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Road trip d'un an à partir de juin 2013: direction l'Asie sans avion et plein d'escales! English translation pending
by Khasan · 2013-03-12 · 26 replies
Bonjour à tous,

Ça fait maintenant plusieurs mois que je me balade dans les forums de VF, que je me documente. Il est temps maintenant pour moi aussi, après avoir récolté pas mal d'infos, de présenter mon projet de voyage. J'ai encore des interrogations donc j'espère que j'arriverai à capter l'attention malgré la longueur non négligeable de ce message!

Présentation :

Pour commencer, une petite présentation s'impose ; je m'appelle Kévin, 28ans en avril, kiné de profession. Je suis aussi un féru de sport et de musique. Ca fait des années que je pense à aller voir ailleurs ce qu'il se passe, mais j'étais pleinement engagé dans des activités sportives avant de pouvoir envisager un road trip. Donc nous y voilà, après quelques mois de mûres réflexions, j'ai décidé en octobre 2012 de préparer un voyage qui m'emmènerait en Asie, prévu à partir de juin 2013 ! Ma démarche première était de déjà aller voir à côté de chez nous « ce qu'il se passe » au lieu d'aller prendre un avion pour l'autre bout de la planète et ainsi louper tout ce qu'il y a entre. Et puis, il y a un côté "je grille les étapes" en prenant un vol que je voulais éviter. J'ai le temps, donc j'irai par la Terre! Je me suis donc dit que j'irais déjà voir les pays de l'Est de l'Europe. Et puis, je me suis dit pourquoi pas aller prendre le Transsibérien, la Russie étant à côté des pays que je convoitais ! Et de fil en aiguille, les destinations se sont rallongées vers la Mongolie, la Chine, puis l'Asie du Sud-Est, et puis... on verra sur place! Et de quelques semaines ou mois, je me suis préparé à partir au moins un an! Le point important, c'est que je ne veux pas me fixer de limite d'espace et de temps. J'irais plus ou moins loin et plus ou moins longtemps!

Le voyage :

Je pars donc en juin 2013, date prévue pour arriver en Asie à la fin de la mousson et pour pouvoir prendre le transsibérien avant mi-juillet (a priori bondé!) Je pense partir en stop dans les Pays de l'Est jusqu'en Russie. Pourquoi en stop? pour faire des économies déjà, le train est cher, le bus semble l'être tout autant, et parce-que j'ai le temps, puisque j'aimerais arriver en Russie en 2-3 semaines. Après, si vous avez des idées, des conseils quant aux transports pour aller en Russie je suis très preneur car pas encore totalement certain de ce type de transport et sur le trajet que je vais emprunter! Je compte arriver soit à Moscou, mais je ne veux pas passer par la Biélorussie, pour ne pas avoir à faire de visa supplémentaire à faire. Mais je vais donc devoir faire un détour. Eventuellement, je peux remonter jusqu'à Saint-Pétersbourg, je ne sais pas encore, et j'aimerais savoir ce que vous en pensez afin de pouvoir ensuite faire mon visa (1mois en Russie).

Ensuite le Transsibérien : direction Irkoutsk. J'aimerais pouvoir m'arrêter dans plusieurs villes et donc ne pas voyager d'une traite et c'est là qu'est mon 2ème problème : je ne parle pas russe. Je compte apprendre l'alphabet cyrillique, mais pour prendre les billets de train (3ème classe) et qui plus est fin juin-début juillet (période touristique), j'ai peur de galérer (même si je souhaite faire du couchsurfing et que les hébergeurs, d'après ce que j'ai lu, aident volontiers) et même de me retrouver bloqué. J'aimerais donc aussi avoir des conseils sachant que j'aimerais arriver à Irkoutsk en 2-3semaines afin de profiter avant de Moscou et/ou St Petersbourg, et du lac Baïkal ensuite.

Puis vient la Mongolie ou j'aimerais rester un mois environ. Visa à faire à Oulan Oude.

Je compte ensuite rejoindre la Chine via le Transmongolien jusqu'à Pékin. Je ferai mon visa à Oulan Bator; j'ai un ami qui habite en Chine et qui devrait pouvoir me faire une invit pour le visa, sinon je me débrouillerai sur place, si certains y arrivent, pourquoi pas moi ?!

Je resterai quelques temps chez mon pote qui habite Tianjin, décrouvrir la vie là-bas, visiter les alentours et puis je descendrai rejoindre l'Asie du Sud-Est en ayant fait un prolongation de mon visa sur place (2mois en Chine)

Puis direction, Vietnam, Cambodge, Laos et Thailande, en faisant les visas sur place ou dans le pays d'avant, pour 3-4 mois environ.

Voilà mon objectif principal, je serai parti depuis 9 mois sans doute et sans avion. Ensuite, en fonction des envies du moment: - je pars au Népal, Inde et je rentre via la route de la soie. Mais je devrais probablement prendre l'avion pour rejoindre le Népal ou l'Inde. A moins que.. ? - je descends en Malaisie, Indonésie.. Océanie. - Je rentre en avion (mais comme je l'ai dit, je préfère éviter donc c'est en fonction du mal du pays) et puis j'aurais encore du temps et de l'argent normalement.

A noter que les durées que je vous ai donné sont approximatives et dépendront des validités des visas et des envies du moment. De la même façon, je n'ai pas envie d'avoir un itinéraire tout tracé et de me donner une certaine pression de tout vouloir faire. Je veux juste vivre et profiter !

Equipement :

Sac à dos : forclaz 60 symbium access (d4) Sac à dos journée Tente : lightent 1 Ferrino Sac de couchage : synthétique pour secher plus vite mais pas encore choisi.. Drap de soie Tapis de sol Couverture de survie

bouchon d'oreilles coussin nuque pochette ceinture frontale dynamo anti-moustiques serviette microfibre (+1petite) corde à linge cadenas à code + chaine couteau suisse cuillere fourchette ruban adhésif sachet congélation assiette (frisbee) pastilles purificatrices d'eau camel bag

stylo/crayon briquet tempete matériel couture sifflet carnet de voyage lunettes de vue lunettes de soleil cartes à jouer ukulele

Appareil photo trépied netbook carte mémoire disque dur externe iphone4 adaptateur universel

Trousse de toilette (brosse à dent, dentifrice, savon antibacterien liquide, cotons tiges, pince, coupe ongles, lingettes, creme solaire et apres solaire, déo, rasoir, mousse à raser)

Trousse de secours (anti-palu, anti-diarrhéique, anti-bactérien intestinal, anti-spasmodique, antibio, paracetamol, asipirine)

Vétements (un peu de tout mais pas bcp! Avec en plus coupe vent, chapeau, poncho)

Chaussures (marche, baskets et tongues)

Pour l'équipement, je compte prendre beaucoup choses à Décat, afin de pouvoir négocier un prix global ; sauf pour le duvet et la tente qui sont trop lourds à D4.

Concernant le netbook, je souhaitais partir sans ordi parce que je conçois pas trop un voyage avec les yeux rivés sur un pc, mais on m'a bcp demandé de faire un blog, et étant perfectionniste, j'ai de plus en tête de faire un joli blog via wordpress avec un hébergement OVH (28euros/an). Il me serait donc plus simple de prendre le temps d'écrire pendant les longs voyages . Mais ça peut aussi être un poids pour mes hypothétiques achats à D4 à prix réduits (liens du matos sur leur site) Le netbook pourra aussi m'aider pour stocker vidéos et photos. Qu'en pensez-vous ?

Sinon dans ce voyage, je compte emmener avec moi mon ukulele pour pouvoir essayer d'échanger et faire de la musique, pourquoi pas des vidéos d'un peu partout.. J'aimerais bien réaliser des vidéos à la « Playing for change » ou « Where the hell is Matt » en faisant par exemple un morceau que je pourrais jouer avec des gens de pays différents.

Je compte aussi aller faire du sport dès que j'en aurai l'opportunité.

Vaccins:

DTPolio, BCG et hépatite B déjà faits. Je suis en train de faire : rage et hépatite A/Typhoide. Pour l'encéphalite japonaise et le traitement anti-palu on verra plus tard, je devrais arriver en Asie juste après la fin de la mousson.

Langue :

Je parle anglais, espagnol (pas sûr que ça me soit très utile ^^) et suis en train d'apprendre le chinois tout seul comme un grand (pas évident!) avec les méthodes d'apprentissage connues. J'aimerais aussi apprendre l'alphabet cyrillique comme je l'ai dit précédemment pour m'aider en Russie.

Budget :

10000euros, peut être un peu moins, sachant que je pense prévoir large puisque sans avoir à prendre de billet d'avion, en dormant en auberge de jeunesse, couchsurfing ou chez l'habitant, je ne pense pas tant dépenser que ça ?!

Banque :

Je compte ouvrir un compte VISA Premier à la Société Générale (option Jazz Internationale) et un compte Mastercard classique chez Fortunéo.

Assurance :

Je souhaite prendre l'assurance AVI International Marco Polo mais j'aimerais qu'elle débute après 3 mois de voyage (prise en charge via la carte VISA premier les 3 premiers mois). Est-ce que c'est possible de souscrire à cette assurance avant de partir en leur demandant de mettre l'assurance en marche 3 mois après ?

Donc pour résumer, mes interrogations sont les suivantes: - Aller en Russie en stop, bonne ou mauvaise idée ? Moscou ou Saint-Pétersbourg en évitant la Biélorussie ? - Le transsibérien en plusieurs étapes et plusieurs semaine quand on parle pas russe, ça se passe comment ? - Le netbook, bien ou pas bien pour ce que je souhaite en faire ? - L'assurance après 3mois, possible ? - Une interrogation qui ne m'est pas venue à l'esprit ?

Enfin, la moindre chose qui vous vient à l'esprit, je vous invite à m'en faire part, c'est super important pour moi (bon je suppose que c'est important pour tout ceux qui écrivent sur ce forum.. ;) ), je compte acheter tout mon matos après avoir confronté mon projet avec l'avis des gens sur VF.

De la même façon, si vous avez la moindre question, n'hésitez pas !

Merci aux courageux qui auront lu jusqu'au bout, je leur tire ma révérence ! (rien que ça!)

A bientôt,

Kévin
Comment j'ai (pas trop) aimé le Canada: la suite English translation pending
by Jdakota · 2013-02-05 · 27 replies
9 : Sur le Iceline trail

Dernier jour à Lake Louise. J'ai bien aimé ce petit séjour. Je choisis d’aller admirer le lac une dernière fois au lever du jour. Quelques canoës glissent déjà sur la surface froide et lisse. C’est la formule « sunrise canoe expérience ». Vous embarquez à 6h30 avec un café, des muffins et un journal pour une heure trente de promenade. Chouette idée, malgré le prix.





La fraîcheur de l’air ambiant autant que la curiosité me pousse à entrer dans le Château Fairmont qui défigure le site. Très prout prout l’ambiance intérieure. C’est officiel, je déteste cet endroit sur toutes ses coutures.





Aujourd'hui, le Iceline trail est au programme. Le ciel est de nouveau parfaitement bleu mais la météo annoncée pour le lendemain est moins enthousiasmante. C'est pourquoi, avant de rejoindre le point de départ du Iceline trail, je décide d'aller faire un détour jusqu'au Belvédère du lac Peyto, à 40 km du début de la promenade des glaciers. Mazette, quel point de vue ! En plus y a personne ce qui est assez rare.





Bon, les choses sérieuses maintenant. L'iceline trail est une longue et difficile ballade (18km) qui conduit jusqu'à la ligne des glaciers (comme l'indique son nom). Le départ se situe au pied des chutes Takakkaw. C'est une boucle, donc il faut décider de quel côté partir. Je choisis le sentier qui s'enfonce vers le fond le la vallée en traversant le camping. A côté de moi, un groupe se prépare lui aussi à partir. Leur guide québecquoise leur résume le début du trail : traverser la route avant de commencer à gravir la montagne en face. Ce qui est l'inverse de ce que j'ai décidé de faire. Je reste sur ma première idée, puis le doute s'installe à mesure que je progresse et je décide de revenir sur mes pas et de suivre l'itinéraire dicté par la cousine.

La pente est rude et longue. Très rude et très longue. On dépasse de très loin le haut des chutes Takakkaw qu'on peut admirer de l'autre côté le la vallée.





Une fois sortis de la forêt, on continue de grimper dans la caillasse. Et on va y rester longtemps dans la caillasse.





Bon, je ne vais pas vous mentir, je suis moyennement emballé. Ce décor de pierraille grise ne me fait pas rêver. Puis quelques petits lac viennent heureusement agrémenter ce décor assez frustre.









La barre montagneuse qui annonce la fin de cette vallée grise est elle aussi assez graphique.





La redescente nous entraîne à nouveau sous les arbres. Et elle est très longue, elle aussi. Les efforts consentis la veille ajoutés à ceux d'aujourd'hui se font douloureusement sentir. La descente est un calvaire à cause de mon genou droit qui refuse de se plier. Je me dis que ce serait une bonne idée de ranger mon Canon dans son sac. Heureuse inspiration : 5 minutes plus tard, je dérape sur une portion glissante de sentier. Et c'est parti pour un superbe gadin en forme de vrille. Je me relève quelques mètres plus bas couvert de boue. La vache, c'est vraiment l'année des chutes ! La suite est assez pénible car je suis loin d'être arrivé. Je me dis que c'est une chance d'avoir pu entendre cette guide avant de partir, car faire cette ballade dans l'autre sens aurait été beaucoup moins intéressant et la descente de l'autre côté bien plus raide.

Une belle rencontre sur le chemin du retour.



Pour ma dernière soirée à Lake Louise, je m'offre un bon repas au Bill Peyto Café. La bière qui l'accompagne et excellente. Le service, par contre, n'est pas très réactif. Ne vous étonnez de devoir attendre de longues minutes au seuil de la salle avant que quelqu’un ne vienne vous proposer de vous installer. Mon inquiétude vient de mon genou droit. Très douloureux et totalement raide. Je ne me vois pas continuer à enchaîner les randos de ce type dans cet état. J’avais très envie de tenter la « Paradise Valley » et ses « Giant steps » mais il ne faut plus y compter dans cet état.

10 août : sur La promenade de glaciers.

Contrairement aux prévisions, le ciel est toujours bleu au dessus de lake Louise. Pour ce qui est du genou, c'est ce à quoi je l'attendais. Impossible de le plier sans ressentir une vive douleur. Ca ne va pas être pratique. Dernier petit déjeuner à la station avec les workers de la transcanadienne. Salut les gars.

Originalement appelée Icefield parkways, la promenade des glaciers est une route de 250 km environ qui conduit de Lake Louise à Jasper en coupant au cœur de la chaine des Rocheuses. Une belle surprise pour commencer. Une file de voitures arrêtée au bord de la route. Ca signifie généralement qu'un animal se trouve à proximité. Et un rare. On a rarement vu une marmotte provoquer un embouteillage. Ici, c'est un ours brun. Depuis le temps que j'espérais en voir un de près ! Bon, les photos prises à travers les vitres de bagnole, c'est pas le top. Du coup, je garderai le cliché pour moi.

Premier arrêt sur les berges du lac Herbert d’où s’élève une jolie brume matinale.





Puis ce sont les bords du lac Bow. Un gigantesque miroir. C’est beau, c’est grandiose. Et c’est le bon moment pour les photos.









Puis c'est le retour au lac Peyto qui mérite bien une seconde visite. D’autant qu’il est un peu plus tard qu’hier et que la lumière est différente. La montagne est moins exposée et le lac moins sensible aux reflets. En redescendant du chemin qui mène au belvédère, je croise un gars qui parcourt la région sur un vélo orné d'énormes sacoches. J'en ai déjà vu un certain nombre comme lui ces derniers jours. Difficile de ne pas être admiratif. Il me demande si ça vaut la peine de monter là haut. Je le lui confirme et il s’engage dans la montée sans descendre de son vélo. Vu la pente, je ne mettrais pas une pièce sur ses chances d’arriver là haut comme ça.









Je repars. Cette première partie de l'Icefield parkway est incroyable. Les lacs se succèdent, plus somptueux les uns que les autres. Les Waterfowl Lakes pour continuer.









J'arrive au glacier Athbasca pour la pause du midi. Pas emballé par le spectacle. Franchement, les glaciers de la vallée de Chamonix ont une autre gueule. Peut-être que la lumière n'est pas bien orientée. En montagne, c'est capital. Le plus beau panorama revient fade et sans charme sous un contre jour aveuglant. C'est sans doute un peu le cas ici.



Le temps d'une pause déjeuner revigorante à la cafète du complexe et je repars. Le ciel s'est dégradé. La montagne au loin est moins visible, recouverte d'une fine couche de brume. Mais les paysages sont aussi moins spectaculaires dans cette seconde moitié de l'Icefield, bien moins étroite. Mes arrêts suivants se font aux chutes Sunwapta et Athabasca. Pas mémorable. Vous ne vous y sentirez pas seuls.









Jasper approche. Je passe devant le camping Wapiti qui affiche complet. Je poursuis jusqu'au camping Whistler qui est immense. Il y a la queue à l'entrée. Une jeune employée remonte la file des voitures et échange quelques mots avec chaque conducteur. Tout ça ne me dit rien qui vaille, comme dirait Han Solo. Elle arrive à mon niveau et confirme mes craintes. Le camping est complet et seuls ceux qui ont une réservation y trouveront une place. Un camping overflow, peut-être ? Non, pas d'overflow, sorry. Je fais comment, alors ? Elle me propose de sortir du parc. Auquel cas, je serais remboursé de mon ticket d'entrée. Sortir du parc, ça signifie 1h30 de route, et autant pour revenir le lendemain. Sans aucune garantie de trouver quelque chose à la sortie. J'enrage. « Le pays où les campings sont toujours complets », je crois que c'est comme ça que je nommerais l'ouest du Canada jusqu'à la fin de mes jours. Je reviens vers le Wapiti que j'avais dépassé un peu plus tôt. Je me gare sur le côté et je vais directement à l'arrière de la petite cabane d'accueil où se trouve une petite blonde qui tape à l'ordinateur. Miracle. Elle pense qu'elle peut trouver une place pour ma petite tente. Pour une nuit seulement. C'est déjà ça. Demain est un autre jour.

Je gagne l'emplacement désigné et plante ma tente. Juste à côté, un groupe de retraités canadiens se reposent sur leurs transats, à l'ombre de leurs RV. Comment je sais que ce sont des canadiens ? Parce que des américains m'auraient déjà souhaité la bienvenue, ou seraient venus m'inviter à prendre un verre. Les canadiens, eux, ne bougeront pas une oreille.

Je file découvrir Jasper. Pas désagréable. Beaucoup moins animé que Banff. Deux rues principales parallèles où défilent les restaurants, souvent chers, et les boutiques pour touristes chinois. Je vous ai déjà parlé des chinois ? Incroyable. Ils sont partout, ici, dans l'ouest. Une colonisation, au vrai sens du terme, c'est à dire un remplacement de population. Paraît que ça agace pas mal les indiens.







Je repère une laverie, puis je passe par le visitor center. Un employé sympa m'indique un camping à une quinzaine de kilomètres au nord de la ville. Il m'assure qu'en m'y pointant de bonne heure le matin, je trouverai une place pour le soir. Y a intérêt que ce soit vrai. Sinon, je reviens planter ma tente dans son jardin.

Je termine l'après midi près de Pyramid Lake. Il y a ici une petite île assez jolie avec de beaux points de vue sur les environs. Je me promets de revenir le lendemain matin pour y déguster mon traditionnel café / muffin, « le petit déjeuner des champions ! ».





11 août : autour du lac Maligne jusqu'à Spirit island.

Comme prévu, je vais déguster mon muffin sur les berges de Pyramid Lake. Une belle surprise m'y attend : un troupeau de Wapiti qui sort de la forêt juste devant moi pour aller s'abreuver au lac. Je m'en approche avec mille précautions.









Mais si les hommes font généralement fuir les animaux, les animaux, eux, attirent inévitablement l'homme. Obéissant à cette loi fondamentale de la nature, une tribu d'italiens forts bruyants qui campaient pas loin débarquent aussitôt à grand renfort d'interjections braillardes. Les cervidés se font la malle.

Je me dirige ensuite vers le Snaring river campground. Je parviens effectivement à y trouver un emplacement pour le soir. J'installe rapidement ma tente avant de filer vers le lac Maligne, distant d'une cinquantaine de kilomètres. La route est assez chouette, on y longe notamment le lac Medecine qui à la caractéristique de se vider en hiver. J'arrive enfin et je me précipite pour réserver une place sur la dernière croisière vers Spirit Island, celle de 17h00.



Nous sommes en milieu de matinée et cela me laisse le temps de faire la randonnée vers les Bald hills, à partir desquelles on peut profiter d'une vue somptueuse sur la plus grande partie du lac Maligne. Rappelons qu'il fait tout de même 25 kilomètres de long. La première partie de la ballade est très facile. Plus qu'un sentier, c'est un chemin large à la pente légère qui nous fait gentiment progresser. Les choses se corsent lorsqu'on bifurque sur un petit sentier de montagne beaucoup plus raide. Il ne faut heureusement pas trop longtemps pour sortir de sous les arbres et gagner une partie plus plane d'où le lac se laisse enfin découvrir. La vue est belle mais encore une fois le ciel s'est couvert. La malheureuse et triste histoire du lac O'Hara sous la pluie s'est reproduite. La pluie en moins, quand même...











Je continue à grimper, puis progresse le long de la corniche qui surplombe l'ensemble du site. J'y croise un couple de retraités savoyards, Marie Claude et Jean Noël, qui échangent avec un couple de jeunes français expatriés à New York. Ils sont en train d'évoquer les grands parcs américains qu'ils ont traversés quelques semaines plus tôt et qui les ont manifestement marqués. Impossible de ne pas me mêler à cette conversation sur mon sujet favori. En plus, ils sont tous très sympas. Marie Claude et Jean Noël ont entrepris un voyage de six mois à travers l'Amérique du Nord. Partis de New York après avoir récupéré leur camping car livré par cargo, ils sont aux deux tiers de leur impressionnant périple. Il ne leur reste qu'à descendre les rocheuses, puis à traverser les grandes plaines pour rejoindre le Québec où ils resteront 2 mois avant de rentrer en France. Il y a pire façon d'occuper sa retraite, non ? Ils m'apprennent que l'accès au mont Edith Cavell, ma destination prévue pour le lendemain, est fermé jusqu'à nouvel ordre à cause de la rupture d'un glacier qui est venu envahir la route et détruire les installations du parking des visiteurs. Super.



La ballade est moins longue qu'annoncée sur le guide et je suis assez vite redescendu sur les berges du lac. L'heure de ma croisière approche et je constate avec une amertume teintée d'agacement - c'est vraiment trop injuste ! - que l'autre extrémité du lac est recouverte de nuages et qu'il va me falloir renoncer à l'idée de bénéficier d'une belle lumière sur Spirit Island et son écrin somptueux de crêtes enneigées. La croisière est assez longue, 45 minutes au moins. Une fois accostés, on nous autorise à peine 10 minutes sur place avant de regagner le bateau. Ca laisse peu de temps pour fignoler ses réglages. Bon, de toute façon, vu la qualité de la lumière...









3 sonneries rythment la mini ballade qui permet de faire le tour du site. La première signifie : « Messieurs dames, il est temps de revenir tranquillement vers le ponton ». La seconde : « J'en vois quelques uns qui traînent. S'ils veulent bien se magner le cul, on n'a pas toute la nuit ! ». La troisième : « Couvrez-vous bien, les nuits sont fraîches par ici, A demain matin, les gars. Enfin, pour ceux qui ne se seront pas fait bouffer par les ours. ». En ce qui me concerne, je suis de retour au bateau dès la seconde. Discipliné, le gars.



Retour au port. Je tombe sur Marie Claude en retournant à ma voiture. Nous restons une bonne heure avec elle et son mari à papoter sur le parking, près de leur camping car. Ils ont affiché la carte géante de leur périple sur le côté du véhicule. Cela leur a valu une belle popularité parmi les américains, souvent intrigués par ce petit véhicule compact si éloigné de leurs standards monumentaux. Agréable conversation en tout cas.

Je suis sur le chemin du retour quand un véhicule garé sur le bord de la route attire mon attention. Comme je l'ai déjà précisé, au canada comme aux usa, véhicules garés en catastrophe sur le bord de la route signifie bel animal à proximité. Je me gare moi aussi et je descends, appareil photo en main. Il y a effectivement un immense cervidé en train de brouter sur le bas côté. Je m'apprête à déclencher quand une nouvelle voiture arrive face à moi. La femme au volant freine et se met à crier : « Bear on the road! ». Je me retourne et je découvre qu'un ours brun est en train de traverser la route à une trentaine de mètres derrière moi (je ne suis pas affirmatif sur la distance : à chaque fois que je raconte l'anecdote, l'ours se rapproche !). Je regagne prudemment mon véhicule et me dirige lentement vers le plantigrade. Mais il est maintenant entré dans les hautes herbes qui bordent la route et n'a manifestement pas l'intention de se laisser tirer le portrait. Il disparaît dans la forêt avant que je n'ai pu l'immortaliser. Fuck !

Je termine la journée en traînassant dans le rues de Jasper. Je me laisse tenter par un resto qui affiche une pizza BBQ chicken au menu. Je suis un inconditionnel de ce plat succulent quoique pas très fin qu'on ne trouve que très rarement en France. Celle ci ne fera pas partie des meilleures que j'ai goûté. La palme, en ce domaine très particulier, reste à « ZAK », pizzeria située sur la main street de Moab, Utah, USA. Avis aux amateurs.

12 août : de Jasper au parc du mont Robson.

Je ne suis pas pressé ce matin. Je replie ma tente malgré les deux nuits déjà réglées. Le mont Edith Cavell n'étant plus au programme, je n'ai plus de raison de m'attarder à Jasper. Et ce satané genou m'oblige à mettre la pédale douce sur les randonnées. Plus question d'enchainer les difficultés comme en début de séjour. Du coup, je réfléchis à l'idée de pousser mon périple jusqu'à Vancouver. Cela n'entrait pas dans mon projet initial mais comme je ne reviendrais probablement jamais dans cette région du monde, l'idée de la quitter sans avoir fait quelques pas dans cette cité mythique m'ennuie un peu.

Revenu à Jasper, je lance une lessive au lavomatic près du visitor center avant de m'y rendre. J'ai la bonne surprise d'y croiser mes retraités savoyards de la veille. J'apprends qu'ils ont passé la nuit en douce dans un coin de mon camping après s'être fait éjecter de l'overflow par des indiens peu accueillants qui l'avaient annexé pour préparer un pow wow. Deux nuits auparavant, ils s'étaient discrètement installés sur un parking, faute de trouver de la place ailleurs, quand un type s'est pointé en voiture et a braqué ses pleins phares sur leur camping car en les menaçant d'appeler la police s'ils ne déguerpissaient pas immédiatement. Sympas les autochtones ! Bref, ils sont venus se renseigner ici sur ce qu'il est possible de faire lorsque tous les campings sont complet. Ils me conseillent une pause au Mont Robson sur la route de Vancouver.

Je quitte Jasper en début d'après midi. Le bilan est maigre. Des campings surchargés, le lac Maligne sous les nuages, l'annulation du mont Edith Cavell et un ours brun qui joue les divas, mon court séjour dans ce parc aura donc été marqué jusqu'au bout du signe de la frustration. Mais comme rien n'est jamais complètement négatif, une rencontre sympathique aura permis d'éclairer un peu ce sombre tableau.



Le route n'est pas très longue jusqu'au mont Robson. Deux heures au grand maximum. Je m'installe au camping – incroyable, il y a de la place ! - et je pars pour une petite ballade jusqu'au lac Kinney qui se trouve au pied de la massive montagne, sur le chemin de la mythique randonnée vers le lac Berg.







Le temps est incertain et la ballade pas désagréable sans pour autant mériter le détour. Pas grand chose à dire sur le reste de cette journée.



13 août : sur la route de Vancouver.

Ma première pause de la journée se fait à Clearwater. Les chutes du parc national de Well's Grey. Bon, pour être franc, les chutes d’eau, ça ne m'émeut pas plus que ça. Je me contente d’une pause rapide aux Spahat falls, puis aux Helmcken falls.







Et puis l'idée, c'est de se rapprocher autant que possible de Vancouver pour y passer la plus grande partie de la journée du lendemain.

Je stoppe pour la nuit à Hope, petite bourgade entourée de montagnes à une centaine de kilomètres de Vancouver. Pour les cinéphiles, c'est là que fut tourné le premier Rambo, excellent film de Georges P. Cosmatos sur les stigmates du Vietnam, bien meilleur que ses suites, à l'exception du dernier qui rééquilibre de justesse une franchise partie en couille dans les années 80. Après 10 jours de camping, j'ai envie d'un lit, un vrai, avec un matelas, des draps propres et des oreillers, et aussi d'une salle de bain pour moi tout seul et d'une télé pour zapper jusqu'à en avoir mal aux yeux.

Au Confort Inn ou je pose ma valise, je croise un jeune Italien très sympa qui doit retrouver des amis à lui de l'autre côté des rocheuses mais qui hésite à s'y rendre. Il semble redouter une hypothétique tempête qu'on lui a annoncée au dessus des montagnes. Curieux...

J'irais bien piquer une tête dans la piscine mais elle a été annexée par une bande de gosses braillards et je choisis d'aller plutôt me balader en ville. Agréable fin de journée avec une belle lumière au dessus des néons qui coiffent la plupart des constructions. Je m'achète un combo burger que je ramène dans ma chambre.

14 août : sur le port de Vancouver.

J'arrive aux abords de Vancouver. Quel bordel ! Des travaux à n'en plus finir et les embouteillages qui vont avec. Je dois trouver le Dogwood campgrounds. Il se trouve à environ 25 kilomètres de la ville mais la sortie d'autoroute qui est censée y mener n'existe plus. Je reviens en arrière pour emprunter la précédente. A force d'approximations successives, je finis par trouver. Pas très cher et il y a de la place. Une bonne adresse. De mon emplacement situé à deux pas du pont de l'autoroute, on profite à fond de la circulation. Avec un peu d'autosuggestion, on doit pouvoir s'imaginer que le torrent de véhicules est en fait celui de la rivière Bow qui coulait près du lake Louise campground.

Je m'installe et je file. Le ciel est d'un bleu immaculé ce qui est, parait-il, assez rare par ici. Il en faut du temps pour gagner le centre. Vancouver semble bien plus étendu que Calgary, ce qui n'était pas évident sur la carte. Je me dirige directement vers le Stanley Park. C'est un parc très réputé qui se trouve à la pointe ouest de la presqu’ile, face à l’océan. Un petit arrière goût de Californie. Je me gare à proximité du Lyon’s Gate bridge et j'achète un ticket de parking valable une heure dans l'ensemble du parc. Le tarif est prohibitif. Comme d'hab.





Je traîne un peu dans le coin, descend jeter un œil sur le pont qui est ici considéré comme le Golden Gate local, mais qui est loin d'en avoir le charme et les proportions, et manque de me faire percuter par un cycliste qui débouche à tombeau ouvert. Et en plus il m'engueule, ce malade !

Je fais le tour de ce très beau parc qui possède une variété d'arbres magnifiques dont certains ont été se percher dans des lieux très inattendus.









Je reviens vers le port et trouve miraculeusement à me garer. Je remarque alors que mon véhicule a laissé sur le sol derrière lui une importante traînée de liquide. Séquence inquiétude. C'est quoi ce truc ? (Ceux qui savent, et ils sont certainement nombreux, sont priés de se taire !) Il faut que je trouve une agence Alamo pour faire vérifier ça. Il y en a justement une dans le centre. Sauf que non. C'est juste un dépôt de véhicules et personne ne s'y trouve. En fait, je vais devoir aller jusqu'à l'aéroport. C'est parti pour une découverte intégrale de Vancouver du nord au sud. Pas passionnant. J'arrive à l'aéroport. Je me dirige vers l'agence Alamo. J'explique en quinze seconde mon problème à un des employés qui le solutionne en deux moins de temps. Tout va bien, man, c'est la clim. Quand il fait chaud dehors, ça dégivre dedans. Et ça coule à l'extérieur. Il y a des moments dans la vie où on se sent très con.

Allez, on retourne sur le port.









Je suis de retour dans la baie. Je trouve un parking qui fait une promo entre 18 et 21 heures et y laisse ma voiture pour aller me balader dans le centre. Pas désagréable. On y retrouve l'habituel château Fairmont qui ne risque pas ici de dégrader grand chose. D'autant que celui-ci a une certaine allure.









Il y a un quartier historique appelé « Gastown », tout petit mais assez charmant. On y trouve une vieille horloge qui expulse toutes les heures des jets de vapeurs. Les japonais adorent.





Il y a aussi cette péninsule artificielle nommée Canada place qui offre une vue imprenable sur la baie. Il est agréable d'y musarder en fin de journée lorsque la lumière dorée du soleil couchant baigne sa promenade. Surtout lorsqu'il n'y a pas foule comme aujourd'hui. Et il est difficile dans ces instants là de ne pas se remémorer la chanson éponyme de Véronique Sanson.















Je repars à la nuit tombée. Chouette soirée, finalement. Je retraverse doucement Vancouver d'ouest en est en observant la vie nocturne qui gagne les rues. Normalement, je devrais mettre une petite vingtaine de minutes à retrouver ma tente, sauf qu'il y a un accident sur l'autoroute et que ça va ma prendre un peu plus du triple.

Pour la suite, CLIQUEZ ci dessous ... http://voyageforum.com/v.f?live=1;post=5841339;#5841339
Passage de la frontière entre la Malaisie et l'Indonésie (Bornéo) côté Est en mob! English translation pending
by Clairelaf · 2013-01-18 · 20 replies
Salut les gens du voyage !

Actuellement sur Bornéo en Malaisie, accompagnés de nos deux mobs achetées sur place il y a 3 jours, nous tentons d'organiser la suite de notre périple. Et c'est là que vous intervenez.

Nous voulons nous rendre en Indonésie. A priori, avec les infos qu'on a pu glaner de-ci de-là sur VF et aux dires des locaux, aucun souci avec nos mobs. Mais voilà : Il parait que pour obtenir le visa Indonésien, il faut se rendre dans une ambassade (genre à Tawau par exemple) et faire la demande là bas. Jusque là, tout va bien. Et puis je lis qu'ils veulent un billet d'avion retour, billet que nous n''avons pas, nous continuerons en Malaisie (cette fois péninsulaire) après l'Indo. Faute de billet d'avion, notre numéro de CB.

C'est à ce moment là que vous me voyez tiquer. Notre numéro de CB ? Vous êtes certain qu'il n'y a pas un autre moyen, là ? Parce que je n'ai pas d'à priori, mais en Indonésie ils sont quand même beaucoup, ce qui fout un gros bordel, et je n'ai pas envie que mon numéro de visa se perde dans le bordel Indonésien. Bon, sinon, on peut toujours acheter un billet d'avion à la con, mais est-ce que les douaniers ne risquent pas de tiquer à leur tour en nous voyant entrer avec des mobs malaisiennes dans leur pays, alors qu'on leur dit qu'on s'en va en avion ?

Bon, et puis pour éviter de faire 800 bornes pour rien, le ferry qui passe de Tawau à Nunukan, il est bien apte à transporter des mobs ?

Voilà, c'et tout pour le moment, à très bientôt !

Claire
À Montréal Air Transat a confisqué mon réchaud English translation pending
by Mandolpierre · 2012-10-26 · 61 replies
Bonjour

tout est dans le titre. Air Transat, la principale compagnie d'aviation qui dessert le Quebec, a confisqué mon réchaud a essence a l'aéroport de Montréal, au pretexte qu'il avait été utilisé. perte de 150$. De plus la compagnie a refusé de me faire une attestation de confiscation.

Concrètement Air Transat a toujours été très pointilleux sur les bagages, et tous mes bagages ont été scannés, car n'ayant pas le format d'une valise ordinaire. Au scann est apparu le rechaud a essence, propre et bien emballé, sans trace d'essence. J'ai argumenté que des milliers de voyageurs transportent cet objet, que j'ai pris l'avion depuis 10 ans avec, rien a faire, juste la betise tétue digne du sckeche de Fernand Raynaud "Brassard" (
http://blogs.mediapart.fr/blog/patrick-rodel/050212/jusquou-mene-le-respect-des-procedures) et mon réchaud a été confisqué. Ok c'est légal mais totalement en dehors du réel.

J'ai alors demandé un certificat, car ce réchaud ne fonctionnant pas (j'avais fait une réclamation auprès de Au vieux Campeur) je voulais au moins pouvoir solliciter un échange auprès de ce magasin, même pas moyen d'obtenir le certificat.

Et comble de tout cela, touts ces gens étaient surpris et fachés que je sois remonté, que je dise que j'allais prévenir tous les voyageurs, via internet.

En espérant que ce message rappelera à ces gens qui croient qu'on peut faire n'importe quoi, que ça n'aura pas de conséquences.... qu'ils se trompent, qu'ils doivent le respect à leur clientèle, car elle les fait travailler.

a bientot Pierre
Kayak au Groenland en autonomie complète English translation pending
by Cyrilpts · 2012-09-30 · 6 replies
Voici le récit. Pour les photos, voir le site : http://cphotosaventures.free.fr/

2 septembre – Vendredi Gare de Bordeaux Saint-Jean

18h41. Les portes se referment. Le quai s’éloigne de plus en plus vite. L’aventure commence ! Pour fêter ça, il est alors grand temps de profiter de cette merveilleuse faculté d’endormissement immédiat…

Une heure plus tard mon regard noir foudroie l’indélicate qui n’avait pas éteint son téléphone portable. Ah, si même le troisième âge se met à oublier le respect. Et la cinquantaine passée, elle avait dû prendre bien soin de régler la sonnerie au plus fort, pour être sûre de ne pas la manquer. C’est réussi… Il ne nous reste plus qu’à nous venger sur les croque-monsieur et les compotes volées aux enfants. Ce sera toujours ça de moins à porter tout à l’heure !

Jusque là, tout allait bien. Un texto d’Air Iceland nous rappelle que rien n’est jamais acquis :

« Dear passenger, due to technical reasons your flight NY261 to RKV on 03/09/2011 is delayed. Departure is at 14:00. Check in 13:00. rgds. AI ».

Un petit regard au « dossier de mission » pour confirmer ce que je pressentais : quarante-cinq minutes de retard pour notre départ de Reykjavik vers Narsarsuaq. Cela diminue d’autant nos chances de ne pas passer la première nuit au port de Narsaq…

Le train file toujours vers le nord. La nuit est tombée et les deux quinquagénaires continuent de discuter. Elles ne s’arrêtent donc jamais ? Aucune pause ?...

Cette aventure a réellement débuté trois mois auparavant. J’étais à la recherche d’une destination de vacances. Amoureux des terres vierges, j’hésitais : Laponie, lac Baïkal, Route de la Soie, … Et le hasard : un reportage sur l’Antarctique, des touristes quittant leur paquebot pour une virée en kayak au milieu des icebergs. Le déclic. « Ça, j’adore, il faut que je le fasse ! ».

Ah, pause des quinquagénaires ! L’une des deux est partie aux toilettes. Cela fait du bien quand cela s’arrête ! En arrêt devant la porte, elle parle toute seule. « Sésame ouvre-toi ? ». Non, cela ne fonctionne pas. Et oui, il faut appuyer sur le bouton… Dommage, sauvée par sa camarade de bavardage, je n’aurai pas ma vengeance de la sonnerie de portable…

Malheureusement, avec seulement deux semaines disponibles, aller jusqu’en Antarctique n’était pas possible. Le Groenland s’est alors naturellement imposé. Les liaisons aériennes disponibles et le choix du début du mois de septembre m’ont orienté vers Narsarsuaq. J’ai alors découvert Blue Ice Explorer, une petite entreprise touristique tenue par un français, Jacky, au Groenland depuis trente-cinq ans ! Il propose des activités, des excursions et des kayaks en location. Nos premiers contacts furent amicaux et encourageants. Et voilà, c’était décidé. Mi-juin, les billets d’avion étaient réservés. Attention Groenland, nous voilà !

L’accueil par notre entourage de cette idée fut mitigé, mais jamais indifférent. Certains sidérés, d’autres émerveillés. Du « tu es complètement fou » au « tu m’emmènes ? ». Et la surprise allongeait le visage des curieux avec le détail de cette expédition. Et oui, onze jours en autonomie complète, tente et sac de couchage, kayak le matin et randonnée l’après-midi. Et les questions fusaient. Amusé et un peu fier de cette idée, je répondais : non, il n’y a pas d’ours  la météo, généralement clémente, entre zéro et dix degrés Celsius  l’eau, magnifique mais à deux ou trois degrés Celsius, etc.

Début août, après un mois de réflexion, il a fallu se lancer dans les modalités pratiques de l’organisation. Avec plusieurs questions existentielles dont certaines nous ont fait bien cogiter. Et aujourd’hui, dans le train, il reste encore quelques incertitudes.

Un gros challenge nous attendait. Néophytes et peu équipés, il fallait tout trouver ou inventer. Prévoir et s’équiper.

23h10. Avec quelques minutes de retard, notre train arrive enfin à la gare de Roissy CDG. Et c’est après quelques détours dans ces immenses salles que nous trouvons le lieu d’arrivée des navettes d’hôtel. Bonne nouvelle, la première à arriver est celle de notre hôtel. Mais c’est une fois à l’intérieur du bus avec toutes nos valises que nous apprenons que, si c’est bien la bonne chaîne, ce n’est pas le bon hôtel… C’est toujours un plaisir de bouger nos lourds bagages pour rien…

Minuit. A l’hôtel, le bon, avec une chambre à notre nom. Un grand moment de solitude nous attend dans l’ascenseur : appuyer sur le bouton de l’étage ne suffit manifestement pas à le faire bouger. Au bout de cinq minutes à s’exciter sur le malheureux bouton, nous avons l’idée géniale de lire l’étiquette explicatrice placée juste à côté. Il faut insérer la carte de la chambre… Ah oui, mais où ? Encore quelques instants de honte à chercher… Le gardien derrière la caméra a dû bien rire. Et c’était bien la peine de se moquer de la mamie devant la porte des toilettes dans le train. Il y a une justice, malheureusement…

Puis la dernière douche avant onze jours, autant en profiter. Mais la fatigue l’écourte. Entraînement difficile, guerre facile : au cri entendu, je sais que le verre d’eau froide lancé par-dessus le rideau de la douche a fait mouche ! Il faut commencer dès maintenant à s’habituer à l’eau glaciale…

Et au lit, le dernier avant onze jours.

3 septembre – Samedi

5h20. Réveil. Difficile !

6h00. Couloir, ascenseur, navette, couloir, escalator, ascenseur, CharlyVal, couloir, escalator, couloir, tapis roulant, couloir… Enregistrement. Première mission de la journée : éviter de payer la surtaxe pour le dépassement de poids autorisé pour les bagages.

Nos bagages… Pour la soute, deux grosses valises et un gros sac à dos. Respectivement vingt-quatre, vingt-trois et treize kilogrammes. Soit soixante kilogrammes au lieu des quarante autorisés… En bagages à main : une petite valise et le sac à dos appareil photo. Douze et huit kilogrammes. Soit un total de quatre-vingt kilogrammes. A deux, joli score… Sur le site internet d’Icelandair, l’excédent bagage est facturé dix euros par kilo… D’où la mission truandage à l’aube ! Au comptoir, la première valise est posée à moitié sur le rebord. Affichés quinze kilogrammes au lieu de vingt-quatre. Quand la première valise avance sur le tapis, je pose rapidement la seconde, toujours à moitié sur le rebord. Une petite question pour détourner l’attention. Et quand tout semble fini, je sors le sac à dos.

« Celui-là aussi ? ».

Et oui…

« Faites attention, vous dépassez un peu le poids ».

Oui, un peu, c’est cela… Bon, après un remerciement appuyé, la mission est accomplie, deux cents euros d’économisés.

7h30. C’est sous un ciel radieux que s’effectue l’embarquement. Et si on commençait par dormir un peu ?

Trois heures plus tard, le grand nord approche à grands pas. Niveau quatre cents (quarante mille pieds, douze mille mètres), cap au nord-ouest. Impossible de voir la mer, d’une part à cause de l’aile et d’autre part à cause de la couche nuageuse continue et uniforme. Cela confirme malheureusement les mauvaises conditions météorologiques prévues sur l’Islande. En espérant qu’il ne pleuve pas trop, une petite marche de quinze minutes est prévue pour le changement d’aéroport…

Revenons aux préparatifs. Du fait des horaires d’avion, il n’était pas possible de faire tout le trajet dans une même journée. D’où la réservation d’hôtels et les quelques tracas qui s’ensuivent : horaires, transferts, navettes, etc. Donc le programme :

- 2 septembre : Bordeaux-Paris en train, navette gratuite puis hôtel.

- 3 septembre : Paris- Keflavik, décollage huit heures. Puis nous avons quatre heures pour faire Keflavik-Reykjavik en navette Flybus. Le trajet dure une quarantaine de minutes. Nous avons donc le temps. A Reykjavik, la navette s’arrête, non pas à l’aéroport, mais à une gare routière. Il y a ensuite une quinzaine de minutes de marche pour rejoindre celui-ci. Un plaisir avec quatre-vingt kilogrammes de bagages ! Puis vol de trois heures pour arriver à Narsarsuaq en milieu d’après-midi à cause du décalage horaire.

- 13 septembre : chemin inverse. Départ dans l’après-midi de Narsarsuaq pour une arrivée en soirée à Reykjavik. J’ai passé quelques heures sur le site islandais de la compagnie de bus pour trouver le bon bus et le bon arrêt de bus ! Pas facile tous ces noms islandais à rallonge. Surtout ne pas chercher à les prononcer… Après une courte nuit à l’hôtel, une navette gratuite de celui-ci nous amène à l’aéroport. Puis vol jusqu’à Paris et train jusqu’à Bordeaux. Arrivée prévue à vingt-et-une heures, le quatorze septembre…

La descente vers l’Islande a débuté, les nuages se rapprochent.

