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Vos photos: Tour du Monde en Saris, Boubous & Djellabas
by Cleastre · 2011-07-03 · 324 replies
Bonjour à tous 😉,

En attendant le Cool-Concours n°3 de Septembre prochain,

je vous propose la version estivale dont les règles restent les mêmes, à la différence près que les GPF (Grand Podium Final), seront plus simples et sans cadeaux spécifiques.

Souhaitant que le thème de cette nouvelle édition vous inspire autant que les précédents,

Saris, Boubous & Djellabas vous tendent les bras !!!

Heureux Estival Cool-concours à tous, et bonnes vacances aux Juilletistes 😎
Pourquoi l'Amérique fascine-t-elle tant? (États-Unis)
by Atila · 2011-06-23 · 328 replies
J'ai remarqué que la rubrique Etats-Unis générait le plus grand nombre de discussions (31000😮) ouvertes sur ce forum. (La Thailande semblant être le deuxième pays sur ce critère)

Cette première place ne reflète pourtant pas l'importance du flux de vacanciers français (pour nos amis québécois, la Floride semble être à l'inverse une destination de choix😉)

Je me demande donc ce qui fascine tant les Vfistes dans cette destination :

- la nostalgie des westerns ayant bercé notre enfance ?

- l'envie de découvrir le Rêve Américain ?

- la facilité (pas de difficultés particulières hormis la langue) ?

- ????

Personnellement ce fut la facilité..... (premier voyage lointain hors du nid familial 😄)
Pays en voie de "sous-développement" ou pas?
by Cleastre · 2011-03-02 · 313 replies
Bonjour,

Il y a seulement quelques années en arrière, certains pays comme la France pouvaient se prévaloir d'avoir nombre de longueurs d'avance en matière de développements technologiques, évolutions sociales, droits de l'homme, recherches scientifiques, techniques commerciales etc...

Pour cette raison et durant des décennies, on parlait tous de "Pays en voie de développement" en peu comme en opposition à d'autres pays occidentaux et asiatiques réputés "en avance" sur nombre de ces thèmes, alors qu'à l'inverse de la Chine (devenue 3eme puissance mondiale non seulement pour être devenue la zone industrielle de la planète mais qui en plus s'est lancée dans les créations et inventions propres à elle), d'autres en revanche nous semblent en perte de vitesse ce qui reviendrait à dire par comparaison, "Pays en voie de sous-développement"...

Partagez-vous cette impression lors de vos voyages en Europe et ailleurs, et pourquoi ???
Jeu des photos le renouveau
by Bordeluche · 2010-06-28 · 580 replies
bonjour,

puique le jeu est bloqué sur une photo introuvable, je le relance avec une photo facile (enfin je l'espère)

Pour le connaisseurs "Régis" y a un bar photo 2
Voyageur francophone: mythe ou réalité?
by Williama · 2010-03-04 · 197 replies
Bonsoir,

Pensez-vous que les voyageurs francophones ont généralement une approche, des attentes, des attitudes plutôt communes en matière de voyage ou alors pensez-vous plutôt le contraire, à part la langue ils sont tous très différents dans ce domaine?

Merci
Mongolie en octobre 2010: se procurer une monture de cheval et dormir dans des camps nomades?
by BobbyKent · 2010-02-03 · 23 replies
Bonjour à tous, je voudrais partir quelques mois à partir du moi d'octobre 2010 en Mongolie pour visiter le coeur du pays ( steppes, desert de Golbi etc ) 0 cheval et dormir dans des camps nomades. Je voulais savoir si comment il fallait faire pour se procurer une monture une fois sur place et si l'acceuil des nomades était ( si or du commun =) ) comme on le dit en Occident ?? Merci d'avance
Tour du monde 2012: en famille et en camping-car
by Cocosama · 2009-12-30 · 13 replies
Bonjour les voyageurs !

Ce forum est génial, bourré de bons conseils, d'astuces, d'expériences magnifiques.

Pour nous le départ est fixé à l'été 2012, en camping car pour au moins 1 an :-)

Nous partons avec nos 3 enfants de 12, 5 et 2 ans, voici notre itinéraire : ETE : ESPAGNE - MAROC (je sais, on aura chaud ...) AUTOMNE : MAURITANIE - SENEGAL NOV-DEC : BRESIL - BOLIVIE - ARGENTINE - CHILI JANVIER : AUSTRALIE FEVRIER-MARS : SINGAPOUR - THAILANDE - CAMBODGE - VIETNAM MAI : INDE JUIN : PAKISTAN - IRAN ... on verra d'ici là si c'est faisable ... JUILLET : TURQUIE - GRECE - ITALIE Donc 3 voyages intercontinentaux + cargo pour le ccar :

1. Dakar – Rio

2. Santiago ou buenos aires – Sydney

3. Sydney – Singapour

C'est un ordre d'idée mais à vrai dire nous ne sommes fixés sur rien, le but est de prendre le temps, de découvrir, de rencontrer, d'échanger, de partager. Nous aimerions également donner un but à notre voyage, le rendre utile, par exemple aller visiter des écoles en comparant certains critères, et en organisant un atelier pédagogique sur place : création d'un four solaire. Nous réfléchissons encore ...

Budget :

Achat du camping car + carnet douane

5 billets d'avion tour du monde pour 3 continents

3 traversées intercontinentales en cargo pour le Ccar

pour le budget sur place : 500 euros par mois, les visites/parcs/activités seront des +

(c'est ce qui nous restera de la location de notre maison après déduction impots/assurance/mutuelle)

Est-ce que vous êtes également dans ce type de préparatifs actuellement ?

N'hésitez pas à critiquer cet itinéraire, cela m'aidera à l'améliorer sans aucun doute. Cet été nous partons faire un est : 1 mois au québec en camping car, histoire de voir si on se supporte ...😛

Bon voyage à tous ! Bizzz Coco & Co
Trois semaines en Géorgie du 13 juin au 4 juillet 2009
by Breguet · 2009-09-04 · 11 replies
GAMARDJOBA (Bonjour) L'idée de ce voyage en Géorgie m'est venue en lisant le livre d'Ella Maillart : Parmi la jeunesse russe, elle a notamment voyagé en Svanétie, une région du Caucase. Le moment était venu pour nous de marcher sur ses traces.

LE DEROULEMENT DE NOS TROIS SEMAINES :

Sam 13 juin : Vol Turkish Airlines Paris - Tbilissi via Istanbul Dim 14 juin : Visite de Tbilissi train de nuit à destination de Zugdidi Lun 15 juin : Zugdidi - Mestia (Marshrutka) Mar 16 juin : Randonnée du glacier Uhsba Mer 17 juin : Randonnée Zabeshi - Adishi Jeu 18 juin : Randonnée Adishi - Iprali Ven 19 juin : Randonnée Iprali - Lalkhori Sam 20 juin : Randonnée Lalkhori - Ushguli Dim 21 juin : Ushguli Lun 22 juin : Randonnées du glacier Skhara Mar 23 juin : Ushguli - Mestia (Marshrutka) Mer 24 juin : Mestia - Kutaisi via Zugdidi (Marshrutka) Jeu 25 juin : Kutaisi Ven 26 juin : Kutaisi - Gori (Marshrutka) Sam 27 juin : Gori - Kazbegi via Tbilissi (Marshrutka) Dim 28 juin : Kazbegi Lun 29 juin : Kazbegi - Telavi via Tbilissi (taxi privé) Mar 30 juin : Telavi Mer 01 juil : Telavi - Sighnaghi (taxi privé) Jeu 02 juil : Sighnaghi Ven 03 juil : Sighnaghi - Tbilissi (Marshrutka) Sam 04 juil : Vol Turkish Airlines Tbilissi - Paris via Istanbul BUDGET : La monnaie locale est le Lari géorgien (GEL) Le cours actuel 1.00 € = 2.30 GEL , 1.00 dollar = 1.66 GEL Nous avons changé des euros à l'aéroport de Tbilissi le taux était un peu moins intéressant qu'en ville 1.00 € = 2.2850 GEL c'est pas dramatique non plus

Dépenses sur place : Nous avions apporté 1200.00 € et 450.00 dollars. Une seule guesthouse a été réglé en dollars. Nous avons dépensé en tout et pour tout 1000.00 €

Quelques prix : Une bouteille d'eau : 1.00 GEL Une bière à la pression (Ludi en Géorgien) : 1.20 GEL Consigne près de la gare : 3.00 GEL par bagage Un jeton de métro : 0.40 GEL Resto à Tbilissi à côté du Puris hôtel : 97.00 GEL à quatre Bus aéroport - centre ville : 0.40 GEL Taxi centre ville - aéroport pris à 1h00 du mat : 30.00 GEL GUIDES ET INFOS :

Lonely Planet 2008 (Georgia, Armenia & Azerbaijan) un peu léger pour la Géorgie Bradt 2008 : plus complet sur les différentes régions du Caucase Walking in the Caucasus de Peter Nasmyth : acheté dans une librairie au 34 avenue Rustaveli, malheureusement le dernier jour de notre voyage Assimil évasion : le Géorgien de poche s'est avéré utile www.info-tbilisi.com (très utile pour des infos sur la Géorgie en générale et sur les horaires de train) www.svanetitrekking.ge (très utile pour les randos) TRANSPORTS :

1 - Vols A/R Paris - Tbilissi via Istanbul : compagnie Turkish Airlines acheté sur internet pour un coût de 400.16 € par personne

2 – Tbilissi - Zugdidi train de nuit en couchette 1er classe Très confortable départ à 21h50 arrivée à 6h00 du mat (15.00 GEL/p)

3 – Zugdidi - Mestia (Marshrutka : bus local Géorgien):(20.00 GEL/p) Départ 9h00 du mat arrivée à 14h00 Trajet inoubliable car notre chauffeur (Nico schumacher c'est ainsi qu'il se prénommait) s'est enfilé en l'espace d'une demi-heure au volant deux litres de bière, deux heures plus tard une autre pause s'imposait, histoire d'enfiler quelques litres de bière supplémentaires accompagnés de Kubdaris ( sorte de pain fourré à la viande) pour faire passer le tout. Et bien sûr nous n'avons pu payer le moindre Lari. L'hospitalité svan commençait bien.

4 – Ushguli - Mestia (Marshrutka) :(15.00 GEL/p) Départ 8h30 arrivée vers 11h00 Superbe panorama sur les différents sommets du Caucase

5 – Mestia - Zugdidi (Marshrutka) :(20.00 GEL/p) Départ 7h30 arrivée 11h30

6 – Zugdidi - Kutaisi (Marshrutka) : (6.50 GEL/p) Départ 12h00 arrivée 14h00

7 - Kutaisi - Gori (Marshrutka) : (8.00 GEL/p) Pour ce trajet nous prenons une marshrutka qui va directement à Tbilissi, le chauffeur nous laisse sur le bord de la route et de là il est possible de prendre un taxi négocié à 4.00 GEL pour le centre ville de Gori. Il faut environ 3h00 pour le tout

8 - Gori - Kazbegi : Nous avons du prendre un bus pour Tbilissi très confortable (3.50 GEL/p) dont le départ était à 9h40 pour arriver à la station de bus (Didube) à 11h00. La marshrutka pour Kazbegi à la même station est partie à midi pour arriver sur les coups de 15h00.

9 - Kazbegi - Tbilissi (taxi privé) : (32.00 GEL à quatre) Nous avons pris un taxi jusqu'à Tbilissi pour exactement le même prix que la marshrutka mais avec les arrêts photos et en prime la visite du monastère Ananouri.

10 - Tbilissi - Telavi (taxi privé) : (40.00 GEL à quatre) Après avoir rejoint Tbilissi nous prenons le métro pour rejoindre station Isani départ des taxis pour Télavi, il nous aura fallut environ 2h00, notre chauffeur était vraiment taré.

11 - Telavi - Sighnaghi (taxi privé) : (120.00 GEL à quatre) Nous décidons de suivre la route de la Gombori pass où les paysages sont magnifiques et de visiter le site de Davit Gareja

12 - Sighnaghi - Tbilissi (Marshrutka) : (5.00 GEL/p) Départ à 11h00 arrivée à 13h00

HEBERGEMENTS : Nous avons toujours dormi chez l’habitant sauf une fois à Gori où nous avons dormi dans un hôtel.

1 – Mestia : Guesthouse Nino Ratiani 20 dollars par personne en demi-pension On a préféré payer en Lari ce qui n’est pas forcement très judicieux car elle vous fait un taux de change pas très avantageux. Nous n’avons pas trouvé la nourriture excellente mais vite oubliée par le fait que Nino est toujours de bons conseils et d’une aide précieuse pour vous organiser des déplacements en 4x4.

2 – Adishi : Guesthouse Zorha Khaldani 35 GEL par personne en demi-pension La famille est très accueillante et ils vous concoctent une très bonne cuisine simple (khachapuris, kubdaris, jus de fruit et cake), petit déjeuner excellent.

3 – Iprali : Guesthouse Ucha Margvelani 40 GEL par personne en demi-pension Accueil comparable à la guesthouse précédente. Les commodités sont plus confortables.

4 – Lalkhori : Famille Saoudi Gourbani, chez l’habitant 30 GEL par personne la demi-pension Très bonne soirée improvisée et encore une fois un accueil formidable.

5 – Ushguli : Guesthouse Dato Ratiani (cousin de Nino) 30 dollars US par personne la demi-pension. Pour nous c’est sans doute la meilleure adresse de notre trek avec une nourriture variée tous les jours qui plus est bio : lait frais tous les jours, mazzoni (yaourt)…. Nanou et babouchka sont super gentilles.

6 – Kutaisi : Beka Hôtel 50 GEL par personne en demi-pension mais négociée à 40 GEL. Guesthouse bien située, domine le centre ville de Kutaisi proche du marché et de la cathédrale Bagrati. Si comme nous vous avez la chance d’avoir un car de touriste Allemand vous aurez droit à un bon repas.

7 – Gori : Intourist Hôtel 60 GEL la chambre. Attention l’eau chaude fonctionne le soir uniquement. Entrés dans l’hôtel et vous aurez l’impression de faire un retour dans le temps : la période soviétique.

8 – Kazbégi : Guesthouse Nunu Maisuradze 35 GEL par personne la demi-pension. Très jolie vue sur Tsminda Sameba et le Mont Kazbège. Les lits sont installés dans le salon au milieu des meubles.

9 – Télavi : ATTENTION LES 2 PREMIERES GUESTHOUSES CITEES DANS LE LP SONT FERMEES !!! Guesthouse Tushishvili 35 GEL par personnes la demi-pension. Accueil pas très chaleureux.

10 – Sighnaghi : Guesthouse David Zandarashvili 35 GEL par personne la demi-pension et vraiment ça les vaut ! Enfin une vraie guesthouse depuis la Svanétie. La famille est super sympas et simple, le vin et la chacha coulent à flot. La cuisine est super délicieuse et variée, d’influence turque ! Pour la première fois de notre voyage, le chef de famille a dîné en notre compagnie et ce fut vraiment une très belle soirée qui s’est achevée vers 1h00 du matin.

11 – Tbilissi : Dodo guesthouse 60 GEL la chambre avec un coin cuisine commun ainsi que les sanitaires. Nous n’avons pas dormi chez eux mais nos 2 compagnons de voyage ont décidé de dormir chez Dodo, ce qui nous a permis de laisser nos bagages pour la journée car nous devions être à l’aéroport pour 2h00 du matin. Ils ont été très sympas d’accepter et en échange ils ne nous ont rien réclamé.

LA SVANETIE

La Svanétie était le but de notre voyage en Géorgie. Nous avions envie d’aller sur les traces d’Ella Maillart.

1er jour : Mestia

Nous sommes arrivés en début d’après-midi à Mestia. Après notre installation, nous sommes partis avec nos 2 compagnons de route Hans et Baas faire une ballade dans la ville. Nous avons eu l’impression d’une ville morte, de plus le ciel était totalement plombé ce qui ajoutait un côté dramatique à la scène. Notre fin de journée fut égayée par une chacha party dans une grange en compagnie d’une dizaine de Svans, notre voyage en Svanétie commençait bien !!!

2ème jour : Mestia – Ushba

Nous avions décidé de faire le trek au glacier d’Ushba sur 2 jours car nous avions apporté notre tente. Malheureusement, le temps n’étant pas de la partie nous avons finalement randonné 1 seule journée.

Pour le départ de ce trek qui se situe à Mazéri, nous avons du louer un 4x4 (70 GEL à 4) avec chauffeur.

Dès le départ de la rando, nous avons la surprise d’être accompagnés par 2 agents de la sécurité (Amadan et Spartak et ses 2 chiens). Le début du trek se déroule sous la pluie, les nuages jouent à cache-cache avec le soleil. Nous sommes quand même allés jusqu’aux cascades, après avoir fait une pause déjeuner à la petite cabane (point n°6) bien sûr le tout arrosé de chacha. En fin de journée, nous avons pu apercevoir le Mont Ushba où se déroulaient des courses de chevaux avec en toile de fond un d écor alpin : des fleurs, des vaches, des sapins…

3ème jour : Zabeshi – Adishi

Départ pour 3 jours de marche pour rejoindre Ushguli.

Nous devons relier Mestia à Zabeshi par 4x4 (60 GEL à 4). Encore une fois, nous sommes partis de Zabeshi sous la pluie.

Toute la première partie se fait en montée sous la pluie. Heureusement pour nous, l’arrivée en début d’après-midi sur le plateau se fait sous le soleil qui nous accompagnera jusqu’à notre étape finale Adishi. La beauté des paysages est encore une fois au rendez-vous. Quelle ne fut pas notre surprise de voir apparaître le surprenant petit village d’Adishi dominé par une cascade. Ce village paraît totalement à l’abandon avec ses vielles tours dont la nature a repris ses droits. Beaucoup de maisons semblent totalement inhabitées. Heureusement, la famille de Zohra Khaldani sera là pour nous réserver un accueil des plus chaleureux.

4ème jour : Adishi – Iprali

Nous partons à 9h00 du matin, ce qui n’est pas de trop car nous arriverons à Iprali vers 20h00. Donc bien gérer votre temps. Le début du trek qui se déroule encore une fois sous la pluie nous paraît assez facile. L’arrivée sur le glacier se fait dans la brume, à présent nous devons affronter la traversée de la rivière qui descend tout droit du glacier : les eaux sont glacées et le débit assez important. Il nous faudra environ 2h00 pour trouver un passage qui nous permettra d’atteindre l’autre rive. Mais dans notre malheur, la chance nous a sourit : Mr le glacier d’Adishi a dénié se montrer !!!

Nous devons maintenant affronter la montée à la pass qui se situe à environ 2 700 mètres, à la période où nous sommes passés la neige était encore bien présente. Si la vue est dégagée, possibilité de voir la chaîne du Caucase avec en autre le Tetnuldi.

La suite de notre rando nous a conduits au village de Khalde détruit par les Russes sous la période Tsariste. Nous arriverons tard à Iprali, trempés jusqu’aux os et bien fatigués. La famille d’Ucha s’est mise en 4 pour nous permettre de nous réchauffer et par la même occasion de sécher nos affaires.

5ème jour : Iprali – Lalkhori

Nous débutons notre journée par la visite de la petite église d’Iprali dont Ucha, le propriétaire de la guesthouse possède les clés. Ensuite nous débutons notre trek en direction d’Ushguli.Nous descendons jusqu’au village de Davberi, après le pont nous tournons à droite en suivant le marquage rouge et blanc puis nous grimpons jusqu’à une altitude de 2 500 mètres persuadés d’être sur le bon chemin. Arrivés sur les hauteurs nous devons nous résignés à revenir sur nos pas car nous avions empruntés le mauvais chemin. Il était 16h00. Il nous faudra 2 heures pour redescendre sur Davberi.Nous décidons de trouver une voiture qui nous amènerait à Ushguli, finalement la famille a qui nous demandons de nous y conduire nous propose de passer la nuit chez eux. Grâce à cette erreur nous passerons une excellente soirée chez les Gourbani à Lalkhori. Nous apprendrons plus tard que nous nous apprêtions à rejoindre Lentheki en Basse Svanétie. Le chemin de randonnée en cette période nous a semblé impraticable à cause de la neige.

6ème jour : Lalkhori – Ushguli

Journée assez facile en perspective. Le chemin suit tout simplement la route. Nous décidons de prendre l’ancien chemin (marques jaunes) qui surplombe la route. Hans et Baas nos 2 compagnons de route décideront de suivre la voie classique (marques rouge et blanche). Malgré un manque de marquages jaunes le trek est réalisable. Vers 15h30, nous voilà enfin arrivé à notre but ultime Ushguli, sans doute le plus beau village de la Haute Svanétie planté dans un magnifique décor avec en arrière plan le Mont Shkhara. L’accueil chez Dato Ratiani est encore une fois des plus chaleureux.

7ème jour : Ushguli

Nous consacrons la journée à visiter l’église Lamaria, le musée ethnographique (5 Gel par personnes pour les 2 sites) et les alentours d’Ushguli.

Surtout ne pas monter jusqu’aux ruines qui dominent Ushguli d’une part, la montée est raide et dangereuse et d’autre part la vue sur le village n’a aucun intérêt.

8ème jour : Trek au glacier Shkhara

Avec Hans nous partons faire la rando jusqu’au glacier : 12 km aller/retour, très facile malgré la présence de névés. La vue au pied du glacier n’est pas exceptionnelle, mais nous avons pu constater avec regret que le glacier reculait à vue d’œil !!!

9ème jour : Retour à Mestia en martshrutka

Au programme de cette journée, détente et visite du musée ethnographique de la ville (10 GEL/personne + 10 GEL si vous prenez un guide anglophone). Ce musée est très intéressant, on peut découvrir beaucoup d’objets traditionnels Svan et la visite se termine par une galerie de photos prises par Vittorio Sella à la fin du 19ème siècle.

Nous avons particulièrement apprécié la vie authentique qui est encore bien préservée dans cette petite région du Caucase. La nourriture était saine et excellente. L’accueil des Svans était à l’hauteur de nos espérances.

QUELQUES CONSEILS :

- Prévoyez une cape de pluie car le temps dans cette région est vraiment instable,

- N’hésitez pas à jeter un œil sur le site internet www.svanetietrekking.ge , il est bien fait. A partir de ce site vous pouvez imprimer les randos qui vous intéressent. Sinon, l’agence se trouve à Mestia dans la rue Vittorio Sella au numéro 11,

- Un guide Svan n’est pas nécessaire pour réaliser les randos, les balisages (marques rouge et blanche) sont en nombre suffisant et visibles,

- Mestia est un bon point de départ pour de nombreuses randonnées,

- Si vous avez l’intention de revenir sur Mestia, après le trek de 3 jours pour Ushguli il existe une martshrutka qui fait le trajet Ushguli – Mestia 2 fois par semaine le mardi et le vendredi, environ 2heures de route pour 15 GEL par personne. A titre d’exemple, on nous a proposé de faire le même trajet en 4x4 pour 180 GEL, pour nous le choix était vite fait,

- Pour les peu courageux et les pressés, vous avez la possibilité de louer un 4x4 à la journée pour faire l’aller/retour entre Mestia et Ushguli, il vous en coûtera 150 GEL,

- Si vous ne souhaitez pas revenir sur Mestia, il est possible de relier Ushguli à Lentheki en 4x4. Bien se renseigner avant votre départ.

PETIT DICTIONNAIRE :

Chacha : alcool local. Nous avons pu goûter différent breuvage de ce petit alcool de différente qualité.

Khatchapuris : pain fourré au fromage local (plat national).

Kubdaris : pain fourré à la viande.

Kinkalis : raviolis fourrés à la viande.

Ella MAILLART : 1903-1997, écrivaine, photographe, journaliste, aventurière Suisse.

Quelques livres :

Parmi la jeunesse russe (1932), Moscou jusqu’au Caucase

Des Monts célestes aux sables Rouges (1934), Asie Centrale russe

Oasis interdits de Pékin au Cachemire (1937), avec Peter Fleming

La voie cruelle, deux femmes, une Ford en Afghanistan (1947), périple avec Anne - marie Schwarzenbach

Ti-puss ou en Inde avec ma chatte (1951), écrit lors d’un voyage de 5 ans aux Indes

Croisières et caravanes (1951)

La vie immédiate (1991) recueil de photos prises et réunis par Ella Maillart accompagnés de textes de son ami Nicolas Bouvier.

« Extrait de l’encyclopédie wikipédia »

10ème jour : Kutaisi via Zugdidi

La matinée fut consacrée aux transports. Départ de Mestia à 7h30 arrivée à Zugdidi à 11h30 en martshruka. Un minibus nous attendait pour Kutaisi, environ 2 heures de route.

Après notre installation au Béka hôtel, nous sommes partis visiter la ville. En fin de journée, nous avons visité la cathédrale Bagrati, enfin ce qu’il en reste !!!

11ème jour : Les monastères Gelati et Motsameta

Nous nous rendons au centre ville pour prendre la martshruka (derrière le théâtre voir le LP) à 11h00 pour le monastère Gelati. Sans doute le mieux conservé de tous les monastères visités. On a pu assister à de nombreuses célébrations. Nous décidons de nous rendre à Motsameta en suivant le chemin indiqué dans le LP. Nous ne l’avons jamais trouvé. Nous prendrons finalement une martshrutka. Le monastère en lui-même ne présente pas beaucoup d’intérêt mais le cadre dans lequel il se situe est très agréable.

12ème jour : Gori

Comme bon nombre de touriste nous nous sommes installés à l’Intourist hôtel dont l’atmosphère nous replonge au temps de la période soviétique. Bien sûr, nous consacrons notre après-midi à visiter le musée dédié à la gloire de Staline. L’entrée du musée est de 15 GEL/personne, le prix comprend 1 guide francophone, le wagon, la maison située devant le musée (anciennement le musée de la révolution). En fin d’après-midi nous sommes montés à la forteresse qui domine la ville. Nous nous attendions à voir une ville totalement détruit, nous sommes surpris de constater que non seulement Gori est une ville très animée et on a du mal à croire qu’un an auparavant cette dernière était occupée par les Russes.

15ème jour : Kazbégi

Nous quittons Gori et Staline à regret pour rejoindre Kazbégi, qui se situe à la frontière russe dans le Caucase. Pour cela, nous empruntons la Georgian Military Highway qui longe la frontière Ossète. Nous avons l’impression d’arriver dans une station de sport d’hiver quelconque, la Svanétie nous manque déjà avec ses petits villages traditionnels. Nous décidons quand d’aller nous perdre dans les ruelles de la ville. Notre première impression sera définitivement oubliée après avoir assisté à une cérémonie religieuse très intéressante et par le splendide coucher de soleil sur le Mont Kazbège depuis le balcon de notre guesthouse.

16ème jour : Kazbégi

Notre journée s’organise dans un premier temps par la visite du monastère Tsimda Sameba, une nouvelle fois la pluie nous accompagne durant toute la rando et il nous sera impossible de voir le Mont Kazbège depuis le monastère. Le mauvais temps et le froid nous oblige à redescendre au village.

Nous demandons à Nunu, la propriétaire de la guesthouse si il est possible de louer un taxi pour nous rendre jusqu’à la frontière russe par les gorges de Dariali. Le prix qu’elle nous propose 60 GEL négocié à 50 Gel nous parait exorbitant pour le peu de kilomètres à faire. Nous déclinons son offre.

En nous baladant sur la rue principale, nous trouvons un papy géorgien dans sa vieille Lada (très attachant et aux petits soins pour sa Lada) qui nous propose exactement le même trajet pour 25 GEL à 4. Nous ne regrettons absolument pas notre choix.

17ème jour :Télavi

Nunu nous propose un taxi pour nous ramener à Tbilissi au même tarif que la martshrutka (8GEL/personne) ce qui nous permet de pouvoir nous arrêter quand on le souhaite. Grâce à cela, nous avons pu visiter le monastère d’Ananuri situé à côté du réservoir de Zhinvali.

