseille de ne pas partir de bonne heure. Bien ! Il faut refaire nos bagages, l’excitation est à nouveau là, les vallées du Dadès et du Draa nous attendent. J’en rêve depuis longtemps et la perspective de passer une nuit dans le désert me transporte ! JEUDI 30 NOVEMBRE : Il faut dire adieu à notre mignonne Fatima. Cela nous fend le cœur. La veille, elle nous a montré le livre d’or du riad et cherché avec inquiétude le passage dans lequel un touriste anglais avait écrit son nom. Elle pointe son doigt et nous dit fièrement-« Là, c’est écrit, Fatima ! ». Alors ce matin, nous prenons notre plume et lui écrivons un petit mot chacune en n’oubliant pas d’écrire le nom de « Fatima ».
Départ programmé pour le 2 décembre... 2005. Hé oui, cela fait un bout de temps que tout cela est arrivé, mais dans mon coeur, c'est encore hier !
Destination... MAROC, d'abord MARRAKECH, puis ESSAOUIRA.
Il fait gris et froid lorsque nous arrivons à Toulouse, mais nous sommes tellement contents que cela nous est indifférent ! Le hall de l'aéroport est déjà décoré pour les fêtes de la Noël et, comme des enfants, nous posons devant les guirlandes argentées.
Nous sommes accueillis chaleureusement par l'équipage marocain de la compagnie Atlas Blue. Nous avons choisi le côté hublot, nos amis sont assis derrière nous. Un peu de crispation et d'excitation au moment du décollage et puis la magie opère. Voir la terre d'aussi haut est un spectacle dont je ne me lasse pas. Quelques photos, avec juste un petit bout d'aile d'avion, pour éviter toute allusion à un quelconque trucage, de la ville de Toulouse qui s'éloigne à toute allure. Nous passons au dessus des nuages bas qui donnaient à la campagne un air si triste et montons à la rencontre d'un ciel tout bleu. Petit virage vers l'ouest ( je suis très attentive 😏) nous ne passerons pas au dessus des Pyrénées et nous dirigeons vers l'océan. En face de nous, il y a plein de choses appétissantes, une immense île flottante, des nuages pareils à de la crème fraîche en pleine émulsion... ou alors celle sublime d'un cappuccino géant ! Ah, on voit bien que j'ai été à bonne école avec mon mari pâtissier ! Puisqu'on parle de gâterie, voici que s'avancent dans l'allée, le steward et l'hôtesse. Ils poussent devant eux un chariot et nous dégusterons (Jean et moi), notre "première" corne de gazelle accompagnée du "premier" thé à la menthe : PREMIER, est le mot que je vais employer une multitude de fois ! Nous sommes un peu le "ravi" de la crèche : L'innocent, quoi ! Le voyage se poursuit sans incident et l'heure approche où notre avion prendra contact avec le sol marocain.

Nous faisons le retour avec en pointe de mire, le minaret de la Koutoubia.
Finie la quiétude ! Le brouhaha augmente au fur et à mesure que nous nous rapprochons de la ville. Infernal ! Des voitures de tous les côtés, des mobylettes, vélos, piétons, taxis, bus, à croire que tout Marrakech était de sortie. Jean filme cette cohue et c'est en "formation très serrée" que nous tenterons la traversée du boulevard.
Ce soir, nous mangerons sur la place, mais dans un boui-boui de première classe ! Notre "table" a vue sur la "cuisine" et la "plonge" ! Le cœur est au bord des lèvres et le fou rire, au rendez-vous. Cela nous a donné l'occasion de faire du régime, difficile de finir l'assiette quand le cœur n'y est plus !
Il faut aller se coucher, demain départ pour Essaouira.--
LUNDI MATIN.
Fouzia s'est chargée de la location de la voiture et nous avons rendez-vous avec elle sur la place. Ell nous conduit hors les murs à grands coups de klaxon énergiques. Il ne faut pas hésiter à s'en servir si on veut avancer ! Il n'y a que 178 kms jusqu'à Essaouira et nous décidons de faire une petite balade en montagne. Pourquoi pas les gorges de l'OURIKA ? Nous longeons les remparts de Marrakech et descendons vers le sud. La vallée de l'Ourika se trouve à environ une cinquantaine de kms de la ville. Nous traversons la plaine du HAOUZ, la route monte tranquillement, le plein d'essence a été fait. La voiture, dont le kilométrage est élevé, semble bien marcher. Cette promenade va servir de test. Pierre est au volant, Jean joue le co-pilote, les gazelles sont assises sagement à l'arrière. L'appareil à photo prêt à saisir une image insolite, nous sommes toutes les deux très attentives. Nadine a quelques difficultés à discipliner son mari, "moustache dorée" a décidé de conduire comme dans le Dakar. La route d'abord, les paysages ensuite. Pourtant il y a de jolis photos à faire : les couleurs ocre et rouge de la terre, les tapis mis en exposition ou à sécher au bord de la route, le torrent qui descend le long de la vallée, les montagnes de l'Atlas qu'on aperçoit de temps en temps. Sur la rivière, de fragiles passerelles relient quelques masures à la route. Comme il se fait gronder, Pierre finit par arrêter la voiture. Nous sommes à peine descendus du véhicule, que deux très jeunes enfants et un homme relativement âgé, se précipitent sur nous, quémandant une pièce. Nous fouillons nos poches et donnons dirhams et carrés de chocolat. Du coup, retour dans la voiture. Nos hommes rigolent en douce ! Route large et virage prononcé, mais les montagnes qui se détachent au loin sont tellement belles, que nous nous arrêtons un fois de plus. Nous étions pourtant avertis, c'est comme un mirage, on se croit tout seul et tout à coup surgissent d'on ne sait où, un gars en mobylette qui nous présente un plein panier de bijoux de pacotille, et deux enfants à pied, qui courent de toutes leurs jambes pour ne pas louper les touristes ! Eux, veulent nous vendre des fruits. Repli précipité dans la voiture. Nous décidons de ne plus nous arrêter jusqu'au village de SETTI-FATMA.
Nous sommes attendus, là aussi. Il y a pléthore de guides sur le petit parking où nous sommes obligés de nous garer. Nous choisissons le plus proche de nous, il s'appelle RACHID. Il parle bien le français avec un petit accent rigolo. Il va nous conduire jusqu'à la troisième cascade (il y en a sept). C'est une promenade sympathique que nous ferons en sa compagnie. Nous traversons le cours d'eau sur un passerelle de troncs d'arbres et prenons le sentier qui nous fera grimper gentiment, mais sûrement jusqu'au but final de l'expédition. C'est un parcours ombragé où la présence de saules pleureurs et noyers, nous intrigue. Effectivement, ce sont les Français qui ont amené les plants de ces arbres, il y a de nombreuses années. Les hommes montent gaillardement et Rachid est plein d'attention pour les fragiles gazelles. Une marche trop haute, une pierre glissante, il est là qui nous tend la main, nous"calme le cœur" (nous rassure, et nous indique les bons passages. Chaque détour du sentier nous réserve une surprise. D'abord, les restaurants qui jalonnent le parcours, leur terrasse sous les arbres avec le sol jonché de tapis, poufs et tables basses, tajines qui mijotent sur de petits murs, réfrigérateur "berbère", de simples étagères où, avec un système ingénieux, les bouteilles de soda sont rafraîchies naturellement par de l'eau "de source", qui n'est autre que celle du ruisseau ! Plus loin, un marchand de bijoux et autres objets, eux aussi installés sur des tapis à même le sol, nous fait des offres alléchantes.
De temps en temps, nous faisons une petite halte pour "casser la fatigue" comme dit si joliment Rachid. Nous en profitons pour lui poser des questions sur sa famille, son métier, son village. A la question curieuse, mais combien féminine de Nadine : "combien as-tu de femme, Rachid ?"... il répond en éclatant de rire : "Oh, une seule, ça suffit, autrement il y a trop de soucis !"
Les cascades ne sont plus très loin, nous les entendons, les pierres sont plus glissantes par endroit et Nadine profite de la sollicitude de notre guide, pour accaparer sa main ! Photos, bien entendu, et descente vers le village.

Fin de ce récit et suite sur une autre page intitulée "ESSAOUIRA la blanche". Merci des gentils messages reçus, je vais essayer de m'appliquer pour la suite. essaouira, la blanche. -- Ceci est la suite de mon premier récit : "PREMIER VOYAGE AU MAROC". -- Nous sommes toujours en décembre 2005, nous venons de quitter Rachid, notre gentil guide dans les gorges de l'Ourika. Cette fois-ci, nous ne nous arrêterons plus et reprenons la direction de Marrakech. Il faut arriver avant la nuit à ESSAOUIRA. De Marrakech à Essaouira, la longue route se déroule devant nous, la circulation assez dense de camions et autres engins n'autorise pas les fantaisies. Pierre se consacre à la conduite de notre Palio blanche, et pour une fois, les gazelles ne parlent pas trop fort ! De grandes étendues inhabitées et puis, au bord de la route, une grande bâtisse pratiquement recouverte de tapis. Nous approchons de CHICHAOUA. La traversée de SIDI MOKTAR nous surprend. Que s'est-il passé ? La rue principale est défoncée, des tracteurs, camions et autres engins de travaux sont sur le bord de la route. Les gens ont des pelles et des pioches entre les mains . Un peu plus loin, dans le lit de l'oued, creusé profondément, des carcasses de voitures, les unes sur les autres, nous donnent à penser qu'il y a dû y avoir de terribles inondations. Nous en aurons la confirmation en parlant de cela avec les gens de Essaouira. Nous nous sommes attardés, et préférons donner un coup de fil à Brahim, notre prochain hôte. La nuit est tombée depuis un petit moment, la destination est proche, les remparts de la ville sont éclairés et nous trouvons une place de parking sur une grande place. Un dernier coup de fil et Brahim est là, tout engoncé dans un vieux manteau taché, un grand sourire sur les lèvres. Il va nous conduire jusqu'au riad. Un jeune garçon met nos bagages dans une charrette à bras, nous passons une des portes de la ville, Bab Marrakech, voilà qui est facile à retenir ! Un enchevêtrement de ruelles mal éclairées, un sol aux pavés inégaux, nous cheminons tant bien que mal derrière eux. Ils s'arrêtent devant une porte peinte en jaune, un tour de clé et nous pénétrons dans une minuscule entrée d'où part un escalier raide aux marches usées et de hauteur inégale. Après notre escapade en montagne, cette ascension est rude à nos jambes. Nous contenons un petit rire en passant devant une porte bleue sur laquelle est écrit en lettres noires "twalit turk". Nous espérons quand même que ce ne sont pas les toilettes communes de l'hôtel !

Comme tous les riads, la maison est construite autour d'un patio. Celui-ci est tout étroit, garni de plantes vertes qui grimpent, cherchant la lumière. Nous sommes au second étage, les murs sont blancs, les portes, volets et fenêtres bleus. Des ouvriers font des travaux de ravalement et de peintures. Brahim nous explique qu'il profite de la saison creuse pour arranger de riad acheté il y a quatre ans. Le décor est tout à fait différent de celui que nous avons connu à Marrakech. Les chambres sont meublés à la spartiate, tout est parfaitement propre, mais il fait froid, un peu humide et j'ai un petit coup de blues. Pas de tapis sur le sol, mais une grosse couverture sur le lit me rassure, je ne vais pas avoir froid et contrairement à Marrakech, nous pourrons dormir dans le même lit . (Jean et moi, of course ! 😉)
Nous remplisssons la fiche d'entrée et partons à la découverte de la ville.
ESSAOUIRA, "ES AOUIRA", la "bien dessinée".
Ses rues larges et rectilignes ont été dessinées par un ingénieur français, prisonnier du sultan Sidi Mohamed ben Abdallah. ( c'est fou ce qu'on paraît savant dès qu'on consulte le guide 😏)
C'est par la Porte de la Marine que l'ingénieur commença. Puis il ceignit la ville de remparts et dessina les rues rectilignes.
Nous trouvons sans peine l'une des grandes rues principales. Les magasins sont ouverts, les gens que l'on croise, d'un calme qui nous surprend après la folle ambiance de Marrakech ! Nous sommes fascinés par la tenue vestimentaire de la plupart des femmes. Elles portent le lourd "haïk" blanc qui, de dos, les fait ressembler à notre vierge Marie. Beaucoup d'hommes, eux, portent la longue robe brune à capuchon. On se croirait dans un péplum !
Miracle, nous passons devant les devantures et personne pour nous forcer la main ! Les prix sont affichés dans la plupart des boutiques, il sera sûrement plus facile d'acheter ici, sans tomber dans les marchandages dont ils sont si friands et qui me gênent terriblement.
Nos pas nous conduisent petit à petit vers le port. Une multitude de mouettes s'envolent bruyamment à notre approche pour se poser quelques pas plus loin. le soleil ne diffuse plus qu'une faible lumière et il est difficile de faire des photos. Les barques bleues sont là, dans la pénombre, elles se balancent doucement et semblent nous dire, "à demain".
Juste à côté de la Porte de Mogador (ancien nom d'Essaouira), se trouve un petit restaurant. Les portes sont grandes ouvertes et le menu alléchant. Nous nous retrouvons tout naturellement assis devant des tables basses, sur les banquettes qui courent le long des murs. Le maître des lieux nous accueillent avec effusion, nous donnant l'impression d'être déjà de vieilles connaissances, attendues avec grande amitié !
J'arrive à trouver le sommeil malgré le froid qui règne dans la chambre. Nouvelle surprise au réveil, pas d'eau chaude pour la douche. On saura, trop tard, qu'il aurait fallu demander la veille ! La toilette est vite expédiée au lavabo, le petit déjeuner pris sur la terrasse, un étage plus haut, nous réconciliera avec la famille de Brahim.
Le bon pain rond et croustillant nous attend avec de la confiture et du beurre qui, cette fois, sied à notre palais. Qu'est-ce qu'on peut être "bourge" quelquefois ! 😏
porte Bab Marrakech
Appareil photo en main, nous sortons de la médina par la porte Bab Marrakech et nous filons tout droit vers la plage. Pas pour nous baigner, non ! Il ne faut pas exagérer, il fait beau, le soleil brille mais la petite laine est de rigueur.
C'est une immense plage de sable fin. La lumière est superbe. La mer vient de se retirer, laissant derrière elle suffisamment d'eau pour que les nuages et les oiseaux s'y reflètent. Magnifique ! Quel beau miroir ! 

Nous redécouvrons le port, cette fois, au grand jour. Les bateaux de pêche sont à quai, les pêcheurs déchargent le poisson, principalement des sardines. Là aussi, on voit les difficultés qu'ils doivent rencontrer. Les bateaux tiennent la mer, mais ils montrent des signes évidents de vétusté, la rouille est omniprésente et même si les couleurs sont belles, elles ne cachent pas la misère sous-jacente.
Sur le port, les charpentiers construisent de lourdes embarcations selon les traditions ancestrales. Ils utilisent des bois d'acajou et d'eucalyptus. Plus loin, des pêcheurs retapent leurs filets aux couleurs surprenantes : bleu, beige, violine, vert, ocre, orange. Les jolies barques bleues se balancent au gré de la houle, bien à l'abri de la petite rade. Des femmes vendent en très petite quantité, des poissons simplement posés sur des bouts de cartons, à même le sol. Les mouettes se disputent les morceaux de viscères laissés par terre et s'envolent en protestant vigoureusement lorsqu'on les dérange. L'animation est grande et bon enfant. Nous profitons du spectacle avec beaucoup de plaisir et sommes conscients de la chance d'avoir, au moins financièrement, une vie plus facile. Je surprend Jean à maintes reprises, à sacrifier à la "sadaka", l'aumône que tout bon musulman doit à son prochain. Il a souvent le cœur gros en voyant toutes ces personnes âgées, qui, sans un mot, le regard un peu fixe, tendent la main aux passants. Nous serons les témoins de la charité de certains commerçants. Celle en particulier, d'un marchand de poissons frits, qui le soir, puisait largement dans ses réserves.
La vie à Essaouira est largement plus reposante que celle des grandes villes. Nous avons sympathisé avec le jeune marchand de babouches dont nous avons fait baisser fortement le stock. Nos deux garçons, les enfants et petits-enfants de Nadine, seront chaussés pour un moment ! Lorsque nous passons devant sa boutique, il nous salue chaque fois avec enthousiasme.
Les sollicitations des boutiquiers sont nettement moins pressantes, il y a bien encore celles des "apothicaires" qui veulent vendre à nos maris à tout prix (et à tous prix), une poudre aphrodisiaque ! Nos "gazous" déclinent l'offre vigoureusement, ce qui fait rire les marchands. La bonne humeur est de mise dans ce pays, je crois que c'est une des choses qui nous marquera le plus .