Pour déterminer notre itinéraire en kayak, il fallait tout d’abord savoir à quelle vitesse nous pouvons naviguer. Il semble que la vitesse moyenne soit entre cinq et sept kilomètre-heure. Comme nous étions partis sur trois à quatre heures de kayak par jour, une distance d’une vingtaine de kilomètres par jour semblait raisonnable. Grâce à deux cartes au 1/100 000e et à Google Earth, j’ai pu établir un itinéraire. Les cartes ont été commandées sur internet. Déterminer l’itinéraire, les points possibles de bivouac, les distances, les coordonnées des points m’a pris un certain nombre de soirées et de week-ends ! Au final, vingt-deux points sélectionnés pour différents scénarii, cent quatre-vingt dix kilomètres prévus. Des étapes d’une vingtaine de kilomètres, imprimées et tracées…

La couche nuageuse percée, l’océan et l’Islande s’offrent à nos yeux. Enfin, ce que l’aile ne cache pas…

Première bonne nouvelle, il ne pleut pas et il ne fait pas froid, treize degrés Celsius. La récupération des bagages se déroule sans problème. De mon plus bel anglais, j’essaie de faire comprendre à la grande blonde du guichet Flybus que je veux aller à l’aéroport de Reykjavik. Le prix est supérieur à ce que j’avais vu sur internet, mais nous montons tout de même dans le bus qui part quelques minutes après. Le bus est complet, avec beaucoup de jeunes. Arrivés à la gare routière, on nous oriente vers un minibus qui dessert l’aéroport et quelques hôtels. Ce qui explique le prix supérieur du ticket. Le trajet ne dure que quelques minutes. Ce minibus est une bénédiction car il nous évite de longues minutes de marche et une grave erreur : pour moi, l’aérogare était de l’autre côté de la piste !!! Faire quinze minutes de marche avec nos valises pour s’entendre dire que l’aérogare est de l’autre côté ne m’aurait pas fait rire du tout…

Midi, heure islandaise (moins deux par rapport à l’heure française). A l’aéroport Reykjavik Domestic. Après un sandwich et un yaourt, nous attendons notre vol, décalé à quatorze heures. L’aérogare est toute petite, quatre ou cinq guichets d’enregistrement, une petite cafétéria, un minuscule tapis de récupération de bagages. Deux ou trois vols par heure, pas plus, vers des destinations aux noms imprononçables…

Notre périple en kayak ne part pas de Narsarsuaq. Dès notre arrivée, nous chargeons toutes nos affaires sur un bateau qui nous amène à Narsaq, à cinquante kilomètres à l’ouest. Ensuite, direction l’inlandsis. Nous revenons en kayak à Narsarsuaq onze jours plus tard, en passant par Igaliku, un ancien village viking. Cent cinquante habitants à Narsarsuaq, mille cinq cents à Narsaq. Il y a deux heures de bateau entre Narsarsuaq et Narsaq. Jacky estime notre arrivée autour de dix-huit heures. Nous préférons ne pas dormir dans le port de Narsaq, mais comme le soleil se couche vers vingt heures, il va être difficile d’y échapper. Le problème sera de trouver un petit coin pour poser la tente. Le retard de notre avion ne va pas faciliter les choses. Une île se trouve à trois kilomètres en face de Narsaq. Y passer la nuit serait plus agréable.

Trouver de l’eau ne pose à priori aucun problème. Ruisseaux, lacs et glaçons ne manquent pas. Et l’eau y est pure. Par précaution, nous avons tout de même emmené des pastilles purificatrices. Pour le stockage de l’eau, nous utiliserons un bidon de quinze litres et deux bouteilles serviront à nous désaltérer sur le kayak et en randonnée.

Choisir notre nourriture nous a pris beaucoup de temps. Peu enthousiasmés par les plats préparés lyophilisés, nous avons choisi pâtes, riz, semoule, nouilles chinoises, flans rapides, gâteaux secs (les bons broyés du Poitou !) et chocolat. Pour le goûter du matin, des barres chocolatées et des fruits secs pour celui de l’après-midi. Enfin une bonne excuse pour se goinfrer de chocolat ! Nous avons préparé chaque repas en sachet individuel, même le petit déjeuner : cent grammes de céréales, lait et chocolat en poudre. Nous avons visé le côté pratique sur place. Au moment de faire les valises, la solution bouteilles plastiques nous a alors semblé plus judicieuse pour le rangement et la place prise ! Au final, près de trente kilogrammes de nourriture : trois kilogrammes de pâtes, un kilogramme et demi de riz et de semoule, deux kilogrammes de chocolat, 2 kilogrammes de céréales, trois kilogrammes de fruits secs, … Même si ce voyage est éprouvant physiquement, nous allons peut-être revenir avec quelques kilos en plus ! Et c’est ce qui explique les quatre-vingt kilogrammes de bagages que nous devons traîner pendant ces deux premiers jours…

Côté équipement, il a fallu partir de rien, ou presque. Une tente résistante, les vents pouvant parfois être forts, des sacs de couchage confortables même à des températures négatives, des matelas. Du matériel de camping, dont deux bols rétractables en silicone pour un gain de place. Pour les vêtements : pantalon et veste imperméables, pouvant servir aussi bien au ski qu’en randonnée  une polaire et quelques sous-vêtements chauds  des tee-shirts en polyester, le coton devant être évité. Quelques maillots de volley feront très bien l’affaire ! Gants et bonnet. Des chaussons et des gants en néoprène pour le kayak. Des chaussures de marche. Nos tenues de voyage feront office de tenues de rechange.

Les tenues étanches nous ont causé quelques soucis. Elles sont en effet indispensables pour le kayak dans une eau aussi froide. Elles permettent d’augmenter les chances de survie en cas de chute dans l’eau. Sans elles, l’espérance de vie dans une eau à deux ou trois degrés n’est que de trois minutes. Ce sont des combinaisons avec des manchons serrés au cou, aux poignets et aux chevilles, permettant une étanchéité totale. A sept cents euros minimum à l’achat, nous allons les louer à Jacky, c’est préférable pour notre budget. Surtout que c’est le genre d’équipement difficilement réutilisable dans un autre sport ou une autre activité.

Le téléphone portable et deux applications serviront de GPS. L’une d’elles permet même de sauvegarder le trajet effectué et de le voir sur Google Earth. Ce sera pour le retour et les souvenirs. Pour le charger, trois chargeurs solaires seront testés. Le troisième sera le bon. Il servira également pour notre lampe rechargeable par USB. Nous avons également deux petites lampes à dynamo et un chargeur de batteries d’appareil photo qui fonctionne lui aussi avec le chargeur solaire. En cas de panne de ces équipements modernes, il restera la boussole. Attention cependant à la déclinaison magnétique qui est d’une trentaine de degrés.

Un des buts de ce voyage est de faire de belles photos. Je n’ai pas emmené tout mon matériel, j’ai laissé à la maison mes vieux objectifs, moins performants. Je n’aurai donc que mon 50/2.8, mon 300/2.8 et mon doubleur X2. J’ai trouvé un sac étanche transparent pour prendre mon appareil avec moi sur le kayak. Sûrement plus pratique qu’un sac traditionnel opaque.

Pour transporter nos affaires dans les kayaks, nous abandonnons bien évidemment nos valises. Nous n’allons garder que le gros sac à dos pour la tente, les sacs de couchage et les matelas. Les repas seront répartis dans deux sacs. Et nous avons quatre sacs étanches : le transparent pour l’appareil photo et ce qui devra être à portée de main, deux pour les vêtements et le dernier pour le matériel. Un porte-cartes étanche servira pour les cartes, les documents imprimés et le téléphone/GPS.

13h00. L’aérogare et la cafétéria se sont remplies d’un coup. Une équipe sportive, un groupe de jeunes filles, beaucoup d’espagnols et quelques anglophones. Cela devient tout de suite bien plus bruyant… Notre vol apparaît enfin sur l’écran de l’un des guichets. Et la file d’attente remplit aussitôt la petite aérogare. Plusieurs groupes devant nous ont une discussion animée avec l’hôtesse. Nous sommes un peu loin pour comprendre mais nous espérons qu’il ne s’agit pas de problèmes de surpoids de bagages ! Au final, il semblerait que leur vol serait à seize heures et non pas à quatorze heures, pour la même destination… Nous sommes surpris par le peu de bagages que certains ont pour aller au Groenland. Surtout comparé à nous… L’appréhension de notre surcharge nous rend certainement méfiants et obnubilés par cette idée !

Après une longue attente, notre tour arrive. Opération truandage, acte II ! Poser la valise, la soutenir franchement pour que le compteur ne s’affole pas pendant que l’hôtesse colle le papier à la poignée, la lâcher au dernier moment et rapidement mettre la suivante sur le tapis. Encore une fois, cela se passe tranquillement, l’hôtesse ne semblait pas intéressée par le poids de nos trois bagages… Nous n’allons pas nous en plaindre. Tout s’est finalement bien passé de ce côté-là…

Nous nous dirigeons alors vers la porte B pour le contrôle douanier. Pour une fois dans un aéroport, l’appellation « porte » porte bien son nom ! Puisqu’il s’agit d’une simple porte, permettant d’entrer dans une toute petite pièce, largement encombrée par une unique machine de contrôle des bagages et des personnes. Cette formalité effectuée, l’attente se prolonge ensuite dans la petite salle d’embarquement. Et quand enfin nous embarquons, l’heure prévue de décollage est déjà passée… Cela n’arrange toujours pas nos projets pour la soirée… Pendant notre attente, le ciel s’est dégagé et l’air est doux, agréable. Au loin, les montagnes déchiquetées se découpent nettement sur l’horizon. Quelques nuages accrochent les plus hauts sommets. Dans cette atmosphère pure, la vue de l’Islande pendant le décollage est une merveille. Ce pays aux paysages si particuliers mérite vraiment d’être visité. Il faudra revenir…

Un repas léger nous est rapidement servi après le décollage. Petit changement dans nos habitudes, nous mangerons donc avant de dormir ! Nous n’avons pas très faim, mais avec les deux heures supplémentaires de décalage horaire, le dîner n’est pas pour tout de suite.

A notre arrivée, le programme s’annonce chargé. Récupérer nos bagages  se rendre au comptoir Blue Ice pour prendre les kayaks, les combinaisons étanches, le gaz pour le réchaud, une carte au 1/250 000e de l’ouest de Narsaq, le téléphone satellite que nous louons en cas de problème  payer tout cela  vider nos valises dans nos sacs (Jacky nous a proposé de garder nos valises)  charger le tout dans le bateau  se rendre à Narsaq  et décharger le tout une fois arrivés. Si tout se passe vite et bien, ce qui semble hautement improbable vu le retard accumulé, il sera peut-être possible de commencer à pagayer pour bivouaquer sur l’île en face de Narsaq. Sinon, c’est malheureusement l’installation pour la nuit dans le port…

Notre dernière inquiétude concerne la météo. La dernière regardée hier sur un site Internet danois juste avant le départ prévoyait une belle journée pour aujourd’hui avec une douzaine de degrés. Malheureusement le temps doit se couvrir rapidement en soirée avec de la pluie dans la nuit. Cette pluie doit continuer jusqu’à lundi midi, soit après-demain, le 5. Après, le ciel doit s’éclaircir mais les températures dégringolent : jusqu’à moins cinq degrés Celsius dans la nuit, le maximum dépassant à peine les cinq degrés Celsius… Mais de la pluie était prévue aujourd’hui en Islande et le temps clément que nous avons eu, nous pousse à l’optimisme. Malheureusement la vue par le hublot donne raison aux prévisionnistes… Que du blanc.

14h30, heure groenlandaise, nous quittons le niveau deux cent trente vers Narsarsuaq. Le commandant de bord annonce un temps couvert et huit degrés Celsius…

L’avion poursuit sa descente et pendant de longues minutes, tout est blanc à l’extérieur. Puis fugitivement, quelques taches de marron apparaissent entre le blanc des nuages et le blanc de la glace. Et soudain, le sol se jette sur nous, net, escarpé, mélange de terre, de roche, d’eau et de glace. L’avion vient de sortir de la couche nuageuse et le Groenland s’offre à nous. C’est un spectacle vraiment tourmenté, la montagne alterne avec le glacier. Celui-ci est strié, crevassé, teinté de gris et de marron. L’avion continue sa descente et s’enfonce même au milieu d’une vallée. Le bout des ailes est maintenant bien plus bas que les crêtes environnantes. Par mauvais temps, cela doit demander une bonne dose de confiance ! Le glacier prend fin. Là, il se jette directement dans la mer. Ici, il se transforme en rivière. Puis l’avion vole au-dessus de l’eau, s’en approche et finit par toucher le sol. Le freinage est violent, la piste est courte.

15h00. Quelques minutes seulement après le toucher des roues, nous posons enfin le pied sur le sol groenlandais. ENFIN !!! L’air est frais, pur, « ça sent la montagne ! ». Nous dévorons des sens ces premières impressions. La mer calme en arrière plan, entourée de montagnes abruptes. C’est vert, c’est silencieux. Nous voudrions profiter de ces premiers instants mais l’aérogare bleue nous attend, avec Narsarsuaq écrit en grosses lettres rouges juste sous la tour.

Les bagages sont rapidement récupérés et c’est le premier contact avec Blue Ice. Claus nous accueille et nous amène quelques minutes plus tard au café qui leur sert de bureau, à quelques dizaines de mètres de l’aéroport. Dans un français parfois hésitant, Jacky nous souhaite la bienvenue et nous enchaînons avec les modalités pratiques. Ils sont sans nouvelles d’un groupe qui devait arriver cet après-midi. A priori le mauvais temps. Et cela modifie notre programme et notre équipement : il n’a plus que deux kayaks ancien modèle à nous proposer, au lieu d’un récent et d’un ancien. Aucun problème, il y aura égalité des chances ! Mais surtout le départ pour Narsaq est reporté au lendemain matin… Départ à neuf heures, arrivée à Narsaq vers dix heures, ce qui fait un début d’aventure en kayak au plus tôt vers onze heures.

Cela chamboule considérablement nos plans pour cette première journée. Surtout que l’inversion de marée se produit vers midi, le courant devenant défavorable l’après-midi. De plus, la météo s’annonçant médiocre, il y aura donc beaucoup d’improvisation. Sur cette longue étape, j’avais prévu quatre autres lieux de bivouac possibles. Nous verrons sur le moment, difficile d’anticiper plus aujourd’hui…

Nous passons l’heure suivante à vider nos valises, remplir nos sacs, essayer les combinaisons étanches, trouver la carte qu’il nous manque (nous prenons finalement la dernière, dénichée au fond d’un tiroir, trouée et donc offerte !), essayer les bouteilles de gaz pour le réchaud avec notre embout. Il s’avère que les bouteilles neuves ne correspondent pas. Mais heureusement Jacky a tout un stock de bouteilles entamées laissées par des touristes, et parmi celles-ci, beaucoup fonctionnent avec notre matériel. Pour cent couronnes, quelques euros, nous repartons donc avec cinq bouteilles plus ou moins entamées, correspondant à peu près à deux neuves.

Après avoir réglé Jacky, nous partons dans son van en direction le port pour nous installer et voir les kayaks. Il nous indique un coin légèrement à l’écart pour planter la tente. Il nous montre également une source pour remplir nos bidons. Nous laissons nos affaires, « il n’y a pas de vol ici, on ne ferme même pas les maisons » et nous nous dirigeons vers leur local à matériel. Une ancienne cuve métallique cylindrique. Nous testons leurs nouvelles jupes sur les anciens kayaks. Elles ne vont pas et c’est seulement après son troisième aller-retour que Jacky trouve enfin des jupes adaptées. Et c’est en l’attendant durant ses trajets que nous remarquons l’absence d’iceberg dans ce fjord. Mais tout au fond, il y en a un certain nombre et certain semblent énormes. Malgré la distance, il nous est possible de distinguer des nuances de couleur, blanc, gris, bleu… Tout cela, c’est pour demain.

17h15. Jacky nous laisse avec notre nouvelle amie : la pluie… Heureusement pas très forte, mais elle nous fait accélérer le mouvement. Récupération des sacs et montage express de la tente. Nos affaires sont rapidement mises à l’abri. Nous bénissons notre choix d’avoir pris une tente assez grande et avec deux petites avancées. Tout notre matériel loge. Avant de nous mettre à l’abri, nous allons remplir nos bidons.

Et c’est quelque peu découragés et fatigués que nous commençons à aménager l’intérieur et à mieux trier nos affaires. De plus, à la vue des kayaks, nous avons toujours de gros doutes sur la possibilité de tout loger dans les compartiments étanches… Là aussi, il faudra attendre demain pour le savoir…

19h30. La luminosité baisse. Nos paupières aussi. Il pleut toujours, un peu plus fort même. Une envie naturelle qui commence à devenir pressante va nous pousser à bouger. Et il va falloir préparer le repas avant la nuit qui ne devrait pas tarder.

L’envie pressante effectuée, nous faisons un petit tour sur la « plage » de cailloux noirs et gris. C’est confirmé, le bain ne va pas être facile. L’eau n’est pas froide, elle est glaciale !

Nous avons vue sur le petit port de Narsarsuaq. Dans l’obscurité naissante et l’atmosphère grisâtre, un projecteur diffuse une triste lueur orangée qui se reflète sur l’eau calme du port. Sur la droite, au pied des montagnes, deux anciennes cuves métalliques cylindriques, dont une contient le matériel de Jacky, un grand hangar rouge, quelques containers et quelques véhicules. A l’abri de la jetée, deux petits pontons où sont amarrés une vingtaine de petits bateaux. Collés à la jetée, deux vedettes plus imposantes, rouge et blanche, et, le plus près de la sortie du port, un mignon bateau en bois rouge vif, avec un mat à l’avant et une voile carguée verticalement sur celui-ci.

De l’autre côté du fjord, là où la pente est moins marquée, quelques maisons encadrées de champs d’un vert plus clair que les reliefs environnantes, très escarpés.

Puis retour à la tente pour le dîner qui se termine à la lampe à vingt-et-une heures. Soupe, nouilles chinoises et quelques carrés de chocolat. C’est bon pour le moral. Allé, demain est un autre jour. Notre respiration fait de la vapeur, il doit faire trois ou quatre degrés Celsius. Bien au-dessus des moins deux degrés Celsius de la nuit dernière, comme nous l’a indiqué Jacky. Il me reste un peu de courage pour faire chauffer un peu d’eau pour me « doucher ». Ensuite direction le sac de couchage !

Première nuit au Groenland. J’en rêvais depuis des mois. C’est pour le moment un peu moins glamour et merveilleux qu’imaginé, mais cela va venir. A demain !

4 septembre – Dimanche

2h30. La pluie a cessé. Mais quelques coups de vent font trembler la tente. C’est tout de même curieux ces rafales au milieu de la nuit… Le sac de couchage tient toutes ses promesses, je n’ai absolument pas froid. Je suis même en sueur ! Du coup, j’enlève la capuche.

3h30. J’ai les oreilles et le front gelés, je remets la capuche. Dehors, seul le bruit de la source me parvient.

5h40. Le jour commence à poindre. La pluie fait son retour.

6h20. Il va falloir songer à bouger. Nous avons le temps avant 9 heures, mais tellement de choses à ranger. La pluie est toujours là… Les affaires à l’intérieur de la tente sont fraîches et humides, la lampe accrochée au « plafond » est couverte de buée.

Mais nous l’avons fait ! Dormir sous la tente au Groenland sous la pluie avec une température proche de zéro degr�� Celsius… Drôle d’idée, drôle de voyage !

C’est la troisième araignée que je tue. De belles bêtes en plus ! Dommage qu’elles ne soient pas comestibles. Finalement ce lieu a un petit air de pays tropical…

J’adore la façon de ranger le sac de couchage, de ne pas le plier… Il suffit de le rentrer « en vrac » dans son sac de compression, d’appuyer fort pour le tasser et de tendre à fond les sangles pour le comprimer. Ne pas le plier correctement et toujours de la même façon évite les plis dans l’insolant au même endroit. Et par conséquent les pertes de chaleur.

7h00. C’est l’heure du petit-déjeuner. Même s’il pleut encore, la vue est plus dégagée qu’hier soir. Il ne fait pas si froid que ça, même si perdre trente degrés Celsius en une journée laisse des traces…

7h30. La pluie s’est arrêtée. Cette bonne nouvelle nous permet de prendre le petit-déjeuner dehors. Et c’est beaucoup plus agréable pour plier bagages. Notre premier iceberg ! Tout seul au milieu du fjord, il profite de la marée montante pour progresser paresseusement… Tout au loin, ses frères continuent à défiler. Ils proviennent du Qôroq, un fjord particulièrement soi-disant prolifique en glaçons. Nous y passerons à notre retour.

8h00. Nous rangeons nos affaires. Le départ est prévu dans une heure. Largement le temps pour quelques photos sombres. Il ne pleut plus du tout, mais un petit vent frais nous fait supporter polaire, bonnet et gants.

9h00. C’est l’heure du départ. Nous sommes prêts et nous portons nos sacs sur la jetée près des bateaux. Claus arrive pendant ce temps avec les kayaks. Nous embarquons sur le second bateau avec trois autres passagers. C’est une des vedettes que nous voyions hier depuis la tente. Il n’y a qu’une seule cabine sans séparation entre la douzaine de sièges et le poste de pilotage avec sa barre, sa manette des gaz et les divers instruments de navigation et de communication. L’eau du port est magnifique même sans le soleil, bleue-verte limpide… Cela donne envie d’y piquer une tête !

Jacky vient nous saluer et nous informer que la météo doit s’améliorer, seul un petit vent d’Est s’est levé et risque de rendre la navigation moins agréable. Nous lui rappelons qu’il doit nous donner les combinaisons étanches et les gilets de sauvetage qu’il avait gardé dans son van. Heureusement que nous y avons pensé, cela peut s’avérer utile !

Le petit bateau sort du port et accélère rapidement. Il laisse derrière lui une trace blanche bouillonnante. Deux vagues roulent et s’écartent symétriquement après notre passage. La trace laissée est nette sur la surface du fjord, à peine troublée par un léger vent. Le petit drapeau groenlandais à la poupe claque joyeusement dans le vent. En nous retournant, nous apercevons l’aéroport de Narsarsuaq, sa tour de contrôle et son aérogare bleues, ses différents hangars, sa piste en pente qui se termine juste avant le rivage et les quelques maisons et bâtiments colorés qui l’entourent.

Nous traversons le fjord pour débarquer les autres passagers dans le petit village qui fait face à Narsarsuaq. Le débarcadère est occupé par le petit cargo à la coque bordeaux et à la cheminée bleue, que nous avons vu passer plus tôt ce matin. Il ravitaille le village en carburant et un long tuyau relie sa poupe à un petit bâtiment. Le débarquement s’effectue donc directement sur les rochers. Avec une grande maîtrise et malgré les remous, Claus maintient son bateau à quelques centimètres du bord, sans le toucher, et les passagers n’ont qu’à enjamber le bastingage pour nous quitter.

Le débarquement ne dure que quelques secondes et nous repartons.

Nous quittons le fjord de Narsarsuaq et virons à droite pour rejoindre le fjord plus large qui mène à Narsaq. La mer est maintenant un peu plus agitée.

Nous croisons de loin quelques icebergs, dont certains sont impressionnants. Claus, aux commandes, semble bien prendre garde de ne pas s’en approcher, même des petits. Leurs couleurs varient du blanc éclatant au bleu turquoise.

Comme avec les nuages, on peut s’amuser à trouver certaines formes aux icebergs. Ceux-ci sont de toutes tailles et de toutes formes, plats, lisses, découpés, etc.

Les côtes sont parfois très escarpées, coupées de ruisseaux et de cascades. Certaines strates géologiques sont bien visibles, inclinées ou parfois bien horizontales. La couleur dominante est tout de même le vert. Le nom de Groenland donné à ce pays s’explique. Ça et là, quelques moutons sur une petite prairie plane.

Le trait blanc d’un ruisseau serpente au milieu de roches grises. Arrivé au-dessus d’une immense grotte, il chute verticalement sur plusieurs dizaines de mètres et s’éparpille dans le vent avant que ses gouttes ne viennent s’écraser en d’innombrables éclaboussures sur un lit de pierres grises. Reformé quelques mètres plus bas, il reprend son trajet ondulé vers la mer.

Je reconnais certains lieux vus sur Google Earth. Autant sur l’écran le relief manque, autant il est ici omniprésent. Les lieux de bivouac possibles ne sont pas légion…

La neige est présente sur les plus hauts reliefs. Signe que l’hiver approche ?

Par endroit, la roche n’est plus noire mais rouge-ocre, voire un peu rose. Certains rochers sont même verts ! C’est par moment un sacré mélange de couleurs ! Le responsable de la décoration devait avoir bu…

A mi-chemin de Narsaq, la pluie refait son apparition et vient s’écraser en fines gouttes sur le pare-brise du bateau. Le plafond est plus bas également, les sommets sont accrochés. Les glaçons se font beaucoup plus rares.

Un village isolé au pied d’une haute montagne. Cinq maisons éparpillées. Un tracteur à côté d’une large parabole.

Narsaq est en vue. La pluie ne faiblit pas, au contraire… Allé, je range l’appareil photo, le carnet et le stylo, il est kayak moins peu !

Et là, c’est le drame…

Une fois arrivés au port de Narsaq, nous déchargeons bagages et kayaks, le tout sous une pluie battante. Nous nous installons à l’abri de la station service du port. Et maintenant il faut réussir l’exploit de tout faire rentrer dans les compartiments étanches de nos embarcations. Les autres groupes dont nous avions lu les récits sur internet s’étaient extasiés des possibilités de chargement des kayaks. Manifestement, nous n’avons pas eu les mêmes… Les deux compartiments avant sont rapidement remplis par la nourriture. Il ne reste que les arrières pour tout le reste.

Deux espagnols, sympathiques mais légèrement moqueurs sont à côté de nous et nous regardent nous battre avec nos kayaks. L’un d’eux nous prend en photo et ne peut s’empêcher de nous conseiller de bien remplir jusqu’au fond des compartiments. Sans blagues ?! Il devient rapidement évident que le sac à dos, même s’il entre dans un compartiment, prend trop de place et empêche de ranger autre chose dans ce compartiment. Il va donc falloir s’en séparer. Dommage pour les randonnées… Nous le donnons à Claus juste avant que celui-ci ne reparte. Il ira tenir compagnie à nos valises.

Une bonne heure plus tard, c’est avec une immense satisfaction et une non moins immense fierté que nous fermons le dernier compartiment. Tout est entré ! Certes il a fallu tricher un peu, mais c’est réussi. En effet, nous avons chacun un sac étanche entre nos pieds, coincé au bout de l’habitacle… Nous nous sommes changés et nous avons découvert la difficulté d’enfiler nos combinaisons étanches. Ainsi que leur fraîcheur…

Etape suivante, mettre les kayaks à l’eau. Première difficulté : les porter chargés. Car ils sont devenus extrêmement lourds avec les trente ou quarante kilogrammes supplémentaires ! Tant bien que mal, nous parvenons à les traîner jusqu’à un petit escalier en béton qui va jusqu’à l’eau. En descendant le premier kayak, une petite poussée inopportune au moment où je négociais une marche abîmée manque de très peu de me faire goûter à cette eau si limpide… Mais si froide…

Une fois les kayaks à l’eau, il faut maintenant y grimper. En m’aidant des rochers, je me lance en premier. Et j’essaie d’appliquer la méthode décrite dans les manuels. La pagaie derrière l’hiloire (le trou où l’on se met), la main bien au milieu en tenant la pagaie qui est en appui sur les rochers. Puis il faut s’asseoir sur l’arrière de l’hiloire et, en dernier, entrer les jambes à l’intérieur. Et cela fonctionne ! Attacher la jupe n’est pas évident du tout.

Mais après quelques minutes d’efforts, nous voilà assis dans nos kayaks, prêts à affronter la mer, les icebergs et la pluie. Il est onze heures trente environ, la mâtinée est bien plus qu’entamée. Nous donnons nos premiers coups de pagaie… Et c’est à ce moment bien mal choisi qu’un Narsarsaquois nous interpelle. Bien mal choisi en effet car il est difficile de se retourner en kayak. Surtout avec une capuche sur la tête… Du coup, il faut faire demi-tour à l’ensemble. Avec grâce et aisance bien entendu… Le monsieur nous interroge sur notre destination et semble inquiet de nous voir partir. Il nous annonce qu’un vent de huit miles de l’est est prévu. Sa manière de le dire donne l’impression que c’est terrible, mais cela ne me semble pas si catastrophique. A moins que j’ai mal compris son anglais. Je le remercie de l’information et je lui dis que nous n’allons pas loin, juste en face. S’il pensait nous faire sortir de l’eau et tout décharger pour camper à Narsaq, c’est hors de question ! Surtout après tous ces efforts.

Et nous voilà partis. Mes premières impressions du kayak sont mitigées. Il n’a pas l’air stable et oscille d’un rien. Peut-être un manque d’habitude. En revanche, il semble très manœuvrable et réagit très bien à la pagaie. Il se dirige très facilement. Malheureusement, mon point de vue ne semble pas du tout unanime… Effectivement l’autre kayak apparaît plus rebelle et n’est absolument pas d’accord avec le principe qui dit que le chemin le plus court est la ligne droite… Tourner en rond semble même être son but dans la vie… Quelques conseils sur la façon de pagayer, quelques propositions de changer quelque chose, la manière de se tenir, de tenir la pagaie, etc. Mais rien n’y fait, la seule réponse est un regard empli de désarroi. A chaque fois que je me retourne, le kayak violet a un cap franchement divergent du mien et donc de la route prévue.

Du coup, je pagaie une minute sur deux, pour attendre ma camarade d’infortune. J’ai bien envie d’exploser, mais je me retiens, pas certain que ce soit très utile. Je doute d’arriver à me faire entendre de ce morceau de plastique violet.

Nous parvenons tout de même à quitter le port. Nous longeons la côte et passons devant toute la ville de Narsaq et ses maisons de toutes les couleurs, rouge, bleu, vert, jaune. Les habitations sont éparpillées sur la faible pente, au pied d’une haute montagne au sommet enneigé et embrumé.

Au bout d’une heure, un coup d’œil au GPS confirme ce que je pressentais. Nous n’avançons pas : trois kilomètres et demi. Adieu les vingt kilomètres aujourd’hui. Nous sommes au milieu du fjord. Allé, il faut continuer, on ne sait jamais, cela peut s’améliorer… On peut toujours rêver.

J’avais prévu plusieurs points de bivouac possibles pour notre premier jour. A cette vitesse, je ne sais même pas si nous allons pouvoir atteindre le premier. C’est mort pour aujourd’hui, mais il va falloir que cela s’arrange dès demain. Sinon c’est la fin du rêve… Demain, c’est moi qui materai ce kayak violet rebelle.

L’avantage de cette avancée alternative et lente, c’est que j’ai largement le temps de profiter du spectacle. Et malgré la pluie et le plafond bas, c’est magnifique. Magique !

L’inconvénient, c’est que, un bonheur venant rarement seul, je me rends aussi compte que le courant et vent, même s’il est faible et pas franchement d’est, sont bien contre nous.

Et soudain, un coup de feu, de la droite… Pas de panique, nous étions prévenus, ce sont les glaçons qui craquent. Comme ceux du Ricard sur la terrasse l’été. Mais en plus fort, en plus grand. Et le savoir n’empêche pas de sursauter ! Quelques secondes plus tard, cela vient encore du même endroit, mais l’iceberg a cette fois-ci sorti l’artillerie lourde et un gros morceau tombe bruyamment à la mer. Ce n’est décidément pas un lieu pour les cardiaques !

Les icebergs sont assez nombreux (même si nous manquons de références) et de tailles, de formes et de couleurs complètement différentes. Leurs contours sont en même temps découpés et arrondis par les éléments. Certains sont énormes, gigantesques, impressionnants. Je ne pensais pas en voir d’aussi gros. Je passe d’ailleurs prudemment à une certaine distance du premier de ces monstres que nous croisons. Surtout qu’il est coupé en son milieu d’une belle faille… D’un autre côté, une grosse vague nous ferait peut-être avancer plus vite… Sa surface est lisse et faiblement ondulée, ses bords sont tout en lignes brisées avec plusieurs fissures apparentes et sa base est creusée. L’effet des éléments : la pluie et le vent lissent la surface supérieure et la mer creuse la base. Les bords portent les stigmates des blocs qui se détachent. Il y en a aussi de tous petits, taillés par les éléments en d’improbables formes. Certains affleurent à peine à la surface et ne se voient qu’au dernier moment. Certains sont d’un bleu éclatant. Sur l’un d’eux, une forme noire est juchée tout en haut, minuscule. Un oiseau sûrement.

A la faveur d’une accalmie, je tente quelques photos. J’arrive à sortir l’appareil du sac étanche coincé devant moi. Et à l’y remettre. Ces photos ne seront certainement pas les plus belles, c’est si sombre et gris. Sur le kayak, prendre une photo est toute une histoire. Il faut poser la pagaie, enlever les gants, mettre un coup de rame pour garder l’axe et ne pas tourner le dos à l’objet de la photo, ouvrir le sac étanche, dérouler le haut du sac étanche, mettre un autre coup de rame, s’essuyer les mains, prendre l’appareil, enlever le cache, allumer l’appareil et le régler, mettre encore quelques coups de rame car le kayak a viré de bord, prendre la photo ou plutôt essayer de prendre la photo dans ces conditions oscillantes, puis éteindre l’appareil, mettre le cache, ranger l’appareil dans le sac étanche, rouler le haut de celui-ci, le fermer, remettre les gants froids et humides et enfin reprendre la pagaie pour repartir.

Au bout de deux heures, c’est confirmé, nous nous traînons lamentablement. La moyenne est confirmée à trois kilomètre-heure et demi. Le fjord est (enfin) traversé mais la côte est rocailleuse, difficilement abordable. Mon premier point de bivouac est derrière un cap, à peut-être deux kilomètres devant nous. Il est déjà treize heures trente, même si je n’ai pas faim. Il va falloir tenter autre chose. Je sors la corde du sac étanche (quelle bonne initiative !) et pendant que je me bats avec tous les nœuds, nous nous rendons bien compte de l’effet du courant qui nous fait reculer de plusieurs dizaines de mètres en quelques minutes. J’arrive néanmoins à accrocher les deux kayaks. Et c’est parti pour une bonne séance de musculation des bras. Cela pique un peu les muscles et c’est toujours de la petite vitesse, mais cela semble tout de même un peu plus efficace.

Après de longues minutes d’efforts, nous parvenons dans la petite baie. Par beau temps, elle doit être magnifique et calme. Un gros iceberg trône en son milieu. Soulagés, mais transis de froid… Les gants sont trempés, mais ils l’ont rapidement été et il est difficile de dire si les sous-vêtements sont mouillés ou si cette impression est seulement due au froid. Nous nous échouons sur une petite plage de cailloux, non sans avoir hésité quelques minutes sur le choix du lieu d’abordage.

Je sors du kayak et l’eau glaciale agresse joyeusement mes pieds qui étaient jusque là relativement au sec et au chaud. Sensation vaguement désagréable… Il faut ensuite remonter les kayaks pour éviter une bonne blague de la marée montante. En les déplaçant, je les examine pour voir si nos difficultés ne viennent pas d’un problème matériel. Et l’explication arrive rapidement : contrairement à son camarade bleu, notre ami le kayak violet n’a pas de dérive… CQFD… Merci du cadeau ! Nous verrons demain si j’arrive à naviguer avec. Enfin si nous ne mourrons pas noyés cette nuit.

Et comme la pluie ne cesse pas, il faut monter la tente. Notre abri installé, nous déchargeons ce dont nous avons besoin pour la nuit et nous le mettons à l’abri. Et enfin, il faut se jeter à l’eau : quitter la combinaison étanche sous la pluie et se jeter sur nos vêtements secs sous la tente.

16h00. Une fois habillés et un peu réchauffés, il est grand temps de déjeuner ! Ce sera jambon de Bayonne et pâtes avec gruyère et sauces. Un peu de chocolat en dessert… Cela fait malgré tout un bien fou. Avec ce qu’il tombe, la vaisselle se fera toute seule… La ballade prévue pour la fin d’après-midi s’éloigne, la pluie s’accentuant. Le vent se lève également. Triste météo, une impression de Toussaint…

J’éteins mon téléphone, son utilisation en GPS ce matin l’ayant bien déchargé. Et pas question de penser au chargeur solaire avec une luminosité aussi faible. Il reste la batterie d’appoint du chargeur solaire, remplie avant le départ pour recharger le téléphone.

Le temps file au rythme du martèlement de la pluie sur la tente. Comme on dit, cela pourrait être pire, la tente pourrait fuir… Ce n’est pas le cas, même si la toile intérieure brille d’humidité. Le vent souffle de plus en plus fort, la tente commence à bouger beaucoup. Je vais aller vérifier la tension des cordes et des attaches. Il ne faudrait pas que les deux toiles se touchent. Dehors, c’est de plus en plus sombre, difficile d’estimer l’heure. Et la visibilité a bien chuté. Merci Jacky pour ta prévision de beau temps.

D’ailleurs le choix de l’emplacement pour installer la tente a été difficile à fixer. Le terrain où nous sommes est plat, mais gorgé d’eau. Et rare sont les endroits qui ne sont pas détrempés… En espérant que celui-ci ne le devienne pas.

Mission effectuée : les cordes et les attaches sont retendues. Je profite de ma présence dehors pour aller remplir le bidon d’eau. J’avais vu tout à l’heure une petite chute d’eau tombant dans la mer pas loin de la tente. Je m’y rends donc mais je trouve l’eau un peu verte… Je me souviens alors qu’en arrivant en kayak, j’avais aperçu un torrent un peu plus haut dans la montagne. Je décide donc de m’y rendre, cela me fera une petite balade. Sauf qu’après trois heures de kayak sans manger, je ne devais pas avoir la même notion du « pas loin » que maintenant ! De plus, la progression est rendue difficile par le sol spongieux et la maigre végétation qui, à chaque pas, peuvent cacher un piège humide. Cette végétation se compose de mousses, de quelques fleurs, d’un peu d’herbe et de maigres arbustes ne dépassant pas les dix centimètres de haut.

Je parviens enfin à la source… Qui me semble toujours aussi verte. Tant pis, je remplis le bidon, nous ajouterons des pastilles. En me retournant, je découvre un très beau paysage. Un petit lac est juste au-dessous de moi. Avec la perspective, il apparaît juste devant la mer et ses icebergs, presque comme s’il s’y jetait. Magnifique ! Et cela doit être encore plus beau l’été… Ah, nous y sommes encore ?...

Retour à la tente. La luminosité diminue rapidement, le soleil doit se coucher. Si, forcément, mais loin et bien caché par les nuages…

Le terrain est une vraie éponge, j’espère que ce n’est pas partout pareil ailleurs. Encore une fois, je me félicite d’avoir choisi du bon matériel. Mes chaussures, comme mon pantalon et ma veste sont parfaitement imperméables. Enfin pour le moment… Comme quoi, il faut parfois y mettre le prix.

En passant près de la mer, nous nous rendons bien compte qu’elle est transparente, même sans le soleil. Elle semble si pure. Un peu à l’image du Tarn dans les gorges du même nom. Les touristes en moins…

Retour au sec et au « chaud ». Même si la température est plus élevée à l’intérieur, nous sentons bien les courants d’air froid passant par les petites ouvertures du toit. Après réflexion, quand nous installons la tente, ce sont peut-être ces petites ouvertures qu’il ne faut pas mettre face au vent…

Hormis le claquement des gouttes sur la tente, le silence est de temps en temps troublé par un grondement sourd, au loin, comme un orage. Mais depuis le début avec cette pluie, nous n’avons pas vraiment pu profiter du silence.

La nuit est tombée, nous allumons la lampe. Belle trouvaille cette petite lampe d’ailleurs ! Je n’ai absolument pas faim. Au lit peut-être ? En priant pour que la pluie s’arrête…

5 septembre – Lundi

C’est la rentrée ! Une grosse pensée pour Vincent et Pauline. Et pour tous ceux qui reprennent le chemin de l’école ou du travail. On doit un peu parler de nous au bureau !

La pluie s’est arrêtée pendant la nuit. Pour reprendre de plus belle à l’aube… Ce n’est pas bon pour le moral et pour l’envie de mettre le nez dehors… Nous avons pourtant une très belle vue sur la baie depuis notre tente. Nous n’avons même pas pris une photo du site…

Réveil difficile. Mal au dos, épaule douloureuse. Le haut de mon sac de couchage est trempé, couvert de gouttes d’eau. Fuite de la tente ? Je n’en ai pas l’impression. Condensation ? Plus vraisemblable. Heureusement l’eau n’a pas traversé. Je l’essuie consciencieusement avec une serviette humide. Tout est humide de toute façon.

Le plus difficile est d’imaginer devoir mettre les combinaisons étanches qui doivent être au mieux gelées, au pire gelées et mouillées. J’opte plutôt pour la seconde hypothèse.

Allé, un peu de courage, il faut sortir du sac de couchage et préparer le petit déjeuner.

Dès qu’il pleut, tout est pénible, long et désagréable. Encore une fois, le petit déjeuner est pris dans la tente. Et tout se fait dans la tente, assis, accroupis, allongés. Nous essayons d’optimiser les façons de procéder pour éviter au maximum de mouiller toutes les affaires. Il faut tout ranger et tout plier, puis c’est l’épreuve d’enfiler les combinaisons. Comme prévu, c’est froid et humide pour ne pas dire gelé et trempé. Je m’attendais à pire, les premiers instants sont difficiles au contact de la matière synthétique glaciale, mais avec la chaleur du corps, cela devient rapidement supportable. Enfin tant que l’on reste en mouvement. Puis nous plions la tente, trempée elle aussi. Et nous avons toutes les peines du monde à tout caser dans les kayaks…

Le gros iceberg est toujours au milieu de la baie, comme immobile malgré les marées. Peut-être est-il échoué au fond ?

9h00. Nous sommes prêts à partir. La luminosité est très faible, le ciel est gris et bas, le vent souffle, d’est cette fois, et bien sûr, il pleut… Et il reste à savoir si je vais réussir à dompter ce maudit kayak violet sans dérive. Les premières impressions sont positives tellement je m’attendais au pire. Il est dirigeable, même s’il a une nette tendance à se mettre face au vent ou au courant. Ou les deux. Ou peut-être a-t-il pour unique but de se tourner à l’opposé du cap que je veux suivre… Alors nous partons. Et c’est bien difficile, surtout lorsque nous quittons l’abri relatif de la baie. La mer est alors bien formée. La houle nous frappe, d’abord de face puis de côté lorsque nous virons à gauche pour rejoindre et traverser le large fjord. Nous distinguons à peine l’autre rive. La progression est difficile, il faut tirer fort sur les bras pour un modeste résultat. Seul point positif, le vent nous aide.

Malheureusement, le verdict tombe au bout d’une heure : seulement quatre kilomètres et demi. Comme prévu, le courant de marée nous ralentit considérablement.

Au loin une lumière blafarde, au ras de l’eau, presque inquiétante. Un point blanc lumineux au milieu d’un monde de gris. Un bateau de pêche qui remonte lentement le fjord finit par sortir de la brume.

La lutte contre les éléments est laborieuse et le plaisir mince, voire inexistant. Nous prenons à peine le temps d’admirer les icebergs, tellement concentrés sur nos rames et le point à atteindre. Nous faisons tout de même une pause pour prendre un goûter bien mérité.

Contrairement à hier, j’ai froid aux jambes et aux pieds. Et comme j’ai l’impression que mon kayak s’est enfoncé et est maintenant très bas sur l’océan, je ne vois qu’une solution : j’ai embarqué de l’eau. Je remue les jambes et le bruit liquide m’en confirme la présence. J’enlève le devant de la jupe, il y a deux phalanges d’eau. Rien pour écoper bien sûr et la côte est inabordable, escarpée… Bon, il faut donc poursuivre comme cela et surveiller si cela s’aggrave. Ma jupe ne doit pas être complètement étanche. Moralité bien connue des aviateurs : la confiance n’exclut pas le contrôle et contrôler son matériel évite parfois bien des soucis…

Au bout de deux heures de galère, nous bifurquons à droite dans un fjord plus petit. Maintenant abrités du vent, nous naviguons sur une mer bien plus calme. Et cette fois, le courant nous pousse.

Quelques minutes plus tard et en quelques secondes, tout devient surréaliste. Le vent est complètement tombé. Tout comme le plafond. La brume et le silence nous entourent, nous encerclent, nous oppressent. Tout devient entre gris et blanc. Même la mer prend une tente laiteuse. Mais quel plaisir de pagayer sur une mer aussi calme, aussi plate. Quelle joie de glisser dans ces deux mondes liquide et gazeux, maintenant si semblables et même confondus à leur jonction. La moyenne s’en ressent et grimpe tout doucement.

Ce matin, je ne nous ai pas fixés d’objectif pour le bivouac. Il y avait tellement de facteurs pénalisants : le kayak, la météo, la marée contre… Le point le plus loin est le bivouac prévu à l’origine, mais il est loin, sûrement plus de vingt-cinq kilomètres. Nous ferons donc notre possible et nous nous poserons où nous pourrons. Le problème, c’est que depuis le début, je n’ai vu aucun point susceptible de nous accueillir. Ce ne sont que falaises abruptes entrecoupées de violents ruisseaux aux cascades bruyantes…

Alors nous pagayons et poursuivons notre route. Après la partie laiteuse située entre deux îles, nous tournons à gauche vers une passe. En la rejoignant, nous quittons par la même occasion la brume et son ambiance si particulière. Au bout de ce bras de mer se trouve le bivouac prévu. Mais il est long et le courant est contre. J’ai l’impression que contre le bord, le courant est inversé, comme cela arrive parfois dans les rivières où au bord, l’eau va à contre-courant et remonte. Et c’est bien le cas. Je me colle donc au ras des rochers. Là encore, aucun bivouac possible, aucun lieu possible d’accostage et encore moins de parties planes sur ces pentes raides. Le temps se lève petit à petit, il fait plus clair, les sommets apparaissent.