Le taxi nous a déposé à Didube, puis nous avons pris le métro jusqu’à la station d’Isani où nous avons pris un taxi pour Télavi (40 GEL à 4) qui se situe en Kakétie, région viticole de la Géorgie. Après 2h00 de route, nous arriverons à Télavi, heureux de constater que nous sommes toujours en vie.

Par le biais de Svetlana, la propriétaire de la guesthouse, nous rencontrons David notre chauffeur pour la journée du lendemain. Au final, nous passerons 2 journées inoubliables en sa compagnie.

Ses coordonnées :

purgatorium@rambler.ru

+99593761216

+99598191713

18ème jour : alentours de Télavi

Au programme de cette journée (50 GEL à 4) :

- monastère Ikhalto,

- cathédrale Alaverdi,

- villages réfugiés Tchétchènes (Dvisi, Jokolo, Birkiani),

- la réserve naturelle Batsaris Nakrdzali,

- Akhali et Dzveli shuamta.

En route, nous avons fait une halte dans une famille productrice de vin et de chacha. Nous avons pu voir le procédé de conservation qui consiste à entreposer le vin dans des jarres enterrées dans le sol. La famille très sympathique nous a offert un litre de chacun de ces potions. Les breuvages n’étaient pas terribles !!!

Un petit regret dans cette belle journée, nous avons simplement traversé les villages Tchétchènes sans nous arrêter.

19ème jour : Sighnaghi

Nous quittons Télavi pour nous rendre à Sighnaghi, David nous propose d’emprunter la pass de Gombori où nous pouvons admirer la chaîne du Caucase. Nous visitons ensuite le magnifique site troglodyte de Davit Gareja situé à la frontière azérie. N’hésitez pas à faire le grand tour pour voir les fresques et la vue des montagnes alentours. Penser à prendre de bonnes chaussures.

A notre arrivée à Sighnaghi, nous avons le plaisir d’assister à un magnifique coucher de soleil. Cette journée nous coûtera 120 GEL à 4.

Nous passerons une soirée inoubliable en compagnie de notre hôte David Zandarashvili, une vraie soirée géorgienne comme on pouvait ce l’imaginer où toutes occasions est bonne pour porter un toast. Nous nous coucherons vers 1h00 du matin légèrement »bourrés ».

20ème jour : Sighnaghi

Nous visitons la ville qui nous paraît un peu surfaite. Notre ballade nous mènera au couvent Bodbe où se trouve la tombe de St Nino. Ne pas louper cette dernière qui est magnifique. Inutile de descendre jusqu’à la source.

21ème jour : Tbilisi

En guise de souvenir, le patriarche nous a offert une petite bouteille de chacha. Départ pour Tbilisi en martshrutka à 11h00 (une toute les 2h00 à peu près) 5 GEL par personne.

Nous avons refait avec nos comparses le tour cité dans le Lonely Planet après les avoir installés chez Dodo guesthouse dans marjanishvili street. Nous avons découvert des endroits que l’on avait totalement zappé lors de notre premier passage. A noter au n°31 de la rue marjanishvili il y a une très bonne boulangerie et en plus les gens sont supers sympas. De plus, Dodo nous a autorisés à laisser nos sacs pour la journée sans rien nous demander, très sympas.

Nous avons été jusqu’à la forteresse Narikala ainsi qu’aux bains de sulfure et au hammam. N’hésitez pas à aller boire un verre en terrasse à l’hôtel restaurant le Kopala au couché de soleil et l’éclairage sur les monuments de Tbilissi est magnifique.

Nous avons dîné au restaurant situé à côté du Puris Sakhli : 97 GEL à 4.

Pour finir la soirée en beauté, nous avons improvisé une dernière chacha party chez Dodo. Puis vers 1h00 du matin, il était temps pour nous de partir. En descendant la rue nous avons trouvé un taxi pour nous mener à l’aéroport : 30 GEL.

CONCLUSION :

Beaucoup de gens qui envisagent un voyage de 3 semaines dans cette région ne consacre en général qu’une semaine à la Géorgie et 15 jours à l’Arménie. Personnellement, nous avons passés 3 semaines en Géorgie qui sont malheureusement insuffisantes pour découvrir l’ensemble du pays. C’est un tout petit pays avec des régions très différentes ce qui en fait toute sa richesse.

Un grand merci à Hans et Baas sans qui ce voyage n’aurait jamais été le même !

DIDI MADLOBA ! GARGAT !

Toast à la Géorgie et ses habitants, GAUMARDJOS !

Merci à Nancy pour ses carnets de voyages qui nous ont beaucoup inspirés.

PETITS CONSEILS :

Messieurs, prévoir un pantalon pour la visite des monastères, pour vous mesdames jupes et foulards même si la plupart du temps tout ceci est fourni.
Improvisation nomade (version intégrale)
by Nicodilo · 2009-07-30 · 14 replies
PROLOGUE

Cinquante mâles indiens debout, à deux mètres, les yeux fixés sur nous. Nous, c’est deux jolies filles bien blanches assises par terre contre les sacs au bord de la route, et moi. Et puis un croisement, un ou deux bouibouis crasseux, quelques cactus et le désert à perte de vue. Silence. Une boutade en ourdou laisse éclater de rire tous les joyeux compères indiens, musulmans et camionneurs. Rien que ça. Bon alors, qu’est ce qui s’est passé ? Qu’est ce que je fous là ? Je me lève. On fait moins les malins, bande de nains. Mais ils sont beaucoup quand même. Je pars. Verrai ce qui se passera avec les filles. Vais au bouiboui boire un tchaï, un thé au lait avec des épices. Jette un œil de côté pour regarder ce rare spectacle : une bande de frustrés, et sûrement puceaux la plupart, avec deux Occidentales – et leur triste réputation, nous y reviendrons – perdues dans le désert. Le cercle se resserre autour des filles. Se resserre encore. Bientôt, elles disparaîtront. M’en fous un peu. Les connais à peine. Je ne les vois plus. Un instant. Un instant seulement avant un cri très fort. Un cri de femme, strident, enragé. Un cri terrible. Et, comme un départ de course : une bande de trous du cul qui se sauve en courant dans tous les sens. Une des filles s’est levée. C’est elle qui a crié. Un des mâles a osé toucher ses cheveux, elle lui a mis une grosse tarte dans la gueule. Du moins, elle aurait bien voulu mais ils sont partis trop vite. Au loin, ils rient. Ils pleurent de rire même car ils ont eu peur ces nigauds. C’est les nerfs en quelque sorte. Ils restent à distance maintenant. À dix mètres, le cercle se reforme. Ils attendent. Les filles n’ont pas l’air angoissé. Juste méfiantes. Le gars du bouiboui parle quelques mots d’anglais. On rigole ensemble de la situation. Cinq mètres, le cercle se rapproche. Ça va recommencer. Mais là, ça va m’agacer, je vais y aller ! J’y vais. Trop tard. Le bus arrive en klaxonnant. Il n’y a plus de place dedans. Monte sur le toit. Démarre. C’est parti ! Mais où on va au fait ?

« La vérité, c’est qu’on ne sait nommer ce qui nous pousse. Lorsque le désir résiste aux premières atteintes du bon sens, on lui cherche des raisons. Et on en trouve qui ne valent rien. Un voyage se passe de motif. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit qu’on va faire un voyage mais bientôt, c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait… »

Nicolas Bouvier

Les Saints de Glace

Premiers jours de mai 2004, à la gare de Poitiers. Par la fenêtre de la micheline, quelques amis et famille nous font coucou tristement. Il fait beau et chaud même si mamie a dit que les Saints de glace n’étaient pas encore passés. C’est quoi les Saints de glace ? Trop tard pour lui demander. Limoges… Déjà perdus ! Dans l’allée du bus, le sac ne passe pas. Obligés de rester debout. L’impression d’être regardés… Peut-être trompés de bus… Où est la carte ? On descend à Ambazac. À la sortie du village, devant notre pouce tendu, une voiture s’arrête, toute petite et déjà surchargée. Le monsieur tasse nos sacs dans le coffre. Ça ne ferme pas, forcément, alors il force, il force et le pare brise se bombe dangereusement. La femme crie : « Arrête, tu vas tout casser ». Le coffre restera ouvert. Merci messieurs-dames, on descend là. Si, si c’est là, merci beaucoup. Saint-Laurent-les-Églises, hameau de quelques vieilles âmes. Pourquoi là ? Le petit trait rouge, tu le vois. Ça veut dire que c’est le bon chemin. Celui qui traverse la France de la côte Atlantique à l’Italie. Le Gr4. Il passe ici. Et on va par là. Vers le sud. Par contre, aide-moi à mettre le sac sur mon dos parce que, là, je vais me casser les reins autrement. Et nous voilà qu’on disparaît derrière les arbres et les collines avec nos petites jambes, bien décidés à ne jamais s’arrêter avant d’être loin. Très loin. Peut-être pas, remarque. Mais peut être que si, quand même, enfin on verra bien ! Nous, c’est Daoud et moi, deux jeunes de 25 ans, un peu perdus sans doute, sans trop d’ambitions non plus, à part foutre le camp. Quitter le travail, les appartements, les amis, la famille et puis tout le reste. Tout. On part à l’aventure. Par les chemins de randonnée pour quitter la France. À l’étranger, on verra. Déjà, il faut partir, prendre la route. Ne pas réfléchir. Un voyage se passe de motif comme on l’a lu plus haut. On aura au moins fait ça dans notre vie. On aura voyagé, on aura été libre… Avant la nuit, un petit coin pour camper se présente. Ça ne manque pas dans cette campagne. Petit feu dans la nature. Petite soirée dans la brise légère. Temps clair et doux, parfait en toile de tente. Nous voilà heureux. Le lendemain est pluvieux et froid. Sans nous décourager, nous marchons à travers les forêts, les collines, les villages. – Eh, Daoud, ça va pas là, c’est dur, j’ai mal, je suis mort. C’est fatigant de marcher. On aurait pu prendre un vélo ou un cheval ou même un âne, quelque chose quoi. Parce que rien que la France, il y a au moins, pouf, tout ça quoi ! – T’occupe pas de la marque du vélo, pédale, il m’dit. Et avec le sourire. Les épaules lacérées. La sueur salée qui pique les yeux et qui coule sous le k-way glacé. Les chaussures qui se font aux pieds. Les pieds qui se font aux chaussures. Je ne sais pas mais ça fait mal. À midi, nous dégustons un sandwich rillettes dans une cave où pourrissent des navets en décomposition. Le seul endroit où il ne pleut pas. Les mains fermées sur notre petite tasse de thé brûlante, nous ne rigolons plus. Très vite, la sueur refroidit sous les vêtements et nous devons repartir. Le soir, le vent se lève, le froid devient glacial. Nous grelottons dans la fumée du feu puis dans notre duvet d’été où le vent s’engouffre ! Des frissons me remontent des orteils jusqu’aux cheveux par vagues. Mourir de froid doit être la chose la plus atroce. Mais je suis si fatigué que je finis par m’endormir. Dans la nuit, le froid s’empare de moi et me fait délirer. Je mêle mes cris à ceux de la forêt, et à celui sinistre, du vent dans la toile de tente. Tôt le matin, je me lève pour remuer mes membres gelés. Il a neigé. Dis-moi Daoud, les Saints de glace, ce ne serait pas une période de… Il est déjà parti. Le chemin est une ornière pleine d’eau, de boue et de glaise. Il monte. Chaque pas est un effort. Le souffle est court. Courbé sous mon sac, je n’apprécie guère le paysage. Je m’entends pousser des petits gémissements. Comment puis-je résister encore ? Chaque seconde, je rêve de balancer mon sac dans le fossé. Et dire que c’était mon idée... Enfin, nous débouchons dans un petit village. Dormir abrités ce soir. C’est tout ce que nous voulons. Prendre une douche. Jeter les sacs. Mais il n’y a rien dans ce village. On nous dit de marcher encore jusqu’à une ferme à 1 ou 2 kilomètres. Peut-être pourra-t-on nous accueillir… À la ferme, les chiens nous accueillent, en effet ! Le paysan nous dit que ce n’est pas possible chez lui. On insiste un peu. On veut juste une grange, un coin de paille, à l’abri du vent et de la pluie. Mais c’est « Non. » « Allez plus haut, à 1 ou 2 kilomètres, il y a une famille qui prend des gens comme vous. » Des gens comme nous ! Ça veut dire quoi, des gens comme nous ?À bout de force et de patience, nous arrivons devant une petite maison. Nous n’espérons plus. Et pourtant, ici commence la série des gens qui nous ont aidés, motivés, offert. Une douche chaude, un lit. « Prenez cette petite bouteille de vin, ça vous réchauffera. » C’est incroyable, quand on est à bout, le plaisir que ça fait de recevoir la moindre chose. Comme cette petite boulangère qui est sortie de son magasin quand elle nous a vu passer pour nous donner des gâteaux. Ou cette petite mamie en pleine campagne à qui l’on demandait de l’eau et qui nous a donné des œufs « Vaut mieux ça que faire la drogue, » elle a ajouté… Malgré ces encouragements, quelques jours plus tard, je suis dans un lit à Clermont Ferrand sans plus pouvoir bouger. Le moral a tenu mais pas le physique. Un tendon a dit le docteur, il faut vous reposer. Agacé d’être déjà arrêté, je voudrais repartir de suite. Dans ce lit, j’ai l’impression de perdre mon temps. Mais cela se dissipe très vite. Nous réalisons peu à peu que nous sommes libres. Pas pressés. Pas comme les vacances où, chaque année, chacun s’arrange pour quelles soient parfaitement organisées afin de ne pas perdre un temps précieux. Nous, on peut rester là autant qu’on veut, se détendre, penser, rêver, manger tout doucement, apprendre à vivre sans stress, apprendre à vivre sans travailler, sans rien faire ! On se laisse vite aller à ce genre de chose et au cours du voyage, je crois que nous sommes devenus professionnels. Daoud a même dit une fois : « Quand on en a marre de rien foutre quelque part, on prend le train et on va rien foutre ailleurs ! » Se promener, observer, discuter avec les gens. Prendre son temps pour chaque chose que l’on fait. Calme, Shanti Shanti disent les Indiens ! Bref, on commence à s’apaiser et profiter de notre temps à Clermont une semaine après la démission.

Une fois soignés, nous vidons nos sacs beaucoup trop lourds pour ne garder que le nécessaire et repartons sous le soleil de mi-mai. Avec entrain mais est-ce la peine de le dire ! L’aventure nous appelle. Passons le Puy de Dôme, pas très joli avec sa grosse antenne au sommet, ses parkings payants à l’entrée et son bus pour prendre la route goudronnée qui y mène. Puis aux pieds d’autres volcans plus sauvages pour finalement passer la nuit sous l’un d’eux : celui de la Vache. Quelques jours plus tard et surtout après quelques dizaines de kilomètres de marche, nous arrivons au Puy de Sancy. L’ascension s’effectue tranquillement. On suit la crête. Pas de problème. Le vent, la neige, le ciel bleu. Et puis, on se perd. Plus de huit heures de marche. Pas de trace du chemin. Plus d’eau. Nous vagabondons dans la neige, les ruisseaux gelés, le vent très fort et la fatigue. Glisser, trébucher, marcher encore, remonter pour passer un ravin. Dur. La soif serre la gorge. Nous commençons à sucer la glace mais craignons pour notre ventre. Nous sommes des citadins fragiles. Dix heures de marche. Cette fois, la soif est la plus forte, nous nous jetons dans le ruisseau. Le vent nous a asséché la gorge toute la journée avec son pote le soleil. Mais déjà ça va mieux. Il va bientôt faire nuit, pourquoi ne pas camper là ? Le vent ne veut pas, il emporte la tente. Marcher encore. Enfin, un petit bois. Ce sera là. La tempête fait rage. Les ombres des branches s’agitent sur la toile comme des marionnettes lugubres. Le sommeil est plus fort. Les jours suivants, nous ne bougeons pas, brûlant le bois que le vent a fait descendre des arbres autour de nous, lavant notre linge et nos fesses dans le ruisseau gelé, crapahutant jusqu’à un village à travers ravins et forêts pour trouver une miche de pain. Puis repartons ragaillardis vers le Cantal. Hauts plateaux herbeux. Chemins bordés de calcaire. Traverser des réserves naturelles, zones protégées d’oiseaux, nez à nez avec un taureau et vaches dix fois plus nombreuses que les habitants. D’habitant, on en rencontre un. Un beau, un jeune. Il ramasse des pissenlits, dans son panier, avec ses bottes, une grande culotte bleue, des bretelles sur sa chemise à grands carreaux et une jolie casquette jaune. On lui demande pour quoi faire. « Bah pour faire de l’avèze ! », il répond avec son superbe accent. Mais comme on le regarde bêtement et qu’on répète « De la quoi ? » il comprend que ces gens-là ne connaissent pas l’avèze, alors il explique. « De l’alcool, c’est. Juste les têtes qu’il faut pour faire l’avèze et il en faut beaucoup des têtes. Même que ça se vend un euro le kilo ! » On en prend quelques-unes pour soupeser, c’est plus léger qu’une plume, un pissenlit. Puis on regarde autour de nous, les champs pleins de pissenlits, jaunes sur des kilomètres : une fortune ! « Salut mon gars, bonne continuation. » « Bien le bonjour chez vous, monsieur-dame. » Des pâtures, des vaches, des collines, du soleil et des chiens. Des chiens qui viennent nous agresser au milieu de nulle part. Qui nous suivent sur des centaines de mètres, qui se relaient. Puis encore quelques villages bien perdus. Une maison de retraite d’où tout le monde descend nous encourager. Un camping où nous prenons enfin une douche, lavons notre linge et d’où repartons sans avoir vu personne. Une préfecture de département, St-Flour, sans connexion internet. Le Cantal…

Fin d’après-midi, on se pose dans un coin agréable. En cinq minutes, la tente est montée. Détente. Allongés dans l’herbe, on lit, on grignote, on discute. Nos pieds se reposent. Ils ne nous font plus vraiment mal maintenant. On a de la corne. Au repas, légumes frais, bon pain et véritable fromage. En dessert, l’incontournable thé avec son carré de chocolat... Quatre semaines que nous sommes partis. J’en ai rien vu. Les vacances sur une année de travail. J’y pense. C’est bien trop peu à mon goût. Alors que nous… Quelle vie tout de même. Se promener tranquillement dans les montagnes, rencontrer des gens, visiter les villes et les campagnes de notre joli pays. Ça me plaît. Dire qu’on peut passer à côté de ça. J’ai oublié de pointer ce matin. Faut que j’explique à mon chef. Déjà que je suis arrivé en retard deux fois cette semaine. La nuit est tombée. Le ciel se couvre. Bientôt, de grosses gouttes tombent comme des cailloux sur la toile. L’orage est sur nous. Bien longtemps que je n’avais vu un tel orage. Enfin, peut-être n’y en a-t-il plus d’assez conséquents pour nous affoler comme je le suis à présent, dans les lumières et le bruit incessant de nos villes et derrière nos volets clos. C’est violent un orage quand on est dessous. Ça fait peur. La toile ridicule chavire sous les rafales. Le tonnerre en dolby stéréo. L’eau qui rentre à l’intérieur. Vite, une gamelle. On n’en a qu’une. Tout est déjà trempé. Nous écoutons, bien au fond du duvet, mêlant flashes du tonnerre et images de nos journées. Le téléphone sonne. « Nico, ton téléphone sonne. » « Ah, oui, c’est vrai, je croyais que c’était dans mon rêve. » Toujours au meilleur moment du film. « Allo ? » De la musique à fond, puis les voix déformées et alcooliques de quelques amis. Ils chantent : « Niiico reviens, Niiico reviens, Nico reviens parmi les tiens ». Je raccroche soudain. J’étais au bout du monde bravant la tempête et le tonnerre et je me retrouve au bout du fil à seulement 3 heures en voiture de chez moi, dans un champ de vaches entre deux collines tout ce qu’il y a de commun. Contrarié, je me recouche mais les fées sont parties. Un sentiment d’orgueil s’empare alors de moi recouvrant définitivement celui de la mélancolie. Nous voilà partis pour de bon et, au bout de quelques semaines seulement, j’ai l’impression d’être loin et surtout de n’être déjà plus le même. Mes amis vont continuer leur vie habituelle. Pour nous qui sommes partis, qui sommes seuls, tout va changer car tout est déjà différent, dans nos silences, les silences de la nature, le silence des nuits, la longue traversée, cette longue traversée de nous-mêmes…

De bonheur ce matin

À la fin du mois, nous sommes dans le plus reculé des chalets d’un hameau des Alpes de Haute-Provence. Une ancienne cabane de chasse, aménagée avec goût par un jeune menuisier, cachée derrière des haies de chênes verts, dans une douce prairie où quelques gros rochers polis cohabitent avec des terriers de fouines. Nous sommes chez mon frère. Le temps ici s’écoule comme nulle part ailleurs. On y est bien. Indéfinissable. Les fleurs sauvages, aromates, thym, basilic, parfument les alentours. Les papillons les caressent sans bruit. Le hamac nous tend ses draps. Le soleil lèche la maisonnette. Dans la salle d’eau, on est pris de vertige. Vue plongeante sur toute la vallée. Sur les lumières scintillantes de la ville au loin. Tout est paisible. Un silence : celui du chant des grillons, des oiseaux. Un peu plus loin, le meuglement d’une vache, l’aboiement d’un chien. Sur la table de jardin, un noyer métisse la peau. On ne bouge plus. Le temps devrait s’arrêter maintenant, enveloppés comme nous sommes dans une atmosphère idyllique à l’abri de l’agitation du monde. Notre situation à ce moment-là y est sans doute pour beaucoup : derrière nous, débute notre prochaine étape. Les Alpes. Rien que ça ! Avec nos petits mollets. La tente plantée de nouveau chaque soir. Les sacs refaits au matin. La privation. Voilà pourquoi nous apprécions tant ce petit confort après ce mois passé à gambader gaiement à travers nos départements les plus reculés, la campagne, le silence. Ici, musique maestro, le barbecue frétille, le coucher de soleil sur la vallée rougit tranquillement, Daoud nous prépare une petite marinade, le rosé est au frais, le rouge débouché, il ne manque plus que les invités du soir, à savoir mon petit frère retrouvé, accompagné des quelques voisins, choisis comme des perles et qui se reconnaîtront comme étant les irréductibles du Villard des Dourbes !

Deux semaines plus tard, nous serpentons sur le chemin en lacets qui monte vers les falaises. Arrivés en haut, nous jetons un dernier coup d’œil sur le village avant de lui tourner le dos. La fameuse barre des Dourbes s’est laissée franchir sans effort insurmontable. Nous n’en revenons pas. Ce devait être si difficile, après en avoir tant parlé pendant ces deux semaines passées avec nos amis. Cette muraille dite infranchissable ! Maintenant que nous y sommes, elle apparaît dans le paysage comme une légère barrière. Derrière elle, la vue s’ouvre sur tous ces sommets bien plus immenses et que nous espérons pourtant passer ! Simplement un pied devant l’autre…

Les jours suivants, villages et vallées se laissent dépasser avant d’arriver près du parc national du Mercantour dans la petite ville d’Allos au pied du Mont Pelât. Campons au bord d’un joli torrent. L’herbe est fine et douce. Un écureuil hésite à descendre nous saluer. Les flammes montent droites vers les étoiles. Je suis appuyé sur mon sac pour vous écrire. Je digère une grosse caillette du village accompagnée par une véritable tomme de vache qui m’emplit le palais de saveur. La bouteille de rouge aurait été la bienvenue mais on ne peut jamais tout avoir… J’aimerais décrire ce qui nous entoure : les courbes du torrent, sa musique, l’horizon rougi et arrêté par les crêtes et les pics majestueux, la fraîcheur d’un soir de montagne, l’odeur du bois de mélèze qui me chauffe le visage, nos mots qui se perdent dans la nuit. Je repense à ma mère, à sa question stupide « Le travail ne vous manque-t-il pas ? » Maman, comment te dire ? Si toute la vie pouvait être ainsi, je ne suis pas sûr de m’en lasser de sitôt. Si tu pouvais connaître cette sensation de liberté que j’ai à cet instant en t’écrivant. Chaque jour, les paysages changent, chaque jour, je fais du sport, chaque jour, après de tels efforts, j’apprécie de manger, de boire de l’eau pure des torrents sans goût de calcaire et de chlore. Nous avons déjà rencontré quelques personnes dignes de rester dans nos souvenirs et chaque matin, nous pouvons encore, grâce à ce destin que l’on force en voyageant, rencontrer de nouvelles personnes et changer peut être, d’une parole, notre vie entière. Non, maman, le travail ne me manque pas ! Pointer à l’usine et rentrer le soir venu pour me mettre devant la télé, merci. Ici, mon jardin est immense avec un torrent d’eau pure devant moi. Je vois chaque matin le soleil se lever, je marche dans le vent frais et parfumé des hauts plateaux et au-delà de notre fine toile de tente, c’est notre toit d’étoile !

Quatre heures d’ascension sans arrêt notoire et 800 mètres de dénivelé enfilés. Nous sommes de vrais montagnards. Le temps se gâte et c’est dommage car nous suivons un torrent, le Chadoulin, jusqu’à sa source et ce n’est qu’une succession de cascades. Nous trouvons aussi de nombreuses marmottes et de jolies fleurs de montagne… Juste avant d’arriver au lac, un grand parking bondé de voitures. Sommes-nous les seuls à être montés à pied ? Derrière les vitres du restaurant refuge, les bouches engloutissent les fourchettes, les cravates des serveuses équilibrent leur course entre les tables. Il est quatorze heures. Le prix du menu au restaurant équivaut à une semaine de notre budget. Nous pique-niquons dans nos ponchos sur un rocher entouré de falaises enneigées qui tombent dans l’eau glaciale. Le ciel est noir. Il fait froid. Bientôt il se remet à pleuvoir. Quand nous demandons où mettre notre petite poubelle, le monsieur nous répond « Chacun se retourne avec… » La pluie tombe drue. Les gens courent jusqu’à leur voiture et partent. Les lits en dortoir du refuge coûtent 26 € par personne et sont complets. Tout ça est écœurant. Il est quinze heures trente, nous pouvons atteindre le col en deux heures, plus deux heures pour redescendre de l’autre côté si tout va bien. Ça nous paraît beaucoup, après les quatre heures de ce matin, et peu sûr, mais nous voulons quitter ce lac, ce refuge, et retrouver la paix. Après vingt minutes de marche, la forêt s’éclaircit sur de hauts pâturages gorgés de ruisseaux et de marmottes. Il n’y a personne. Le temps est toujours menaçant. La pluie s’abat autour, sur le sommet des montagnes, sur le Pelât qui porte bien son nom. Devant nous, un peu plus loin, nos premiers chamois. Courbés pour ne pas être vus, nous retirons les sacs et sortons l’appareil photo en rampant dans l’herbe trempée pour s’approcher. Mais, c’est sans compter sur les marmottes qui, nous ayant repérés, crient pour donner l’alerte. Les chamois s’écartent tranquillement en restant sur leur garde. Une ou deux photos trop lointaines et les voilà disparus. C’est décidé, nous campons dans ces pâturages et profitons du temps qui nous reste avant la nuit pour nous promener sans les sacs et qui sait, avoir la chance de les apercevoir de nouveau. Après une heure de promenade dans les alentours, nous les repérons enfin. Un groupe d’une trentaine de chamois avec les petits, plus haut, à flanc de montagne. Avec Daoud, nous sommes à une cinquantaine de mètres l’un de l’autre, allongés dans l’herbe juste au-dessous des animaux. Encore une fois, ce sont les marmottes qui nous repèrent, mais le troupeau ne fuit pas, trouvant sans doute l’alerte exagérée. Les chamois ne nous voient pas en effet mais restent méfiants. Nous rampons doucement, cachés par les quelques buissons encore présents à cette hauteur. Je me trouve à environ vingt mètres des premiers chamois. Daoud, plus bas, ne peut pas s’approcher davantage sans être vu. Dommage ! C’est lui qui a l’appareil photo. Je suis couché derrière un arbre mort dans un tas de cailloux. En les observant, je retire de mes mains les épines de chardons qui étaient dissimulés dans l’herbe. Un vieux chamois sort du groupe et vient se poster juste au-dessus de moi. Je suis grillé mais il ne s’enfuit pas. Il ressemble à un chevreuil trapu avec un pelage plus épais et parsemé de poils blancs. Il m’observe sans bouger une ou deux minutes. Je ne bouge pas et ne baisse pas non plus le regard. Puis il se remet à brouter, me gardant à l’œil, prêt à fuir au moindre de mes mouvements, emportant le troupeau avec lui. Daoud est toujours étendu plus bas, n’osant plus bouger lui non plus, devant ce spectacle peu commun pour nous. Essayons de reconnaître les mâles, les femelles, compter les petits, voir comment ils se déplacent… Le temps passe. Agenouillé sur les rochers, j’ai des courbatures. C’est vrai qu’on est mieux dans son fauteuil devant un reportage mais il y a un petit quelque chose de plus dans la réalité, même si ce ne sont que des chamois, même si le mieux serait de les laisser tranquille. Enfin, ma patience a des limites. Trop courtes sans doute. Il faut que je bouge, quitte à ce qu’ils fuient. Je sors donc de ma planque. Tous me regardent une dernière fois avant de partir à travers les rochers escarpés. Allons faire de jolis rêves de Bambi et j’espère bien aussi, de Blanche Neige.