Il fait bon se promener au soleil, nous repartons en direction de la Porte de la Marine. Plus loin, une rampe d'accès mène à la Sqala de la Casbah dont la tour crénelée surplombe l'océan. Il y a une rangée impressionnante de canons dirigés vers le large. Heureusement, j'apprends qu'ils n'ont jamais servi. Une jeune femme, un bébé dans les bras, expose de minuscules aquarelles. Je ne résiste pas à la tentation et j'ai souvent une pensée pour elle, chaque fois que je les regarde à la maison. Nous prenons le temps de flâner, d'un côté l'océan, de l'autre les petites rues qui, en contre bas, bordent les remparts.
plus loin, dans la ville, la vue d'une petite place au fond d'une ruelle attire le regard de Jean. Elle est entourée d'arcades sous lesquelles, plein de petites boutiques sont ouvertes. Poussant ses investigations plus loin, Il découvre le marché aux poissons. Plusieurs étals offrent à la convoitise des gourmands, de superbes sardines, congres, crevettes et autres produits de la mer. Un homme enseigne à Jean, la façon de procéder : On choisit le poisson sur n'importe quel étal, on le paye à qui de droit et, muni d'un poche en plastique dans laquelle sont placés nos achats, on se dirige au fond du souk où un jeune homme fera cuire tout ça dans un four archaïque mais qu'il a l'air de maîtriser parfaitement.
Extra...le poisson cuit à merveille, l'accueil, l'ambiance et l'authenticité du moment que nous vivons !
Tout de blanc vêtus, de drôles d'instruments dans les mains, des musiciens font leur numéro. Je leur donne quelques dirhams et les voilà tout près. Comme Jean les filme, ils attaquent plus vigoureusement leur morceau, c'est rigolo. C'est l'heure de l'addition, nous sommes sidérés par la modestie de la somme qu'ils demandent : 2€40 pour la cuisson, le poisson que nous avons acheté, était déjà d'un prix dérisoire, nous sommes surpris. Pour ne pas nous sentir trop coupables, nous nous fendrons d'un bon pourboire.
Dans une petite rue, le long des remparts, des ébénistes travaillent le bois de thuya. Des artisans en marqueterie font des incrustations de citronnier, de nacre et d'argent. Leurs ateliers sont minuscules et leurs outils rudimentaires. Tout cela sent bon et Nadine "sniffe" dans tous les pots. Préférant acheter chez l'artisan, nous repartirons avec notre cargaison de petites boîtes, de petits pots. J'ai la chance de dénicher sur une étagère, une mignonne fatma dont le bois brun et luisant, est doux au toucher. Le menuisier se prête gentiment à la séance photo et poursuit son labeur. Nous l'observons un moment, plein d'admiration. Il travaille tantôt sur les racines de thuya, tantôt sur sur le tronc. Les objets présenteront soit une surface d'un brun uni, soit plus ou moins veinée. Ses confrères montrent la même intensité au travail, il faut dire qu'ils doivent fournir les nombreuses boutiques, plus loin. Nous retrouverons dans celles-ci, les pieds de lampes, les encadrements, les plumiers et jouets de bois, les boîtes rondes ou carrées, bombées ou plates, petites ou grosses, toutes aussi tentantes les unes que les autres.
Il est 18h lorsque nous repassons par la bab Marrakech. Nous sommes hors la médina et un petit crochet nous amènera par hasard, devant une église. Surpris, nous poussons la lourde porte. Cette église, dédiée à la Vierge Marie et à son Assomption, est le témoignage de la présence pendant plusieurs siècles, de la chrétienté en cette ville. Nous sommes accueillis par "FLANE" (Mr X ou un tel, en marocain), une sculpture marocaine, représentant un mendiant aveugle, un pauvre, un anonyme, celui que l'on peut voir devant la porte des mosquées et qui tend la main. C'est avec beaucoup d'émotion que nous admirons cette humble silhouette filiforme et la représentation de la Vierge et de son Enfant. Nous sommes saisis par l'atmosphère si particulière de cette église dans laquelle se mêlent si intimement, foi chrétienne et culture marocaine. Les statues, les tapis sur le sol, la senteur du thuya, l'autel et la croix ornés de marqueteries, tout cela nous surprend. Essaouira est la seule ville à posséder une église dont les cloches sonnent tous les dimanches à 10h !
L'autel
la Vierge et l'Enfant
Flane
Revenons à des préoccupations plus épicuriennes ! Ne serait-ce pas l'heure de manger ? Non, on ne pense pas qu'à ça !... d'ailleurs on va faire du sport dans très peu de temps, puisque notre montre n'affiche pas la même heure que celle qui carillonne dans notre estomac ! Ce sera plutôt main dans la main que nous déambulerons lentement sur le sable. De grandes quantités de branches jonchent la plage. Charriées par une rivière jusqu'à l'océan, le courant les a rejetées sur la berge. Les gens les ramassent et s'en servent de combustible. Rien ne se perd ! Le soleil et assez bas et l'horizon a de magnifiques couleurs. Les mouettes jouent les stars devant notre objectif et piaillent de toutes leurs forces. Spectacle garanti et magique sur le port : Le soleil et assez bas et l'horizon a de magnifiques couleurs. Les mouettes jouent les stars devant notre objectif et piaillent de toutes leurs forces. Le battement effréné de leurs ailes fait un bruit d'enfer... les oiseaux de Hitchcock sont là ! En premier plan, un homme vêtu de son burnous, le capuchon sur la tête. Une femme de dos, le haïk blanc joliment drapé nous font plonger deux millénaires en arrière. Plus loin, le
spectacle dantesque de la tour crénelée en contre jour, du soleil en train de plonger dans l'océan illuminant de ses derniers feux la petite île de Mogador, nous laisse pantois. Nous cherchons à voir le "rayon vert", que ne peuvent percevoir que quelques veinards, et mitraillons avec passion cette superbe scène. Derrière nous, les remparts sont comme éclairés de mille projecteurs. Mais quel bonheur d'être là !





Bien entendu, la poésie ne remplissant pas les ventres, nous partons à la quête de l'endroit où nous pourrons assouvir une petite fringale. Et bien ce sera la seule fausse note dans notre séjour : décor à vous faire cauchemarder et repas pas à la hauteur de nos attentes. Pas grave !
Déjà mercredi, comme le temps passe vite !
Une petite escapade est prévue, emplettes au centre ville-- pain, sardines en boîte, clémentines, tomates, eau minérale-- Il y aura pique nique sur une des plages entre Essaouira et Agadir.
P8, la route côtière qui descend sur Agadir. Au bout de quelques kilomètres, nous bifurquons en direction de la plage fort prisée par les surfeurs, SIDI KAOUKI. Deux hommes attendent les touristes, le premier, un magnifique chamelier et son dromadaire, le second, un magnifique "casse-pieds", les bras remplis de colliers, bracelets et bagues en métal! Contre quelques dirhams, nous pouvons poser devant le dromadaire. Quant au second bonhomme, il arriva à nous gâcher la promenade sur la plage, tant sa présence auprès de nous est envahissante ! Nous avons beau refuser ses avances, ne plus le regarder, ne plus lui parler, rien à faire ! Il nous suit tout le temps et, énervés par son insistance, nous finissons par fuir cette plage. Il y a là une "koubba", chapelle élevée sur la tombe d'un marabout. Le tombeau à coupole blanche est accolé à une tour ancienne, en partie ruinée.
Tant pis, nous nous en allons, pestant contre ce pauvre homme qui n'a pas réussi à nous soutirer une seul dirham ! Non, mais !
Le paysage défile et nous sommes à l'affût. La route est bordée d'arganiers, cet arbre miracle, dont le bois sert à fabriquer du charbon, les feuilles à nourrir les chèvres. Les noyaux rejetés par ces dernières, sont recueillis par les bergers. Ils en extraient l'huile d'argan qu'on utilise en cuisine. Lorsqu'elle est dénaturée, on s'en sert pour l'éclairage. Cette huile est raffinée d'une autre façon lorsqu'elle devient un produit de beauté.( Ben dis donc, j'espère que tout ce que j'écris est vrai, autrement, il y en a qui vont se moquer de ma naïveté. Je crois tout ce qu'on me dit ! 🤪)
Nous avons entendu parler de la façon dont les chèvres peuvent aller chercher leur pitance, haut dans les arbres. Nous sommes déçus et pensons à une galéjade. Il y a des chèvres, il y a des arbres, mais pas de chèvres en haut des arbres. Tiens, il y en a une sur la première branche d'un arganier. Vite, photo. Et puis au détour du chemin, un "arbre à chèvres", deux "arbres à chèvres" ! Fantastique ! Elles broutent les feuilles les plus hautes, leurs petits sabots solidement accrochés aux branches, c'est rigolo ! Le petit chevrier qui les garde, n'a guère plus de huit ans. Il est beau avec ses boucles brunes et ses grands yeux noirs. Il n'a pas la chance d'aller à l'école et fait un travail d'adulte. Nos poches sont pleines de bonbons achetés à Essaouira, quelle chance.
Nous traversons des zones de culture où les hommes poussent des charrues aux étranges attelages. Un dromadaire avec un âne, un âne avec un cheval, de temps en temps, deux dromadaires ensemble.
Un panneau indique la plage "TAFADNA". C'est par là que nous allons pique niquer. La route descend rapidement en direction de la plage. Elle est immense et fait penser à celles des Landes. Le village de pêcheurs, bleu et blanc, est bâti à même le rocher, des arcades laissent voir l'intérieur des habitations et de petits restaurants où Jean voudrait bien nous entraîner. Pas question, ils sont en train de cuisiner des "noubias".. des "loubias"... bref, des tripes !
De petites barques vont et viennent, leur chargement est transporté ensuite par des carrioles tirées par de petits ânes. Ils pêchent surtout la dorade, le merlan et le calamar.
Il fait beau, il fait chaud, nous recherchons un coin d'ombre dans les rochers et entamons avec appétit, nos provisions. Enfin un endroit sans importun ! Un vrai miracle !


Ce soir, nous mangerons, dans un petit restaurant, une succulente "harira", accompagnée d'un tajine au poulet, pruneaux et amandes. Nous finirons bien sûr par une tasse de thé à la menthe, servie par un jeune homme si grand, que j'ai dû mettre mon appareil de photo de travers pour pouvoir l'avoir sur la pellicule. Et ça le faisait rire, à ce grand gaillard !
La fatigue se fait sentir, il faut se coucher tôt, demain nous repartons à Marrakech.
Jeudi matin : Nous sommes le 8 décembre et c'est la dernière promenade dans les rues de la ville. Jean juge préférable d'acheter un sac de sport, car nos achats de dernière minute, risquent de ne pas contenir dans nos valises. Sacrées gazelles !
Nous traînons un peu les pieds et regrettons de partir. Nous admirons l'ingéniosité et l'habileté de ces artisans. Un jeune homme fabrique en un tour de main, des objets insolites, à partir de pédaliers, de chaîne, de roues, de morceaux de fil de fer, de câble. Il visse, il perce, il cloue et trouve une fonction à tout ce qui lui passe entre les mains. Il expose sur le trottoir, dans un assortiment hétéroclite, le produit de son inventivité. Cet immense jeu de mécano nous laisse perplexes et, en même temps, admiratifs.
Les épiciers ambulants ont étalés leurs marchandises : les légumes, les fruits sont bien tentants. Nous prenons plaisir à observer le comportement de leurs clients, puis décidons d'acheter des mandarines. Inutile de chipoter, il faut prendre, soit un demi-kilo, soit un kilo de fruits, car ils ne disposent pas d'autre unité de poids que ceux-là !Nous sommes gourmands, pas de problème. Une bouteille d'eau, du pain et à nouveau, des sardines. Nous voilà fin prêt pour un autre pique nique. Petit coup de chiffon sur le pare brise plein de poussière, c'est Jean qui prend le volant.
Nous sommes un peu mélancoliques de quitter Essaouira. Cette ville de marins et d'artistes, cernées de remparts, ouverte sur la mer, aux maisons blanches et bleues, nous a véritablement enchantés. Nous nous arrêtons dans un virage et prenons une dernière photo d’elle, toute blanche dans la lumière du matin.
petit repas pris sur le pouce, sur une place de village, les tomates et le pain que nous n'avons pas mangés, seront donnés à un pauvre homme qui mendie sur un banc. Ce sera notre "flane" à nous. Nous pratiquons la "sadaka" avec application, il est vraiment impossible de rester indifférent à ce qui se passe autour de nous. Un verre de thé à la menthe dans un café "chic", un arrêt pipi dans des toilettes "dernier cri", en voiture et direction Marrakech. L’entrée dans la ville est laborieuse, heureusement, Jean au volant, ne s'en laisse pas compter et conduit dans la cohue comme un chef.
Nous avons rendez-vous avec Fouzia qui doit récupérer la voiture. Nous retrouvons avec plaisir le riad et la petite Raja, aussi mignonne qu'il y a trois jours. Les rues de Marrakech sont aussi bruyantes et animées, mais nous y replongeons allègrement. Le restaurant "El Badi" nous accueille pour la dernière fois et le tajine que nous dégustons est à la hauteur de notre appétit. Promenade digestive sur la place des ferblantiers où nos gazous se font prendre en photo, le bras levé bien haut, la théière bien en main, en train de se servir une tasse de thé fumant.
Vendredi matin, déjà ! Il faut remplir nos sacs, libérer nos chambres. L'avion ne part qu'à 16h, nous laissons nos bagages à Raja, et les récupérerons plus tard. Une dernière visite dans les souks s'impose. Nous n'avons pas fini nos achats ! 😏
Les hommes sont patients et nous accordent la possibilité de dépenser nos derniers dirhams. Nous faisons les gourmandes, nous hésitons, nous regardons de tous les côtés cherchant l'inspiration.
Une vraie caverne d'Ali Baba devant nous ! Le mur, au fond de la pièce, est tapissé d'une quantité incroyable de petites théières de fer blanc. A droite, des pots de toutes tailles, de toutes couleurs, sont disposés sur le sol et sur plusieurs étagères. A gauche, des tajines aux couleurs chaudes, des assiettes, des pots de faïence bleue, des poignards dans de jolis étuis brillants. Au plafond, des lanternes aux vitres multicolores. Le marchand nous surveille du coin de l’œil et nous invite à entrer : "pour le plaisir des yeux". Il nous recommande de "garder le sourire", même si nous ne faisons pas affaire avec lui.
A mon avis, il a compris que nous allons nous laisser tenter et doit déjà calculer !
Nous furetons avec des airs de conspiratrices, en essayant de ne pas prendre un air trop intéressé, tout en aiguisant notre regard pour trouver dans ce capharnaüm, le petit truc qui nous fera flancher ! Il doit se marrer, le marchand !... Ce n'est pas "un truc", mais beaucoup de petits objets qui seront emballés à la vitesse d'un prestidigitateur, dans un modeste papier brun. Voilà qui va bien remplir le sac que Jean a acheté. Les gazous, généreux, passent à la caisse, le marchandage n'a pas été long, Jean ayant dévoilé un peu trop vite le montant de la cagnotte ! Tant pis, nous avons l'impression d'avoir les plus belles choses de Marrakech dans nos mains.
Fouzia nous attend, un taxi va nous amener à l'aéroport. Un pincement au cœur en quittant notre gentil guide, mais les formalités d'embarquement chassent vite notre spleen. Nous voici dans l'avion, un dernier regard sur la Menara et son oliveraie que nous survolons, une dernière photo aérienne de Marrakech, et nous prenons très vite de l'altitude. Le ciel est dégagé, la nuit tombe vite et le survol du détroit de Gibraltar et de l'Andalousie est un spectacle de toute beauté. Ce n'est qu'un scintillement de lumières multicolores, semblables à des millions de guirlandes de Noël. Les Pyrénées sont cette fois visibles et nous les découvrons avec émotion, comme si nous étions partis depuis des siècles! Toulouse est bientôt en vue et c'est le froid qui nous accueille sur l'aéroport.
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J'ai écrit ces "quelques" lignes, un mois après être revenue du Maroc. Il m'a fallu un certain temps pour me défaire de l'envoûtement dans lequel ce pays m'a plongé. Je crois que je vais garder longtemps au fond du cœur, le sentiment d'avoir vécu quelque chose d'exceptionnel. Je n'oublierai pas de sitôt, Marrakech et sa frénésie de vivre, Essaouira la calme ville bleue et blanche, les beaux costumes traditionnels, tout droit sortis de l'ancien Testament, les contacts amicaux et chaleureux avec les gens du pays, les apothicaires et leurs produits miraculeux, les petits ânes tirant vaillamment des carrioles trop lourdes, les palais visités aux légendes dignes des "mille et une nuits", l'appel du muezzin qui nous a fait sursauter plus d'une fois, les jardins remplis de roses, le paradis qu'est le jardin Majorelle, les épices colorés aux senteurs envahissantes, les délices de leurs pâtisseries au miel, toutes ces couleurs merveilleuses, le brouhaha continue dans les souks et surtout, surtout.... les appels aux "gazelles", dont je ne me suis pas lassée !
--La preuve, nous y sommes repartis en décembre 2006. Cela fera l'objet, d'un autre récit.... Faut bien occuper les temps libres que laisse la retraite ! 😕😉😄
Il fait gris et froid lorsque nous arrivons à Toulouse, mais nous sommes tellement contents que cela nous est indifférent ! Le hall de l'aéroport est déjà décoré pour les fêtes de la Noël et, comme des enfants, nous posons devant les guirlandes argentées.
Nous sommes accueillis chaleureusement par l'équipage marocain de la compagnie Atlas Blue. Nous avons choisi le côté hublot, nos amis sont assis derrière nous. Un peu de crispation et d'excitation au moment du décollage et puis la magie opère. Voir la terre d'aussi haut est un spectacle dont je ne me lasse pas. Quelques photos, avec juste un petit bout d'aile d'avion, pour éviter toute allusion à un quelconque trucage, de la ville de Toulouse qui s'éloigne à toute allure. Nous passons au dessus des nuages bas qui donnaient à la campagne un air si triste et montons à la rencontre d'un ciel tout bleu. Petit virage vers l'ouest ( je suis très attentive 😏) nous ne passerons pas au dessus des Pyrénées et nous dirigeons vers l'océan. En face de nous, il y a plein de choses appétissantes, une immense île flottante, des nuages pareils à de la crème fraîche en pleine émulsion... ou alors celle sublime d'un cappuccino géant ! Ah, on voit bien que j'ai été à bonne école avec mon mari pâtissier ! Puisqu'on parle de gâterie, voici que s'avancent dans l'allée, le steward et l'hôtesse. Ils poussent devant eux un chariot et nous dégusterons (Jean et moi), notre "première" corne de gazelle accompagnée du "premier" thé à la menthe : PREMIER, est le mot que je vais employer une multitude de fois ! Nous sommes un peu le "ravi" de la crèche : L'innocent, quoi ! Le voyage se poursuit sans incident et l'heure approche où notre avion prendra contact avec le sol marocain.

Nous faisons le retour avec en pointe de mire, le minaret de la Koutoubia.
Finie la quiétude ! Le brouhaha augmente au fur et à mesure que nous nous rapprochons de la ville. Infernal ! Des voitures de tous les côtés, des mobylettes, vélos, piétons, taxis, bus, à croire que tout Marrakech était de sortie. Jean filme cette cohue et c'est en "formation très serrée" que nous tenterons la traversée du boulevard.
Ce soir, nous mangerons sur la place, mais dans un boui-boui de première classe ! Notre "table" a vue sur la "cuisine" et la "plonge" ! Le cœur est au bord des lèvres et le fou rire, au rendez-vous. Cela nous a donné l'occasion de faire du régime, difficile de finir l'assiette quand le cœur n'y est plus !
Il faut aller se coucher, demain départ pour Essaouira.--
LUNDI MATIN.
Fouzia s'est chargée de la location de la voiture et nous avons rendez-vous avec elle sur la place. Ell nous conduit hors les murs à grands coups de klaxon énergiques. Il ne faut pas hésiter à s'en servir si on veut avancer ! Il n'y a que 178 kms jusqu'à Essaouira et nous décidons de faire une petite balade en montagne. Pourquoi pas les gorges de l'OURIKA ? Nous longeons les remparts de Marrakech et descendons vers le sud. La vallée de l'Ourika se trouve à environ une cinquantaine de kms de la ville. Nous traversons la plaine du HAOUZ, la route monte tranquillement, le plein d'essence a été fait. La voiture, dont le kilométrage est élevé, semble bien marcher. Cette promenade va servir de test. Pierre est au volant, Jean joue le co-pilote, les gazelles sont assises sagement à l'arrière. L'appareil à photo prêt à saisir une image insolite, nous sommes toutes les deux très attentives. Nadine a quelques difficultés à discipliner son mari, "moustache dorée" a décidé de conduire comme dans le Dakar. La route d'abord, les paysages ensuite. Pourtant il y a de jolis photos à faire : les couleurs ocre et rouge de la terre, les tapis mis en exposition ou à sécher au bord de la route, le torrent qui descend le long de la vallée, les montagnes de l'Atlas qu'on aperçoit de temps en temps. Sur la rivière, de fragiles passerelles relient quelques masures à la route. Comme il se fait gronder, Pierre finit par arrêter la voiture. Nous sommes à peine descendus du véhicule, que deux très jeunes enfants et un homme relativement âgé, se précipitent sur nous, quémandant une pièce. Nous fouillons nos poches et donnons dirhams et carrés de chocolat. Du coup, retour dans la voiture. Nos hommes rigolent en douce ! Route large et virage prononcé, mais les montagnes qui se détachent au loin sont tellement belles, que nous nous arrêtons un fois de plus. Nous étions pourtant avertis, c'est comme un mirage, on se croit tout seul et tout à coup surgissent d'on ne sait où, un gars en mobylette qui nous présente un plein panier de bijoux de pacotille, et deux enfants à pied, qui courent de toutes leurs jambes pour ne pas louper les touristes ! Eux, veulent nous vendre des fruits. Repli précipité dans la voiture. Nous décidons de ne plus nous arrêter jusqu'au village de SETTI-FATMA.
Nous sommes attendus, là aussi. Il y a pléthore de guides sur le petit parking où nous sommes obligés de nous garer. Nous choisissons le plus proche de nous, il s'appelle RACHID. Il parle bien le français avec un petit accent rigolo. Il va nous conduire jusqu'à la troisième cascade (il y en a sept). C'est une promenade sympathique que nous ferons en sa compagnie. Nous traversons le cours d'eau sur un passerelle de troncs d'arbres et prenons le sentier qui nous fera grimper gentiment, mais sûrement jusqu'au but final de l'expédition. C'est un parcours ombragé où la présence de saules pleureurs et noyers, nous intrigue. Effectivement, ce sont les Français qui ont amené les plants de ces arbres, il y a de nombreuses années. Les hommes montent gaillardement et Rachid est plein d'attention pour les fragiles gazelles. Une marche trop haute, une pierre glissante, il est là qui nous tend la main, nous"calme le cœur" (nous rassure, et nous indique les bons passages. Chaque détour du sentier nous réserve une surprise. D'abord, les restaurants qui jalonnent le parcours, leur terrasse sous les arbres avec le sol jonché de tapis, poufs et tables basses, tajines qui mijotent sur de petits murs, réfrigérateur "berbère", de simples étagères où, avec un système ingénieux, les bouteilles de soda sont rafraîchies naturellement par de l'eau "de source", qui n'est autre que celle du ruisseau ! Plus loin, un marchand de bijoux et autres objets, eux aussi installés sur des tapis à même le sol, nous fait des offres alléchantes.
De temps en temps, nous faisons une petite halte pour "casser la fatigue" comme dit si joliment Rachid. Nous en profitons pour lui poser des questions sur sa famille, son métier, son village. A la question curieuse, mais combien féminine de Nadine : "combien as-tu de femme, Rachid ?"... il répond en éclatant de rire : "Oh, une seule, ça suffit, autrement il y a trop de soucis !"
Les cascades ne sont plus très loin, nous les entendons, les pierres sont plus glissantes par endroit et Nadine profite de la sollicitude de notre guide, pour accaparer sa main ! Photos, bien entendu, et descente vers le village.