Nous poursuivons notre route, la fatigue et la faim commencent à nous envahir. Le petit déjeuner et le goûter sont loin.

13h00. Un miracle : la pluie cesse. Mais ce bras de mer n’en finit pas. Nous apercevons notre cible. Mais c’est encore loin. Et toujours pas de halte possible, aucun endroit pour poser la tente.

14h00. Nous rejoignons un autre fjord qui vient de la gauche. A droite nous découvrons l’inlandsis, loin, entre deux montagnes. Mais nous sommes surtout obnubilés par ce fjord à traverser et trouver la minuscule passe qui va nous permettre de rejoindre une petite baie et notre lieu de bivouac. Les bras, les épaules et le dos sont très douloureux.

Grâce à la carte, je vois où se trouve l’entrée de la baie. Je m’y rends. Raté, ce n’est qu’une crique. Où se trouve donc cette minuscule passe ? À gauche, à droite ? Un nouvel examen de la carte me fait choisir la droite. J’espère ne pas me tromper… Oui, elle est bien là ! Mais la marée descend et le courant est contre. C’est bien visible au point le plus étroit de la passe où il devient plus fort. Cet obstacle passé avec vigueur, il ne reste plus qu’à traverser cette dernière baie. Le lieu a l’air enchanteur… Les dernières centaines de mètres se font au mental, à l’énergie… Enfin arrivés… Un coup d’œil au GPS : près de vingt-sept kilomètres en cinq heures et vingt minutes. Presque cinq kilomètre-heure de moyenne. Mais avec quelles conditions ! Et le courant presque toujours de face. Mais nous l’avons fait, nous avons rattrapé notre retard…

Pas le temps de s’apitoyer, il faut sortir de cette baignoire. Et une envie pressante me rattrape instantanément. Tant pis, c’est trop urgent, ce sera dans la mer. Quelques secondes à se battre avec la combinaison étanche, puis une trentaine d’autres à se soulager, et cela va mieux.

Puis c’est le rituel du déchargement. Il tombe encore quelques gouttes mais pas suffisamment pour nous empêcher de manger dehors. Cette fois, la tente attendra. Le riz et le bacon font un bien fou. Je me défoule aussi sur le broyé, presque un grand à moi tout seul… Toute cette activité physique dans cette froide ambiance creuse l’estomac !

Le site a déjà été occupé. Légèrement sur la gauche de la plage et à quelques mètres au-dessus de l’eau, une petite aire herbeuse relativement plane a servi de campement. Il y a quelques traces. Un grand bac en plastique est abandonné dans l’herbe… C’est triste dans un lieu comme celui-ci. Des coquilles de moules, des rectangles d’herbe écrasée, quelques pierres alignées. Mais cet endroit est abrité du vent. Nous nous y installons également. Nous montons la tente. Elle est trempée. Un petit vent souffle. Il va faire du bien et sécher nos affaires. Nous ouvrons en grand la tente et nous déplions matelas et sacs de couchage. Nos affaires de kayak sont étalées sur la plage de galets.

Puis il est temps de prendre des photos. Enfin ! Cet endroit est magnifique. Indescriptible. Une petite baie d’eau verte et transparente entourée de hautes montagnes, vertes elles aussi. Quelques torrents dévalent celles-ci dans un sacré vacarme. Nous avons aussi choisi notre emplacement pour échapper au bruit !

De la tente, nous avons une vue imprenable sur la baie. Juste sur notre droite, une toute petite plage de cailloux gris avec quelques plaques d’algues jaunes. Devant cette plage, l’eau est parfaitement lisse, transparente et d’un vert profond. Au-delà, la falaise trempe directement dans la mer et s’y reflète à la perfection. La roche est noire, grise et rose avec les taches vertes de la végétation qui se développe sur la moindre zone relativement plane. A l’exception de la minuscule passe, la baie est enserrée par ce relief, mi-roche, mi-herbe. Sur la gauche, celui-ci est plus élevé. A ses pieds, la pente plus douce se transforme en prairie. Deux filets d’eau, plus cascades que torrents, forment deux lignes brisées claires qui s’élancent du sommet pour finir dans la baie.

Nos kayaks sont posés sur une grande plage de galets clairs, à dominante gris, blanc et rose. Derrière, une piscine de sable fin se vide doucement dans la baie avec la marée descendante. Avec du soleil et quelques (dizaines de) degrés de plus, s’y plonger devrait être agréable !

Comme un V coupant la ligne de crête, un creux dans les sommets derrière nous semble accessible par un lit de torrent presque asséché et rempli de gros cailloux, certains arrondis à la perfection. On dirait des œufs, des œufs de toutes tailles… Ce creux, creusé par l’action de l’eau, devrait nous permettre de passer derrière les crêtes et apercevoir l’inlandsis.

Juste à sa gauche, un autre torrent, loin d’être asséché, tombe bruyamment du relief abrupt en une succession de petites cascades. Après ces chutes violentes, il court joyeusement entre de gros cailloux avant de terminer langoureusement son chemin au milieu de l’herbe verte à quelques mètres de la tente. Ce sera notre approvisionnement en eau douce, fraîche et pure.

Et nous grimpons, difficilement car ces cailloux sont parfois instables. C’est un sol parfaitement inégal, inadapté à la marche. Plus qu’un sol, c’est un empilement de pierres de toutes tailles et de toutes les couleurs. La chute est parfois proche, lorsqu’un rocher se dérobe sous notre poids. Nous nous rendons bien compte du pouvoir destructeur de l’eau. La montagne est littéralement creusée, déchirée.

Puis, à ce qui semble être le col, nous découvrons une petite mare, d’une incroyable limpidité… Juste derrière elle, le ciel se dégage et le soleil fait son apparition. Leurs reflets sont vifs et nets dans la mare, ajoutant une petite touche de féerie à ce paysage déjà somptueux. Et pour compléter cette vue magnifique, nous découvrons en baissant les yeux un nouveau fjord encombré de glaçons. L’inlandsis est proche. Ce fjord est notre destination de demain.

Nous ne pouvons résister à la tentation de poursuivre et nous descendons vers l’eau. Le col s’ouvre en une large vallée qui est un lit de rivière, là encore presque asséchée. Au printemps, l’eau doit couler à flots. Le sol est jonché de galets de toutes tailles, aux formes arrondies, souvent parfaitement ronds. Les couleurs sont également variées : blanc, gris, rose, vert, rouge… De la végétation émerge timidement, un peu de mousse, quelques plantes et également quelques fleurs. Certaines ont des feuilles rigides en forme de coupe qui retiennent les gouttes d’eau. C’est d’une beauté à couper le souffle. A moins que ce ne soit l’effort…

Il nous semble possible de progresser sur la droite pour nous approcher encore plus près de l’inlandsis. Le relief est accidenté mais pas excessivement pentu. Mais nous n’avons malheureusement pas le temps d’essayer. Nous nous contenterons de la plage située juste devant nous.

Arrivés en bas, l’inlandsis est bien sur notre droite. En face, une plage. Cela doit être le bivouac prévu pour le lendemain.

Un craquement sourd, mais sonore. Comme la foudre. Des dizaines d’oiseaux s’enfuient en même temps et en criant. Bien qu’ils soient sur la rive opposée, nous les entendons distinctement et cela fait un vrai vacarme.

Quelques photos en profitant du soleil. Mais celui-ci baisse, il est temps de rentrer. Le retour sera finalement plus rapide et moins difficile que prévu.

Nous vidons les kayaks et récupérons le linge étendu un peu partout.

Même si nous n’avons pas très faim, nous préparons le dîner car nous avons prévu un petit extra. Les coquilles de moule vides laissent à penser qu’il doit y en avoir des pleines dans la mer. Et comme celle-ci baisse, il se peut tout à fait que des moules bien fraîches soient à portée de nos mains et de nos estomacs. Quelques branches, deux allume-barbecue et le feu est lancé, malgré le bois humide. Une grille qui traînait est ramassée, installée entre deux pierres et les moules cuisent sur ce barbecue improvisé. Quelques minutes plus tard, elles filent dans notre estomac, accompagnées par une soupe chaude. Agréable. Tout comme d’être au coin du feu, même s’il ne chauffe pas fort. C’est réconfortant et tellement plus plaisant que la pluie.

Le soleil couchant illumine les montagnes devant nous. Dans la pénombre croissante, elles ressortent vivement et prennent une teinte jaune orangée.

Après la vaisselle et le rangement, il est temps d’aller au lit. Une petite douche au gant et, épuisés mais heureux, nous filons dans nos sacs de couchage.

Il fait nuit et il commence à faire frais. La nuit risque d’être glaciale, les nuages n’étant plus très nombreux.

Je finis de charger le téléphone GPS avec la petite batterie d’appoint. J’avais installé le chargeur solaire cet après-midi et même sans soleil, il a un peu chargé. En espérant du soleil demain pour tout recharger.

Pour profiter de la marée descendante, puis montante, il va falloir se lever tôt demain. Il est 22h15, j’allume mon téléphone pour régler le réveil. Il est glacial, la batterie est vide… Le chargement n’a pas fonctionné, l’électronique n’aime pas le froid… Et donc pas de réveil…

Nous verrons cela demain… Mais dorénavant, je placerai ces appareils plus proches de moi, dans le sac que je place sous mon oreiller pour le surélever un peu, afin qu’ils profitent un peu de la chaleur que je dégage.

6 septembre – Mardi

Taraudé par ma douleur à l’épaule, je me réveille de nombreuses fois pendant la nuit. Vraiment pas de chance de se blesser à cette partie du corps vaguement utile pour le kayak juste avant de venir au Groenland… Mais il n’y a pas grand-chose à faire à part continuer à m’enduire d’anti-inflammatoire… La nuit n’est plus noire. Ce mal lancinant me tient éveillé. Impossible de trouver une position confortable et indolore. Ou peut-être est-ce la peur inconsciente de se lever trop tard.

Pourtant je n’ai pas du tout envie de me lever. Je me sens fatigué, j’ai un mal de tête terrible. Pas bien, pas bien du tout. Je n’ai sûrement pas assez bu hier. Allé un Doliprane, je m’habille et je vais chercher le petit déjeuner dans les kayaks. Nous avons oublié de le prendre hier.

Dans l’aube naissante, mes premiers pas confirment cette malheureuse impression, je ne suis pas bien du tout. Tant pis, il faut faire avec et attendre que le comprimé fasse effet. Nous avons rattrapé notre retard hier et l’inlandsis nous attend. Ce serait dommage de gâcher le difficile effort effectué hier.

Le petit déjeuner ne passe pas, je ne mange que la moitié des céréales. J’ai l’âme d’un aventurier, mais pas le physique !

Nous démontons notre campement dans la faible lueur du jour naissant. Et nous apprécions grandement de ne pas le faire sous la pluie. Cela permet de retarder au dernier moment le frais enfilage des combinaisons étanches, lorsque tout est déjà plié et rangé.

Le but était d’être loin à 7 heures, à l’inversion de la marée, pour profiter du courant descendant. Nous partons à sept heures trente, malgré tous nos efforts. Et nous sentons rapidement que le courant est contre nous. Le soleil fait de timides apparitions, entre les quelques trous de la fine couche nuageuse.

Pour remédier à notre problème de batteries vides, je bricole une petite attache entre mon gilet de sauvetage et le chargeur solaire. Une fois le soleil apparent au-dessus des hauts reliefs, cela semble fonctionner… Sauf que… Le chargeur est dans mon dos et le soleil bien en face… Cependant le peu de charge fournie par la luminosité semble suffire à faire fonctionner l’application GPS. Mais mon téléphone ne cesse de vibrer pour me signaler que la batterie est vide. C’est énervant de sentir cette vibration quasi continuelle. Je change le mode après m’être battu pendant plusieurs minutes avec ce maudit appareil. Impossible d’enlever la signalisation « batterie faible ». La moins mauvaise option est un bip-bip.

L’eau de la baie est ce matin d’un vert sombre. Mais toujours calme et d’une incroyable transparence. Comme hier, le courant contre s’accélère au niveau de la passe. Mais nous la passons sans encombre, il suffit juste d’appuyer un peu plus sur les pagaies.

A la sortie de la baie, nous virons à droite. Sur notre gauche, en arrière-plan, une petite tranche d’inlandsis.

Dans mon dos, lorsque je rame, le mouvement de mes épaules fait frotter le chargeur sur le kayak en faisant un bruit désagréable. J’ai l’impression d’avoir une meute de corbeaux derrière moi… Plus le bip-bip… Autant pour le silence dans le grand nord !

Malgré le courant contraire, nous avançons d’un bon rythme. Cinq kilomètres et demi à la première heure. La mer est calme. Seul un léger frémissement causé par un petit vent la parcourt. Que c’est agréable ! Les kayaks glissent et filent sur l’eau. Une douce sensation. Deux petites vaguelettes se forment sous l’étrave du kayak lorsque celui-ci coupe l’eau immobile. Près du bord, là où la profondeur est faible, nous nous rendons bien compte de la transparence de l’eau, dont la couleur tire plutôt sur le vert. Les roches immergées sont clairement visibles.

Le passage où nous nous sommes engagés est cerné par de hautes falaises, surtout sur notre gauche. Celle de droite baisse régulièrement. C’est une péninsule et nous devons en faire le tour. Plus la crête sera basse, plus nous nous rapprocherons du virage. Notre passage se rétrécit et le courant se renforce d’autant. Mais l’allure reste bonne, d’autant que le soleil perce maintenant complètement les nuages. Un ciel bleu limpide et sans nuages s’annonce.

De nombreux torrents sillonnent les côtes escarpées. En plusieurs endroits, ce ne sont que des ruissellements sur la roche nue. Au contact de cette eau, la pierre prend une couleur rouille. L’eau doit être chargée en fer et les ions métalliques doivent se déposer pour donner cette teinte.

Au bout de deux heures, nous arrivons au bout de la péninsule, tournons à droite pour doubler le cap qui en marque la fin et nous commençons à remonter l’autre rive. Nous retrouvons les icebergs qui viennent de l’inlandsis. Notre objectif de la matinée. Nous faisons une pause-goûter. Arrêtés sur l’eau, nous nous rendons compte que nous reculons ! Bizarre, le courant devrait être dans l’autre sens, dans notre sens…

Nous repartons, et nous devons nous rendre à l’évidence : le courant est bien contre nous ! Je n’y comprends rien. Peut-être que les horaires de marée que j’ai sont faux. La galère…

Heureusement, le spectacle nous fait oublier nos malheurs de courant. Les glaçons sont nombreux et de toutes tailles. C’est ce qui s’appelle naviguer au milieu des glaces ! Et le tout sur une mer calme et sous un soleil radieux. C’est l’occasion de belles photos. Enfin quand mon kayak le veut bien, car le temps de sortir l’appareil, il a vite fait un demi-tour !

Et soudain, alors que nous quittons le bord du fjord pour son centre, car notre bivouac est sur son autre rive, ce fameux mur de glace nous apparaît. L’inlandsis ! Et c’est exactement cela. Un mur, une barrière. Il nous semble tout proche, nous y serons vite arrivés.

Les minutes défilent, le spectacle est magnifique, le mur de glace aussi impressionnant. J’ai toujours mes corbeaux dans le dos. Mais plus de bip-bip… Tiens, je regarde : l’appareil est éteint… Etonnant avec le brillant soleil que j’ai maintenant dans le dos. Encore un truc qui ne fonctionne pas. Le chargeur ? Le téléphone ? Bon, je verrai cela à l’arrivée.

Enfin, si nous arrivons un jour. L’inlandsis semble toujours aussi proche, mais il n’a pas vraiment bougé… Son immensité perturbe notre perception.

Les minutes défilent et avancer devient difficile, les bras et les jambes sont à nouveau douloureux. Comme un remake de la veille. Finalement, heureusement que je n’ai plus le GPS, le moral ne survivrait peut-être pas à la lecture de la distance restante. J’enchaîne les bâillements, le mal de tête revient doucement. Je crois que je suis épuisé… Mais cette fois, je bois.

Tiens, sur ma gauche, comme une tête brune hors de l’eau. Cela doit encore être un de ces oiseaux qui fait de la plongée… Et non, cela n’y ressemble pas. La tête tourne de tous les côtés. Ah, pour une fois que je n’ai pas monté mon téléobjectif pour que ce soit plus pratique… La tête me fixe puis plonge. J’avais pourtant essayé de m’approcher discrètement. Cela ressemblait à un phoque. Dommage, j’attends quelques instants qu’il réapparaisse. Mais non… Et je ne sais pas combien de temps un phoque peut rester sous l’eau.

Nous poursuivons… C’est difficile. Beau mais difficile…

Quelques longues minutes plus tard, nouvelle tête brune à la surface. Nouvelle tentative d’approche, nouvel échec. Car nouveau plongeon… Est-ce le même ? S’il réapparaît une nouvelle fois et qu’il me fait un clin d’œil ou un signe de la patte, c’est que c’est bien le même et qu’il se moque ! Ses ancêtres ont dû lui apprendre qu’il fallait éviter l’homme en kayak. Pourtant avec ma combinaison orange, mon gilet de sauvetage bleu, mon kayak violet et ma pagaie rouge, je ne suis pas certain d’avoir l’air d’un chasseur essayant de se camoufler. A moins qu’il n’ait eu peur de mes corbeaux…

Le mur de glace est réellement impressionnant.

Sur la droite, je vois enfin l’endroit où nous étions hier en promenade. Que d’images en aussi peu de temps. Quelques (toujours) longues minutes plus tard, j’aperçois enfin la plage que je m’étais fixé comme objectif de bivouac. Juste avant d’y arriver, quelque chose m’attire l’œil sur la gauche. Non ?... Et si… Une demi-douzaine de structures franchement pas naturelles dans ce décor lunaire de cailloux et de rocaille. Des dômes à multiples facettes qui font très expéditions scientifiques. Pour confirmer cette impression de non-solitude, une embarcation à moteur apparaît et rompt le silence près de l’inlandsis sur la droite.

Sympa la tranquillité du bout du monde ! Nous nous posons tout de même sur la plage. L’endroit n’est pas idéal. L’inlandsis semble encore loin et la proximité de ces gêneurs me trouble. Après un bref conciliabule, nous décidons de tenter notre chance un peu plus loin.

Et les coups de pagaies s’enchaînent à nouveau. Même si la petite pause a fait du bien, c’est de nouveau difficile. Les criques se suivent. Mais aucune n’est accessible ou « bivouacable ». Et c’est long. L’inlandsis est toujours loin, très loin. Je songe au demi-tour quand j’aperçois une forme violette dans l’eau… De loin, on dirait un cerf-volant. De près, on dirait une tente. C’est une tente. Montée, mais dans l’eau et verticale, l’entrée vers le haut. Une partie flotte. Une partie vaguement cylindrique et de bonne taille. Une pensée morbide m’effleure. Elle m’effleure tellement que je n’ose y toucher, à peine de la pagaie… Non, c’est impossible… Au contact de la pagaie, c’est mou. Bon… Très courageux, je me rapproche… Mais lentement… J’ouvre… Rien de terrible, ce ne sont que trois ou quatre matelas en mousse pliés en deux… Que faire à part laisser ça comme c’est. Impossible de la bouger. Vraiment sympa ce bout du monde. Quelle surprise après le prochain cap ? Boîte de nuit sur la plage ? Allons voir derrière ce cap, je n’en suis plus très loin, on ne sait jamais, il y aura peut-être un bon coin…

Et enfin, au loin, apparaît une petite plage, accostable… Ouf… En espérant que ce lieu soit aussi bien qu’il le paraît.

Et finalement, cet endroit est merveilleux ! Cela valait vraiment la peine de se donner autant de mal. Un petit bout de sable fin, comme une vraie plage des tropiques, la beauté du paysage, la couleur et la pureté de l’eau n’ayant rien à envier aux plus beaux sites sur terre. Pour poser la tente, une zone plane de sable gris relativement à l’abri. Un ruisseau juste à côté pour l’eau. Des pierres en quantité pour s’asseoir et pour faire sécher le linge. Et un petit coin sympa bien à l’abri pour préparer le repas et manger, à côté du ruisseau.

Le soleil brille et à l’abri du vent, il fait bon. Je fais le malin torse nu. Mais après s’être changés, il faut étendre les affaires mouillées sur des cailloux au soleil, décharger et manger. Après le repas, jambon de Bayonne, couscous et brownies, la tente est vite montée. Je suis réellement fatigué. Et il fait si bon dans cette tente au soleil… quatorze heures quarante-cinq, il y a encore du temps pour l’après-midi. Je m’allonge donc dans la tente. Par la « porte » laissée grande ouverte, le soleil me chauffe le dos… un régal, un bonheur… Je sombre rapidement.

Un peu plus d’une heure plus tard, je saisis mon appareil photo et nous décidons d’une petite promenade.

A table, nous avons décidé de revoir notre parcours et notre emploi du temps. Une des possibilités était de se faire récupérer par Jacky à Narsaq s’il y avait un problème ou si nous changions nos plans. Il nous avait proposé le onze. Au vu de notre fatigue (certainement plus de vingt-cinq kilomètres aujourd’hui) et de la beauté du lieu, il est hors de question de mettre les fesses dans le kayak demain. Donc demain, nous restons ici, puis nous refaisons un itinéraire pour Narsaq avec des étapes plus petites.

Et donc maintenant, direction les hauteurs juste derrière le campement vers l’inlandsis. Comme partout depuis le début, des pierres sont visibles sur les crêtes, certaines en équilibre bien précaire. C’est étonnant de voir ces rochers sur les sommets comme s’ils y avaient été déposés par des géants. Un glacier les a amenés et les a laissés en fondant...

Comme hier, nous montons le long d’un ruisseau qui a creusé la montagne et adouci la pente. Le terrain est ici aussi un champ de cailloux. Certaines pierres ont peut-être parcouru des centaines de kilomètres avant de finir ici. Et il y a des milliers d’années… En plus de sa beauté ce lieu est vraiment différent, d’un autre temps, d’une autre terre.

En nous retournant, nous voyons notre tente, posée sur la petite plage, côtoyant les pierres et devant une mer bleue avec quelques glaçons blancs. Petite tache orange et seule trace humaine dans ce paysage sauvage.

En passant une nouvelle crête, nous restons interdits, muets de stupeur, ébahis par le spectacle. C’est grandiose. Tous les efforts et les sacrifices sont oubliés. « ça » les méritait. Face à nous, de l’autre côté de la baie, le mur de glace blanc, l’inlandsis, ce pourquoi nous sommes venus ici. C’est indescriptible. D’ailleurs nous n’essayons pas. Nous nous asseyons, et pendant de longues minutes de silence, nous savourons ce cadeau de la nature. La mer est bleue et calme, la glace est blanche et immaculée, le ciel est limpide, le soleil brille de tous ses feux derrière nous.

Ce monument nous trouble et nous avons de graves problèmes d’échelle avec lui. C’est gigantesque. Le bateau de nos « scientifiques » passe devant. Il est minuscule…

La falaise verticale au-dessus de l’eau doit mesurer trente ou cinquante mètres. Derrière, la hauteur du mur de glace doit dépasser les deux cents ou trois cents mètres. Quant à la largeur, des centaines de mètres.

Quelques photos bien sûr. Une pensée pour la crème solaire et nous envisageons déjà la promenade de demain. Ah si nous pouvions grimper sur cet immense glaçon !...

Mais il faut déjà redescendre, préparer la nuit et le repas.

Soudain le vent vire de quatre-vingt dix degrés, plein ouest et se met à souffler violemment. C’est vraiment curieux ici. Des oiseaux volent très haut, justement à l’ouest. Se passerait-il quelque chose ?

Craignant pour la tente, je mets des cailloux de bonne taille sur les sardines, je retends les ficelles et j’érige un mur de pierres devant la tente afin d’éviter (un peu) les courants d’air. Dérisoire protection… Ce vent attire le froid. Ce sera donc un dîner à l’abri. Nouilles chinoises et un petit flan qui passe très bien !

Une petite douche au gant, demain c’est lessive et shampooing.

Il fait nuit maintenant. Je vais jeter un coup d’œil dehors. On ne sait jamais, le ciel étant dégagé, si jamais une aurore boréale faisait son apparition…

L’inlandsis est également impressionnant par son bruit. Il gronde régulièrement. Comme un orage un peu éloigné. Cela aussi est impressionnant. Quel lieu fantastique…

Et demain c’est grasse mat’ !

7 septembre – Mercredi

Par trois fois, nous ouvrons la tente cette nuit pour scruter le ciel étoilé en espérant apercevoir des aurores boréales. Et nous en voyons les deux premières fois. Assez peu lumineuses, mais tout de même, ce sont des aurores boréales ! De longues traînées verdâtres qui ne laissent aucun doute. J’ai souvent eu le sentiment que les photographies très lumineuses d’aurores boréales ne reflétaient pas la réalité, mais provenaient d’un très long temps d’exposition. Mais il est tout de même possible qu’il en existe de bien plus marquées que celles dont nous sommes témoins cette nuit. Nous sentons également la grande fraîcheur de la nuit… Je supporte très bien la capuche du sac de couchage.

Au réveil, le soleil brille et éclaire fortement la tente. Quel plaisir… Il la réchauffe également, c’est nettement perceptible. Au chaud dans mon sac de couchage, je profite de l’instant. Au bruit continu du ruisseau s’ajoute les sourds grondements de la glace et parfois le cri d’un oiseau qui passe.

Même si la nuit a été sèche, le haut de mon sac de couchage et la paroi de la tente au-dessus de ma tête sont encore constellés de gouttes d’eau. L’humidité de ma respiration et la chaleur humide dégagée par mon corps doivent venir se condenser sur ces surfaces froides.

Aujourd’hui il faut appeler Jacky pour l’informer de nos nouvelles intentions.

Il va également falloir recharger tous les appareils électroniques : téléphone, batterie et lampe. Une bonne journée de soleil devrait y suffire largement. Hier j’ai découvert un faux contact entre le câble du téléphone et le contacteur du chargeur. Cette imperfection explique le mauvais fonctionnement de l’installation sur le kayak.

Je me sens bien mieux aujourd’hui. Une bonne nuit de sommeil fait du bien. La présence du soleil doit également jouer sur le moral, et donc sur le physique.

Il commence à faire bien chaud sous la tente. Il est temps de se préparer et de déjeuner. Nous avons une journée chargée !

Un coup d’œil dehors. Un soleil magnifique, pas un nuage, pas de vent. La mer est lisse comme un miroir. Un décor de carte postale, comme nous en rêvions.

C’est sans aucun doute l’un des plus beaux petits-déjeuners de ma vie. Assis sur une grosse pierre, face à l’immensité du glacier, avec un soleil qui réchauffe ce petit matin au grand nord et qui se reflète en mille diamants sur l’océan turquoise. La mer se ride légèrement par l’effet d’une minuscule brise qui se lève. Insuffisant toutefois pour troubler la parfaite quiétude qui nous entoure. Les reflets des reliefs et des icebergs sont quasi-parfaits, à peine troublés. Aucun remous, aucune vague ne vient s’échouer sur la plage. Quelques glaçons se sont échoués sur la rive pendant la nuit. Le soleil rasant les rend translucides, dévoilant les détails à l’intérieur.

Quelques photos bien sûr, il faut profiter du cadre enchanteur et de la clémence des éléments.

9h30. Nous sommes prêts. Lavés, rasé, brossés… Nous testons le shampooing sec. Ce n’est pas extraordinaire, mais l’impression après sa pulvérisation est meilleure que sans.

Je téléphone à Jacky avec le téléphone satellite. Cela fonctionne parfaitement. Il nous donne rendez-vous à Narsaq le dimanche onze à quinze heures quinze. Il m’a également donné un petit aperçu météo : beau temps jusqu’à demain midi, puis cela se couvre avec risque de pluie et vent de sud.

Comme nous n’avons plus de sac à dos pour la randonnée, un sac étanche en bandoulière fera l’affaire. Nous prévoyons de déjeuner près du glacier et nous emportons tout le nécessaire.

Les batteries chargent, le linge sèche, l’inlandsis gronde. Tout est en ordre et nous sommes prêts. En route !

Comme hier soir, nous progressons le long du ruisseau, sur un sol inégal composé de pierres plus ou moins stables. Bien évidemment, il n’existe aucun chemin.

Ce pays est vraiment surprenant. En quelques mètres, nous alternons les champs de cailloux, de graviers, de sable, d’énormes rochers… C’est étonnant. Là où l’eau passe, les pierres sont lisses et arrondies. Ailleurs, elles sont brutes, aux arêtes vives. Certaines sont énormes, plusieurs mètres de haut. Quelle force doit avoir la glace !

Hier, nous avions aperçu une crête de rochers entrant dans l’inlandsis. C’était notre objectif. Sur cette crête, il doit y avoir une magnifique vu sur le glacier et son immensité. Nous reprenons le chemin emprunté hier. Puis nous bifurquons vers la mer pour rejoindre une large plage de sable où de nombreux petits glaçons sont échoués. Le sable est sombre. La progression est difficile, la pente est parfois raide et le sol, mélange de sable, de gravier et de roches de toutes tailles, est instable. Chaque pas est risqué, l’attention doit être soutenue. Passer par la plage devrait nous faciliter la progression. Et l’accélérer.

Une fois sur cette grande plage, nous poursuivons le long de la mer. Finalement, nous ne regrettons pas notre lieu de campement, il est bien plus agréable et abrité.

Au détour d’une petite dune, nouvelle surprise, comme ce pays sait nous en réserver ! Une tente. Décidément, impossible d’être tranquilles… Et non, finalement ce n’est pas une, mais plusieurs tentes que nous découvrons. D’abord un grand dôme bleu et rouge, puis une structure à facettes type scientifique et enfin plus à droite, en hauteur au milieu des rochers, quatre tentes simples, violettes. Du même type que celle vue hier dans l’eau. Et le dôme « scientifique » ressemble lui à ceux aperçus à notre escale hier…

Le campement est silencieux et trois des quatre tentes ont un aspect curieux, comme si elles étaient ouvertes. Nous n’apercevons personne. Nous n’osons pas aller voir, mais notre chemin nous fait nous rapprocher. Les trois tentes ont effectivement un aspect bizarre, puisqu’elles sont retournées ! Elles gisent sur l’un de leur côté. Ce qui explique l’aspect curieux perçu de loin. Des matelas en mousse sont à l’intérieur. Ce sont donc bien les sœurs de la fugueuse immergée qui a dû s’envoler et flotter quelque temps avant de s’enfoncer dans l’eau. Le camp semble donc abandonné.

Nous nous approchons du dôme bleu. Un torrent de boue et d’eau passe à l’intérieur. Les occupants ont dû partir il y a un certain temps. N’y tenant plus et au cas où, je regarde à l’intérieur. Des réserves de nourriture, des plaques de cuisson au gaz, de la vaisselle, etc. Une cuisine. Nous regardons ensuite sous le dôme « scientifique » beige. Une grande table, une dizaine de grands seaux retournés servant de sièges, quelques outils. En ordre. L’état d’usure des tentes laisse penser que les occupants sont partis depuis longtemps.

Distraits par ce campement, nous ne nous sommes pas aperçu que nous étions arrivés au pied de l’inlandsis. Nous ne l’avions également pas remarqué car il n’est pas immaculé ! Au contact des graviers et du sable sombres, il a pris une teinte allant du marron au noir. Mais c’est bien lui, sale, mais c’est lui !

Nous nous en approchons. Et soudain, je sens mon pied s’enfoncer, le sol n’a pas la résistance habituelle. Cependant il ne cède pas, il est élastique. C’est une surface lisse et noire. Et c’est un peu comme si je marchais sur un trampoline. Sauf que je ne tiens pas à savoir ce qu’il va se passer si je passe à travers et ce qu’il se trouve en dessous. Prudemment, mais rapidement, je bondis vers une zone plus sûre… Curieuse, vraiment curieuse, cette structure du sol. Mais peu rassurante…

Nous poursuivons vers le bord de mer et nous arrivons au pied d’une falaise de glace d’une bonne dizaine de mètres de hauteur. Malheureusement, elle est loin d’être immaculée. Le blanc sale côtoie le gris et le noir. Sa surface verticale est percée de quelques trous et striée. Comme pour une montagne, différentes couches correspondant à différentes époques sont visibles. Sa face supérieure est légèrement inclinée et légèrement ondulée, la pluie et le vent devant adoucir les aspérités naturelles. Plus loin, nous voyons la falaise de glace blanche surplombant la mer, si proche et si loin en même temps. Entre cette falaise noire et la mer se trouve une petite plage de cailloux de quelques mètres de largeur. La suivre nous permettrait de progresser rapidement. Mais cela nous ferait passer au pied de la falaise noire et ne serait absolument pas prudent. Si elle venait à céder…

Nous choisissons donc de rebrousser chemin. Nous allons tenter d’atteindre notre objectif en longeant le glacier par le haut.

En remontant, près d’un petit ruisseau qui ressemble à tant d’autres, mon pied s’enfonce brutalement avec un doux bruit de succion… Sous une fine couche de gravier totalement anodine se cachait une bonne couche de boue grise. Mes chaussures et mon bas de pantalon ont droit à un relooking express ! Petite séance de nettoyage au ruisseau suivant. Heureusement, le tout étant étanche, je m’en tire bien ! Chaque pas peut recéler un piège ici, il faut vraiment y prêter attention.

Nous commençons à monter le long d’un torrent. C’est abrupt, mais moins qu’à côté. Nous avons alors le choix : soit suivre ce torrent et avancer par les hauteurs, soit obliquer à droite et essayer d’avancer entre la falaise rocheuse et l’inlandsis. Nous choisissons la seconde option. Quelques mètres plus loin, en position horizontale et les deux mains dans la boue, je propose de suivre la première option…

La montée est difficile, la pente est raide au milieu de rochers bruts et parfois instables. Au bout de longues minutes d’efforts, nous obliquons vers la droite, vers des endroits où la roche nue apparaît. Cela semble plus facile, les bords du torrent devenaient trop pentus.

Vers midi, nous comprenons que nous n’irons pas beaucoup plus loin et certainement pas jusqu’à notre objectif. Un dernier effort et nous arrivons sur un point haut, une petite terrasse avec une vue exceptionnelle sur la baie et les glaciers. Et toujours, des pierres posées un peu partout sur les points hauts ou en équilibre sur les crêtes et les sommets. C’est indescriptible, d’une beauté fascinante. Tous nos efforts étaient mérités. Nous avons une vue plongeante sur les falaises de glace qui vont du blanc pur au bleu transparent. Et le glacier se poursuit bien après ces falaises. Sa surface est striée, ondulée, accidentée. Le blanc côtoie le bleu et le marron. Ses bords en contact avec la roche ou le sable sont marrons ou noirs.

Notre GPS indique une altitude de 230 mètres. Le glacier en face va bien plus haut.

Des morceaux de la falaise de glace sont proches de la chute, fissurés ou en surplomb. Je prends quelques photos avec mon téléobjectif en priant pour que la chute arrive à ce moment-là. Mais rien ne tombe…

Ce paysage exceptionnel couvre presque cent quatre-vingt degrés, de la falaise de glace à gauche à la sortie de la baie à droite. Nous pouvons même apercevoir la petite baie où nous étions avant-hier.

Nous décidons de déjeuner sur cette extraordinaire terrasse.

A part quelques oiseaux, dont certains rapaces de bonne taille, nous n’avons vu aucun autre animal. Des traces sont pourtant nombreuses. Rennes, chèvres ou équivalent, renard. Mais rien à portée de regard… Ils doivent être très craintifs.

Pendant le repas, nous ne perdons pas une miette du spectacle. Le calme et le silence sont également impressionnants. Seuls quelques cris d’oiseaux et les grondements réguliers de la glace viennent rompre cette impression d’isolement, d’être seuls au monde.

Nous apercevons également le campement abandonné. Entre la couleur sombre du sol, les tentes renversées, les autres laissées pleines et les pièges au sol, cet endroit est vraiment lugubre…

Le temps commence à se couvrir. Une couche en haute altitude commence à voiler le soleil et quelques nuages bas arrivent également par-dessus la barrière montagneuse derrière nous.

Le repas terminé, il est temps de redescendre. Nous profitons de notre vue en hauteur pour choisir notre itinéraire. La descente est bien plus rapide, mais parfois périlleuse. Par moment, nous nous demandons même si ce que nous faisons est vraiment sensé…

Sur le chemin du retour, nous voyons de nouvelles incongruités. Une roche fendue en deux, par le gel certainement. Une zone brûlée d’à peine une dizaine de mètres de diamètre avec des résidus de bois carbonisé. Comme si un arbre était présent ici et qu’il avait pris la foudre. Et surtout nous croisons plusieurs pyramides de sable. Des dizaines, voire des centaines de fines strates horizontales les composent. Comme si le sable avait été fortement compacté. Au touché, c’est solide, mais légèrement friable. Surprenant…

15h30. Retour au campement. Après avoir bien transpiré, une bonne douche nous fera du bien. Elle prend la forme d’une casserole d’eau chaude. A l’abri du vent et malgré le maigre soleil, il ne fait pas trop froid et nous n’avons pas honte de montrer nos fesses au glacier. Cela fait un bien fou… La pudeur nous empêche d’immortaliser ce moment sur la pellicule…

Un petit goûter nous fait beaucoup de bien.

Nous rangeons les affaires mises à sécher.

Sans le soleil, le froid arrive vite. Le dîner sera certainement au chaud dans la tente.

Je crois que c’est avec tristesse que je vais quitter cet endroit demain…

En repensant à cette randonnée, je me rappelle l’échange tenu avec la vendeuse de chaussures de marche :

- « Vous allez où ? »

- « Au Groenland… »

- « Ah… Connais pas… »

- « Moi non plus. Cela doit être type moyenne montagne. Sans trop de cailloux… »

Pas trop de cailloux… Presque !

Petite soirée tranquille et reposante, dans la tente à cause du froid, à discuter de tout et de rien et à préparer la suite du voyage.

Nous dînons de bonne heure, le but étant de se coucher tôt pour une bonne nuit de sommeil réparatrice et attaquer dès l’aube. Lever au lever du soleil, départ vers huit heures pour profiter de la marée descendante qui doit durer jusqu’à dix heures trente. Escale prévue à la pointe de la péninsule que nous avons doublée hier. En passant, j’y ai vu une plage accessible et un endroit plat susceptibles de nous accueillir. Une quinzaine de kilomètres prévus.

Je crois que nous avons du mal à réaliser où nous sommes et ce que nous faisons… C’est complètement irréel de voir notre tente plantée au milieu de ce milieu inhospitalier, ce désert de cailloux et de sable, dans ce froid mordant, face à cet immense bloc de glace… Ce tout petit espace de survie, si fragile, loin de tout, au bout du monde…

8 septembre – Jeudi

Le jour se lève. La couche nuageuse est toujours là. Il faut commencer à se préparer.

Le petit déjeuner se termine et la mauvaise nouvelle arrive. Trop vite, trop tôt. Le crépitement que nous ne connaissons que trop bien recommence. Aïe, la pluie… Un peu en avance sur l’horaire. Et c’est donc dans ces tristes conditions que nous démontons notre campement.

8h30. Tout est prêt. Vraiment pas logeables ces kayaks, nous avons toujours autant de mal à tout caser dans ces embarcations… Un dernier regard en arrière et c’est parti. Le mauvais temps atténue quelque peu la tristesse de quitter ce lieu magnifique. Le plafond et la visibilité dégringolent, la pluie tombe de plus en plus fort.

Il y a beaucoup de glace sur l’eau. C’en est même parfois impressionnant et difficile à naviguer. Je préfère éviter de toucher la glace avec mon kayak en matière plastique. Je n’ai pas une grande envie de rejouer la tragédie du Titanic. La mer est calme et le courant nous aide. Dans cette baie, le courant semble toujours aller dans le même sens. Du moins en surface : quelque soit l’heure et la marée, nous avons toujours vu les icebergs aller de gauche à droite, vers la sortie de la baie. Et c’est pourquoi, à notre arrivée avant-hier, nous étions désespérés de voir que le courant était contre nous alors que la marée montait. Je crois avoir l’explication de ce phénomène curieux. Du fait de la proximité de cet immense glacier, la baie reçoit une quantité phénoménale d’eau douce provenant de la fonte de la glace. Et il faut bien que toute cette eau s’évacue…

Je navigue plus au centre de la baie, je ne revois donc pas la tente fugueuse qui était près du bord. Peut-être a-t-elle même coulé ou a été ramassée. Mais nous distinguons beaucoup mieux le camp « scientifique ». Je compte cinq dômes à facettes, dont un plus gros, plus arrondi. Le camp est légèrement en hauteur, sur une butte dénudée. A ses pieds, sur la plage, le bateau pneumatique rouge est au repos. J’arrive à distinguer quelques silhouettes en combinaisons rouges se déplaçant entre les tentes. Devant le camp, un gros iceberg et une nuée de mouettes, soit sur l’eau, soit sur l’iceberg, soit sur des petits glaçons. Elles s’envolent toutes à notre passage et passent à quelques mètres au-dessus de nos têtes.

Je profite de quelques accalmies pour prendre quelques photos. Sombres certainement. C’est vraiment dommage cette pluie, je voudrais passer mon temps l’appareil à la main…

Dans la brume, nous apercevons une forme noire flottant au milieu des icebergs sur notre gauche. Avec la distance et le manque de luminosité, nous n’arrivons pas à distinguer ce que cela peut bien être. Mon imagination bat son plein. Cela ressemble à un tronc d’arbre couché, mais c’est improbable vu l’absence de forêts. Nous bifurquons et allons voir. Ce n’est finalement qu’un iceberg noir qui doit provenir du bord du glacier et qui tire sa teinte sombre de son contact avec le sol.

Peu à peu, le vent forcit et la mer se creuse. Les rafales deviennent même violentes. Jacky nous avait prédit un vent de sud. Celui que nous subissons vient de notre travers gauche alors que nous faisons route au sud-sud-est. Pour le vent, je dirais donc bien qu’il arrive du nord-est… Mais avec tous ces reliefs, il doit tourbillonner sans cesse.

Avec ce vent, mon kayak rebelle s’en donne à cœur joie pour me compliquer la vie. Pour chercher un maximum d’abri, nous quittons le centre de la baie pour longer les falaises sur notre gauche, le vent y est un peu moins sensible. Pour arriver à aller droit, je ne rame que du côté gauche et en prenant le plus de levier possible, j’ai la main droite qui touche la pelle droite. Et je ne ménage pas ma peine.

Lors d’une rafale plus forte que les précédentes, je n’ai pas d’autre choix que de plonger ma pelle droite pour garder l’axe. Si c’est efficace pour me diriger, cela me coupe mon élan. J’ai ramé aussi fort que je suis bête du côté gauche et cela n’a pas suffit. Pourtant… Le bras gauche en feu, je m’accorde quelques secondes de pause. Et à une dizaine de mètres, une belle tête dépasse de l’eau ! Je distingue nettement l’œil qui me regarde, les moustaches, la tête plus sombre que le cou, légèrement tacheté. Puis la tête bascule en arrière. Je vois le corps clair allongé juste sous la surface et l’instant d’après, tout a disparu… C’est ça, moque-toi !

Lors de notre départ ce matin, nous avions vu une petite tête émerger à plusieurs reprises au large de notre campement. Est-ce le même qui nous a suivi ?

Après plus de deux heures d’efforts, la petite crique que nous visons aujourd’hui à la pointe de la péninsule ne devrait maintenant plus être loin, nous approchons de la pointe. Certaines autres criques me semblent abordables, aucune ne m’apparaît idéale. Mais je les observe attentivement, si par malchance celle que j’avais vue ne devait pas être utilisable.

Avec le vent, la navigation est difficile.

Enfin la voilà. Un petit iceberg d’un mètre cinquante de hauteur en garde ou en signale l’entrée. C’est un signe ! Je me plante dans les rochers garnis d’algues quand soudain une grosse trouille…

Juste derrière moi, j’entends un énorme craquement immédiatement suivi d’un non moins énorme bruit d’éclaboussures. Je sursaute et par réflexe, je me retourne violemment. Ah oui, j’oubliais, kayak plus capuche égal retournement impossible. Je me contorsionne donc pour regarder derrière et je me rends compte que mon iceberg signalisateur s’est transformé en plusieurs petits glaçons s’agitant sur l’eau… Pff… Quel vacarme pour un si petit morceau de glace ! Une bonne montée d’adrénaline… Mon passage a dû briser ce fragile équilibre.

Je sors tant bien que mal du kayak sur les rochers glissants. Nouvelle priorité : uriner… Trente secondes plus tard, je peux enfin aller découvrir si ce lieu est utilisable. Et ô déception, il ne l’est pas. La zone est toute petite et balayée par les vents violents. Le sol est complètement détrempé.

Et donc, réinstallation dans le kayak et demi-tour. Nous allons devoir opter pour une des criques précédentes. Même en l’absence de plage, l’une d’elles est accostable et il semble y avoir quelques zones planes à l’abri un peu plus haut, soit à proximité du sommet, soit au milieu de la pente, bien marquée. Nous débarquons entre les rochers sur de la roche nue, lisse et rosâtre, et allons voir. Effectivement, il y a quelques minuscules zones à peu près planes, à peine de la taille de la tente, une vingtaine de mètre au-dessus de l’endroit où nous avons accosté. Au sommet, le sol est plus horizontal, mais inondé. Nous délaissons cette option et redescendons.

Nous hissons légèrement les kayaks et commençons à décharger et à nous installer.

Le sol n’est finalement pas si plat que cela. Il est également très humide et il est difficile de poser la tente. Les surfaces apparemment planes sont la plupart du temps trempées et bosselées. Nous finissons par nous décider pour ce qui nous semble être la moins mauvais solution et le résultat est quelques peu penché. Nous nous trouvons aux deux tiers de la pente, adossés à un mur vertical rocheux d’au moins dix mètres de haut qui nous protège efficacement du vent.