À l’aube, nous replions la tente et nous engageons sur le sentier du col le sac de nouveau sur le dos. Le ciel a ce bleu si particulier après que la pluie en a emporté les impuretés. À flanc de montagne, des plaques de glace – les névés – coupent la piste et vont s’écraser plus bas sur les rochers. Mieux vaut ne pas penser au pire, garder son calme, son sang-froid et se concentrer sur l’équilibre en enfonçant au mieux, dans la glace, chacun de ses pas… Je passe. Daoud, au milieu du névé, panique. Ses jambes tremblent. Je lui lance un bout de bois qui ne s’enfonce même pas dans la glace mais ça lui permet de retrouver son calme, un semblant d’équilibre et il y arrive lui aussi. Plus loin, un lac entièrement glacé recouvert de neige et une paroi abrupte à son pied. Où va le chemin ? Il semble contourner la paroi et passer au sommet. Pas la peine d’y penser. On ne peut pas continuer. Trop dangereux. Mais en s’approchant, on trouve une issue plus propice. Nous sommes au col. Pas grand-chose en vérité. 2687 mètres. Mais mi-juin, la neige est encore immaculée et la vue de cette hauteur sur les montagnes éclaboussées de soleil est inoubliable. Daoud veut faire sa grosse commission. L’émotion sans doute. Et le voilà qui s’y met bien au milieu du col. Elle n’est pas prête de dégeler celle-là ! Enfin, ça va mieux. Mais comment on fait pour descendre ? Sur le versant nord, là où nous allons, la glace recouverte de neige s’étend à perte de vue jusqu’au refuge aperçu au fond de la vallée. Il nous faudrait des pointes sous nos chaussures mais nous n’avons rien, pas même un bâton. Moi, je tenterais bien la descente sur le cul. Normalement, il n’y a rien à craindre. Ça fait une jolie courbe tout en bas et ensuite c’est moins pentu. Allez, je tente. Ça accélère sévèrement. C���est le poids du sac. J’en perds mon chapeau. Mais en bas, je m’arrête finalement comme prévu avec une ou deux roulades. Je suis trempé mais c’était bien rigolo. Daoud me rejoint. Allez, on s’en refait une ! Plus loin, le vent apporte une odeur qui me frappe. Je la connais. C’est un mélange de printemps, de roches, de fleurs et de neige, dont je me suis imprégné gamin, en colonie ! C’est la première fois que je ressens cette fabuleuse impression : ce souvenir d’une odeur si particulière, presque dix ans plus tard. Combien de temps une odeur peut-elle ainsi rester gravée dans la mémoire ? J’espère toute la vie. Col de l’Arche

Nous sommes là, dans ce village où il n’y a rien. Nous attendons, de dix à douze – les horaires d’ouverture de la poste – de recevoir la carte mémoire de l’appareil photo. Ça n’arrive pas. Faudra trouver une autre organisation. Est-ce que le courrier arrive ici avec dix jours de retard à cause de l’altitude ? Posés comme des vagabonds dans un champ de vaches, en bas du village, depuis deux jours, on attend. Le torrent roule près de nous ses galets. Imperturbable. A quelques centaines de mètres, la frontière italienne... En stop, nous rejoignons Cuneo à environ 100 km. C’est la première fois que je vais en Italie. Je ne comprends rien à la langue mais cette petite virée nous donne confiance en l’avenir. Les pays étrangers n’ont rien de plus compliqué : arrivés dans une ville, direction l’office de tourisme pour avoir une carte puis trouver un camping. Ensuite, visite du centre, avenues, places, monuments et musées qui pourraient nous intéresser. Goûter la cuisine de la région et le petit vin qui va avec. S’asseoir sur un banc, regarder la vie des autres passer. On en sait assez. Ce serait juste mieux de parler la langue. Enfin, c’est ok pour l’Italie. Le temps de remonter les Alpes et on arrive. J’aime bien dire ça : le temps de remonter les Alpes et on arrive. C’est absurde…

Les jours suivants nous emmènent sur des hauts plateaux, les alpages, dont les petits lacs, entourés d’herbe fine et fraîche, sont des petits coins de paradis. Le soir, la tente est plantée sur un lac argenté et elle se réveille au matin dans l’eau turquoise. Notre visage, pour se rincer, ondule et flotte dans le reflet, c’est alors que nous prenons vraiment conscience de notre présence ici. Bientôt, s’ouvrent nos ailes au-dessus d’un précipice, surplombant les hauteurs du monde, la beauté et le silence des paysages, dans les vents frais et parfumés du matin.. Les journées nous ensorcellent. Rêveurs contemplatifs, subjugués au détour des chemins par une couleur, une ombre, une fleur, un animal, l’eau pourpre entre des rochers mousseux, un pont de bois sur les berges du torrent, une vue imprenable que nous prenons pourtant. Le soleil. La liberté. La montagne… Allez les jaunes ! On est maintenant rodés pour la randonnée. Ce n’est plus un effort mais un plaisir. Les cols s’enchaînent un à un, avec chaque fois une nouvelle dimension sur les massifs à venir. Monter, descendre, dans les falaises, les forêts, les plateaux et les petits villages. Il n’y a personne encore à cette saison. Le Mercantour, les aiguilles de Chambeyron sont passés ! Voici le Queyras, plus bas, la vallée de l’Ubaye, au loin les cimes des Ecrins, Briançon, la Vanoise, le Mont Blanc. Nos estimations sur les cartes sont plus justes. Les bâtons achetés nouvellement sont comme deux jambes supplémentaires. Nous avançons doucement mais sûrement. Apaisés, sereins, allongés sous le soleil du midi pour la sieste avant de nous rechausser, prendre nos sacs et filer dans les ornières des sentiers sinueux à la poursuite d’un pèlerin imaginaire. Une aube

Cinq heures du matin. Daoud dort. Moi pas. Il fait trop froid dans le duvet, je me lève. Bien couvert, je suis décidé à être le premier à voir le soleil aujourd’hui. Nuit claire. Je prends le chemin du col d’où nous sommes descendus hier. Plus je monte et plus j’ai envie de monter. Ça me réchauffe. Je braque à droite vers l’ouest sous une corniche avec l’idée d’atteindre un autre petit col que j’estime bien placé par rapport au lever du soleil. Versants herbeux, roches gigantesques, je suis les chemins de chèvres. Du moins c’est comme ça qu’on appelle les bouts de chemins qui se croisent, se perdent dans la nature et finissent par disparaître. Le soleil n’est toujours pas levé mais le ciel s’éclaircit et j’ai une vue magnifique sur la vallée de la Durance et Briançon. Partout autour, les sommets enneigés dans une brume rose : l’aube. Voilà, je suis sur le col. De l’autre côté une autre vallée et dans son creux, un torrent. Je ne le vois, ni ne l’entends mais c’est ainsi. Nord-ouest, j’aperçois quelques sommets des Ecrins, toujours eux, les plus hauts dans la région. Je marche sur la crête vers le nord pour dominer davantage la vallée et les alentours qui dévalent en escaliers de pins et de verdure dans les couleurs de l’aube, ce rose, ce bleu, une légère brume, le tout un peu brillant. Assis entre deux pierres, j’ai le vertige devant tant de magnificence. J’ai mon Aube à moi. Ça devrait être ainsi chaque matin. Nous sommes si peu de chose devant cette immensité. Je reste un moment à contempler encore. Ne pense à rien. J’observe. Me concentre sur le paysage. J’essaie d’intégrer cette émotion à jamais dans ma mémoire. Les humains

Nous avons dormi, cette nuit, posés au bord d’un chemin où peuvent passer des voitures, faute d’avoir trouvé mieux. Et il en est passé des voitures ce matin, pendant que nous faisions la grasse mat, fatigués d’avoir beaucoup marché hier. Nous glandons encore un peu au lit mais il y a ces putains de voitures. Levés en grognant. Les touristes arrivent par petits groupes, en famille, avec des petits sacs et des grandes gueules. Nous déjeunons comme d’habitude avec notre bordel éparpillé partout autour de nous dans la boue. Il a plu cette nuit, la toile de tente pend sur le pont pour sécher. Nos fringues un peu partout aussi. Nous ne sommes pas lavés et pas rasés depuis plusieurs jours. Un peu en retrait, je vois les gens qui, en passant, regardent Daoud de côté, comme une bête sauvage. C’est vrai qu’il a les cheveux ébouriffés, la barbe en vrac et une tête de gars qu’il ne faut pas emmerder pendant qu’il mange. Et puis cette espèce de liquide où flottent des morceaux de bananes et de figues séchés. C’est assez louche et pas du tout appétissant. Il est assis par terre sur le chemin de cailloux. Faut voir le tableau. On dirait qu’il va mordre. Les gens font un écart pour passer, surtout les enfants. Limite si on lui dit bonjour. Et lui les regarde tranquille et sans gêne aucune. Faut dire que ça fait presque deux mois qu’on est dans la nature, faut l’excuser, enfin nous excuser parce que moi, je ne peux pas me voir mais c’est la même. En fait, nous nous trouvons à quinze minutes de l’affreuse station de Fréjus mais comme on est descendus hier soir tard, eh bien, on ne savait pas qu’on était si près des humains ! La Vanoise

Modane. Le temps est mauvais depuis plusieurs jours mais il devrait s’arranger. Il est interdit de passer la nuit en dehors des refuges dans le parc national de la Vanoise mais leur prix est trop élevé. Nous les évitons donc et campons écartés des chemins. Les animaux sont habitués aux touristes ce qui permet de les approcher : marmottes, chamois, bouquetins... Orage mémorable la première nuit. Le froid a suivi derrière. La seconde, à l’aube, une mer de nuages glisse à nos pieds jusqu’à l’horizon, recouvrant la vallée d’une soupe de coton mouvant. Toute la journée, nous longeons les versants à la limite de cet océan galactique. Le toit des montagnes alentours s’est couvert de neige. La température est glaciale, exceptionnellement, pour un mois de juillet. On n’a pas vu ça depuis 72, nous assure un autre randonneur ! Nous dormons une nouvelle nuit au pied du glacier. Des brumes blanches s’élèvent comme des fantômes. Il gèle mais le temps est clair et sec quand on se couche. Avant le jour, une tempête se lève. Notre tente est alors soulevée par les rafales. Seul, le poids de nos corps fait qu’elle ne s’envole pas. Elle se tord, se déchire, les parties détachées claquent comme des fouets. Le vent rugit de toute part. Le froid intense, mortel. Il faut partir. Au plus vite, redescendre, trouver un abri. Mais avant, sortir du duvet, rentrer dans nos chaussures gelées et plier la tente comme on peut. Jamais eu aussi froid. Nos doigts ne veulent pas se plier. Impossible de serrer nos bâtons pour marcher. Nous courons cette fois avec la peur d’y laisser le pouce surtout, le plus exposé. Ça dure des heures. Des heures, la montagne… Quatrième jour de marche, nous n’avons pas prévu assez à manger. C’est le jeûne. La fatigue des nuits glaciales. Nous espérons un refuge, de la chaleur, du repos. Le temps est toujours aussi froid. Nous ne voulons pas dormir dehors cette nuit. Mais nous hésitons encore à aller dans un refuge. La première fois que nous en avons approché un, rappelez-vous, pour y laisser un pauvre petit sac poubelle, ils ont refusé. La deuxième fois, nous nous sommes abrités pendant un orage et je me suis fâché avec le patron qui voulait qu’on consomme. Des refuges de luxe. Alors, nous n’espérons rien. Et pourtant, lorsque la petite dame du refuge la femma nous voit arriver, je crois qu’elle nous aime déjà. Sans rien dire, sans rien demander, elle nous apporte un bon café chaud. Avec ça, des crêpes à la confiture. Le soir, pour quelques euros qu’il nous reste, elle nous sert abondamment. Nous dormons dans un bon lit avec plein de couvertures. Encore des crêpes le matin avec le café. « Eh ! Vous n’allez pas partir comme ça ! » On la supplie, c’est déjà beaucoup trop de générosité. À qui la rendrons-nous ? « Il neige encore, il fait froid, prenez ça pour le midi, au moins. Ça me fait plaisir ! » Et nous alors, on en a les larmes aux yeux. Pourtant, n’est-ce pas volontaire de ne prendre pas suffisamment à manger ? Depuis un moment, nous tentons de réduire notre consommation. D’abord parce que ça alourdit nos sacs et puis tant de bouffe n’est vraiment pas nécessaire. Même avec les efforts physiques, nous mangeons déjà deux fois moins qu’auparavant, à l’époque déjà lointaine du restaurant d’entreprise et dans notre vie en général. Nous souffrons encore du désir de manger – surtout moi – de cette habitude gastronomique de panse pleine, mais pas de faim. En diminuant petit à petit, sur plusieurs mois, en mangeant équilibré et peu, nous nous sentons mieux, plus légers et plus vifs. Le jeûne est très bon pour le corps et l’esprit, pour la réflexion, la méditation. Nous voulons trouver la juste suffisance. La force la plus importante dans un tel effort est mentale. Le jeûne ravive cette force, c’est certain. Parallèlement, l’entraînement musculaire est achevé. Faut voir comme avec notre gros sac sur le dos, nous franchissons les cols, descendons les sentiers abrupts comme des cabris ! Mais cette fois, avec le froid, le mauvais calcul du temps de traversée du massif, la fatigue de plusieurs jours de marche difficile, avec nos figues sèches et nos carrés de chocolat, nous sommes limite. Nous avons dépassé la juste suffisance… Après cette bonne nuit de sommeil, de chaleur physique et morale, après avoir repris de la consistance en gras, nous partons pour notre plus haut col jamais franchi. Pas bien haut cependant, dans les trois mille. Le chemin monte tranquillement. Bientôt, la neige se met à tomber, recouvrant les monts, les vallons et redonnant une couche propre à celle déjà existante. Nous progressons donc sur un sol immaculé, montant le long du sentier à l’aide de nos bâtons comme deux pèlerins perdus en plein hiver, en des lieux inconnus, pris dans un brouillard épais. J’aimerais ne jamais arriver en haut tant mes songes sont plus légers que les flocons qui nous habillent de montagnes. Mais deux heures de marche suffisent pour atteindre le col de la Rocheure où une étendue plate et dangereuse se dessine : un lac troué de glace. Deux possibilités s’offrent alors à nous : continuer le chemin qui descend directement vers la vallée de l’Isère ou suivre la crête à l’est pour rejoindre un chemin non balisé. Nous hésitons. C’est chouette la neige. À marcher, il ne fait pas froid. Mais si nous nous perdons ? Je sens en moi bouillir l’irrésistible envie d’essayer ce chemin qui garde de l’altitude et reste dans la neige. J’ai déjà mon cœur qui bat de ce petit risque de nous perdre ! Allez, Daoud, tu connais mon opinion. Ok, alors c’est parti. Quand deux chemins se présentent, toujours choisir le plus ardu. Je ne sais pas si ce proverbe s’applique à la montagne… Plus tard, quatre ombres se rapprochent dans le brouillard : des gens ! Mais qu’est ce qu’ils foutent là ? Des fous ! Enfin, nous sommes contents de nous rencontrer avec ce temps incroyable. On ne parle à personne quand il y a trop de monde alors que, dans le désert ou la montagne, on s’empresse de lier connaissance avec le peu de personnes qu’on croise. Les nouvelles sont bonnes. Ils ont tracé de leurs pas le chemin que nous devons suivre et nous signalent qu’il n’y a aucun risque si on ne traîne pas. Et nous aussi, les rassurons en leur désignant le col un peu plus bas, qu’ils n’ont pas loupé. Plus de trois mille mètres, c’est notre record. Le jour de l’anniversaire à Daoud. Petite bataille de neige pour fêter ça. Ça essouffle. Il faut partir. Les traces disparaissent. Enfin il y a des cairns. Des tas de pierres qui indiquent le chemin. Une fissure dans la falaise nous permet de nous engouffrer vers une vallée. La vallée du fond des Fours, complètement désertique. La neige est trop fraîche pour glisser, dommage. Nous stoppons bientôt dans un refuge et mangeons au chaud. Puis la neige se changera en pluie avant que nous ne rejoignions l’affreuse et richissime station de Val d’Isère. Col de la Lose

On va au cinéma voir notre dernier film en français avant longtemps. Spider man. Allez, ça nous relaxera. Mais c’est si nul que nous sommes des plus motivés pour partir définitivement à l’étranger. Dernier col avant l’Italie, entre le massif de la Vanoise et le parc national du grand Paradiso : le col de la Lose. Cela ressemble à perdu en anglais. Quel rapport ? À partir de la gorge des sources de l’Isère, le vent change radicalement de sens. Il vient d’Italie. Un tas de gens sur le chemin de randonnée. De la neige. Ils redescendent du même côté qu’ils sont montés : du côté français. Arrivés au col les nuages arrivent, bien chargés, de l’est. Ils glissent sur nous et vont recouvrir la France. Décidément, tout le monde va par là ! Pendant cinq minutes, nous apercevons le lac, côté italien, où il nous faut descendre. Puis plus rien. Il disparaît. De là où nous nous trouvons, la falaise tombe à pic. Il faut escalader un pan pour trouver le col. Je laisse mon sac à Daoud et vais vérifier l’existence de ce col et du chemin qui en part. Il existe, c’est une brèche abrupte dans la falaise. Personne ne l’a encore emprunté, il n’y a pas de trace. Pourtant, c’est bien le chemin... Je remonte voir Daoud et lui fais part de mes observations. Comme je suis sceptique, il va voir à son tour. Il fait chaud, c’est bizarre, nous sommes à trois mille mètres. Les nuages continuent de nous recouvrir. Le ciel se bouche complètement. Ça ne sert à rien de prendre le risque. On sait comme le temps en montagne peut être mauvais. Nous ne connaissons pas la météo. Nous n’avons pas de crampons. Je me fais une raison. On redescend, on fait du stop et on passera un autre col, un autre jour. Pas grave. Mais Daoud revient. Lui aussi est sceptique mais il est descendu un peu plus bas que moi et a trouvé des mains courantes. C’est donc bien par là. Ça nous rassure. On décide d’y aller. En effet, je n’avais pas vu ces cordes sur la falaise qui nous permettent de nous accrocher. Ce sont des câbles en acier mais bientôt ils disparaissent, mangés par la glace et celle-ci colle si près de la paroi que nous devons quitter la crevasse pour contourner. Bizarre. Qu’est ce qu’on fait ? Nous ne voyons pas à dix mètres. Nous sommes dans les nuages épais et chauds de l’orage qui gronde. La pente est très inclinée. Je descends un peu en laissant le sac dans la fissure et je vois que plus loin, des blocs gelés se séparent à nouveau de la roche et que les cordes réapparaissent. On continue donc. Mais au bout d’un moment, ils disparaissent de nouveau. Nous devons ressortir de la crevasse. La neige fond, nous pouvons enfoncer nos bâtons et un peu nos chaussures en creusant tous nos pas. – C’est une via ferratta me dit Daoud, peut-être il faut faire demi-tour. – Sur la carte, c’est un chemin pourtant. J’espère que c’est le passage le plus difficile. – J’ai poussé le bouchon mais je n’aurais peut être pas dû, il me dit. Si on y arrive, je t’encule ! – Si on y arrive, on en reparle, je dis sans sourire… Nous escaladons des blocs de glace avec des crevasses profondes. Les cordes ont disparu à jamais. C’est la merde. Je pose de nouveau le sac et essaie de continuer un peu mais je vois bien vite que c’est impossible. On ne passe pas. C’est mort. À moins de quitter la falaise qui nous surplombe et de partir vers la droite à flanc de montagne sur la glace. C’est plutôt flippant. On ne voit rien, que du blanc. Daoud ne dit plus un mot. Je sais qu’il est encore moins rassuré que moi. Il déteste les passages de glace. Il devient plus blanc qu’elle. Je tente, sans le sac, bien appuyé sur mes pieds et assurant chaque pas. Plus loin, je repère un rocher qui sort de la neige. J’y vais. Il y a une marque rouge dessus. C’est par là ! Par là où ? Il n’y a que la pente glacée et abrupte. Tout est blanc. Aucune empreinte. Je remonte chercher mon sac et me positionne sous Daoud au cas où il glisserait. Glisser, faudrait pas, je ne sais pas où on s’arrêterait. Daoud prend son temps, fait bien ses pas. D’un seul coup, il glisse et part. J’ai juste le temps de planter mes deux bâtons sur sa trajectoire. Il s’emplafonne dessus mais ça l’arrête. Ouf ! Ses deux bâtons sont cassés net. Accrochés aux rochers, on se demande ce qu’on fout ici et comment on peut être si inconscient. Partout la neige immaculée descend dans les profondeurs des nuages sans qu’on y puisse rien voir. Est-ce que le degré de la pente permet vraiment de continuer sachant qu’il est pratiquement impossible de remonter. Ou alors nous devons laisser les sacs. Une heure que nous sommes partis du col et nous sommes coincés ici. L’orage se rapproche, on l’entend gronder de façon sourde et prolongée. Pour conclure : c’est la panique. Daoud me dit qu’il avait aperçu la météo et qu’ils annonçaient des orages en fin d’après-midi. Il me dit aussi qu’il avait lu quelque part que ce col était difficile… en été. Sans toute cette neige qui est tombée ! Il ne faut pas rester là. L’orage à cette altitude sans abri, non merci ! Il faut tenter quelque chose. À gauche vers la falaise ou à droite. Je pars tester une nouvelle fois à droite. Avec les bâtons, je me tiens bien. J’avance en gardant la même hauteur sur une centaine de mètres. Toujours rien. Que de la neige et cette pente qui m’attire. Ça fait comme un arc de cercle avec un trou, comme un volcan. Je continue cette fois en inclinant ma trajectoire. Après encore une centaine de mètres, j’arrive sur une partie rocheuse non recouverte de neige. Pas trace de chemin ici. Encore plus loin, toujours la même glace et la même pente, je continue. Bientôt, c’est trop incliné. Je ne peux pas. Ça m’énerve. Il y a forcement un passage quelque part. Je cherche plus bas, plus haut, je marche, je marche et enfin, enfin des traces. Je m’approche. Non, ce n’est qu’un animal. Encore, encore, cette fois, j’y suis, c’est bien des empruntes. Elles descendent tout droit, certes, donc avec des crampons, sûr, mais c’est mieux que rien. Je commençais à désespérer. Autour de moi, en levant la tête, que du blanc. Depuis combien de temps ai-je quitté Daoud ? Une demi-heure environ. Je remonte. Je suis mes traces en fait. Daoud n’a pas bougé. Je l’entendais m’appeler avant de le voir. – Alors ? – Alors, il y a des pas, par là, environ quatre à cinq cents mètres à droite, tout en flanc bien incliné comme ici dans la glace. Ça fait comme un arc de cercle. Mais je ne suis pas sûr des traces. Elles descendent tout droit. Le mec devait avoir des crampons. Mais ça va, l’air chaud fait fondre la glace et nos pieds s’enfoncent de plus en plus. On n’a pas le choix de toute façon. Ok ? – Putain, il me dit, faut que ça passe ! T’entends comme l’orage va être mauvais ! Nous partons donc, avec les sacs cette fois, mais ils permettent finalement de nous donner plus de poids. Avec ses petits bâtons cassés, je me positionne sur sa trajectoire. On arrive aux premières traces. – Tu te fous de ma gueule, il m’dit, c’est une bestiole ça, putain ! – Ok, il y en a d’autres plus loin mais ça descend pareil de toute façon. Mais tu vas voir, c’est possible de descendre, il faut rester bien droit, et se tordre la cheville dans le sens opposée à la descente. De grosses gouttes d’orage tombent. Avec précaution, en faisant des virages, en contournant les précipices, nous descendons petit à petit. C’est immense la montagne quand on est perdu comme ça. Ça n’a pas de fin. La glace continue de fondre. C’est donc de plus en plus facile mais l’orage gronde de plus en plus fort. Qu’est-ce que je vois là-bas ? On dirait des silhouettes, des gens. Il y a des gens là-bas, deux personnes. Nous sommes sauvés ! On a mis trois heures à descendre du col. On est en Italie. Les gens sont bien des gens et pas des fantômes. Et même, ce sont des Français, enfin des Suisses francophones et on comprend parfaitement quand ils nous disent que nous sommes les premiers de la saison à avoir franchi le col de la Lose, qu’il est d’ailleurs encore interdit, même avec du matériel ! C’est trop grave, nous sommes complètement inconscients. On aurait pu glisser sur des centaines de mètres. Si la vue avait permis de rendre compte de la difficulté, nous ne nous serions jamais engagés. Bref, l’orage est là, il pleut de plus en plus fort, il faut trouver un abri. Ça tombe bien puisque les gens ont la clé d’un refuge. Le problème, c’est qu’ils ne le trouvent pas. En fait, il est caché en plein dans une falaise de deux cents mètres qui tombe dans le lac. Le fameux lac aperçu pendant cinq minutes d’en haut et qu’on a bien cru ne jamais revoir. Deux chemins y mènent avec des cordes, en escalade. L’un d’eux passe le long de la cascade mais il ne m’inspire pas. L’autre me paraît plus accessible. Je le choisis, si on peut appeler ça un choix. Bref, il y a bien quelques cordes mais je dois de nouveau passer une partie glacée au milieu de la descente. C’est encore plus raide que tout à l’heure et bien glissant mais je m’engage. D’un seul coup, un pied part, je pars, c’est la chute ! Un moment de panique inoubliable. Je plante mes ongles, mes coudes, je me raidis, me tortille, balance les bâtons, rien à faire, je prends de la vitesse. Je vais m’éclater comme un oeuf. Un rocher dépasse au milieu, c’est sur lui que j’arrive, j’ai juste le temps de le voir, je suis dessus, mes jambes font ressort, je suis projeté sur le côté dans la roche. Fin de la chute. Je bouge un peu. Je ne suis pas mort. Je crois que je n’ai rien de cassé non plus. Je tremble comme une feuille. J’ai eu si peur. J’ai eu tellement de chance. J’aurais vraiment pu crever ici. Il y aurait eu une petite plaque avec mon nom, en plus de celles qui existent déjà à l’entrée du refuge. Je me remets sur mes jambes, remonte un peu récupérer mes bâtons et ce qui a été éjecté du sac. Et là, je pense à Daoud. Daoud, non ! Je ne le vois pas en levant la tête. J’espère qu’il ne m’a pas suivi. La faille est vertigineuse, impossible à passer. On le voit clairement d’en bas. Je vais voir l’autre chemin, je vois les gens qui arrivent - forcément, j’ai été plus vite qu’eux - mais pas Daoud. Il pleut beaucoup maintenant et les éclairs illuminent les nuages dans lesquels nous sommes. Enfin, Daoud est derrière eux. Je le vois qui s’accroche aux cordes, qui donne ses dernières forces en escaladant les parois trempées avec son gros sac et le vide qui mène au lac, dessous, très bas. Quand ils arrivent, je suis tout blanc, mes jambes ne cessent de trembler mais je n’ose rien dire. L’orage explose démesurément. Les gens nous disent qu’on peut rester ici, avec eux et même dormir car le temps ne s’arrangera pas avant demain. Ce sont des randonneurs chevronnés, ils en ont vu d’autres. Ils essaient de nous rassurer et de parler d’autres choses mais on a eu trop d’adrénaline aujourd’hui. Sous le refuge, il y a une petite chambre, elle sera pour nous. L’orage est impressionnant, jamais vu un truc pareil, ça pète dans tous les sens toute la nuit et il pleut à torrent. Heureusement, on n’est pas dehors, encore sur un flanc de montagne. Heureusement ! Mais c’est fini la montagne, c’est fini. On veut voir la mer !
Improvisation Nomade (9) Pakistan
by Nicodilo · 2009-07-30 · 3 replies
Mauvais présage