Fin de ce récit et suite sur une autre page intitulée "ESSAOUIRA la blanche". Merci des gentils messages reçus, je vais essayer de m'appliquer pour la suite. essaouira, la blanche. -- Ceci est la suite de mon premier récit : "PREMIER VOYAGE AU MAROC". -- Nous sommes toujours en décembre 2005, nous venons de quitter Rachid, notre gentil guide dans les gorges de l'Ourika. Cette fois-ci, nous ne nous arrêterons plus et reprenons la direction de Marrakech. Il faut arriver avant la nuit à ESSAOUIRA. De Marrakech à Essaouira, la longue route se déroule devant nous, la circulation assez dense de camions et autres engins n'autorise pas les fantaisies. Pierre se consacre à la conduite de notre Palio blanche, et pour une fois, les gazelles ne parlent pas trop fort ! De grandes étendues inhabitées et puis, au bord de la route, une grande bâtisse pratiquement recouverte de tapis. Nous approchons de CHICHAOUA. La traversée de SIDI MOKTAR nous surprend. Que s'est-il passé ? La rue principale est défoncée, des tracteurs, camions et autres engins de travaux sont sur le bord de la route. Les gens ont des pelles et des pioches entre les mains . Un peu plus loin, dans le lit de l'oued, creusé profondément, des carcasses de voitures, les unes sur les autres, nous donnent à penser qu'il y a dû y avoir de terribles inondations. Nous en aurons la confirmation en parlant de cela avec les gens de Essaouira. Nous nous sommes attardés, et préférons donner un coup de fil à Brahim, notre prochain hôte. La nuit est tombée depuis un petit moment, la destination est proche, les remparts de la ville sont éclairés et nous trouvons une place de parking sur une grande place. Un dernier coup de fil et Brahim est là, tout engoncé dans un vieux manteau taché, un grand sourire sur les lèvres. Il va nous conduire jusqu'au riad. Un jeune garçon met nos bagages dans une charrette à bras, nous passons une des portes de la ville, Bab Marrakech, voilà qui est facile à retenir ! Un enchevêtrement de ruelles mal éclairées, un sol aux pavés inégaux, nous cheminons tant bien que mal derrière eux. Ils s'arrêtent devant une porte peinte en jaune, un tour de clé et nous pénétrons dans une minuscule entrée d'où part un escalier raide aux marches usées et de hauteur inégale. Après notre escapade en montagne, cette ascension est rude à nos jambes. Nous contenons un petit rire en passant devant une porte bleue sur laquelle est écrit en lettres noires "twalit turk". Nous espérons quand même que ce ne sont pas les toilettes communes de l'hôtel !

Comme tous les riads, la maison est construite autour d'un patio. Celui-ci est tout étroit, garni de plantes vertes qui grimpent, cherchant la lumière. Nous sommes au second étage, les murs sont blancs, les portes, volets et fenêtres bleus. Des ouvriers font des travaux de ravalement et de peintures. Brahim nous explique qu'il profite de la saison creuse pour arranger de riad acheté il y a quatre ans. Le décor est tout à fait différent de celui que nous avons connu à Marrakech. Les chambres sont meublés à la spartiate, tout est parfaitement propre, mais il fait froid, un peu humide et j'ai un petit coup de blues. Pas de tapis sur le sol, mais une grosse couverture sur le lit me rassure, je ne vais pas avoir froid et contrairement à Marrakech, nous pourrons dormir dans le même lit . (Jean et moi, of course ! 😉)
Nous remplisssons la fiche d'entrée et partons à la découverte de la ville.
ESSAOUIRA, "ES AOUIRA", la "bien dessinée".
Ses rues larges et rectilignes ont été dessinées par un ingénieur français, prisonnier du sultan Sidi Mohamed ben Abdallah. ( c'est fou ce qu'on paraît savant dès qu'on consulte le guide 😏)
C'est par la Porte de la Marine que l'ingénieur commença. Puis il ceignit la ville de remparts et dessina les rues rectilignes.
Nous trouvons sans peine l'une des grandes rues principales. Les magasins sont ouverts, les gens que l'on croise, d'un calme qui nous surprend après la folle ambiance de Marrakech ! Nous sommes fascinés par la tenue vestimentaire de la plupart des femmes. Elles portent le lourd "haïk" blanc qui, de dos, les fait ressembler à notre vierge Marie. Beaucoup d'hommes, eux, portent la longue robe brune à capuchon. On se croirait dans un péplum !
Miracle, nous passons devant les devantures et personne pour nous forcer la main ! Les prix sont affichés dans la plupart des boutiques, il sera sûrement plus facile d'acheter ici, sans tomber dans les marchandages dont ils sont si friands et qui me gênent terriblement.
Nos pas nous conduisent petit à petit vers le port. Une multitude de mouettes s'envolent bruyamment à notre approche pour se poser quelques pas plus loin. le soleil ne diffuse plus qu'une faible lumière et il est difficile de faire des photos. Les barques bleues sont là, dans la pénombre, elles se balancent doucement et semblent nous dire, "à demain".
Juste à côté de la Porte de Mogador (ancien nom d'Essaouira), se trouve un petit restaurant. Les portes sont grandes ouvertes et le menu alléchant. Nous nous retrouvons tout naturellement assis devant des tables basses, sur les banquettes qui courent le long des murs. Le maître des lieux nous accueillent avec effusion, nous donnant l'impression d'être déjà de vieilles connaissances, attendues avec grande amitié !
J'arrive à trouver le sommeil malgré le froid qui règne dans la chambre. Nouvelle surprise au réveil, pas d'eau chaude pour la douche. On saura, trop tard, qu'il aurait fallu demander la veille ! La toilette est vite expédiée au lavabo, le petit déjeuner pris sur la terrasse, un étage plus haut, nous réconciliera avec la famille de Brahim.
Le bon pain rond et croustillant nous attend avec de la confiture et du beurre qui, cette fois, sied à notre palais. Qu'est-ce qu'on peut être "bourge" quelquefois ! 😏
porte Bab Marrakech
Appareil photo en main, nous sortons de la médina par la porte Bab Marrakech et nous filons tout droit vers la plage. Pas pour nous baigner, non ! Il ne faut pas exagérer, il fait beau, le soleil brille mais la petite laine est de rigueur.
C'est une immense plage de sable fin. La lumière est superbe. La mer vient de se retirer, laissant derrière elle suffisamment d'eau pour que les nuages et les oiseaux s'y reflètent. Magnifique ! Quel beau miroir ! 

Nous redécouvrons le port, cette fois, au grand jour. Les bateaux de pêche sont à quai, les pêcheurs déchargent le poisson, principalement des sardines. Là aussi, on voit les difficultés qu'ils doivent rencontrer. Les bateaux tiennent la mer, mais ils montrent des signes évidents de vétusté, la rouille est omniprésente et même si les couleurs sont belles, elles ne cachent pas la misère sous-jacente.
Sur le port, les charpentiers construisent de lourdes embarcations selon les traditions ancestrales. Ils utilisent des bois d'acajou et d'eucalyptus. Plus loin, des pêcheurs retapent leurs filets aux couleurs surprenantes : bleu, beige, violine, vert, ocre, orange. Les jolies barques bleues se balancent au gré de la houle, bien à l'abri de la petite rade. Des femmes vendent en très petite quantité, des poissons simplement posés sur des bouts de cartons, à même le sol. Les mouettes se disputent les morceaux de viscères laissés par terre et s'envolent en protestant vigoureusement lorsqu'on les dérange. L'animation est grande et bon enfant. Nous profitons du spectacle avec beaucoup de plaisir et sommes conscients de la chance d'avoir, au moins financièrement, une vie plus facile. Je surprend Jean à maintes reprises, à sacrifier à la "sadaka", l'aumône que tout bon musulman doit à son prochain. Il a souvent le cœur gros en voyant toutes ces personnes âgées, qui, sans un mot, le regard un peu fixe, tendent la main aux passants. Nous serons les témoins de la charité de certains commerçants. Celle en particulier, d'un marchand de poissons frits, qui le soir, puisait largement dans ses réserves.
La vie à Essaouira est largement plus reposante que celle des grandes villes. Nous avons sympathisé avec le jeune marchand de babouches dont nous avons fait baisser fortement le stock. Nos deux garçons, les enfants et petits-enfants de Nadine, seront chaussés pour un moment ! Lorsque nous passons devant sa boutique, il nous salue chaque fois avec enthousiasme.
Les sollicitations des boutiquiers sont nettement moins pressantes, il y a bien encore celles des "apothicaires" qui veulent vendre à nos maris à tout prix (et à tous prix), une poudre aphrodisiaque ! Nos "gazous" déclinent l'offre vigoureusement, ce qui fait rire les marchands. La bonne humeur est de mise dans ce pays, je crois que c'est une des choses qui nous marquera le plus .

Il fait bon se promener au soleil, nous repartons en direction de la Porte de la Marine. Plus loin, une rampe d'accès mène à la Sqala de la Casbah dont la tour crénelée surplombe l'océan. Il y a une rangée impressionnante de canons dirigés vers le large. Heureusement, j'apprends qu'ils n'ont jamais servi. Une jeune femme, un bébé dans les bras, expose de minuscules aquarelles. Je ne résiste pas à la tentation et j'ai souvent une pensée pour elle, chaque fois que je les regarde à la maison. Nous prenons le temps de flâner, d'un côté l'océan, de l'autre les petites rues qui, en contre bas, bordent les remparts.
plus loin, dans la ville, la vue d'une petite place au fond d'une ruelle attire le regard de Jean. Elle est entourée d'arcades sous lesquelles, plein de petites boutiques sont ouvertes. Poussant ses investigations plus loin, Il découvre le marché aux poissons. Plusieurs étals offrent à la convoitise des gourmands, de superbes sardines, congres, crevettes et autres produits de la mer. Un homme enseigne à Jean, la façon de procéder : On choisit le poisson sur n'importe quel étal, on le paye à qui de droit et, muni d'un poche en plastique dans laquelle sont placés nos achats, on se dirige au fond du souk où un jeune homme fera cuire tout ça dans un four archaïque mais qu'il a l'air de maîtriser parfaitement.
Extra...le poisson cuit à merveille, l'accueil, l'ambiance et l'authenticité du moment que nous vivons !
Tout de blanc vêtus, de drôles d'instruments dans les mains, des musiciens font leur numéro. Je leur donne quelques dirhams et les voilà tout près. Comme Jean les filme, ils attaquent plus vigoureusement leur morceau, c'est rigolo. C'est l'heure de l'addition, nous sommes sidérés par la modestie de la somme qu'ils demandent : 2€40 pour la cuisson, le poisson que nous avons acheté, était déjà d'un prix dérisoire, nous sommes surpris. Pour ne pas nous sentir trop coupables, nous nous fendrons d'un bon pourboire.
Dans une petite rue, le long des remparts, des ébénistes travaillent le bois de thuya. Des artisans en marqueterie font des incrustations de citronnier, de nacre et d'argent. Leurs ateliers sont minuscules et leurs outils rudimentaires. Tout cela sent bon et Nadine "sniffe" dans tous les pots. Préférant acheter chez l'artisan, nous repartirons avec notre cargaison de petites boîtes, de petits pots. J'ai la chance de dénicher sur une étagère, une mignonne fatma dont le bois brun et luisant, est doux au toucher. Le menuisier se prête gentiment à la séance photo et poursuit son labeur. Nous l'observons un moment, plein d'admiration. Il travaille tantôt sur les racines de thuya, tantôt sur sur le tronc. Les objets présenteront soit une surface d'un brun uni, soit plus ou moins veinée. Ses confrères montrent la même intensité au travail, il faut dire qu'ils doivent fournir les nombreuses boutiques, plus loin. Nous retrouverons dans celles-ci, les pieds de lampes, les encadrements, les plumiers et jouets de bois, les boîtes rondes ou carrées, bombées ou plates, petites ou grosses, toutes aussi tentantes les unes que les autres.
Il est 18h lorsque nous repassons par la bab Marrakech. Nous sommes hors la médina et un petit crochet nous amènera par hasard, devant une église. Surpris, nous poussons la lourde porte. Cette église, dédiée à la Vierge Marie et à son Assomption, est le témoignage de la présence pendant plusieurs siècles, de la chrétienté en cette ville. Nous sommes accueillis par "FLANE" (Mr X ou un tel, en marocain), une sculpture marocaine, représentant un mendiant aveugle, un pauvre, un anonyme, celui que l'on peut voir devant la porte des mosquées et qui tend la main. C'est avec beaucoup d'émotion que nous admirons cette humble silhouette filiforme et la représentation de la Vierge et de son Enfant. Nous sommes saisis par l'atmosphère si particulière de cette église dans laquelle se mêlent si intimement, foi chrétienne et culture marocaine. Les statues, les tapis sur le sol, la senteur du thuya, l'autel et la croix ornés de marqueteries, tout cela nous surprend. Essaouira est la seule ville à posséder une église dont les cloches sonnent tous les dimanches à 10h !
L'autel
la Vierge et l'Enfant
Flane
Revenons à des préoccupations plus épicuriennes ! Ne serait-ce pas l'heure de manger ? Non, on ne pense pas qu'à ça !... d'ailleurs on va faire du sport dans très peu de temps, puisque notre montre n'affiche pas la même heure que celle qui carillonne dans notre estomac ! Ce sera plutôt main dans la main que nous déambulerons lentement sur le sable. De grandes quantités de branches jonchent la plage. Charriées par une rivière jusqu'à l'océan, le courant les a rejetées sur la berge. Les gens les ramassent et s'en servent de combustible. Rien ne se perd ! Le soleil et assez bas et l'horizon a de magnifiques couleurs. Les mouettes jouent les stars devant notre objectif et piaillent de toutes leurs forces. Spectacle garanti et magique sur le port : Le soleil et assez bas et l'horizon a de magnifiques couleurs. Les mouettes jouent les stars devant notre objectif et piaillent de toutes leurs forces. Le battement effréné de leurs ailes fait un bruit d'enfer... les oiseaux de Hitchcock sont là ! En premier plan, un homme vêtu de son burnous, le capuchon sur la tête. Une femme de dos, le haïk blanc joliment drapé nous font plonger deux millénaires en arrière. Plus loin, le
spectacle dantesque de la tour crénelée en contre jour, du soleil en train de plonger dans l'océan illuminant de ses derniers feux la petite île de Mogador, nous laisse pantois. Nous cherchons à voir le "rayon vert", que ne peuvent percevoir que quelques veinards, et mitraillons avec passion cette superbe scène. Derrière nous, les remparts sont comme éclairés de mille projecteurs. Mais quel bonheur d'être là !





Bien entendu, la poésie ne remplissant pas les ventres, nous partons à la quête de l'endroit où nous pourrons assouvir une petite fringale. Et bien ce sera la seule fausse note dans notre séjour : décor à vous faire cauchemarder et repas pas à la hauteur de nos attentes. Pas grave !
Déjà mercredi, comme le temps passe vite !
Une petite escapade est prévue, emplettes au centre ville-- pain, sardines en boîte, clémentines, tomates, eau minérale-- Il y aura pique nique sur une des plages entre Essaouira et Agadir.P8, la route côtière qui descend sur Agadir. Au bout de quelques kilomètres, nous bifurquons en direction de la plage fort prisée par les surfeurs, SIDI KAOUKI. Deux hommes attendent les touristes, le premier, un magnifique chamelier et son dromadaire, le second, un magnifique "casse-pieds", les bras remplis de colliers, bracelets et bagues en métal! Contre quelques dirhams, nous pouvons poser devant le dromadaire. Quant au second bonhomme, il arriva à nous gâcher la promenade sur la plage, tant sa présence auprès de nous est envahissante ! Nous avons beau refuser ses avances, ne plus le regarder, ne plus lui parler, rien à faire ! Il nous suit tout le temps et, énervés par son insistance, nous finissons par fuir cette plage. Il y a là une "koubba", chapelle élevée sur la tombe d'un marabout. Le tombeau à coupole blanche est accolé à une tour ancienne, en partie ruinée.
Tant pis, nous nous en allons, pestant contre ce pauvre homme qui n'a pas réussi à nous soutirer une seul dirham ! Non, mais !
Le paysage défile et nous sommes à l'affût. La route est bordée d'arganiers, cet arbre miracle, dont le bois sert à fabriquer du charbon, les feuilles à nourrir les chèvres. Les noyaux rejetés par ces dernières, sont recueillis par les bergers. Ils en extraient l'huile d'argan qu'on utilise en cuisine. Lorsqu'elle est dénaturée, on s'en sert pour l'éclairage. Cette huile est raffinée d'une autre façon lorsqu'elle devient un produit de beauté.( Ben dis donc, j'espère que tout ce que j'écris est vrai, autrement, il y en a qui vont se moquer de ma naïveté. Je crois tout ce qu'on me dit ! 🤪)
Nous avons entendu parler de la façon dont les chèvres peuvent aller chercher leur pitance, haut dans les arbres. Nous sommes déçus et pensons à une galéjade. Il y a des chèvres, il y a des arbres, mais pas de chèvres en haut des arbres. Tiens, il y en a une sur la première branche d'un arganier. Vite, photo. Et puis au détour du chemin, un "arbre à chèvres", deux "arbres à chèvres" ! Fantastique ! Elles broutent les feuilles les plus hautes, leurs petits sabots solidement accrochés aux branches, c'est rigolo ! Le petit chevrier qui les garde, n'a guère plus de huit ans. Il est beau avec ses boucles brunes et ses grands yeux noirs. Il n'a pas la chance d'aller à l'école et fait un travail d'adulte. Nos poches sont pleines de bonbons achetés à Essaouira, quelle chance.
Nous traversons des zones de culture où les hommes poussent des charrues aux étranges attelages. Un dromadaire avec un âne, un âne avec un cheval, de temps en temps, deux dromadaires ensemble.
Un panneau indique la plage "TAFADNA". C'est par là que nous allons pique niquer. La route descend rapidement en direction de la plage. Elle est immense et fait penser à celles des Landes. Le village de pêcheurs, bleu et blanc, est bâti à même le rocher, des arcades laissent voir l'intérieur des habitations et de petits restaurants où Jean voudrait bien nous entraîner. Pas question, ils sont en train de cuisiner des "noubias".. des "loubias"... bref, des tripes !
De petites barques vont et viennent, leur chargement est transporté ensuite par des carrioles tirées par de petits ânes. Ils pêchent surtout la dorade, le merlan et le calamar.
Il fait beau, il fait chaud, nous recherchons un coin d'ombre dans les rochers et entamons avec appétit, nos provisions. Enfin un endroit sans importun ! Un vrai miracle !