La pluie s’est miraculeusement arrêtée. Un plaisir. Après nous être changés, nous déjeunons dehors.

Et c’est également avec un grand plaisir que nous voyons apparaître à quelques dizaines de mètres du rivage, non pas une, mais deux têtes brunes ! Les deux phoques s’amusent quelques minutes, flottent sur le dos puis disparaissent sous la surface. Ils reviennent à deux reprises. Sont-ce toujours les mêmes, curieux et joueurs ?

Après le repas et malgré la pluie revenue, nous décidons d’aller visiter ce nouveau coin. C’est un lieu très escarpé, alternance de roche nue et de zones herbeuses, spongieuses et détrempées. Nous prenons nos bidons vides pour les remplir à un ruisseau car nous n’avons plus que le gros au tiers plein, soit près de cinq litres.

Nous nous rendons rapidement compte qu’il n’y a pas de ruisseaux ici. L’eau s’accumule sur les parties planes en mares ou en petits lacs, puis s’infiltre sous la surface pour former une nouvelle mare plus bas. Tant pis, nous ferons avec nos cinq litres. Malgré les pastilles en notre possession, la couleur des mares n’est pas encourageante pour y prendre de l’eau. Une vilaine couleur rouille. L’herbe n’est pas verte, elle est jaunie, ce qui donne à l’ensemble une couleur jaune orangée. Sécheresse ?...

Je n’ai pas pris mon appareil photo. Comme cela, cela fera peut-être sortir les animaux ! Et il y a cette fichue pluie…

Des animaux, il doit y en avoir ici, et en quantité. Les traces sont nombreuses : déjections, empreintes et sentes bien marquées. Près de la tente, j’ai trouvé deux grands bois de rennes. Nous en trouvons d’autres pendant la promenade, ainsi qu’un crâne complet avec les deux bois attachés.

Au détour d’un rocher, un mouvement attire mon regard. « Oh regarde, une chèvre ! Ah non, c’est un renard ! »… Effectivement, l’animal gris a une longue queue… Il file derrière un gros rocher. La discrétion ne doit pas être notre fort et nous devons faire fuir toute la faune environnante.

Nous croisons quelques empilements de pierres plates qui nous semblent peu naturels. Des tombes ?

Le plus difficile dans cette promenade est de retrouver le point de départ. Rien ne ressemble plus à un rocher mouillé entouré d’herbes qu’un rocher mouillé entouré d’herbes… Je ne suis cependant pas inquiet, je sais que nous sommes près de l’extrémité de la péninsule. Après être passés à la crique que nous souhaitions initialement, et confirmé qu’elle n’était vraiment pas optimale, nous finissons par retrouver notre campement.

Avant de partir en promenade, nous avions remonté nos kayaks et je les avais attachés par précaution à un gros rocher. Nous étions arrivés à marée basse et nous ignorions jusqu’où monterait la marée. C’était une bonne idée car leur premier emplacement est maintenant sous l’eau ! Il reste encore un bon mètre de hauteur… Cela devrait aller…

Rien d’autre à faire qu’à se mettre sous la tente à faire une petite sieste avec cette pluie…

Une pause dans le crépitement… Est-ce définitif ? Et non, quelques minutes plus tard, cela repart…

18h00. Quelques bruits sourds et louches me poussent à aller braver la pluie et voir les kayaks. Ce ne sont pas eux, c’est la mer qui cogne contre les rochers. Mais celle-ci n’est plus qu’à quelques centimètres de nos montures. Je les remonte donc d’encore deux mètres, par sécurité.

Je profite du temps libre pour planifier la suite. Au programme demain, une douzaine de kilomètres en kayak. Nous allons devoir trouver puis emprunter un étroit goulet pour rejoindre une nouvelle petite baie. Auparavant nous devrons traverser l’important fjord que nous avons déjà emprunté le deuxième jour. En espérant que le vent se calme. D’où nous sommes, nous ne le sentons pas, mais la mer semble bien agitée. Nous apercevons la rive opposée. L’entrée du goulet s’y trouve, mais je n’arrive pas à la situer précisément dans ce mélange de vert et de marron. Puis, une fois la baie traversée, il y aura un portage d’environ quatre cents mètres à faire. Cette portion piétonne nous évite de devoir contourner la grande île qui sépare les deux fjords qui rejoignent Narsaq.

Le jour baisse. La pluie ne cesse pas malgré quelques espoirs à la vue d’éclaircies au loin. C’est dommage, il y a du bois ici, nous aurions pu faire un feu. Et peut-être quelques moules. Le dîner va se faire dans la tente…

9 septembre – Vendredi

Dès l’arrivée de l’obscurité, la pluie redouble de force, martelant violemment, bruyamment et sans relâche les parois de notre tente. Autant dire qu’il est difficile de dormir sereinement et même de dormir tout court. La nuit est longue…

Il n’y a pas eu de répit. L’aube et ses espoirs arrivent tranquillement. Espoirs déçus. Avec l’intensification de la pluie, nous avons craint un renforcement du vent. Cela ne semble pas être le cas à l’examen de l’état de la mer devant nous. Cette journée risque de ressembler comme deux gouttes d’eau à la précédente.

Comme nous ne sommes pas pressés, nous en profitons pour somnoler quelques minutes de plus dans la chaleur de nos sacs de couchage, bercés par le bruit régulier de la pluie. En effet, nous ne devons emprunter le goulet qu’à marée montante, le courant contraire devant être trop fort à marée descendante. Et l’inversion de marée ne se produit qu’à onze heures vingt.

7h30. Nous nous préparons tranquillement. Le rituel est maintenant rodé. Habillage, pliage des sacs de couchage et des oreillers, un brin de toilette, petit déjeuner, brossage de dents, pliage des matelas (conservés pour un minimum de confort pendant le repas), fermeture des sacs. Puis c’est l’épreuve la plus difficile : mise des combinaisons étanches et des chaussons, froids et humides. Et enfin, pliage de la tente et rangement dans les kayaks…

Nos amis les phoques viennent nous faire un petit bonjour, toujours au même endroit, face à notre tente.

Notre site s’est transformé en un véritable marécage. Des flaques se sont créées un peu partout pendant la nuit. Le reste est une véritable éponge. Un coin de la tente est même au-dessus d’une flaque… Et c’est dans ce coin, sous une des avancées que nous avions soigneusement plié et rangé nos combinaisons étanches. A l’abri… Et elles baignent maintenant dans plusieurs centimètres d’eau. Ce sont les pantalons qui se trouvent au-dessous et quand nous les déplions, l’eau coule abondamment par les manchons des chevilles ! Cela va être encore plus difficile de les enfiler…

Et quand il fallu s’y résoudre, ils étaient encore plus froids et humides que d’habitude. Quel instant désagréable !

Une fois la tente pliée trempée et toutes nos affaires entassées dans les kayaks, c’est parti pour une nouvelle journée. Il est 10h15. C’est toujours plus long et moins motivant quand il pleut.

Après le temps exécrable de la nuit et le vent d’hier, nous redoutons vraiment cette étape dont l’essentiel sera vent de face et toute la fin à découvert lorsque nous traverserons le fjord.

Avec cette pluie, c’est finalement sur le kayak que nous nous sentons le mieux. Avec la combinaison étanche et sa capuche, elle ne se sent pas.

Pour éviter le vent, nous rasons les falaises sur notre gauche et l’eau y est assez calme. Pour le moment tout se passe bien.

A plusieurs reprises je vois un phoque à une vingtaine de mètres sur ma droite, légèrement en avant. A chaque fois, il sort la tête de l’eau, se tourne et nage sur le dos. Et disparaît au bout de quelques secondes. Ce doit être le (ou les) même(s) qui nous suit. Mais depuis quand ? Dommage que je n’ai pas un petit poisson à lui lancer. J’ai beau faire des gestes et l’appeler, il ne se rapproche pas. Curieux ou joueur peut-être, mais pas à ce point.

Arrivés à la pointe de la presqu’île, nous faisons une petite pause pour faire le point sur la navigation et jauger l’état de la mer. Celle-ci semble calme, pas lisse, mais sans gros clapot. Le fjord est encombré de glaçons dont certains sont très gros. Mais l’ensemble reste navigable. Quant à la route à suivre, il est difficile de trouver d’ici l’étroite entrée du goulet. Celui-ci n’est pas perpendiculaire au fjord et à la rive. Il entre de biais dans la montagne. Son entrée en donc en grande partie masquée lorsque nous sommes face à la côte. Nous ciblons une zone probable.

Et il faut se lancer. Contrairement à notre attente, la navigation se révèle être bien plus aisée qu’attendu et craint. Le vent est curieusement tombé et nous arrivons sans trop de difficultés à faire zigzaguer nos vieux kayaks au milieu des icebergs.

La traversée s’effectue donc sans problème. Avec encore le seul regret de ne pouvoir prendre de belles photos. Les quelques unes tentées sont très sombres. A l’est, des sommets enneigés émergent à peine de la couche nuageuse.

Comme depuis vingt-quatre heures, nous voyons qu’au loin le ciel est clair et dégagé. Alors qu’au-dessus de nos têtes, il est bas et plombé. Et nous espérons toujours que cette zone dégagée arrive jusqu’à nous. Le « c’est bon, ça se dégage ! » est même devenu une plaisanterie. Une dérisoire façon de se remonter le moral.

La zone ciblée s’avère être la bonne. Bien vu ! Le goulet est effectivement étroit. Il se réduit jusqu’à une dizaine de mètres. Vu l’eau à évacuer de la baie et la petite taille du « tuyau de vidange », le courant ici doit être violent à marée descendante. C’est très beau. La petite mer intérieure l’est également, ceinturée de montagnes verdoyantes entrecoupées de torrents.

A mesure que nous approchons de notre destination, notre incrédulité ne fait que croître. Nous refusons au début d’y croire. Et pourtant… Il faut se rendre à l’évidence : la plage est clôturée ! Et pas seulement la plage, la clôture court sur des centaines de mètres le long de la montagne. En bas, au milieu, il y en a partout… Ironiquement, je suggère que, comme dans les Landes avec les cèpes et les palombes, la chasse aux cailloux et la cueillette des galets doivent ici faire l’objet d’une sévère concurrence…

Nous accostons et mettons rapidement pied à terre pour aller voir cette incongruité. C’est effectivement un grillage à hauteur d’homme, à grandes mailles, et il se poursuit très loin. Heureusement, à quelques mètres se trouve une ouverture entre deux piquets. Le grillage est à terre et va nous permettre de passer avec nos kayaks. Derrière nous découvrons les deux petits lacs vus sur les cartes. Ces plans d’eau sombres ne font pas plus de quelques dizaines de mètres de long. Là encore, ils ont une couleur rouille peu avenante. Sur les buttes environnantes, l’herbe est verte alors qu’elle est jaunie autour de ces petits lacs. Et au loin, chose étonnante, une maison ! Que de présence humaine à cet endroit…

Autre mauvaise surprise, ce lieu est très mal fréquenté. Nous sommes rapidement assaillis par des dizaines de moucherons. Après un examen attentif de ces importuns, il s’avère que ce sont plutôt de petits moustiques. Ou de jeunes moustiques. Ils ne piquent pas, ils picotent légèrement mais c’est plus leur présence tourbillonnante autour de nous qui est gênante. Cependant, nous découvrons rapidement qu’ils laissent de petites traces rouges sur la peau, comme de petits points…

Les efforts ne sont pas terminés. Après la douzaine de kilomètres en kayak, il va falloir porter nos embarcations de l’autre côté. Les premiers mètres sont difficiles, la pente glissante de quelques mètres nous fait mal aux jambes et aux bras. En fait de portage, il s’agit surtout de tirage et de traînage des kayaks sur l’herbe humide. A bout de souffle, nous finissons par atteindre le premier lac. Les bateaux sont mis à l’eau, les faire avancer dans l’eau sera plus facile. Je m’y jette avec eux. Au début, le fond est faible, mais cela ne dure pas. En marchant ainsi dans l’eau, je soulève une poussière rougeâtre qui remonte du fond en de multiples tourbillons derrière mon passage. Plutôt que de tester l’étanchéité à la ceinture de ma combinaison, je préfère grimper dans mon kayak. Et j’arrive tant bien que mal à pagayer tout en tenant le second kayak. Arrivé au bout de ce premier lac, il faut redescendre dans l’eau, sortir les kayaks, les traîner sur quelques mètres et les remettre à l’eau dans le second lac. Cette fois, pas besoin de remonter dedans, le fond n’est pas suffisamment profond. La pression de l’eau sur le bas de ma jambe fait gonfler ma combinaison autour de ma cuisse. Lorsque l’eau passe mes genoux, la pression est trop forte et l’air emprisonné s’évacue par la ceinture. L’eau glaciale comprime alors fortement ma combinaison sur mes jambes. Au plus profond, le niveau m’arrive à mi-cuisse et je m’enfonce légèrement dans le sol meuble. La combinaison semble effectivement étanche. Du moins les manchons aux chevilles. Etanche à l’eau, à défaut du froid.

Il y a beaucoup plus de pierres de ce côté. Une fois les kayaks sortis du second lac, nous les vidons donc et nous les portons cette fois-ci complètement sur la vingtaine de mètres restants jusqu’à la plage. Là aussi le grillage est présent et ouvert.

La maison aperçue tout à l’heure est encore loin, sur une autre plage.

Après quelques hésitations dues au grillage et aux traces de la présence humaine, nous décidons tout de même de camper ici, ne sachant où nous trouverons une plage abordable plus loin. Le choix de l’emplacement de la tente est difficile, les portions planes étant quasi nulles. Près de la plage se trouve un torrent très bruyant. Nous finissons finalement par porter notre choix sur un emplacement un peu reculé, près du grillage, à l’abri des rochers et du ronronnement du torrent.

Il est alors temps de répéter le rituel du montage du campement. Les kayaks vidés, il faut monter la tente, mettre à l’abri les sacs de couchage, les matelas, les sacs de vêtements. Sortir les repas nécessaires pour le midi, le soir et le lendemain matin. Et enfin se changer. Mon caleçon long est mouillé. Cela n’a rien à voir avec une incontinence, l’eau s’est s’infiltrée pendant ma marche dans les lacs. Tester l’étanchéité de ma combinaison en me jetant complètement à l’eau me tente de moins en moins.

Pour réduire le désagrément des ces volatiles à moitié moustique et à moitié moucheron, nous pulvérisons copieusement l’anti-insectes sur nos vêtements, sur la tente et sur les rares morceaux de peau exposés à l’air libre, à savoir les mains et le visage.

Puis c’est l’heure du déjeuner. Dans la tente car la pluie ne cesse toujours pas. L’eau des pâtes en train de chauffer tient à s’y inviter également… Encore quelques affaires de plus de trempées…

Après le repas, nous nous rendons compte que le sol est bien bosselé. Mais cela ne nous empêche pas de sombrer dans une sieste réparatrice…

Au réveil, je pars seul pour une petite promenade, mes chaussures et mes vêtements de pluie étant les seuls à peu près secs.

Cet endroit pourrait être magnifique s’il n’était pas visuellement pollué par ce grillage omniprésent. Je prends tout de même quelques photos, sombres évidemment…

Un squelette à côté de bois de rennes enchevêtrés dans un morceau de grillage par terre me laisse un goût amer…

De petits fruits violets poussent en abondance. J’ai même l’impression qu’il y en a deux sortes, qui ne poussent pas sur le même arbuste. Sont-ils comestibles ?

Je trouve quelques beaux champignons mais nous préférons ne pas les manger. On ne sait jamais…

Nous décidons ensuite du trajet et du bivouac pour demain. Sur une petite île certainement, à mi-chemin de Narsaq. Une douzaine de kilomètres. Nous trouvons qu’entre douze et quinze kilomètres est une bonne distance par jour. Depuis le début, nous tournons autour de cinq kilomètre-heure de moyenne.

Le jour tombe rapidement. La pluie cesse. Nous hésitons à aller étendre un peu de linge sur le grillage. Mais au bout de quelques minutes, elle fait son retour… Il ne brûle pas en enfer, il pleut…

Entendu dans la tente, notre linge ne sèche pas. Nous allons essayer entre le matelas et le sac de couchage. Peut-être…

10 septembre – Samedi

La pluie s’est arrêtée pendant la nuit.

L’obscurité laisse la place au jour et notre espoir à la pluie, les crépitements reviennent… La pluie cesse à nouveau, puis recommence. Elle hésite… Le ciel est toujours plombé. Apparemment pas de vent.

Lorsque le martèlement s’interrompt, le silence nous interpelle. Les yeux fermés, au chaud dans mon sac de couchage, je l’écoute et j’en profite… Au loin, il y a quand même le bruissement d’un torrent. En prêtant attention, j’ai l’impression d’en distinguer deux, aux sonorités légèrement différentes, l’un sur ma gauche, l’autre sur ma droite. Le chant des oiseaux est nettement audible. Les corbeaux passent parfois si bas que le battement de leurs ailes est clairement perceptible.

Un mal de dos nous tenaille. Les efforts, le kayak, le maigre matelas, les bosses du sol, être assis dans la tente en permanence? Sûrement un peu de tout cela.

Nous nous levons et commençons à nous préparer.

La pluie s’est arrêtée depuis un bon moment. Nous en profitons pour trouver une nouvelle utilité au grillage, celui d’étendoir à linge. Les sous-vêtements portés dans le kayak, les serviettes, les gants et les torchons (notamment celui qui a servi a épongé l’eau des pâtes) sont étendus dans l’espoir qu’ils sèchent un peu. Il n’y a pas de petit profit…

L’eau est lisse comme un miroir et les reflets sont parfaits et stables. Derrière la tente, dans la petite baie par laquelle nous sommes arrivés, une très grande quantité de glaçons est entrée lors de la marée montante de la nuit. Alors qu’il n’y en avait pas un seul hier à notre arrivée. Etonnant vu l’étroitesse du goulet d’entrée.

Malgré le froid et nos amis les mousti-cherons, eux aussi réveillés et levés, je préfère prendre mon petit-déjeuner dehors, au calme face à la mer. Profiter d’un matin sans pluie.

Un petit vent se lève, c’est bon pour notre linge !

Nous finissons tranquillement de nous préparer et nous partons sur une mer très calme, à peine irisée par le petit vent. C’est beau et reposant. Et cela change des deux jours précédents.

Finalement le kayak, c’est comme le vélo en montagne, à chacun son rythme pour être bien et se sentir à l’aise.

Nous passons devant la maison jaune-beige que nous voyions du campement. Elle se trouve sur la gauche de la baie, au-dessus d’une petite plage de gravier gris, bien abritée par de hautes montagnes et à proximité d’une grande prairie relativement plane, chose rare ici. L’endroit est bien choisi pour construire une maison. En face, sur la rive droite nous découvrons une autre habitation, de couleur verte, surplombant la mer. Elle était invisible du campement, cachée par une petite colline. Les deux semblent inoccupées… Des enclos en bois sont à proximité. Un ponton délabré arrive presque jusqu’à la mer. Ces maisons appartiennent sûrement à des éleveurs qui ne les occupent qu’une partie de l’année.

Un peu plus loin, un filet de pêche et quelques bacs en plastique blanc traînent sur la rive.

Nous rejoignons rapidement le fjord principal à près de six kilomètre-heure de moyenne. Le vent arrière, le courant avec nous et l’eau calme, cela aide !

Même si le ciel est toujours uniformément couvert, l’air est clair et la visibilité est excellente. Sur notre droite, le fjord continue jusqu’à l’horizon. Les reliefs sont moins élevés et les îles plus rares. C’est l’océan libre, la fin du Groenland, que nous apercevons derrière les dernières taches grise et marron. Finalement pas si loin que ça…

Nous effectuons un quatre-vingt dix degrés gauche à la sortie de cette baie tout en long. Le vent est alors beaucoup plus fort, mais sensiblement arrière. Et surtout la mer est bien plus formée. Un clapot important vient heurter nos kayaks. Tant pis, il faut y aller. Nous poursuivons sur un bon rythme, avec le vent et malgré le courant devenu contraire. Une bonne chose, le vent étant complètement arrière, la houle est bien perpendiculaire à notre avancée et à nos embarcations. Ce qui est bien moins désagréable que de l’avoir en travers. Par moment, j’ai même l’impression d’accélérer sur ces petites vagues. Les prémices du surf !

Nous croisons deux bateaux de pêcheurs groenlandais. Nous nous rapprochons de Narsaq et l’activité humaine y est tout de suite plus importante. Ils nous ignorent superbement.

Après les pêcheurs, c’est un avion que nous entendons. Il fait des cercles, loin au-dessus de nous. Je pense tout de suite à l’hydravion que nous avions vu le premier jour. Après quelques tours, je le vois filer vers Narsarsuaq.

Nous réussissons finalement à traverser ce fjord et nous rejoignons la rive d’une grande île. Un énorme iceberg est juste devant nous. Je m’arrête pour sortir l’appareil photo et je vois une petite tête brune bien connue apparaître à la surface de l’eau, à une vingtaine de mètres de moi, sur ma droite. Cette fois, j’en profite. Mais difficile de mettre au point sur un kayak agité. De plus la visée s’effectue en rasant car, ni moi, ni le phoque, ne sommes très haut au-dessus de l’eau. J’arrive tout de même à avoir quelques clichés. Et notre ami disparaît après être passé sur le dos.

J’entends alors comme un soufflement d’air et d’eau derrière moi. Je tourne la tête. Tiens revoilà le phoque. Non ! Une dérive triangulaire ! C’est un dauphin… Cette fois, impossible d’avoir une mise au point correcte et il disparaît avant que j’ai pu prendre la moindre photo. Dommage…

Il ne pleut toujours pas mais le ciel reste très couvert. Par moment, nous distinguons un bien faible disque blanc à travers la couche nuageuse. A peine de quoi maintenir la charge de mon téléphone par le chargeur que j’ai à nouveau installé sur mon dos.

Nous poursuivons. Derrière une autre île, un autre iceberg gigantesque. En plein sur notre chemin. Il va falloir l’éviter. Prudemment nous restons à bonne distance. Surtout que nous voyons en son travers une grosse balafre. Pas de blague monsieur le glaçon ! En réalité, ce n’est pas une crevasse mais une bande de glace translucide, bien rectiligne. Mais ce n’est pas une raison pour s’approcher.

Notre destination, elle, approche. Nous entrons dans un dédale de petites îles aux côtes découpées. Grâce aux cartes, nous trouvons facilement notre baie. Deux plages distances de quelques mètres et séparées par un petit escarpement rocheux. Gauche, droite ? Au milieu de celle de droite, un ruisseau. Pour le calme, ce sera donc la gauche. L’eau y est calme et transparente. Au fond, j’aperçois de grosses palourdes. J’essaie de les attraper avec ma pagaie, mais je n’y arrive pas. Elles glissent sur la pelle et j’ai du mal à stabiliser le kayak quand je plonge la pagaie au fond. En revanche, d’énormes moules sont à portée de main près du rivage. Avant même d’accoster nous en avons une belle récolte.

Un rapide tour du site. Nous nous rendons vite compte qu’il va être difficile de trouver un petit coin pour planter notre tente. La petite bande d’herbe qui se trouve juste derrière la plage et qui nous semblait si accueillante est en réalité impraticable car gorgée d’eau. De même, toutes les parties planes que nous trouvons à proximité de la plage sont inondées. Lorsqu’elles ne le sont pas, ce sont des rochers.

Finalement, nous commençons par nous changer, grelottant dans nos combinaisons étanches. Après de longues minutes de recherche à arpenter le site, nous trouvons enfin une zone acceptable, un épais tapis de mousse sans trop d’eau dessous et autour. Mais cet endroit est à trois cents ou quatre cents mètres du rivage et y monter toutes nos affaires est éreintant. Le sol est meuble et truffé de pièges. La couche d’herbe, de mousse ou d’arbustes de plus de dix centimètres cache autant le sol que les flaques, les pierres ou les trous. Planter les sardines est très facile dans cette mousse, mais elles ne tiennent pas. Malgré leur taille, je n’ai pas atteint le sol, plus dur. Espérons que le vent ne se lève pas plus… Une fois la tente montée, nous sommes épuisés.

Le déjeuner est vite avalé, assis sur les rochers. Nous apercevons un gros rapace sur la montagne derrière nous. Et nous pouvons enfin profiter de cette magnifique prairie légèrement en pente devant nous. Le sol est multicolore. Les plantes présentes ici nous offrent une grande variété de couleurs. C’est très beau, malgré l’absence de soleil. Blanc, gris, jaune, orange, rouge, toutes les teintes de vert… Le Groenland se pare de ses couleurs d’automne.

Nous voyons une petite embarcation avec une personne à son bord passer devant nous et pénétrer dans une crique voisine. Et soudain un claquement. Puis le moteur se fait de nouveau entendre et le bateau repart vers le fjord. Un second claquement sec. Nous nous regardons. Non, cela ne ressemble pas aux grondements des icebergs. Et encore un claquement. Oui, cela ressemble plutôt à un coup de feu. Et ils s’enchaînent, espacés chacun de plusieurs minutes… Le bruit du bateau s’intensifie. Il réapparaît et entre dans notre petite baie. Au téléobjectif, je suis les mouvements du pilote. Vaguement inquiets, nous nous interrogeons sur ses intentions. Il arrête son bateau sur la rive et descend sur la plage, à quelques mètres de nos kayaks, se penche et prend un grand bac blanc. Puis il retourne à son bateau, fait marche arrière et repart. A l’arrière de son embarcation, à moitié sur le rebord gît une masse brune au ventre blanc. Ensanglantée… Un élan de tristesse nous envahit, nous qui sommes si heureux de voir leurs têtes apparaître près de nos kayaks pendant notre route.

Après cet épisode morbide et une fois la vaisselle faite, nous retournons aux kayaks pour les remonter un peu, hors d’atteinte de la marée montante. Nous en profitons également pour étaler les combinaisons étanches, trier notre nourriture et ouvrir les compartiments étanches pour qu’ils sèchent.

Nous avions prévu un peu trop en nourriture, surtout pour les goûters, que nous ne mangeons que de temps en temps. Et encore plus rarement les deux dans la même journée. Ainsi que pour quelques repas du soir. Et finalement, préparer les sachets individuels a peut-être été aussi une perte de temps et de place. Il y avait sûrement plus pratique à faire…

Nous partons ensuite pour une petite promenade vers la montagne derrière nous. Nous prenons quelques photos de la prairie colorée. Mais il n’est pas certain que cela rende bien, il fait sombre. J’ai également mis mon téléphone à charger, mais sans grand succès…

Nous passons à côté de notre sèche-linge improvisé : deux rochers, la corde…

Et nous grimpons. Là encore, nos mollets souffrent et nous avons le souffle court. Mais une fois de plus, cela en valait la peine : nous avons une vue sur presque trois cent soixante degrés sur les fjords qui nous entourent. Au loin, Narsaq, au pied d’une haute montagne enneigée. Partout, des icebergs, certains de bonne taille. Nous revoyons celui qui nous avait impressionné avec sa bande bleue en diagonal.

Nous restons de longues minutes au sommet à profiter de cette vue magnifique. Dommage que le soleil ne soit pas de la partie… En espérant que les photos fassent ressortir un peu de cette féerie…

Au milieu du fjord qui mène à Narsaq, un petit bateau approche. Puis s’arrête. Et de nouveau un claquement sec. Non ! Devant lui, nous voyons fuir cinq ou six dérives. Encore des dauphins. Au téléobjectif, je regarde ces « pêcheurs ». Ils sont trois, un aux commandes, deux autres à l’avant et, selon toutes vraisemblance, armés. Ils ne semblent pas intéressés par les dauphins. Nous suivons leur manège depuis notre observatoire privilégié. Ils tournent, accélèrent, ralentissent et tirent de temps en temps. Finalement, ils passent devant notre baie et partent vers l’est. Leur bateau me semble vide. Les savoir bredouilles nous soulage un peu.

Plus loin vers le sud-est, deux autres bateaux arrêtés. Et là aussi, des coups de feu… Est-ce le sport du samedi ici ? Ou est-ce toujours comme cela ? Nous nous interrogeons sur la légalité de cette pratique…

Nous redescendons. A peine assis sur les rochers près de la tente, nous nous rendons compte que la marée est plus haute que prévu et que le kayak que nous voyons est en partie dans l’eau. Je descends voir cela. Aïe… Nous avions mal jaugé la montée de l’eau. Le kayak bleu est à moitié dans l’eau et pas loin de flotter. Le violet est un peu moins immergé, mais les sacs poubelles posés à côté et contenant notre linge sale et nos réserves de nourriture flottent allègrement. Nos combinaisons étanches ne sont pas en reste et ont les pieds et les mains dans la mer. Cela devient une habitude… Je remonte le tout de quelques mètres.

En retournant à la tente, je me rends compte que le vent a forci et que le froid devient mordant.

Nous allons préparer le dîner. Et ramasser du bois pour nos moules. Nous décidons de dîner en bas, près de la plage, abrités du vent par les rochers qui séparent les deux petites plages. Après avoir ramassé quelques petits bois et quelques planches vermoulues amenées par la mer, j’allume le feu. En attendant qu’il prenne complètement, je remonte mettre des pierres sur les sardines, le vent commençant à souffler fort. Par sécurité… J’ai l’impression que c’est à la tombée de la nuit que le vent se lève énergiquement ici… Il y a quelques pierres plates qui conviennent parfaitement au bord d’une petite mare. Je fais plusieurs allers-retours pour que chaque piquet métallique soir couvert. Et ce n’est pas une partie de plaisir, je manque à plusieurs reprises de chuter en mettant le pied dans un trou caché. Je finis bien essoufflé…

Je ramasse également le linge qui commençait à s’envoler. Puis je redescends à la plage. Notre petit coin à l’abri du vent est idéal pour un feu de camp. Celui-ci est d’ailleurs bien parti et nous plaçons les moules sur une des planches, faute de mieux. En quelques minutes, elles sont cuites. Elles sont vraiment d’une taille impressionnante. Et bien remplies… Et même très bonnes… Il y a également quelques champignons pour accompagner la purée. Je préfère ne pas en prendre. Qu’il y ait au moins un survivant !

Ce bon dîner terminé, nous retournons à la tente nous installer pour la nuit. Celle-ci est d’ailleurs presque complètement tombée. Pas une lumière en dehors de notre dôme faiblement éclairé. Je le vois tous les soirs, mais cela continue de m’impressionner. Perdu au milieu de rien au bout du monde…

Une petite « douche » rapide au gant et au lit ! Malgré le sol de mousse, les creux et les bosses du sol sont encore sensibles…

11 septembre – Dimanche

La nuit est claire. Le vent tombe petit à petit.

Une envie pressante me pousse dehors. Le froid est saisissant surtout que je n’ai pas pris le temps de m’habiller. Je comprends pourquoi la nuit est claire : légèrement voilée, la pleine lune éclaire nettement la plaine. La vue est dégagée, les détails sont nets. Presque comme en plein jour, la couleur en moins. Si le soleil pouvait briller de la même manière demain…

Le jour nous réveille. Nous ne traînons pas et mettons rapidement le nez dehors. Contrairement à notre arrivée hier, les mousti-cherons sont absents. Nous avions dû rapidement nous asperger d’anti-moustiques. Mais ils n’ont pas l’air d’être matinaux. Ou alors c’est notre odeur qui les repousse, un mélange de citronnelle, de feu de bois et sûrement de transpiration !

Malgré le froid, nous prenons notre petit déjeuner en plein air. Le ciel est aux deux tiers bleu. Malheureusement, le tiers nuageux est à l’est et cache le soleil naissant. Les nuages progressent vers nous, le soleil progresse également vers le bleu. Cela ressemble un peu à une course. Pour le moment, les nuages l’emportent. Enfin, tant qu’il n’y a pas de pluie…

Nous nous surprenons. A huit heures et demi, nous sommes prêts. La mer est très calme, lisse et translucide. Seuls nos kayaks perturbent cette harmonie. Comme des rasoirs, nos étraves coupent l’eau en des traces nettes qui s’élargissent avec le temps. Sur les côtés de cette marque, à intervalles réguliers, nos pagaies laissent aussi leurs empreintes. L’eau est si claire que même immergées, elles restent visibles. Deux petits tourbillons pétillants de bulles d’air accompagnent leur mouvement vers l’arrière. Et quand elles reviennent vers l’avant, hors de l’eau, une kyrielle de gouttes d’eau les suit et marque la surface. En s’écrasant, la goutte se fractionne en plusieurs petites billes claires qui roulent sur l’eau verte avant de s’y mélanger en s’arrêtant.

Un petit vent d’est, de face, se lève, brouillant légèrement ce miroir liquide.

Les nuages ont gagné leur course contre le soleil. Mais dans leur précipitation, ils ont laissé quelques trouées dans leur avancée. Et au bout d’une heure d’efforts, un soleil voilé profite d’un de ces trous et nous illumine. Il fait briller de mille feux les icebergs que nous croisons.

Sur notre droite, au fond du fjord voisin, un iceberg totalement noir.

Quelques pauses photos. Il faut en profiter ! Un bel iceberg bleu turquoise attire particulièrement mon attention. Le soleil renforce cette couleur bleue et la transparence de la glace. Comme une friandise, sa surface déchiquetée et ensoleillée apparaît luisante et étincelante. Sa base est nettement creusée par l’effet de la mer et il semble composé de longs éléments verticaux. Il est magnifique. Il me donne envie de m’approcher, de le toucher. D’en prendre un morceau. Je pourrais passer des heures à le contempler…

Ses voisins ne sont pas en reste, tous d’une beauté différente. L’un d’eux est, à l’inverse, comme composé d’une multitude de couches horizontales. Un autre a un trou en son milieu, comme le chas d’une grosse aiguille. Un autre, encore, a une surface lisse et brillante comme une piste de ski verglacée au petit matin.

Un petit bateau jaune avec deux occupants s’approche. Le fusil tenu par l’un d’eux nous laisse peu de doutes sur leurs intentions et leur occupation. Ce sont bien des chasseurs. Ils sont proches de nous. Pas plus de deux cents mètres. Leur coup de feu manqué, ils mettent plein gaz et foncent sur nous. Vaguement inquiet, j’arrête de pagayer, attentif à ce qu’il va se passer. A quelques mètres de nous, ils finissent par s’écarter et passent à côté en faisant un signe de la main.

Nous longeons une île et Narsaq grandit au loin. Au bout de l’île, c’est la dernière ligne droite. La traversée du fjord et nous arrivons au port. Je reconnais les différents sites de la côte devant Narsaq, nous y étions il y a quelques jours. Déjà… La boucle est bientôt bouclée et cela sent la fin.

Les petits bateaux sont de plus en plus nombreux. La civilisation approche. Trois monstres de glace sont entre nous et la ville. Il va falloir zigzaguer pour entrer au port. Même si de loin, ils semblaient nous barrer la route, ils sont finalement suffisamment espacés pour ne pas avoir à les contourner tous. En passant près de l’un d’eux, je vois une véritable petite rivière serpenter sur sa surface et finir par tomber à la mer. Le débit d’eau est continu. Malgré le temps incertain et la faible température ambiante, les icebergs fondent à grande vitesse. J’avais déjà vu des glaçons goutter de leurs extrémités, mais jamais à cette échelle.

Nous croisons un petit bateau rapide, type Zodiac, rouge, avec une dizaine de passagers en combinaisons rouges. Il arrive de la droite, du fjord venant de Narsarsuaq. Il passe devant Narsaq sans s’y arrêter et poursuit en direction de l’inlandsis. La ressemblance avec nos « scientifiques » est trop flagrante. Et vu la direction qu’il prend, il doit se rendre à la base que nous avons aperçue près du glacier. Celle-ci nous apparaît de plus en plus comme un site touristique. Et le bateau que nous croisons doit être une nouvelle fournée de visiteurs.

A plusieurs reprises, j’aperçois des dérives de dauphins. Mais à chaque fois trop loin pour les suivre ou les photographier. Ils semblent moins curieux et plus craintifs que les phoques. Ils ne s’approchent pas de nous.

Malgré tout, la traversée se fait sans encombres et nous arrivons à l’entrée du port.

Nous hésitons sur notre lieu de débarquement. La rive située entre l’entrée du port et le ponton où nous sommes arrivés en bateau dimanche dernier, apparaît difficile d’accès car elle est composée de gros rochers empilés. Même si cet empilement ne fait pas plus de trois mètres de haut, sa pente est raide. Y accoster et y décharger tout notre matériel nous paraît trop risqué. La plage de cailloux gris au fond de la baie semble plus pratique. Mais un grillage part de cette plage et court le long de la berge qui mène au port. Il va nous empêcher de rejoindre le petit ponton d’embarquement. Nous dépassons le celui-ci. En passant la jetée principale et le petit port qui y est accolé et où sont amarrés les bateaux, nous trouvons une zone plus propice que les berges raides que nous avons croisées depuis l’entrée de la baie. Elle se trouve juste après l’entrée du petit port et avant le grillage. A une centaine de mètres du ponton. Il s’agit là aussi de gros rochers entassés mais dont la pente n’est cette fois pas trop forte.

Nous accostons et débarquons sans trop de peine sur ces rochers rendus glissants par des algues. Puis nous déchargeons toutes nos affaires sur la petite route qui se trouve juste au-dessus. Et enfin, nous hissons nos kayaks. La route semble inutilisée. Elle aboutit à une grille fermée menant à un entrepôt. C’est dimanche, nous n’allons certainement pas être dérangés.

Un ponton franchement délabré en bas et fraîchement réparé en haut est juste à côté. Nous nous y installons pour déjeuner. Nous en profitons pour ranger nos affaires dans nos sacs. Nous trions notamment nos sacs de nourriture et nous utilisons une poubelle du port pour nous débarrasser de nos détritus.

Nous avons vue sur ce petit port. Quelques bateaux sont amarrés à la jetée qui protège du large. Quelques petites embarcations et deux bateaux de pêche plus gros, un vert et un bleu, dévorés par la rouille.

C’est finalement le bon timing. Un lever et un départ tôt. Trois heures de kayak et le déjeuner vers midi. Cela évite d’avoir une journée décalée.

Nous portons ensuite nos affaires et les kayaks au ponton d’embarquement. Comme nous avons largement le temps avant l’heure prévue, nous partons nous promener et visiter la ville.

Les maisons sont espacées et colorées, principalement rouges, mais également bleues, vertes et jaunes. Les toits gris sont fortement inclinés. De près, certaines sont dans un triste état. Quelques immenses paraboles ont fleuri ça et là. Un trampoline pour enfants me fait penser à la famille. Il y a beaucoup d’enfants. Nous passons devant un grand bâtiment vert. C’est une école, reconnaissable aux jeux en bois installés dans la cour et aux dessins accrochés aux fenêtres. Il y a également quelques grands bâtiments dont nous ne saisissons pas la fonction. Un cimetière aux croix blanches se trouve non loin de l’église blanche et rouge. Aux couleurs du drapeau groenlandais qui flotte devant beaucoup de maisons, à la mode nord-américaine. Nous voyons une maison en pierre, les autres sont toutes en bois. Pourtant il y a bien plus de cailloux que d’arbres ici !

Nous croisons un groupe d’espagnols avec un caddie. Ils nous saluent… En espagnol ! Nous avons sans aucun doute beaucoup plus le type espagnol et touriste qu’indigène. Les locaux sont vraiment typés. Nous ne voyons que des inuits. Où sont passés les descendants des vikings ? Nous n’échangeons pas de salut car ils ne nous regardent pas. Ils passent près de nous sans un regard.

Après une bonne heure à arpenter les rues de la ville, nous retournons au port. Un gros cargo rouge et blanc « Royal Artic » arrive, à la suite d’un remorqueur danois. Il paraît démesuré et déplacé dans la baie et devant le petit port. Il est chargé de containers et s’arrête devant le hangar du même nom.

Claus est déjà là, en train de faire le plein du bateau sur le ponton voisin au pied de la station essence rouge que nous avions utilisée le premier jour pour charger les kayaks. Elle sert aussi bien pour les bateaux que pour les véhicules. Nous patientons quelques minutes puis nous embarquons nos affaires et les kayaks sur le bateau. Nous attendons encore l’arrivée de deux autres passagers.

Quelques minutes plus tard, ils arrivent et nous partons immédiatement pour Itelleq. La mer est franchement agitée dans le fjord qui part vers Itelleq et Narsarsuaq. Quelques crêtes blanchissent d’écume et le bateau tape violemment. Je comprends mieux pourquoi il est vivement conseillé de ne pas faire de kayak dans l’après-midi avec le vent d’est qui souffle plus fort à mesure que le jour progresse. A voir comment nous ferons demain…

En approchant de notre destination, je me redresse pour bien observer l’endroit. Légèrement sur la gauche et masqué, le Qôroq, fjord paraît-il très beau et grand pourvoyeur d’icebergs. A gauche, au loin, Narsarsuaq. A droite les quelques bâtiments d’Itelleq.

Après quarante-cinq minutes de trajet, nous arrivons.

Itelleq. Au creux d’une petite baie, trois ou quatre maisons. Une grande bâtisse rouge foncée et blanche domine la baie. Plus bas sur la faible pente cultivée, une immense grange jaune et verte. Des bottes de paille empaquetées de blanc. Quelques champs bien verts sur les pentes des collines. Deux bateaux sur la terre ferme à côté de la route. Un tracteur près d’eux. Un peu d’élevage, des moutons sur la pointe de gauche, quelques chevaux près de la ferme.

Les deux voyageurs espagnols aux vestes vertes identiques descendent également ici. Nous accostons sur un petit ponton dont le bois très clair atteste de l’installation ou de la réparation récente. Trois personnes attendent sur celui-ci pour prendre notre place. Un quad arrive pour prendre les bagages des espagnols. C’est une manière de voyager très prisée ici. Vous marchez et on s’occupe de vos bagages. Vous les récupérez là où vous logez.

Nous déchargeons tous nos sacs… Depuis que nous sommes arrivés à proximité de Narsaq, les nuages ont remporté leur combat. Et ici, ils commencent même à cacher les trois sommets enneigés en arrière-plan. Mauvais signe. Nous demandons à la dame du quad son avis sur la météo prévue pour le lendemain. Pour elle, pas de vent et du soleil. J’insiste : « pas de pluie ? ». Non, pas de pluie. Royal !

Cinq minutes plus tard, nous sentons des gouttes tomber…

Après avoir porté les kayaks sur la plage à une centaine de mètres, nous montons donc la tente, une nouvelle fois en situation humide. Presque avec tristesse, nous remarquons que c’est l’avant-dernière fois…

Sur la carte un petit triangle rouge indique que cet endroit à côté du débarcadère est un camping. Nous avons cependant beaucoup de mal à trouver une zone plane. D’ailleurs, après son montage, la tente penche un peu ! Nous sommes à quelques mètres de l’eau, mais en hauteur, séparés de l’océan par une petite falaise d’au moins trois mètres.

Une fois la tente montée et les affaires à l’abri, la pluie cesse. Bon, cela ira pour cette fois… Du coup, je sors la corde et la tend entre deux rochers. Le soleil fait même une apparition. Cela sent la douche-casserole !

Je mets également le téléphone à charger, il est quasiment vide.

Gros problème ici, il n’y a pas de ruisseau et nous n’avons presque plus d’eau. En tout cas pas assez pour ce soir et demain matin. Retour donc à la plage de cailloux pour y chercher un glaçon. Je ramène un gros bloc d’une bonne dizaine de kilos. C’est lourd, glissant, froid et humide. Suivent quelques autres allers-retours à la plage pour ramasser et ramener du bois flotté, en quantité ici. Puis il faut casser la glace pour en faire des morceaux de la taille des casseroles. Rien de plus simple : je laisse tomber le petit iceberg sur un rocher. Celui-ci explose et les morceaux s’éparpillent sur l’herbe. Il n’y a plus qu’à les ramasser et les faire fondre. Le feu est rapidement allumé et les casseroles pleines de glace sont mises au-dessus.

Nouvelle difficulté : l’eau est loin d’être pure. Débris dans la glace et poussières du feu flottent ou gisent au fond de nos ustensiles. Une chaussette, propre bien sûr, va servir de filtre.

Pendant qu’une fournée de glace fond, nous allons explorer notre domaine. C’est une petite presqu’île peu vallonnée. Nous arrivons rapidement de l’autre côté, avec vue sur l’entrée du fjord à glaçons et sur Narsarsuaq. Les moutons sont là aussi. Ils s’éloignent tranquillement à notre approche, non sans quelques regards réprobateurs. Nous rentrons après quelques photos.

La glace a fondu. Quand je pense qu’elle avait peut-être des millions d’années…

La prochaine série sera celle de la douche. Entre notre emplacement et le ponton se trouve une petite habitation verte et blanche. Elle semble inhabitée. Je fais le curieux, la porte n’est pas verrouillée. Ce n’est pas une maison mais un refuge pour campeur. Une grande pièce avec une table, des bancs, un placard vide et un balai, une petite pour les toilettes sommaires. Sa terrasse nous servira de douche, nous y serons bien plus à l’abri du vent.

Cette « douche » me fait du bien. Que cela est agréable de se sentir propre, même si, sur l’instant, c’est assez frais !

Le vent qui soufflait fort de l’est tourne à l’ouest, comme tous les soirs, et en quelques instants.

L’heure du dîner approche. Soupe, nouilles chinoises et flan.

Le ciel se dégage. Il commence à faire froid. Trop froid même pour manger dehors. Nous nous réfugions dans la tente. Je suis gelé et j’ai beaucoup de mal à me réchauffer. Fait-il vraiment plus froid ou est-ce à cause de la douche ? C’est dommage, nous aurions pu profiter du feu qui se consume lentement.