Une brise légère inclinait les jeunes pousses de blé dans la plaine. Le printemps rendait son vert à la végétation et le soleil resplendissait sur la route que nous parcourions en vélo pour rallier la frontière pakistanaise distante maintenant de quelques kilomètres seulement. Devant les bureaux de la douane, peu de personnes attendaient. Quelques familles, séparées depuis cinquante ans, comme par le mur de Berlin, et qui, depuis peu, avaient le droit de se rendre visite… La région du Pendjab fut partagée en deux pour créer le Pakistan, un nouvel état regroupant les musulmans de l’Inde, lors de l’indépendance en 1947. Cela ne se fit pas tout seul. En effet, sur cette route, dix à quinze millions de réfugiés traversèrent la frontière, juste tracée sur les cartes d’un manuscrit des bureaux de la Royal British Compagnie, en Angleterre, dans les cris d’assassinats et de brûlés vifs. Cinq cent mille morts. Hindous et musulmans. Tous Indiens pourtant mais qui se déchiraient alors entre eux, malgré les discours de réconciliation du Mahatma Gandhi. Dans les bureaux de la douane, le fonctionnaire inspecta nos passeports et nos visas qui prenaient fin le jour même, puis leur donna un coup de tampon avant de nous laisser libres. Mais, en sortant, le vent enragé s’engouffra par la porte ouverte. Dehors, un ciel nébuleux s’écrasait sur l’horizon violet bourdonnant de tension. Un tourbillon de sable et de pluie balayait l’espace et envolait les tôles arrachées aux toits. Le vent pleurait comme un nouveau-né. Nous n’osâmes pas sortir. L’ouragan nous tenait enfermés dans les bâtiments administratifs de la frontière comme un mauvais présage. La nuit avant la nuit, l’impossibilité de sortir, l’atmosphère d’une frontière militaire colorée d’uniformes, les portes qui s’ouvraient toutes seules et laissaient rugir le vent dans le hall, rendaient nos âmes méfiantes quant à l’avenir et répandaient sur nous l’angoisse et la tristesse de partir… Sans doute avions-nous oublié quelque chose. Peut-être de leur dire adieu. Alors adieu, peuple indien, enfant peureux et sage qui nous a toujours respectés, appris, entraînés dans ses rires et ses joies de tous les jours, quelles que soient les circonstances. Nous reviendrons un jour, mais aujourd’hui, malgré la peur, nous ne pouvons pas faire demi-tour. Devant nous, la tempête s’apprête à nous emporter et derrière, la porte s’est refermée... Si ce temps, arrêté ici, nous est alloué pour, une dernière fois, te rendre hommage, je m’assois dans le coin de ce mur, sur mon sac, et, en attendant que la colère du ciel s’estompe, je pense à toi… Combien de fois m’as-tu fait pleurer de rire, au réveil, avec tes enfantillages, ton insouciance et ta simplicité ? Je te revois chaque journée me parler, négocier et mentir toujours sans sérieux, sans gravité, tout en te méprenant et feignant de ne pas t’en rendre compte. Peuple de l’Inde, heureux tous les jours, sous le soleil, sous la pluie, dans l’opulence comme dans la misère, nous t’avons laissé un peu de nous-mêmes, gisant dans la poussière, contre tout ce que tu nous as donné, appris : à savoir qu’on a tout et qu’il ne tient qu’à nous d’être heureux. Encore merci et adieu. Le cœur chargé de ces émotions qui nous ont secoués et marqués à jamais, nous avons repris la route avec Daoud, mon ami, mon frère, mon compagnon. D’un bond, nous avons franchi la porte et couru sous la pluie et le vent, dans la zone de no man’s land avant d’atteindre les bureaux de la douane pakistanaise. Un autre monde se dessinait déjà à travers les visages que nous ne reconnaissions pas. Puis, le compte à rebours s’enclencha de nouveau, au moment ou le tampon d’entrée s’écrasait sur nos passeports. Un bus grillagé nous emmenait déjà autre part pour nous abandonner dans une ville rendue grise et sale par la pluie, sans chaleur, une pluie dans les rues comme dans notre cœur. Pieds nus, courbés sous la capuche de nos sacs, pataugeant dans la boue, on devait trouver un refuge, un lieu où on serait accueilli et où on pourrait reprendre haleine et confiance. Enfin posés et calmes, nous apercevoir que ce n’était pas plus un mauvais présage qu’un orage. Nous étions au Pakistan.

Apprendre de l’infini en accord avec le temps Pendant cinq jours, nous ne sommes pas sortis de l’hôtel. Ou si peu. Nos rapides passages dans les rues nous ont refroidis. En effet, ce n’est pas l’atmosphère bon enfant de l’Inde. Le sourire est remplacé par la grimace sévère et le mépris. Mais j’espère que nous nous trompons. Il faut apprendre ce nouveau pays, cette atmosphère différente avant de s’y sentir bien. Le choc des civilisations est sensible. Tout le monde nous souriait en Inde pour une raison ou une autre. Personne ne sourit ici. Du moins, personne ne m’a encore souri. Pas de flatterie naïve, de politesse anticipée et de phrase puérile, inutile ou intempestive. Nous sommes revenus chez les hommes fiers et durs. La péninsule est si large qu’il est difficile, en Inde, d’imaginer que cette terre rouge puisse cesser quelque part, pour laisser place à d’autres pays. Les principales frontières sont formées par deux océans immenses de chaque côté et l’Himalaya infranchissable au nord. L’Inde est un monde isolé qui se suffit à lui-même. D’ailleurs, il est difficile de discuter avec la plupart des Indiens qui n’ont en général que très peu d’idée de notre civilisation. Les problèmes internationaux leur échappent le plus souvent. De cinématographie ; ils ne connaissent que la leur. Enfin, poser des questions sur leur culture relève du défit tant elle est confuse et incomparable. À l’inverse, les Pakistanais sont sur la même planète que nous, ils s’intéressent aux même choses, ils ont les mêmes préoccupations et une vision sur le monde entier que les Indiens n’ont pas. Ils ont, par ailleurs, des origines perses en plus d’être ouverts au nord sur les peuples d’Asie centrale et de Chine grâces aux anciennes routes commerciales comme celle de la soie. Enfin, les rapports privilégiés qu’ils entretiennent aujourd’hui avec les Américains, les font pénétrer directement dans le champ international, vers la globalisation. Malick Internet Inn

L’hôtel est situé au carrefour de l’avenue Jinnah et du Régal cinéma. Un petit écriteau au-dessus d’une porte située au fond d’une impasse indique son entrée. D’un côté, le parfum des chapatis brûlants du boulanger. De l’autre, un magasin de type occidental où l’on trouve les choses de chez nous que nous n’avions pas vues depuis longtemps, comme la mayonnaise et le chocolat. En face, les excellentes glaces à la fraise attirent toute la ville dans un magasin spacieux mais toujours bondé. Et qui aurait dit qu’au Pakistan, les barbus, avec leurs turbans sur la tête, aiment à se délecter d’un sorbet ? C’est une image qui, pour moi, semblait contradictoire... Enfin, l’escalier de l’hôtel monte au deuxième étage et vous sort de toute cette agitation. Dans cet hôtel, il n’y que des étrangers et des voyageurs. Une vingtaine de lits. C’est le point de rassemblement de Lahore. La journée, chacun vaque à ses occupations, organise la prochaine étape de son voyage et visite la ville. Le soir, ils préparent de quoi manger et souvent restent ensemble pour bavarder, échanger des renseignements et se donner mutuellement des conseils. L’ambiance est sympa. Venus de tous les horizons, voyageurs acharnés, back packers, globe trotters, travellers, appelez-les comme vous voulez, ils ont tous une expérience de voyage au moins comparable à la nôtre. David, un Suisse que nous avions déjà rencontré à Delhi, a été le premier à brandir les drapeaux lors de la manifestation anti-américaine de Quetta dans le Baloutchistan, avant de se dire finalement, sous les regards menaçants de la population, ce n’est peut être pas ma place… Armand, un Français, aussi grand voyageur que fainéant, barbu et chevelu à l’extrême, musicien passionné, cultivé, beau gosse, est sur la route depuis 4 ans. Julie, son amie, le rejoignait au Pakistan quand nous les avons rencontrés… Michel arrive en vélo de Genève… Bénédicte s’est mis dans la tête, en l’écoutant, de traverser le Karakorum - versant nord-ouest de l’Himalaya avec le 2ème sommet le plus haut du monde - en vélo, pour rejoindre la Chine. Je n’ai jamais eu de nouvelles quant à la réussite de son entreprise mais cette petite blonde est partie pour une sacrée aventure, sans avoir jamais fait de vélo de sa vie sur des distances aussi longues que pentues. Voilà pour les francophones. Ensuite, il y a Tess, la jolie Suédoise qui vient de traverser l’Inde en moto, seule, en 2 ans… Chen, dans son business de pierres précieuses avec Taiwan… Siren, une Norvégienne éprise de langues étrangères… Un couple d’architectes sur les traces des plus anciennes civilisations... Un pigiste danois, avec qui je serais bien parti quelques semaines pour me rendre compte de son travail. Il nous explique par ailleurs que ses articles ne se vendent pas bien, si ils ne décrivent pas uniquement la haine, le scandale et la misère ; Cette infime partie de la réalité qui, une fois répandue par les médias, devient une généralité… Enfin, d’autres encore, comme nous, sans véritable but, si ce n’est de parcourir le monde et de glaner, ici et là, les pièces du puzzle universel. Ensemble, nous échangeons nos expériences, nos idées et nos grandes théories dans des discussions parfois animées. Nous croisons les chemins, les aventures, les pays, les cultures et les anecdotes dans une cohabitation fructueuse. Certes, chacun a son point de vue sur toutes les choses du monde, hélas, personne n’a la science infuse. Les voyageurs se la racontent. Le peu de savoir acquis doit être dit plus haut et plus fort que les autres comme une vérité établie… En m’écartant un peu du groupe, en montant sur le muret qui domine la ville et en sentant le brouhaha sourd qui monte jusqu’ici, je me demande quand même ce que, tous, nous faisons au Pakistan à nous imaginer tout savoir parce qu’on a pris un peu la route… La plupart d’entre nous, comme moi, ne savent même pas quel est le régime politique du pays, ni même le nom du président ou militaire dictateur. Le risque est pourtant réel. La population ne soutient pas, en majorité, le gouvernement imposé par l’armée et sous tutelle américaine. Les talibans, dont les responsables sortent d’écoles théologiques pakistanaises, ont déjà su unifier les différentes ethnies sous les drapeaux d’un islam radical dans le pays voisin. Leurs militants, formés par Al Qaïda, s’assemblent toujours dans les zones tribales incontrôlées par l’état, pour préparer la guerre sainte. Avec nos petits sacs de voyage sur le dos, notre idéalisme sous le bras, nous n’avons pas pleinement conscience des dangers qui nous menacent ici. Nous n’avons jamais connu ni la haine, ni la guerre, ni même la misère. Dans une ambiance désinvolte, ce soir, nous préparons des crêpes… Un journaliste anglais d’origine pakistanaise nous donne sa vision des choses quant à l’histoire et la politique pakistanaise actuelles. Cela nous éclaire un peu. Nous l’écoutons tous religieusement mais bientôt les rigolades reprennent. En bons Gaulois qui se retrouvent, les blagues idiotes fusent et me font rire. Je suis bientôt, moi aussi, décontracté, heureux de retrouver l’esprit français, son humour sarcastique et un peu méprisant. Il ne nous arrivera rien, voilà tout. Et ce n’est pas le moment d’y penser. Quand on se retrouve une bonne tablée de franchouillards aussi loin de son pays, il faut se rappeler d’où l’on vient, revenir aux sources, aux bonnes blagues qui ne font rire que nous. Armand prépare les crêpes mais ses souvenirs se sont dissipés car je ne crois pas qu’en France, elles soient si épicées. Il ne manque que l’apéro pour se sentir chez soi mais l’alcool ne se trouve pas dans les épiceries pakistanaises. Alors que le shit, si. Des joints tournent et me tournent la tête, si bien que je n’ai bientôt plus rien à dire. J’écoute ces gens parler, je les regarde s’agiter, se convaincre. Quand j’ai fumé, les mots sont si légers qu’ils n’ont plus de sens et seules les attitudes me fascinent. Marco est le plus drôle, il parle avec les mains, les bras et tout son corps. Il rejoint la réputation de dragueur qu’ont les Italiens et la petite Coréenne devant lui garde les yeux ronds, fait des « Oh ! » et des « Ah ! » à la façon asiatique si singulière et passe de la fascination au désintérêt sans détourner le regard et sans savoir qu’il peut la tenir ainsi toute la nuit. Sten regarde sa guitare comme si elle avait les cheveux longs, et parfois nous joue quelques accords de ses propres chansons. Je m’aperçois alors que je ne comprends rien à l’anglais des Anglais. J’utilise la langue, parle avec tout le monde mais lui, qui utilise beaucoup d’expressions, j’ai des difficultés à le comprendre… Sauf quand il imite les Français avec ses : « Putain, enculé » et son accent de bourgeois pédant. C’est assez difficile mais passionnant de comparer une personnalité, une idée, un état d’esprit par rapport à une origine. Dire par exemple que les Français se retrouvent dans tel comportement, les Anglais dans tel autre. Un ensemble de généralités qui pourrait caractériser un peuple mais je sens que je vais dire des conneries… Un Japonais vient nous rejoindre. Ils sont discrets les Japonais mais dans un village perdu d’Afrique, vous en trouverez toujours un, car ce sont, et de loin, les plus grands voyageurs de notre époque. Celui-ci, avec son air niais, son sourire figé et ses mouvements de tête pour toujours dire oui, nous fait une démonstration de danse entre acrobatie et lévitation qui me laisse sur le cul. Good night petit Japonais. Good night tout le monde.

Dans la rue

Quelques promenades dans la ville me permettent peu à peu de me familiariser avec son ambiance. Après cette sensation de froid et de méfiance, du fait d’un certain honneur qu’il ne faut pas défier, les Pakistanais se comportent à notre égard avec discrétion et respect, avant d’exprimer intérêt et cordialité. Les discussions s’animent rapidement puisqu’ils sont encore plus curieux et plus intéressés que nous-mêmes. Ce que je prenais pour du mépris, le fait de nous ignorer, était en réalité de la considération. Ils ont moins de préjugés sur nous que nous sur eux. Ils ne nous ignorent pas mais nous matent moins que les Indiens. On ne regarde pas les gens comme des bêtes sauvages, ce que faisaient certains Indiens totalement fascinés par notre présence. Contrairement à ce que j’imaginais d’une ville pakistanaise, Lahore est beaucoup plus occidentalisée que tout ce qu’on a pu voir de l’Inde. Pas de vache dans les rues, pas de mendiant, pas de sans abri, pas de manifestation religieuse tous les jours, d’exubérance à tous les coins de rues. La vie y est plus monotone dans les petites voitures japonaises qui mènent au travail dans les industries à la périphérie de la ville. J’ai aussi entendu des jeunes écouter du rap américain, et de la musique occidentale se diffuse dans les rues commerçantes. Les femmes ne portent pas de bourka ici, à Lahore, et pour certaines jeunes, pas même de voile. Elles conduisent, se promènent entre elles, travaillent dans les administrations et nous retrouvent parfois chez le glacier. Je les sens beaucoup plus épanouies, plus vivantes, plus respectées, plus humaines qu’en Inde où le système les avilit dix fois plus encore. Ici, les femmes croisent notre regard. Pas en Inde ! Par contre, les bus, les restaurants, les mosquées, les salles publiques et tout ce que l’on peut imaginer de lieux sont partagés en deux : un côté pour les hommes seuls et l’autre pour les femmes et les familles. Lahore est la ville moderne et culturelle du pays et donc plus libre que les autres villes visitées où les femmes dans la rue sont encore moins nombreuses. Non mais alors ! Dans les villes plus isolées ou conservatrices comme Quetta, il n’y a pratiquement pas de femme visible. Et si elles sortent, personne ne s’adressera à elles dans la rue. Les hommes n’ont pas le droit de parler aux femmes, m’a-t-on dit, si elles ne sont leur mère ou leur sœur. Et les femmes n’adressent pas la parole aux hommes, si ce n’est, avec respect, à leur mari. Tête basse, elles partent au marché, plus discrètes que les chats. Julie, avec ses longs cheveux blonds dont une mèche s’échappe gracieusement du voile, s’est fait siffler par des jeunes dans la rue, à Quetta justement. Une promenade à ses côtés devient plus menaçante. Les hommes la regardent tous, parfois avec dédain, avec mépris et d’autres fois avec fougue. Pour se rassurer, on pense qu’ils respectent d’une autre manière les femmes et qu’ils n’oseront jamais, ni lui parler, ni la toucher. Aller savoir… Au retour, Armand prend l’un d’eux par la chemise et le secoue jusqu’à ce qu’il s’excuse. « Est-ce que je siffle ta femme dans la rue ? » il crie au gars accroché au bout de ses bras…

Au marché de Landa Bazar, spécialisé dans les affaires d’occasion, nous achetons avec Daoud l’équipement traditionnel complet : la shawar kamiz. Une longue chemise unie, ouverte sur un col brodé, qui tombe sur les genoux d’un pantalon très large où on peut tenir à plusieurs dans les plis et qui se referme aux chevilles comme celui des clowns, sans les couleurs. Ainsi vêtus, nous partons à pied vers le centre de la ville. Les ruelles sont en soie entremêlées d’architecture musulmane des siècles passés. Minuscules et sinueuses, elles nous emmènent sous des arcades de voûtes en céramique, dans les cours dissimulées de mosquées calmes et magnifiques, comme celle de Wazir Khan… Enfin, la porte nord de la vieille ville s’ouvre sur l’étendue qu’entoure le fort, de la même couleur de grès rouge que l’immense mosquée Badshahi, en face, l’une des plus grandes du monde. En direction de la gare, le trafic s’intensifie dans la poussière. Les commerces des rues alternent entre roulements à billes, pneus et tout ce que l’on peut imaginer de pièces de camions. En sortant de l’agitation, dans une petite rue, un canal s’est perdu et tari dans l’huile et les ordures ménagères. Un peu plus loin, la place fleurie devant la pelouse verdoyante d’un monument datant de l’ère britannique contraste avec l’ensemble. Enfin, le petit bureau solitaire et sans bousculade de la extension visa registration nous ouvre ses portes et nous délivre sans palabre une prolongation de visa d’un mois. Nous n’aurons pas fait le déplacement pour rien. L’administration pakistanaise est moins pointilleuse que celle des ses voisins indiens qui, pour la même demande, nous a fait revenir trois fois.

Sur le chemin du retour, dans une rue encombrée, un cheval me mord à l’épaule. La surprise est plus grande que le mal. Nombreux au Pakistan, ces pauvres bêtes ne sont pas ménagées. On les fait travailler avec acharnement. Sans prêter le moindre intérêt à eux avant l’incident, je ne pouvais pas les voir, cachés sous leurs œillères, porter de lourds fardeaux sur leur charrette, se frayer un chemin dans les carrefours pollués, se faire klaxonner par les camions, baver dans l’effort et souffrir sous les coups de fouet… Vivement que les Pakistanais se mettent au nucléaire… Ce soir, notre hôte si généreux, dit-il, et prouvant encore sa notoriété, organise un concert sur la terrasse de l’hôtel. Un chanteur pakistanais reconnu, avec son groupe, nous fait l’honneur de sa présence toute la soirée. Les musiciens excellent et nous offrent un grand moment musical bien que je ne puisse malheureusement pas décrire les nombreuses influences que contiennent ces airs. Le pays commence à me plaire, ses coutumes… comme, le moment tant attendu de jeter les billets sur la vedette jusqu’à la recouvrir. Il a été déçu : les voyageurs que nous sommes comptent les sous comme des diamants… Juste le temps d’arriver à l’heure pour mon rendez-vous, dans une petite rue derrière l’hôtel, avec Meriem… sur Internet. Elle me montre sa frimousse dans la webcam et j’ai envie d’embrasser l’écran. C’est terrible les moyens qu’on a aujourd’hui pour se faire mal. Dans ce sous-sol, où ça pue la sueur d’homme qui a passé trop de temps à s’émouvoir devant l’écran, je m’évade à des milliers de kilomètres pour la retrouver dans un petit village… de l’Himalaya. Elle me raconte ses balades avec un certain Dalaï-lama. Elle essaie de me rendre jaloux, sans doute… Mais plus elles sont chiantes, plus on les aime.

Toutes les femmes n’ont pas cette prestance que tu as, même pas les hommes bien sûr. C’est la vie qui nous fait, notre naissance, notre éducation, notre destin. Le tien déjà a été grand, parfois périlleux, incertain et puis heureux finalement. Il t’a fait toi. Meriem. L’aînée, la voyageuse, l’opiniâtre. Toi qui ne te ménages pas, qui n’offres pas la charité de ton âme, pas même à moi. Que dis-je, surtout pas à moi ! Montrer une larme serait un châtiment. Ne serait-ce qu’un sentiment effleurant ton visage et tu serais blessée à mort dans ton orgueil. Pas de sentiment, ni pour toi-même, ni pour les autres. Un exemple pour moi, dont les traits me trahissent chaque fois. Et d’autres exemples encore qui me laissent émerveillés. Tout cet orgueil sans pourtant de mépris, juste un peu d’arrogance, de cynisme mais surtout d’humour pour justifier les défaillances de notre chair faible, à nous les hommes, à nous qui sommes sensibles. Pourquoi m’as-tu choisi moi qui suis le plus faible de tous les hommes ? Un homme fort tu voulais, tu m’as initié à cela. Montré comme on devient un homme. Un homme fier et sûr de lui, de son mérite. Son mérite juste d’être un homme. Un peu honnête, un peu sage. Juste de quoi être respectable, digne d’estime. Quelqu’un qui peut se regarder dans la glace sans baisser les yeux parce qu’il sait qu’il a fait ce qu’il devait faire et ce qu’il a dit, il n’y avait rien d’autre à dire. Quelqu’un qui se respecte, je le répète. Qui ne passe pas son temps à avoir des remords, des regrets de choses du passé auxquelles il pense. C’est fini le passé, il faut regarder l’avenir. Le regarder avec les yeux de celui qui va escalader une montagne et qui va y arriver parce qu’il en a la détermination. Il le sait. Un pas devant l’autre. Tranquillement mais sûrement. C’est bien ça ce que tu m’as dit. Arrête de penser, arrête de creuser, de dépecer, de remémorer les choses faites. Elles sont faites. On ne reviendra plus dessus, jamais. Relève la tête, avance. Sois fier car cela va t’aider. Un homme doit être fort et ensuite fier. Je veux que tu sois cet homme. Merci, Meriem. Merci de ta confiance. On a tous besoin d’être fort pour quelqu’un, et c’est toujours cette personne qui fait qu’on l’est. Qu’on retrouve l’assurance, la sérénité et la confiance en soi ! Le bonheur est dans la certitude. Pourtant, je ne ressemblerai jamais à ton père…

Pour reprendre mes esprits, dans l’agitation et le bruit des pays de l’Orient, j’ai pris l’habitude de me diriger vers les lieux de culte, quels qu’ils soient, et de me poser dans le silence. C’est toujours un moment utile et agréable où je me retrouve, comme si je sortais la tête de l’eau et que les choses m’apparaissaient, pour un instant, sans trouble. Je me dirige donc vers le premier lieu venu. Une église. Je m’en réjouis en pensant qu’au Pakistan, j’allais être le seul à l’intérieur. Mais ma surprise est grande en entrant. L’église, que dis-je, la cathédrale, souvenir de la reine Victoria, est pleine à craquer, et la musique et les chants à la gloire de Jésus, en latin et en ourdou, montent jusqu’au ciel, avec une ferveur que je n’ai jamais trouvée en France, ni même en Europe… En effet, le Pakistan contient une communauté de chrétiens, évangélisés pendant la colonisation britannique. Ils ne se sont pas tous donné rendez-vous aujourd’hui dans cette église, mais sont présents dans tout le Pakistan, en minorité. Pas plus menacés à Lahore que dans d’autres villes, nous trouverons parfois tout un quartier chrétien avec l’église, le plus souvent récente, en son centre. Et puis, au Pakistan, comme vous allez le voir, il y a toute une panoplie de minorités. Et je dirais même plus : le Pakistan est un regroupement de minorités. Festival soufi