Ce soir, nous mangerons, dans un petit restaurant, une succulente "harira", accompagnée d'un tajine au poulet, pruneaux et amandes. Nous finirons bien sûr par une tasse de thé à la menthe, servie par un jeune homme si grand, que j'ai dû mettre mon appareil de photo de travers pour pouvoir l'avoir sur la pellicule. Et ça le faisait rire, à ce grand gaillard !
La fatigue se fait sentir, il faut se coucher tôt, demain nous repartons à Marrakech.
Jeudi matin : Nous sommes le 8 décembre et c'est la dernière promenade dans les rues de la ville. Jean juge préférable d'acheter un sac de sport, car nos achats de dernière minute, risquent de ne pas contenir dans nos valises. Sacrées gazelles !
Nous traînons un peu les pieds et regrettons de partir. Nous admirons l'ingéniosité et l'habileté de ces artisans. Un jeune homme fabrique en un tour de main, des objets insolites, à partir de pédaliers, de chaîne, de roues, de morceaux de fil de fer, de câble. Il visse, il perce, il cloue et trouve une fonction à tout ce qui lui passe entre les mains. Il expose sur le trottoir, dans un assortiment hétéroclite, le produit de son inventivité. Cet immense jeu de mécano nous laisse perplexes et, en même temps, admiratifs.
Les épiciers ambulants ont étalés leurs marchandises : les légumes, les fruits sont bien tentants. Nous prenons plaisir à observer le comportement de leurs clients, puis décidons d'acheter des mandarines. Inutile de chipoter, il faut prendre, soit un demi-kilo, soit un kilo de fruits, car ils ne disposent pas d'autre unité de poids que ceux-là !Nous sommes gourmands, pas de problème. Une bouteille d'eau, du pain et à nouveau, des sardines. Nous voilà fin prêt pour un autre pique nique. Petit coup de chiffon sur le pare brise plein de poussière, c'est Jean qui prend le volant.
Nous sommes un peu mélancoliques de quitter Essaouira. Cette ville de marins et d'artistes, cernées de remparts, ouverte sur la mer, aux maisons blanches et bleues, nous a véritablement enchantés. Nous nous arrêtons dans un virage et prenons une dernière photo d’elle, toute blanche dans la lumière du matin.
petit repas pris sur le pouce, sur une place de village, les tomates et le pain que nous n'avons pas mangés, seront donnés à un pauvre homme qui mendie sur un banc. Ce sera notre "flane" à nous. Nous pratiquons la "sadaka" avec application, il est vraiment impossible de rester indifférent à ce qui se passe autour de nous. Un verre de thé à la menthe dans un café "chic", un arrêt pipi dans des toilettes "dernier cri", en voiture et direction Marrakech. L’entrée dans la ville est laborieuse, heureusement, Jean au volant, ne s'en laisse pas compter et conduit dans la cohue comme un chef.
Nous avons rendez-vous avec Fouzia qui doit récupérer la voiture. Nous retrouvons avec plaisir le riad et la petite Raja, aussi mignonne qu'il y a trois jours. Les rues de Marrakech sont aussi bruyantes et animées, mais nous y replongeons allègrement. Le restaurant "El Badi" nous accueille pour la dernière fois et le tajine que nous dégustons est à la hauteur de notre appétit. Promenade digestive sur la place des ferblantiers où nos gazous se font prendre en photo, le bras levé bien haut, la théière bien en main, en train de se servir une tasse de thé fumant.
Vendredi matin, déjà ! Il faut remplir nos sacs, libérer nos chambres. L'avion ne part qu'à 16h, nous laissons nos bagages à Raja, et les récupérerons plus tard. Une dernière visite dans les souks s'impose. Nous n'avons pas fini nos achats ! 😏
Les hommes sont patients et nous accordent la possibilité de dépenser nos derniers dirhams. Nous faisons les gourmandes, nous hésitons, nous regardons de tous les côtés cherchant l'inspiration.
Une vraie caverne d'Ali Baba devant nous ! Le mur, au fond de la pièce, est tapissé d'une quantité incroyable de petites théières de fer blanc. A droite, des pots de toutes tailles, de toutes couleurs, sont disposés sur le sol et sur plusieurs étagères. A gauche, des tajines aux couleurs chaudes, des assiettes, des pots de faïence bleue, des poignards dans de jolis étuis brillants. Au plafond, des lanternes aux vitres multicolores. Le marchand nous surveille du coin de l’œil et nous invite à entrer : "pour le plaisir des yeux". Il nous recommande de "garder le sourire", même si nous ne faisons pas affaire avec lui.
A mon avis, il a compris que nous allons nous laisser tenter et doit déjà calculer !
Nous furetons avec des airs de conspiratrices, en essayant de ne pas prendre un air trop intéressé, tout en aiguisant notre regard pour trouver dans ce capharnaüm, le petit truc qui nous fera flancher ! Il doit se marrer, le marchand !... Ce n'est pas "un truc", mais beaucoup de petits objets qui seront emballés à la vitesse d'un prestidigitateur, dans un modeste papier brun. Voilà qui va bien remplir le sac que Jean a acheté. Les gazous, généreux, passent à la caisse, le marchandage n'a pas été long, Jean ayant dévoilé un peu trop vite le montant de la cagnotte ! Tant pis, nous avons l'impression d'avoir les plus belles choses de Marrakech dans nos mains.
Fouzia nous attend, un taxi va nous amener à l'aéroport. Un pincement au cœur en quittant notre gentil guide, mais les formalités d'embarquement chassent vite notre spleen. Nous voici dans l'avion, un dernier regard sur la Menara et son oliveraie que nous survolons, une dernière photo aérienne de Marrakech, et nous prenons très vite de l'altitude. Le ciel est dégagé, la nuit tombe vite et le survol du détroit de Gibraltar et de l'Andalousie est un spectacle de toute beauté. Ce n'est qu'un scintillement de lumières multicolores, semblables à des millions de guirlandes de Noël. Les Pyrénées sont cette fois visibles et nous les découvrons avec émotion, comme si nous étions partis depuis des siècles! Toulouse est bientôt en vue et c'est le froid qui nous accueille sur l'aéroport.
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J'ai écrit ces "quelques" lignes, un mois après être revenue du Maroc. Il m'a fallu un certain temps pour me défaire de l'envoûtement dans lequel ce pays m'a plongé. Je crois que je vais garder longtemps au fond du cœur, le sentiment d'avoir vécu quelque chose d'exceptionnel. Je n'oublierai pas de sitôt, Marrakech et sa frénésie de vivre, Essaouira la calme ville bleue et blanche, les beaux costumes traditionnels, tout droit sortis de l'ancien Testament, les contacts amicaux et chaleureux avec les gens du pays, les apothicaires et leurs produits miraculeux, les petits ânes tirant vaillamment des carrioles trop lourdes, les palais visités aux légendes dignes des "mille et une nuits", l'appel du muezzin qui nous a fait sursauter plus d'une fois, les jardins remplis de roses, le paradis qu'est le jardin Majorelle, les épices colorés aux senteurs envahissantes, les délices de leurs pâtisseries au miel, toutes ces couleurs merveilleuses, le brouhaha continue dans les souks et surtout, surtout.... les appels aux "gazelles", dont je ne me suis pas lassée !
--La preuve, nous y sommes repartis en décembre 2006. Cela fera l'objet, d'un autre récit.... Faut bien occuper les temps libres que laisse la retraite ! 😕😉😄Tanger, au mois de juillet : je tombe amoureuse.
Paris, au mois d'aout : je négocie ma démission de mon poste d'animatrice socio culturel.
Village berbere au mois de septembre : je me marie devant Dieu.
Paris, au mois d'octobre : je liquide tout c'est à dire pas grand chose, mon appartement et le peu qu'il contient que j'abandonne à mon cher ami et compagnon de route, Haitham.
Tanger, au mois de novembre : je commence ma nouvelle vie d'habitante de la casba.
Tanger, au mois de janvier : je commence ce journal, dans un cybercafé, une clope au bec, une bouteille de sidi ali à mes cotés, pour mon plus grand plaisir et peut etre pour partager ce plaisir des mots d'ailleurs, des mots d'ici et maintenant avec quelques cyber voyageurs.
Je ne sais trop par quoi commencer, le commencenement peut être ?...peut être pas. A voir, a vous de voir peut être ? peut être pas... à bientot.
Paris, au mois d'aout : je négocie ma démission de mon poste d'animatrice socio culturel.
Village berbere au mois de septembre : je me marie devant Dieu.
Paris, au mois d'octobre : je liquide tout c'est à dire pas grand chose, mon appartement et le peu qu'il contient que j'abandonne à mon cher ami et compagnon de route, Haitham.
Tanger, au mois de novembre : je commence ma nouvelle vie d'habitante de la casba.
Tanger, au mois de janvier : je commence ce journal, dans un cybercafé, une clope au bec, une bouteille de sidi ali à mes cotés, pour mon plus grand plaisir et peut etre pour partager ce plaisir des mots d'ailleurs, des mots d'ici et maintenant avec quelques cyber voyageurs.
Je ne sais trop par quoi commencer, le commencenement peut être ?...peut être pas. A voir, a vous de voir peut être ? peut être pas... à bientot.
Dans l’Atlas il y a ces randonnées solitaires, avec mon mulet pour seul compagnon, porteur et ambulance si besoin. Des moments bien en face de moi, et c’est bon car je le veux ainsi, quoiqu’il arrive, même si là-bas il est difficile de faire admettre (comprendre) cette recherche de solitude aux membres d’une société qui a fait de l’ entraide, du partage et de l’hospitalité, valeur et conscience commune. Refuser respectueusement l’offre de gîte et couvert à un hôte n’est pas chose aisée dans une langue étrangère ; que dire alors de la confusion au matin suivant quand celui-ci débarque à votre emplacement de bivouac avec une ou deux galettes de pain encore tièdes. On accepte alors avec gêne et grand sourire aghrom n’ouabrid, ce pain pour le chemin qu’il reste à parcourir.
Au-delà de cette hospitalité passagère, toujours noblement et simplement offerte, il peut y avoir la naissance d’une amitié profonde et l’immersion totale dans une famille d’accueil. Dans la vallée d’Anergui j’ai joui de ce privilège. Dans ce climat de confiance mutuelle la jeune fille ne se cache plus mais sourit, l’enfant redevient espiègle, l’homme raconte l’histoire de sa tribu, le vieillard se souvient, les portes de la djemàa et de la cuisine s’ouvrent sur l’âme berbère.
Il m’est bien difficile de qualifier par un mot juste la qualité et le bonheur inhérents à ces tranches de vie. Ce sont quelques-une d’entre elles que j’ai le plaisir de partager sur ce forum et peut-être en partager de nouvelles avec certain(e)s d’entre vous.
Le pain … au quotidien.
Il a neigé dans la nuit. Les nuages ont avalé le sommet de Mourik et les crêtes environnantes. Un silence exceptionnel pèse sur les champs vidés de la trépidation habituelle des fins de matinée . Cela accentue la mélancolie qui se dégage des Ayt Boulmane en cette fin d’hiver. Trop légèrement vêtu pour affronter la fraîcheur ambiante, j’abrège ma ballade matinale et quotidienne dans les cultures.
Au retour je passe devant la petite cuisine collective posée entre les quelques maisons qui forment le clan des Ayt Boulmane à l’extrémité sud de la vallée.
J’y suis installé dans une chambre indépendante au milieu d’une demi-douzaine de familles ; je devrais dire dans l’intimité d’une famille, tant sont liés par le sang la plupart des individus de ce clan. Une cohabitation de quatre générations, sans heurts apparents, si ce n’est quelques escarmouches entre grands-mères et petites-filles qui finissent souvent par le déclenchement de l’hilarité générale.
Les parfums et la chaleur qui s’e dégagent de la petite cuisine me ramènent à mon enfance quand j’étais en vacances chez ma tante en Espagne et que je l’accompagnais au four communal pour la cuisson du pain de la semaine. Fadma me propose la chaleur du foyer, un verre de thé et Aghrom.
J’accepte volontiers l’invitation. Peu de roumis sont autorisées à partager la cuisine avec les femmes berbères en l’absence des hommes de la famille. Ce sont des moments singuliers qu’il ne faut pas bouder.
Aghrom c’est le pain quotidien au sens propre du terme. C’est la vie du paysan, du labour à la galette. C’est la préparation culinaire la plus élémentaire. La base de toute alimentation aussi, traduite par chaque invitation à manger … «trempe le pain » .
Elles sont quatre ce matin dans la cuisine enfumée : Saadiya et Fadma, deux perles adolescentes du voisinage déjà promises pour les mariages d’automne, grand-mère Rabgha et une autre Fadma, la deuxième jeune femme de Bassou, redescendue avant hier de sa bergerie de Kousser.
Je m’assois par terre contre un des piliers qui soutient la toiture; mais les aises de l’invité doivent toujours être ménagées, aussitôt Fadma s’empresse de me présenter le coussin fait d’un morceau de sac de farine et rempli de paille qui l’isolait de la terre battue. Je refuse poliment la proposition. Fadma fait mine de se rasseoir mais, sans que je comprenne les propos, l’intervention péremptoire de grand-mère Rabgha me conduit à accepter l’offre. Visiblement rassurée, l’aïeule écarte quelques braises, les glisse sous la bouilloire et commence la préparation d’une deuxième théière.
Fadma reprend la cuisson. Aghrom n’tafant, une galette d’orge sans levain, que j'apprécie particulièrement, cuit directement dans un poêlon chauffé à la flamme en dehors du four. Le four est un simple morceau de tonneau recouvert de terre au fond de la pièce. Saadiya y termine la cuisson de son dernier pain. Elle finit son verre de thé dans le traditionnel claquement de langue qui marque la satisfaction, expose une dernière fois la croûte aux flammes du foyer, retire le pain en soufflant pour en chasser les cendres et partage la moitié entre tous les présents avant d’envelopper le reste avec les autres dans le tissage en laine qui les gardera tièdes pour le repas. Elle quitte l’espace enfumé en priant Dieu de pouvoir recommencer demain.
La place est libre. C’est au tour de Fadma n’Bassou. Elle réactive le foyer, y pose la tôle de cuisson, sort et aplatit sur un torchon une des boules de pâte qui reposent dans une peau de chèvre enfarinée. D’un geste de virtuose elle transfère la galette du torchon sur la tôle chauffée à vif. Rituel d’une vie entière, gestes mille fois répétés, avec art, inéluctable quotidien pour la femme berbère. Elle la retournera, quatre ou cinq fois, sans se brûler …
Saadiya est revenue avec deux belles poignées de noix. La résistance des coques n’a pas fait long feu sous le caillou manié de mains de maître. Les fruits non plus sous les dents des convives, sauf pour la grand-mère qui éclate rire et me montre du doigt sa grande bouche édentée quand je lui présente l’assiette que vient de me tendre Aïcha.
Brahim, le cousin de Saadiya est passé avec un bol de beurre fondu ; délicate attention pour les filles car il a semblé étonné de me voir en leur présence. Mais peut-être était-ce, comment le savoir, pour une discrète surveillance des femmes en compagnie du roumi. Il le niera quand Saadiya, sans se démonter et en provoquant l’hilarité générale, l’invite à se rendre plus utile en allant chercher du bois. Il y est allé. Je l’ai accompagné sentant sa gène et pour profiter du calme qui règne dans les champs et préserve l’intimité nécessaire à un petit besoin personnel.
Nous avons ramené quatre beaux morceaux de genévrier de la réserve familiale qu’il a ensuite débité à grands coups de hache. Les femmes profiteront finalement de sa présence et de sa connaissance du français pour me poser des tas de questions sur « l’autre monde ».
La théière est vide et les pains dorés à souhait. Entre bavardages, rires et verres de thé, le temps s’est écoulé sans que personne y prenne garde. Fadma s’en aperçoit, donne une galette à la grand-mère et ramasse prestement un paquet par terre. Elle le fixe sur son dos en l’enveloppant dans un grand drap. Alors seulement je réalise que c’est son bébé qui dormait non loin du foyer. Rabgha remplit son brasero. D’autres activités les attendent comme la préparation du repas, la recherche du bois de cuisson, l’eau à la source. Il y a peu de place pour la détente dans les matinées des femmes berbères.
Tout ce petit monde quitte la cuisine, sauf Brahim qui attend que la place se vide pour me demander une cigarette. Il ne veut pas que sa grand-mère sache qu’il fume. Quand il sera marié elle l’acceptera me dit-il, la résignation dans les yeux.
Il prépare une nouvelle théière, je sors calepin et crayon.
L’affectivité partagée est dans l’air.
D’ailleurs, dans ces montagnes je vis le partage quotidiennement .
Il est valeur commune.
Au-delà de cette hospitalité passagère, toujours noblement et simplement offerte, il peut y avoir la naissance d’une amitié profonde et l’immersion totale dans une famille d’accueil. Dans la vallée d’Anergui j’ai joui de ce privilège. Dans ce climat de confiance mutuelle la jeune fille ne se cache plus mais sourit, l’enfant redevient espiègle, l’homme raconte l’histoire de sa tribu, le vieillard se souvient, les portes de la djemàa et de la cuisine s’ouvrent sur l’âme berbère.
Il m’est bien difficile de qualifier par un mot juste la qualité et le bonheur inhérents à ces tranches de vie. Ce sont quelques-une d’entre elles que j’ai le plaisir de partager sur ce forum et peut-être en partager de nouvelles avec certain(e)s d’entre vous.
Le pain … au quotidien.
Il a neigé dans la nuit. Les nuages ont avalé le sommet de Mourik et les crêtes environnantes. Un silence exceptionnel pèse sur les champs vidés de la trépidation habituelle des fins de matinée . Cela accentue la mélancolie qui se dégage des Ayt Boulmane en cette fin d’hiver. Trop légèrement vêtu pour affronter la fraîcheur ambiante, j’abrège ma ballade matinale et quotidienne dans les cultures.
Au retour je passe devant la petite cuisine collective posée entre les quelques maisons qui forment le clan des Ayt Boulmane à l’extrémité sud de la vallée.
J’y suis installé dans une chambre indépendante au milieu d’une demi-douzaine de familles ; je devrais dire dans l’intimité d’une famille, tant sont liés par le sang la plupart des individus de ce clan. Une cohabitation de quatre générations, sans heurts apparents, si ce n’est quelques escarmouches entre grands-mères et petites-filles qui finissent souvent par le déclenchement de l’hilarité générale.
Les parfums et la chaleur qui s’e dégagent de la petite cuisine me ramènent à mon enfance quand j’étais en vacances chez ma tante en Espagne et que je l’accompagnais au four communal pour la cuisson du pain de la semaine. Fadma me propose la chaleur du foyer, un verre de thé et Aghrom.
J’accepte volontiers l’invitation. Peu de roumis sont autorisées à partager la cuisine avec les femmes berbères en l’absence des hommes de la famille. Ce sont des moments singuliers qu’il ne faut pas bouder.
Aghrom c’est le pain quotidien au sens propre du terme. C’est la vie du paysan, du labour à la galette. C’est la préparation culinaire la plus élémentaire. La base de toute alimentation aussi, traduite par chaque invitation à manger … «trempe le pain » .
Elles sont quatre ce matin dans la cuisine enfumée : Saadiya et Fadma, deux perles adolescentes du voisinage déjà promises pour les mariages d’automne, grand-mère Rabgha et une autre Fadma, la deuxième jeune femme de Bassou, redescendue avant hier de sa bergerie de Kousser.