Il ne fait pas encore nuit et la pleine lune se lève. La nuit risque d’être claire. Et glaciale. Si les nuages continuent de fuir, peut-être aurons-nous la chance de voir enfin une aurore boréale digne de ce nom. Encore faut-il avoir le courage de mettre le nez dehors…

Le dîner est avalé. Il est l’heure de se mettre au lit. Mon tee-shirt de nuit sent décidément trop mauvais, je ne peux plus le porter. Je vais dormir comme en France, avec juste mon caleçon…

Cela sent la fin, avant-dernière nuit. Demain avant-dernière journée. Et pour la première fois depuis le début, pas de véritable surprise aujourd’hui. C’est louche ! Que nous réserve la nuit ?

Demain matin, deux à trois kilomètres à pied jusqu’à Igaliku, très joli village selon le guide. Puis suivant l’heure du retour, déjeuner et moins de dix kilomètres de kayak pour aller à l’entrée du Qôroq, fjord réputé.

Un petit coup d’œil dehors et au lit.

12 septembre – Lundi

Une main me secoue l’épaule. Une petite voix pas très rassurée : « Cyril, réveille-toi, il y a quelque chose dehors à côté de la tente ». Je dormais si bien… Les sens en alerte, je tends immédiatement l’oreille. Effectivement, il y a des bruits en plus du choc des vagues contre les rochers. Je décroche la lampe du « plafond ». J’ouvre la tente. La lune éclaire fortement. C’est la pleine lune et pas un voile de nuage. Les intrus bruyants ressemblent à nos moutons vus la veille. J’allume la lampe en version lampe torche. Et c’est bien un mouton qui se détache dans le cercle lumineux à quelques mètres de la tente. Eclairés, il relève la tête et ses yeux deviennent deux billes luisantes. Une autre tête apparaît dans le rond de lumière, ajoutant deux autres billes jaunâtres. L’éclairage n’a pas l’air de les effrayer, au contraire, ils semblent curieux et font mine de s’approcher. J’éteins la lampe, ou plutôt je tourne la molette de sélection qui passe sur clignotant orange avant de passer sur arrêt. Est-ce ce flash orange ou le clic de la molette, mais les moutons prennent peur. A la lueur de la lune, nous les voyons s’enfuir en courant et en bondissant.

Rien de grave…

Nous en profitons pour lever le nez. Il y a quelques longues traînées verdâtres dans le ciel. Mais la pleine lune doit empêcher de les voir plus nettement. Une nuit noire doit être préférable pour l’observation des aurores boréales… Retour au chaud.

Le jour se lève. Petit coup d’œil dehors. Un ciel bleu et pur. Le soleil est toujours caché derrière les montagnes. Il fait un froid glacial, mon haleine forme un petit nuage de vapeur devant mon nez.

Les sommets des montagnes à l’ouest sont éclairés. Cela va bientôt être à notre tour de profiter du soleil. Il n’y a pas de vent. Malgré tout, la mer a un petit clapot.

Nous décidons de prendre notre petit déjeuner dehors. Le temps que l’eau chauffe, le soleil franchit enfin la petite montagne à l’est et nous réchauffe de ses rayons. Il va falloir ressortir la crème solaire et les lunettes de soleil aujourd’hui.

Du côté de la ferme, le chant d’un coq. Puis les hennissements des chevaux.

La batterie de mon rasoir a rendu l’âme. Elle dure bien plus longtemps d’habitude. Le froid sûrement. Je finirai barbu.

Comme à chaque étape, nos petits amis sont là. Ce sont un, deux, voire trois petits oiseaux au plumage vert et brun et à la queue blanche et noire. Avec leur air curieux et leur chant joyeux, ils ne sont jamais bien loin. Ni jamais trop près. Rarement à moins de cinq mètres, rarement à plus de vingt. Et ils voltigent de perchoir en perchoir, de rocher en rocher autour de nous, que nous soyons autour de la tente ou en promenade. Je ne pense pas que ce soit les mêmes depuis notre début. Mais il y en a toujours à nos côtés et leur chant accompagne nos journées.

Et quand nous partons marcher, comme ce matin, ils nous suivent. Ou plutôt nous précèdent. C’est curieux et agréable.

Une fois prêts, nous partons donc vers Igaliku. La route faite de cailloux ocre et gris serpente le long de la colline et monte tranquillement. Avec le soleil de face et l’absence de vent, il fait bon à marcher et je tombe rapidement la veste. Nous profitons de ce beau ciel bleu pour faire quelques photos. Nous laissons à notre droite la ferme qui nous faisait face depuis la tente. Une seconde ferme apparaît ensuite sur notre gauche. Dans les champs de cailloux, quelques moutons. Ils sont craintifs, mais pas assez courageux pour fuir franchement. Peut-être leur beau chargement de laine les handicape-t-ils ?

Nous retrouvons les mêmes choses autour de cette ferme : quelques champs bien verts et sans cailloux, de grandes rangées de bottes de foin emballées, quelques machines agricoles dispersées ça et là, des vaches et des chevaux.

Tout est tranquille hormis le faible ronronnement d’une de ces machines agricoles. Et les petits cris de nos amis…

Nous arrivons au col qui va nous permettre de franchir la crête et de descendre vers Igaliku. Légèrement à gauche, un poteau métallique supporte quelques relais de téléphone portable et une petite plate-forme pour hélicoptères. Même ici, la technologie n’est jamais très loin.

Pour nous désaltérer, nous avons pris un bidon rempli avec de l’eau obtenue de la fonte des morceaux de glace. A l’ouverture du bidon, une forte odeur de feu de bois nous assaille l’odorat. Et l’eau a un affreux goût, un terrible goût de feu de bois. Imbuvable…

On nous a vendu Igaliku comme un site d’une remarquable beauté avec quelques ruines viking. Et effectivement, le premier aperçu est magnifique. Le soleil de face se reflète dans l’eau bleue du fjord. Il est effectivement très beau, avec ses quelques petites îles et les montagnes aux sommets blanchis en arrière-plan. Une vingtaine de maisons éparpillées au bord du fjord et au pied de la colline, sans logique apparente. Un port minuscule avec un seul bateau à quai. Trois autres sont sur le rivage. Un petit cimetière aux croix blanches sur la droite. Quelques moutons un peu partout et quelques champs bien verts.

Nous quittons la route qui fait une large boucle sur notre droite pour adoucir sa pente, et nous coupons tout droit par un vague sentier. Comme hier quand nous avons débarqué, nous sommes frappés par la sécheresse du sol. Lors de nos précédentes étapes, le matelas herbeux était au mieux humide. Ici, l’herbe est rase, le sol sec et ferme, agréable à fouler. Sûrement un effet positif de l’élevage de moutons. Peut-être y a-t-il aussi un peu plus de vent ici ? La marche en est d’autant plus agréable et aisée. Sur la route que nous venons de laisser, un tracteur débute l’ascension vers le col derrière nous et peine à grimper avec sa remorque contenant un bateau.

Sur la carte, les ruines vikings sont indiquées sur notre gauche, légèrement à l’écart du village. Nous décidons donc de commencer par là. Nous suivons le chemin, cherchons et trouvons les différents repères pour situer ces vestiges. La route qui tourne vers la gauche, la crique, la plage, le ruisseau. Tout colle. Sauf… Les ruines. Rien. D’autres sont indiquées un peu plus loin. Nous avançons un peu. Rien également… Nous avons beau chercher, aucune trace, pas un mur, même affaissé… Rien… Déception... Soit nous avons vraiment manqué quelque chose, soit l’appellation de ruines est quelque peu exagérée. Le premier site est d’ailleurs reconverti en carrière de cailloux…

Nous revenons alors vers le village. Toujours sur la carte, un lieu proche est indiqué comme point d’intérêt. A l’endroit décrit par la carte, nous trouvons un petit enclos emmuré à côté d’un hangar. Dans cet enclos, cinq petits tas de pierres surplombés chacun d’un morceau de bois, certains en forme de croix. Peut-être un ancien cimetière… Mais pas vraiment mis en valeur. Là encore, petite déception…

Nous entrons alors véritablement dans le village. Les maisons sont belles et colorées, la plupart en pierre. De ce côté-là, pas de mensonge, le site est vraiment très beau.

Vers le « centre » et devant l’église en pierres roses, une plaque rappelle le passé viking du village. Juste à côté, un mémorial pour deux personnes du XVIIIème siècle. A priori les fondateurs du village moderne. Malgré l’époque et la rudesse du pays, les deux ont vécu soixante-dix ans. Un peu plus loin, des vestiges. Enfin ! Quelques murs en pierres sombres, entre le gris et l’ocre, quelques traces au sol. Malheureusement le panneau explicatif n’est qu’en groenlandais. Et le guide au dos de la carte n’est pas assez détaillé. Nous remarquons d’ailleurs que ce guide contient aussi un plan explicatif de Narsaq. Trop tard !

Nous ne nous attardons pas et repartons vers le col. Nous passons devant un café avec un quad garé près de l’entrée. Certainement l’auberge de jeunesse de la dame au quad d’hier. Quelques bungalows identiques sont à côté.

La remontée du sentier brûle un peu les jambes, dans ce sens, la pente paraît bien plus raide. Arrivés au col, un air frais nous fait remettre nos vestes. Nous redescendons tranquillement avec nos amis qui nous ont accompagnés sans faute.

A l’arrivée à la tente, la question se pose : repas ou départ. Un coup d’œil au téléphone : onze heures et demi. Ce sera donc repas. Pour le moment, la mer est d’huile et le vent très faible d’ouest. Tout pour nous arranger. Pourvu que ça dure ! Nous sommes conscients de cette chance. Nous profitons de la pause repas pour tout sortir au soleil, vêtements humides, matelas et sacs de couchage.

13h10. C’est l’heure de l’inversion de la marée et nous sommes en tenue aux kayaks. C’est parti pour une petite étape dans d’excellentes conditions. Naviguer comme cela est un vrai plaisir. Il ferait même chaud dans nos combinaisons. Nous passons devant le ponton neuf et nous longeons la petite falaise de quelques mètres sur laquelle nous avions planté la tente. La roche est principalement ocre. Rongées par la mer, certaines parties sont en surplomb ou en équilibre et menacent de tomber. Du moment que cela n’arrive pas quand nous passons à côté… A la sortie de la baie, nos visiteurs de la nuit saluent notre départ de quelques bêlements.

A la crique suivante, nous pensons la même chose : « C’est une maison bleue, accrochée à la colline »…

Au pied de celle-ci, des pêcheurs, ou des chasseurs, remontent leur bateau sur la plage. La remorque est ensuite accrochée à un tracteur. Leurs deux chiens aboient à notre passage.

Au détour d’une petite avancée rocheuse, nous arrivons en vue du fjord. Je suis un peu déçu, je m’attendais et j’espérais beaucoup plus de glace sur l’eau. En outre, le peu d’icebergs présents sont de l’autre côté, poussés par le petit vent. Une belle collection de gros morceaux bouche d’ailleurs le fjord de Narsarsuaq.

Ce sont les avions que nous voyons et entendons le plus cet après-midi. Nous passons dans l’axe de piste et plusieurs décollent, troublant la quiétude de cette belle journée.

Notre objectif, le Blue Ice Camp est en vue. Une grande plage grise le précède. Jusqu’au dernier moment, j’ai un léger doute car je tarde à apercevoir la petite cabane installée par Jacky et ses collègues pour fournir un abri aux campeurs en cas de besoin.

Enfin la voilà, en retrait de la plage et bien cachée derrière une petite colline verte et ronde. Nous accostons et nous mettons en chasse de notre emplacement. Puis nous déchargeons nos affaires, nous nous changeons et pour la dernière fois, nous montons la tente. Ce sera au bout de la plage, au pied de la verdure qui marque le début de la pente, sur un sable gris très grossier. Quelques moutons se nourrissent tranquillement de l’herbe verte. Il n’y a pourtant pas de ferme ici… En espérant qu’ils ne viennent pas nous déranger cette nuit…

C’est le début d’une longue liste de dernières fois…

Avec le soleil, la vie est belle, tout est tellement plus agréable et plus facile.

En arrivant, j’avais aperçu un iceberg de bonne taille échoué un peu plus loin sur notre plage. Une fois installés, je m’y rends pour quelques photos. Malheureusement, la marée a été plus rapide que moi et il baigne déjà largement. Tant pis…

Nous partons alors visiter ce lieu. Pour commencer, nous grimpons sur la petite colline bien arrondie qui se trouve juste au-dessus de la plage. A ses pieds est échoué un long tronc d’arbre bien taillé. Il n’est pas d’ici celui-là ! Nous commençons à descendre vers la plage de l’autre côté de la colline. Et sur cette plage gît un petit iceberg qui serait parfait pour quelques photos. Et moi qui traînais les pieds pour descendre vers cette plage. Du coup, je rentre rapidement à la tente chercher les maillots de volley que j’ai emmené, autant pour les porter, car ils sont en synthétique, que pour quelques photos souvenir.

Le glaçon en question est en plus bien proportionné et il est possible de s’y asseoir et même de s’y mettre debout. Et c’est le début d’une série de photos. Assis et debouts sur l’iceberg, puis avec les maillots. Il fait un soleil radieux, il fait bon. Allé je me mets torse nu derrière le glaçon.

Et pourquoi s’arrêter là ? J’enlève le bas et je pose les orteils dans l’eau. Bon, c’est certain, c’est froid, très froid même. Mais à ma grande surprise, c’est supportable. Je poursuis jusqu’aux genoux. Quelques foulées dans l’eau. Cela saisit quand même cette eau glaciale. C’est gelé, piquant et brûlant en même temps !

Mais cette mer translucide est tellement tentante, ce soleil si chaud, l’air si doux, même si la température ne doit pas dépasser les 10°C… Et avant de partir, prétentieux sans doute, j’avais affirmé que j’irai me baigner. Les premiers jours, mes premiers contacts avec cet océan glacial m’avaient refroidi. Surtout sous la pluie ! Mais maintenant, cela me semble possible, et c’est sûrement le moment ou jamais…

Allé, soyons fou, j’y vais. Les pieds, les genoux, la ceinture passent sans problème. Une petite pause. Tout va bien. Et le reste suit ! Cela pique et brûle un peu, la poitrine est opprimée. Quelques secondes complètement immergé, puis quelques gestes de natation pour revenir vers le bord sous le regard incrédule de la photographe et je sors en courant ! Pas de serviette, mais vite un maillot pour me sécher. Forcément, l’air paraît chaud après un tel bain. Au goût, cette eau de mer est bien moins salée qu’habituellement. Il faut dire qu’avec toute l’eau douce qui y tombe…

Je regarde les photos. Un peu déçu, avec le soleil bas sur l’horizon, je suis presque à contre-jour. Qu’à cela ne tienne, j’y retourne en me tournant davantage face au soleil. Je m’y remets donc entièrement. Et de la même manière, j’en ressors très rapidement. Je me sèche avec le second maillot.

Voilà, je l’ai fait !!!

Nous retournons à la tente, moi tout fier de ma performance, de mon exploit ! Il n’y a sûrement pas de quoi, ce n’est pas forcément très intelligent. Si je passe les prochains jours au lit, je ne devrai pas me plaindre… Tant pis, je l’ai fait !

Nous allons ensuite voir la petite cabane, plantée sur les hauteurs derrière la tente. Ses murs ont une surface métallique et sa porte est en bois. Spartiate et bien arrimée, elle doit être très pratique en cas de mauvais temps. Les câbles qui la tiennent donnent une idée des vents qui peuvent souffler en ces lieux…

Nous grimpons sur la bosse qui se trouve juste à côté et qui nous offre une belle vue sur le fjord et sur l’inlandsis au fond de celui-ci. Il y a beaucoup d’icebergs au pied du glacier, mais très peu devant nous, à la sortie du fjord. Je reste déçu. Dommage de ne pas avoir le temps de s’en approcher. J’ai du mal à évaluer la distance qui nous sépare de l’inlandsis, mais elle doit être importante, plusieurs kilomètres sans aucun doute. Le temps qu’il nous reste demain ne nous permettra sûrement pas de pénétrer trop profondément à l’intérieur de ce fjord.

Nous apercevons deux phoques au milieu du fjord devant nous. Ils semblent s’amuser dans l’eau en nageant rapidement sur quelques mètres. Mais ils sont trop loin pour des photos. Nous essayons de nous en approcher en redescendant jusqu’à la plage. Mais la distance reste trop grande. Des chasseurs sont de l’autre côté du fjord. Trop loin eux aussi, tant mieux.

Un petit bateau approche à vive allure de notre plage, légèrement sur notre droite. Il fait fuir nos phoques. Il accoste à une centaine de mètres de nous et nous voyons une personne en descendre et grimper sur la pente abrupte. Puis nous la voyons se pencher et ramasser des choses par terre, au milieu des rochers. Vraiment curieux ce qu’il peut se passer dans ce pays.

De retour à la tente, c’est l’heure d’une bonne douche même si la mer ne m’a pas paru très salée. Je profite de l’eau à profusion ici. Ce sera donc deux casseroles d’eau chaude pour bien me laver. Quel plaisir de sentir cette eau chaude couler sur mon corps. La douche de demain soir promet d’être très agréable. Et très longue. A moins d’un bon bain chaud… Ces petits plaisirs que l’on oublie dans notre vie quotidienne et qui nous font rêver ici.

Puis, pour la dernière fois, je regarde le programme du lendemain. Une douzaine de kilomètres en direct pour le port de Narsarsuaq. Un peu plus si nous entrons dans le fjord. Nous verrons en fonction de la glace présente.

De toute façon, il va falloir se lever tôt, car la journée va être chargée. Une fois arrivés à Narsarsuaq, il faut se changer, vider les kayaks, les rendre, déjeuner, récupérer et faire les valises, et enfin aller à l’aéroport. Avec tout ce qu’il nous reste, nous ferons certainement don d’un peu de nourriture à Jacky. Nous décidons donc d’un lever à six heures. Pour une fois, je vais mettre le réveil afin d’être certain de ne pas se rater.

Le dernier dîner, face au soleil couchant. Nous avons l’impression qu’il n’est pas aussi tard que nous le montre la position du soleil. Et avec raison. Par rapport au jour de notre arrivée, il y a dix jours, le soleil se couche une demi-heure plus tôt aujourd’hui. Cela varie si vite à ces latitudes…

Le froid tombe vite. Sans nuages, une nouvelle nuit glaciale nous attend. Le repas achevé, nous nous réfugions dans la tente pour une bonne nuit de sommeil.

Méritée car je l’ai fait !

13 septembre – Mardi

2h53. Le vent hurle sur les sommets nous entourant et nous réveille. Immédiatement, deux questions : la tente va-t-elle tenir et comment va être la mer tout à l’heure ?

Pour la première, je ne suis pas trop inquiet. Les piquets ont été difficiles à enfoncer et en cas de besoin, il y a foison de pierres autour pour tenir les sardines. En outre, nous sommes dans un creux, bien abrités. Et effectivement, seules quelques rafales secouent épisodiquement la tente. Mais plus haut, cela siffle fort…

Quand à la seconde question, je suis bien plus soucieux…

Difficile, voire impossible de se rendormir dans un tel contexte, entre le bruit et l’anxiété.

6h00. Le réveil sonne. Pas pour nous dire « réveillez-vous », mais plutôt « levez-vous ». Notre dernière fois de préparatifs s’effectue rapidement et en silence. Le manque de sommeil et l’inquiétude nous rendent muets.

La lune brille encore fort. Le soleil n’est pas encore levé. Et de toute façon les hautes montagnes derrière nous, nous le cacheront encore longtemps. Le ciel s’est couvert de nuages d’altitude pendant la nuit, pas entièrement, mais les trouées bleues sont minces.

Je vais rapidement voir la mer. Aïe… Mes pires craintes sont confirmées. Le vent d’est qui souffle toujours aussi fort a métamorphosé le fjord. Hier si calme, la mer est aujourd’hui déchaînée. Les vagues s’enchaînent, bien creusées, et viennent s’écraser violemment sur le rivage. Leurs crêtes sont blanches d’écume. Nous allons tout avoir de face : le vent, les vagues, le courant. Dans notre malheur, une toute petite bonne nouvelle : il vaut mieux avec cela contre que plein travers. La traversée du fjord jusqu’à la rive montagneuse de l’autre côté va être longue, difficile et périlleuse.

7h30. Nous sommes prêts. Vraiment rapides ce matin. Et face aux flots en furie dans nos kayaks, le réveil musculaire risque fort d’être agité…

Les premières secondes et les premiers coups de rame confirment malheureusement que nous allons vivre l’enfer. L’effort est immense, le résultat maigre. Les vagues sont si resserrées que lorsque le milieu du kayak se trouve sur une crête, l’étrave commence déjà à plonger dans la vague suivante. L’eau déferle sur le bateau qui est ballotté comme un vulgaire bouchon. Rapidement je sens que je suis glacé sous la ceinture. Ma jupe n’est vraiment pas étanche, c’est confirmé, je baigne dans l’eau glaciale. Mais ce n’est pas mon souci principal. Le visage éclaboussé en permanence et les bras en feu, il faut lutter et avancer, encore et encore, arc-boutés sur nos montures et crispés sur notre pagaie.

Jamais montagne escarpée et aride ne m’a paru aussi accueillante. Vite s’y mettre à l’abri. Mais que c’est long d’y arriver. Je n’avance pas. Ma vision se limite à peu de choses : la vague qui me repousse, la suivante qui va m’agresser et mes bras tétanisés. Pourtant, il faut pagayer, continuer à lutter.

Les rafales sont parfois si violentes que je sens leur choc jusque dans la pelle qui n’est pas immergée. Au risque que la pagaie m’échappe des mains.

Une vague plus haute que les autres me submerge complètement. Dans le ruissellement liquide, je distingue une forme rouge glissant le long du kayak. La bouche ouverte pour mieux m’oxygéner pendant l’effort, je reçois par la même occasion une bonne goulée d’eau glaciale et salée. Par réflexe, je la recrache immédiatement. Et elle me revient aussi vite en plein visage. Ah oui, le vent… Voyant cette folie, mon bidon d’eau que j’avais calé devant moi a préféré le suicide. C’était donc lui cette forme rouge fuyante… J’y vais, je n’y vais pas ?… Cruel dilemme d’une demi-seconde. On n’abandonne pas un compagnon de voyage et de galère. Demi-tour donc. Heureusement, dix jours de kayak procurent une certaine dextérité. J’évite le retournement et un délicat trois cent soixante degrés plus tard, je suis à nouveau en route après avoir récupéré ce bidon farceur. Les deux passages avec les vagues en plein travers n’ont pas été une partie de plaisir…

Malgré le temps, deux hélicoptères rouges volent au loin…

En m’approchant de la rivé opposée, je me rends compte que le vent et les vagues ne faiblissent pas tant que cela. Mais leur orientation a changé. Logique, ils contournent l’obstacle. Je les ai donc maintenant de travers droit. Cette difficulté supplémentaire est compensée par la petite baisse d’intensité.

Il faudra attendre les tous derniers mètres pour enfin sentir une amélioration notable. Bien à l’abri du relief et tout proche du rivage, les éléments sont enfin plus cléments. Légèrement sur la gauche, une petite plage de cailloux. Loin d’être idéale, mais je ne suis pas en mesure de faire le difficile. Je m’y pose tant bien que mal et je tire mon kayak à l’abri des vagues. Comme à chaque fois que je descends de kayak, c’est ma vessie qui m’impose la première obligation. Pour me venger de la nature, j’urine sur une petite méduse échouée. Une fois cette preuve d’intelligence effectuée, je me retourne vers l’océan, les bras et les épaules endolories. Où est donc ce second kayak ? La dernière fois que je me suis retourné, il était loin derrière moi, légèrement sur ma gauche. Aucune aide n’est possible dans cet enfer, c’est du chacun pour soi… Je ne vois rien sur la mer en colère. Je monte de quelques mètres. Rien… Je grimpe en courant vers un gros rocher légèrement en surplomb, vingt ou trente mètres plus haut. Rien… J’ai beau scruter attentivement, à droite, à gauche, au près, au loin, rien… Pas de forme effilée et de pagaie qui se balance. Même pas une coque renversée. Ah… J’examine méthodiquement l’espace verdâtre agité devant moi, de haut en bas, de droite à gauche. Et bien non, toujours rien. Bon…

Et tranquillement, au ras de la falaise grise sur ma gauche, ce petit kayak apparaît, la pagaie battant l’eau lentement et régulièrement… Transit de froid, je redescends. Une fois mon kayak vidé d’une grande partie de son eau, je repars.

La navigation est un peu moins difficile au ras de cette côte rocheuse désolée. Mais il faut être attentif, à deux mètres du bord, certains rochers apparaissent franchement inamicaux. Et la moindre petite erreur nous enverrait rapidement dessus.

Nous avons maintenant le vent arrière. Juste devant nous, un promontoire s’avance dans la mer. L’eau semble particulièrement agitée devant lui. Et pour cause ! Le vent violent d’est s’engouffre dans les deux fjords, celui que nous venons de traverser (le Qôroq) et celui où nous sommes maintenant (celui de Narsarsuaq). Leurs orientations ne diffèrent que d’une trentaine de degrés. Lorsque le Qôroq se termine, au cap que nous venons de passer, le relief protège du vent venant du fjord de Narsarsuaq. Avec sa forte énergie, le vent provenant du Qôroq peut donc s’y jeter. Et c’est pour cela que nous avons vent et vagues arrières pour le moment. Mais à partir du promontoire devant nous, il n’y a plus de masque pour le vent provenant de la direction de Narsarsuaq. C’est donc le point de rencontre de deux courants contraires et de deux vents opposés. Et ce choc crée un sacré maelström.

Passer cette barrière n’est pas de tout repos. L’effort est extrêmement violent et nos muscles sont encore un peu plus endoloris. Nos kayaks sont ballottés dans tous les sens… Heureusement, cette zone particulièrement violente est restreinte et nous parvenons à en sortir rapidement…

Et du coup, nous nous retrouvons encore une fois avec vagues, vent et courant contraires. L’accalmie aura été de courte durée. La galère continue.

Quel dernier jour ! Une bonne piqûre de rappel anti-kayak…

Selon l’orientation de la côte, l’abri du relief est parfois plus faible et il faut alors se battre contre un vent violent et de bons creux qui submergent à nouveau le kayak. Ces instants de lutte contre les éléments déchaînés sont difficiles… Il faut à nouveau se battre et tirer fort sur la pagaie…

Certaines criques sont très belles et, avec 25°C de plus, feraient de très belles petites plages privées…

L’effort est long et difficile. Ce sera notre exploit. Pas de foule en délire pour nous acclamer, mais arriver au bout sera une sacrée performance.

La vitesse de défilement des rochers est parfois affligeante. Nous nous ferions dépasser par une grand-mère en déambulateur…

Juste avant un grand promontoire, une grande plage de gravier ocre. Je m’y arrête. Pas de miracle, ma vessie veille. Et pour la deuxième fois, j’en profiter pour vider les litres d’eau embarqués clandestinement. Petit goûter également, une barre chocolatée, six ou sept carrés de chocolat. C’est fête aujourd’hui, je ne me refuse rien. Et ce sont également quelques sucres rapides qui seront bien accueillis par mon organisme.

Dix kilomètres au compteur, le poteau d’arrivée ne doit pas être loin. Mais au large du promontoire, cela doit encore être le déchaînement des éléments.

Très peu d’icebergs aujourd’hui. Même eux ne sortent pas par ce temps, il fait trop mauvais… Il n’y en avait pas non plus dans le fjord précédent. Peut-être une période peu productrice.

Après ce goûter, il faut repartir. Et c’est confirmé, au promontoire, c’est à nouveau l’enfer et pas moyen d’y échapper ou de tricher. Il n’y a plus qu’à courber l’échine et appuyer fort sur la pagaie.

Au prix d’immenses efforts, nous progressons. A la vitesse de l’escargot, mais nous progressons. Au détour d’un rocher, les antennes de l’aéroport apparaissent, puis tout proche, un gros cylindre métallique, un hangar rouge et le plus beau, le petit port de Narsarsuaq, terme de notre aventure aquatique.

Quel soulagement…

Les derniers mètres ne sont pas les plus faciles. C’est ensemble que nous franchissons l’entrée du port et que nous nous échouons sur la petite plage de cailloux gris. Le visage blanchi par le sel, mais souriant, heureux d’avoir réussi. Nous l’avons fait… Nous avons vaincu les éléments déchaînés…

Voilà, c’est fini… Mais quelle fin, quelle apothéose… Sentiments partagés. Joie et tristesse. Soulagement et satisfaction. Euphorie et lassitude physique…

Et pour la dernière fois, je pose la pagaie sur le rivage et sors du kayak. Et oui, toujours la vessie en premier ! Puis, encore une fois, mais c’est la dernière, nous avons toutes les peines du monde à nous extraire de ces fichues combinaisons étanches. Ah ces manchons qui enserrent les poignets et les chevilles…

Nous vidons complètement les kayaks et nous les déposons devant le local cylindrique de Blue Ice. Juste à côté d’une dizaine d’autres kayaks monoplaces… Plus récents, avec gouvernails et grands espaces de rangement. Eux…

Nous posons également nos affaires et déjeunons. Il est onze heures et demie, nous sommes dans les temps. Qui l’eut cru ce matin ?

Après le repas, nous laissons nos affaires et remontons à pied vers l’aéroport et les locaux de nos loueurs. Finalement le trajet nous apparaît long à pied. Nous devions être tellement absorbé par la découverte de ce pays à l’aller qu’il nous avait semblé très bref. Le vent fort nous glace.

A quelques mètres de l’arrivée, nous croisons Claus qui part en véhicule en sens inverse chercher des touristes arrivés en bateau. Nous montons donc avec lui et faisons demi-tour. A quelques minutes près, nous nous évitions toute cette peine…

Nous chargeons nos affaires dans le van, remontons et re-déchargeons tout devant les locaux. Nous récupérons nos valises et faisons le transfert de nos affaires. Nous pensions économiser un bagage. C’est raté ! Malgré la nourriture en moins, nos vêtements mal rangés et humides prennent beaucoup de place. Tant pis, nous aurons encore nos cinq bagages…

Je paie le transfert Narsaq-Itelleq. Nous rendons les bouteilles de gaz non utilisées et nous faisons cadeau de nos denrées non entamées : trois paquets de pâtes, un de broyés (ils ne se doutent pas de ce que cela représente pour moi !), un de gâteaux pour le petit-déjeuner et une tablette de chocolat. Toujours ça de moins à porter et à ramener.

Puis c’est le départ vers l’aéroport distant de quelques mètres après plusieurs remerciements et adieux.

L’enregistrement dans la petite aérogare s’effectue rapidement à l’un des deux guichets. Nous avons encore quelques kilos d’excédent. Six ou sept… Incroyable… Certainement l’eau de nos vêtements mouillés. Mais nos valises passent sans encombre.

Puis c’est l’attente, nous avons deux heures avant le décollage. Bonne gestion du timing ! L’aérogare se remplit petit à petit. Avant notre vol, un gros hélicoptère rouge d’Air Greenland décolle pour un vol intérieur. Cela doit être magnifique. Il est difficile de lutter contre nos paupières. Surtout avec la chaleur ambiante et la lourdeur de nos muscles. Peut-être avons-nous oublié ce que signifie vivre à plus de cinq degrés ?

Puis c’est le contrôle de sécurité et l’embarquement. Nos derniers pas sur le sol groenlandais, sous un ciel gris et avec un vent toujours violent. L’avion est loin d’être plein.

Mise en route des moteurs, roulage, remontée de la piste pour un décollage piste 07. Vu le vent, pas de doute possible pour la choix de la piste…

C’est la fin de l’aventure. Finalement partir faire du kayak au Groenland pendant onze jours en autonomie complète en partant de rien, ou presque, c’est possible. Nous l’avons fait. Quelques grosses galères, mais de merveilleuses images inoubliables.

Alignement, mise en puissance, lâché des freins, accélération. Les roues quittent le sol. Avant d’être happés par les nuages, un résumé de cette expédition défile devant nos yeux : un peu de mer verte et transparente, un peu de montagnes, un peu de lacs, un peu d’herbe verte, un peu de fjords, un peu d’inlandsis, un peu d’icebergs…

Adieu Groenland !... Ou au revoir ?...
En direct du Vietnam (Dong Van) English translation pending
by Cendryon · 2012-07-08 · 84 replies
Toute notre petite famille est au Vietnam depuis une semaine. C'est un pays magnifique et on se sent vraiment bien ! Comme dit Larsay dans une autre rubrique plus besoin de prendre le permis à Ha Giang. Nous étions hier à Meo Vac. D'après ce que j'ai compris c'est encore plus simple que ça pour le permis mais je laisse aux spécialistes la primeur des infos. Aujourd'hui nous avons quitté le marché de Meo Vac sous la pluie (malheureusement). Arrivée à Dong Van au sec pour le marché. Puis re-douche à l'heure du déjeuner. Balade cet après midi dans un village Hmong (Je ne vous dit pas le chemin pour descendre au village vu ce qu'il est descendu comme flotte depuis hier !). Les conditions de vie sont vraiment très rudimentaires mais les gens sont très accueillants). Balade ensuite à travers les rizières et sous le soleil pour atteindre le vieux quartier de Dong Van. Depuis que nous sommes ici nous avons eu la chance de voir toutes les étapes de la culture du riz. Le labourage des rizières, la plantation, la moisson... et ici, à Dong Van le riz n'est pas mur mais il n'est pas tout petit non plus. Dans le vieux quartier de Dong Van, nous avons été invités à boire le thé dans un vieille maison chinoise habitée par des tay vraiment charmants. Je vais en rester là pour l'instant sauf à souligner l'excellent accueil que nous avons eu lorsque nous avons dormi chez l'habitant, à Vu Linh, dans une maison Dao. C'était vraiment très sympa et les repas Miammmmmmmmmmmmm. Il y a très peu de touristes. Nous en avons croisé 7 pour le moment (une famille de 4 hollandais et 3 australiens). Je ne vais pas faire de la pub pour l'agence par laquelle nous sommes passés, enfin pas maintenant (j'attends la fin du voyage !) car sur ce forum il y a bien trop de pub... mais notre petite guide est vraiment charmante et entre facilement en contact avec les habitants et ça c'est vraiment super. A une prochaine étape !
L'autre version sur le meurtre de deux Françaises en Argentine English translation pending
by Suizo75 · 2011-09-03 · 242 replies
grâce à un des membres de ce forum, j'ai lu un article qui me paraît plus plausible sur le meurtre des 2 françaises en Argentine. En fait, elles enquêtaient sur le détournement d'argent provenant de l'unesco destiné aux populations indigènes du nord argentin, également il y a des soupçons d'extermination de cette même population pour s'approprier de leur terre afin de cultiver du soja. Cassandra était prof d'uni et non étudiante.

La façon du meurtre m'interpelle: enlèvement- torture ( viol)- exécution( tir dans la tête). c'est le même mode opératoire que durant la dictature argentine. C'est un travail de pro et je doute que de jeunes gens aient pu commettre ce genre de crime. De plus, sur les corps, on trouve plusieurs pistes ( cheveux dans la main) comme s'ils étaient là pour faire une mise en scène afin de nous diriger vers un viol. Si vous regardez deux films de Fernando Solanas " memoire d'un saccage" et la "dignité des pauvres" vous apprendrez plus sur la façon de tuer les personnes gênantes. on parle de la violence policière , les enfants ayant aidé la police qui deviennent gênantes finissent par être tués par un tir dans la tête. J'ai le sentiment que dans cette affaire, on a mis des gens innocents en prison et que les vrais coupables sont toujours en liberté.

Pour finir, si vous voyagez en Amérique latine, je ne voudrais pas que vous ayez cette réflexion: " pourvu qu'il ne m'arrive pas la même chose qu'aux 2 françaises tuées en Argentine" et que vous évitiez tout contact avec les gens locaux. Au contraire, je pense que les 2 françaises aimaient beaucoup les locaux et elles ont donné leur vie pour eux. En vous éloignant d'eux ( ou en ayant peur d'eux), vous faites ce que les commanditaires du meurtre veulent: à savoir " avoir peur des autochtones et ne pas sentir leur souffrance"
Retour de croisière Canal de Panama Complet Est-Ouest MS Celebrity Millenium (18 avril au 3 mai 2011) English translation pending
by JGFrance75 · 2011-05-09 · 69 replies
De retour dans la nuit du 5 au 6 mai (GMT - 4 ici aux Antilles françaises), de notre croisière Canal de Panama Complet Est-Ouest. Jusqu'à présent, et nous avons passé Suez en 2007, ce Panama est notre plus belle traversée, dont la planification 😇 a duré quasiment un an : http://voyageforum.com/...post=3542659#3542659

En résumé : - voyage de rêve, organisation Celebrity Cruises et American Airlines impeccable, hôtel de charme parfait à l'arrivée pour nos presque deux jours à San Diego. - de plus, météo certes tropicale sur une grosse partie du parcours, mais en quinze jours pas une seule goutte de pluie et mer quasiment d'huile. 🙂

Pour ce premier soir de compte-rendu, en voici les étapes : 18 avril au 03 mai 2011 15 Night Westbound Panama Canal Cruise MS Celebrity Millenium Penthouse Deck 6 Sky Suite S1 18/04 Aller aérien Fort-de-France (Martinique) 08h20 (GMT - 4) San Juan (Puerto Rico) 10h05 (même fuseau GMT - 4) Formalités d'immigration étasuniennes durée une seule petite heure 🙁 Embarquement 14h00 Appareillage 17h00 😄 19/04 Journée en mer 20/04 Journée en mer 21/04 Cartagena (Colombie) Escale de 07h00 à 15h00 22/04 Colon (Panama) Escale de 09h00 à 17h00 23/04 Panama Canal (Traversée) 24/04 Journée en mer 25/04 Puntarenas (Costa Rica) Escale de 07h00 à 18h00 26/04 Journée en mer 27/04 Puerto Quetzal (Guatemala) Escale de 07h00 à 18h00 28/04 Journée en mer 29/04 Acapulco (Mexique) Escale de 07h00 à 17h00 30/04 Journée en mer 01/05 Cabo San Lucas (Mexique) Escale de 07h00 à 15h00 02/05 Journée en mer 03/05 San Diego (Californie) Accostage à 07h00 Formalités d'immigration étasuniennes durée trois grosses heures 🙁 Débarquement vers 11h00 Hôtel 15 minutes plus tard 05/05 Retour aérien San Diego (Californie) 06h15 (GMT - 8) Dallas Fort Worth (Texas) San Juan (Puerto Rico) Fort-de-France (Martinique) 22h00 (GMT - 4) Soit 15 heures effectives de transit retour, dont neuf heures de vol 🙁

Et sept premières diapos en PJ, Marina de San Juan et deux jours de mer en direction de Cartagena, pour bien nous remettre de nos fatigues, bagages et transit aérien. 😄 (passer la loupe pour les légendes)
Europe-Asie à moto sur douze mois English translation pending
by Minisini · 2011-03-21 · 17 replies
Bonjour à tous,

Nous partons avec ma copine fin juin 2011 pour un périple d'une année avec une BMW R65 de 1980 à travers l'europe et l'asie au départ depuis la suisse (puis allemagne, danemark, ..) , une idée de trajet par ici :
http://goo.gl/maps/5UTE

Nous souhaitons partir sans trop organiser le trajet et écouter nos envies au fur et a mesure. Néanmoins il y a quelques points que je suis en train de vérifier et peut-être que vous pouvez m'aider :

- Pensez-vous qu'il est possible de prendre les visas directement aux frontières dans tout les pays? - Est-ce que certains pays interdisent la conduite en moto par des étrangers (sauf erreur la chine le fait ?) - Le passage Mongolie-Inde est marqué "en avion" pour l'instant car je n'ai pas encore trouvé de moyen de passer par la route.. des idées ? - Nous traverserons sans doute la Russie en Transsibérien (St-petersburg > Ulan Bator) car apparement routes trop mauvaise et risquée, pas de problème pour charger la moto à bord vous pensez? - Je ne suis pas pour les backchich et si faire un jour de tôle peut me faire éviter de payer ça ne me fait pas peur mais je sais que je ne pourrai pas y échapper dans de nombreux pays, pensez-vous qu'un budget de 500€ pour ça et sous-estimé ?

Merci d'avance pour votre aide, je vais continuer mes recherches de mon côté également et partager tout ça sur le forum..
Amérique du Nord au Sud en camping-car avec deux garçons (5 et 11 ans) English translation pending
by Iliano · 2011-01-03 · 58 replies
Bonjours, 😉😉😉

Nous projetons de début aout 2011 à fin juillet 2012 une balade en camping car qui devrait nous mener du canada en Amérique central voir en argentine si le temps nous le permet. Nous voyagerons avec nos 2 garçons de 5 et 11 ans , nous aimerions bien échanger avec des personnes qui aurait sensiblement le même projet . Nous posterons ultérieurement ici même, le détail de nos préparatif. Cordialement
Autotour de douze jours dans l'Ouest américain début avril English translation pending
by USApril2010 · 2010-01-11 · 45 replies
Bonjour à tous,

Je prépare pour début avril un circuit de 12 jours dans l'ouest américain avec location de voiture (type Toyota Sienna) pour 6 adultes (3 couples d'env. 30 ans). Le but étant de voir pas mal de choses (dont absolument Arches) sans forcement approfondir. Je me suis arrêté sur le parcours ci-dessous. Je suis conscient que le début est très speed, c'est plus 2 jours de "liaison" vers Moab. Pensez-vous tout de même que ce circuit est réalisable dans d'assez bonnes conditions en terme de timing ? Merci pour vos avis.