Un bus, un rickshaw et nous voilà de l’autre côté de la ville. Une banlieue au bout d’une grande avenue où les maisons commencent à avoir la couleur du sable et où l’électricité fait défaut. Ici, se déroule un festival en souvenir de prestigieux soufis, philosophes mystiques de l’islam, sur leur propre tombe. Musiciens, danseurs et spectateurs se sont installés à travers le cimetière de la ville, sur les dalles et les tombeaux mortuaires, à la clarté sinistre de la pleine lune. Au fond, une fête foraine avec des manèges artisanaux dans lesquels je ne monterais pour rien au monde. Un tonneau de plusieurs mètres de haut, en tôle, renferme une quantité de fausses blondes et de travestis. En avant pour le spectacle qui consiste à admirer une moto tourner et monter avec la force centrifuge, à l’extrémité du tonneau, au-dessus des strip-teaseuses qui n’en sont pas car elles n’enlèvent rien. Ce ne sont que des potiches. Applaudissements avant de continuer la balade dans la foule à travers les feux de joie et les affiches en ourdou que je ne comprends pas. Je m’installe dans un enclos du cimetière, envahi par la foule, devant un spectacle de percussions où les danseurs entrent progressivement en transe. Je suis seul, Daoud doit être quelque part, ici ou ailleurs, nous nous retrouverons demain, mais j’aurais bien voulu qu’il soit avec moi ce soir. Tout le monde ici roule des joints. Ça fume énormément. Les Pakistanais prennent deux cigarettes, les vident, font le mix et les emplissent ensuite avec dextérité. J’ai beau essayer, je n’y arrive pas. Assis par terre, l’homme âgé à mes côtés m’en offre une. Ils en roulent toujours deux en même temps : une pour eux et une pour le voisin... Derrière moi, quelques gros pachas sont installés sur des coussins. En anglais, ils commencent à me poser des questions, puis pleins de questions sans que je puisse moi-même leur demander quoi que ce soit. Qui suis-je, d’où viens-je et pourquoi t’es là ? Finalement ils me proposent des filles... Comme je ne suis pas intéressé, leur propre intérêt s’atténue et j’en profite pour bouger… Inopinément, je retrouve David, le Suisse. Un coup de chance dans cette cohue. Plusieurs milliers de personnes réunies. On ne peut pas le manquer, remarque. Il est bien grand et bien blanc. Une bonne tête d’occidental avec une guirlande de fleurs autour du cou. On sort. À l’écart de la foule, nous pouvons parler. Incroyable de se retrouver ici, dans les chemins de ce cimetière qui s’étant à perte de vue. Partout, ça grouille. De plus en plus de monde. Ça s’agite, ça se bouscule, ça se bat. On avance en essayant de ne pas se perdre. Là, un bon concert. J’aimerais regarder plus longuement et, pour ne pas être emporté par la foule, je m’accroupis et me tiens le long d’un poteau. Vraiment, un bon concert. En levant la tête, je remarque à côté de moi, au bord du flot houleux formé par la foule, le squat de quelques marginaux. Peut-être des soufis. Ils portent des vêtements comparables aux sâdhus indiens mais ont des têtes et des attitudes de Tsiganes. L’un d’entre eux tient un bâton levé et écarte la foule qui menace, en se bousculant, de tomber sur leurs tapis et leur feu. Me voyant là, tout près de lui, tentant d’échapper au mouvement, il m’invite à m’installer derrière le feu avec eux et me trouve une place entre un soufi travesti et une bande de morveux. Ok pour moi. Je suis avec un ami. Le voici. Il prend place, lui aussi, près du feu. Pendant ce temps, la foule s’épaissit encore dans ce couloir qui se rétrécit juste où les musiciens ont choisi de se placer. Trois ou quatre Tsiganes sont debout avec des bâtons pour les écarter. Tous les gens nous regardent en passant puisque nous sommes en vitrine et parfois avec des regards douteux. A ce moment-là, je sens que le travesti derrière moi est bien près. Je ne veux pas être parano mais il me fait les poches. Un regard pour le tenir tranquille. Cet air flegmatique... Si tu crois que je ne t’ai pas vu venir avec tes grosses mains pleines de doigts… Les gens dans la foule nous regardent parfois avec haine. Je n’en ai plus de doute... Aucun contact, du moins oral, avec les Tsiganes. Ils ne sourient pas. Ils semblent nous protéger. Contre quoi ? Contre qui ? Contre eux ! Sans sourire, sans parole échangée, ils nous offrent l’hospitalité. Déjà quelques joints. Et puis, comme David ne fume pas de tabac mais aimerait bien fumer quand même le bon shiras, le shit afghan et pakistanais. L’un d’eux retourne une tasse, met dessus une braise, roule une paille avec un bout de papier. Puis, il place un morceau de shiras pur sur la braise qui se consume comme de l’encens et on fait tourner la paille. Puis voici les chapatis avec les dals (lentilles) et le curry, puis enfin le tchaï, le même qu’en Inde. À côté le concert continue, terrible, à coup de clarinettes, de tablas et de cuivres. Les gens sont agglutinés, bousculés, écrasés à trois pas de nous, derrière les bâtons des Tsiganes pendant que nous sommes vautrés sur des coussins à manger et fumer gratis ! C’est dommage, au lieu d’être apaisé et profiter pleinement, je stresse. Je n’aime pas le regard que portent certaines personnes sur nous, dans la foule. Peut-être n’aiment-ils pas les Tsiganes. Peut-être ne nous aiment-ils pas nous. Peut-être qu’ils ne nous aiment pas en compagnie des soi-disant soufis. En tout cas, je ne me trouve pas bien brave. Alors parfois, je les fixe moi aussi, durement, et ils baissent le regard. Mais quel regard ! Je n’aime pas ce regard. Je le sens, il faut qu’on se casse ! J’ai un moment de panique, le sentiment d’angoisse se diffuse dans mon corps et une sueur froide parcourt mon dos. Qui, des Tsiganes ou de la foule si fervente à ce festival islamique où nous n’avons rien à foutre, sont les plus dangereux pour deux petits Européens naïfs ? Allez, on bouge. Je tape dans le coude de notre ami suisse qui lui, se trouve très bien, évidemment. Sans doute suis-je peureux ? Enfin, une fois dans la foule, je me sens mieux. Le contact des corps qui se bousculent, même si parfois des poings partent, me rassure. Il n’y a ici, que des hommes. QUE DES HOMMES ! Nous refaisons un tour. Ça va vraiment mieux. Bien content de voir ça. Allez, on retourne dans la furie des percussions, des gens en transe qui tournent toujours plus vite, des feux brûlants où sont balancées des idoles, dans tous les chemins bordés de tombes de cet affreux cimetière. Bientôt minuit. Que va-t-il se passer alors ? Rien, la fête continue, les joints scintillent au-dessus des tombeaux. La foule de plus en plus dense est au comble de l’agitation. Les gens sont surexcités. Jamais vu une foule pareille ! Sur une estrade, un jeune garçon bouge son cul dans un jean serré. Il danse en bougeant ses fesses comme seule le ferait une femme, pour vous dans l’intimité, aguichant les hommes qui le sifflent à ne plus pouvoir. L’homosexualité n’est pas un mythe dans les pays de l’islam. Les femmes sont surveillées et les hommes proches. Perso, j’aime pas trop beaucoup ça. Et pendant que David danse comme un forcené, je me dis qu’il serait raisonnable de rentrer. Trop tard, derrière nous, un énorme bonhomme nous prend un bras à chacun. My friend ! Il gueule. Et ne veut plus nous lâcher. Il rentre dans la foule, qu’il pousse de son gros corps, en nous tirant par les bras, nous fait sauter et danser devant les percussions et nous fait crier Pakistan Zindabad ! Longue vie au Pakistan. Putain, on est tombés sur une bande de lourds. Moi qui voulais passer inaperçu et qui serais bien rentré peinard, sans encombre. Nous voilà accompagnés de ce gros lourdaud avec ses potes qui ont des gueules que je n’aime pas. Ils sont surexcités et me pelotent le cul dans la foule. J’aimerais bien me barrer mais David est encore accroché au gros qui lui tient fermement la main. Il ne peut lui échapper et je sens bien que lui aussi s’agace de se faire peloter le cul… Enfin, comme on grogne fort et qu’on veut partir, ces messieurs décident de nous raccompagner. Super. Putain, ce n’est pas que je n’aie pas confiance mais là, vraiment, je n’ai pas confiance ! Retour dans leur voiture pourrie, avec deux hippopotames et trois espèces de Tsiganes édentés. Évidemment, sur la route, ces cons roulent vite et vont bientôt s’emplafonner dans un dos d’âne qu’ils n’avaient pas vu. Ce n’était pas prévu. Ça calme. Ils sont plus dangereux que des mecs bourrés… Assis entre deux des gars, je sens la pression monter. Au moins 25 ans, sans être mariés et donc puceaux, du moins avec les femmes, ils ont envie de baiser. Me le font comprendre en me montrant leur doigt avant de se le mettre dans le cul. Et, bavant et ricanant de façon cynique, ils me demandent si j’aime ça, les doigts dans le cul. Faut voir leur tête. Ces gars-là sont archi frustrés. Ils vont nous attraper ! Quelle galère, putain, je vais me faire enculer par des gros porcs dans ce putain de pays ! Non, il faut trouver une solution… Que faire… Où mène cette route ? Où nous emmènent-ils ? Ça vous dit une glace, j’demande… silence… Eh ! Ça vous dit une glace ?… deux fois… Et puis c’est un oui général ! On va bouffer une glace avant de baiser, ça c’est cool !

Siren

Je ne sais pas comment s’écrit son nom, exactement. C’est la Norvégienne… Nous sommes restés tous les deux après que tout le monde s’est couché. On fume des clopes en discutant. Elle a trente-deux ans, parle français correctement et dit qu’en Norvège, on est plus libre et plus ouvert. C’est vrai, sans doute. Mais là. Elle a surtout envie de moi. Elle se caresse les épaules, ouvre sa chemise chaque fois d’un bouton de plus et me laisse entrevoir ses seins. On est tous les deux bien près. Qu’est-ce que je fais ? C’est incroyable, je n’ai pas envie de la baiser ! Enfin, si, j’ai envie, on pourrait aller là, juste derrière, sur une couverture avec une petite bougie. Je n’ai qu’à me lever, la prendre par les épaules et lui caresser délicatement les seins. Même pas besoin de l’embrasser. Elle est fine, plutôt jolie fille… Hier, les gros porcs m’ont dégoûté. J’aime pas les mecs parfois. J’aime pas leur esprit basique. J’aime pas baiser les filles. J’aime pas. Elle veut. Je pense à toi, Meriem. Je vois ta gueule dans la webcam. Je pense à demain. À chaque fois que je passe la nuit avec des filles, comme ça, vite fait, j’ai des remords. Surtout quand je bois. Je me sens dégueulasse. Pourtant, c’est ce qu’elles veulent. C’est ça, le pire. Une autre clope… de quoi on pourrait parler ? Elle croit que je n’ose pas. Si je reste là. Près d’elle. Elle va me sauter dessus. Je me lève et articule : « Salut, je vais me coucher. Bonne nuit. »

Balade enturbannée Route d’Islamabad

Des choses que je n’explique pas… Sur la belle autoroute, dans le bus, on nous a passé un film indien dans un genre que je n’avais pas encore vu. Et surtout pas en Inde. Ou alors en privé… Le film peut se résumer ainsi : dernière Audi, Porsche, rencontre, plage et baise ! C’est là le hic. Dans le bus, les barbus rouspètent. Alors on a avancé la scène. Mais les barbus n’ont plus regardé le film. Ils ont prié. Qui regardait alors ? Qui sont les barbus plus barbus que les autres ? Qui aime ces films ? Deux mondes… Ceux qui veulent que ça change. Ceux qui ne veulent surtout pas que ça dégénère. Qui gagnera ? Ça va changer ou pas ? À côté de ça, les Pakistanais ont tellement la foi ! Même s’ils ne sont pas tous pratiquants, ils respectent les règles du Coran qui organisent leur vie de tous les jours. À côté, en Afghanistan, il y a les talibans, Au Pakistan, des groupes islamistes puissants, À Lahore, partout, il y a l’Amérique. On aime l’Amérique à Lahore. Alors, ça va changer ou pas ? Moi, perso, on ne me demande pas mon avis. D’ailleurs, je ne suis pas d’ici et pas musulman mais si on me le demandait, je dirais que j’aime bien les barbus. Ils ont raison. Il y a des choses indécentes. Suis-je extrémiste ? Les gens aiment les films de merde. Ils aiment les films de cul. Mais là, il y a des enfants dans le bus. N’y a-t-il pas de compromis possible entre libéralisme et fondamentalisme ? Être libre sans extrême, ça n’existe pas ? Trouver des limites morales à l’indécence… On a besoin d’eux, de leur sagesse, Que nous nous bornons à dissimuler.

Pakistan Zindabad !

Islamabad

Quartier G7. Ciel bleu clair puis teinte orange de la nuit. Lumières blanches des lampadaires. Pas un souffle de vent. Vastes étendues de jeux, saules et peupliers, enchevêtrés. Pieds de cannabis sauvages, poilus comme des orties. Fontaines, ruisseaux, vallées silencieuses. Chemins recouverts de feuilles. Maisons sans étage. Sans fenêtre. Places comme patio, dissimulées entre les murs, autour d’un eucalyptus. Vendeurs ambulants. Glaces à l’eau. Poussettes. Femmes et filles dans les ruelles. Vieillards silencieux, ridés au coin d’un mur. Tout est tranquille. Atmosphère paisible. Il fait doux, de cette douceur d’un soir printanier. Les enfants courent, crient, chahutent. Les hommes, dans la plaine, jouent au criquet. Sueur, cris, formes discordantes de robes blanches. Glissement de babouches. Ombres de la nuit. Sommeil tranquille. Sérénité. Apaisement… Gronde. Vibre. Là-bas. La montagne. Dieu qui rendra fou la terre, tuera, démolira la vie, fera pleurer les hommes sur les corps meurtris de leurs enfants…

Tremblement de terre au Pakistan

De retour en France, j’apprenais les tristes nouvelles du Pakistan. Aux informations, défilaient les images d’Islamabad ravagée avec des blessés encore enfouis sous les décombres et des morts par dizaines de milliers. Il faut les aider. Le Pakistan connaît aujourd’hui une transformation idéologique qui sort le pays de l’arriération sociale et économique et le mène vers des valeurs que nous prônons, celles de la démocratie, de l’éducation, du respect des droits de l’homme et de l’émancipation des femmes. Si nous sommes solidaires aujourd’hui, plutôt nous que certaines institutions mal venues, ils croiront définitivement en notre sollicitude, en nos valeurs, qui sont celles de l’entraide internationale pour un développement économique à l’échelle mondiale. La balance est prête à basculer en notre faveur. À l’inverse, si nous les laissons tomber, ils se tourneront une nouvelle fois vers Dieu, avec les conséquences que cela implique dans le contexte actuel… Islamabad a été construite dans les cinquante dernières années, à partir de la création du nouvel Etat. Elle n’est heureusement pas une ville très peuplée, ni culturelle, ni historique mais une capitale qui n’existait pas et qu’on a placé volontairement au centre du pays. 500 mille habitants vivaient à Islamabad. Rawalpindi, à 20 km seulement, est une mégapole de plusieurs millions d’habitants qui n’a heureusement pas été touchée. Au moment où j’écris ces lignes, je ne peux pas m’empêcher de revoir la vie tranquille qui se déroulait là-bas. Dans un espace compris entre les rivières et les forêts attelées aux montagnes, Islamabad était une bien jolie ville. Calme, moderne, climat agréable, végétation luxuriante, on y trouvait les plus belles voitures du pays et des hommes d’affaires ayant échangé le costume traditionnel contre la chemise et la cravate. Les différentes zones professionnelles et commerciales, les quartiers résidentiels et présidentiels, les grands hôtels internationaux se partageaient les quartiers, séparés par de vastes boulevards fleuris. Islamabad est détruite aujourd’hui. C’est la deuxième catastrophe au Pakistan depuis que j’ai quitté le pays. La première fut une collision de train qui fit plus de cinq cents morts au mois de juillet. Chaque fois, je suis touché bien plus que si je ne m’y étais jamais rendu. J’ai beaucoup aimé ce pays et ses merveilleux habitants. En France, pendant la catastrophe, j’entendais les gens marmonner qu’ils n’enverraient jamais d’argent là-bas malgré leur compassion car ils craignaient qu’il soit détourné et enrichisse le terrorisme. C’est peut-être encore ce que je penserais si je ne m’y étais pas rendu. Heureusement, les terroristes sont bien peu nombreux par rapport à l’ensemble d’une population dénuée d’ambition guerrière, généreuse comme aucune autre et acharnée au travail pour, comme partout dans le monde, donner à ses enfants une vie décente. Tous ces sourires, cette sincérité, cette générosité m’ont, pour toujours, prouvé que les Pakistanais ne méritaient pas leur triste réputation. Bien sûr, il faut les soutenir ; la population est faite d’hommes, de femmes et d’enfants comme nous, et il n’y aura jamais assez d’argent pour tout reconstruire, organiser et multiplier les infrastructures. La pauvreté, la peur et l’ignorance sont les véritables responsables de la haine. Le gouvernement pakistanais est surveillé de près par la communauté internationale, et l’argent de la banque mondiale leur parvient sous certaines conditions, comme notamment : la chasse aux terroristes, poursuivis, dénoncés et arrêtés tous les jours. Le Pakistan n’est pas un pays conquérant mais un pays en voie de développement. Il faut l’aider.

Peshawar

Notre arrivée à la station de bus est fracassante avec nos visages effarés et perdus sous nos gros sacs, au milieu de tous ces pachtounes enturbannés. Un petit groupe se forme bientôt autour de nous, avec sourires de bienvenue, et nous aide en expliquant au conducteur du rickshaw comment nous emmener à l’hôtel où nous avons rendez-vous avec des voyageurs déjà croisés à Lahore. Le rickshaw traverse la ville puis nous dépose dans la rue indiquée. Un chemin, une cour derrière une boulangerie après un étroit passage où des jeunes jouent au criquet. Une arcade sur l’entrée d’un patio fleuri, des jeans et des tee-shirts qui sèchent sur un bout de nylon : c’est bien là. Nos amis sont installés sur une table en bois brut, gravée de noms, de dates et entourée de fauteuils, sous une pergola de vigne, en cette journée ensoleillée du 1er avril. Derrière, une porte à battants ouvre sur un dortoir où s’enfonce une quinzaine de lits dans la fraîcheur et la pénombre, clairsemée de minuscules fenêtres. Le proprio, un vieux monsieur à la barbe blanche, a des yeux de loup qui nous traversent en silence quand il circule en dandinant son corps bien portant, les mains croisées derrière son dos. Cette personne, à l’allure si sage, vend un peu d’opium et d’héroïne. Juste pour arranger. C’est pourquoi, les deux jeunes Danois qui sont là depuis une semaine n’ont pas décollé de leur lit. Ensuite, ils prendront un avion pour se déchirer avec de la coke en Colombie ou avec du crack en Thaïlande. Chacun son voyage. C’est vrai que le prix de l’héroïne incite à consommer, surtout qu’elle est pure. Et je sais bien que c’est bon, cette merde là. Certains diront que c’est dommage, mais je n’en prendrai pas. Quelques pipes d’opium, déjà, me gardent au lit jusqu’à des heures sans nom… Pour me bouger, je dois faire appel à la gourmandise, attisée par le parfum de spécialités délicieuses que je ne sens pourtant pas, mais que j’imagine tant je sais qu’elles m’attendent. Alors, c’est seulement en sortant de la boulangerie, le menton dans la crème, que j’aperçois la rue, la ville et me dis qu’il est temps de faire autre chose que de rêver… Nous sommes à Peshawar. La première ville en venant de Kaboul, en Afghanistan, par le seul passage praticable : la passe de Kyber dans les montagnes de l’Indu Kuch. Tous les envahisseurs, ainsi que les explorateurs, sont venus de par-là, puis par Peshawar. Des choses incroyables se voient encore ici aujourd’hui, dans cet espace multiculturel : fief des Pathans ou Pachtounes qui sont majoritaires dans la région, Peshawar est une ville d’affluence. Des Penjâbis viennent de la vallée de l’Indus, des Sindhis remontent du port de Karachi au sud, sur la côte de l’océan indien et quelques nomades Baloutches descendent des montagnes arides et désertiques de l’ouest, en direction de l’Iran. Voilà pour les Pakistanais. Ensuite, viennent les ethnies afghanes tout aussi nombreuses. On trouve des Tadjiks aux yeux bridés qui descendent des régions proches de la Chine. Des Hazaras, des Nouristanis et des Ismaéliens du Centre et du Nord-Est de l’Afghanistan. Enfin venus des plaines du nord, les Turkmènes, Kirghizes et Ouzbeks se promènent, eux aussi, dans la ville marchande. Des peuples hétérogènes s’organisent donc ici, largement identifiables grâce à leurs traits et leur costume caractéristique mais aussi, quoique de façon moins visible, par leur langue et leur alphabet. L’ourdou est le langage officiel du Pakistan mais les Baloutches et les Afghans, pour ne citer qu’eux, utilisent l’alphabet arabe et écrivent en farsi. Le Pakistan et l’Afghanistan sont peuplés de minorités ethniques et confessionnelles. Leur Etat ne parvient pas à les cimenter en une unité nationale car toutes luttent encore entre elles, soit pour le pouvoir, soit pour l’indépendance ou encore, même, quelquefois pour la simple légitimité d’exister. Et cela contribue, comme on l’a vu, à renforcer les organisations islamiques, puisque l’islam est le seul drapeau qui puisse les rassembler. Le général Mousharaf, maître actuel du pays, s’est lancé, aux côtés des Etats Unis, dans la guerre contre les talibans et Al Qaïda. Son pouvoir est contesté par une partie de la population, ainsi que l’appui des Etats-Unis, mais il est maintenu au pouvoir grâce à une force armée imposante. Cela lui permet de recevoir l’aide de la communauté internationale et ainsi, de persévérer dans la démocratie, la lutte contre le grand banditisme, le terrorisme et la corruption tout en favorisant le développement économique. Le Pakistan a une croissance annuelle d’environ 6%. La France, en comparaison, a aujourd’hui une croissance de 0, 2%, autant dire nulle. L’Afghanistan, quant à lui, a une croissance en augmentation, mais l’argent provient pour un tiers des dérivés du pavot, sans réelle culture de substitution rentable… Les tirs de mitraillettes qu’on entend la nuit ne nous rassurent pas, même si notre hôte reste tranquille et dit qu’il n’y a pas de danger. Forcément, lui se remplit les poches. Dans le journal, assassinats, règlements de comptes et prises d’otages sont quotidiens. Le grand banditisme, comme partout, n’a pas intérêt à ce que le gouvernement s’impose. Il tente de créer la discorde pour continuer tranquillement ses affaires. Aujourd’hui, c’est la grève. Une nouvelle grève pour protester contre des réformes institutionnelles. Nous préférons ne pas sortir. Ambiance décontracte. Pression diffuse. Pakistan, le 02 avril 2005.

Petite promenade ce matin dans le vieux bazar de Peshawar. Il fait chaud, les ruelles étroites s'effilochent comme des brins de soie de toutes les couleurs. Pour passer plus inaperçu, j'ai mis le déguisement complet avec le chapeau pachtoune et je me promène au hasard du centre ville... Je vois les femmes en bourka choisir leurs strings et leurs petites tenues coquines… Elles ne doivent pas avoir grand chose dessous et puis, on ne voit que leurs yeux, mais quels yeux ! Voici, cachée, l'entrée d'un joli jardin qu’entoure un temple chrétien orthodoxe du XIIIème siècle. Je montre mon passeport. La kalache se baisse. Le sourire du gardien : – Christian ? – Yes, I'm French. – Ok come. Me voilà sur les bancs de ce petit temple dans un silence apaisant, avec un garde du corps, kalachnikov en bandoulière. Mais ici, même les magasins sont parfois protégés par des gardes armés. Et non pas seulement les temples. Ce garde règle seulement l’entrée du lieu. Chrétiens, en effet, nous sommes à l’honneur chez les Pakistanais puisque nous sommes des gens du Livre et Jésus est pour eux, lui aussi, un prophète… Cet après-midi, je vais pousser jusqu’au Smuggler Bazar dans la zone tribale, là où se vend, au kilo, le fameux haschich appelé shiras et, là aussi, où se fabriquent les armes. Alors, j’organiserai leur acheminement, par le réseau de contrebande libanaise, jusqu'en France où je ferai, cet été, mon coup d'Etat. Mais en attendant, je m'achète, au kilo, des fraises délicieuses, les trempe dans la crème et après ça les dévore délicatement une à une. Puis, je sirote une tasse de kawa, le thé vert de Chine aromatisé de cardamomes que j’accompagne d’un de leurs petits pétards tout frais qui rendent si léger et gai. Le tout, de la terrasse qui surplombe la petite place de Saddar Bazar. Pour le coup d'Etat, on verra demain...

La zone tribale

À quelques kilomètres de la ville, une semi-frontière indique le passage dans la zone tribale non administrée par le Pakistan. Elle s’étend jusqu’à la véritable frontière, sur la passe de Kyber, où sont regroupés les réfugiés afghans qui ont fui les talibans aussi bien que les bombardements américains. C’est dans cette zone que sont recrutés les terroristes et organisés des camps d’entraînement. C’est là aussi, tout près, qu’on a encore dernièrement bombardé un village, faisant une vingtaine de morts civils, pour atteindre, d’après un communiqué de presse américain, un des organisateurs des attentats du 11 septembre, qui se cachait là. C’est ici enfin, que sont fabriquées les drogues à base d’opium et les armes, dans des entreprises, et c’est le comble, que nous pouvons visiter… Un petit magasin, tout ce qui il y a de commun, avec en rayons, différents produits. Le patron, chauve et rasé, a une tête de Russe ou au moins de Kazakh. Il est habillé à l’occidental et ne quitte pas son téléphone portable. Pour faire le malin, il me met un kilo de haschich dans une main et un autre d’opium dans l’autre, pour que je goûte, avant de me demander, tout sourire, combien de kilos j’en veux. Après avoir choisi quelques grammes de chaque, que je paye une misère, et bien défoncé par tous les joints que ses acolytes roulent là dedans, le gentil monsieur m’annonce de faire extrêmement attention en sortant, et plus encore à la frontière, si je ne veux pas me retrouver en prison. Des policiers du gouvernement, en civil, se promènent partout et évidemment, choisissent les petits rigolos comme moi, pour leur faire cracher des tunes. Merci du conseil, mec, ça me rassure. Et en plus, vu que j’ai fumé, je n’ai pas du tout tendance à être parano... Il aurait mieux valu ne rien me dire et que j’avise, confronté à la situation, plutôt que d’y penser sans cesse et qu’en fait il n’arrive rien. Je sors du magasin par la porte de derrière, comme on m’indique, et je pars tête basse à travers le marché pour arrêter le premier bus en partance. Je ne fais pas le malin, cela va sans dire, mais enfin me voilà dans le bus et bientôt la frontière est passée. Le gars à côté de moi, un jeune aux yeux bleus avec une grande barbe blonde, me fixe depuis un moment entre consternation et émerveillement, pour finalement me marmonner du fond de la gorge : I’am al Qaïda ! Le pauvre gars n’avait certainement jamais vu d’occidentaux et ne s’attendait pas à en trouver un, assis à côté de lui dans ce bus. Il me sourit maintenant qu’il a craché son morceau, bien que d’une façon un peu troublante… Un espion américain en train de se foutre de ma gueule ?! Comme j’essaie d’entamer la discussion, je me rends compte qu’il ne sait rien dire d’autre en anglais. Mais mes questions attirent l’attention d’un autre gars debout qui, lui, parle parfaitement anglais. Je veux qu’il fasse l’interprète, enthousiasmé que je suis de rencontrer un membre supposé de la fameuse organisation, mais ils s’embrouillent très vite et le jeune étudiant debout a bien trop de questions à me poser pour perdre son temps avec l’autre qui paraît finalement peu intéressant. Je ne sais pas, d’ailleurs, s’il m’apprendrait quelque chose que les médias n’aient pas déjà raconté, amplifié. Je ne sais pas si je n’en sais pas sur Al Quaïda plus que lui-même car la presse ne parle que de ça depuis les attentats. Terrorisme par-ci, islam par-là ! Enfin, il n’a pas de haine puisqu’il me regarde avec un sourire ravi, heureux de me rencontrer, comme si nous devions bientôt disputer une partie de criquet et que nous appartenions chacun au camp opposé. Soit il se fout de ma gueule, soit je ne comprends rien et on nous raconte des conneries. Mais je pense surtout que nous prenons ça trop au sérieux. Ce gars-là n’ira pas poser des bombes dans nos pays. La pression monte à force d’en parler tout le temps, la pression monte comme si on voulait d’autres bombes, comme si on cherchait des ennemis pour nous faire la guerre. Oui, c’est exactement ce que nous faisons car, partout dans le monde, on suit les mêmes informations, qui en rajoutent tout le temps, qui montrent le pire et je me demande si ce n’est pas ça qui nous excite tous… Afghan de Kaboul, l’autre jeune ainsi rencontré, étudie l’informatique dans l’université de Peshawar, avec une petite bourse de l’Etat qui lui permet de louer un appartement où il m’emmène boire le thé. Nous passons la soirée à discuter vivement de tout ce que je viens de vous raconter, si bien qu’il veut m’emmener le lendemain dans sa famille à Kaboul, me promettant qu’il n’y a rien à craindre, que son magnifique pays, encore sous perfusion financière internationale, va sortir du sous-développement grâce à la motivation des jeunes universitaires et surtout, s’ils ne sont pas abandonnés aux mains des extrémistes. J’étais d’accord évidemment pour me rendre à Kaboul avec lui, mais nous avons oublié une chose importante : le visa ! Il n’y a pas moyen de passer la frontière en disant simplement, je vais faire un tour et reviens dans quelques jours. Il faut un tas de paperasses, plusieurs jours d’attente et aussi, une bonne vieille prise de sang !? Quelle idée détestable ces frontières politiques qui séparent des peuples communs et réunissent des ennemis irréconciliables…

À Peshawar, comme partout au Pakistan, on ne peut pas demander un renseignement sans être immédiatement conduits où on veut aller, sans être invité à boire le thé et, toujours, sans possibilité aucune de rendre quoi que ce soit. Hospitalité, solidarité, personne ne vous laissera tomber. Au contraire, chacun prendra un peu de son temps pour vous faciliter les choses, vous aider du mieux qu’il peut… Je cherchais un magasin de chapeau. En voulais un pachtoune, depuis que les médias français ont fait des documentaires sur le commandant Massoud - toujours avec son chapeau - que nous avons financé pour la lutte contre les Soviétiques et ensuite contre les talibans, avant qu’il ne se fasse exécuter la veille des attentats du 11 septembre. Il était l’idole de la résistance afghane, candidat de la démocratie et surtout le plus grand opposant aux talibans contre qui il tentait de rassembler une nouvelle fois le peuple. L’attentat qui l’a tué, le 10 septembre 2001, est une coïncidence qui n’en est pas une… Bref, je voulais ce chapeau, que beaucoup portent ici mais je ne trouvais pas, dans les ruelles commerçantes du centre ville, de magasins qui en vendaient. C’est ainsi que nous avons rencontré un grand monsieur, homme de prestance, dignitaire de la région, qui est venu avec nous à travers la ville, s’est engagé dans les négociations sur le prix du chapeau - je ne sais même plus qui, de nous ou de lui, a payé - puis il nous a emmenés dans une tchaïkhane prendre le thé et discuter paisiblement. Enfin, il voulait nous raccompagner jusqu’à notre hôtel en bus, même si, discrètement, il regardait sa montre. Tout ce temps pris pour nous servir, alors qu’il devait avoir tant de choses importantes à faire, montre à quel point les Pakistanais ne sont pas des barbares comme veut bien le dire la presse, et comme ils sont passés maîtres de l’hospitalité. Nous avons eu bien du mal à lui refuser de nous raccompagner et il nous a serré chaleureusement la main avant de disparaître dans la foule. C’est ainsi chaque fois que vous demandez un renseignement et c’est avec un énorme plaisir qu’on vous répond et vous aide. C’est un devoir pour eux de pratiquer l’hospitalité, c’est exact, mais c’est tellement rentré dans les mœurs qu’ils y prennent un plaisir immense et en obtiennent une satisfaction profonde.