Je m’assois par terre contre un des piliers qui soutient la toiture; mais les aises de l’invité doivent toujours être ménagées, aussitôt Fadma s’empresse de me présenter le coussin fait d’un morceau de sac de farine et rempli de paille qui l’isolait de la terre battue. Je refuse poliment la proposition. Fadma fait mine de se rasseoir mais, sans que je comprenne les propos, l’intervention péremptoire de grand-mère Rabgha me conduit à accepter l’offre. Visiblement rassurée, l’aïeule écarte quelques braises, les glisse sous la bouilloire et commence la préparation d’une deuxième théière.
Fadma reprend la cuisson. Aghrom n’tafant, une galette d’orge sans levain, que j'apprécie particulièrement, cuit directement dans un poêlon chauffé à la flamme en dehors du four. Le four est un simple morceau de tonneau recouvert de terre au fond de la pièce. Saadiya y termine la cuisson de son dernier pain. Elle finit son verre de thé dans le traditionnel claquement de langue qui marque la satisfaction, expose une dernière fois la croûte aux flammes du foyer, retire le pain en soufflant pour en chasser les cendres et partage la moitié entre tous les présents avant d’envelopper le reste avec les autres dans le tissage en laine qui les gardera tièdes pour le repas. Elle quitte l’espace enfumé en priant Dieu de pouvoir recommencer demain.
La place est libre. C’est au tour de Fadma n’Bassou. Elle réactive le foyer, y pose la tôle de cuisson, sort et aplatit sur un torchon une des boules de pâte qui reposent dans une peau de chèvre enfarinée. D’un geste de virtuose elle transfère la galette du torchon sur la tôle chauffée à vif. Rituel d’une vie entière, gestes mille fois répétés, avec art, inéluctable quotidien pour la femme berbère. Elle la retournera, quatre ou cinq fois, sans se brûler …
Saadiya est revenue avec deux belles poignées de noix. La résistance des coques n’a pas fait long feu sous le caillou manié de mains de maître. Les fruits non plus sous les dents des convives, sauf pour la grand-mère qui éclate rire et me montre du doigt sa grande bouche édentée quand je lui présente l’assiette que vient de me tendre Aïcha.
Brahim, le cousin de Saadiya est passé avec un bol de beurre fondu ; délicate attention pour les filles car il a semblé étonné de me voir en leur présence. Mais peut-être était-ce, comment le savoir, pour une discrète surveillance des femmes en compagnie du roumi. Il le niera quand Saadiya, sans se démonter et en provoquant l’hilarité générale, l’invite à se rendre plus utile en allant chercher du bois. Il y est allé. Je l’ai accompagné sentant sa gène et pour profiter du calme qui règne dans les champs et préserve l’intimité nécessaire à un petit besoin personnel.
Nous avons ramené quatre beaux morceaux de genévrier de la réserve familiale qu’il a ensuite débité à grands coups de hache. Les femmes profiteront finalement de sa présence et de sa connaissance du français pour me poser des tas de questions sur « l’autre monde ».
La théière est vide et les pains dorés à souhait. Entre bavardages, rires et verres de thé, le temps s’est écoulé sans que personne y prenne garde. Fadma s’en aperçoit, donne une galette à la grand-mère et ramasse prestement un paquet par terre. Elle le fixe sur son dos en l’enveloppant dans un grand drap. Alors seulement je réalise que c’est son bébé qui dormait non loin du foyer. Rabgha remplit son brasero. D’autres activités les attendent comme la préparation du repas, la recherche du bois de cuisson, l’eau à la source. Il y a peu de place pour la détente dans les matinées des femmes berbères.
Tout ce petit monde quitte la cuisine, sauf Brahim qui attend que la place se vide pour me demander une cigarette. Il ne veut pas que sa grand-mère sache qu’il fume. Quand il sera marié elle l’acceptera me dit-il, la résignation dans les yeux.
Il prépare une nouvelle théière, je sors calepin et crayon.
L’affectivité partagée est dans l’air.
D’ailleurs, dans ces montagnes je vis le partage quotidiennement .
Il est valeur commune.
Le plat est énorme. Plus de soixante dix centimètres de diamètre. Taillé dans la masse d’un tronc de noyer. Trois agrafes en ferraille tenues par des clous de fer à mulet préviennent l'aggravation de la fente, témoin du grand âge de l’ustensile. Un puits creusé au milieu du pil-pil est rempli de beurre fondu épicé au piment rouge. On forme une boulette avec les doigts que l’on trempe dans le puits. Chichement en ce qui me concerne. Je connais les dégâts provoqués sur un organisme non coutumier de ce régime.
Nous sommes, la famille Berriche et moi, parmi les premiers arrivés. Huit hommes autour du plat. Quatre attendent leur tour. Le thé avant, après. Beaucoup. Le technicien de la commune, invité lui aussi, rend service, fixe et règle la parabole qui trône devant la façade de la maison. Le support est noyé dans un tonneau rempli de pierres et de ciment. Bougera plus une fois sec ! La télé fonctionne. Le lecteur DVD tout neuf posé sur son carton et protégé de la poussière par son emballage plastique dont on a découpé la façade, m’apparaît incongru dans cette habitation qui ne verra jamais l’électricité promise pour l’été sur la place du souk. Mais la plaque solaire suffit pour la lumière froide de l’ampoule basse consommation et cette liaison satellite en noir et blanc avec l’autre monde.
D’autres invités arrivent. Revient le plat de tamkhchart. Les thés n’ont pas cessé. La pièce s’emplit peu à peu. Beaucoup de métisses et de noirs descendants des esclaves affranchis des Ayt Sokhmane. J’en reconnais certains, certaines. Des adolescentes aujourd’hui mariées. Mères. Des hommes rencontrés au hasard de mes virées sur leurs terres. D’autres avec lesquels j’ai voyagé. Les barbes sont plus blanches. La lueur dans les yeux et le sourire toujours présents. Arrive le fquih du quartier de la zawia et suivent ses incantations. Le technicien, chemise à carreaux de bûcheron canadien, casquette neuve, rouge, estampillé du sigle d’une certaine confédération de travailleurs, attend patiemment la fin des prières avant de zapper à tout va. Rabgha baille devant les informations d’une chaîne saoudienne. Tout le monde regarde mais peu d’hommes comprennent l’arabe classique. Aucune femme. Je suis pour le petit Saïd une plus grande curiosité que la boite à images. Il ne me quitte pas des yeux, me sourit timidement chaque fois que nos regards se croisent.
La télé m'incommode. Discrètement je quitte le tapis pour un caillou devant la maison. Les nuages anthracite qui se matin ont arrosé la vallée, bâchent Mourik, enlèvent tout relief aux falaises, mais ici à Aguerd, la lumière a la pureté et la limpidité de la lumière d’après orage. J’ose deux photos du toit de la bergerie devenu salon de causeries animées entre les femmes aux robes et foulards chamarrés.
Trois générations dans la cour. Nordine du haut de ses quatre ans commande une petite troupe de chasseurs de poules. Il court après le coq tandis que son unité cherche à encercler la volaille qui s’éparpille, caquette bruyamment, bat des ailes frénétiquement pour franchir le muret de l’enclos où elle espère trouver protection. Le sourcier, beau-père de Saïd Ou Ighlif, me salue chaleureusement. Rabgha, la vieille, la deuxième femme de « tontonkhribouch » croît toujours que je maîtrise sa langue, parle beaucoup. Trop. Je comprends que je me fais gentiment houspiller pour n’être pas encore passé chez les Oukhribouch. Passe un chat noir derrière le plateau à thé ou se sont posés les verres vides, repris des verres pleins. L’homme au bonnet vert choisit deux éclats de genévrier et ravive le feu sous le tonneau. C’est qu’il faut beaucoup d’eau pour le thé. Et des braises… car le pil-pil c’était comme notre apéro, pour faire patienter avant les plats de semoule et les tagines dont je perçois les arômes épicés qui s’échappent de la petite cuisine séparée du reste de l’habitation. La femme du forgeron est là aussi, avec sa dernière fille, métisse, grâce et beauté adolescente promise pour les mariages d’automne. Après le moussem. Après les récoltes, quand les comptes de la saison permettront de déterminer le nombre d’invités. Ses yeux noirs en amande se détournent au croisement des miens. La codification et les normes comportementales l'exigent. L’envie est forte de lever mon appareil photo en sa direction. La décence me l’interdit.
On m’appelle. Je m’étais éloigné. Lavage des mains avant de rentrer. Une place se fait pour moi dans un cercle en attente d’un des plats communs où d’autres convives auront déjà fait leur trou. Il arrive en glissant, tiré sur la nappe en plastique qui protège les tapis sur lesquels nous mangeons la semoule assis en tailleur. Les boulettes dansent dans le creux de la main. Les grains collent entre les doigts qu’il faut lécher longuement pour nettoyer. Chacun avale sa part. Vite. Sans parler. Les plats repartent. Les femmes et les enfants attendent dehors sur l’argile blanche du toit de la bergerie. Dans la chambre, sur les tapis, les cercles des hommes restent formés. Les tagines et le pain suivent rapidement. Bismillah. Brahim rompt ces derniers et répartit les morceaux autour du plat. Les pommes de terre brûlent les doigts teintés du jaune et rouge des épices de la sauce. Un délice que ces galettes à la farine d’orge et de blé mélangés, cuites à la braise et encore tièdes. Je repense à cette agence de trekking que j’ai vu débarquer la semaine dernière au gîte avec ses pains blancs achetés à Marrakech! Comment ces agences ne mesurent-elles pas l’absurde, le grotesque – j’essaie de rester correct ! – de telles pratiques ? Et aussi le manque de considération, à la fois envers leurs clients à qui elles donnent du mauvais pain ramolli par une journée dans un sac plastique, et aussi envers le gîte qui pourrait fournir ce pain et qu’elles privent d’une rentrée supplémentaire, et non superflue, des quelques Dirhams payés dans la boulangerie en ville. Le morceau de viande reste intact au milieu du plat jusqu’à la dernière bouchée de pommes de terre. Brahim, encore lui partage. Sept bouchées. Une chacun. La mienne est sans os, choisie pour l’étranger. Bismillah. Lave-mains, savon, prières. Les mouches visitent quelques miettes sur les tapis, défient les lois de la gravité sur la cordelette entre deux poutres. Les hommes sortent. Le repas est fini. Je retrouve la lumière de l’après midi.
L’orge est moissonné à Aguerd. Le blé finit de mûrir, attend son heure. Un mulet bande. Désir inassouvi. Une poule escalade un muret de pierres, les poussins s’essayent. Echec. Passent entre les cailloux maladroitement. Les hommes d’un coté, les femmes de l’autre. Toujours. Et les enfants qui jouent, qui courent. Un homme harnache son mulet. Des femmes empaquettent leur progéniture. Bossues, elles saluent et prennent leur chemin. Khella est heureux. Nous fêtions le baptême de son dernier enfant.
Mai 2006Vallée d’Anergui – Atlas marocain
Nous sommes, la famille Berriche et moi, parmi les premiers arrivés. Huit hommes autour du plat. Quatre attendent leur tour. Le thé avant, après. Beaucoup. Le technicien de la commune, invité lui aussi, rend service, fixe et règle la parabole qui trône devant la façade de la maison. Le support est noyé dans un tonneau rempli de pierres et de ciment. Bougera plus une fois sec ! La télé fonctionne. Le lecteur DVD tout neuf posé sur son carton et protégé de la poussière par son emballage plastique dont on a découpé la façade, m’apparaît incongru dans cette habitation qui ne verra jamais l’électricité promise pour l’été sur la place du souk. Mais la plaque solaire suffit pour la lumière froide de l’ampoule basse consommation et cette liaison satellite en noir et blanc avec l’autre monde.
D’autres invités arrivent. Revient le plat de tamkhchart. Les thés n’ont pas cessé. La pièce s’emplit peu à peu. Beaucoup de métisses et de noirs descendants des esclaves affranchis des Ayt Sokhmane. J’en reconnais certains, certaines. Des adolescentes aujourd’hui mariées. Mères. Des hommes rencontrés au hasard de mes virées sur leurs terres. D’autres avec lesquels j’ai voyagé. Les barbes sont plus blanches. La lueur dans les yeux et le sourire toujours présents. Arrive le fquih du quartier de la zawia et suivent ses incantations. Le technicien, chemise à carreaux de bûcheron canadien, casquette neuve, rouge, estampillé du sigle d’une certaine confédération de travailleurs, attend patiemment la fin des prières avant de zapper à tout va. Rabgha baille devant les informations d’une chaîne saoudienne. Tout le monde regarde mais peu d’hommes comprennent l’arabe classique. Aucune femme. Je suis pour le petit Saïd une plus grande curiosité que la boite à images. Il ne me quitte pas des yeux, me sourit timidement chaque fois que nos regards se croisent.
La télé m'incommode. Discrètement je quitte le tapis pour un caillou devant la maison. Les nuages anthracite qui se matin ont arrosé la vallée, bâchent Mourik, enlèvent tout relief aux falaises, mais ici à Aguerd, la lumière a la pureté et la limpidité de la lumière d’après orage. J’ose deux photos du toit de la bergerie devenu salon de causeries animées entre les femmes aux robes et foulards chamarrés.
Trois générations dans la cour. Nordine du haut de ses quatre ans commande une petite troupe de chasseurs de poules. Il court après le coq tandis que son unité cherche à encercler la volaille qui s’éparpille, caquette bruyamment, bat des ailes frénétiquement pour franchir le muret de l’enclos où elle espère trouver protection. Le sourcier, beau-père de Saïd Ou Ighlif, me salue chaleureusement. Rabgha, la vieille, la deuxième femme de « tontonkhribouch » croît toujours que je maîtrise sa langue, parle beaucoup. Trop. Je comprends que je me fais gentiment houspiller pour n’être pas encore passé chez les Oukhribouch. Passe un chat noir derrière le plateau à thé ou se sont posés les verres vides, repris des verres pleins. L’homme au bonnet vert choisit deux éclats de genévrier et ravive le feu sous le tonneau. C’est qu’il faut beaucoup d’eau pour le thé. Et des braises… car le pil-pil c’était comme notre apéro, pour faire patienter avant les plats de semoule et les tagines dont je perçois les arômes épicés qui s’échappent de la petite cuisine séparée du reste de l’habitation. La femme du forgeron est là aussi, avec sa dernière fille, métisse, grâce et beauté adolescente promise pour les mariages d’automne. Après le moussem. Après les récoltes, quand les comptes de la saison permettront de déterminer le nombre d’invités. Ses yeux noirs en amande se détournent au croisement des miens. La codification et les normes comportementales l'exigent. L’envie est forte de lever mon appareil photo en sa direction. La décence me l’interdit.
On m’appelle. Je m’étais éloigné. Lavage des mains avant de rentrer. Une place se fait pour moi dans un cercle en attente d’un des plats communs où d’autres convives auront déjà fait leur trou. Il arrive en glissant, tiré sur la nappe en plastique qui protège les tapis sur lesquels nous mangeons la semoule assis en tailleur. Les boulettes dansent dans le creux de la main. Les grains collent entre les doigts qu’il faut lécher longuement pour nettoyer. Chacun avale sa part. Vite. Sans parler. Les plats repartent. Les femmes et les enfants attendent dehors sur l’argile blanche du toit de la bergerie. Dans la chambre, sur les tapis, les cercles des hommes restent formés. Les tagines et le pain suivent rapidement. Bismillah. Brahim rompt ces derniers et répartit les morceaux autour du plat. Les pommes de terre brûlent les doigts teintés du jaune et rouge des épices de la sauce. Un délice que ces galettes à la farine d’orge et de blé mélangés, cuites à la braise et encore tièdes. Je repense à cette agence de trekking que j’ai vu débarquer la semaine dernière au gîte avec ses pains blancs achetés à Marrakech! Comment ces agences ne mesurent-elles pas l’absurde, le grotesque – j’essaie de rester correct ! – de telles pratiques ? Et aussi le manque de considération, à la fois envers leurs clients à qui elles donnent du mauvais pain ramolli par une journée dans un sac plastique, et aussi envers le gîte qui pourrait fournir ce pain et qu’elles privent d’une rentrée supplémentaire, et non superflue, des quelques Dirhams payés dans la boulangerie en ville. Le morceau de viande reste intact au milieu du plat jusqu’à la dernière bouchée de pommes de terre. Brahim, encore lui partage. Sept bouchées. Une chacun. La mienne est sans os, choisie pour l’étranger. Bismillah. Lave-mains, savon, prières. Les mouches visitent quelques miettes sur les tapis, défient les lois de la gravité sur la cordelette entre deux poutres. Les hommes sortent. Le repas est fini. Je retrouve la lumière de l’après midi.
L’orge est moissonné à Aguerd. Le blé finit de mûrir, attend son heure. Un mulet bande. Désir inassouvi. Une poule escalade un muret de pierres, les poussins s’essayent. Echec. Passent entre les cailloux maladroitement. Les hommes d’un coté, les femmes de l’autre. Toujours. Et les enfants qui jouent, qui courent. Un homme harnache son mulet. Des femmes empaquettent leur progéniture. Bossues, elles saluent et prennent leur chemin. Khella est heureux. Nous fêtions le baptême de son dernier enfant.
Mai 2006Vallée d’Anergui – Atlas marocain
Du 21 mars au 3 avril 2016, j'ai eu la chance de découvrir (avec un pote) le sud Maroc pendant 13 jours, et profiter des paysages absolument fabuleux que nous offre l'Atlas, le Sahara, les différentes gorges, les grands espaces... Je vous propose donc un petit carnet de voyage (mon premier!) de ce road-trip, avec quelques adresses, impressions et photos.
21/3: Décollage de Paris Beauvais en soirée avec Ryanair. 2h de retard en raison d'une grève des aiguilleurs qui n'entameront pas notre bonne humeur... contrairement à cet "absence" de quelques secondes au cours desquelles mon pote à la bonne idée de vouloir retirer pour que l'on arrive avec du cash sur place et se trompe 3 fois de code. Carte avalée, game over pour lui, je vais devoir assurer le financement du voyage. Du coup, envoi d'un mail à la banque pour demander l'augmentation du plafond de retrait en catastrophe, retrait au maximum pour arriver avec le maximum possible sur place etc... Bref on décolle quand même, arrivée vers minuit à Marrakech, et à 1h du matin à l'auberge de jeunesse Waka Waka, 17€ pour deux dans un dortoir de 6, petit dej' inclus. Petite nuit entre ronflements et grosses averses et réveil autour de 7h.
22/3: Une fois le petit dej' avalé, et la découverte des msemen (un délice, c'est devenu un argument dans le choix des hébergements que nous avons trouvé par la suite :D ), retour vers l'aéroport en taxi pour récupérer la voiture de location. Nous avons pris une Punto avec Europcar et une fois au comptoir pour la récupérer, il fallait la CB de mon pote qui l'avait réserver... Evidemment il n'en avait plus donc nous voilà à ajouter un conducteur en plus, soit 80€. Une fois tout ça réglé, nous avions hâte de partir de l'aéroport et de se diriger vers le sud, direction le Tizi N'Tichka! Après quelques difficultés de trouver la route de Ouarzazate (pas de GPS ni de carte routière, juste 2 guides, easy life 😎😎 ), nous avons commencé à grimper ce col. Et là, plus on monte, plus on s'aperçoit qu'il caille, quand arrive la neige.... moment de flottement. même si je savais qu'il pouvait neiger, je m'y attendais pas trop à en avoir fin mars et nous n'avions pas regardé la météo. Au final c'est passé sans trop d'encombres et moi qui n'avait pas vu la neige de l'année, j'ai pu en profiter et commencer avec les photos!