D4 Départ France - Las Vegas L5 Bryce CanyonDépart de Las Vegas vers 8h pour Bryce, visite du parc l'aprem, couché de soleil sur l'amphithéâtre, nuit dans les hôtels du parc. 441 km - 5h de route M6 MoabDernier passage à Bryce Canyon au lever du jour, départ pour Moab, arrêt à quelques points de vue sur le trajet, hôtel à Moab. 444 km - 5h40 de route M7 MoabVisite de Arches, 2e nuit sur Moab. 80 km - 1h30 de route J8 Monument ValleyDépart de Moab vers 8h30 pour Monument Valley, sur la route petit détour au Gooseneck State Park, déjeuner à Mexican Hat , visite de MV l'après-midi, hôtel dans Monument Valley. 251 km - 4h10 de route - Si option pas Goosenecks : 238 km - 3h35 V9 PageDépart de Monument Valley, direction Page, Point de vue sur le Colorado : Horse shoe bend, balade au bord du Lake Powell, hôtel à Page. 200 km - 3h00 de route S10 PageVisite de Antelope Canyon, farniente, hôtel à Page. 50 km - 1h de route D11 Grand CanyonDépart de Page pour le Grand Canyon - South Rim, visite du parc (points de vue), hôtel dans le parc. 226 km - 3h40 de route L12 Las VegasPetite balade au lever du jour, départ du Grand Canyon pour Las Vegas via un bout de la route 66, hôtel sur le Strip, flânerie de nuit dans LV ou dodo si trajet épuisant. 465 km - 6h00 de route M13 Las VegasVisite de Valley of fire, retour en milieu d'aprem, visite des casinos le soir, animations sur le Strip... 250 km - 3h00 de route M14 Las VegasFarniente, visite du strip, shopping dans les Outlets Center. J15 Las VegasMatinée tranquille, retour voiture de loc, enregistrement à 14h - Départ 17h30 V16 Retour en France
D'Afghanistan au Laos ( Inde, Népal, Myanmar, Bangladesh 2009) English translation pending
by Dju · 2009-10-19 · 6 replies
Bonjour tout le monde Ca y est c est fait! Je viens de traverser l Afghanistan. Et ce qui est sur c est que ce n a pas ete un trip de tout repos. Je suis arrive jeudi 19 fevrier 2009 a Kabul en pleine tempete de neige. Ce qu il faut savoir c est que la capitale de lAfghanistan se situe a 1700 metres d altitudes et est dans une cuvette entouree de montagnes culminants a plus de 4000 metres. L atterissage n est donc jamais facile. Et ce coup ci, bien entendu, avec ma chance legendaire, le pilote a du s y reprendre plusieurs fois avant d atterir. Je peux vous assurer qu un avion qui reprend de l altitude en urgence c est pas rassurant; ce qui l est encore moins c est de voir les montagnes se repprocher alors que le pilote a fait une annonce peu rassurante finissant par le traditionnel "Inch Allah". Enfin bon, finalement l avion a reussi a atterir et j ai pu poser le pied sur le sol afghan, un sourrire triomphant sur le visage. Visage qui n a pas tarde a se retrouve trempe couvert de neige. Bien entendu la voiture que devait m envoyer l hotel n etait pas la et il afallu que je me debrouille. Pour 10dollars j ai trouve un chauffard anglophone qui m a conduit au "Kabul Lodge" mon hotel. La traverse de Kabul avait quelquechose d assez irrealiste. La neige et les nuages rendait la visibilite presque nulle mais j arrivais a entraprecevoir quelques decombres. L armee et la police partout. Notre ami Sarkozy reverait je suis sur d equiper nos chers poulets de kalachnikov et leurs voitures de fusils mitrailleurs. Une fois sur place j ai integre une magnifique chambre serti de tapis, habillee de vieux meubles coloniaux et chauffee au poelle a bois. La securite de l hotel estexceptionelle, elle n est pas assure par le proprio mais par l armee puisque sa localisation est dans la meme rue que le ministere de l interieur. En tchatchant avec quelques clients j ai appris que le ministere avait explose il y a moins d un an et qu il etait donc fort peu probable que cela recommence. Ce n est pas vraiment rasurant surtout quand ils me racontent qu il y avait des morceaux de cadavres dans tout le jardin et meme jusque dans certaines chambres. Apres diner je me laisse embringuer a "l atmosphere" un bar/restaurant pour ecluser quelques bieres. A la table d a cote quatres espionnes britaniques me sont designes ironiquement par Lorene une ecossaise. Les discussions sont assez hallucinantes, ca varit de : " vaut il mieux se faire tirer dessus ou se faire exploser par une bombe" a " a quel point c est contraignant de devoir garder son telephone allume pour etre averti des differentes bombes ou alertes journalieres". Vendredi 20 fevrier. Je quitte Kabul a 7h du mat. A bord d un 4x4 de location et muni d un chauffeur et d un guide(chauffeur/traducteur/debrouillard mais pas trop/neveu du gerant de l hotel), nous partons vers le nord toujours sous la neige et les nuages. Notre premiere pause nous servira a acheter des chaines puis nous attaquons la Salang Pass. Un petit point sur la conduite en Afghanistan : - Pas de code de la route - Le permis ne sert qu avoir l autorisation de passer de province en province - La conduite n est ni a droite ni a gauche - Les ronds points ne sont vraiment pas a sens unique La Salang Pass ou le col de Salang si vous preferez est le col le plus haut du pays: 3600 metres. La route est bonne et les tunnels sont de purs chef d oeuvres d architecture sovietique. Sauf qu ils ne sont pas pourvus d aeratioin et qu l un d eux fait 12 km de long; c est 1/2 heure d embouteillage dans un tunnel : aucune visibilite, mal de crane suffocation...etc Passer les montagnes nous arrivons dans les plaines des provinces de Baghlan et Kundunz. Imaginez la plus grande plaine que vous n ayez jamais vu, multipliez la par 100 et vous serez encore loin de la realite. Mon appareil photo s est avere incapable d en capturer toute l immensite. "Les cavaliers" de Kessel en tete j imagine sans peine le plaisir que ce doit etre de chevaucher ici. En fin d apres midi nous arrivons finalement a Mazar e Sharif dans la province de Samangan a 20 km de l ouzbekistan. La recherche d un hotel s avere ardu. Au final je trouve une chambre pour 30$ dans unj vieux batiment aux formes plus que stalinienne. Je fais ma premiere rencontre avec la bouffe afghane et c est un veritable coup de foudre : brochette de kebab+ riz au raisins et au moutons et surtout de l excellent pain(nan). Je passe la nuit tresd peu rassurer voir pas du tout par ce decor a la shining. Surtout que je suis seul dans l imense batisse et que ma chambre est la seule piece a avoir l electricite. Les hurlements des loups n ont eux aussi rien pour me reconforter. Samedi 21 fevrier. Nous partons a 7h30 pour visiter Balkh "la mere des villes". Cette ville la plus vieilledu pays aurait selon les musulmans ete trouve apres le deluge par Noe. Elle est particulierement connu pour etre le lieue de naissance de Zoroastre. Elle a ete conquise par Alexandre le grand et date de 600 ans avant JC(pas Jean Claude). Elle lui servit de base pour la conquete de l asie centrale. Et c est ici qu il a epouse Roxane( toujours pas celle de la TV). Par la suite Marco Polo y fit un rapide passage mais la ville avait ete detruite et ne restait que des ruines. Aujourd hui la ville est principalement connu pour etre au canabis ce que la Colombie est a la cocaine. On y trouve donc le meilleur Charas(hashish) d Afghanistan, donc du monde(ce que je confirme). De retour a Mazar e Sharif je visite l un des principaux lieux de pelerinage du pays "Shrine of Hazrat Ali". L interieur m est interdite n etant pas musulman. Les legendes racontent que le corp d Ali fut ramene d Iraq pour etre brule a Balkh et enfoui ici. Nous reprenons ensuite la route et je me regale a conduire le 4x4 a tombeau ouvert a travers les plaines. Puis une pause repas avec des sortes de raviolis geantes servies dans du yaourgt et les traditionnels kebabs de foie de moutons. Je visite ensuite "Takhat e Rostam". Bien entendu les talibans ont detruit les boudhas mais ils n ont pas reussi a exploser l enorme pilier creuser dans la roche. Rostam etait un hero, un vrais. Il aurait pu, il aurait du etre Marseillais. Pendant sa sieste sur une colline, on lui vola ses chevaux. Sans se demonter il alla voir le roi de Samangan et lui ordonna de retrouver ses chevaux ou il brulerais la ville. Le roi l invita a dormir et lui promis qu il aurait ses chevaux au reveil. Pendant la nuit la fille du roi, seduite par la force et le panache de Rostam vint lui rendre une visite nocturne. Elle se proposa a lui mais il refusa. "J ai mange la nourriture de ton pere, je dors dans ses murs, je ne peux te prendre, ca me serait nefaste( oui je sais, ca c est pas tres marseillais)" Elle : "Oh oui prends moi, prends moi!!!!" Rostam fit appeler le roi qui la fit egorger (mais non je deconne!). Il fit donc appeler le roi et lui dit vouloir epouser sa fille. A minuit le soir meme ils se marierent et a minuit une ils forniquerent. Au matin il la quitta pour rejoindre son armee en lui laissant une epauliere qu elle devrait transmettre a leur fils. Bien sur elle etait tombe en ceinte et bien sur ce serait un garcon. 17 ans plus tard Sourable fameux fils etait devenu le commandant de l armee royale. Son grand pere l envoya combattre une arme dans le desert. Et bien entendu il du combattre Rostam sans savoir qui c etait. Leur lutte a main nu dura 3 jour mais Rostam triompha en lui mettant un coup de couteau dans lew ventre en traitre. Les derniersd mots de Sourab furent "si tu avais affronter mon pere il t aurait egorger sans forcer". C est comme ca que Rostam devina qu il etait le pere puisque il etait toujours le plus fort avec un couteau contre un adversaire honnete a main nu. Le Takhat e Rostam a ete construit par Rostam en en l honneur de son mariage avec le fille du roi de Samangan. Juste avant de rentrer dans Pul e Khumri notre seconde halte, nous sommes arretes par un groupe arme tres agressif. Bien que pas en tenu ils se disent de la police et veulent me fouiller. La je flippe horriblement et me vois deja en prison a la midnight express. Ils nous laissent finalement partir et je ne fais pas du tout le melin encore sous le choc de leur agressivite. A ce moment la je me suis rendu compte que je suis vraiment seul au monde, personne ne sait ou je suis et j ai loue la voiture au black. La nuit a empire les choses puisque ne trouvant pas d hotel, j ai dormi dans dans une chambre de la radio locale a 30 metres de ces putains de loups hurlant a la lune toute la nuit. Dimanche 22 fevrier Depart a 6h direction Bamiyan. En Afghanistan il y a 4 types de routes : - Freeway : ce qu ils appellent une autoroute mais qui n est en fait qu une route goudronne. - Primary road : Ce que nous appellerions une route de campagne - Secondary road : un chemin vicinal - Tertiary road : J ai malheureusement la malchance de les essayer. La journee passe dans des paysages de montagne fracassant au milieu de l afghanistan profonde. Le seul detail rigolo a ete lorsqu on a croise des militaires neo zelandais qui m ont regarde passe avec des yeux ahuris et ne m ont absolument pas cru lorsque je leur ai dit etre un touriste/routard. J arrive finalement a Bamiyan. La bouffe est moins seduisante que les jours precedents. La neige commence a tomber dru. La recherceh d un hotel se solde par 60$ pour une chambre surplombant la valee. Valee ou les niches des boudhas me rappelle bien trop l absence des boudhas a mon gout. Je passe la soiree a tchatcher avec les deux cieux de l hotel. Nous parlons histoires et politique. Ils sont tre peu convaincu par les elections a venir et critique la main mise des americains et de l onu sur le gouvernement. Ils me parlent aussi des problemes de representativite ethniques et regionales. Nous tombons d accord sur la necessite d une republique federale comme l a connu l Espagne avec un grand E, la seule la vrai pas la faschiste et royaliste d aujourd hui. Lundi 23 fevrier Je me leve a 6h gele par les -2 degres qui m ont rejoint pendant la nuit puisque bien entendu le principe d un poelle a bois c est que si l on n y met pas de bois il ne chauffe plus. Il m aura malheureusement ete impossible de me rendre a la vallee du dragon et aux lacs de Band e Amir a cause de la neige et des difficultes de timing. C est dommage, j aurais adorer decouvrir de mes yeux le corp du dragon terrasse par Ali et les lacs creuses par ses coups d epee. Pour rentrer sur Kabul nous suivons la trace d Alexandre le grand qui a du lui aussi se geler les couilles. Nous empruntons la Shibar Pass(2960 metres). Le chemin est completements enneige et parseme de cadavre de tank sovietique. Tous les montagnards portent un fusil mais pas de chaussettes. Lorsque nous passons a cote d un camp de deminage je me met a me poser des questions sur la veritable connaissance de la route par mes chauffards. Se faire braquer par un fusil mitrailleur parceque ma voiture a trop ralenti a cote des 4x4 de l armee n est decidement vraiment pas rassurant. J arrive finalement a Kabul a la tombee de la nuit et decouvre pour la premiere fois a quel point la ville est en miettes. Mardi 24 fevrier Pour une fois je me leve relativement tqrd, 8h. Aujourd hui je pars a la decouverte de Kabul, c est vivant, plein de burqas. Je fais pas mal de shopping : une couverture en poil de chameau, des habits traditionels...etc La suite au prochain episode. Bises Dju

Mercredi 25 fevrier Je n ai rien a faire de la journee a part recupere mon billet d avion, je ne vais que regarder les boys de l hotel jouer au volley ball et et me plonger profondement dans "mort dans l apres midi". Il faut reconnaitre a Heminguay qu il a reussi ici une splendide vulgarisation et encyclopedie sur la corrida. Lorsqu on sort de ce bouquin, on n a qu un regret, ne pas etre a l epoque de Belmonte et Juanito pour les admirer danser et tuer. Le soir, je retrouve les trois allemands et l ecossaise pour en plaine nuit partir seul et a pied. L eclairage plus que relatif, la neige et la boue rende la traverse du quartier incertaine. Les quelques passant que nous croisons devisagent notre eaquipage ebahit par ce groupe dont la moyenne doit etre a 1m85. Nous arrivons finalement au siege des nations unis, passons les diverses fouilles et presentons nos divers papiers d identites pour recevoir nos badges d accreditations. Enfin dans le saint des seins nous accedons au bunker le restaurant, buffet, bar. Au cas ou vous vous posiez la question, ils n ont pas ete tres imaginatifs et c est un vrai bunker. Ce soir c est salsa night! Apperement avec le kit de survi fournit pour chaque expatrie de l ONU il y a un cd de salsa. Mes nouveaux collegues qui eux ne sont pas des privilegies(si cous savez comme ils en bavent d envie), m explique qu au kossovo, au Tadjikistan en Coree du nord le mercredi soir dans les locaux de l ONU c est salsa night. Regarder l allemand de 2m05 danser un tango endiable avec la cosaque de 1m40 a quelque chose d assez comique. Apres quelques bieres je rentre me coucher bien decider a gerer mon poelle a bois comme un chef pour ne pas me geler au reveil. Jeudi 26 Fevrier Je suis un dieue du poelle a bois. Ce matin en me levant il devais faire presque 9 degres dans ma chambre et dans le poelle une faible braise survivait. Je saute dans la chose qui me sert de taxi j usqu au premier des nombreux arret de securite bordant l aeroport. Sans faire le marseillais; l acces au batiment est separe en trois zones. Chacune d entre elle comprends une fouille physique d entree et de sortie plus une fouille des sacs complete de sortie. On traverse chacune de ces zones soit a pied soit en bus. Une fois dans l aeroport on a droit a encore 3 ou 4 fouilles mais le top c est d etre fouiller par le stewart de air india au moment de monter dans l avion. Le retour a delhi est liberateur. Je recupere une chambre dans l hotel de la semaine derniere, je ssuis heureux comme un pape de prendre une douche chaude, mais plus que tout de ne pas crever de froid en me sechant. Pahar Ganj est un peu le Kao San road de Bangkok, on s y fait brancher toutes les minutes par des rabatteurs : "Internet sir? Visit my shop sir? Hi sir, shoes shinning sir? Beer sir? Haschish sir?". La grosse differrence c est qu il y a beaucoup moins d alcool, quasiment pas de putes et le sol n est pas goudronne. On mange donc pas mal de poussiere. Pour esasayer de temperer mes effusions stomacales je tente un mac do vegetarien mais c etait en oubliant que le coca y est un melange de sirop et d eau. Vendredi 27 Fevrier Aujourd hui j ai deci de de visiter Delhi a pied, je me lance donc en tong a l assaut de la ville. Je traverse la gare et l infini continuite de travaux ambiants pour arriver finalement proche du vieux Delhi. Et la, je debarque dans le ghetto de Varsovie. L histoire de l Inde ne se melange pas a celle de l islam. Elle en est entre melee mais comme au USA, il y a l hypocrisie du melting pot et la realite du salad bol. On retrouve donc comme a Marseille un quartier musulman pauvre dans le centre ville. Ca sent la viande. J y retrouve tout les plaisires de ne pas y voir de touristes et toute la seine curiosite des regards et coups d oeils. Je suis a Noaille, je suis a Belsunce, je suis a la maison. Lorsque j en sort c est pour aterir sur Conaught Place : boutique Levi s, Nike, Adidas, Mac Do, KFC...etc Puis de retour dans Pahar Ganj je retrouve la mauvaise fois et la malhonnetetee des vendeurs asiatiques : je suis oblige de plus que monter le ton pour me faire rembourser un pantalon trop petit, achyete 15 minutes avant. Me l ayant promis remboursable puisque pas essayable dans la rue. Samedi 28 Fevrier Reveil 3h du matin pour un avion qui pertira avec tellement de retard qe j arriverais a 10h a Kathmandou. La, quel plaisir d eviter la queue des visas puisaue le mien a deja ete fait en France. A la sortie de l aeroport : NAMASTE. Je ne chance pas d argent mais negocis mon taxi en roupies indienne et grace a ca paie au final moins cher que le prix regulier: 150 Rps. Dans Thamel, le quartier touristique je reconnais presque immediatement les rues et retrouve mon vieil hotel, le "red planet". a mise en place d un gouvernement communiste ne transpire nulle part mise apart quelques affiches vite arrachees. Je te les metrais tous au goulags tous ces arracheurs d affiches fous. La ville a clairement explose que ce soit demographiquement ou son expension geographique. A 12h40 je saute dans un taxi pour aller chercher le cactus a l aeroport. J y passe les barrages de securites en bluffant les flics et j attends Solange aux bagages. Elle arrive enfin! Non taxi ne nous a pas attendu et je suis oblige de refaire le coup des roupies indiennes pour avoir un tarif descent. Il faut savoir qu en asie, a la sortie d un aeroport c est un systeme mafieu qui rackette litteralement les voyageurs et va du double au triple du prix regulier. Une fois ses affaire sposes a l hotel nous partons nous promener dans la moyenne ville. Les minots jouent a faire mordre les chiens dans des bombes a eau. Tout le monde nous devisage; pour deux raisons : tout d abord je suis habille a l afghane ensuite 80% des touristes ne sortent pas ou peu des sentiers battus meme en ville. Nous nous couchons super tot epuis e par nos reveil hyper matinaux et nos differents decalage horraires. Dimanche 1er Mars Nous nous reveillons tot et partons a la recherche d un petit dejeuner. Nous nous etablissons finalement dans une gargotte ou mon magnifique accent marseillais jette la confsions dans la commande de notre breakfast. Mes oeufs seront donc remplaces par du riz. Mais a 1euro 30 le petit dej pour deux on peux se permettre de jetter de la nourriture. Le rste de la journee s ecoulera tranquilement entre falafels, promenades, quelques photos, rabattages incessant de vendeurs de pashmina, de treck, de haschisk et les traditionnels mendiants. Une idee dee fou me traverse l esprit : acheter une moto pour la revendre au Bangladesh et en profiter pour traverser le pays a la Easy rider. La complexite des formalites et l ebsence de preparation post voyage me refroidi vite et Solange me convaint que de louer des motos dans chaques provinces sera deja largement suffisant. Au soir nous partons boire un coup et la je me rends compte a quel point la ville a changee : la musique forte, le rock, l alcool...etc Certe ca reste Kathmandou mais en trois les choses ont vraiment bouges. La suite au prochain episode Bises Dju

Lundi 2 Mars Kathmandou s est erige a une altitude de 1300 metres environ. De son sud-est en coule une vallee et tout autour s envole les sommets. Notre bien que correct s avere a la limite de ce que l on doit attendre d un point de vue du confort. L eau n est pas assez souvent chaude et le matelas est nepalais : 4 petits centimetres d epaisseur pose sur un sommier en planche. Lorsque le reveil sonne a 7h20 nos corps sont legerement courbattus surtout mon dos. Apres 2 mois a dormir seul il faut un leger temps d adaptation a nos corps pour retrouver le plaisir de dormir emmeles. Solange se laise seduire par du muesli au yaghourt local dont la couleur est bien plus jaune que blanche et je prends plaisir a la voir se regaler. Nous allons ensuite chercher le scooter reserve la veille. C est un petit 100cc, juste ce qu il nous faut pour terainouiller dans Kathmandou et ses environs. Les nepalais nous regardent passer et sont ebahis. Je suis sur que certains en nous suivant6 du regard ont du se manger un poteaux, en effet c est Solange qui conduit son homme d 1m90 et ca c est assez extraordinaire pour eux. L accueil d une amvassade en dehors du territoire francais est toujours agreable, a croire que l air parisien rends con. La paperrasse vite expediee nous quittons le sol bengali pour aller visiter Pathan. Je ne xagere pas ici quand je vous annonce que tout au long du trajet il y avait un flic tout les dix metres. Pathan est la soeur jumelle de Kathmandou, juste separe de son ainee par Bagamati la riviere. La visite de la cadette, que ce soit le quartier historique ou les marches est beaucoup plus calme et subuit surtout moins d affluence. L architecture ancestrale est splendide, le melange de brique et de bois surmontes de tuile est porteur d un puissant calme. On retrouve sur les plus hautes marches, sur les plus hauts niveaux la populace reveuse ou contemplative souvent en train de somnoler. Au retour c est a mon tourv de conduire et la c est le gymkhana! je traumatise Solange par ma conduite brusque et ai a\enormement de mal a conduire a gauche. Dans ma bouche, sur mes dents, dans mes yeux s amoncellent et se melangent la poussiere, la pollution et les gazs d echappements. Selon moi je m adapte tres vite a la conduite nepalaise de la ville et selon So, pas du tout. Le fait le plus marquant, le plaisir le plus surpris a ete le nombre de gamin et d ados en uniformes sortant d ecoles, de colleges, de lycee. Il y en a partout c est comme des pokemons, ca se multipli partout, ca pullule. C est genial. J ai tres rarement voir jamais vu autant d ecolier. C est le premier vrai et fort signe du socialisme que je croise qui soit si significatif. Cela m emeut enormement. En fin d apres midi nous sortons par l ouest de la capitale pour monter sur une colline surplombant la ville. De nombreux monasteres y reposent gardes par des singes aux poils aussi sales que ceux des chiens des rues. On se croirait dans un camp de gitan sauf qu ici les panchos ont ete remplaces par des singes aux instincts de gabian; des que ca brillle ils attaque pour essayer de voler. Garez bien vos montres.... Les feux de camps rehausse l ambiance mais les immenses moulins de prieres de plus de 2m et les moines a la tete rase enleve tout le piment de mon analogie.

Mardi 3 Mars Nous nous levons au son du reveil a 7h30 et nous lancons a la recherche d un petit dejeuner. Une fois nos estomacs cales, nous recuperons nos vehicules. Solange le scooter de la veille et moi une moto 125cc de marque inconnue. Dans le tohu bohu de Kathmandou, reprendre le coup de passer les vitesses est un peu chaud. Mais apres avoir cale quelques fois en plein milieu de la rue et de par cela avoir provoque autant d embouiteillages, je deviens vite sans gene et surtout je m en foutiste des coups de klaxons. L ambassade du Myanmar nous annonce une mauvaise nouvelle, nous allons devoir attendre deux jours pleins de plus avant d obtenir nos visas. Ce qui est sur c est que mes gros sabots n ont pas aide a accelerer les choses quand j ai propose un bakshish devant tout le monde. A travers les nuages de gaz carboniques nous arivons sans trpop nous perdre a sortir de la capitale et partons a l assaut d une vallee. Coup de chance ou coup de genie du cactus, nous ne nous perdons pas et traversons plusieurs vallees pour arriver a Pharping. Au confluent de deux rivieres, au creux d un ravin, nous decouvrons le temple de Dakshinkali. Ce lieue est dedie a la deesse Kali, l epouse de Shiva. Ici il s agit de sa represemtation la plus sanguinaire. Le samedi et le mardi, la populace vient y sacrifier des animaux sur l hotel. Nous garons les motos et descendons a pied en suivant les familles porteuses de coqs ou trainant des biquettes. Le temple est degoulinant de sang et une dizaine de persones sont afaires au nettoyage entre deux seances d egorgement. Les phototos sont interdites et les appareils photos bien ranges au fon de nos poches, nous ne tenos pas du tout a etre les prochains sacrifies. L accueil n est ni bon ni mauvais. Je dirais qu ils nous tolerent tant que nous nous montrons respectueux. Sur le chemin suivant je decide d apprendre a Solange a conduire une moto digne de ce nom. Sans fausses notes mais effrayee par le poid de l engin, elle fini par reussir quelques long aller-retour. Tout ce cirque traumatisa encre plus nos chers autocthones qui virent l homme sur le scooter et la femme sur la moto... Dans le sud de la vallee de Kathmandou nous montons en altitude mais la route devient impraticable pour le scooter. Bientot, meme en moto, je galere sur les chemins caillouteux inclines a plus de 45 degres. L architecture ne palaise est base sur un materiel: la brique. Elle est utilise pour tout travaux de maconnnerie et soit peinte en blanc apres, soit rehausse de bois pour la mettre en valeur. Pour les toit ils ont quelques problemes de finitions, les longues tiges en metal depassent des etages non finis. Du haut des plus hautes sommets de la vallees, on peut voir l infini nombre des cheminees des usines desquellles snt prduites ces briques ou tuiles. La fummee qui s en degage teinte tout le ciel dela vallee. Plus a l est nous finissons dans le village de Godawari ou Solange ternte pour la premiere fois le Dhal Bhat, le plat incontournable et traditionel nepalais : du riz blanc, une soupe de lentille, des pattates, des carotes, quelques legumes verts dont je n ai toujours pas trouve l origine, du poulet pour les non vegetariens et des sauces surepices assaisones aux clous de girofles. Dans ce paysage agraire, le nombre de faucilles et de marteaux peints sur les murs des maisons explose.

Mardi 4 Mars Aujourd hu, monte tout les deux sur le meme somptueux scooter, nous partons a l assaut des vallees a l est de Kathmandou. Direction Mandhyapur, Bhaktapur, les districts de Suryakinayak, Sanga, Banepa et Dhulikhel. Une fois sorti de la region nous atterrissons dans les immenses vallees menant a l Inde au sud et au sud-est. Pose devant un cadre magnifique, des restanques a perte de vue denivellant des pentes abruptes, nous nous regalons de Chowmeins et de mo mo; des nouilles sautes au poulet et des raviolis geants aux legumes epices. Au retour alors que le soleil commence a me bruler les mains et a attaquer sauvagement le visage de Solange, je decide de tenter un chemin de terre. Des le debut, mon cactus se positionne contre cette idee, encore plus quand le chemin est innonde par de mini etangs que je n ose traverser. Mais grace a l intervention d un gars du coin a qui je confis notre superbe machine, nous passons cet obstacle. Pour rassurer Solange je lui promet de me montrer responsable et adulte et de faire demi tour des que ce sera trop dur. Ah, Ah, Ha, Ha, au final nous galerons a traverser des rivieres"presques assechees", des ponts detruits, plus de 30 cm de sable, des galets, desn royaumes magiques, nous affrontons des dragons, mais nous ne faisons pas demi tour. Apres cette epreuve nous decidons d adouber notre scooter et de le renommer "Warrior 1er". Malgres ou grace a toutes ces epreuves nous apprecions et nous ennivrons de paysages epoustoufflant qui nous font nous arreter toutes les cinq minutes pour les admirer. A l arrivee a Kathmandou, Warrior 1er est dans un etat de salete qu il a rarement du connaitre. Pour les curieux, utilisez Google pour visualiser l etat de la route emprunte. C est entre Panchkhal et Banepa. Ne regardez pas la route goudrone mais celle des cretes. Tout au long de la journee, nous sommes empressionnes par le nombre de bus scolaire et les lieux qu ils desservent. Il y a plus d ecoles sur la carte routiere que de pompe a essence. "Cest le socialisme mon amour!"

Jeudi 5 Mars C est d un reveil tres matinal que nous nous levons. Petit conseil pour tout voyageur au Nepal, ne jamais tenter de suivre une carte dessinee par un nepalais. Ils confondent le nord et l ouest, la droite et la montee et en plus c est faux. Nous finissons par emprunter un rickshaw pour aller a notre bus. Ca y est notre voyage commence, c est notre premier trajet depuis notre point de depart. Nous arrivona a Pokhara vers 13h30. Cette ville situe a 900m d altitude se trouve prise en otage entre l Hymalaya et le lac Phewa tal. C est le point de depart de tout les treck pour la region des Annapurnas. On sent ici le physique en preparation ou en repos selon qu on parte ou revienne des neiges eternelles. A l arrivee nous nous faisons agresse par des taxis en folies qui veulent nous obliger a les suivre jusqu a leurs hotels. Nous montons le ton et les envoyons chier violement.

Vendredi 6 Mars Lorsque le reveil sonne a 5h du mat nous l eteignons et replongeons dans les bras de Morphee. Tant pis pour le lever de soleil sur les Annapurnas. A 8h nous emergeons finalementet sautons sur l enorme cylindree louee la veille. Pas mal d acous beaucoup de frayeur, des reproches en veux tu en voila de la part de Solange. Je reconnais que le passage des vitesses et le poids de la machine sur ces routes pourries est presque impossible, en plus tout le monde connait mes legendaires capacites de conduite et d attention. Nous ne tombons qu une fois mais pas de casse. Du haut de Sarangkot nous admirons le Dhaulagiri(8167m), le machhapuchhare(6997) et l Annapurna 2(7937m) d ouest en est. Enfin admirer est un bien grand mot, a travers la polution, nous ne distinguons pas grand chose et avons au final un super apercut du paysage sur carte postale. Au sud est de Pokhara nous nous rendons au lac Begnas ou nous tentons une excursion le long de srives mais sommes vite bloque par la vegetation en liberte. C est quand meme mieux et plus facile les parcs municipaux! L apres midi porte par notre bat-moto, Robin et moi allons visiter la bat-cave, une grotte ou sommeillent des centaines de chauves souris. On frole plus l escalade et la speleologie que la balade dominicale.

Samedi 7 Mars Nous nous trainons comme des limaces jusqu a la gare routiere ou de jeunes apprentis casses couilles nous brisent les oreilles. pendant 40 minutes que dure notre attente ils ne cessent de nous proposer des patisseries. Monsieur c est chaud, Monsieur c est bon pour l estomac, Madame juste une, Madame c est pas cher, Madame c est pas tres cher, sans cesse et sans arret! On embarque finalement et le periple recommence, quel aventure! Je ne vais meme pas critiquer ici l inconfort des places. Ca tout le monde peut imaginer a quel point un europeen est disproportionne par rapport a un nepalais. Nous arrivons a Butwal et la les gens du bus commencent a descendre les sacs de tout le monde. pourtant on est cense aller jusqu a Bhairawa. Aucune informations ni reponse donc je bouscule un peu le chauffeur et son accolyte, mais ca ne sert a rien. La police est bien sur aussi utile ici qu en France et regarde de loin les touristes hurler au scandale. Je secoue meme un peu le flic mais il ne reagit pas. Faut lui accorder, qu il est tres jeune, tres petit, tres tout seul et surtout que je suis blanc. Au final on ne comprends toujours rien, mais atravers les inexplications nous entravons quelques choses. Hier il ya eu un mort, un meurtre. On ne comprends pas par contyre si c ets dans le camp de la police, dans celui des manifestants ou dans celui des chauffeures ayant voulus forcer les barrages absolument pas filtrant des manifestants. Sur 20 km le sol est parsemme de verre brise des camions et des bus. Nous trouvons un rickshaw qui pour 450Rp accepte de nous charger avec nos sacs. Ce rickshaw est aussi bete que peureux. Les manifestants armes de rondins de bambou, de matraque ne laissent passer que les touristes sous les grands Bye Bye des gamins armes eux aussi. Notre rickshaw est tellement con qu il accelere sur lers barrages et ralenti voir s arrete 150 fois tellement il a peur. Lorsque les maniferstant lui dise depasser a pied il remonte sur sa selle. il est tellement con que c est moi qui ai envi de lui mettre des coups de canne. En trois heures nous faisons les 20 kms sous un soleil eprouvant. Quand l abbruti qui nous sert de pedaleur ralenti trop je prends sa place. Et la c est l effarement dans les chaumieres, un blanc qui conduite un Nepalais et une blanche!!!!! Il est tellement con et avare qu il negocie avec une famille d infdien pour leur transporter leurs valises. Au final ils les accroches a l arrierer et les traines sur leurs roulettes. 20Kgs de Rickshaw+30kg de bagage+15kg de bagages indiennes+Solange+le driver sous le cagnard sur du faux plat c est tuant. Arrive a Bhaiwara nous comprenons que notre projet d aller visiter Lumbini la ville de naissance de Boudha est tres serieusement compromis. Les manifestants sont en traion de tabasser un mec qui n est pas descendu assez vite de son velo. On sent que le revendicatif est tres secondaire; ils ont goutte au sang et ca leur a plus. Solange se moque de moi en me demandant si je me regale, si je suis content de galerer. Si elle savait a quel point je kif ca, de devoir changer de plan, reagir et ne rien prevoir a plus ou moins deux heures. On decide de passer la frontiere indienne. On prends un bus jusqu a Gorakhpur pour arriver en pleine nuit. Nous trouvont un train de nuit mais les reservation etant fermees ne pouvons acheter que deux billets regionnaux. Je m arrange avec le controleur "mon ami!!!!" et il accepte de nous prendre. Au milieu des mousyiques, dans des positions plus extravagantes que le kama sutra nous somnolons a tour de role en transpirant du trop plein de voyageurs. Nous arrivons finalement a Benares(Varanasi) a 5h du mat au lieue de 6h10. Les taxis nous sautent dessus comme des alcooliques sur un ricard. Je suis de retour a Marseille, c est vol, mensonges, arnaques et tutti quanti. Bien qu epuise je suis heureux comme un pape.

Dimanche 8 Mars Nous emergeons durement vers midi la tete et le corp epuise par la chaleur de la nuit et le stresse de la journee d hier. Benares! Vous savez? Benares! Le coeur de l univers hindou, lieue de passage entre le monde physique et spirituel. La cite de Shiva bordant le Gange est un joyeux bordel. Mais une fois sur les rives, le calme et le paisible est la. On y brule des cadavres pour qu ils puissent atteindre le "Moksha"(liberation du cycle des reincarnations). L auteur d Oliver Twist en disait : " Benares est plus ancienne que l histoire, plus ancienne que la tradition, plus ancienne meme que la legende, elle semble deux fois plus ancienne que tout cela reuni". Pourtant 3400 ans d histoire ont ete rase par mes potes afghans vers 1300 apres Jean Claude. L esthetique de ces lieux ancestraux n est en realite pas plus vieille que deux siecles. Je me fais coupe les cheveux et raser.

Lundi 9 Mars Lorsque le reveil sonne a 6h du matin nous sommes trop abrutis par la chaleur pour nous lever. Tant mieux. La rive ouest du Gange est prise dans la brume et les photos auraient ete rate. 64 roupies pour un euro donc 10 roupies pour 1 franc, c est trop genial d parler en francs. Pour les prix on voit de suite l explosion du cout de la vie. Nous achtons des billets pour demain a dstination de Darjeeling. Le guichetier est aussi faineant et bet qu un guichetier doit l etre. Solange sort ses crocs et reponds ultra agressivement aux eternels taxis, rickshaws et rabatteurs. Attention les yeux et les oreilles, Cactus pete un cable et attaque verbalement tous les enquiquineurs. Ils sont traumatises, ils ont peur, Cactus style! On loue ensuite une barque pour remonter le Gange. L eau verte pue. Le paysage se desembrume et nous shootons quelques photos. La grand mere comme les hindous appellent le Gange longe la ville sur 7 kms. Sur cette distance se deverse 30 differents egouts. L eau contient 1, 5 million de bacteries coliformes pour 100ml alors que la norme admise est inferieure a 500. Non, non je n exageres pas et les chiffres sont verifiables. Tout les jours plus de 60 000 fideles viennent prendre un bain rituel dans cette eau metastasee.

Mardi 10 Mars Nos corps sont habitues a se lever tot mais il nous est impossible de dormir passer 8h30. Nous en sommes degouttes, content faire une grasse matinee jusqu a au moins 9h30. Depuis un ou deux jours nous croisons des echoppes, des tables roulantes sur lequelles sont vendus de la poudre coloree : rose, fuschia, verte, bleue, violette, pourpre, fluo. Le hasard mon meilleur ami et la chance ma meileure amie en voyage nous ont porte en Inde pour la periode de Holi la fete hindouiste honorant la fin de l hiver. Pour celebrer la destruction du demon Holika, on allume des feux la veille puis pendant une journee on se peinturlure le visage de poudre "gulal" et on s asperge d eau coloree. Nous sommes la veille et raterons donc ce soir les immenses buchers que nous avons vu monter et s ettoffer au long de ces jours passes. Sans ma barbe, j ai deja perdu 10 ans, avec l espoir de jetter de la peinture a tout le monde j en perds encore 10. Je supplie donc Solange d acheter du Gulal en grande quantite et de toutes les couleurs. Solange accepte ajoutant de surcrois qu on pourra en ramener en France pour Happyholiser (pourrir) Damien lors de son mariage( moi pendant la ceremonie, elle apres). Dans une bouteille plastique je prepare ma mixture au grand desespoir de Cactus san et sous les regards attendris et mort de rire des serveurs du restaurant de l hotel. Ca y est je suis pres pour la guerre avec mes compatriotes gamins et mendiants. Je suis repris d alegresse des que nous remontons dans le train. Le voyage recommence! Volubile, je me fais pote avec tout le monde. On me fais essayer du tabac a priser, bof. Pendant la nuit le mec de la couchette du dessus descendant au prochain arret allume la lumiere en grand et ceci pour attendre assis sur le bord de ma couchette. Lorsque je lui demande 50 roupies pour s etre assis sur ma propriete il fait mine de ne pas comprendre. Je suis oblige de le degager a coup de pied. Une heure plus tard, tentant de dormir, les mecs de l ordre cote du couloir papotent a voix haute et ne se privent pas de monter le ton. je leur exprime mon desacord : "Could you shut your fuck up? please!".

Mercredi 12 Mars La nuit a ete entremele de reveil frigorifie par la clim. nos horloges biologiques nous font emerger vers 7h30 et nous attendont notre prochain arret NJP(New Jalpaiguri). L eternel agression des taxi et particulierement ici des jeep-men recommence et Cactus san ressort ses crocs. On embarque dans un4x4 pour Gangtok la capitale du Sikkim. Le Sikkim a abandonne son independance en 1975 et a integrer l Inde avec un statut particulier. Les etrangers ont besoin d un permis special pour y acceder. La langue est le nepalais. C est dit on un des derniers "Shangri La". Gangtok la capitale s etale entre 1400 et 1700m. C est un village en forme de montagne. Les visages vont du tibetain a l ouzbek en passant par le chinois. Une fois installe dans un hotel nous sortons celebrer Holi. Seulement 2/5 de la population s envoi du Gulal dans la gueule. Le reste de la population est Boudhiste. Les indiens viennent nous serrer dans leurs bras lorsque nous les celebrons a grand renfort de peinture. Nos visages oscillent entre le rose, le rouge, le vert, le bleue, le jaune et nos habits se marient tout a fait a la couleur ultra tendance de nos cheuveux. Nous artons nous promener a travers la coquette architecture de la ville. Les vallees et montagnes alentours sont encore cachees par une dense brume. Au soir nous marchons sur la promenades des anglais. En fait Gangtok est vraimen le lieue de villegiature des bourgeois de calcutta qui viennent ici eviter les chaleurs ettouffantes de la saison seche. C est un scandale je suis venu au Sikkim ce pays repute pour son alcool et sa biere le seul jour proclame par le gouvernement sans alcool, je me suis fait avoir. Je suis degoutte. Jeudi 12 mars Avant de passer la frontiere je decouvre qu le Sikkim est un pays completement non fumeur. 200rp d amende pour celui qui fume dans la rue. On n a le droit de fumer que dans nos chambres d hotel. De Gangtok a Darjeeling nous redescendons pour remonter encore plus haut. La route a l asphalte fatiguee monte, monte, monte. La pente ne me donne pas confiance, je ne m y arreterais pas en 2CV pour un demarrage en cote, ou plutot je parierais sur la cote. Le paysage change au fur et a mesure de l altitude. La route fine sur laquelle 2 jeeps auront du mal a se croiser traverse une foret d arbre fins. Leurs troncs immensement longs culminent surplombes par de geantes feuilles vertes passees. A l etage du dessus c est peuples de champignons geants; ces arbres theiers que taillent des fammes et hommes plier en deux sont d un vert profond comme nos foret francaise. Enfin a 2134m nous decouvrons l entree de Darjeeling. Sur le dernier troncon du parcours nous longeons les rails du toy's train, ce mini train met 7 heures pour franchir le trajet NJP>DJG(new jalpaiguri>Darjeeling). Il gravit mieux qu un grand ces hauts deniveles. Une fois installe nous sommes surpris par un petit restaurant proposant des chipolatas et des merguez. La ville ressemble un peu a Gangtok, mais en plus vivante, plus indienne. Pourtant on y sent une nuance plus enorme dans le visage des gens. ils sourient, ils sont polis. elles sont belles, magnifique, pleine de vie dans leurs sourires. Notre premiere boisson a Darjeeling aura ete du coca cola bien sur. Shame on us!!!! Lors de notre promenade de l apres midi nous croisons un rasemblement puis une manif pour le tibet libre. Quelques grand echalas bobos portent ces t shirt pour la liberation du tibet. Je suis sous le choc. Ils ont meme une banderole revendiquant la mise en place du saint dalai lama a la tete d un gouvernement religieux. J etais deja pro chinois dans cette affaire maintenant je suis anti moine, pauvre paysans tibetains qui doivent supporter toute ces conneries au quotidien et qui n ont rien demande a personne. Nous nous lancons finalement dans une degustation de the, mais ca ne s avere pas bon, ca a le gout du the! Quel horeur on nous aurait menti pendant toutes ces annes! A la revolte francais, le the c est de l eau chaude parfume au the. C est amer et ca n a pas de gout, pas de menthe, pas de fruit rouge, pas d epice!!!! Nous sommes surpris par le froid glacial et decidons d aller nous rechauffer a grand renfort de biere.

Vendredi 13 Mars Nous n'achetons finallement pas de the a darjeeling et quittons la ville pour Siliguri. De Siliguri a New Jalpaiguri sa soeur jumelle, les rues sont pleines de faucilles et de marteaux. Il y a autant "d'outils" sur les murs que de murs.Cela est sans compte su les grands panneaux publicitaires a la gloire du syndicalisme; eux aussi arborent une faucille et un marteau. Sur un mur nous retrouvons les celebres profils de Marx, Lenine, Staline et Mao.

Samedi 14 Mars C'est d'un pas alerte que nous quittons notre hotel de bourgeois (clim, toilettes ssise, eau chaude , draps propres, serviettes presque propre mais pas de papier toilette il faut pas exagerer quand meme) dans cette banlieu rouge. Nous galerons pour trouver un bus et finallement reussissons l'exploit d'en prendre un direct pour Changrabandha la ville frontiere. Puis c'est porte sur une charette tracte par un velo que nous avancons vers la frontiere. Les differents raquetteurs de pigeons nous attendent mais nous les esquivons comme des girelles aux Goudes. Enfin la douane Indienne. Je ne sais pas combien de douaniers il faut pour viser une ampoule, en tous cas, il nous faut quatre bureaux, deux tampons, huit douaniers pour avoir le droit de quitter le pays. Chacun de ces voleurs patentes par l'etat surveille que son superieur ou son subalterne oppose correctement son tampon. Nous posons finallement nos pieds sur le sol Bengali qui n'a rien a envier a l'Inde pour ses douaniers : trois bureaux, six douaniers, un tampon. Notre nouveau fidele Joly Jumper nous attend sous la forme d'une charette a velo et nous fait6 decouvrir les vingt kilometres de routes separant Burimari de Patgram. Solange decouvre qu'elle est blanche et commence a repeter se mantra a tous les Bengali qui la montre du doigt:"et oui on est blanc...et oui on est blanc..." L'emerveillement se peint sur tous les visages lors de notre passage. La politesse Bengali consiste a poser une infinite de questions plus ou moins indiscretes. Je dois donc repondre indefiniement a celles-ci:" comment tu t'appelle, quel age tu as , c'est quoi ton travail, qu'est-ce que tu fais ici, ou tu vas , t'as combien d'argent, t'as fait quels etudes, quelle est ta relation avec la madame, de quel pays es-tu, la femme de nicolas sarkosy c'est bien carla bruni?(non non je deconne pas meme pour la derniere question)". A Patgram, nous sautons dans un bus pour Rangpur.Le voyage est constelle des traditionnelles questions et l'addition s'averre sale lorsque le controleur du bus nous fait payer deux billets supplementaires pour nos sacs negligeament jete sur deux sieges. A Rangpur, nous trouvons un hotel pour 275 takas soit 3 euros et decouvrons avec bonheur les joies du confort local. A mes amis les moustiques, vous que j'aime tant, comme vous m'aviez manque! Notre premiere experience de bouffe bengali s'averre moins epice que dans mes souvenirs mes assez pour que je ne puisse pas fermer la bouche tellement elle me brule.

Dimanche 15 Mars L'ussurier local tente de nous escroquer et nous nous retrouvons contraint de changer des dollars a la banque. Nos roupies apparement sentent le gaz. Nous partons visiter le Carmichael College; une des plus grande universite du pays les batiment datent de 1916 et c'est un etonnent melange d'architecture Britannique et Mughal. Le campus est immense et nous sommes acceuilli par les banderoles de l'UEC locale. Les jeunes militants nous expliquent etre membres du parti socialiste Bengali. Je leur demande donc s'ils sont Marxiste-Leniniste effraye par se mot "socialiste" tant galvaude. Une fois leur "M L" confirme, ils tiennent a me preciser quand meme qu'ils sont a tendance Stalinienne. Ouf, j'avais peur que ce soient des mous. Lorque je leur declare que nous sommes communistes, nous nous tombons dans les bras en nous lancant de grands "Camarade, Comrade" et revons de goulags flambant neufs... Nous passerons l'apres midi dans un bus a destination de Bogra. Une voyageuse completement sous le charme de Solange tente de l'assassiner. Cactus n'en pouvait plus de rire et pleure d'hilarite, d'incomprehension sous les grotesques propositions de sa nouvelle meilleure amie. Celle-ci desire ardemment soit echanger un bracelet en plastique contre mon appareil photo, soit que je la prenne comme seconde epouse. Arrive a Bogra, dans une chambre de "luxe" a 6 euros sans serviette avec moustiquiaire; nous luttons contre la chaleur toute la nuit.

Lundi 16 Mars Jacques Brel nous a menti ou alors vous n'avez rien compris a la chanson. Le plat pays c'est le Bangladesh. Ca devient meme un peu monotone. Nous passons la journee a jouer a sauter de bus en bus , de rickshaw en charette pour arriver a Paharpur. C'est le plus grand site archeologique Boudhiste au sud de l'Hymalaya. Les diferentes civilisations hindous et musulmanes en ont nourri l'essence et la pagode/stupa est splendide. Ca ressemble beaucoup a Bagan. Solange se fait une nouvelle amie qui la prend par la main pour lui faire visiter le site. Lorsque nous lui disons etre marie sa premiere question est:"mariage d'amour?". Le reve des bourgeoises locale.En parlant avec son boyfriend je jette un froid en abordant ce sujet qui semble toujours etre tabou meme pour les gens cultives. Il faut quand meme prendre en compte que nous sommes dans la campagne profonde. Sur le chemin du retour nous decouvrons de succulant gateaux epice au miel et je m'en baffre gouluement.

Mardi 17 Mars Dans un bus prive, de luxe, nous descendons vers Dakha. En debut d'apres-midi nous arrivons a la capitale et Solange a le bonheur d'y decouvrir les joies de la polution. Moi, je suis heureux je peux recommencer a fumer comme un pompier, la cigarette me sert de filtre a CO2. Je suis malade et me vide comme il se doit .On est plus chez les paysans :agissons comme des etre civilises. Pour y remedier je decide de manger equilibre. Ce sera donc KFC ou Pizza Hut. Chez mes freres de la grande restauration, je decouvre une sous-classe du proletariat local. Ici dans les metiers du service, de la restauration il y a le cuisto, le serveurs et surtout le tueur de moustiques. Ce charmant garcon se promene dans le resto avec une raquette electrique et smatche (avec l'accent) pour abattre les moustiques qui osent venir deranger la clientelle.