Notre temps à Peshawar est écoulé. Demain matin, nous reprenons la route d���Islamabad pendant que d’autres poursuivent leurs démarches pour se rendre en Afghanistan. Un Argentin, notamment, qui profite de l’hospitalité des mosquées où il dort le plus souvent, pour continuer son apprentissage théologique de l’Islam. J’ai beaucoup de regret de ne pas me rendre en Afghanistan après nous être tant attachés aux Pakistanais. Le voyage promettait d’être exceptionnel car les Afghans que nous voyons et que nous rencontrons semblent eux aussi très chaleureux. Enfin, ce sera pour un autre voyage. Nous ne verrons pas Kaboul, non plus Mazâr-E Charif, Kandahar… Mais, nous verrons Quetta, ensuite les villes légendaires de Chiraz, d’Ispahan en Iran, si demain nous avons notre visa. Et puis on ne peut pas tout voir. Apprendre à se satisfaire ! Apprendre à se satisfaire ! Ça ne rentrera pas !

Retour à Islamabad.

Notre passage dans la capitale, à l’aller, a été rapide. Le temps de déposer notre demande de visa à l’ambassade d’Iran et nous repartions sur la route de Peshawar. Une amie d’une amie d’une amie iranienne a proposé de nous donner ses coordonnées à Téhéran. L’ultime chance de rentrer dans ce pays qui n’accepte pas facilement de donner un visa touristique à des occidentaux, tout en promouvant le tourisme dans les pays arabes davantage susceptibles d’apprécier à sa juste valeur l’art perse… Nous verrons bien et sinon, nous trouverons une autre solution... La prise de sang pour l’Afghanistan… Ou bien, le visa de transit qu’on ne peut normalement pas nous refuser une fois arrivés à la frontière iranienne. Mais ce visa ne nous laissera que sept jours pour traverser le pays, ce qui serait regrettable. Le minibus nous dépose à Rawalpindi sur une vaste plaine où les véhicules motorisés ont remplacé définitivement les caravanes de dromadaires qui y ont pourtant séjourné durant des siècles. Les temps changent. Aujourd’hui, ils changent très vite. Ainsi, tous les voyageurs qui sont passés ici ont vécu une histoire différente, bien que cet itinéraire ait été parcouru et raconté des centaines de fois. En voilà une de plus… Visa iranien obtenu. 5 .000 roupies pour un bout de papier collé sur notre passeport. On s’offre le plus prestigieux restaurant de la ville. Arrivés en taxi devant l’hôtel Palace, nous empruntons l’allée illuminée jusqu’à l’entrée du grand hall où une nuée de pétasses nous ouvrent les portes du luxueux salon. Derrière des fontaines et des lumières tamisées, des hommes traitent leurs affaires. Ces barbus en cravate et lunettes teintées me font penser aux mafieux bulgares affichant sans crainte leurs magouilles et leur fortune. Prière de nous asseoir autour d’une table dignement dressée. Le repas est frugal. Une gorgée d’eau avalée est immédiatement remplacée. Dommage qu’ils ne servent pas de vin. 600 roupies chacun, environ 10 euros pour pas grand-chose. Les kilos égarés le long de ce voyage ne seront pas repris ici. Il faudra attendre de rentrer chez maman…

Retour sur mon lit. Tombent en s’émiettant, virevoltant, les morceaux de peinture du plafond, sur mes mains comme des mots. Sur mes yeux fermés. Mes rêves sont agités. Islamabad est un carrefour. Au nord, en s’enfonçant dans les montagnes, on rejoint Gilgit puis la Chine. Deux semaines, tout au moins. Arrêtés parfois par des éboulements. Des ponts écroulés dans l’écume de la fonte des neiges. Par l’armée. La montagne. Le froid et l’hiver. La boue et la misère. Je ne veux pas aller au nord. J’abandonne Daoud et prends la route de l’ouest. Te rejoindre. Nos chemins ne se croiseront pas, m’as-tu écrit. « Je ne t’attendrai pas. Je n’aime pas attendre. Je suis impatiente... » Et moi, tu me saoules. Je ne vais pas te courir après. Je ne vais pas te rejoindre sur un coup de tête. Nous sommes maintenant séparés depuis un mois. Et encore deux mois minimum de terre inconnue restent à franchir pour tes beaux yeux. Des yeux que je verrai dans les céramiques de Mechhed, dans les eaux pures des oasis, dans les mirages du désert. Ça me suffira. Où sont les belles promesses d’une relation qui devait être libre dans l’espace et dans le temps. Nos chemins ne se croiseront pas, alors. Va te faire foutre si tu n’es pas capable de poireauter sur une chaise longue de la Méditerranée, que je te retrouve nue et bronzée un soir de printemps turc ou grec. Va ton chemin et ne m’écris plus pour me dire que tu t’ennuies de moi, que tu te morfonds de solitude, que tu as envie de me voir maintenant et peut-être plus, bientôt. Crois-tu que je serais assez con pour traverser l’Iran, sans la voir, pour une femme qui m’abandonnera dès qu’elle sera lasse... Oui, je suis assez con. Oui, je prends la route de l’ouest. Le train traverse la moitié du pays, les palmeraies des confluents de l’Indus, le blé vert du printemps dans les plaines, les champs de coton de Faisalabad, les marchés de Sukkur, l’entrée dans les roches dorées du Baloutchistan, les précipices de Sibi, les tunnels, les check points, les barbes et les kalachnikovs. Autant de paysages qui défilent comme les sentiments de mon cœur. Rien de meilleur qu’une ouverture dans un compartiment de train pour les jeter un à un dans l’oubli. En arrivant à Quetta. J’ai changé d’avis. Tu feras bien ce que tu veux. Et moi aussi.

Baloutchistan Quetta.

Daoud est finalement resté avec moi. Armand et Julie, partis quelques jours avant nous, nous accueillent à la gare de cette ville qui nous effrayait tant, dans l’ordonnancement de notre voyage. Depuis Istanbul, nous parlions de la ville des talibans au Pakistan. La ville anti-occidentale… Et puis… Nous y sommes. Quelles gueules ils ont, c’est impressionnant ! Ces regards, ces visages, ce style ! Longs turbans qui tombent, barbes superbement taillées, yeux clairs sur peau tannée, cisaillée, couleur de cendres. Dignes comme des boucs, balafrés, sévères… et puis souriants, une paille dans la bouche sirotant un coca cola ! Une image incrustée dans ma mémoire mais que j’aurais bien voulu montrer au monde qui m’entoure. Ces vieux bougres, taillés dans le roc de la montagne, dont les mains sont plus larges que des pelles, la barbe mouillée par des bulles de coca cola ! Il faut traverser des paysages lunaires, des champs de rocs et de sable, des montagnes hirsutes, déchirées sous un ciel bleu piqué de vautours, pour boire ça ! Du coca cola ! Une terre inhospitalière dans un monde séparé du monde à l’infini des montagnes et du désert. Un canal ensablé et vibrant de moustiques, l’ombre de quelques arbres et le terminus d’une gare suffisent, dans ces lieux, pour établir une ville plus légère qu’un songe dans un cirque de montagnes absolument nues et disproportionnées. Une ville éparse, légère, pleine de répit, où d’innombrables pacotilles arrivées là à mesure des années s’accumulent comme dans un grenier poussiéreux. L’échine de la ville, Jinnah Road, l’avenue principale, semble appartenir à un décor de western avec ses bâtiments sans étage et ses vitrines en bois vernis. Des vieillards enturbannés, de grande prestance, flottent sur des vélos silencieux*. De vieilles roulottes en bois, séchées à craquer par le soleil, promènent des épaisseurs de tissus en forme de femmes dont les yeux sont les fenêtres des prisons. Quetta : 1.800 mètres d’altitude, 200.000 âmes, et quelques chameaux. La Perse dort dans son manteau de sable à 800 km à l’ouest d’un désert hostile. Au nord, une petite route militaire traverse la zone des cultures, s’engage dans une plaine aride puis s’élève jusqu’au col de Kodjak et aux massifs de la frontière afghane. Au nord-est, un embranchement de la voie ferrée gagne Fort Sandeman au pied des Monts du Waziristân. Quelques clans Pathans les habitent avec leurs troupeaux de chèvres et de chameaux qui, la transhumance venue, gagnent la passe de Bolan sur la route du sud et descendent dans les prairies douces de l’automne. Voilà pour les points cardinaux. Rien ne pèse sur la ville solitaire, distante de plusieurs centaines de kilomètres de tout autre rassemblement humain*. Elle vit donc à l’écart du monde, dans une échelle de temps étendue comme le désert, et dont la quiétude est seulement bouleversée lors de tremblements de terre…

À l’heure dite, une douzaine de croyants, tout en barbe et en prière, s’agenouillent sur un carré de pelouse, dans la cour de l’hôtel. Le thé servi, on reprendra la discussion où on l’avait laissée. Daoud et Armand chatouillent la guitare dans la chambre et je l’entends rire. Julie s’est attelée aux Cavaliers de Kessel. J’essaie de faire des ronds de fumée, sans pour autant y parvenir, accoudé à la rambarde de l’étage, tantôt plongé dans l’observation de la montagne, derrière lesquelles le soleil disparaît dans les champs de prières, tantôt dans le théâtre de la rue où quelques bergers nomades, droits sur leur monture et suivis de leurs chèvres, défilent en soulevant la poussière. Poussière aussitôt déposée sur les fruits et légumes de l’épicier iranien, aussitôt soufflée par son boy de dix ans qui ressemble à mon petit frère. Quand je descends prendre le thé, il s’assoit en face de moi, tout sourire, pour partager ses bonbons, partager son plaisir… Il me ramène à des milliers de kilomètres, là où j’ai laissé mon enfance, dans cette petite chambre qui n’aura pas changé, loin derrière ces montagnes où, déjà, la nuit est tombée. Alors, je revois la maison, les rivières, les champs, les forêts qui m’ont vu grandir et qu’il me tarde de redécouvrir. Le voyage m’a montré finalement à quoi ressemblait chez moi, de quoi était faite ma vie et quels étaient les gens qui comptaient pour moi. Par comparaison, avec la distance, on s’éloigne seulement pour mieux voir, pour apprécier davantage ce que nous avions trop vu et trop entendu.

Voyager. Être nomade. Chaque semaine entrer dans une nouvelle atmosphère, découvrir un autre monde. Si longtemps. Tant de fois. Perdus dans les paysages, dans les villes. Survoler les hommes, leur environnement, leurs motivations et leurs âmes. Vivre de leurs illusions. Partager leurs univers. Au moins quelques instants. Mais rien de tout cela ne t’appartient. Ce n’est que la vie des autres. La tienne ne peut être faite de tous ces morceaux qui, ensemble, n’ont aucun sens. Tout s’agite et tu restes là, à contempler. Indifférent. Inutile. L’eau reflète sans même se troubler. Miroir, voleur d’images et d’émotions. Le décor te prête un instant ses couleurs…Devenir invisible. S’oublier. Apprendre de l’infini en accord avec le temps. Et puis rentrer. Rentrer avec tout ce désordre. Avec toutes ces idées. Ces rêves qui seront comme ceux d’un autre…Ce n’est pas un retour, seulement un autre lieu du voyage où l’on est déjà passé. La vie est un voyage. Ce n’est pas un retour mais une nouvelle arrivée. La vie, là-bas, aura changé à jamais. Ce qu’on a connu ne se matérialisera plus. Il n’y a plus rien de stable. Rien, depuis si longtemps, à quoi s’accrocher. Tout se ressemble. Rien ne s’assemble. Tout s’est écroulé. Quelque chose renaîtra derrière. Une nouvelle personne est née…

À qui sait attendre.

Les têtes d’agneaux sont entassées sur une table, tirant la langue aux passants, les yeux clos. À côté, quelques marchands de maigres légumes, d’épices essentielles et de vieilles étoffes dans un marché oublié au fond d’un quartier. Puis des armes, lasses de faire la guerre, qui se reposent allongées les unes contre les autres. Nous sommes au marché du quartier des réfugiés afghans qui sont nombreux dans la ville de Quetta proche de celle de Kandahar. Avec ces armes, autres déserteurs d’une guerre qui n’en finit pas : ceintures, casques, chaussures, drapeaux américains. Puis encore, ici et là, babouches retapées, chemises défraîchies, rapiécés et… broderies, dentelles sur étoffes raffinées, mêlées aux chiffons… Mes yeux ne lâchent plus ce bout de tissu camouflé sous les nippes. Je l’en sors, l’admire, telle une fragile princesse oubliée dans un monde de guerriers. Broderies vraiment fines. Long travail sur un tissu de qualité qui, si nous n’étions pas dans ce taudis, passerait aisément pour de la soie. En fouillant bien, nous dégotons quelques robes uniques au monde. Combien pour celle-ci ? Oh, pas grand-chose. Ce bazar ne vend que les biens de démunis qui ne désirent plus que manger. Le commerçant voisin, avisé des singuliers visiteurs, vient dire bonjour. Assis sur les tapis devant la devanture de planches, nous buvons le thé ensemble en bavardant car ici, le commerce est avant tout une relation sociale. Puis, chacun des commerçants vient nous présenter ce qu’il a de plus beau en robes. Souvent, ce qui leur semble beau ne nous plaît pas et ce que nous choisissons leur paraît dénué de valeur. Finalement, nous achetons cinq robes dentelées, brodées et colorées. Les Afghans sont contents, ils ne pensaient jamais les vendre. Aujourd’hui, à Kandahar, on ne porte plus ce style car il laisse la nuque nue... En France, nous n’en sommes pas là. Elles seront portées avec fierté. Leur prix est moins élevé que celui du nettoyage. Au pressing, l’homme nous dévisage de toute sa moustache. Combien pour nettoyer cette robe ? Il déplie, regarde, réfléchit : « 100 roupies. » « Non, non, c’est plus cher que le prix d’achat, nous en avons cinq alors combien pour le lot ? » « 500 roupies. » Le bougre ne veut rien lâcher. Il est froid et intransigeant. Sur son visage semble marqué, si vous n’êtes pas contents, allez voir ailleurs. Il n’y pas d’ailleurs. On essaie de négocier encore mais il n’y a rien à faire. Ok alors, pour 500 roupies. Mais tachez que ce soit bien fait. « Quand pourrons-nous venir les chercher ? » « Demain. » Le lendemain, nous achetons cinq nouvelles robes en retournant au marché afghan. Les marchands nous les avaient mises de côté après les avoir retrouvées dans leur souk. Discussion, thé, nous retournons ensuite à ce que l’on pourrait appeler le pressing. Le monsieur nous reçoit toujours sans sourire. Les robes ne sont pas prêtes. Combien pour les cinq nouvelles ? 500 roupies de plus, il dit comme si on était vraiment des cons. Pas moyen de négocier à nouveau. Heureusement qu’on ne les a pas payées cher. Nous devons revenir le lendemain. Elles seront prêtes. Nous repoussons donc notre départ. Déjà plus d’une semaine que nous sommes dans cette ville. En attendant, les jeunes du café Internet me font écouter de la musique dans la journée et, le soir, on parle ensemble de tout et de rien mais aussi de politique, de religion alors que ces sujets sont assez tabous. Celui qui tient le café a fait ses études à Karachi, la plus grande ville du pays sur la côte de l’océan indien, qu’il compare à une ville américaine. Puis il est revenu dans sa ville natale où il tente aujourd’hui d’organiser de petites manifestations culturelles autres que religieuses. Une nouvelle personne qui aimerait que ça change mais il sait devoir laisser le temps au temps. Les anciens demeurent ceux qu’on doit avant tout respecter. On ne bouscule pas des mœurs millénaires en une journée. À la fin de sa vie, il énumérera les choses qui auront changé. Et lui-même devra alors être à son tour respecté. Ainsi, rien ne doit aller trop vite, plus vite que le cycle des générations… Pourtant, chez nous, les anciens disent souvent être dépassés. Il est minuit passé quand je le quitte. Le lendemain, nous nous rendons au pressing, nous attendant à trouver les mêmes visages fermés et méprisants. Mais c’est tout le contraire qui arrive. Les robes sont prêtes, emballées très proprement. Nous sommes priés de passer derrière le comptoir du magasin. Alors, on nous paie le thé, l’incontournable joint de haschich et on s’ouvre enfin, jusqu’à nous traduire les messages des infos régionales de la télévision qui se divulguent au moment même. Avant de partir, gênés, nous recevons en cadeau deux shawar kamiz neuves qui valent, chacune d’elle, plus que le prix des robes et des nettoyages réunis… Dernier jour à Quetta

À l’étage enfumé d’une tchaïkhane, dans le brouhaha de voix d’hommes, quelques jeunes chrétiens entreprennent de monopoliser notre attention. Rien ne permet de les différencier des autres personnes avec qui nous bavardons car tous portent la barbe. Ce n’est qu’une fois sortis du bar, alors qu’ils insistent pour nous emmener dans leur quartier, qu’ils nous montrent une petite croix sur leur torse, accrochée au bout d’une chaînette. Nous sommes en effet, nous aussi, chrétiens de culture mais rien ne permet d’affirmer que nous le sommes encore aujourd’hui… Ce serait long de leur expliquer. Nous les suivons donc à travers les rues et allons visiter en premier la petite église qui n’est rien d’autre qu’une salle de classe avec un tas d’ornements peints et dessinés par la population jusqu’au tableau de Jésus qui arbore, ce qui est rare, un grand sourire. Dans la rue, nous partageons une partie de baby-foot avec les gamins du quartier. Il est assez rare en Inde et au Pakistan de trouver des adeptes du football. Il y en avait à Goa seulement, sans doute après la longue présence portugaise. Les footballeurs se ressemblent malgré tout de par le monde. Très vite, la partie se transforme en un match capital de world cup entre la France et le Pakistan. Les jeunes supporters sont au comble de l’agitation et une bagarre de petits poings éclate bientôt entre les enfants, nombreux autour du jeu. Les acclamations pour Zidane résonnent mais trop tard. C’est l’échec ; la France perd. Et il n’y aura pas de match retour cette année. Le calme revient et le championnat de rue pakistanais peut reprendre… L’étage d’une maison de la même rue sert de salle de musique. On nous fait visiter puis nous asseoir, avant de nous servir le thé pour patienter, le temps que des enfants courent chercher des musiciens pour improviser un concert. Toute la rue est au courant de notre présence et les enfants, surtout, se montrent derrière la petite fenêtre pour nous regarder. Le concert est vraiment sympathique. Mélange de musique traditionnelle pakistanaise, de chansons d’églises et…la musique du film Titanic. Original. Original aussi de se trouver ici, adoptés, invités à manger, à dormir et à rester indéfiniment. Un autre regard sur la religion chrétienne laissée à l’abandon dans ce coin du monde. Dans la nuit avancée, nous traversons une dernière fois cette ville pour rejoindre l’hôtel. J’ai le sentiment de les avoir abandonnés. En marchant dans la rue, les images de nos journées se superposent à celles de cette nuit. La ville est nue sous les étoiles, les rues balayées par le vent piquant, le quartier chrétien sans les enfants, le marché afghan sans couleur et sans vie, le boulevard des banques et des hôtels sous la lumière fade des néons. Abandonnés à jamais, puisque demain nous partons.

Khuda hafiz Pakistan.

En quittant Quetta en fin d’après-midi, le soleil effleurait déjà l’horizon et rendait aux roches pourpres la couleur des cendres rougeoyantes. La route s’élançait tel un rail de fête foraine entre les crêtes monumentales, s’ouvrant et se refermant, montait aux cols et dévalait les plaines sans fin. Je regrettais déjà de traverser le désert du Baloutchistan de nuit... Que n’avais-je pas vu : assurément montait aux astres, la Lune, d’une rondeur et d’une clarté qui, du fait de notre altitude, m’hypnotisait comme une prodigieuse illusion. J’ai su alors que ma nuit serait blanche. Plaines de sable, de cendres, roches striées, acérées, géantes, villages confondus, troupeaux dispersés, ombres enturbannées, barbes dessinées. Le tout d’un gris léger et doux sous l’œil fascinant de notre corps céleste. Paysages époustouflants ! Notre bus filait à travers les ornières. Les heures s’écoulaient sans qu’un bâillement ne fasse cligner mes paupières. Mes pensées de clair de Lune emplissaient mon esprit d’une sérénité à toute épreuve. Une nuit d’amour ! Le bleu sombre de la nuit s’éclaircissait déjà en rose humide du matin. Les bras écartés au vent, le visage rafraîchi par les ablutions, je n’étais que béatitude et ma prière à moi n’en était que plus profonde. Un matin de voyage où, plus prompt que le soleil lui-même, j’embrassais cette journée née devant moi. Mon désir de la vivre me brûlait plus encore que les premiers rayons aveuglants du soleil blanc des déserts. Nous rentrions triomphants, ivres de nouvelles connaissances, dans cet énigmatique pays qu’est l’Iran ! Rien ne pouvait me rendre plus vivant et plus libre qu’une telle nuit. Un souvenir me revint alors, une question, une seule, qui fit s’effondrer en moi l’espoir, ce jour-là, avec celle que je souffrais d’aimer : Que vas-tu chercher là-bas que tu n’as pas ici ? Sans rien dire, je suis parti. Les mots ne pourront jamais décrire ne serait-ce que le parfum du vent et son corps remplacer les sensations que j’éprouve en voyageant.

* Nicolas Bouvier
Compte rendu: dix-sept jours en Ouzbékistan, juillet 2009
by Komenoki · 2009-07-22 · 15 replies
Bonjour,

Voici un petit compte-rendu des 17 jours exceptionnels que j’ai passés en Ouzbékistan du 28 Juin au 14 Juillet 2009. Je précise que ce voyage en solitaire avait pour moi un double intérêt : découvrir l’Ouzbékistan, mais aussi voler sur des avions russes. Cela explique mon recours quasi-systématique à l’avion pour parcourir de longues distances.

Pour commencer, voilà mon itinéraire :

28 Juin : Arrivée à Tashkent très tôt le matin par le vol Aeroflot, et départ dès le lever du jour pour Samarcande sur un vol Uzbekistan Airways. 29, 30 Juin : Samarcande 1er Juillet : Départ pour Shakhrisabz le matin, journée à Shakhrisabz 2 Juillet : Excursion dans la vallée de Langar à partir de Shakhrisabz 3 Juillet : Trajet Shakhrisabz – Boysun, après-midi à Boysun 4 Juillet : Trajet Boysun – Sairob le matin, visite de Sairob, trajet Sairob – Termez en début d’après-midi, visite de Termez 5 Juillet : Visite de Termez le matin, puis vol Uzbekistan Airways Termez – Tashkent vers midi, transit à Tashkent et vol Tashkent – Nukus en fin d’après-midi 6 Juillet : Départ matinal pour Moynaq. Après-midi et nuit à Moynaq 7 Juillet : Retour sur Nukus le matin. Après-midi à Nukus 8 Juillet : Trajet Nukus – Khiva le matin, après-midi à Khiva 9 Juillet : Journée entière à Khiva puis départ pour Boukhara dans la soirée sur un vol Uzbekistan Airways 10, 11, 12 Juillet : Boukhara 13 Juillet : Départ matinal pour Tashkent sur un vol Uzbekistan Airways, après-midi à Tashkent 14 Juillet : Départ très, très matinal pour la France via Moscou.

DEPENSES

Dépenses totales sans compter les billets d’avions internationaux/domestiques et les cadeaux : 410€

HEBERGEMENT

Samarcande : Antica B&B, 3 nuits, 25$ la nuit chambre sans clim, sans salle de bain. Petit déj’ inclus. Recommandé : non.

J’ai été déçu par l’Antica où je suis resté 3 nuits. Le cadre est très agréable et le petit déj’ excellent, mais on m’a fait un sale coup avec la chambre. Explication : la première nuit, j’ai eu droit à une chambre individuelle avec salle de bain car aucune des chambres les moins chères n’était disponible. J’ai donc payé 25$ pour une chambre censée en valoir plus, mais on m’a prévenu que je changerais de chambre dès le lendemain. C’est ce qui s’est produit, mais au lieu de me donner une « vraie » chambre, on m’a installé sur de grosses couettes (genre futon à la japonaise) directement sur le sol du salon d’une maison attenante. Ca n’était ni un vrai lit, ni une vraie chambre, il n’y avait pas de rideau (la pièce donnait sur la cours au rez-de-chaussée, tout le monde pouvait donc me voir dormir) et la porte ne fermait pas à clé. J’ai fait part de mon mécontentement le lendemain matin, et pour la troisième nuit ils ont fait l’effort de m’ouvrir le canapé dépliant, chose qu’ils auraient pu faire la veille. Bref, cette chambre ne valait vraiment pas 25$ mais Samarcande étant ma première destination en Ouzbékistan, je n’avais pas encore bien pris le coup du marchandage. J’ai croisé d’autres voyageurs qui sont restés au Bahodir dont ils étaient très contents. La déco est a priori moins élaborée qu’à l’Antica, mais les prix sont bien plus intéressants et l’emplacement idéal.