Après un arrêt au sommet pour profiter du vent glacial et discuter avec les commerçants installés là, nous avons pris la route de Telouet et nous nous sommes arrêtés à Telouet pour déguster notre première tajine "chez Ahmed". 190 dirhams à deux, avec salade marocaine, tajine de boeuf et orange en dessert, accompagné du whisky berbère 😉. Vu le temps (pluie, vent et froid), nous ne nous sommes pas promené dans la ville, pensant y passer au retour (au final nous sommes passé par le Tizi N'Test...). La route a commencé à se dégradé pour devenir rapidement un chemin boueux... J'étais pas forcément très fier au volant de ma punto qui chassait à l'arrière mais ce passage difficile n'a duré qu'un ou deux kilomètres.

Quelques kilomètres plus loin, nous avons découvert des premiers paysages de folie dont voici quelques photos... Je m'attendais à voir des choses superbes mais pas à me prendre une telle claque.

Les différentes couleurs, de l'orangé de la roche et des maisons en pisé, au vert des oasis et le bleu (qui a prit le pas sur le gris) du ciel nous impressionnent et nous font faire des stops pour profiter et prendre des photos très souvent. Nous avons aussi pu profiter au cours de cette première journée de pouvoir s'apercevoir de la sympathie des marocains qui nous saluent quand nous passons dans les villages. Après cette première journée, nous arrivons sur Aït Ben Haddou. l'idée était de dormir à Ouarzazate mais la nuit tombera bientôt donc nous décidons de visiter la Kasbah et trouver un hôtel pour la nuit.
21/3: Décollage de Paris Beauvais en soirée avec Ryanair. 2h de retard en raison d'une grève des aiguilleurs qui n'entameront pas notre bonne humeur... contrairement à cet "absence" de quelques secondes au cours desquelles mon pote à la bonne idée de vouloir retirer pour que l'on arrive avec du cash sur place et se trompe 3 fois de code. Carte avalée, game over pour lui, je vais devoir assurer le financement du voyage. Du coup, envoi d'un mail à la banque pour demander l'augmentation du plafond de retrait en catastrophe, retrait au maximum pour arriver avec le maximum possible sur place etc... Bref on décolle quand même, arrivée vers minuit à Marrakech, et à 1h du matin à l'auberge de jeunesse Waka Waka, 17€ pour deux dans un dortoir de 6, petit dej' inclus. Petite nuit entre ronflements et grosses averses et réveil autour de 7h.
22/3: Une fois le petit dej' avalé, et la découverte des msemen (un délice, c'est devenu un argument dans le choix des hébergements que nous avons trouvé par la suite :D ), retour vers l'aéroport en taxi pour récupérer la voiture de location. Nous avons pris une Punto avec Europcar et une fois au comptoir pour la récupérer, il fallait la CB de mon pote qui l'avait réserver... Evidemment il n'en avait plus donc nous voilà à ajouter un conducteur en plus, soit 80€. Une fois tout ça réglé, nous avions hâte de partir de l'aéroport et de se diriger vers le sud, direction le Tizi N'Tichka! Après quelques difficultés de trouver la route de Ouarzazate (pas de GPS ni de carte routière, juste 2 guides, easy life 😎😎 ), nous avons commencé à grimper ce col. Et là, plus on monte, plus on s'aperçoit qu'il caille, quand arrive la neige.... moment de flottement. même si je savais qu'il pouvait neiger, je m'y attendais pas trop à en avoir fin mars et nous n'avions pas regardé la météo. Au final c'est passé sans trop d'encombres et moi qui n'avait pas vu la neige de l'année, j'ai pu en profiter et commencer avec les photos!

Après un arrêt au sommet pour profiter du vent glacial et discuter avec les commerçants installés là, nous avons pris la route de Telouet et nous nous sommes arrêtés à Telouet pour déguster notre première tajine "chez Ahmed". 190 dirhams à deux, avec salade marocaine, tajine de boeuf et orange en dessert, accompagné du whisky berbère 😉. Vu le temps (pluie, vent et froid), nous ne nous sommes pas promené dans la ville, pensant y passer au retour (au final nous sommes passé par le Tizi N'Test...). La route a commencé à se dégradé pour devenir rapidement un chemin boueux... J'étais pas forcément très fier au volant de ma punto qui chassait à l'arrière mais ce passage difficile n'a duré qu'un ou deux kilomètres.

Quelques kilomètres plus loin, nous avons découvert des premiers paysages de folie dont voici quelques photos... Je m'attendais à voir des choses superbes mais pas à me prendre une telle claque.

Les différentes couleurs, de l'orangé de la roche et des maisons en pisé, au vert des oasis et le bleu (qui a prit le pas sur le gris) du ciel nous impressionnent et nous font faire des stops pour profiter et prendre des photos très souvent. Nous avons aussi pu profiter au cours de cette première journée de pouvoir s'apercevoir de la sympathie des marocains qui nous saluent quand nous passons dans les villages. Après cette première journée, nous arrivons sur Aït Ben Haddou. l'idée était de dormir à Ouarzazate mais la nuit tombera bientôt donc nous décidons de visiter la Kasbah et trouver un hôtel pour la nuit.
Salut à tous
Je sors d'un voyage de 3 semaines en moto qui m'a conduit au Maroc en passant par l'Espagne et la France. Afin de ne pas oublier et de manière complètement égoïste, ce récit est avant tout pour les miens, afin de ne pas oublier... mais aussi pour vous donner envie et que vous franchissiez peut être un jour le pas
Ca risque d'être un peu long et compte tenu du caractère assez casse burne de la prise de photo lorsque on est en moto (et puis moi et la photo ça fait 12), les quelques photos qui agrémentent ce récit ne reflètent malheureusement qu'un petit bout des merveilles qu'on a pu voir.
Bref trêve de blabla, sortons les 3 cartes Michelin qui vont bien.
Nous sommes 3, 3 Africa Twin (une presque neuve, deux a plus de 80000 bornes), 2 jeunes permis et un plus confirmé (c'est moi), 3 néophytes complets en matière de pistes et routes africaines... Il est dimanche 29 avril et l'heure est au départ.

Nous ne le savons pas encore mais nous venons de fusiller ma batterie.
JOUR 1: Paris -> Toulouse Au bout de 100m, peu familiarisé avec cette moto (pourrie? et comment dire "légèrement" différente de la 900 Mostro), je cale ... pour ne jamais redémarrer. Pas grave (hum), nous poussons la moto à la première station service. En poussant, peu familiarisé avec la largeur démoniaque de la grosse, j'arrache ma valise gauche sur une "bi.te"...
BEAU DEPART n'est ce pas ? Apres poussette et sanglage, nous voici sur l'autoroute. 50 km sont fait, premier péage, j'attend la compagnie, Mathieu me rejoint ... et tombe comme une grosse m.erde a cote de moi appuyant sur le sélecteur et me faisant caler... Poussette, 100 m et broumPAFBROUATOUT, le moteur s'arrête lamentablement... Bon bah hum. Filou se tape 100 bornes pour aller chercher des pinces croco qu'il ne trouvera pas (un jeu de tarot tout de même) ... nous échangeons nos batteries, choses que l'on fera 8 fois ce premier jour et c'est reparti. J'hésite a notifier que mon moteur ne tourne plus mais alors plus du tout rond: bridage sarkosien a 140 sur le plat
Apres 10h, nous arrivons enfin à Toulouse (sous une PUT.AIN DE MONTAGNE DE FLOTTE) chez un pote. Objectif du lendemain: pinces croco, multimètre etc...
Jours 2 et 3: Toulouse .... Toulouse Parking de Castorama, lundi 30 avril: "tiens ton pneu (le mien donc) arrière est dégonflé!". BORDEL DE M.ERDE!!! Aucun garage d'ouvert, demain c'est le 1er mai.... Tant bien que mal, nous retournons "sur la jante" chez mon pote qui commence a regarder notre équipage d'un certain oeil: "Vous etes surs, vous allez au Maroc?" A coût de démonte pneu et de rustine, nous emmenons ma chère roue arrière dans une station service ... pfffff on a pété la chambre a air
1er mai, il pleut des cordes ("on a bien fait de partir en Novembre" sera notre phrase durant tout le séjour), après re-démonte pneu, ça semble marcher... mais la sagesse nous incline a attendre l'ouverture du garage Honda le lendemain...
Jour 4 mercredi 2 mai: Toulouse --> Lerida. Il pleut des cordes. Le très sympathique garage Honda me change le pneu, me diagnostique une panne du régulateur (on s'en doutait) et n'ayant pas cette merveilleuse pièce en stock, m'envoie à la casse... Honda ayant eu la bienheureuse intelligence de changer de modèle de régulateur tous les 6 mois, c'est donc un régulateur "différent" que nous installons (100 euros le bâtard)... Il manque un fil: pas grave, connectons le + sur le - et hop! DESORMAIS, ma moto (dites Inch' Allah) est en permanence sous contact (la clé ne sert a rien ... la claaasse)... il faudra donc débrancher la batterie tous les soirs Le ciel menace, les Pyrénées et ses beaux virages nous attendent. Pitite démonstration a mes chers collègues "débutants", la moto commence a "rentrer" ... ça penche mine de rien un Africa Twin!! Je double une file de camion, rétrograde en 3e, rien, RETROGRADE EN 3e RIEEEN!!!!!! M.ERDE ET M.ERDE, je suis coincé en 4.... rien a faire, la rage au ventre, pressentant une fin prématurée de mon voyage, j'allume tant que je peux ... en 4 tout en vous rappelant que je plafonne a 140 (monocylindre?) Increvable l'Africa Twin mon C.UL!!
La ville de Lerida, moche, surtout en 4, allons voir mes amis HONDA. Ils acceptent d'ouvrir Inch'Allah le lendemain matin => torchage de gueule en règle (fini tout seul sous les étoiles a maudire HOOONDA) et probable adieu a mes compagnons de galère le lendemain.
Jour 5 jeudi 3 mai: Lerida --> Cuenca (dites l'horrible) par la nationale. Honda Lerida ouvre ... et diagnostique une casse simple et peu grave d'une pièce dont je ne veux pas savoir le nom mais qui relie la "tige du sélecteur a la boite". Le mecano nous propose soit une attente de 10 jours ... soit une soudure "à l'ancienne". Devinez quoi? Il est midi et on est reparti. A partir de cet instant, ma miraculée de motopoubelle n'aura plus AUCUN problème (a part son bridage sarkosien bien sur). La route alterne entre le bien, le très bien (aaaah ça penche) et le moins bien. Mat crève de la roue avant ("pitain j'avais perdu la confiance" ) sous un orage

Nous sommes désormais expérimentés en demontage de pneu et nous arrivons à Cuenca la magnifique (horrible) sous une bruine bretonne (bien fait de partir en novembre). Nous dormons sous la tente à l'arrache.
Jour 6 vendredi 4 mai: Cuenca (l'affreuse) --> Ronda par la nationale bien sur. Grosse journée, rien a dire, Filou qui consomme "1l d'huile au 100". Nous dormons au camping et visitons cette TRES jolie ville (touristique)
Jour 7 samedi 5 mai: Ronda --> Algesiras --> Ceuta --> Oued Laou AAAAAH comment décrire cette route "à motards" qu'est Ronda/Algesiras: paysage magnifique, route de côte, Ducat qui se tirent la bourre, moi et Mat qui envoyons comme des cochons ("tiens mon frein avant est bizarre" mais nous en reparlerons), Filou qui déclare "les gars le pilotage moto, c'est pas pour moi" Pas grave Filou, le voyage, lui, c'est ton truc et c'est bien le principal. Un vrai p.utain de bol d'air pur. On prend la bateau (l'organisation espagnole est comment dire .. tres marocaine). On arrive moins d'une heure plus tard à Ceuta, ville espagnole au Maroc. On passe sans trop de souci la frontière, et HOP LE MAROC AAAAAAAAH On se perd moi et mon ralenti a 2500 dans Tetouan la bordelique... on demandes aux flics omniprésents (ça deviendra une habitude) la direction de la route de la cote et hop!!!

La route de bord de mer est magnifique, des troupeaux de moutons (qui adorent se jeter sous les roues) agrémentent la route. Filou dont le pot dé***** et fait un bruit monstrueux fait fuir les troupeaux. On mange, au crépuscule, de merveilleuses sardines grillées. Notre objectif est de dormir, planqués, sur la cote. Naïfs touristes que nous sommes!! Ici la cote est ultra surveillée (immigration clandestine, trafic de cannabis..), des garde rodent et nous virent (gentiment)... On finit pas rouler de nuit sur ces routes ULTRA dangereuses: 1m 50 de large, route de montagne, nids de poule, cametards débordant "légèrement" sur sa "voie"... et Filou qui déclare: "le pilotage moto, les camions... bordel j'ai failli mourir! "
Nous finirons sur le bas coté d'une piste, a l'arrache, à fumer notre premier joint marocain...
Jour 8 dimanche 6 mai: Oued Laou (a peu pres) --> Taounate ... par les oueds. Nous regardons la carte Michelin (vieille de 6 ans hum) et notre but (inaccompli) est de prendre la route menant de Ketama à Fes. Tiens comme c'est marrant, il semble qu'une piste menant de Bou Ahmed à la nationale soit dessinée sur la carte: nous sommes à Bou Ahmed (enfin hum), et nous sommes sur une piste: c'est tout droit! Premières expériences de pistes, beaucoup de passages, nous arrivons au souk d'un village et ... les mots ne me viennent pas. Disons de manière cartésienne qu'ils m'ont laissé passé parce que j'étais en tête, et qu'ils ont fait faire une déviation a mes camarades. J'étais donc dans un souk d'un petit village perdu, avec ma grosse, mon ralenti a 2 balles... l'impression d'être un extra terrestre (ou envahisseur). Nous sortons tant bien que mal du village: en bas, des oueds (rivieres donc) des oueds et des oueds. Pas grave, on est entraîné pour!
Ouais sauf qu'on sait décidément pas ou on va, et que le français des "autochtones" (decidement TRES GENTILS ) est plus qu'approximatifs. En même temps, notre arabe est ridicule (oualou, chouia?) et notre berbère inexistant. Mathieu finit par se viander dans l'oued en vus et sus de tous les villageois (zont du bien se marrer) et nous finissons par rebrousser chemin. Je fais court (on dirait pas je sais) et nous finissons par reprendre la route "traditionnelle". Nous croisons un vieil hollandais en vieille 1150 GS gants Mapa, sa femme en SDS: "aach so, la route POURRI POURRI DES MALADES!!!". Le style de ce mec était fantastique, la photo manque mais chapeau a toi l'ami!! Nous prenons donc la route "pourrie pourrie" : un BORDEL d'autoroute en construction, 40 m de large de gravier suivi de 2 m de large de piste en en boue, le tout en montagne, pendant 200 bornes.... L'Africa Twin commence a dévoiler ses charmes: cette brèle passe partout!!! Cette très longue journée nous amène finalement sur la route désirée, la vallée du Rif nous attend, ses champs de cannabis ("pitain j'ai failli me vautrer" ), ce paysage merveilleux, les enfants qui tiennent a la main des énormes boulettes d'un shit qui ferait pâlir d'envie n'importe consommateur lambda. A propos des adorables bambins, ceux-ci avait la sympathique habitude de me saluer (j’étais en tête) puis de ramasser des cailloux pour les lancer à mes « poursuivants » … petits diables

Cette (décidément très riche) journée se ponctue personnellement par une bourre en route de montagne avec un marocain en Kangoo neuve très excité et pas mauvais du tout (point de corde etc...). Il me saluera du traditionnel klaxon et d'un signe de la main lorsqu' après l'avoir doublé, j'attendrai mes "compagnons". La nuit tombe, nous sommes fatigués, nous nous arrêtons dans la ville sans intérêt de Taounate (nord de Fes) Plein de souvenirs marquent notre sommeil...
Jour 9, lundi 7 mai: Taounate --> sud d'Azrou Notre objectif est d'arriver le plus vite possible à Azrou, afin de démonter nos pneus routes pour faire place à des pneu piste (crampon). Mon frein avant commence vraiment à déconner (déjà que mes disques sont voilés), un coup d’œil m’apprendra que j’ai monté une plaquette à l’envers ! oui à l’envers … et je commence à comprendre ce « léger » bruit métallique : je suis décidément un mecano hors pair. La journée se passe comme prévu, les paysages passent de forets denses avec des singes traversant la route à des étendues désertiques. Nous sommes a 1800 m et il fait froid, grâce au GPS, nous prenons la piste et dormons dans un endroit paradisiaque

Mat galère avec son pneu arrière et finit par le "casser" (« PAN ! ») ... quelle bonne idée de les changer nous même!!
Jour 10, mardi 8 mai: tant bien que mal, après près de 15h d'effort, un compresseur 12 V à la poubelle, nos 6 pneus sont changés, les points PGS rentrés ... a nous la piste!! Cette journée sera merveilleuse... sauf pour Filou qui finira par se viander lors de nos passages "hors pistes au crépuscule". La chiasse commence également pour mes compagnons et les merveilleux "repas sardines/pain" n'arrangent rien... Au final, une bulle cassée, deux estomacs fragiles...
Jour 11, mercredi 9 mai: nul part --> Midelt. Le GPS est une merveilleuse invention! Mat et moi nous tirons la bourre (intelligemment bien sur) dans des pistes de montagne, de foret... et Filou finit par se vautrer. Lorsque nous revenons sur nos pas, enfer et désolation, la moto de Filou est dans le fossé .. mais le motard n'a rien... et l'Africa est décidément increvable! Ce sera la plus belle vautre du voyage ... enfin presque. Mat déjante (souvenez vous le pneu "cassé" ) de l'arrière heureusement sans gravité à seulement 5 km de Zaida... Apres réparation (pneu crampon poubelle, retour pour Mat au bon vieux pneu route ... bien fait de les changer nous meme!), nous arrivons tant bien que mal à Midelt, ville berbère cachée au milieu des montagnes (aaah ce lavage de linges, un joint a la bouche, sur le toit de l'hôtel!). Mes compagnons sont pris dans un traquenard de vente de tapis berbère et se font goulûment arnaqués! (mes quelques passages en Afrique m'ont personnellement vaccinés contre ce genre "d'accidents"). La soirée se termine chez l'habitant (très honnête lui) à discuter de tout et de rien
Jour 12, jeudi 10 mai: Midelt --> paumés --> Errachidia. L'objectif de cette journée est d'aller contempler le cirque de Jaffar puis de bifurquer vers le Sud Est... Malheureusement, nous ne verrons jamais le cirque, la piste sans GPS étant décidément impossible. Le temps virant à l'orage, la piste étant a notre humble niveau impraticable (montée a 30 % dans des grosses pierres bien profondes) nous avons du rebrousser chemin. Lorsqu’on nous demandera d’où l’on vient, on répondra « de Jaffar, c’est magnifique, le cirque tout ça quoi… »

Jour 13, vendredi 11 mai: Errachidia --> trou du c.ul du monde. Le désert est la, ses lignes droites, ses militaires, les gens "cramés du bulbe"... Notre objectif est d'avaler en 3 jours 400km de piste le long de la frontière algérienne (ouioui), paumés au milieu de nul part... La piste est beaucoup plus dure que prévu (facile mon c.ul" sur le livre) ... il parait qu'il a beaucoup plu cette année et j'ai du mal a imaginer les 4x4 passer la ou l'on passe: tous les 10 m, des "ravines" de 2 m de fond creusées par l'écoulement des eaux... Nous faisons du 5 km/h, les cadres de bagages surchargés de mat et Filou craquent... tous les 100 m, nous ressanglons... L’Africa est décidément une moto incroyable, passant partout (meme en hors piste tres difficile).