Mercredi 18 Mars Cette nuit j’ai eu droit a un reveil en fanfare par Solange apeuree. Un cafard se promenait sur son bras et ca l’a reveille. Debout sur le lit et n’osant plus bouger, elle me reveille donc a mon tour pour que j’extermine cette vile creature. Arme d’un massif tongue je commence le combat mais le cafard evite l’ecrasement en se refugiant sur ma jambe. Je remporte finallement la victoire en l’explosant sur le mur. Solange toujours pas rassuree m’oblige a exorciser les contour du lit au baygon. Je me rendors en affichant un large sourire condescendant mais pas rassure pour un brin. Et si la famille venait se venger pendant la nuit, et s’ils me mordaient pendant mon sommeil, oh merde!, ca doit s’infecter une morssure de blatte!!! Au reveil nous sommes entier et en un seul morceau, du moins apparement… Nous partons visiter le vieux Dakha et de l’avis de SOlange c’est sale, moche et ca pu. Moi j’adore. Une fille qui bossait a l’alliance francaise en 2006 m’avait confie que le regard des homes sur les blanches est completement base sur leurs experiences cinematographique. Malheureusement, ils on tune culture beaucoup plus pornographique francaise que du 7eme art. C’est plus “defonces moi le petit trou a 7” que “le Coeur des hommes”. Donc quand un Bengalis parle a une francaise il est convaincu que c’est une chiennasse et qu’elle aime se faire defoncer. Solange doit supporter ces regards la poses sur elle malgres ma presence. Elle semble tres mal le vivre. Voyager en couple m’aura permis de decouvrir en le vivant les atroces difficultees que doivent subir au quotidien les femmes lorsqu’elles voyagent dans des pays musulmans. Ca y est j’ai un nouveau fan, un papi et son rickshaw nous court après des qu’on s’approche de sa zone. Solange se defoule sur les mendiant et les voyeurs:”et oui on est blanc et toi t’as les oreilles en choux-fleurs, on peut pas tout avoir”, ”degage!”, ” et oui je suis la plus belle du monde”, ”casse toi gamin”… A la nuit tombante , nous nous egarons dans des ruelles sans eclairage. Notre pas se fait plus presse et notre rythme cardiaque sans doute aussi. C’est fou comme la nuit tous les chats sont gris.

Jeudi 19 Mars Nous trainons notre fatigue dans la ville et nous emboucannons avec la moitie des rickshaws et baby-taxis. L’apres-midi permet a Solange de faire du shopping. Puis nous allons passer le debut de la soiree a l’alliance Francaise. Ce soir c’est la fete de la francophonie. La-bas je retrouve la trace de mon ancient guide et en profite pour lui envoyer un mail. Le hazard fait mal les choses, il etudie a Paris quand je le cherche a Dakha. Sur le chemin du retour, sur un rickshaw, Solange a son sac pose sur les genoux. Une voiture passe, un bras se tend le sac est arrache. Solange malgres son autocritque a du mal a se rendre compte que la puissance de la voiture l’aurait entraine avec elle si elle s’etait accrochee a son sac. Les degats sont importants mais minims. Elle n’avait pas laisse son passeport et sa carte bleu dedans comme je le lui avait conseille. Par contre adieu tous ses cadeaux de Noel et d’anniversaire: walkman, appareil photo, telephone, cartes memoires, boussole, carnet d’adresse, couteau Suisse, notre guide de voyage, argent, … Porter plainte ne servirait pas a grand chose et nous decidons d’essayer de prendre le bus malgres les billets disparus. Nous passons la nuit a nous geler dans un frigo roulant.

Vendredi 20 Mars Nous arrivons a Cox’s Bazard. Sur Inani beach, la plus grande plage du monde, environ 120km de long. Sans le Lonely planet nous galerons un peu a trouver une chambre d’hotel. Solange toujours sous le choc dort tout l’apres-midi pour rattraper sa nuit. Vers 17h, tous les deux vetus a la Bengalis nous allons sur la plage. A peine pose un attroupement se cre. Je me fou en calecon pour prendre un bain sous les regard affoles de la populasse je suis sur que c’est mon impressionante musculature que les marquent le plus. L’eau est trop bonne! La vie dans cette station balneaire est reserve a la middle classe. C’est assez elitiste, autant que cela se peut au Bangladesh.

Samedi 21 Mars En nous promenant sous le soleil assassin, nous tombons par hazard sur l’hotel ou je sejourne 3 ans plus tot. Nous decidons de nous y installer. Vers la tombee du jour nous nous promenons sur la plage harcele par nos fans qui nous agressent Presque pour poser avec nous sur les photos qu’ils prennent. Solange trouve de nouvelles facon de repondre au mendiant qui disent “hello’’.“Hello, degages, hello, degages, hello, degages”. Moi je fais pire. Je prends ici le temps d expliquer que ces mendiants et rickshaws nous pourchassent sur des centaines de metres et qu ils ne parlent ni anglais, ni francais. Dimanche 22 Mars Relativement tot dans la matinee nous allons a la plage. Nous louons un parasol et je fais l’ecrevisse au soleil. Solange ramasse des coquillage et fait des chateaux de sable. Moi j’insulte les gamins qui me parlent en Bengali pour me proposer des coconuts. Nous nous baignons dans le golf de bengale. Solange galere a nager avec trios epaisseur d’habit et manque de se noyer sous les vagues. A force de dormer dans des 4 a 5 etoiles et de luncher puis diner dans d’equivalent restaurants, Solange prend l’habitude de se faire ouvrir les portes et comprend de moins en moins quand celles-ci restent fermees. En fin d’apres-midi nous retournons a la plage et la c’est le scandale! Appelez Voici! Gala! Entrevue!!! Solange se baigne avec seulement un debardeur et un pantalon. Lorsqu’elle sort de l’eau et se met a lire on peut deviner la peau blanche situee en dessous de son jolie cou et la forme de ses seins moulee dans ce shaitanique debardeur. Une bande de mateur debarque donc. Comme au cinema! Lorsque je reviens pres d’elle j’en fait virulement degager un dont la promenade est un peu trop au ralenti a mon gout. Nous decidons de tourner la situation a la derision. Je vais donc prendre de grotesques poses pres des mateurs en les designant ouvertement pour que Solange prenne la situation en photo. La ils ne sont pas content du tout . Pour etre serveur dans un restaurant 5 etoiles il faut : ne pas bine parler anglais, ne pas etre degourdi, ne rien connaitre a la cuisine, avoir besoin de trios collegues pour faire un simple boulot et se consulter toutes les 30 secondes sur tout et n’importe quoi :” t’as mis du sel, et si on mettait de sopalin sur la bouteille d’eau, comment on fait pour faire des boules de glaces?”.

Lundi 23 Mars La chose la plus typique chez les Bengalis c'est leur lenteur. Ils ne sont absolument pas rapides. Mais c'est hallucinant, c'est une nouvelle espece, un croisement entre un escargot et un paresseu; un metissage entre un corse et un cadre de la sncf. Apres avoir supporte la lenteur nationale on arrive a chopper un bus. Dans ce pays les statistiques de 2008 donnent une moyenne superieure a 32 morts par jour pour les accidents de bus. Ce chiffre me semble bien bas vu l'etat des bus et les capacites relatives des chauffeurs. Nous arrivons finallement a Chittagong, la seconde ville du pays. Marseille, port historique donnant sur le monde. Les portuguais ont debarques par ici, les rakhaines, les arrakanes, les mughols se sont disputes la ville jusqu'a ce que ces alcooliques d'anglais debarquent. Grognon a force de galerer pour trouver un guide de voyage, je ne me retiens pas et frappe un gamin aveugle qui s'accrochait a mon t-shirt depuis 5 mins pour mendier.

Mardi 24 Mars S : Tu trouves pas que l eau est plus salee ici? J : Je sais pas, je suis pas salologue! S : C est quoi un salologue? Un specialiste des salauds?

Nous arrivons a retrouver le bureau du gouverneur local grace a ma superbe memoire. Nous obtenons ainsi les autorisations et permis pour le Hills Tracks. Nous achetons ensuite nos billets d avion pour vendredi a destination de Calcutta. Sur la cote se trouve le lieu ou l on demonte les vieux paquebots et antiques navires. Il y a 3 ans, un planning mal organise m avait empeche d y aller. Cette annee a cause de ces bons a rien de green-peace on ne peut plus visiter les lieux et encore moins avec un appareil photos. Nous trouvons differents taxis hors de prix. Mais apprernons que les ouvriers sde sont mis en greve et combattent le gouvernement. Apperement de facon assez sanglante. Au final nous preferons depenser l argent de la course pour nous payer un resto 4 etoiles. L apres midi s ecoule a flaner dans les ruelles de la ville sous un soleil agressif. Vers 16h30 nous allons sur une des jettees pour louer une barquette et faire un tour sur l embouchure du fleuve. L eau est marron, l;es odeurs pestilencielles, la vie maritime en surcharge d activite. Nous mitraillons de photos

Mercredi 25 Mars Le reveil matinal est de plus en plus dur. Nous sautons dans un baby taxi qui bien sur nous enmenne au mauvais endroit. A trop faire confiance aux guides de voyages on oubli qu ils peuvent se perimer. Gare routiere"Oxygene", je trouve ca assez ironique vu la noirceur des fumees des pots d echapement. Ca y est on est parti direction les Hills Tracks, des petites collines a la frontiere du Myanmar. Apres la platitude et la monotonie de ce pays, ces collinettes nous paraissent de hautes montagnes qui j en suis sur seraient enneigees si il ne faisait pas 38 degres. Apres deux check points qui aujourd hui ne sont devenu que des formalites nous arrivons enfin a Rangamati. Nous essayons de trouver la maison de Shofiq(mon pote qui m avait accueilli il y a trois ans) mais la tache semble etre impossible de memoire. Nous nous posons finalement dans un hoitel avant de retourner arpenter les rues a la recherche de Shofiq. Trois heures sous le cagnard, des dizaines de rues traversees de long en large pour rien. Le desespoir me guette. Une intuition me vient et nous prenons un baby taxi pour le nord est de la ville. Rangamati est en fait une continuite d iles liees par des ponts ou des bandes de terres. Cet ensemble forme une ville sur le lac Kaptai. Nous trouvons finalement la maison! C est fou comme en trois ans une ville change dans ce pays. C est presque comme trente ans en france. Mon ami n est pas la mais sa famille nous accueile a bras ouvert, ils me le passent au telephone et depuis Dhaka ou il travaille, il gere la situation. C est un peu comme le parrain donnant ses ordres a la famille corleone. Tout le monde s empresse d'obeir. Le petit frere Javed m accompagne a l hotel et regle la chambre a ma place puis il nous installe dans la maison familliale. L accueil musulman typique, il paie tout, clopes, glaces, eau, toute mes depenses...etc Il ne me laisse absolument rien regler. Nous partons ensuite en famille visiter le temple boudhiste. A Rangamati, la grande histoire comme l actuelle a toujours euy la specificite de meler harmonieusement les religions. Ici les muslims visitent les pagodes et la fete de leau est celebre par tout le monde. Bien qu la saison seche a fait baisse le niveau du lac de plus de 10 metres, le paysage est somptieux et les iles parraissent des collines. Nous approchons de l ile du roi ou s eleve son palace. Ce traitre a son peuple s etait allie au Pakistan et apres la defaite a fuit la bas pour etre nomme ambassadeur en Argentine. Nous passons la fin de la journee a nous promener dans les parcs surplombant les iles et le lac. Sur un retau flottant nous degustons la specialite locale cuite dans du bambou.

Jeudi 26 Mars Aujourd'hui c est l anniversair du jour de la declaration de la guerre d independance. Nous nous sommes barricade sous la moustiquaire pour ettoufer de chaleur toute la nuit. Au reveil, petit dejeuner local agremente de miel, de pain de mie et de confiture d orange fluorescente. Puis nous partons faire une ballade sur le lac avec mr Uno un des etudiants de Javed. Il n est pas possible d embarquer avec des flics en armes sur le bateau. Le capitaine de la barquette est donc mort de peur et refuse de nous conduire plus loin sur le lac. Nous n en verrons donc que le debut et pas les cascades. De retour sur la jettee le marin tente de nous escroquer. Il nous reclame 600tks pours une heure cinquante, 3 ans plus tot j avais paye 500tks pour 5 heures. Je lui file 300tks et nous partons ses hurlements dans le dos. Solange se defoule ensuite sur sa nouvelle passion le shopping en achetant des tissus, sac et habits locaux traditionnels fait a la main. Nous rentrons finalement en bus sur Chittagong et reinvestissons notre precedent hotel. Ce soir c est :"claque ta tune" attitude, il faut flamber au restau pour changer nos derniers takas que l on ne peut changer.

Venndredi 27 Mars S: Mr je me la pete parceque j’ai plus mal au ventre! J: D’ailleurs j’ai recommence a chier mou dans l’ascenseur. (rires…)dans l’avion.

Bon ben on quitte finallement le pays. Et c’est sur la route de l’aeroport qu’on se rend compte a quell point on s’est adapte au pays. On paie le baby taxi sans qu’il gueule, on ne s’enerve pas de la lenteur des employes de l’aeroport, on ne s’etonne meme pas des 4 h de retard. On embarque finellement et Solange saute de joie car on quitte le pays a bord d’un avion a helices. Elle appelle son bonheur un simple relent de vitalite. On arrive a Kolkata ( anciennement Calcutta). La ville a etait la capitale de l’empire Britannique des Indes avant d’etre transferre a Delhi. C’est une ville qui ne se visite pas, elle se vit, se ressent, dissent les bobo que nous croisons. Si ils savaient a quel point c’est vrai mais a quell point ils en manquent l’essence… C’est du bonheur a l’etat pur! C’est trop fort, la ville est communiste, 14.5 millions d’habitants et une majorite communiste. Des rues avec des faucilles et des marteaux a chaques pas de porte. Les briquets aux effigies d’Ho Chi Minh, de Mao, d’Engels et de tonton Joseph. La mairie a fixe les loyers dans toute la ville, pas de speculation immobiliere! En plus de tout ca c’est un joyau d’architecture britannique, une replique de Londre a l’allure de jungle colonniale. Les rickshaws ne sont pas a velos mais a pied. On vient de debarquer dans la “citee de la joie”. Des mendiants a perte de vue et pas de place sur les trottoirs qui sont les villas locales des clochards. Nous choquons les blancs en mangeant avec les mains mais l’idee ne nous est meme pas venue de nous servir de couverts. Solange trouve les filles trop devetus et nous restons sous le choc de voir des blancs. Nous les fixons comme les Bengalis nous regardaient. On passe pour des jobastres!

Samedi 28 Mars Serveur: Y-a-t’il un probleme? Ju: Non non, c’est juste pas bon, pas de probleme …

Nous quittons l chamber a 840 Rs pour une a 350 d’une qualite relativement meilleure. Si l’on met de cote le cadeau laisse en souvenir au fond des toilettes par l’ancien occupant et l’odeur de vinasse qui empuanti la chamber. Nous nous promenons dans la ville. A pied sous cette chaleur c’est eprouvant. La misere est visible de partout ainsi que les faucilles et les marteaux. Entre coupe d’affiches de stars de cinema nous croisons sur les murs Mao, tonton Joseph, le camarade Vladimir et les vieux Friederich et Karl. Dans une section de CPI(M) le parti communiste Indien (Marxiste) nous retrouvons la bonne volonte des camarades. L’un d’eux nous compagne a pied jusqu’a l’immeuble abritant la federation West bengal du FYDI la JC locale. Devant un pepsi nous attendons la venue du secretaire federal qui a ete mis au courant de notre presence. Quand il debarque tres a l’aise, il ne s’assied pas dans son fauteuil de senateur mais approche une chaise en plastique des notres. Il se penche vers nous et nous entamons un jeu de questions reponses comme de vieux camarades complotant. En bref voila se qu’il nous dit: La Jc indienne s’appelle le DYFI: Democratic Youth Federation of India et ils ont 9851355 militants pour le Bengale occidental. Ils sont officiellement affilies au CPI(M) et CITU (Confederation Internationale (ou Indienne) Trade Unions (syndicat Marxiste qui pour donner une idée generale a une representativitee tres largement superieure a la CGT)).Le plus haut taux de syndicalisation des paysans d’Inde se trouve dans le CITU west bengale. Le CPI(M) detient 33.6%des sieges du parlement. Les axes politiques du CPI(M): _ EDUCATION: Education de et des masses. Education gratuite jusqu’au lycee Bourse de 6000Rs (environ 100 euros)/mois pour les etudes superieures en fonction du niveau de pauvrete “Camp de litterture pour les illettres” specialement destine au lumpen proletariat _ SANTE: a la difference des etats indiens non communistes, au west Bengal le secteur de la sante est encore sous la responsabilite de l’etat. Gratuite pour les pauvres _ LOGEMENT: 200-250 Rs de loyer mensuel pour les pauvres politique de construction immobiliere geree par l’etat a destination des indigents. Le FYDI a pour lutte principale, comme axe de campagne que soit inscrit dans la constitution le droit a un travail pour tous. Il y a 30% de femmes au DYFI sous la forme d’une association appelle AIDWA(All India Democratic Women Association) Les musulmans et surtout le fait d’avoir toutes les religions au sein de l’organisation sont la :”main force”, “striking force” du DYFI. Les parties politiques reformistes, gauchistes et locaux ont assasines 201 militants en 2 ans. Je quitte la rencontre le cerveau en ebullition. Apres tout ca je cherche un endroit ou graver mes 8Gb de photos sur 2DVD, ca me prend 3h30. Heures pendant lesquelles Solange va faire la plus folklorique des declarations de vol jamais faite. Mais ca c’est elle qui vous le racontera.

“INQILAB ZINDABAD !!” “LONGUE VIE A LA REVOLUTION !!”

Dimanche 29 Mars J : Regardes, regardes!! Le gros lezard sur l'arbre! S : C'est pas un lezard, abruti. C est un ecureuil.

Pas grand chose a raconter. Petite journee tranquille atrainailler sur internet. Le mec du cyber cafe avec qui je fume une clope me dit que la faucille te le marteau sur mon briquet c est le symbole de la ville. J essai de lui explique que ce n est pas typiquement de Kolkota mais c est pas facile. Le long de srues nous croisons des dizaines d'hommes assient en tailleur avec un sac plein d outils devant eux. Ils sont 10 a 30 sur une seule portion de trottoir a attendre que quelqu'un passe les chercher pour leur faire l aumone d une tache. Des hommes a louer a la journee. A Delhi c etait un camion du haut duquel un homme faisait son marche parmis les centaines de travailleurs a la journee; ca faisait tres "It's a free world". Ici ca semble etre des ouvriers qualifies puisqu ils mettent leurs scies rouillees et leurs marteaux usages a disposition. C'est la premiere de fois qu en voyage je traverse un lieue ou le dimanche est vraiment chome. Les magasins sont pour la plus grande majorite fermes. A kolkota les rues sont majoritairement a sens unique et deux fois par jour ce sens change. C est assez inimaginable et c est pourquoi vers 15h les taxis sont tres retifs. Et ben meme ces rues, le dimanche elles ne changent pas de sens. Un parc immense pouvant accueillir 2 a 3 fetes de l'huma sert de lieu de rassemblement a tout les amateurs de cricket et de foot. On se croirait un dimanche entre la pointe rouge et David. Des montreurs de singes, des cheveaux pour les minots....! De l autre cote de la grande rue, un parc a l'entree payante avec un batiment typiquement britanique sert de promenade aux bourgeois. Je me regale a les choquer en leur demandant si le batiment blanc est le Taj Mahal.

Lundi 30 Mars

C’est d’un reveil trop matinal que nous nous propulssons dans la voiture prive qui nous jette a l’aeroport.

Dans la sale d’embarquement je Remarque pour la premiere fois a quel point les moines Birmans sont impolis et misogynes. Chez eux sanctifies, dans les transports ils n’hesitent pas a me bousculer pour me doubler. Ce qui donne une scene d’anthologie lorsque je les bouscules a mon tour, eux que personne jamais ne touche. Poser la main sur un moine c’est reculer de 20 a 30 reincarnations. Sur ce coup la j’en ai pris pour un siecle. Je n’ose meme pas vous ecrire a quell point ils ont ignore Solange. On arrive finallement chez moi. Je retrouve ma ville. Je suis heureux comme un pape de fanfaronner devant Solange en lui montrant les rues, les monuments, en explicant ce que je sais. Nous sommes donc dans le pays des “ Terres dorees”. Les gens sont calmes ici que le rythme de la vie. On se sent tout de suite paisible, chez soi, bien… Le femmes sont toujours aussi sublime ce qui fait un peu grincer les dents de Solange.

Mardi 31 Mars

J: on va voir le pied de Boudha… S: ils l’ont coupe en mille morceaux le pauvre…

Le reveil après une nuit de chaleur epuisante est brutal. Surtout que Solange me dit qu’une bete lui a marche dessus pendant la nuit et l’a piquee. Je pense qu’elle a reve. Nous traversons le centre ville a pied sous les sourires aimables des jolie demoiselles. Au Bogyoke market nous changeons 550 euros contre 718 000 Kiats. Puis notre tentative d’aller en camionette locale dans les exterieur de la ville echoue. Nous louons donc un taxi pour aller a Thanlyin et Kyauktan. A la fin du XVIeme siecle Thanlyin fut le port d’attache d’un aventurier franco-portuguais: Felipe de Brito. Depuis cette base, en tant que representant des Rakhaings, il se tailla un petit royaume personnel. Il s’alliait soit aux Mons soit aux Bamars selon ses interest du moment. En 1599 il reussit a piller Bago ( anciennement Pegu) mais le retour du baton arriva en 1613 et les Bamars l’empalerent pour profanation de sanctuaires boudhiste. On raconte qu’il agonisa pendant deux a trois jours, n’ayant pas pris la bonne position le pal n’avait pas traverse les organes vitaux. A Kyauktan nous allons visiter une pagoda au milieu du fleuve. C’est tout simplement du racket, 4000 K pour la traverse de 50m jusqu’a l’ile/temple. Sur place nous nourrissons d’enormes poissons chats. Sur le chemin du retour nous nous arretons pour visiter la pagode de Kyaik Khauk dans le fameux village de Thanlyin. La, les Birmans rigole a nous voir sauter sur nos pieds nus pour eviter de se bruler sur la pierre chauffee a blanc par le soleil sur le sol du temple. Nous abandonnons après 5m. Le sol est trop chaud. De retour dans Yangoon (Rangoon l’ex capitale) nous partons visiter Shwedagon. La Shwedagon paya (pagode) est avec Bagan l’un des deux sites symbolique du Myanmar. A la difference de Bagan la paya est dans la ville. Chose amusante, il y a plus de 65 ans, Kessel dans la “vallee des rubis” la situee en dehors de la citee. On imagine a quel point la paisible capitale a grandit. Du haut de ses 98m la stupa (pilier) posee sur une colline surplombe la ville. Le “brigand” Felipe de Brito lanca une razia dessus pour en fondre la cloche et en faire des canons. Mais la main de Boudha lors du transport noya la cloche de pres d’une tonne. Solange est impressionnee par l’immensite du monument et hallucinee par le devotisme des ces gens. En fumant une clope avec un moine nous apprenons que Solange est du signe de l’elephant et moi…hahaha de celui de la souri.

Mercredi 1er Avril S: En fait les moines c’est comme les mendiants, avec les prieres en plus.

Reveil a 4h du matin; quel horreur! Nous nous faisons voler par un taxi 6 dollars pour aller a l’aeroport, mais a cette heure la pas vraiment le choix. Les vols c’est comme les trains, y’a plusieurs arrets et il faut pas se tromper. Quand on sort de l’aeroport, la mafia des taxis nous attend. Il y a une heure de trajet entre Heho et le lac Inle. On a pas vraiment le choix et ils le savent. Il y a trios ans le trajet m’avait coute 14 dollars environ. Aujourd’hui ils en demandent 25. A Yangon, c’est 5 dollars l’heure. Nous attendons l’arrivee du vol suivant dans l’espoir de partager un taxi avec d’autres routards. Une Irlandaise accepte et a trios nous payerons finalement 21 dollars pour un pick-up. A Nyaungshwe je retrouve la guest house ou je sejournais. Nous prenons une magnifique chambre en teck dont les murs de la salle de bain sont enchasses de galets. Avec notre nouvelle amie a usage unique nous louons un bateau pour visiter le lac. J’ai deja tout vu mais c’est genial de retrouver cette ambiance paisible et ces splendides paysages. Les villages flottants, remonter des rivieres, voir des homes pagayer avec leur jambe. Sarah (l’irlandaise) a etudie pendant un an les droits de l’homme et elle ne mange pas de viande. Elle ne mange pas de viande parceque les graines utilisees pour nourrir les animaux pouuraient etre donnees a manger aux pauvres des pays du tiers monde comme le Bangladesh. Je ne lui propose pas d’arreter de manger des cornflakes ni ne lui repond, car a ce niveau la de gentille connerie ca pourrait deteindre sur moi. Imaginez que je sois encore plus bete qu’aujourd’hui…

Jeudi 2 Avril Vendeur : where are you from? J : France… V: ah Zidane! J : ouais et Maurice Thorez aussi…

Couche tot la veille et un reveil a 9h nous permet de recuperer un peu de notre energie. La teakwood guest house inclu un superbe breakfast dans ses prix: fraises, pasteque, banana, crepes, miel, the, café, toasts et oeufs… Le mile est tres fort, local, le gout reste en bouche longtemps après avoir avale. On va se promener dans les larges ruelles du village Nyaungshwe. Dans le petit marche pour les locaux Solange achete des longyis (les jupes birmanes). Elle choisit deux longyis shan, l’ethnie du nord du pays. Le Myanmar est people de 8 nationalites: les Bamars, les Shans, les Mons, les Karens, les Kayahs, les Chins, les Kachins et les Rakhaings. On trouve aussi dans le pays des Nepalais, Indiens, Chinois , et surtout plus de 67 ethnies. Parler de ces ethnies prendrait des heures. Pour commencer a avoir une idees sur les moeurs restes intactent et qui le resteront tant que les frontiers et notre culture leur sera interdite et ferme; il y a deux solutions soit visiter le pays mais il faudrait plus de trios mois pour en decouvrir moins de la moitiee soit lire le superbe livre de Norman Lewis :”Terre d’or” . Le terme de Shan designe l’ethnie du nord du pays. Les Shans ne se reconnaissent pas eux meme sous ce nom d’origine chinoise qui signifie” montagnards sauvages” ou “ barbares” ainsi que les Chins et les Kachins. Ils se donnent le nom de “ Thai” qui veut dire libre. Ceux sont des “archis-republicains” dans le sens du terme le plus noble. Ce gout de la democratie va dans les plus petits villages jusqu’a l’absence de chef. Ils ont droits a trois femmes et les divorces sont en faveur des biens de celle-ci. Les Bghai Karens sont eux ultra conservateur pour les valeurs du marriage. Ils sont d’ailleur en voie de disparition puisqu’ils refusent les marriages inter raciaux et toutes formes d’inceste. L’etat Shan est oblige d’envoyer un fonctionnaire une fois par an pour qu’il designe dans chaque villages un couple de jeunes gens a enfermer dans une chamber nuptiale. C’est ainsi que l’on arrive a les faire procreer pour sauvegarder leur ethnie. Plus tard, en nous promenant, Solange me fait remarquer a quel point les gens sont beau et surtout a quel point c’est injuste. Quoi qu’ils ou elles portent, ils sont elegants. Si un europeens portrait un chapeau en osier avec des fleurs, il serait a coup sur ridicule. Les homes ici sont simplement splendides, resplendissants. Nous paasons le reste de ll après midi a trainailler dans le village.

Vendredi 3 avril J : en fait dire stupa a chaque fois que t en vois une, c est comme dire "Keke"a Marseille.

Ouahou, quelle journee! Quelle bordel de journee assassine! 14 heures de bus local , 2 crevaisons ou plutot explosion de roues, 40 degres a l'ombre et le bus n y etait pas. Un concour de vomi des enfants suivi par les meres puis les grands meres. Heureusement qu il faisait chaud et que le vomi seche vite. Des combats titanesque pour sauvegarder nos places et surtout l espac, le volume vital que les vieilles birmanes tentaient de nous voler. Au final on a voyager assis sur le rebords des fenetres. 37 places dans le bus + 10 tabourets en plastiques installes au millieu. Au final 55 personnes a l interieur et 15 sur le toit. Depart 4h30 arrive 19h en contant les petites pauses.

Samedi 4 avril Bagan ou plutot "Pagan"en birman est une zone archeologique. C est l un des sites les plus impressionsnt de la planete. Pendant 250 ans de 1047 a 1287 plus 4400 pagodes/temples/payas/stuppas/Boudhas furent eriges. Sur 42 km carres on peut donc visiter des temples des monuments datant pour les plus vieux du 5 eme siecle. C est dans cette plaine centrale formant "le coeur du Myanmar"que les Pyus, les Bamars et les Mons s affronterent pendant des siecles. L apogee du lieu prit fin sous la forme de horde mongoles diriges par Kibilai Khan. Nous louons une cariole a cheval pour la journee incluant le couche du soleil pour 10 000K. Et sous des temperatures infarnales partons visiter le site. Les marchands sont sur chaque temple. Des temples hindous a la gloire de Shiva, Kali, des pagodes aux formes Azteques, Incas etl infinite de temples, stupas en briques; des petites, des grandes. Et toujours cette chaleur qui fait chauffe l eau a l ombre. A midi nous degustons des curries Bamars au poulet, au porc au mouton avec du riz( c est ettonant!), des aubergines, du palmier, des poissons frits, ... etc. Plus tard alors qu il ne fait que 40 degres a l ombre nous visitons une fabrique de lacque. Voir les enfants de 8 ans au boulot nous refroidis enormement. Notre cocher nous trouve une Paya sans touriste mais refuse de nous emmener au site le plus eleve qui est trop loin. Je lui file 8 000 et on part a pied perdu au milieu de Pagan. Nous derangeons 2 jeunes en train de draguer, mais adorables ils nous proposent de nous emmener en scooter jusqu au lieu que l on recherche. Ils refusent qu on les paie a l arrivee. Nous regardons le couche de soleil et tentons de rentrer, tous les scooter, carioles tentent de nous voler. La solidarite entre routards ne semble pas fonctionner ici puisque un couple d allemand refuse de nous prendre dans leur cariole. Les seuls gentil messieurs sont deux gars sur un char a buffles qui nous font signe de monter. On refuse poliment allant plus vite a pied et trouvons apres 30 mins de marche un 4x4 relativement honnete.

Dimanche 5 Avril Petite journee pepere a creuver de chaud dans un bus climatise sans climatisation. Nous arrivons finalemment a Mandalay la 2eme ville du pays et derniere citee imperiale. En chemin je rencontre mon nouvel ami a usage unique, "un americain" de californie economiste de metier. Oui je sais y a qu a moi que ca arrive! C est pas drole il n a meme pas peur quand je lui dis etre communiste. Avec lui ce soir nnous devons aller voir le spectacle satirique des "moustaches Brothers" des comiques qui ont passer plus de temps en prison que sur scene suite a leurs moqueries sur les generaux locaux.

Le spectacle etait interressant mais cher. Au retour nous discutons culture, services et stereotype.

Lundi 6 Avril Cette nuit a ete delicieuse, des coupures d'electricite ordonnes par le gouvernement et des attaques incessantes des moustiques unifies. En debut de matinee nous essayons de reserver un vol pour le nord, l'etat Kachin. Les compagnies aeriennes fiables s'averent sur reserve pour la quinzaine a venir. Nous devons donc nous rabattre sur la compagnie gouvernementale. Nous louons ensuite un trishaw ( side-car a pedale dont les sieges passagers sont dos a dos) pour la journee. Nous attaquans donc la visite d'une ville dont la population est composee a 40% de moines. Que dire de la chaleur, comment la qualifiee. C est lourd, dur, brulant, aggressif, ettouffant. C est une chaleur a mettre un Sarko dehors. La visite de la ville n'enchante pas Solange et ne me rapelle pas les douces et paisibles images qu'il m en restait. Au soir nous tentons de changer des euros en Kiats. Le taux pour le dollar est relativement honnete, ce lui de l euro par contre est hallucinant. 1 euro = 1150 K. Je leur dis que plutot que de changer l'argent je dois d'abord aller checker internet pour voir si une revolution n a pas touche l europe pour devaluer autant sa monnaie ou si Sarko a ete assassine( ma blague ne les fait pas sourrire). Au meilleur taux de cette ville, en changeant 200 E ici on perd 30 euros de sa valeur.

Mardi 7 Avril Mendiants : Hello, Hello! Hello, Hello! Hello, Hello! Hello, Hello! Hello, Hello! Hello, Hello! Hello, Hello! Hello, Hello!( a prononcer vite et sdans trop articuler) J : Oh, putain tu vas la fermer ta gueule le gabian!

Nous dejeunons de fantastiques glaces faites maisons. Et passons la matinee a chercher un hotel ou les moustiques sont interdits. Nous achetons divers billets d'avion, trouvons quelques renseignements utiles pour la suite du voyage. Vers midi, apres avoir deguste de succulent macoronis a la bolognaises nous perdons notre combat contre la chaleur. Nous montons donc nous echouer sur notre lit comme deux grossers meduses sur une plage.

Mercredi 8 Avril Je m'emboucanne traditionnellement avec la réception au moment de payer. Ils veulent des dollars, je leur file des Kiats comme convenu au départ. A l'aéroport, notre vol n'apparaît pas. Une fois la frayeur qui l soit parti sans nous passée, nous comprenons qu'en fait notre compagnie est tellement pourrie qu'ils ne paient pas l'affichage de leurs vols sur les écrans. Nous arrivons avec du retard a Myitkyina la capitale de l'état Kachin. George Orwell situait dans cette zone son"histoire birmane". Il m'aura fallut 4 voyages au Myanmar pour enfin atteindre cet état. Nous sommes a moins de 50km du Yunan (région chinoise). La ville est plane, les rues larges, les maisons dépassent rarement le rez de chaussée. Les arbres sont verts, verts, verts…. A 43 km au nord se trouve Myit-son la source de l'Ayeyarwady. Ce fleuve traverse le pays du nord au sud. Nous sommes bien entendu a la saison seche et la chaleur toujours aussi forte est plus supportable grâce a une légère brise. L'Ayeyarwady un peu a sec est constelle de bancs de sable. A midi nous déjeunons de boeuf au curry et pour l'apero, une bière a la pression suivie de ses petites soeurs et du moutons (kebab). Vers 17h les gens viennent se laver dans le fleuve, laver leurs habits et leurs frigos avec cette eau boueuse.

Jeudi 9 Avril Tôt, après une nuit reposante nous filons vers la "boat station". La bas on nous dit qu'il n'y a pas de bateau pour Bhamo avant demain puis qu'il ne va pas dans le bon sens…etc Nous essayons ensuite la station de bus vers 7h30 mais ceux ci sont déjà parties ou pleins. La vérité est qu'ils ne veulent pas prendre la responsabilité des "foreigners". Avec des photocopies(5X) de nos passeports et visas pour les checks points ils acceptant de nous vendre des tickets pour demain. Nous prenons donc une chambre au YMCA (Young Men Christian Association) avec croix, bible, évangiles dans la chambre. S'ils savaient! Dans cette ville chrétienne nous trouvons beaucoup plus facilement de la viande a manger. Nous louons ensuite une 125cc et partons a le recherche, a l'assaut de l'Ayeyarwady. Sous le cagnard et un léger vent nous remontons vers le nord sur une route de mal en pis. Nous trouvons en fin Myit-son, la source. Solange y trempe ses pieds. Nous y déjeunons face aux deux rivières se rejoignant et une somptueuse pagode dorée. Sans crever ni mourir sur le chemin de galet nous refaisons les 43kms pour rentrer a Myitkyina ou je me délecte de bière a la pression après une promenade sur la rive du fleuve. Ce soir les gens y lavent leurs voitures, motos, tracteurs…etc Ici, pour rendre la monnaie quand elle n est pas importante, on nous donne des clopes ou des chewing gums. Alors que Solange dort je sors sur le perron du YMCA et fini de me saouler a la bière avec le gérant et un habitué. Ils parlent de football français (je ne comprends rien bien sur) et de cricket. Le gérant me dit que Sarko est bien car il va a l'église et que sa femme jolie.

Vendredi 10 Avril Le bruit de trombes d'eau sur la toiture en métal accompagne notre réveil. La pluie disparaît vite et nous démarrons notre trajet en bus pour Bhamo a 7h45. La route neuve est pavee!!! Nous longeons la frontière chinoise sur 188km. Le paysage fait de hautes collines est verdoyant. La culture sur bruli fait monter au ciel des fumes noires de champs consumes. La terre a ces endroits la est noire de cendre. La route est creusée dans des murs de végétation. Au "coupe-coupe" il doit falloir une heure a s'acharner pour avancer de 10metres. Les rondes collines servent al a culture du pivot et les petites plaines aux rizières ou aux champs de pastèques. Dans les petites échoppes le long de la route nous mangeons des nouilles de riz baignant dans des soupes épicées. Les produits d'importation tel que le coca n'ont plus d'inscriptions en thaï mais en cantonnais. Un des ponts en trop mauvais etat c est écroule, nous descendons donc avec le bus dans le lit de la rivière et la traversons a guet. L'eau monte jusqu'au milieu des roues et nous craignons pour nos sacs en soute. Le dernier quart de la route n'est pas pave et c est du vieux goudron entourant des trous que nos dos doivent supporter. Nous arrivons finalement a Bhamo a 14h pour découvrir que la ville s'écrit en fait "Banmaw". Il y a autant de caractère chinois que birmans et les "faces" sont plus brides. Dans les rues nous trouvons de nombreuses marchandises estampillées "Changhai". On nous annonce que le bateau part demain au lieu de dimanche, nous partons donc tenter d'acheter des billets et d'explorer la ville. Pour 54 dollars chacun nous acquerrons nos billets cabine pour 3 jours, deux nuits afin de rejoindre Mandalay. Puis nous allons faire les commissions. Solange s'occupe du ravitaillement technique(eau et galettes) et moi des bonbons, environ 1, 5kg de chewing gum.

Samedi 11 Avril S : ils sont quand même doue pour avoir des gens qui ne servent a rien dans ce pays. J : Tu m étonnes, t as vu le nombre de militaire et de moine?

A 5h debout, 5h25 petit déjeuner, a 5h50 sur l'embarcadère qui n'en est pas un. C est une rive avec des petits bateaux, de longues barques. On grimpe dans l'une d'elle à 6h10. Notre navire sensément doit partir a 7h. A 8h35 notre barque démarre pour rejoindre le bateau. Le niveau du fleuve est trop bas pour que l cargo remonte jusqu'à Banmaw. Nous partons donc a sa recherche. Sur le trajet nous sommes témoin d'un spectacle extraordinaire. Un adolescent traverse le fleuve sur le dos d'un buffle d'eau en train de nager. Le torse du minot dépasse stoïque et avance charge d'un sac a dos vers sa destination. Nous embarquons et échappons a 'arnaque de nous faire payer ce mini trajet. Nous nous installons dans notre cabine a bord de cette magnifique boite de conserve d'après les propos de Solange. Toute la difficulté du voyage va consister a un jeu qui s'appelle"évites les bancs de sables". La journée s'écoule lentement entre lecture, endormissement, bouffe, sieste et le paysage qui défile. Ces plaines enchâssent le fleuve brun de rives de sables blancs. A 17h le soleil a déjà entamée (techniquement il la commence a midi me rappelle Solange) sa descente. Nous croisons un autre cargo. Il est plus vieux, d'une facture dont le bois transparaît entre les plaques de métal. Nous nous arrêtons dans un tour a 180 degrés et nous entre accostons. Les hommes du pont inférieurs s'échangent du Whisky, du riz. Les capitaines sur le pont supérieur se partagent des noix de bettel à chiquer. Les conversations explosent, les informations s'échangent. A la proue du bateau je découvre un nouveau métier: "piqueur". Un homme muni d'une fine et immense tige de bambou raye de couleurs vertes et blanches en pique donc l'eau pour en sonder la profondeur. La nuit tombe lors d'une escale a Katha la ville dans laquelle Eric Blair (Gorges Orwell) écrivit une "histoire birmane". J'ai donc 20 minutes pour sauter les planches rejoignant la terre et courir acheter de l'eau et de la bière. Avant de s'arrêter, de jeter l'encre, d'accoster car il fait trop noir pour naviguer nous nous plantons dans un banc de sable submerge. Par des manœuvres de marche arrière le commandant réussi a nous en déloger.

Dimanche 12 Avril Je suis berce par "Mermoz", sa biographie de Kessel. Il est amusant de penser que je lis sur l'un des plus grand aviateur a bord d'un bateau. Alors que je lisais sur le plus grand marin "Henry De Monfreyd" dans tous mes avions depuis trios ans. En regardant defiler les rives je suis noyé par la musique: Massilia, Banlieue rouge, Petrucciani… Quel bonheur. Dans ce voyage je n'ai pas ou peu écoute mon walkman. Lors de ce trajet on a que ça à faire. Regarder le paysage en lisant ou en écoutant ajoute une magie a la vie lente de ces rives. Vers 11h nous accostons une plage surmontée de quelques cabanes en bambou. On y charge des sacs. Je cours sur les planches pour y acheter du riz, des haricots jaunes et du gras en sauce le tout servi dans en minuscule sache plastique. La musculature des villageois est impressionnante; on en imagine bien les raisons, la vie rude et le travail d'esclave. Nous luttons contre la chaleur et l'étouffante cabine qui nous sert de geôle n'y aide pas du tout. Vers 16h nous re-accostons mais on m'interdit de débarquer. La plage ainsi que le village sont interdits aux étrangers. Un immense panneau écrit en anglais nous le confirme. Apparemment il y a des choses que le gouvernement ne veut pas nous montrer. Ca a un effet immédiat sur moi, je crève d'envie d'y aller. A la nuit tombée nous descendons sur le pont inférieur pour manger et faire la connaissance de l'équipage. J'allume mes cigarettes aux braises de la cuisine et sympathise avec les hommes. Le personnage le plus intéressant est "Thi Cho" le cuistot un peu simplet (d'après les membres d'équipage). Petit avec une tête de pirate, le crâne rase, une grosse boucle d'oreille, trois long poils a la chinoise sur le cote du menton, un t-shirt de hippies avec le logo peace and love et ses ongles peinturlures au vernis violet fluo. Il me demande mon t-shirt en souvenir, je lui propose de lui donner Solange. Tout le monde s'esclaffe, il est PD. En pleine nuit alors qu'il doit être 20h30 nous accostons pour passer la nuit. Je saute sur les planches de transbordement et monte au village acheter de l'eau fraîche et du Sprite pour Solange. Les lumières des lampes sur notre pont attirent la vermine volante et nous devons baygoniser la chambre avant d'aller y crever de chaud.

Lundi 13 Avril Bonne année! C'est le nouvel an, c'est Thingyan (Songkran en Thaïlande). On célèbre Thagyamin le roi des "nats" (esprit) rend visite aux humain pour faire le compte des bonnes et mauvaises actions. On lave la tete des aines et le crâne des boudha. La fête degenere trois jours durant en batailles d'eau diluviennes. Sur le bateau nous ne nous en rendons pas encore compte. Vers 7h30 nous croisons des barques a voile remontant le fleuve. Ces frêles embarcations semblent prêtes a se retourner tant leur fine et petite voile les tirent puissamment vers l'avant. Certaines de ces voiles portées très haut me font penser a la "fortune carrée" la voile spécialement utilise par les boutres de la mer rouge pour s'échapper des tempêtes. 12h30 nous débarquons dans Mandalay et recevons nos premiers verres d'eau puis bassines puis sauts. Nous trouvons un hôtel y jetons les affaires puis partons manger dans un restaurant a 35 dollars l'addition. Sur le trajet nous recevons jet d'eau sur jet d'eau. Du haut des estrades ou sont installes les petits bourgeois nous sommes asperge sans cesse sous un soleil pesant. En moins de 5min l'intégralité de nos fringues sèche. Apres le repas autour de l'ancienne citee impériale, sous les yeux de Solange je vais pogoter dans 40cm d'eau. Les jeunes qui dansent a l'arrière des pick-up m'invitent a les rejoindre. Je convaincs Solange et nous grimpons sur l'un d'eux. Debout, sautant, jumpant, pogotant, dansant et asperges a la lance a eau nous mettons le feu, nous mettons l'ambiance tout autour, on fou le oai! Les gens nous célèbrent autant que le festival, ils m'offrent a boire, viennent nous serrer la main. Epuises nous quittons notre équipage deux heures plus tard pour aller manger une glace.

Mardi 14 Avril A l'aéroport, Solange gère le taxi qui demande son due. Nous attendons l'heure de nous enregistrer pour nous rassurer. En effet nous devons voyager avec les billets d'avion de demain. Nous atterrissons a Yangoon après un vol plutôt agite. Enormes trous d'air, piques… La ville est débordante d'activité mais pas de travail, de l'eau est jeté a la lance a la bouteille au seau au verre… Nous cherchons une agence pour acheter notre billet suivant mais c'est férie pendant 11 jours; cette année Thingyan est suivit de l'anniversaire de boudha. Tout est ferme. Les bus sont interdits a la circulation ainsi que les bateaux pendant toute la semaine a venir. Bien entendu nous sommes vite trempe. La grosse différence ici est qu'un seau d'eau sur deux est remplis d'eau glacée. Dans la rue des petites tables échoppes éclosent tous les mètres. Ce qui est sur, c'est tout autant la fête des sucreries et pâtisseries …

Du 15 au 19 avril 2 jours a Yangoon et le reste a Bangkok. Les jeux d’eau sont vites epuisants et au bout de 4 jours ca devient enervant de pas faire 10 metres sans recevoir un sceau d’eau en pleine gueule. Notre projet de partir une semaine sur les plages tombe a l’eau avec l’arrivee des pluies. Nous decidons donc de retourner sur Bangkok et de voir pour la suite une fois sur place. Faire changer nos Kiats en dollars est un vrai suicide financier. Nous arrivons a Bangkok vendredi 17 et allons nous installer dans le quartier de Khao San Road le coin des bobos, des defonces et de toute l’engence de la terre. En y debarquant cinq plus tot, picoler jusqu’a 5h du mat assis sur un trottoir avec les pochtrons internationnaux m’avait fait kiffer. La ca me gave, c est surpeuple, que du bizness et les prix ont carrement augmentes. Apres la discretion de l’Inde, les voiles du Bangladesh et la classe Birmane, debarquer au milieue des ces Farangs(occidentaux) vulgaires a quelque chose de surnaturel, on n’est pas sur la meme planete et on se rends compte a quel point nous leurs avons polluer la tete. C est normal ici de se promener torse nu en pleine ville et que les filles s’habillent encore plus devetus que les putes de pattaya. Samedi soir nous embarquons dans un bus de nuite et debarquons dimanche a 8h30 du mat a Vientiane. Epuises, je retrouve avec un certain plaisir le calme et le paisible de cette ville. La gastronomie aussi. A midi restaurant marseillais et le soir restaurant nicois!! Je passé la majorité de la journee a faire de petites siestes pendant que Solange fait une petite promenade a la découverte de cette ville dont la tranquillité la stupéfie. Bon d’accord on est dimanche et OK il n’y a que 280 000 habitants, mais quand meme c est fou a quel point on a l’impression de marcher sur la lune. Dans les rues a la tombée du jour apparait un sursaut d'activité et nous allons nous promener a cote de quelques Tshirts aux effigies” I love Laos et des faucilles et des marteaux”. Le mekonk est encore plus a sec que lors de ma precedente visite.