Shakhrisabz : Shakhrisabz Tour & Travel, 2 nuits, 10$ la nuit chambre avec clim, sans salle de bain. 2, 5$ pour le dîner. Petit déj’ inclus. Recommandé : OUI !

Pas très évident à trouver, mais quel accueil ! Le patron, Lutfullohon, est un type extraordinaire. Extrêmement bavard, il parle un dialecte un peu bizarre à base d’anglais injecté d’allemand et de russe. Son père est également très sympathique, ils forment une famille bien attachante. Dès mon arrivée j’ai eu droit à un repas copieux servi directement dans ma chambre. La chambre était très propre, elle comprenait même un salon et elle donnait directement sur une jolie cours ombragée où il est très agréable de manger le soir. Seul petit bémol : les sanitaires assez rustiques (toilettes sèches) et les coupures d’électricité fréquentes, qui ne concernent pas uniquement l’hôtel. Lutfullohon peut organiser des excursions aux alentours, en particulier dans la vallée de Langar. C’est aussi lui qui m’a aidé à trouver un moyen de transport pour rejoindre Boysun. C’est à Shakhrisabz que j’ai reçu le meilleur accueil.

Boysun : Hôtel Normat, 1 nuit, 12000 soums (moins de 6€), chambre sans clim’, sans salle de bain, sans petit déj. Recommandé : oui puisque c’est le seul hôtel de Boysun, à moins que vous ne réussissiez à dormir chez l’habitant.

A priori, l’hôtel Normat est le seul de la ville. C’est un hôtel de style soviétique, le confort est donc assez sommaire. Il n’y avait pas d’eau courante lorsque j’y étais, les sanitaires étaient donc hors d’usage. La chambre était assez spacieuse mais les draps n’avaient vraisemblablement jamais été changés et l’oreiller sentait les cheveux gras. Il y a quand même une télé qui permet de suivre les derniers exploits du très cher président Karimov. 12000 soums, c’est le prix pour touristes. Les Ouzbèques paient 6000.

Termez : Hôtel Surkhon, 1 nuit, 25000 soums (moins de 12€), chambre avec clim’, avec salle de bain, sans petit déj’. Recommandé : oui.

Hôtel bien sympathique, rénovation récente au sens ouzbèque du terme. La chambre commençait déjà à montrer de nombreux signes de fatigue, mais l’ensemble était propre et la clim’ très efficace. Le type de l’accueil était très sympa, il m’a aidé à changer de l’argent à un assez bon taux. Nukus : Hôtel Jipek Joli, 2 nuits, 15$, chambre avec clim’, sans salle de bain, avec petit déj’. Recommandé : oui… B&B convenable. Nassiba, la jeune fille qui parle anglais, est très gentille. J’ai eu une chambre qui donnait sur la cour. Problème : c’est très bruyant le soir, et la salle de bain commune est souvent dégueulasse car elle est utilisée par les gens qui mangent dans la cour. Petit déj’ correct. Ne pas faire appel à eux pour des excursions à Moynaq ou Mizdakhan, leurs tarifs sont exorbitants : mieux vaut négocier directement avec un chauffeur de taxi. Attention également aux arnaques sur le prix des lessives.

Moynaq : Hôtel Oybek, 1 nuit, 12000 soums (moins de 6€) chambre sans clim’, sans salle de bain, sans petit déj’ mais avec dîner. Recommandé : oui puisque c’est le seul hôtel de Moynaq.

Quelle aventure l’hôtel Oybek…sanitaires impraticables (il n’y a pas d’eau courante), draps dégueu, lit défoncé, hall envahi par les mouches, coupures d’électricité, mais bon ça fait partie de l’expérience ! J’avais des colocataires : une colonie de chauves-souris vivant dans le conduit d’aération. J’ai été réveillé en pleine nuit par une bête qui me marchait dessus, avant d’être réveillé une seconde fois par une chauve-souris qui rebondissait de mur en mur. Bref, l’hôtel Oybek est à l’image de Moynaq, il y règne une délicieuse atmosphère de fin du monde. Point positif : le gérant est plutôt avenant et le repas du soir correct. La plupart des chambres sont occupées par des travailleurs chinois venus dans le coin pour explorer des gisements de gaz.

Khiva : Hôtel Arkonchi, 1 nuit, 15$, chambre avec clim’, avec salle de bain, avec petit déj’. Recommandé : oui !

Excellent accueil à l’hôtel Arkonchi. La personne qui m’a reçu était très gentille et parlait bien anglais. Ma chambre était propre et très spacieuse. L’hôtel est merveilleusement bien situé, dans la ville fortifiée. Il y a une jolie terrasse sur le toit d’où la vue sur Khiva au lever du soleil est superbe. La cour de l’hôtel est très agréable, et le petit-déjeuner était copieux et excellent. Il est possible d’y dîner le soir. C’est le meilleur hôtel que j’ai connu en Ouzbékistan, avec le Shakhrisabz Tour and Travel.

Boukhara : Malikjon Guest House, 4 nuits, 15$ chambre avec clim’, avec salle de bain, avec petit déj’. Recommandé : oui.

Idéalement située juste en-dessous du bassin Liab-I-Haouz. Très jolie maison de style traditionnel, avec une grande cour. Ma chambre était correcte et propre, la clim’ marchait très bien, et Ô bonheur suprême, le lit était à ma taille ! Le petit-déjeuner était assez bon et la famille plutôt sympathique. Bref, une bonne adresse à Boukhara où le choix ne manque pas.

Tashkent : Gulnara Karimova B&B, 1 nuit sans petit-déjeuner, 12$, sans salle de bain, avec clim’. Recommandé : oui.

Je ne suis resté qu’une demi-nuit au B&B Gulnara puisque j’ai dû partir pour l’aéroport à 2h du matin. Malgré ça, j’y ai passé quelques heures très agréables. Le gérant est très gentil, il est jeune, il parle bien anglais et l’emplacement du B&B est idéale puisque le bazar Chorsu est tout proche. Le B&B Gulnara est très facilement accessible depuis l’aéroport en prenant le bus (n° 11 si ma mémoire est bonne). J’ai partagé une chambre avec un néo-zélandais et la salle de bain était à l’extérieur, le Gulnara reste donc plutôt cher si on le compare aux B&B de province où l’on peut avoir une chambre individuelle avec salle de bain pour 15$.

TRANSPORTS

Avion

Nice-Tashkent via Moscou avec Aeroflot. C’était un billet prime Skyteam, je n’ai donc payé que les taxes d’aéroport (100€).

Tashkent-Samarcande 28€ en Airbus A310

Termez-Tashkent 35€ en Ilyushin 114, un avion qui date de 2003 mais qui en paraît beaucoup plus.

Tashkent-Nukus 47€ en Tupolev 154, une expérience inoubliable !

Urgench-Boukhara 36€ en Avro RJ85, avion de fabrication britannique très bien entretenu.

Boukhara-Tashkent 33€ en Antonov 24 sorti tout droit des années 60. Le bonheur absolu.

Total : 179€ + 15€ de frais d’émission = 194€

J’ai commandé mes billets auprès de RPTA, la représentation d’Uzbekistan Airways en France. Ils ont un bureau à Paris et ne sont pas très efficaces…il faut appeler de nombreuses fois pour obtenir ce que l’on veut. Ne commandez pas vos billets sur Expedia (ça plante à la dernière étape) ou sur le site de Thomas Cook. J’ai essayé de réserver via Thomas Cook, tout s’est bien passé, j’ai même reçu une confirmation de ma réservation, mais ils m’ont appelé quelques heures plus tard pour m’annoncer qu’ils étaient incapables d’émettre les billets… Pour les vols domestiques Uzbekistan Airways, il vaut donc mieux passer par RPTA si vous souhaitez les acheter en France.

Taxi individuel

Aéroport de Samarcande à l’Antica : 4000 soums

Courses moyennes en ville dans de vrais taxis: 1500 à 2000 soums.

Samarcande – Shakhrisabz : 7$ + 1000 soums. J’avais prévu à l’origine de rejoindre Shakhrisabz en taxi collectif, mais après une attente de 45 mn sans qu’aucun voyageur supplémentaire ne se profile à l’horizon, j’ai préféré payer plus cher pour « individualiser » le taxi et cesser de perdre du temps.

Shakhrisabz – Boysun : 60 000 soums, réservé par l’intermédiaire de Lutfullohon, gérant du B&B Shakhrisabz Tour & Travel. C’est cher, mais il n’existe a priori ni bus, ni taxi collectif pour rejoindre directement Boysun depuis Shakhrisabz, et je ne voulais pas perdre trop de temps en changeant de moyen de transport entre ces deux villes. J’ai donc fait confiance à Lutfullohon mais avec le recul 60 000 soums est assez cher compte tenu de la distance. Vous aurez donc peut-être intérêt à négocier directement auprès d’un chauffeur de taxi.

Sairob – Termez : 18 000 soums. Là encore, j’ai payé pour les « absents » après plus d’une heure d’attente.

Aéroport de Nukus au Jipek Joli B&B : 2000 soums

Taxi dans Moynaq : 300 soums suffisent pour parcourir la très longue rue principale.

Moynaq – Kungrat : 8000 soums. Là encore, j’ai préféré payer pour les sièges vides et ne pas perdre de temps.

Excursions en taxi

Termez : Pour 12 000 soums, un chauffeur de taxi a accepté de m’emmener voir Fayaz Tepe, le mausolée d’Al Hakim Al Termizi et le Stupa de Zurmala. L’expédition a duré 2h environ. Le lendemain, un autre chauffeur m’a conduit au Qirq Kiz, au mausolée Saoddat, à la khanaka Karyl Dar Ata et à l’aéroport pour 9000 soums. Les visites ont duré 1h30 environ. Négocier fermement !

Vallée de Langar au départ de Shakhrisabz : 50 000 soums pour un taxi pouvant accueillir jusqu’à 4 passagers.

Nukus : 18000 soums pour aller faire un tour à la nécropole de Mizdakhan et à la forteresse de Gyaur-Qala toute proche. A ne pas rater si vous ne comptez pas visiter les forteresses du désert autour de Khiva. La nécropole de Mizdakhan est très impressionnante, c’est une véritable ville de mausolées recouvrant une colline, mieux vaut y aller en fin de journée quand la lumière est la plus belle.

Taxi collectif

Boysun – Sairob 2000 soums

Nukus – Mangit puis Mangit – Urgench : 3000 + 5000 soums. Il est sûrement possible de trouver un taxi collectif reliant directement Nukus à Urgench.

Urgench – Khiva : 1500 soums. Attention aux arnaques !!! Les chauffeurs ont tendance à gonfler les prix de façon disproportionnée quand ils voient des touristes. Au départ on voulait me faire payer 7000 soums…mais j’ai refusé et en fin de compte j’ai payé le même prix que les autres passagers ouzbèques.

Khiva – Aéroport d’Urgench : 15 000 soums pour 2 personnes. J’ai pris le taxi avec une touriste allemande qui l’avait réservé via l’hôtel, il est donc possible de trouver bien moins cher en s’adressant directement à des chauffeurs hors de la ville fortifiée.

Aéroport de Boukhara – Bassin Liab-I-Haouz : 4000 soums pour 2. Dans l’autre sens, de la ville vers l’aéroport, ne payez pas plus de 2000 soums pour un taxi.

Gulnara B&B – aéroport de Tashkent au milieu de la nuit, 5000 soums pour 2 dans un taxi pirate.

Bus et minibus

Nukus – Moynaq : 4000 soums. Quelle expédition ! Dans un vieil Ikarus rouge, nous avons eu droit à 3 pannes en 4h30 nécessitant l’immersion totale de notre brave chauffeur dans le moteur. J’en garde un très bon souvenir, le bus n’avançant pas très vite il est très facile de contempler les espaces désertiques de la Karakalpakie. Ne vous fiez pas aux horaires : le bus était censé partir à 9h dixit le Lonely Planet, à 10h selon Nassiba de l’hôtel Jipek Joli, et j’ai finalement chopé le mien in extremis à 8h30 en face de l’hôtel Tashkent, de l’autre côté de la route. Je ne sais pas s’il y a plus d’un bus par jour entre Nukus et Moynaq. Si vous loupez le bus, vous n’aurez pas trop de mal à trouver un taxi collectif ou minibus pour Kungrat d’où vous pourrez prendre un taxi pour Moynaq. Cette dernière solution est d’ailleurs la plus pratique si vous ne souhaitez pas goûter au charme mazouté d’un vieux bus hongrois.

Minibus Kungrat – Nukus : 3000 soums

Minibus dans Nukus : 300 soums

Minibus dans Boukhara : 300 soums

Minibus Boukhara – Nécropole Chor Bakr : 400 soums

Bus dans Tashkent : 400 soums

Métro

Métro de Tashkent : 400 soums

MONUMENTS

Les prix incluent le supplément appareil photo. N’hésitez pas à demander des réductions si vous êtes étudiants. On vous réclamera parfois un justificatif, la carte ISIC est alors très utile. Même si vous n’êtes pas étudiants, négociez quand même. Rappelez leur que vous n’êtes pas américain, dites leur que vous voyagez seul, etc…tous les moyens sont bons.

Samarcande

Gour Emir 5700 soums

Mausolée Ak Sarai 1000 soums

Registan 7300 soums

Minaret de la madrasa d’Ouloug Beg : les flics vont sûrement vous approcher pour vous proposer de monter au sommet moyennant un petit bakchich. En général ils demandent 7000 soums, mais j’ai payé 3000 soums une première fois, puis 2500 soums le lendemain au crépuscule.

Mosquée de Bibi Khanoum : 5800 soums

Mausolée de Bibi Khanoum : 2800 soums

Observatoire d’Ulug Beg : 4200 soums

Mausolée du prophète Daniel : 2800 soums

Chah-I-Zinda : 4500 soums

Mosquée Khazret Khizr : 5800 soums. J’y ai rencontré un type très sympa qui m’a invité à partager un thé.

Mausolée Ishrat Khana : 2000 soums

Shakhzisabz

Tombeau de Jehangir : 2000 soums à payer au gars qui fait la sieste sous l’iwan...comme il dit en levant le pouce, « life is good in Shakhrisabz ».

Ascension des ruines du Palais Ak Sarai : 2000 soums

Musée Amir Timour : 1500 soums

Termez

Fayaz Tepe et musée attenant : 3000 soums

Nukus

Musée Stavisky : 4000 soums avec la réduction étudiant, et sans les droits photos.

Khiva

9000 soums au tarif étudiant + 5000 soums de droits photos pour le ticket qui donne accès à la plupart des monuments de la ville fortifiée. Vous pouvez acheter ce ticket à la porte de l’Ouest, il est valable 2 jours.

Terrasse d’Oq Shihbobo : 1000 soums

Mausolée Pahlavon Mahmud : 2000 soums

Minaret Khoja : 1000 soums

Minaret Juma : 1000 soums

Palais Isfandiyar : 1000 soums

Boukhara

Mosquée Kalon 2900 soums. Le minaret Kalon est malheureusement fermé car sa restauration est en cours.

Petits musées à la con dans les madrasas : 1000 soums selon l’humeur des mamies qui en gardent l’entrée.

Madrasa Modari Khan (koch madrasa) : 2000. C’est un vieux boukhariote extrêmement gentil qui m’a fait la visite en russe, et il m’a laissé aller sur le toit. Il avait l’air très attaché à sa madrasa, et tout aussi fier de la faire découvrir à un touriste.

Musée des tapis dans la mosquée Maghok-I-Attar : 4000 soums

Forteresse de l’Ark : 6300. Attention aux arnaques ! La fille m’a sorti une plaquette des tarifs en cyrillique pour essayer de me faire payer plus cher. Les tarifs sont clairement indiqués en alphabet latin à côté de l’entrée : ne payez pas plus de 6300 soums.

Prison Zindon : 2000 soums.

Nécropole Chor Bakr : 3500 soums. Un havre de paix à 10mn de Boukhara. Arbres, bassins, mausolées, fraîcheur de la mosquée…

Ascension du château d’eau en face de l’Ark : 2000 soums. Mieux vaut ne pas avoir le vertige, mais la vue est superbe. Y aller au crépuscule pour ne pas avoir le soleil en face lorsque l’on regarde vers l’Ark et la mosquée Kalon.

PRIX DIVERS

Pain au marché : 500 soums en général, 800 ou 1000 pour les plus gros.

Bouteille d’eau 1, 5l : entre 600 et 700 soums, ne payez jamais plus, surtout à Khiva où le prix de l’eau à l’intérieur de la ville fortifiée est une véritable arnaque ! Il suffit de faire quelques pas hors des remparts pour retrouver des prix normaux.

Internet : entre 600 et 800 soums/heure en général, plus cher à Khiva (2000 soums/heure dans la ville fortifiée) ou Boukhara.

1 kilo de petites pommes : 2000 soums

Coca : entre 1200 et 1500 soums la bouteille de 1l, 1000 soums les 50cl.

Somsa : 200 soums

Repas au resto : entre 2000 et 3000 soums dans les bazars, entre 3000 et 4000 soums plat + bière dans les petites villes, entre 6000 et 12000 soums dans les villes touristiques (autour du bassin Liab-I-Haouz à Boukhara par exemple).

Glaces en sachet : entre 500 et 1200 soums

Bakchich : 5000 soums pour un prétendu « frais d’enregistrement » à la frontière entre les provinces de Qashqa Daria et Surkhan Daria. La somme a été réclamée auprès de mon chauffeur, j’ai dû le rembourser par la suite.

CHANGE

Au marché noir : 1€ = 2200 soums (ça peut monter jusqu’à 2400 soums), 1$ = 1800 soums (voire 1900 en négociant bien). Il est plus avantageux de payer en dollars qu’en Euro, car en ce moment le dollar est très faible et les Ouzbèques ne sont pas vraiment conscients de la force de l’Euro face au dollar. Il est très difficile de leur faire accepter que 10€ = 14$...

Pour changer, c’est très simple, adressez vous aux vendeurs de souvenirs dans les lieux touristiques ou dans les bazars. Vous aurez un meilleur taux si vous leur achetez quelque chose ensuite, mais j’ai eu de bons taux sans rien acheter. Certains B&B proposent un service de change mais le taux n’est pas intéressant.

Pour la petite histoire, la première personne qui m’a abordé pour me proposer de changer de l’argent au noir était…un policier à l’aéroport de Tashkent !

CONTROLES DE POLICE

Je n’ai été contrôlé que de rares fois, dont une à Sairob. Le policier a juste demandé à voir mon passeport, après quoi il m’a donné son adresse pour que je lui envoie une carte postale de France ! Il m’a également aidé à trouver un taxi pour Termez. Hors des villes, les contrôles sont fréquents sur les check-points routiers, mais je n’ai eu à présenter mon passeport qu’une seule fois. Les contrôles dans le métro de Tashkent sont bel et bien fréquents si j’en crois les récits d’autres voyageurs rencontrés pendant mon séjour. Dans ce cas, l’attestation de l’ambassade de France peut être très utile. Quant à moi, je n’ai pas eu à souffrir du moindre contrôle dans le métro de Tashkent, mais il faut dire que je ne l’ai pris que 2 fois et que je n’avais pas de bagages volumineux avec moi.

Contrôle des attestations d’hébergement : un policier me les a demandés au passage de la douane à l’aéroport, mais la liasse de coupons que je m’apprêtais à sortir de ma poche, il a préféré me laisser passer sans les examiner.

CONSEILS DIVERS

Prévoyez quelques jours pour vous échapper du trio sacré Samarcande-Boukhara-Khiva. L’accueil hors de ces hauts lieux touristiques est encore meilleur. Je garde un souvenir particulièrement bon de Shakhrisabz, petite ville à l’ambiance très relax. Au bazar je ne pouvais pas faire un pas sans que des gens m’abordent pour que je les prenne en photo.

Marchandez tout, même les entrées dans les monuments ! Généralement, le tarif d’entrée n’est pas imprimé sur le ticket : il est écrit à la main par la personne qui tient le guichet. Cela conduit parfois à des abus et à une tarification « à la tête du client ». Emportez des cartes postales à offrir aux gens ! Je n’y ai pas pensé, et je l’ai regretté. Une petite fille m’a gentiment offert un collier de coquillage, et sur le moment je n’avais rien à lui donner en retour.

N’oubliez pas les médicaments contre la diarrhée, etc…je n’y ai pas échappé malgré les précautions que j’avais prises. Heureusement les Ouzbèkes ne manquent pas de remèdes locaux contre ce mal : vodka chaude + sel, ou bien yaourt liquide chaud bu d’une traite, j’ai même eu droit à une infusion de feuilles de pêcher préparée par Lutfullohon, qui m’a également gavé de miel.

Si vous voulez passer une journée à Moynaq au départ de Nukus, passez vous des services des agences de voyage ou des B&B, ils pratiquent des tarifs abusifs (de l’ordre de 90$). Il est tout à fait possible, en partant tôt le matin, de rejoindre Moynaq en 2h en prenant un taxi collectif avec changement à Kungrat. Une fois que vous serez arrivé à Moynaq, vous pourrez y passer quelques heures (ce qui est amplement suffisant) avant de revenir sur Nukus en prenant le bus qui part de Moynaq à 15h, ou un taxi qui vous emmènera à Kungrat où vous pourrez reprendre un autre taxi/minibus vers Nukus. Dans le cas hautement improbable où vous ne trouveriez pas de moyen de transport pour revenir sur Nukus, l’hôtel Oybek et sa faune nocturne pourront toujours vous accueillir.

CLIMAT

En bon méditerranéen, je n’ai pas trop souffert de la chaleur. J’ai même été agréablement surpris : l’air étant extrêmement sec, on transpire très peu. J’ai trouvé les 40° de Khiva infiniment plus supportables que les 30° de Shanghai où l’air est saturé d’humidité.

L’astuce pour bien profiter des journées sans risquer l’insolation consiste tout simplement à rester à l’hôtel aux heures les plus chaudes de la journée, c'est-à-dire entre midi et 15h. C’est le moment rêvé pour faire une bonne sieste…de toute façon il est difficile de prendre de jolies photos en début d’après-midi, lorsque la lumière est verticale. En 17 jours je n’ai eu qu’une seule demi-journée nuageuse. Je n’ai pas vu la moindre goutte de pluie, et le ciel est d’un bleu splendide.

IMPRESSIONS

Pour finir, mes impressions…

Je suis extrêmement satisfait de mon séjour en Ouzbékistan. La beauté des monuments était à la hauteur de mes attentes, et certains aspects pratiques (déplacements, change de monnaie) se sont avérés moins « galères » que ce que je craignais. Les gens sont, dans l’ensemble, accueillants et honnêtes. Les enfants sont très curieux lorsqu’ils rencontrent des étrangers, et ils demandent souvent à être pris en photo. Les villes m’ont paru assez sûres, je n’ai eu que deux altercations avec des mecs bourrés à Sairob et Moynaq. Prendre un taxi au beau milieu de la nuit à Tashkent n’a posé aucun problème.

Une très bonne surprise : Shakhrisabz et les petites villes provinciales en général.

Une déception : « ils ont tué Samarcande ». J’exagère un peu, mais le Registan, qui était autrefois au cœur de la vie à Samarcande, prend aujourd’hui l’aspect d’une somptueuse coquille vide posée au milieu de nulle part. Toutes les petites rues qui l’entouraient ont laissé la place à de grands parcs désolés où l’eau ne coule plus dans les fontaines. La rue Tashkent, qui relie le Registan à la mosquée Bibi Khanoum, n’est qu’un vaste chantier poussiéreux. Un « mur de la honte » a été dressé entre le Gour Emir et le quartier du B&B Antica. Bref, Samarcande à la nuit tombée donne l’impression d’une ville morte, contrairement à Boukhara où les alentours des monuments grouillent de vie.

Malgré cela, Samarcande reste Samarcande, les monuments sont splendides et 3 jours ne sont pas de trop pour en faire le tour. Si vous avez le temps, marchez jusqu’au mausolée Khodja Abdi Darun : on parcourt de petites rues qui font oublier le vide sidéral et l’absence de vie des parcs délabrés qui entourent le Registan ou le Gour Emir. Le mausolée Khodja Abdi Darun est en rénovation, mais il y règne quand même une ambiance très paisible. C’est l’endroit idéal pour faire une pause au bord d’un bassin rafraichissant. Shakhrisabz : escale très sympathique pour ceux qui se dirigent vers le sud. La visite se fait facilement en une seule journée, mais elle mérite qu’on y passe plus de temps puisqu’elle est un point de départ idéal pour une excursion dans la vallée de Langar par exemple.

Langar : L’expédition dans la vallée de Langar est à ne pas louper, en particulier si vous faites une overdose de madrasas et de majolique. La balade dans un canyon est plutôt sympa, mais la vraie récompense est l’arrivée dans le petit village de Langar, royaume des chèvres et des ânes. Les maisons en pisé accrochées à la montagne forment un très joli tableau, et l’accueil des habitants est exceptionnel. Avec deux autres touristes français, nous avons été invités à partager un thé et un plat de mouton dans une dépendance de la mosquée.

Boysun : la route entre Shakhrisabz et Termez via Boysun est très belle, elle vous permettra de traverser les montagnes des « Portes de fer ». Boysun est une petite ville entourée de jolies montagnes.

Sairob : A proximité de Boysun, sur la route de Termez. C’est un joli village au pied des montagnes, assez photogénique. Je n’ai malheureusement pas pu m’y attarder car j’étais poursuivi par un type bourré, mais ça vaut le coup de s’y arrêter quelques heures pour y faire un petit tour.

Termez : la ville en elle-même ne présente effectivement que peu d’intérêt, mais les monuments aux alentours sont intéressants, en particulier Fayaz Tepe.

Nukus : on y trouve le fameux musée Stavisky, c’est d’ailleurs tout ce que la ville a à offrir. On y trouve quand même un grand bazar très animé. Si vous avez le temps, n’hésitez pas à faire un tour à la nécropole de Mizdakhan. L’ambiance y est magique, particulièrement au crépuscule, et les mausolées sont à l’état brut.

Moynaq : Ah la la, Moynaq….un paysage désolé, des immeubles abandonnés, des carcasses de bateaux, un soleil écrasant, ni arbre, ni ombre…le seul luxe à Moynaq, c’est de pouvoir se dire « mais qu’est-ce que je fous là ». L’ambiance y est très spéciale, et on se demande de quoi vivent les gens qui y sont restés. Même le bazar a fermé. Hormis les bateaux rouillés, les seuls témoignages de la présence passée de la mer d’Aral que vous pourrez trouver sont les coquillages qui parsèment le sol sablonneux et les affiches de propagande qui vantent l’abondance du poisson local. Je reconnais que les raisons d’une expédition à Moynaq peuvent paraître un peu « malsaines » (on vient voir qu’il n’y a rien à voir), mais si l’on assume son côté voyeur un séjour à Moynaq reste une expérience intéressante.

Khiva : J’ai été très positivement surpris par Khiva, que l’on m’avait décrite comme une ville morte, disneylandisée. C’est faux. La ville fortifiée est effectivement très touristique, les monuments ont été refaits à neuf, on ne compte plus les B&B et les stands de souvenirs, toutes les madrasas ont été reconverties en boutiques ou en musées sans grand intérêt, etc… Mais toute la partie nord de la ville fortifiée est habitée par de vrais gens, avec de vraies mamies ouzbèques, de vrais enfants, il y a même des chiens et des chats, bref on y retrouve à peu près les mêmes scènes de rue que dans n’importe quelle autre ville. La ville fortifiée étant petite, les balades y sont très agréables.