Nous faisons du hors piste et a seulement 2 km (1h?) d'un point GPS, nous devons monter les tentes. Pour le coup, nous sommes vraiment isolés du monde, dans une vallée perdue...
Jour 14, samedi 12 mai: trou du c.ul du monde --> Almis des Marmouchas Nous galerons, ressanglons, tombons dans la boue, le sable est technique, les oueds vicieux et après 60 km de pistes douloureuses, notre objectif initial semble stupide: tant pis ce sera pour une autre fois! Débutants nous sommes, ne tentons pas le diable! Nous finissons par reprendre la route (lignes droites horribles et caniculaires). apres tout de meme 150 km de piste dans le desert. Nous nous arrêtons dans le petit village paradisiaque, au pied de l'atlas, d'Almis des Marmouchas. Ici, le sol est vert, les gens chaleureux et ce qui ne devait être qu'une pose thé deviendra une pose couscous/nuit chez l'habitant/ petit dej'... Merci a Mustapha, Mohamed, Mohamed et Mohamed (beaucoup de Mohamed)

Il est franchement difficile d'imaginer un accueil pareil en Europe, et dire que ces gens sont d'une pauvreté alarmante... Ils ne demandent rien, à part une discussion... Chapeau bas! Les mots semblent petits, mais cet accueil restera gravé EN MAJUSCULE dans mon coeur. J'aime définitivement le peuple berbère ...
Jour 15, dimanche 13 mai: Almis des Marmouchas --> Fes. Compte tenu du calendrier raccourci (les pistes dans le désert, ça demande + d'organisation et d'expérience), nous avons décidé de visiter la ville de Fes... Nous nous sommes perdu dans le labyrinthe de la medina le soir, un peu "bronzé" par le haschisch local! => souvenirs inoubliables!! 1h et demi pour sortir des ruelles d'1m50 de large, 10m de haut!
Jour 16, lundi 14 mai: Fes --> environs de Taza. Le matin, lors de notre ressanglage fastidieux et quotidien, un allemand est venu me taper la discut': " Je suis en moto, je voudrais faire un brin de route avec vous" : rendez vous est pris sur la route et Inch' Allah! Nous quittons la route principale et prenons des petites routes du Jbel Tazzeka: petites routes ultra dangereuses et étroites mais belles MAIS BELLES!!!

Mat me dit :" ce c.on me colle je sais pas ce qu'il vaut" Je l'emmène donc derrière moi ... il me colle jusqu'au premier virage vicieux et POUM BADABOUM Mikey Mike (son surnom entre nous), 21 ans, ridicule en pilotage sur son 650 GS, rate son virage et rattrape comme il peut en cata... Il ratera 3 autres virages jusqu'a la chute, prenant le fossé, parlant de split (gravier) sans arrêt … bulle cassée.

Nous finirons par dormir dans un endroit superbe ... "dérangés" par les habitants du coin nous offrant le lait de vache local (3 gorgées et c’est la mort assurée). Mikey Mike était pour le moins paumé "mon père m'a dit que c'était tous des voleurs" mais il est tres sympa et un peu de compagnie européennes ne fait pas de mal. On l'a rassuré, cajolé et expliqué que s'il devait y avoir UNE moto de voler, ce serait la sienne... On a fini par jouer sa 650 GS au poker ... qu'il a perdu
Jour 17, mardi 15 mai: environ de Taza --> Nador. La fin du voyage approche, Filou a la tourista (fièvre + chiasse), Mikey Mike rate 3 autres virages sans bobo et il est temps de lui dire au revoir... en espérant qu’il retrouve un jour l’Allemagne. Sur la route, Filou, crève (pas son jour) mais ça ne nous fait rien... On arrive a Nador par des routes intéressantes par endroit mais surtout chiantes...
Jour 18, mercredi 16 mai : Nador -> bateau. On prend les billets (220 euros tout de même !) pour le bateau reliant Nador à Sète en 36h. Filou se repose et Mat et moi faisons une dernière balade vers le cap des 3 fourches. Encore une fois, superbe route de montagnes, étroite, remplie de gasoil, avec des fossés de 200 m … heureusement que nous n’avons pas emmené Mikey Mike avec nous !

Jour 19, jeudi 17 mai : bateau. Rien à dire, à part que la raffiot est vraiment pourri, les appels à la prière gueulent dans les haut parleurs, nous nous trainons lamentablement sur une mer d’huile … et Mat prétendra avoir vu des dauphins
Jour 20, vendredi 18 mai : Sète -> Paris. Nous nous séparons ici, au détour d’un rond point, mes compagnons décidant d’aller voir leur famille l’un à Montpellier, l’autre à Lyon. Perso, j’ai hâte de retrouver les bras de ma femme, sa douceur, ses … hum. Mon but initial est de faire le plus rapidement possible, mais l’autoroute aura raison de moi, je sors à Nimes, prend la route d’Ales et rejoint Clermont Ferrand par des superbes petites routes du Massif Central.

Incroyable le nombre de motards ! … et je finis par tirer la bourre avec deux GSXR (ouioui), surpris de me voir dans leurs retro, la grosse truie plaque 75 et ses pneus crampons… Ils finiront par accepter de me saluer : « et ouais les gars, l’habit ne fait pas le moine et 7000 km en 3 semaines, ça donne confiance » Reste 400 horribles km d’autoroute, sous la pluie … affreux. Ma femme m’acceuille les bras ouverts et la description s’arrête la…
Nous sommes aujourd’hui dimanche, il fait un temps de m.erde (bien fait de partir en novembre), et j’ai repris mon 900 Mostro : l’affreuse impression d’avoir un minuscule petit bout de bois entre les jambes … il va falloir tout réapprendre.
J’espère en tout cas vous avoir donné envie de voyager … et moi, je sais que je ferai un jour un vrai raid sur Inch’Allah ou sur une autre brele…
J'ai des reves plein la tete et le boulot demain me parait bien derisoire...
V
Je sors d'un voyage de 3 semaines en moto qui m'a conduit au Maroc en passant par l'Espagne et la France. Afin de ne pas oublier et de manière complètement égoïste, ce récit est avant tout pour les miens, afin de ne pas oublier... mais aussi pour vous donner envie et que vous franchissiez peut être un jour le pas
Ca risque d'être un peu long et compte tenu du caractère assez casse burne de la prise de photo lorsque on est en moto (et puis moi et la photo ça fait 12), les quelques photos qui agrémentent ce récit ne reflètent malheureusement qu'un petit bout des merveilles qu'on a pu voir.
Bref trêve de blabla, sortons les 3 cartes Michelin qui vont bien.
Nous sommes 3, 3 Africa Twin (une presque neuve, deux a plus de 80000 bornes), 2 jeunes permis et un plus confirmé (c'est moi), 3 néophytes complets en matière de pistes et routes africaines... Il est dimanche 29 avril et l'heure est au départ.

Nous ne le savons pas encore mais nous venons de fusiller ma batterie.
JOUR 1: Paris -> Toulouse Au bout de 100m, peu familiarisé avec cette moto (pourrie? et comment dire "légèrement" différente de la 900 Mostro), je cale ... pour ne jamais redémarrer. Pas grave (hum), nous poussons la moto à la première station service. En poussant, peu familiarisé avec la largeur démoniaque de la grosse, j'arrache ma valise gauche sur une "bi.te"...
BEAU DEPART n'est ce pas ? Apres poussette et sanglage, nous voici sur l'autoroute. 50 km sont fait, premier péage, j'attend la compagnie, Mathieu me rejoint ... et tombe comme une grosse m.erde a cote de moi appuyant sur le sélecteur et me faisant caler... Poussette, 100 m et broumPAFBROUATOUT, le moteur s'arrête lamentablement... Bon bah hum. Filou se tape 100 bornes pour aller chercher des pinces croco qu'il ne trouvera pas (un jeu de tarot tout de même) ... nous échangeons nos batteries, choses que l'on fera 8 fois ce premier jour et c'est reparti. J'hésite a notifier que mon moteur ne tourne plus mais alors plus du tout rond: bridage sarkosien a 140 sur le plat
Apres 10h, nous arrivons enfin à Toulouse (sous une PUT.AIN DE MONTAGNE DE FLOTTE) chez un pote. Objectif du lendemain: pinces croco, multimètre etc...
Jours 2 et 3: Toulouse .... Toulouse Parking de Castorama, lundi 30 avril: "tiens ton pneu (le mien donc) arrière est dégonflé!". BORDEL DE M.ERDE!!! Aucun garage d'ouvert, demain c'est le 1er mai.... Tant bien que mal, nous retournons "sur la jante" chez mon pote qui commence a regarder notre équipage d'un certain oeil: "Vous etes surs, vous allez au Maroc?" A coût de démonte pneu et de rustine, nous emmenons ma chère roue arrière dans une station service ... pfffff on a pété la chambre a air
1er mai, il pleut des cordes ("on a bien fait de partir en Novembre" sera notre phrase durant tout le séjour), après re-démonte pneu, ça semble marcher... mais la sagesse nous incline a attendre l'ouverture du garage Honda le lendemain...
Jour 4 mercredi 2 mai: Toulouse --> Lerida. Il pleut des cordes. Le très sympathique garage Honda me change le pneu, me diagnostique une panne du régulateur (on s'en doutait) et n'ayant pas cette merveilleuse pièce en stock, m'envoie à la casse... Honda ayant eu la bienheureuse intelligence de changer de modèle de régulateur tous les 6 mois, c'est donc un régulateur "différent" que nous installons (100 euros le bâtard)... Il manque un fil: pas grave, connectons le + sur le - et hop! DESORMAIS, ma moto (dites Inch' Allah) est en permanence sous contact (la clé ne sert a rien ... la claaasse)... il faudra donc débrancher la batterie tous les soirs Le ciel menace, les Pyrénées et ses beaux virages nous attendent. Pitite démonstration a mes chers collègues "débutants", la moto commence a "rentrer" ... ça penche mine de rien un Africa Twin!! Je double une file de camion, rétrograde en 3e, rien, RETROGRADE EN 3e RIEEEN!!!!!! M.ERDE ET M.ERDE, je suis coincé en 4.... rien a faire, la rage au ventre, pressentant une fin prématurée de mon voyage, j'allume tant que je peux ... en 4 tout en vous rappelant que je plafonne a 140 (monocylindre?) Increvable l'Africa Twin mon C.UL!!
La ville de Lerida, moche, surtout en 4, allons voir mes amis HONDA. Ils acceptent d'ouvrir Inch'Allah le lendemain matin => torchage de gueule en règle (fini tout seul sous les étoiles a maudire HOOONDA) et probable adieu a mes compagnons de galère le lendemain.
Jour 5 jeudi 3 mai: Lerida --> Cuenca (dites l'horrible) par la nationale. Honda Lerida ouvre ... et diagnostique une casse simple et peu grave d'une pièce dont je ne veux pas savoir le nom mais qui relie la "tige du sélecteur a la boite". Le mecano nous propose soit une attente de 10 jours ... soit une soudure "à l'ancienne". Devinez quoi? Il est midi et on est reparti. A partir de cet instant, ma miraculée de motopoubelle n'aura plus AUCUN problème (a part son bridage sarkosien bien sur). La route alterne entre le bien, le très bien (aaaah ça penche) et le moins bien. Mat crève de la roue avant ("pitain j'avais perdu la confiance" ) sous un orage

Nous sommes désormais expérimentés en demontage de pneu et nous arrivons à Cuenca la magnifique (horrible) sous une bruine bretonne (bien fait de partir en novembre). Nous dormons sous la tente à l'arrache.
Jour 6 vendredi 4 mai: Cuenca (l'affreuse) --> Ronda par la nationale bien sur. Grosse journée, rien a dire, Filou qui consomme "1l d'huile au 100". Nous dormons au camping et visitons cette TRES jolie ville (touristique)
Jour 7 samedi 5 mai: Ronda --> Algesiras --> Ceuta --> Oued Laou AAAAAH comment décrire cette route "à motards" qu'est Ronda/Algesiras: paysage magnifique, route de côte, Ducat qui se tirent la bourre, moi et Mat qui envoyons comme des cochons ("tiens mon frein avant est bizarre" mais nous en reparlerons), Filou qui déclare "les gars le pilotage moto, c'est pas pour moi" Pas grave Filou, le voyage, lui, c'est ton truc et c'est bien le principal. Un vrai p.utain de bol d'air pur. On prend la bateau (l'organisation espagnole est comment dire .. tres marocaine). On arrive moins d'une heure plus tard à Ceuta, ville espagnole au Maroc. On passe sans trop de souci la frontière, et HOP LE MAROC AAAAAAAAH On se perd moi et mon ralenti a 2500 dans Tetouan la bordelique... on demandes aux flics omniprésents (ça deviendra une habitude) la direction de la route de la cote et hop!!!

La route de bord de mer est magnifique, des troupeaux de moutons (qui adorent se jeter sous les roues) agrémentent la route. Filou dont le pot dé***** et fait un bruit monstrueux fait fuir les troupeaux. On mange, au crépuscule, de merveilleuses sardines grillées. Notre objectif est de dormir, planqués, sur la cote. Naïfs touristes que nous sommes!! Ici la cote est ultra surveillée (immigration clandestine, trafic de cannabis..), des garde rodent et nous virent (gentiment)... On finit pas rouler de nuit sur ces routes ULTRA dangereuses: 1m 50 de large, route de montagne, nids de poule, cametards débordant "légèrement" sur sa "voie"... et Filou qui déclare: "le pilotage moto, les camions... bordel j'ai failli mourir! "
Nous finirons sur le bas coté d'une piste, a l'arrache, à fumer notre premier joint marocain...
Jour 8 dimanche 6 mai: Oued Laou (a peu pres) --> Taounate ... par les oueds. Nous regardons la carte Michelin (vieille de 6 ans hum) et notre but (inaccompli) est de prendre la route menant de Ketama à Fes. Tiens comme c'est marrant, il semble qu'une piste menant de Bou Ahmed à la nationale soit dessinée sur la carte: nous sommes à Bou Ahmed (enfin hum), et nous sommes sur une piste: c'est tout droit! Premières expériences de pistes, beaucoup de passages, nous arrivons au souk d'un village et ... les mots ne me viennent pas. Disons de manière cartésienne qu'ils m'ont laissé passé parce que j'étais en tête, et qu'ils ont fait faire une déviation a mes camarades. J'étais donc dans un souk d'un petit village perdu, avec ma grosse, mon ralenti a 2 balles... l'impression d'être un extra terrestre (ou envahisseur). Nous sortons tant bien que mal du village: en bas, des oueds (rivieres donc) des oueds et des oueds. Pas grave, on est entraîné pour!
Ouais sauf qu'on sait décidément pas ou on va, et que le français des "autochtones" (decidement TRES GENTILS ) est plus qu'approximatifs. En même temps, notre arabe est ridicule (oualou, chouia?) et notre berbère inexistant. Mathieu finit par se viander dans l'oued en vus et sus de tous les villageois (zont du bien se marrer) et nous finissons par rebrousser chemin. Je fais court (on dirait pas je sais) et nous finissons par reprendre la route "traditionnelle". Nous croisons un vieil hollandais en vieille 1150 GS gants Mapa, sa femme en SDS: "aach so, la route POURRI POURRI DES MALADES!!!". Le style de ce mec était fantastique, la photo manque mais chapeau a toi l'ami!! Nous prenons donc la route "pourrie pourrie" : un BORDEL d'autoroute en construction, 40 m de large de gravier suivi de 2 m de large de piste en en boue, le tout en montagne, pendant 200 bornes.... L'Africa Twin commence a dévoiler ses charmes: cette brèle passe partout!!! Cette très longue journée nous amène finalement sur la route désirée, la vallée du Rif nous attend, ses champs de cannabis ("pitain j'ai failli me vautrer" ), ce paysage merveilleux, les enfants qui tiennent a la main des énormes boulettes d'un shit qui ferait pâlir d'envie n'importe consommateur lambda. A propos des adorables bambins, ceux-ci avait la sympathique habitude de me saluer (j’étais en tête) puis de ramasser des cailloux pour les lancer à mes « poursuivants » … petits diables

Cette (décidément très riche) journée se ponctue personnellement par une bourre en route de montagne avec un marocain en Kangoo neuve très excité et pas mauvais du tout (point de corde etc...). Il me saluera du traditionnel klaxon et d'un signe de la main lorsqu' après l'avoir doublé, j'attendrai mes "compagnons". La nuit tombe, nous sommes fatigués, nous nous arrêtons dans la ville sans intérêt de Taounate (nord de Fes) Plein de souvenirs marquent notre sommeil...
Jour 9, lundi 7 mai: Taounate --> sud d'Azrou Notre objectif est d'arriver le plus vite possible à Azrou, afin de démonter nos pneus routes pour faire place à des pneu piste (crampon). Mon frein avant commence vraiment à déconner (déjà que mes disques sont voilés), un coup d’œil m’apprendra que j’ai monté une plaquette à l’envers ! oui à l’envers … et je commence à comprendre ce « léger » bruit métallique : je suis décidément un mecano hors pair. La journée se passe comme prévu, les paysages passent de forets denses avec des singes traversant la route à des étendues désertiques. Nous sommes a 1800 m et il fait froid, grâce au GPS, nous prenons la piste et dormons dans un endroit paradisiaque

Mat galère avec son pneu arrière et finit par le "casser" (« PAN ! ») ... quelle bonne idée de les changer nous même!!
Jour 10, mardi 8 mai: tant bien que mal, après près de 15h d'effort, un compresseur 12 V à la poubelle, nos 6 pneus sont changés, les points PGS rentrés ... a nous la piste!! Cette journée sera merveilleuse... sauf pour Filou qui finira par se viander lors de nos passages "hors pistes au crépuscule". La chiasse commence également pour mes compagnons et les merveilleux "repas sardines/pain" n'arrangent rien... Au final, une bulle cassée, deux estomacs fragiles...
Jour 11, mercredi 9 mai: nul part --> Midelt. Le GPS est une merveilleuse invention! Mat et moi nous tirons la bourre (intelligemment bien sur) dans des pistes de montagne, de foret... et Filou finit par se vautrer. Lorsque nous revenons sur nos pas, enfer et désolation, la moto de Filou est dans le fossé .. mais le motard n'a rien... et l'Africa est décidément increvable! Ce sera la plus belle vautre du voyage ... enfin presque. Mat déjante (souvenez vous le pneu "cassé" ) de l'arrière heureusement sans gravité à seulement 5 km de Zaida... Apres réparation (pneu crampon poubelle, retour pour Mat au bon vieux pneu route ... bien fait de les changer nous meme!), nous arrivons tant bien que mal à Midelt, ville berbère cachée au milieu des montagnes (aaah ce lavage de linges, un joint a la bouche, sur le toit de l'hôtel!). Mes compagnons sont pris dans un traquenard de vente de tapis berbère et se font goulûment arnaqués! (mes quelques passages en Afrique m'ont personnellement vaccinés contre ce genre "d'accidents"). La soirée se termine chez l'habitant (très honnête lui) à discuter de tout et de rien
Jour 12, jeudi 10 mai: Midelt --> paumés --> Errachidia. L'objectif de cette journée est d'aller contempler le cirque de Jaffar puis de bifurquer vers le Sud Est... Malheureusement, nous ne verrons jamais le cirque, la piste sans GPS étant décidément impossible. Le temps virant à l'orage, la piste étant a notre humble niveau impraticable (montée a 30 % dans des grosses pierres bien profondes) nous avons du rebrousser chemin. Lorsqu’on nous demandera d’où l’on vient, on répondra « de Jaffar, c’est magnifique, le cirque tout ça quoi… »

Jour 13, vendredi 11 mai: Errachidia --> trou du c.ul du monde. Le désert est la, ses lignes droites, ses militaires, les gens "cramés du bulbe"... Notre objectif est d'avaler en 3 jours 400km de piste le long de la frontière algérienne (ouioui), paumés au milieu de nul part... La piste est beaucoup plus dure que prévu (facile mon c.ul" sur le livre) ... il parait qu'il a beaucoup plu cette année et j'ai du mal a imaginer les 4x4 passer la ou l'on passe: tous les 10 m, des "ravines" de 2 m de fond creusées par l'écoulement des eaux... Nous faisons du 5 km/h, les cadres de bagages surchargés de mat et Filou craquent... tous les 100 m, nous ressanglons... L’Africa est décidément une moto incroyable, passant partout (meme en hors piste tres difficile).