Boukhara : D’après mes impressions, c’est la ville la plus « touristique » de toutes. Elle reste très agréable, et le bassin Liab I Haouz est entouré de tchaikhanas qui, tout en étant principalement destinées aux touristes, restent bon marché et sont également fréquentées par des familles ouzbèques. Il faut compter 3 jours pour visiter Boukhara en prenant bien son temps. Petit regret : la surabondance de boutiques de souvenirs dans les madrasas.

Tashkent : je n’y ai passé qu’un après-midi, je n’en ai donc eu qu’un bref aperçu. Je m’attendais à parcourir une ville soviétique triste et grise, j’ai découvert une capitale très agréable, avec un centre parsemé de jolis parcs très bien entretenus. Les bâtiments officiels et les statues ne sont pas toujours du meilleur goût, mais c’est aussi ce qui fait le charme de Tashkent. J’ai regretté de ne pas avoir pu y rester plus longtemps !

CONCLUSION

Qu'est-ce que vous attendez pour partir ! L'Ouzbékistan est un très beau pays où il est facile de voyager en solitaire. On y rencontre aisément d'autres voyageurs avec lesquels partager des astuces, des bons plans et des moments sympas. L'accueil est, dans l'ensemble, très bon. Je ne déconseillerais pas aux gens de partir en Juillet: même s'il fait très chaud, les visites se font dans d'excellentes conditions car les touristes sont très rares à ce moment de l'année. Pour cette même raison, les hôtels consentent à des rabais plus importants.

Je suis revenu d'Ouzbékistan avec des tonnes d'excellents souvenirs et de photos...prises de travers. Eh oui, rares sont les minarets droits en Ouzbékistan !
Visa iranien obtenu en une heure en Turquie
by Jeanpyon · 2009-06-18 · 99 replies
bonjour

tuyau pour tous ceux qui vont galerer a faire des visas iraniens en Turquie.

Surtout n´allez pas chez İranianvisa.com ce sont des filous. Nous avons paye 140 euros a deux pour rien, a l´heure qu´il est nous n´avons toujours aucun numero d´autorisation et perdu notre argent.

Alors ce matim A Trabzon ville au nord est de la Turquie nous allons dans un petit consulat iranien perdu que personne ne connait et en une heure oui en une heure nous obtenons un visa de 30 jours pour 2 valable 90 jours pour 60 euros chacun.

un monsieur tres gentil nous accueille et nous donne nos passeport en nous souhaitant un tres bon voyage ...incroyable...

Alors tentez le coup mais soyez courtois et patient au cas ou, cela ne marchera peut etre pas a tous les coup.

reste maintenant a visiter le pays et a surveiller l´actualite de pres...

jp
Choisir un 4X4 très fiable: Runner de Toy ou Defender 110?
by Fab73 · 2009-04-16 · 41 replies
Bonjour, Je cherche un 4X4 chassis long ou pick up TRES FIABLE / VOIR INCREVABLE En vue de l'équiper tt doucement pour faire du raid. Je veux acheter un truc solide, sans puces électroniques ou sondes ... bref vs m'avez compris Je pensais au Runner de Toy ou Defender 110 Si un vs pouvez m'aidez sur les modéles à éviter, ou moteur à choisir Merci
Projet d'ouverture d'une maison d'hôtes à Marrakech!
by Louxorvoyage · 2008-11-10 · 27 replies
Bonjour à tous, nous avons pour projet de nous installer à Marrakech et d'y ouvrir une maison d'hôtes, j'ai pu constater sur le forum que le marché est saturé (discussion de 2005) c'est propos sont ils toujours d'actualité. J'ai commencé divers recherches afin d'acquérir un petit ryad (nous sommes deux familles à nous installer) et les prix sont très attratifs ! et justement un peu inquiétant ! Les anciens propriétaires de maisons d'hôtes ne quitteraient -ils pas les lieux ? Merci pour vos précieux conseils ? C'est une décision lourde de conséquences d'un côté comme d'un autre, l'eldorado oui !!! mais pas à n'importe quel prix !
Carnet de voyage en Ouzbékistan (septembre 2008)
by Notalida · 2008-09-28 · 1 reply
Voilà, je me lance… après notre retour d'un très beau voyage en Ouzbekistan. J'essayerai surtout de vous donner des informations pratiques par rapport à notre vécu sur place. Pour ce qui est de l'aspect culturel et touristique les guides sont faits pour cela.

D'abord les présentations : nous sommes partis à 2 couples, Emile et Jo, Claude et Nicole, tous retraités. Ce n'est pas la première fois que nous partons ensemble mais d'habitude nous sommes 3 couples; nous avons été ainsi au Pérou en 2004, au Mexique et au Guatemala en 2006, au Laos et au Cambodge en janvier 2008. Nous nous entendons très bien mais la cohésion de notre groupe tient surtout au fait que notre programme de voyage est préparé le plus complètement possible avant de partir ce qui évite sur place des discussions du genre: moi, je veux aller ici et moi, je veux aller là. Etant de jeunes retraités nous avons privilégié jusque là la formule de prise en charge par une agence de voyage avec qui nous préparons l'itinéraire, le type d'hôtel ( bonne catégorie sans être haut de gamme, surtout bien placés par rapport aux centres d'intérêts touristiques ), la compagnie d'aviation en essayant de partir de Lyon puisque nous y habitons. Nous privilégions aussi les repas libres le plus souvent possible. Nous sommes partis en Ouzbekistan avec Asia, comme au Laos et au Cambodge.

Notre voyage s'est déroulé du mercredi 10 septembre au samedi 20 septembre : Tachkent / Khiva / Ayaz Kala / Boukhara / Chakhrisabz / Samarcande / Tachkent.

10/09/08 : Lyon / Istanbul / Tachkent où nous sommes arrivés à 01h10, heure locale ( il y a 3 heures de décalage horaire avec la France en cette période ). Dans l'avion on nous avait fait remplir une fiche en double exemplaire détaillant ce que nous avions avec nous en dollars ou en euros, si nous avions un téléphone portable, un appareil de photo ou une caméra. Après être passé au contrôle des passeports on nous a vérifié ces fameuses fiches sans aucune complication; attention à bien garder un exemplaire qui sera réclamé au retour. Tout cela a bien duré trois quarts d'heure et nous sommes sortis de l'aéroport à 2h de matin. Notre guide nous attendait à l'extérieur et nous a emmené directement à l'hôtel Uzbekistan. Sur la route notre premier contrôle de police; juste un contrôle des papiers du chauffeur et du véhicule. L'hôtel Uzbekistan est un grand hôtel impersonnel du type soviétique mais les chambres sont spacieuses et confortables. On nous avait recommandé de ne pas boire d'eau du robinet et me voilà à 3h du matin en train de chercher une bouteille d'eau minérale. Il y a un bar où je peux me procurer de l'eau mais n'ayant pas de sum ( la monnaie locale ) je dois prendre 2 petites bouteilles contre 1 dollar. J'avais pris soin avant de partir de me munir de petites coupures de 1, 5 et 20 dollars en billets récents car les billets anciens ne sont pas acceptés.

11/09/08 : notre guide nous attend à 9h dans le hall de l'hôtel mais avant de partir visiter nous changeons notre argent au bureau de change de l'hôtel : 1336 sum pour 1 dollar, 1950 sum pour 1 euro. L'euro est aussi bien accepté que le dollar. Nous avons à notre disposition un véhicule confortable avec un chauffeur sympa. Nous ne consacrons qu'une petite journée à la visite de Tachkent sans oublier la visite de quelques stations de métro. Attention dans le métro à ne pas prendre de photos car il y a de nombreux policiers. Au musée d'Histoire du peuple d'Ouzbékistan il faut payer 7000 sum par appareil de photo. On se rendra compte au cours du voyage que le budget pour pouvoir prendre des photos et filmer est énorme. Vers 16h nous prenons la route de l'aéroport car nous avons le vol Tachkent-Urgench ( Uzbekistan Airways ) prévu pour 18h. Nous embarquons à 17h15, l'avion est en plein soleil, pas d'aération, pas de ventilation et il fait très chaud. J'ai à coté de moi une dame ouzbèque assez corpulente qui téléphone et se ventile largement avec le carton sensé donner les consignes d'évacuation en cas de problème. Avec une dizaine de minutes de retard l'avion décolle et arrive presque à l'heure à Urgench. Il est 19h15 et il commence à faire nuit. L'aéroport semble fermé; on nous fait sortir de l'enceinte de l'aéroport et attendre là que les bagages soient débarqués. Puis on nous fait rentrer de nouveau derrière la barrière pour récupérer nos bagages avec contrôle des souches des bagages. Une voiture avec chauffeur nous attend car il est prévu que nous partions tout de suite pour Khiva où nous dormons. Notre guide, qui nous a accompagné depuis Tachkent, vient de recevoir un appel téléphonique et il n'a pas l'air très content; il nous apprend qu'il y a eu un problème avec la réservation de l'hôtel Shahrizade que nous avions choisi car situé à l'intérieur de la vieille ville à Khiva. Pour des raisons un peu obscures il n'y avait plus de place dans cet hôtel et on nous a transféré à l'hôtel Asia situé juste à l'extérieur des remparts. Nous nous rendrons compte plus tard que nous n'avons pas perdu au change car l'hôtel est vraiment juste aux remparts, est confortable et a une piscine dont nous profiterons.

12/09/08 : journée consacrée à la visite de Khiva. Pour prendre des photos c'est 5000 sum; pour filmer 7000 sum. Le guide nous emmène manger dans la chaikhana Zerafshan juste à coté de la madrasa Islom-Hoja: on y mange très bien mais on s'aperçoit que les prix sont plus élevés qu'indiqués dans le guide; un plov, excellent, coute 4000 sum; un chachlik 5000 sum. Autre exemple de l'envolée des prix : le soir nous sommes allés manger à la Chaikhana Parvoz à l'extérieur de l'enceinte de l'Ichon-Qala car les prix baisseraient de moitié par rapport à l'intérieur de la vieille ville; aucun menu n'est affiché et pour savoir ce que l'on peut manger on nous emmène vers les cuisines et on nous montre ce qu'il est possible de nous faire. Confiants nous commandons une soupe ( avec un poivron farci dans le bol ) et un manty ( 4 gros raviolis farcis à la viande ) pour chacun, 2 bières et de l'eau minérale. Lorsque nous avons demandé la note, nous avons eu droit à un petit bout de papier de la taille d'un timbre poste avec dessus le chiffre de 37500 sum. Nous avons demandé le détail et voici les prix : 3000 sum pour la soupe, 3000 sum par manty, 3000 sum la bière, 1000 sum la bouteille d'eau minérale. Encore une fois grosse différence avec les prix marqués dans le guide ( Lonely Planet édition 2007). Finalement cette façon de présenter la note est une pratique courante et on en prend l'habitude; les ouzbèques sont honnêtes, accueillants et si les prix augmentent c'est qu'il y a beaucoup d'inflation et non pas une arnaque du touriste. Puisque nous parlons argent il faut savoir que la plus grosse coupure est de 1000 sum; il y a des billets de 500, 200 et 100 sum. Donc si on change pour 50 dollars on se trouve avec une liasse imposante de billets, difficile à mettre en poche.

13/09/08 : départ pour la visite des Kala ou forteresses de l'ancien Khoresm. Déjeuner, dîner et nuit au camp de yourtes d'Ayaz Kala. L'accueil fut remarquable et les repas excellents, faits sur place. On nous a proposé un spectacle avec un orchestre local et des danses pour le prix de 50 dollars ( on nous a expliqué que les musiciens et la danseuse venaient en taxi …etc… ) Bien sûr c'était un peu cher mais c'est difficile de refuser quand c'est demandé avec tellement de gentillesse et nous n'avons pas regretté car nous avons eu le plaisir d'avoir une soirée partagée avec tout le personnel du camp.

14/09/08 : route vers Boukhara à travers le désert du Kyzyl Koum; le chauffeur était un peu inquiet car il a eu du mal à trouver de l'essence diesel; à force de demander il a fini par trouver une station qui en avait. C'est sûr qu'il vaut mieux s'aventurer dans ce désert avec le réservoir plein. Arrivée à Boukhara en fin d'après-midi; Nuit à l'hôtel Amelia. Cet hôtel est à recommander car très bien situé, pas loin de la place Lyab-i-Haouz, et on y sert un petit déjeuner excellent avec crêpes, pain frais, confiture de figue avec des figues entières confites, des fruits frais et du katyk, sorte de yaourt. Nous sommes restés à Boukhara les 15/09 et 16/09. Cette ville est pleine de charme. Le premier soir nous avons dîné au restaurant Minzifa, excellent. Le deuxième soir nous avons eu un dîner spectacle avec défilé de mode et danses traditionnelles dans la medersa Nadir Divanbegi. Ce dîner-spectacle était prévu dans notre programme. Nous avons juste fait ce qu'il fallait pour avoir une table au premier rang… Le troisième soir nous avons dîné au bord du bassin du Lyab-i-Haouz, chachliks gigantesques.. à un prix raisonnable. Question nourriture nous avons supporté la cuisine locale sauf Nicole qui a présenté des troubles intestinaux dès le 14/09, troubles qui ne vont pas trop la gêner grâce au Tiorfan et à l'Intetrix mais qu'elle va garder jusqu'au retour. Emile de son côté s'est régalé de tomates fraiches et n'a eu aucun problème. Bien sûr nous n'avons jamais bu d'eau du robinet et pris que de l'eau minérale; l'eau gazeuse est plus courante que l'eau minérale sans gaz. En magasin la grande bouteille d'eau gazeuse est à 500 sum, l'eau plate à 800 sum mais sur les sites nous avons payé jusqu'à 800 sum une petite bouteille d'eau. Le guide nous a confirmé que tout était cuisiné à l'huile de coton.

17/09/08 : route pour Samarcande en passant par Shakhrisabz. Nous avons mangé à Shakhrisabz chez l'habitant; c'est un euphémisme car chez l'habitant il y avait plusieurs groupes de 20 personnes. Cependant ce fut très bon et pas cher puisque tout compris nous avons eu pour 25000 sum à 4. Cet endroit se trouve à l'entrée de la ville en arrivant de Boukhara Nous sommes arrivés à Samarcande en fin d'après midi et nous avons dormi à l'hôtel Zarina. Sans conteste c'est l'hôtel le moins bien de notre séjour : les chambres, pourtant dites de luxe puisque possédant l'air conditionné et la télé, sont petites et nous avons même eu la surprise de découvrir que par l'intermédiaire du hublot d'aération de ma salle de bain nous communiquions avec la salle de bain de la chambre d'à coté. Le mur de séparation des 2 salles d'eau n'allait pas jusqu'à la fenêtre. Par ailleurs les draps étaient de simples bouts de tissu, seulement ourlés sur la longueur. Petit déjeuner correct sans plus. Par contre il est idéalement situé par rapport au Registan.

18/09/08 : visite de Samarcande et dîner chez l'habitant. Ce dîner fut aussi un grand moment. Nous avons été reçu par une jeune fille très sympathique qui a tenu à nous faire visiter la maison et nous raconter l'histoire de sa famille. Elle avait perdu sa mère 2 ans auparavant et son père l'an passé. Depuis elle a pris la suite et, avec des amis et de la famille, elle s'occupe de cette maison. Cette maison avait appartenu à un artisan qui avait été déporté lorsque les soviétiques avaient envahi l'Ouzbekistan et c'est la famille de notre hôte qui avait racheté cette maison quelques années plus tard. Excellente adresse avec Vodka au menu. A noter que le midi nous avons mangé au restaurant Karambek, excellent : au menu, salade de concombre et tomate, soupe aux nouilles avec boulettes de viande, plat arménien avec du mouton et des légumes dans une brique; katik et glace au chocolat.

19/08/08 : route vers Tachkent en fin d'après-midi. Nous avons invité à dîner notre guide et notre chauffeur. Nous avons été dans un restaurant qui fait partie de la même chaîne que le Karambek de Samarcande. Là où nous sommes allés les prix étaient très raisonnables ( 55000 sum à 6 ) comparés à ceux en plein centre de Tachkent. Le guide nous dit que si on avait mangé par exemple au Caravan cela nous serait revenu le triple. Ce restaurant BEK se trouve au 9 de la rue Oulougbez.

Courte nuit à l'hôtel Uzbekistan Petit déjeuner à 3h du matin ; surprise les 4 ascenseurs sont en panne… 12 étages à descendre à pied… Notre guide et notre chauffeur sont là et à 3h30 nous partons pour l'aéroport, à peine une petite demi heure de trajet. Il y a déjà plein de monde pour le vol en direction d'Istanbul. Nous avons le temps et de toutes façons l'avion ne partira pas sans nous…

Nous sommes arrivés à Lyon à 12h35 sans retard. Nous avons voyagé à l'aller comme au retour sur Turkish Airlines sans aucun problème.

Je termine pour dire que l'Ouzbekistan est maintenant largement ouvert au touriste, qu'on y voyage très facilement en toute sécurité et que si les véhicules sur les routes se font arrêter souvent pour des raisons futiles il s'agit la plupart du temps de soutirer un bakchich au chauffeur. A noter que les policiers sont équipés de jumelles avec contrôle de vitesse…et là inutile de discuter ! Nous avons vu beaucoup de touristes français aussi bien en individuels qu'en groupes.

Nous avons eu un guide, Kamariddin, qui parlait très bien le français; il termine ses études pour être professeur de français et n'a pas encore décidé s'il continue ses études pour passer son doctorat ou s'il continue comme guide qui offre davantage de possibilités de contacts et semble être mieux rémunéré.

Notre chauffeur d'Urgench à Tachkent a été remarquable, toujours très prévenant, parlant parfaitement l'anglais. Il est indépendant, son véhicule lui appartient et il peut même vous aider à organiser votre voyage.

Voilà j'ai essayé de donner le plus de détails pour répondre à beaucoup de questions que l'on peut se poser avant de partir. Ce fut un très beau voyage, très haut en couleurs sous un ciel bleu permanent et une température voisine de 30° la journée sauf les 2 derniers jours à Samarcande où nous avons une bise très fraîche en début de matinée et dès le coucher de soleil. Les Ouzbèques sont très accueillants du petit enfant qui vous croise avec des " Hello " à l'adolescent avec " what's your name ? " et les filles qui vous étonneront par leur beauté et leur façon de vous regarder droit dans les yeux.

Vous m'avez compris : c'est un pays qu'il faut découvrir.
Tour du monde à durée indéterminée?
by Simplybrice · 2008-08-23 · 30 replies
En train de finaliser les préparatifs d'un tour du monde (départ le 30 septembre, bigre!), je parcours le forum dans tous les sens pendant mon temps libre afin de glaner moultes infos. Cependant, nombres de questions concernent des tourdumondistes à durée déterminée, billet tour du monde dans la poche. Pour ma part, eh ben non, pas la moindre idée entre 18 mois et X années d'autant que je ne m'interdit pas de travailler.

Auriez-vous vécu des voyages avec la même approche?

Où en êtes-vous de ces voyages?

êtes-vous rentré?

Des questions simples pour vos esprits volages, je sais, moi aussi...

En guise de fève dans la galette, j'ai accouché d'un blog . Ses parents en sont très contents, il est très précoce et marche déjà : www.afleurdeterre.over-blog.com Mi casa es su casa
For Patrick-Yangguizi
by Tatra · 2008-08-10 · 371 replies
Good evening everyone,

This is my 15,000th post, and it's a message I would have preferred never to write.

Patrick—Yangguizi—won’t be returning from his trek in Uganda. His health betrayed him in the mountains.

Like many of you, I laughed until I couldn’t anymore at his travel stories. I met him in Shanghai, then in Istanbul... We scoured restaurants—he was an incredible expert on world cuisines. We relived Korea, China. Always brilliant, so sharp, so funny, so down-to-earth. Being even a little bit his friend was something to be proud of. I think I envied him.

Patrick is still out there, of course... He found his happiness running across the world. He’s on his path. He never doubted that "the traveler doesn’t even know if he’ll return one day."

Not sure this would’ve suited him, but his departure devastates me.

Alright, Farewell, you foreign devil. Safe travels.

Michel
Retour d'Ouzbékistan: informations pratiques (mai 2008)
by Ddpn · 2008-05-19 · 17 replies
Après 18 jours passés en Ouzbékistan, je vous livre un Best Of en photos de ce séjour: http://www.ddpn.net/textfr/uzbekistan2008/uzbekistan.html Mais aussi quelques informations pouvant vous aider à préparer votre futur voyage dans ce fabuleux pays tant par les sites mythiques de la route de la soie que par son peuple, la vraie découverte de ce voyage. Donc voici pêle-mêle quelques informations utiles: En Mai 2008, 1 EUR = 2, 050 soums, 1 USD = 1, 315 soums (voire 1, 370 soums au marché noir à Bukhara) Ci-dessous les Soums deviennent S Vie courante 1 bouteille d’eau : 500 S en règle générale voire 600 à 700 S par endroit. 1 soda (bouteille en verre de 300ml) : 300 S Glaces : environ 200 à 400 S selon le cornet Shashlik : 500 S pièce au bazaar ou dans des restaurants populaires Ticket de bus : 200 S Ticket de metro à Tashkent : 300 S Transports Vols intérieurs Uzbekistan Airways. J’ai effectué le vol Tashkent – Nukus sur un Antonov datant du début des années 60. Expérience assez atypique où on remet son destin à qui de droit pendant 2h30. En l’occurrence, j’étais tellement fatigué par mon long trajet depuis Luxembourg que j’ai dormi pendant tout le vol. Et puis en étant dans un pays musulman, on se laisse aller à un salvateur Inch’Allah avant le décollage. Ceci dit, il y a des vols pour toutes les villes importantes mais aussi entre Samarcande et Fergana (2 fois par semaine). Pour plus d’infos c’est par ici : http://www.uzairways.com/services.aspx Le moyen le plus pratique de circuler dans le pays est à l’aide des taxis collectifs. Ceux-ci sont plus rapides que le bus et les distances sont relativement courtes (en règle générale comptez 4-5h pour relier les principales villes du pays entre elles). Taxis collectifs (base 4 personnes) Urgench – Bukhara : 15, 000 S par personne (pour info, les 3 locaux avec moi ont payé 20, 000 S la place, il devait vraiment vouloir m’avoir le chauffeur pour me brader la place) Samarcande – Tashkent : 50, 000 S le taxi. Durée : 4h Tashkent – Fergana : 60, 000 S le taxi. Durée : 4-5h pause incluse Kokand – Fergana : 3, 000 S par personne Taxi en ville Tashkent Utiliser les taxis pirates (toute voiture est un taxi en puissance !!) Petite course en ville : 1, 000 S Longue course (style de l’hôtel Orzu à la tour TV) : 2, 000 S Samarcande De la gare ferroviaire au Registan : 4 à 5, 000 S dans un vrai taxi Microbus En règle générale, dans les villes le tarif varie de 200 à 300 S peu importe la distance. Regardez ce que les autres passagers donnent pour vous donner une idée du tarif à payer. Pour les sites proches des villes, le tarif est généralement de 300 S Quelques numéros de minibus importants et non mentionnés dans le LP : Kokand : N°2 relie le bazaar au centre ville (Khan palace) pour 200 S Andijon : N°33 pour relier Yaangi Bazaar à Kolkhozny Bazaar à 200 S ou n°222 pour relier Yaangii Bazaar à Jahon Bazaar Autres transports (bus ou minibus) Nukus – Kongrad : 3, 500 S en minibus Kongrad – Moynaq : 1, 500 S en bus (dans Moynaq, il faut rajouter 200 S pour aller à l’hotel) Moynaq – Nukus : 3, 500 S en bus (départ 9h, durée 3h30) Nukus – Urgench : 4, 000 S en bus (durée 3h, départ devant l’hôtel Tashkent à Nukus) Urgench – Khiva : 300 S en trolleybus (durée 1h, voir mes signets Google Earth) Khiva – Urgench : 1, 000 S en voiture (durée 20-30 minutes, départ depuis la porte Nord, les ouzbeks vous repèreront !!) Fergana – Rishtan : 600 S en minibus Fergana – Andijon : 1, 500 S en minibus Fergana – Margilan : 400 à 600 S selon le véhicule (voiture ou minibus) Train Bukhara – Samarcande 3 types de classe : 8, 000 S, 13, 000 S ou 45, 000 S. Durée 3h. Si vous prenez votre billet en agence en ville, ajoutez 5, 000 S de commission par billet sinon arrivez tôt à la gare car le train est très demandé et les places partent vite. J’ai du prendre le second tarif. Logement Nukus Jipek Joli Hotel – 15 USD + petit déjeuner A deux pas du musée Savitsky. L’hôtel possède une immense yourte dans la cour. S’ils sont complets on vous proposera une chambre dans la petit musée juste à côté. Le staff fournit des infos limitées. Moynaq Oybek Hotel – 10, 000 S + 2, 000 S pour le repas du soir. Le propriétaire est très sympa. Il parle 2/3 mots d’anglais sinon c’est russe ou kazakh pour les amateurs. Le repas du soir est une très bonne idée vu l’absence de restauration dans la ville. Khiva Islambek – 20 USD + petit déjeuner Propre et calme mais manque de charme. Avec le recul je lui aurai préféré le Ganijon Afandi qui proposait une single à 10 USD + petit déjeuner mais salle de bain séparée. Emplacement superbe, juste derrière Pahlavon Mahmud Mausoleum. Bukhara Nazira & Azizbek – 10 à 15 USD + un copieux et excellent petit déjeuner A deux pas de la place Lyabi Hauz. La patronne est super sympa comme le jeune qui est là en journée. Ils vous offrent le thé à chaque instant. Un de mes meilleurs souvenirs d’hôtel en Ouzbékistan. Samarcande Bahodir B&B – 10 USD + petit déjeuner relativement copieux Très bien situé à 500m du Registan. C’est le repère de tous les backpackers de la ville. Le staff est très sympa là aussi même si vous réveillez deux soirs de suite le veilleur en rentrant après minuit !! Fergana Golden Valley Homestay – 10 USD + un tout petit petit déjeuner (2 œufs, thé et pain dur de la veille) Assez difficile à trouver si je n’avais pas été aidé. La patronne est un peu près de ses sous et demande chaque matin à régler la nuit précédente. Elle a du avoir peur que je laisse toutes mes affaires et ne revienne jamais. Néanmoins, pas loin du bazaar et occasion de vivre chez l’habitant dans une barre d’immeuble. Tashkent Orzu Hotel – 32 USD la single + copieux buffet. http://www.orzu-hotels.com/ Une excellente équipe gère l’endroit avec une qualité très professionnelle. L’emplacement est très très bon avec un café internet à 500m et un métro à peine plus loin. L’agence d’Uzbekistan Airways est juste après le café internet. Divers Tashkent : Une place au Alisher Navoi Opera & Ballet Theater vous coutera 8, 000 S. Les spectacles ont lieu quasi tous les jours sauf les lundis. C’est un pur régal que d’assister à l’un d’entre eux. Passez le matin après 10h pour réserver votre place. Essence. Voici les tarifs au station service lors de mon séjour : Diesel : 825 S / litre Essence 91 : 915 S / litre Si vous avez des questions n'hésitez pas, on est quelques uns à y être allés et à fréquenter ce forum. Il y a déjà le post lancé par Christophe aka Chomp: http://voyageforum.com/v.f?post=1717977

Have fun !!!!
Les photos
by Mynameismud · 2008-03-23 · 567 replies
oui c'est bien en Inde.

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