Nous faisons du hors piste et a seulement 2 km (1h?) d'un point GPS, nous devons monter les tentes. Pour le coup, nous sommes vraiment isolés du monde, dans une vallée perdue...
Jour 14, samedi 12 mai: trou du c.ul du monde --> Almis des Marmouchas Nous galerons, ressanglons, tombons dans la boue, le sable est technique, les oueds vicieux et après 60 km de pistes douloureuses, notre objectif initial semble stupide: tant pis ce sera pour une autre fois! Débutants nous sommes, ne tentons pas le diable! Nous finissons par reprendre la route (lignes droites horribles et caniculaires). apres tout de meme 150 km de piste dans le desert. Nous nous arrêtons dans le petit village paradisiaque, au pied de l'atlas, d'Almis des Marmouchas. Ici, le sol est vert, les gens chaleureux et ce qui ne devait être qu'une pose thé deviendra une pose couscous/nuit chez l'habitant/ petit dej'... Merci a Mustapha, Mohamed, Mohamed et Mohamed (beaucoup de Mohamed)

Il est franchement difficile d'imaginer un accueil pareil en Europe, et dire que ces gens sont d'une pauvreté alarmante... Ils ne demandent rien, à part une discussion... Chapeau bas! Les mots semblent petits, mais cet accueil restera gravé EN MAJUSCULE dans mon coeur. J'aime définitivement le peuple berbère ...
Jour 15, dimanche 13 mai: Almis des Marmouchas --> Fes. Compte tenu du calendrier raccourci (les pistes dans le désert, ça demande + d'organisation et d'expérience), nous avons décidé de visiter la ville de Fes... Nous nous sommes perdu dans le labyrinthe de la medina le soir, un peu "bronzé" par le haschisch local! => souvenirs inoubliables!! 1h et demi pour sortir des ruelles d'1m50 de large, 10m de haut!
Jour 16, lundi 14 mai: Fes --> environs de Taza. Le matin, lors de notre ressanglage fastidieux et quotidien, un allemand est venu me taper la discut': " Je suis en moto, je voudrais faire un brin de route avec vous" : rendez vous est pris sur la route et Inch' Allah! Nous quittons la route principale et prenons des petites routes du Jbel Tazzeka: petites routes ultra dangereuses et étroites mais belles MAIS BELLES!!!

Mat me dit :" ce c.on me colle je sais pas ce qu'il vaut" Je l'emmène donc derrière moi ... il me colle jusqu'au premier virage vicieux et POUM BADABOUM Mikey Mike (son surnom entre nous), 21 ans, ridicule en pilotage sur son 650 GS, rate son virage et rattrape comme il peut en cata... Il ratera 3 autres virages jusqu'a la chute, prenant le fossé, parlant de split (gravier) sans arrêt … bulle cassée.

Nous finirons par dormir dans un endroit superbe ... "dérangés" par les habitants du coin nous offrant le lait de vache local (3 gorgées et c’est la mort assurée). Mikey Mike était pour le moins paumé "mon père m'a dit que c'était tous des voleurs" mais il est tres sympa et un peu de compagnie européennes ne fait pas de mal. On l'a rassuré, cajolé et expliqué que s'il devait y avoir UNE moto de voler, ce serait la sienne... On a fini par jouer sa 650 GS au poker ... qu'il a perdu
Jour 17, mardi 15 mai: environ de Taza --> Nador. La fin du voyage approche, Filou a la tourista (fièvre + chiasse), Mikey Mike rate 3 autres virages sans bobo et il est temps de lui dire au revoir... en espérant qu’il retrouve un jour l’Allemagne. Sur la route, Filou, crève (pas son jour) mais ça ne nous fait rien... On arrive a Nador par des routes intéressantes par endroit mais surtout chiantes...
Jour 18, mercredi 16 mai : Nador -> bateau. On prend les billets (220 euros tout de même !) pour le bateau reliant Nador à Sète en 36h. Filou se repose et Mat et moi faisons une dernière balade vers le cap des 3 fourches. Encore une fois, superbe route de montagnes, étroite, remplie de gasoil, avec des fossés de 200 m … heureusement que nous n’avons pas emmené Mikey Mike avec nous !

Jour 19, jeudi 17 mai : bateau. Rien à dire, à part que la raffiot est vraiment pourri, les appels à la prière gueulent dans les haut parleurs, nous nous trainons lamentablement sur une mer d’huile … et Mat prétendra avoir vu des dauphins
Jour 20, vendredi 18 mai : Sète -> Paris. Nous nous séparons ici, au détour d’un rond point, mes compagnons décidant d’aller voir leur famille l’un à Montpellier, l’autre à Lyon. Perso, j’ai hâte de retrouver les bras de ma femme, sa douceur, ses … hum. Mon but initial est de faire le plus rapidement possible, mais l’autoroute aura raison de moi, je sors à Nimes, prend la route d’Ales et rejoint Clermont Ferrand par des superbes petites routes du Massif Central.

Incroyable le nombre de motards ! … et je finis par tirer la bourre avec deux GSXR (ouioui), surpris de me voir dans leurs retro, la grosse truie plaque 75 et ses pneus crampons… Ils finiront par accepter de me saluer : « et ouais les gars, l’habit ne fait pas le moine et 7000 km en 3 semaines, ça donne confiance » Reste 400 horribles km d’autoroute, sous la pluie … affreux. Ma femme m’acceuille les bras ouverts et la description s’arrête la…
Nous sommes aujourd’hui dimanche, il fait un temps de m.erde (bien fait de partir en novembre), et j’ai repris mon 900 Mostro : l’affreuse impression d’avoir un minuscule petit bout de bois entre les jambes … il va falloir tout réapprendre.
J’espère en tout cas vous avoir donné envie de voyager … et moi, je sais que je ferai un jour un vrai raid sur Inch’Allah ou sur une autre brele…
J'ai des reves plein la tete et le boulot demain me parait bien derisoire...
V
As I’ve mentioned elsewhere, I inherited my love of travel from my parents and some of my grandparents. A strong passion, but one that was unfortunately limited by our family’s modest resources. Back then, living in northern Alsace, a simple trip to the southern part of the region—with the Wine Route as our destination—felt like an extraordinary journey to a land of plenty for the little boy I was in the late 60s and early 70s.
Everything seemed so huge when you were still just a kid.
Back then, I was overwhelmed by countless sensations—I was already highly sensitive, with a keen mind and a nose and taste buds that were developing like a pro’s. Which, as I’d later realize, wasn’t always an advantage.

Those magical days always began with a gentle late-spring or midsummer morning. The interior of the white Peugeot 404, license plate 210 LZ 67, had already soaked up the sun before the engine purred to life, and the cabin gave off a scent I could still recognize today—a fragrance I found so pleasant. Back then, I had no idea it was just the smell of warm plastic from the car’s interior. Yes, the scents of the 404 on sunny days became my madeleine de Proust... What’s more, the whole family was unusually cheerful because those moments of relaxation and leisure were rare. Everyone worked, and no one had an easy job or was well paid. Without the *Trente Glorieuses*, these experiences might never have happened.

Once we crossed the canton’s borders, I felt like I was light-years away from my everyday surroundings, and every kilometer plunged me deeper into *terra incognita*. It was thrilling. Far from my so-called "medium-sized" town, wheat fields, cornfields, and cabbage patches stretched out, punctuated by tall poles connected by long wires and topped with vegetation—like giant clotheslines without laundry, where magical beanstalks might grow to touch the sky. Back then, I was still far from tasting their product, which was simply beer. At the time, there was still a significant local hop production. Fun fact: it wasn’t until 2002 that Anglo-Saxon scientists proved hops and cannabis belong to the same biological family.
After the fields, the landscape took another step up as it rolled past the little boy’s eyes, often glued to the windows. First came modest hills, then a succession of rolling slopes that soon formed an unbroken chain. Their 700 meters in altitude felt like Himalayan peaks to me—impressive, inert giants, a whole new world. Gazing at them, an intense emotion welled up somewhere between my stomach and lungs, nearly taking my breath away. What mysteries, what treasures did these heights hold? And then there were the cherries on top—the crowning touch that made the scene even more magical: proud, majestic castles perched on the summits like impassive sentinels. Monuments from the past, yet firmly rooted in the present on their rocky spurs. The little boy’s eyes sparkled—he’d been given a castle for Christmas, complete with battlements, towers, a drawbridge, and fully armed knights. He’d watched and lived *Ivanhoe* on the only French TV channel that existed back then.
Only once did my paternal grandfather join us on one of these trips. A tall, intelligent man with a face that could shift from stern to mischievous, clearly full of humor and charisma. Sadly, his relationship with alcohol had taken a toll on his life and, by extension, those of his loved ones. He had a strong personality—if his boss crossed the line, he wouldn’t hesitate to punch him, which meant he went through a lot of different jobs. Back then, you could quit one job and easily find another. It was quite something to see him in his final stages, hallucinating pink elephants and even drinking perfume when he had nothing else left. The last time I saw him, he’d slipped away from the doctors and nurses while hospitalized in pretty bad shape—at least, I assume his liver was the issue. We were sitting down for a family lunch when the door burst open, and there he stood in his pajamas, eyes twinkling with mischief, clearly pleased with the dramatic entrance. That theatrical moment didn’t spare us from burying him a few months later at the age of 71. One day, my mother told me the family doctor had quietly remarked that it was a shame—with his robust constitution, he could’ve lived to be a hundred. Yes, the family doctor—this was the man who’d come treat you any day, at almost any hour, just for a phone call. It really existed, it’s not a myth!
That day, his wife—my paternal grandmother—was also along for the ride. Everyone agreed that Jeannette was a good woman. She worked as a waitress at *Le Tigre*, the biggest brasserie in town, right in the center. Most customers preferred to be served by her, including local dignitaries and even the mayor. As a kid, I didn’t find her very fun, open, or warm—she seemed a bit stern. Back then, women in their fifties already had the face and build of grandmothers. Same went for men, don’t get me wrong. I had no idea about the struggles she faced because of her husband. I didn’t know that 30 years earlier, she’d had to flee Alsace while pregnant, under threat from Nazi fighter-bombers. I didn’t know she’d had several miscarriages, and that my father—her only surviving child, born prematurely in March 1940 at the other end of France—weighed less than a kilo at birth and was so tiny he could fit in a shoebox. Hard to imagine he’d grow into a strapping man nearly 1.80 meters tall, tipping the scales at 100 kilos. When you come back from summer camp in early August and ask why she didn’t pick you up with your parents, and they gently tell you she’s "in heaven," you don’t realize she passed away at 54 after suffering greatly from stomach cancer that had spread.
Back to that family outing, that enchanted parenthesis. I even remembered where we’d had lunch when I passed through Dambach-la-Ville decades later. One of those charming, flower-filled towns Alsace produces in abundance—and preserves so well. This one sits high on a hill, and I was a bit stunned on the parking lot because the view stretched far, revealing the Alsace plain below—its fields, villages, hills, and forests. The world seemed so vast and enticing that day, even though I was only glimpsing a tiny fraction of it.

The region was already very touristy, but I wouldn’t notice the downsides until much later. That Sunday noon, I discovered a large restaurant filled with diners. I can still see the enormous piece of meat they served me, decorated with a little wooden skewer topped with a flag. I kept that one for a long time. Those were the golden days of rich, flowing, thick sauces—so flavorful—and the era of the world’s best fries, made on the spot with the best potatoes. To top it off, I was *exceptionally* allowed a small bottle of apple juice, Orangina, or—even better if possible—Sinalco. Yes, Sinalco—like Orangina, but better. A brand that must’ve disappeared in the 70s, but why, and what a shame! Since then, Orangina’s little bubbles have taken the brand to the other side of the planet—it’s now Japanese.
Year after year, I’d eagerly await that ecstatic moment when the most beautiful castle in Alsace, the Haut-Koenigsbourg, appeared in my field of vision. The perfect model, the archetype that blended into the landscape at the height of a child’s dreams. The trip home always felt like a reality check—less jarring than an alarm clock, but more diffuse and melancholic. From then on, there was only one wish: *When do we leave again?*

Those magical days always began with a gentle late-spring or midsummer morning. The interior of the white Peugeot 404, license plate 210 LZ 67, had already soaked up the sun before the engine purred to life, and the cabin gave off a scent I could still recognize today—a fragrance I found so pleasant. Back then, I had no idea it was just the smell of warm plastic from the car’s interior. Yes, the scents of the 404 on sunny days became my madeleine de Proust... What’s more, the whole family was unusually cheerful because those moments of relaxation and leisure were rare. Everyone worked, and no one had an easy job or was well paid. Without the *Trente Glorieuses*, these experiences might never have happened.

Once we crossed the canton’s borders, I felt like I was light-years away from my everyday surroundings, and every kilometer plunged me deeper into *terra incognita*. It was thrilling. Far from my so-called "medium-sized" town, wheat fields, cornfields, and cabbage patches stretched out, punctuated by tall poles connected by long wires and topped with vegetation—like giant clotheslines without laundry, where magical beanstalks might grow to touch the sky. Back then, I was still far from tasting their product, which was simply beer. At the time, there was still a significant local hop production. Fun fact: it wasn’t until 2002 that Anglo-Saxon scientists proved hops and cannabis belong to the same biological family.
After the fields, the landscape took another step up as it rolled past the little boy’s eyes, often glued to the windows. First came modest hills, then a succession of rolling slopes that soon formed an unbroken chain. Their 700 meters in altitude felt like Himalayan peaks to me—impressive, inert giants, a whole new world. Gazing at them, an intense emotion welled up somewhere between my stomach and lungs, nearly taking my breath away. What mysteries, what treasures did these heights hold? And then there were the cherries on top—the crowning touch that made the scene even more magical: proud, majestic castles perched on the summits like impassive sentinels. Monuments from the past, yet firmly rooted in the present on their rocky spurs. The little boy’s eyes sparkled—he’d been given a castle for Christmas, complete with battlements, towers, a drawbridge, and fully armed knights. He’d watched and lived *Ivanhoe* on the only French TV channel that existed back then.
Only once did my paternal grandfather join us on one of these trips. A tall, intelligent man with a face that could shift from stern to mischievous, clearly full of humor and charisma. Sadly, his relationship with alcohol had taken a toll on his life and, by extension, those of his loved ones. He had a strong personality—if his boss crossed the line, he wouldn’t hesitate to punch him, which meant he went through a lot of different jobs. Back then, you could quit one job and easily find another. It was quite something to see him in his final stages, hallucinating pink elephants and even drinking perfume when he had nothing else left. The last time I saw him, he’d slipped away from the doctors and nurses while hospitalized in pretty bad shape—at least, I assume his liver was the issue. We were sitting down for a family lunch when the door burst open, and there he stood in his pajamas, eyes twinkling with mischief, clearly pleased with the dramatic entrance. That theatrical moment didn’t spare us from burying him a few months later at the age of 71. One day, my mother told me the family doctor had quietly remarked that it was a shame—with his robust constitution, he could’ve lived to be a hundred. Yes, the family doctor—this was the man who’d come treat you any day, at almost any hour, just for a phone call. It really existed, it’s not a myth!
That day, his wife—my paternal grandmother—was also along for the ride. Everyone agreed that Jeannette was a good woman. She worked as a waitress at *Le Tigre*, the biggest brasserie in town, right in the center. Most customers preferred to be served by her, including local dignitaries and even the mayor. As a kid, I didn’t find her very fun, open, or warm—she seemed a bit stern. Back then, women in their fifties already had the face and build of grandmothers. Same went for men, don’t get me wrong. I had no idea about the struggles she faced because of her husband. I didn’t know that 30 years earlier, she’d had to flee Alsace while pregnant, under threat from Nazi fighter-bombers. I didn’t know she’d had several miscarriages, and that my father—her only surviving child, born prematurely in March 1940 at the other end of France—weighed less than a kilo at birth and was so tiny he could fit in a shoebox. Hard to imagine he’d grow into a strapping man nearly 1.80 meters tall, tipping the scales at 100 kilos. When you come back from summer camp in early August and ask why she didn’t pick you up with your parents, and they gently tell you she’s "in heaven," you don’t realize she passed away at 54 after suffering greatly from stomach cancer that had spread.
Back to that family outing, that enchanted parenthesis. I even remembered where we’d had lunch when I passed through Dambach-la-Ville decades later. One of those charming, flower-filled towns Alsace produces in abundance—and preserves so well. This one sits high on a hill, and I was a bit stunned on the parking lot because the view stretched far, revealing the Alsace plain below—its fields, villages, hills, and forests. The world seemed so vast and enticing that day, even though I was only glimpsing a tiny fraction of it.

The region was already very touristy, but I wouldn’t notice the downsides until much later. That Sunday noon, I discovered a large restaurant filled with diners. I can still see the enormous piece of meat they served me, decorated with a little wooden skewer topped with a flag. I kept that one for a long time. Those were the golden days of rich, flowing, thick sauces—so flavorful—and the era of the world’s best fries, made on the spot with the best potatoes. To top it off, I was *exceptionally* allowed a small bottle of apple juice, Orangina, or—even better if possible—Sinalco. Yes, Sinalco—like Orangina, but better. A brand that must’ve disappeared in the 70s, but why, and what a shame! Since then, Orangina’s little bubbles have taken the brand to the other side of the planet—it’s now Japanese.
Year after year, I’d eagerly await that ecstatic moment when the most beautiful castle in Alsace, the Haut-Koenigsbourg, appeared in my field of vision. The perfect model, the archetype that blended into the landscape at the height of a child’s dreams. The trip home always felt like a reality check—less jarring than an alarm clock, but more diffuse and melancholic. From then on, there was only one wish: *When do we leave again?*