The end
S'installer à la Réunion en 2010 English translation pending
by Airnath · 2009-10-02 · 29 replies
😄Bonjour a toutes et tous, En quelques mots, moi et ma grande famille ( 4 enfants : 18 mois, 3 ans et demi, 11 ans et 13 ans + 1 mari !), nous avons prévu de nous installer sur l'ile de la Réunion en 2010. C'est une île que je connais pour y avoir séjourné plusieurs fois ( ex salariée de compagnie aérienne), toutefois tout est très différend aujourd'hui, et je me pose pleins de questions quant à l'organisation des 1ers jours... Il faut en effet me mettre en quête d'une nouvelle école maternelle, d'une nouvelle crêche, d'un nouveau collège et d'un nouveau lycée !!! Et j'oublais d'une nouvelle maison ! Nous serons installés professionnellement vers Saint-Paul, et j'aimerais savoir si quelqu'un pourrait m'indiquer un bon collège, une bonne école, et un bon lycée (le plus près du centre ville Saint-Paul à chaque fois). Ma fille qui rentrera en seconde souhaiterait intégrer une seconde ST2S ( en vue de faire plus tard une école infirmière). Au fait y a t-il une école infirmière à la Reunion ?

De plus, il est très facile de faire bouger, des petits de 18 mois et bientôt 4 ans, mais pour ce qui est de mes 2 grands bébés de 11 et 13 ans.. aie ! aie! Si des jeunes filles de leurs âges ayant déjà tentées l'aventure d'un déménagement à la Réunion, qu elles n'hésitent pas à nous écrire, pour rassurer mes petites puces et pourquoi pas projeter de se voir sur place. De mon côté, s'il y a des mamans qui peuvent me donner pleins de tuyaux, je prends !

Voila, voila, ça fait beaucoup, mais d'avance merci pour tout et j'attends de vous lire avec impatience... Bonne journée à tous Nath
Tour des Amériques en camping-car pendant un an English translation pending
by Pikachu0401 · 2009-08-30 · 36 replies
Bonjour, je vous expose mon problème: on(ma copine et moi) voudrait partir faire une sorte de tour des amériques pendant un an. on aurait plusieur questions mais avant tout on oublira la question du budget car il n'est pas fixé et puis étant tout les 2 étudiants ce n'est qu'un gros projet qui ne se réalisera au plus tot dans 3 ans donc on oublie ce point. Pour commencer on voulait partir en fourgon aménagé mais vu les dimension d'un trafic on se dirigerais plutot vers un master non??? Et étant donné des dimensions d'un master on se demande si il ne vaut pas mieux partir en camping car, on se dit sa à cause du carnet de passage en douane( qu'il faut nous expilquer aussi car on ne comprend pas trop). Vous en pensez quoi quant aux choix du véhicule???( Nos besoins sont de pouvoir se déplacer sans trop d'encombres, pouvoir vivre un minimum a l'intérieur en cas d'intempéries, avoir un max d'autonomie, il faut peut être aussi prendre en compte ma taille je suis pluto grand ( 1m85-90)). Voila si vous voulez des précisons sur quelque chose n'hésitez pas.

Merci d'avance
Tour de Bretagne à vélo en juillet 2009 English translation pending
by Totofpatafix · 2009-06-23 · 19 replies
Bonjour, je souhaite faire le tour de Bretagne à vélo au mois de juillet. J'ai prévu de rejoindre St Cast et de terminer à Vannes. j'ai fait Staps et je suis donc relativement sportif. De plus j'ai l'habitude des efforts longs car j'ai fait le tour du mont blanc en rando pédestre. Je pense être bien équipé (remorque, matériel camping...).J'ai un vtt de compétition avec des pneus routes. Cependant, je ne sais pas trop comment me préparer physiquement et je ne sais pas trop à quoi m'attendre au niveau fatigue. J'ai prévu des étapes de 80 à 90km et je ne me rends pas compte si c'est trop. je suis preneur de tous conseils. de plus il y a des incontournables que je ne voudrais pas contourner, alors n'hésitez pas à me donner des suggestions. J'ai prévu de partir du 5 au 24 juillet et je suis pas contre un peu de compagnie. Avis aux amateurs...
United Airlines: décision pour les obèses English translation pending
by Chegringo · 2009-04-16 · 147 replies
Voici un article paru ce jour dans le journal La Nacion pour la compagnie United Airlines: LOS ANGELES.- United Airlines obligará a los pasajeros obesos a comprar dos asientos en un vuelo que esté lleno, como ya lo hacen otras aerolíneas en Estados Unidos. El cambio está en la misma línea de la decisión adoptada ya por ocho compañías, entre ellas Continental, Delta, JetBlue y Southwest, dijo la vocera de United Robin Urbanski. "El año pasado tuvimos 700 quejas de pasajeros que tuvieron que compartir sus asientos", dijo. Según la nueva política, los pasajeros obesos -definidos como los que no pueden bajar el apoyabrazos y abrocharse el cinturón serán reacomodados, sin cobrarles de más, en dos asientos vacíos si hay espacio disponible. Si, por el contrario, el avión está lleno, serán sacados del vuelo y tendrán que comprar un segundo billete, al mismo precio de la tarifa original, dijo Urbanski. Si el pasajero opta por cancelar el viaje, el billete le será reembolsado sin costo adicional. La política entrará en vigor de inmediato. LOS ANGELES.- United Airlines obligera les passagers obèses à acheter deux places sur les vols qui seront complets, comme le font déjà d'autres compagnies d'aviation aux Etats Unis. Le changement est dans cette même ligne de la décision adoptée déjà par huit compagnies, Continental, Delta, JetBlue et Southwest, a déclaré la responsable de United Robin Urbanski. "L'année passée, nous avons eu 700 réclamations de passagers qui ont dû partager leur siège", dit-elle. Suivant la nouvelle politique, les passagers obèses -définis comme ceux qui ne peuvent baisser les accoudoirs et accrocher leur ceinture seront accomodés sur les deux sièges, sans supplément, s'il y a de l'espace disponible. Si, au contraire, l'avion est complet, ils seront priés de quitter le vol et devront acheter un deuxième billet, au même prix que le tarif originel, dit Urbanski. Si le passager opte pour annuler son voyage, le billet lui sera remboursé sans coût additionel. Cette politique entre en vigueur immédiatement.
Tour du monde en Renault 12 Break 4x4 sinpar English translation pending
by Ernestgeay · 2009-02-14 · 31 replies
Bonjour,

Je restaure et prépare une R12 pour faire le Mondial Rally, un tour du monde en 3 etapes 1° étape Paris New-York cet été

la voiture le jour de l'achat



Le pont sinpar

La caisse étant trop atteinte par la rouille, un 2° break sera nécessaire pour la restauration

Le jour de l'achat

Quelques badoles, mais caisse beaucoup plus saine

J'ai effectué la partie démontage, et c'est Guillaume de Rétro-méca qui a pris en charge la restauration et la préparation

Arrivée dans l'atelier de restauration

La transmission sinpar

Le démontage

Un des nombreux renforts de caisse par la doublure des tôles

La préparation de la carrosserie

en apprêt

peinte



réfection de la boite sinpar

réfection du pont

moteur 1600 entièrement refait

remontage boite

remontage moteur

train avant

pont AR

remontage des ouvrants

Face avant

Le moteur est parti au premier coup de démareur

Vous pouvez voir la totalité des etapes de la restauration sur le site de Rétro-méca, plusieurs pages sont réservées au break

http://www.retro-meca.com/restaurations/r12sinpar/12sinpar.htm

Il y a plusieurs centaines de photos et les explications en détail

Je présente mon projet et j'exposerai la voiture au salon de Reims des "Belles champenoises" les 7 et 8 mars 2009 stand extérieur 314 allée 13 et au Motor Festival Avignon les 20, 21, 22 mars

Bon voyage à tous

A bientôt sur les pistes
Transport aérien d'une moto Europe - Mongolie English translation pending
by Gdetroost · 2009-01-13 · 7 replies
Bonjour,

J'aimerais visiter l'Asie centrale en moto (avec ma propre moto), départ: Mongolie, fin: ?? on verra, Iran peut-etre? Pendant deux mois. Savez-vous comment je peux envoyer ma moto jusqu'en Mongolie? Je pense que le transport aérien est le seul moyen. Est-ce que quelqu'un peux me renseigner (quel compagnie, votre expérience, etc.)? J'habite Bruxelles mais peux déposer ma moto dans n'importe quelle ville en France, Belgique, Pays Bas, Allemagne, etc.

Merci d'avance

Guillaume
Entrée en Palestine? English translation pending
by Nourimane · 2008-12-01 · 110 replies
Bonjour à toutes et à tous,

j'en appel à vous pour savoir si vous avez expérimentez ce cas :

Après avoir découvert ce pays, je retourne en Syrie avec une amie l'été prochain. Nousa vons visité le Liban, la Jordanie et la Turquie sans aucun pb. Cette fois ci nous aimerions visiter Jérusalem ainsi que d'autre lieu historique, biblique et musulman qui sont autant en Israël qu'en Cisjordanie.

Je sais que l'on peu entrer en Israël par la Jordanie et qu'il peuvent ne pas tamponner nos passeports (passeports français), car nous devons revenir en Syrie après! Mais nous sommes de confession musulmane et nous sommes voilées, pouvons nous avoir des problèmes ?? Pouvons nous entrer en Cisjordanie avec un passeport français ? Avons nous besoin d'un visa pour Israël, pour la Cisjordanie?

Si vous avez des pistes, merci de m'en informer... Bonne soirée à tous !!!😎
Myanmar: le bilan s'alourdit! (7 mai 2008) English translation pending
by Filefish · 2008-05-07 · 99 replies
Mercredi, mai 7, 2008 - 08:30 Liste des brèves AFP Les aides se multiplient, la Birmanie réticente à ouvrir ses portes Imprimer La communauté internationale, Etats-Unis en tête, a multiplié mardi les annonces d'aides pour porter secours à la Birmanie ravagée par un cyclone meurtrier et exhortait la junte au pouvoir à accorder son feu vert à l'entrée d'équipes humanitaires dans le pays. La Maison Blanche a annoncé mardi une aide de 3 millions de dollars qui s'ajoute aux 250.000 dollars déjà débloqués. Le président George W. Bush a précisé que les Etats-Unis étaient prêts à faire "beaucoup plus" pour aider les victimes du cyclone Nargis qui fait au moins 22.000 morts et 41.000 disparus. M. Bush a aussi pressé le gouvernement birman d'accepter l'aide américaine: "laissez les Etats-Unis venir vous aider", a-t-il lancé. Il a encore indiqué que les Etats-Unis se tenaient prêts à employer des moyens de l'US Navy. Selon la présidence, deux bâtiments américains sont dans la région. L'USS Essex, positionné au large des côtes de Thaïlande, pourrait être utilisé pour des opérations d'aide humanitaire, a précisé le Pentagone. La porte-parole de la Maison Blanche, Dana Perino, a néanmoins dit que l'administration américaine craignait que le régime militaire refuse l'assistance américaine. A Rangoun, Maung Maung Swe, ministre birman des Affaires sociales, a expliqué mardi que l'aide internationale serait accueillie favorablement mais n'a pas caché que les équipes devraient négocier avec le régime leur entrée sur le territoire. La junte birmane est l'une des bêtes noires de l'administration Bush, qui l'accuse d'opprimer son peuple et de détourner les richesses nationales à son profit au point d'avoir fait de la Birmanie l'un des pays les plus pauvres du continent. Un responsable des affaires humanitaires à l'ONU a estimé mardi que "des centaines de milliers de personnes avaient probablement besoin d'assistance en Birmanie". L'Union européenne, qui a débloqué une aide d'urgence de deux millions d'euros, a également appelé les autorités birmanes à "faire tous les efforts possibles pour coopérer" avec les organisations humanitaires "dans l'intérêt de la population souffrant de cette situation d'urgence", selon un communiqué de sa présidence slovène. L'ONU, quant à elle, a une équipe de cinq experts à Bangkok prête à partir en Birmanie dès l'obtention de visas et s'apprête à faire un don de 5 millions de dollars à la Birmanie, provenant de son Fonds central de secours d'urgence (Cerf), selon un communiqué diffusé à New York mardi soir. Le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef) a déployé lundi cinq missions d'évaluation, tandis que le Programme alimentaire mondial (PAM) a des stocks de plus de 800 (bien: 800) tonnes de nourriture à Rangoun et des générateurs au Cambodge. Le Haut commissariat aux réfugiés (HCR) prépare l'envoi d'urgence à Rangoun de tentes et tapis de sol pour 10.000 personnes. La Norvège compte apporter 1, 3 million d'euros par le biais de l'ONU ou de la Croix-Rouge, les Pays-Bas un million d'euros, et l'Allemagne a annoncé l'octroi de 500.000 euros aux organisations humanitaires allemandes. Paris a annoncé le déblocage de 200.000 euros, indiquant que l'aide serait acheminée en liaison avec la Croix-Rouge et les ONG françaises. Londres a débloqué 6, 3 millions d'euros et le Premier ministre Gordon Brown a assuré que son pays s'associerait aux efforts de la communauté internationale. La Suède a octroyé 1, 6 million d'euros et Madrid 500.000 euros. L'Australie et la Nouvelle-Zélande ont également appelé la junte à laisser pénétrer les équipes humanitaires sur son territoire. "Nous espérons que le régime permettra aux agences indépendantes de faire leur travail d'évaluation", a plaidé le ministre des Affaires étrangères australien Stephen Smith. Par ailleurs, Action contre la faim, organisation non gouvernementale présente de longue date en Birmanie, a dénoncé la hausse "fulgurante" des prix de l'eau, du riz et de l'essence depuis la catastrophe.
Bons plans pour la Colombie? English translation pending
by Flo971 · 2007-06-24 · 20 replies
Ca y est, nous programmons notre voyage en août pr la Colombie (merci à tous les membres qui m'ont renseignée!).L'expérience humaine étant plus riche qu'un simple guide, voici les infos que j'aimerais avoir:Quel type d'itinéraire sympa, avec sites les + chouettes, nous conseillez-vous pour un mois de voyage?Comment et à quel prix moyen se loge-t-on là bas + idem pour la nourriture?Quels sont les endroits à éviter pour cause d'insécurité et ne présentant aucun intérêt? Vos réponses sur coins chouettes et endroits dangereux nous permettront de faire notre itinéraire d'1 mois. Côté transport, j'ai déjà lu que les bus ne posaient pas de problème. Merci par avance pour toutes vos infos et expériences!
Donne des conseils sur la Polynésie-Française English translation pending
by Cami152 · 2007-05-27 · 41 replies
Bonjour!

Je viens de passer 6 mois à Tahiti, j'ai fait un stage dans un hôtel (je vivais à Tahiti-même). J'ai passé quelques week-ends à Moorea, Rangiroa, Bora Bora et aux Marquises (Nuku Hiva & Hiva Oa).

Je me tiens donc à votre disposition si vous avez besoin de bons plans!

A tout bientôt Géraldine
Yémen en voiture English translation pending
by Delrob · 2007-03-06 · 15 replies
salut à tous,

Voilà nous souhaiterions mon copain et moi aller au yémen en 2cv au mois de septembre.nous avons deux mois devant nous. D'après mes infos, l'accés paraît difficile et notamment l'entrée en Arabie Saoudite et sa traversée. Pensez vous que ce voyage et malgré tout possible et si oui quelles sont les démarches administratives à effetuer. Merci beaucoup
Vos souvenirs les moins agréables de la Thaïlande? English translation pending
by Fredo92 · 2006-12-12 · 73 replies
il est vrai que l'ensemble des posts est plutot sympatoche, mais des trucs moins agréables, voire même pas terribles du tout!!vous en avez vécu!!!!
Villes et villages du Pérou English translation pending
by Babinou · 2006-01-10 · 8 replies
Rebonjour

J'aurais souhaiter avoir des infos sur les villes et villages qui suivent: Chiclayo Trujillo Andes région de huaraz Cajamarca CChacapoyas Tarapoto Moyobamba Iquitos Pucallpa Leyambamba Voilà une petite liste si vous êtes déjà allé si vous pouviez m'apporter tout types d'infos ils seront les bienvenus (comment y accéder, photos, description du lieu, pour dormir....) a plus
Come discover the North Shore
by Pinacoladada · 2020-09-13 · 50 replies
INTRODUCTION

Travel journal updated in MAY 2025

Since our travel plans outside Canada were canceled due to Covid-19, we decided to take our vacation in Quebec this summer and cover over 5,270 kilometers to explore the various tourist attractions of the North Shore and Gaspésie.

This summary will cover our experiences on the North Shore, while Gaspésie will be the subject of a future summary.

The North Shore, known for its stunning nature, is the perfect spot for outdoor enthusiasts since you can enjoy activities like hiking, wildlife observation, sea kayaking, fishing, and hunting (to name just a few).

It’s also one of the best places in the world to see whales.

Our journey along the North Shore took place between the villages of Tadoussac and Kegaska, as Route 138 ends at the beautiful, long beach in Kegaska.
Islande, Terre de Glace et de Feu English translation pending
by Grisemote · 2010-12-15 · 62 replies


Carnet destiné pour un rendu optimum, à être consulté avec les photos l'illustrant ici:
http://sites.google.com/...terredeglaceetdefeu/

Prologue« -Tu vas en Islande ? C’est pas vrai, on t’a obligé ! Il pleut tout le temps et c’est plein de moustiques. Encore ta femme hein … dur dur !!!!! - Tu crois ? Il y a le soleil de minuit et pour les moustiques je pense que l’on t’a mal renseigné. - Partir en Islande c’est une chose, mais t’es pas sûr d’atterrir ni de repartir avec les poussières volcaniques du truc que l’on n’arrive même pas à nommer. - Mouai, c’est pas faux qu’il est imprononçable ce volcan, c’est ça l’exotisme. » Mitigé, voilà comment honnêtement j’ai abordé ce nouveau périple, encouragé par mes collègues de bureau totalement enthousiastes. L’Islande représente bien à sa manière le chaud et le froid entremêlés. Le soleil est là toute la journée, mais tu peux éventuellement ne jamais le voir, blotti entre les nuages. Les volcans crachent du feu, mais ils sont recouverts de glaciers. Ta valise est pleine d’habits chauds, mais éventuellement tu ne t’en serviras pas (ben y parait que c’est arrivé à quelqu’un … si ! Il y a longtemps je crois …. Bon, c’est à confirmer). Tu pars en balade d’été mais tu as l’impression d’aller vers l’hiver. C’est le pays des trolls, mais tu n’en vois pas un. Ils écrivent des panneaux mais tu n’arrives pas à les lire… Bref, seuls ceux qui y sont allés peuvent en parler et sur ce registre on lit de tout allant de l’effroyable au plus enchanteur. Comme nous souhaitons nous aussi raconter notre version, nous tentons notre chance. Conclusion, il faudra prendre les choses comme elles viennent, puisque de toute façon les billets sont encaissés.

9 juillet 2010Doutes et craintes de GrisemoteC’est la canicule sur la France. 36°C à Lyon ! Nous partons à Paris pour prendre l’avion le lendemain. Il fait beau et nous goûtons avec délice et déjà une pointe de nostalgie nos derniers instants d’été, tel des condamnés qui mangent leur dernier steak et boivent leur dernier verre de Beaujolais. Au moment de partir, Grisemote semble douter, ce qui est grave pour le reste de l’équipe déjà un peu sceptique sur la destination. Comment allons-nous gérer la pluie, le vent, voire la tempête ? Quelle idée aussi de partir sous la tente (d’un autre côté, vu les prix du dur, les vacances auraient été courtes) ? Du coup, pour l’occasion, nous avons investi dans une énorme tente (7 mètres de long et 2m10 de haut) capable de résister à des trombes et des trombes d’eau, et dans laquelle on peut jouer au tennis de table. Mais vu le volume, va-t-elle résister au vent furieux d’Islande ? En plus, c’est une marque pas connue achetée sur Ebay et qui s’avère fabriquée en Chine. Va-t-elle être à la hauteur ? Aura-t-on la place à chaque fois de la monter ? Et puis, le poids : 23 kilos avérés ! Bref, une tempête majeure sévie sous le casque Grismotien, qui envisage d’invoquer les dieux nordiques pour qu’ils soient cléments avec nous : par Thor et par Tons. Pour ma part, je retiens que l’Islande se situe à 4° de latitude au sud du cercle polaire, et que dès que l’on parle de « sud », ça réchauffe !



10 juillet : la tête dans les nuagesNous débarquons en voiture à Charles de Gaulle dont on peut dire en plus qu’il est moche et remoche, qu’il est truffé de pièges : aérogare = terminal, parking P3 = aller au terminal 3 pour le trouver, si tu te trompes une fois, tu pars en vrille sans trop savoir comment tu vas rattraper le coup. Oublions ! Au début on se demandait pourquoi tout le monde nous regardait. Pourtant ça ne se voit pas sur notre visage qu’on va en Islande. Si ça se trouve, c’est à cause de nos fourrures polaires, grosses chaussures de rando et anoraks alors que nous sommes en pleine canicule. Les gens sont observateurs quand même. De toute façon on n’avait pas le choix, 20 kg par personne, avec les affaires d’été, d’hiver, contre la pluie, le soleil et le froid, sans parler de la tente en conséquence et de tout le nécessaire qui va avec, il a fallu prendre sur nous, c’est le cas de le dire, pour rentrer dans les clous au niveau du poids. Première épreuve donc, l’enregistrement des bagages. Chaque sac a été pesé, repesé. Exit, le dentifrice et shampooing par personne, out la glacière (une petite souple a été emmenée, mais comble du comble, au pays des glaciers, pas moyen de trouver de la glace). On allège aussi côté médicaments (ça on va le regretter) et on charge au maximum les sacs à main de cabine : les chambres de la tente dans un sac à dos, les tabourets dans un autre, le matériel photo et électronique occuperont les sacs à dos restants (6 kilos par personne sont autorisés dans l’avion). On est rik rak en poids, mais comme c’est dix euros le kilo supplémentaire, l’effort devrait être payant ! Nous regardons avec un certain stress notre hôtesse enregistrer nos bagages. Damned, au premier sac sa balance compte beaucoup plus de kilos que la nôtre … on va s’en tirer pour une fortune ! Et c’est là que les dieux nordiques ont décidé d’intercéder une première fois en notre faveur et cela sur le sol français : par Tonne Air ! Le sac le plus lourd est mal posé sur le tapis et son poids en est allégé. Bingo, on frise les cent kilos, mais du bon côté. C’est donc le cœur léger, et accessoirement les bras aussi, que nous nous dirigeons vers l’embarquement.

Nous quittons le sol français sous un ciel limpide. Du voyage on peut en retenir qu’il est court (trois heures et demie), que l’on ne mange rien - ce qui met tout le monde d’accord sur la qualité de la restauration sur Icelandair - et que plus on allait vers le nord plus il y avait de nuages. A noter les volutes fluviales de la Tamise au-dessus de Londres. L’arrivée à Reykjavik nous plonge tout de suite dans l’ambiance. Disons que pour un mois de novembre, on a vu pire… Des nuages gris épais laissaient quand même une marge avec le sol, ce qui nous a permis de voir notre futur terrain de jeu : sol noir volcanique avec du vert, et ça et là, des fumerolles. Ça a l’air globalement tout vide et minéral. A l’aéroport nous récupérons un peu de liquide (150 krones pour 1€), le gros 4X4 Ford Explorer qui nous a été attribué par Reykjavik Car Rental, notre loueur, et chargeons l’ensemble dans le coffre. Ouf, ça tient, on pourra optimiser plus tard. La voiture a un girafon (la vitre arrière permet à une girafe, lorsque l’on en possède une, de passer sa tête à l’extérieur): super pratique pour réussir à tout caser. Premier acte culturel en terre Viking… aller au super marché : pour comprendre un peuple, il faut savoir ce qu’il mange (je ne sais plus qui a dit cela, mais cela nous a paru cohérent sur le moment). Il faut dire aussi en deuxième rideau que nous avions faim. Pour le coup, les choses ne commencent pas très bien : misère. Comme dans les pays anglo-saxon, les rayons gâteaux et boissons gazeuses sont pleins à ras bord. Pour le reste c’est un peu tristouille. On arrive quand même à trouver du lait UHT ce qui nous enlève une épine du pied pour les petits déjeuner. D’un autre côté, on se demande si un système de froid est nécessaire. Ne suffit-il pas de les laisser dehors ? … Nous ne faisons que passer à Reykjavik et nous filons vers Geysir. Il y eut la première pluie, fine. Puis la deuxième, soutenue. La troisième je ne me souviens plus. Après, on a arrêté de compter car on s’y perd vite. De toute façon c’était intermittent, donc globalement permanent. Rapidement on comprend que l’un des organes les plus importants de la voiture est l’essuie-glace. Toutes les vitesses sont nécessaires pour être en harmonie avec le climat. Même sous la pluie, le paysage est magnifique autour de nous. Le noir de la roche volcanique fait ressortir le vert de l’herbe ou de la mousse. Rien d’étonnant en tout cas dans le fait que ce soit vert ! Les arbres sont rares et ceci sera une constante quasiment partout sur l’île. Nous devions nous arrêter au parc naturel de Thingvellir, pile-poil sur la médiane dorso-océanique qui sépare les plaques tectoniques européenne et américaine. Avec une explication comme celle-là, plus la fatigue de s’être levé tôt, plus la pluie, il nous a semblé opportun de passer notre chemin sachant qu’il serait possible d’y revenir plus tard dans le parcours. Arrivés à Geysir, nous inaugurons nos pantalons de pluie, nos anoraks et bonnets. Certains iront jusqu’à pousser le détail en mettant les gants. Tout à fait saillant en tout cas notre costume de touriste. Les Islandais, eux, sont sous la pluie avec leur pull. Et dire qu’en France il fait 38° à l’ombre. Les pauvres, ils doivent être complètement rétamés par cette chaleur. Petit pensée émue. De notre côté nous restons mobiles pour nous abriter à bon escient. La boutique du site est très attractive, avec notamment les fameux pulls islandais, pur laine de mouton. Bien entendu, Grisemote n’y résiste pas et investit dans un bonnet de laine local, immédiatement utilisé ! Nous profitons d’une accalmie passagère pour voir les fameux geysers. Le moteur est simple, on chauffe de l’eau dans une cavité. Cela finit par faire une bulle qui en remontant brusquement produit un geyser. La colonne d’eau peut monter ici sur trente mètres! L’objectif photo rivé sur la surface de l’eau pour figer la bulle au moment où elle se forme, nous avons une chance toutes les cinq à dix minutes de faire The cliché. Mais attention, la marmite est perfide. Elle fait des simulations, des fausses bulles et des éructations pour nous faire baisser la garde, ou bien nous fait attendre très longtemps puis lance deux jets en trois minutes. Nous en coincerons quelques-unes quand même ! Il n’y a pas que des geysers ici. On trouve également des sources d’eau chaude aux couleurs vives, même avec la lumière terne ambiante. L’odeur est également caractéristique, soufrée, que je ne trouve pas personnellement désagréable. Elle nous accompagnera sur de nombreux sites et bien entendu dans tous nos bains naturels. Nous plantons pour la première fois la tente sur la pelouse molletonnée du camping d’à côté, un large tube spacieux, fortement hydrophobe et qui possède un tapis de sol étanche sur toute la surface. Cela nous change de nos habituelles tentes 3 secondes des années précédentes. Autre nouveauté de l’année, nous avons une table et des tabourets, ainsi qu’une grande malle pour ranger tous les ustensiles (merci les Marie). Certains diront que tout cela permet de passer de longs après-midi pluvieux au sec en jouant aux cartes … mais loin de nous cette pensée. Le silence de la nuit fut fréquemment interrompu par le crépitement des gouttes. Enfin, quand je dis la nuit, je parle de l’heure bien sûr, car le soleil s’éclipse au raz de l’horizon vers onze heures trente, nous laissant un coucher de soleil qui dure deux ou trois heures, avant d’entamer une nouvelle journée.



En route pour le Landmannalaugar : le jeu des trois erreurs Après un pliage de tente plutôt rapide, les premières réjouissances commencent par les chutes de Gulfoss, impressionnantes par leur débit et les embruns qu’elles soulèvent, puis continuent en s’enfonçant vers le centre de l’île.



Le noir et le vert sont encore les couleurs qui dominent. La pluie persistante aussi domine ! La halte suivante programmée est la reconstitution d’une vieille ferme d’antan d’un obscur viking « célèbre » tué par son frère : la ferme Stöng. Bon, c’est vieux et pas très bien mis en valeur, mais on y voit des murs construits en tourbe, caractéristiques du pays. C’est costaud, isolant, mais ça ne passe pas des siècles non plus (donc pas simple de laisser une trace tangible dans l’histoire). Pour y aller, nous traversons notre premier gué, pas très profond et sans histoire. Au retour, un gros galet tape sourdement sur le fond. Costaud le 4X4. C’est en tout cas un avertissement. Il faut choisir sa trajectoire avec soin … L’étape suivante nous transporte dans un petit jardin Japonais fait de petites chutes toutes mignonnes au milieu de la verdure. Nous poursuivons notre journée par la recherche de cascades « qui valent le détour » : Haïfoss . Après quinze kilomètres de piste, sans cascade, nous tombons sur un gué plus rapide que celui de la ferme Stöng mais qui ne parait pas très profond et semble abordable (certainement la rivière Fossa), du moins pour ce que nous en voyons. Première vitesse 4x4 courte, comme il se doit, et nous nous engageons dans la rivière. Si les premiers mètres sont faciles, l’eau devient plus profonde et nous tapons à nouveau le châssis sur de gros galets qui roulent. « Arghhh ! Le marchepied part en miette», me crie-t-on à l’arrière. Tant pis, vu la profondeur, il n’est pas question de s’arrêter au risque de poser notre carcasse entre les galets. Nous devons aller jusqu’au bout. Nous poussons un ouf de soulagement une fois sortis de cette galère, avant qu’une petite voix intérieur nous susurre doucement « Aahh parfait, et maintenant, on fait comment pour le retour ». Gloups, nous verrons bien ! Pour l’heure, elles ont intérêt à valoir le coup ces fichues cascades. Le marchepied est rectifié correctement pour pouvoir passer des obstacles plus hauts (sans être totalement cassé). Espérons que se soit un avantage auquel sera sensible notre loueur ! Les kilomètres s’enchaînent, la tension monte, le terrain aussi, mais toujours pas de cascade. Avec tous ces kilomètres, on ne va pas lâcher l’affaire si près du but … Deuxième erreur, un petit torrent nous barre la route et fait un « V « sur la piste. La raison aurait voulu que l’on cherche à l’éviter. Et bien non, on les aura ces cascades. Résultat, après un plongeon de l’avant sans soucis, le pare-chocs arrière rabote copieusement le sol en remontant. Le pare-chocs fait maintenant beaucoup plus aventure que précédemment. La patine de la piste est d’un charme sans égal par rapport à la laque noire monotone d’origine. Espérons que notre loueur ait le sens artistique… «- Avec tout ce que l’on a fait, on ne va pas abandonner maintenant … » Non, bien sûr, mais l’idée commence à germer dans les têtes des plus lucides d’entre nous. Et la piste continue, toujours plus mauvaise et plus raide. Et le sommet que l’on doit atteindre recule sans cesse à la colline suivante, qui cache la suivante … Le couperet tombe brutalement. STOP ! Assez de bêtise et d’entêtement pour aujourd’hui. De toute façon, vu la lumière blafarde, les photos n’auraient pas été belles, c’est évident. De plus, depuis le début nous sommes désespérément seuls, c’est quand même louche pour de belles cascades. Le demi-tour est périlleux sur cette piste très étroite au ras de la pente. Puis nous repassons notre « V » en comblant le trou avec des pierres pour ne pas raccrocher, avant d’apercevoir une piste de déviation. Et enfin, comme prévu et redouté, nous arrivons au niveau de notre torrent flingueur, qui coule des eaux limpides. Nous montons sur le toit de la voiture pour mieux appréhender la « bonne » trajectoire, puis nous passons à la pratique. Mauvaise pioche. Dès les premiers tours de roue la voiture glisse sur de grosses pierres, tape fortement sur le bas de caisse et reste bloquée portée par les galets. Décidemment ! Enfer et putréfaction. Impossible d’avancer, les roues patinent dans le vide. Si on cale, l’eau remonte par le pot d’échappement et le moteur s’arrête (ceci dit, peu probable avec une boite automatique et un gros V8). Pas de panique, nous n’avons pas encore laminé l’autre marchepied et nous savons nager … La pousser semble hasardeux car le niveau de l’eau est haut, le courant fort et la température à congeler les arpions … Heureusement, une marche arrière salvatrice nous permettra de revenir sur le sec. La trajectoire suivante sera plus favorable bien que très chaotique et nous permettra de franchir l’obstacle sans encombre. Nous préférons ne pas imaginer ce qui se serait produit si nous n’avions pas pu sortir de notre ornière … On ne nous y reprendra plus. Maintenant, c’est ceinture, bretelles et pantalon gonflé à l’hélium pour le prochain gué. Super solide quand même cette voiture. L’inspection de la caisse ne révèlera aucune anomalie, confirmée lors de la conduite. L’heure tourne, le soleil que nous devinons derrière les nuages aussi (ici il fait presque un tour complet). Nous empruntons, un peu échaudés par notre petite échappée champêtre, la fameuse piste F225 en direction du Landmannalaugar. La piste est belle, très roulante, en poudre noire de basalte au milieu d’un paysage volcanique aux formes arrondies. Un vrai bonheur, un peu entaché par un problème d’essence : aucun souci pour arriver à destination, mais nous n’en aurons pas suffisamment pour prendre la piste vers Vik. Chaque chose en son temps, car pour finir, il nous reste deux derniers gués à passer juste avant le camping du bout du monde, qui parait-il sont profonds. Ce n’est pas sans une certaine hésitation que nous plongeons l’avant de la voiture dans l’eau. En effet, elle est profonde et monte au-dessus du niveau des portières. Mais ici, point de gros galets pour entraver la marche. Ce fut juste une formalité, voire un plaisir.



Landmannalaugar : Le camping du bout du monde. Au milieu d’un site volcanique aux couleurs inouïes coule une rivière chaude près de laquelle quelques amoureux des grands espaces essaient de planter leur tente. Pas si simple ici de trouver un emplacement accueillant. Nous avons le choix entre une zone assez caillouteuse mais qui a des chances de ne pas subir de problème d’écoulement en cas de forte pluie, et une autre beaucoup plus verte et moelleuse, mais près des eaux chaudes et gorgée d’eau. Nous optons sur les recommandations de la GO du camping pour les cailloux. Nous arrimons solidement la tente en plus des piquets avec de grosses pierres, au cas où … Le bout du monde reste quand même bien équipé avec des sanitaires spacieux, propres mais avec des douches payantes. Consolation pour ceux qui font la vaisselle, l’eau chaude est à volonté. Il faut dire que ce n’est pas ce qui manque dans le coin. Aucun problème non plus pour la faire à n’importe quelle heure du jour, puisqu’il n’y a pas de nuit. En tout cas, jour ou pas, Morphée nous a tous cueillis le temps de l’écrire.



rando Blahnukur (la montagne bleue) : mortelle randonnée (environ 4 heures)La journée est bien avancée à l’heure où nous quittons la tente pour notre premier trek, équipés de nos grosses chaussures, de guêtres et dans le sac à dos tout le nécessaire du parfait marin. Au-dessus de nous brille le soleil, enfin, au milieu d’une grande tâche bleue ourlée de gros nuages gris couleur plomb. La météo annonce de la pluie, pas besoin d’être une grenouille pour voir qu’elle a peu de chance de se tromper. La belle lumière fait ressortir les couleurs des monts découpés à la serpe qui nous entourent. Ça promet … d’être ardu à la montée. Comme tout cela est cent pour cent volcanique, à chaque pas vers le sommet il faut soustraire un tiers de redescente. Disons que ça ralenti fortement l’élan du départ, entrainant pour certains des réflexions compliquées sur le calcul de l’énergie perdue pour cause de sol instable, et pour d’autres sur l’inutilité de monter si haut si c’est pour redescendre. Ce qui est sûr, c’est que la pente est raide et très régulière et que ce n’est pas le moment de tomber. Le vide, c’est peut être ça finalement qui a attiré irrésistiblement l’un des objectifs photo de Grisemote, son préféré, la prunelle de ses yeux ! Prenant son indépendance en solitaire dans son bel étui molletonné noir en se détachant de sa ceinture, il est allé, guilleret, visiter la pente, en sautillant de rochers en rochers pour finir sa course deux cents mètres plus bas. Diagnostique après un bon quart d’heure pour ramener le fugueur : « - Il va falloir me desserrer cette mâchoire-là, sinon tu vas tétaniser… bon, pour l’objectif, il doit bien y avoir quelques lentilles de récupérables pour faire des loupes. Ca peut toujours servir … ». J’ai le souvenir ensuite d’une vague phrase prononcée opportunément pour galvaniser à nouveau les troupes vers notre objectif … heu, vers le sommet « Cette offrande n’aura pas servi à rien, nous le monterons ce mont … » Quant à Grisemote, elle a désormais le choix entre un 10-20mm ou un zoom pour ses photos. Trop de choix engendre des hésitations. Comme ça au moins c’est plus simple. « Ma-gni-fi-que, grandiose ». Tels sont les mots qui viennent à la bouche sur le toit de notre gros tas de lave. Entre ombre et faisceaux de lumière, les couleurs flamboyantes des volcans sont hors du commun. Côté couleur justement, les plus observateurs avaient également remarqué les belles nuances grises des nuages sombres qui arrivaient sur nous. La redescente fut longue, sous une pluie battante, pénétrante, glacée parfois sous forme de neige fondue, puis de grêle. Nous sommes trempés jusqu’aux os. Nous traversons rapidement une zone de fumerolles mais vu le taux d’humidité, nous aspirons à nous abriter au plus vite. Les derniers kilomètres sont parcourus au milieu d’une grosse coulée de lave basaltique d’un noir profond et aux formes déchiquetées. Quelle balade inoubliable (chacun pour ses raisons !). Du trois étoiles . C’est dans ces conditions-là qu’une bonne tente où l’on peut se tenir debout ou assis à une table, bien sèche à l’intérieur, prend tout son sens. Tous les vêtements portés sont trempés. Les faire sécher ne va pas être une mince affaire ! Après une sieste réparatrice, la répartition des tâches est équilibrée. Pendant qu’un certain part chercher de l’essence à une quarantaine de kilomètres de piste de là, les autres vont à la corvée de bain chaud. Chauffage à fond dans la voiture pour faire sécher les vêtements, la fenêtre ouverte, je traverse des paysages lunaires jusqu’à un point essence complètement perdu (Hrauneyjarfoss). Au retour, un auto-stoppeur français profitera lui aussi du chauffage à fond. Il parcourt le pays avec le minimum syndical. C’est courageux, surtout compte tenu des conditions climatiques du pays, et particulièrement dans le centre de l’île. Côté bain chaud (à accès libre), vu les sourires de ceux qui en reviennent, c’était visiblement une corvée acceptable. Le site est naturel, à part l’escalier en bois pour y entrer et le sol qui est fait de petits cailloux doux aux pieds. Les bains sont alimentés en direct par des courants chauds descendus des monts volcaniques. Chacun choisi sa température en fonction de l’endroit où il se situe par rapport au courant. Gare, on doit pouvoir sortir totalement écrevisse si on va au mauvais endroit quand même.

Des crampons et des Hommes : Rando Ljotipollur (disons 4 heures)Le lendemain, nous repartons par un temps mitigé vers le Ljotipollur. La balade est simple pour monter au lac bleu, au centre d’un très beau cône volcanique. Il suffit de mettre un pied devant l’autre. Réputé pour sa belle couleur, nous n’en voyons que des reflets au début. « Si le temps ne te convient pas en Islande, il te suffit d’attendre quelques minutes ». Et bien, ce ne sont pas des ragots, mais l’inconvénient est que ça marche dans les deux sens. Quelques rayons de soleil furtifs illuminent le site et nous permettent de faire nos clichés réglementaires. Le rouge et le noir se marient bien sur les flans du volcan. Un petit mont supplémentaire pour une vue à couper le souffle et nous rentrons à la tente pour midi et une petite sieste réparatrice.



Des Hommes avec de moins en moins de crampons : Rando Brennisteinsalda (pas loin de 5 heures) L’après-midi est consacré au retour vers le site de fumerolles vu la veille, au pied du mont arc en ciel. Une merveille. Les fumerolles en elles-mêmes n’ont rien d’extraordinaire, mais tout autour de nous, les couleurs fusent et les formes très géométriques du relief font de cet endroit, très photogénique, un délice pour les yeux. Nous continuons la balade jusqu’au sommet du volcan Brennisteinsalda (la montagne sulfureuse) pour admirer sur 360° un monde en pleine construction, puis redescendons par une sorte de vallée verdoyante au fond plat où coule en de multiples bras une rivière d’origine glacière. Comme très souvent dans ce pays dès que l’on parle « herbe », on voit des moutons, beaucoup de moutons, en liberté. Rien d’étonnant à cela me direz vous. Avec les nuits blanches, il faut donner de la matière à ceux qui n’arrivent pas à dormir… De retour à la tente, après presque six heures de marche, nous terminons la soirée à faire trempette dans l’eau chaude pour nous délasser. Même quand il commence à faire froid le soir (dans les 10°c), sortir des bains chaud n’est pas un problème tant nous accumulons de chaleur.

Vik : ses falaises balaises et ses environs ron ron



Le Landmannalaugar est un site coup de cœur. Quelque chose à ne pas rater, mais que nous devons déjà quitter après trois nuits sur place pour rejoindre sur la côte le village de Vik y Myrdal. Après un dernier bain chaud, nous empruntons la piste F208 pour laquelle un 4x4 est fortement recommandé. Nous passons de vallée en vallée, et pour chacune d’elle, un ou plusieurs gués sont généralement de mise. Nous n’avons eu aucun problème avec ceux-là. Il faut dire qu’en général le courant n’est pas fort et que même s’ils peuvent être assez profonds (de l’ordre de 50 cm ou plus), le fond ne recèle aucun piège. Peut-être qu’en d’autres circonstances ils sont plus trapus à passer … Cette piste possède un réel charme et les arrêts photo sont si fréquents qu’ils finissent par saoûler ceux qui n’en font pas (les enfants !). Ils ont dû probablement faire un vœu à destination des Dieux locaux pour que nous avancions plus vite : par Appluie. Du coup, une grosse pluie finie par boucher le paysage au point qu’il est bien difficile de distinguer quoi que ce soit. Ainsi, la visite de l’Eldgja (un ravin et une belle cascade) est zappée. Le relief, en se rapprochant de la côte, devient moins prononcé et nous suivons sur de longs kilomètres un cours d’eau très large avant de distinguer la mer. Plus la journée avance et plus le temps se dégage. Côté camping, nous optons pour le site de Thakgil, à une vingtaine de kilomètres de Vik. Nous empruntons pour cela une piste pleine de surprises et vraiment agréable. « - Ça a intérêt à être grandiose » n’arrêtons-nous pas de dire sur la fin du parcours, car le chemin est quand même un poil dur et carrément long (18 km de piste). Nous pensions que le camping précédent était « le camping du bout du monde », mais que dire de celui-là ? Au final, nous n’avons rien à regretter car c’est sûr, il est magnifique, perdu au milieu d’un relief trollesque digne du Seigneur des Anneaux. Ce sera notre camp de base pour deux nuits et cette piste nous la parcourrons un nombre certain de fois. Après l’installation de « nos appartements » au camping, sous un petit crachin vivifiant, nous partons profiter un peu de Vik.



Bon, il faut quand même ramener Vik à ce que c’est : un petit village planté sur un beau site près de falaises de taille respectable qui veillent sur une grosse poignée de maisons et une église qui surplombe celles-ci. Comme il se doit, nous passons à l’église, au supermarché (ce qui représente chez nous une supérette) puis nous finissons par un petit tour au magasin de pulls, renommé semble-t-il, avant de filer vers les falaises de Dirholaey à une quinzaine de kilomètres.



La vue y est superbe et le ciel menaçant rajoute un peu de mystère à l’endroit. Nous espérons voir des macareux, mais nous n’en apercevons que le vol (c’est ce que nous supposons) de très très loin, qui évoque celui d’une chauve-souris. C’est une grosse déception pour Grisemote, mais sans gravité : nous devrions avoir d’autres lieux propices aux macareux pour nous rattraper ! Ce soir-là, fatigués, nous optons pour un restau. Bien entendu, nous ne disposons pas d’un panel important de solutions, mais comme l’endroit est touristique, il y a quand même le choix. Ce sera pizzas pour ne pas entamer trop notre portefeuille vu les tarifs bien plus élevés qu’en France. En prime, le serveur nous apprend définitivement à prononcer correctement le nom du volcan qui fit bafouiller tant de journalistes avant notre arrivée : « Eyjafjallajökull », répète après moi !

Tout, tout, tout, vous saurez tout sur le mouton ! Un petit chapitre « moutons », inévitable en Islande, s’impose. Où que vous soyez, pourvu que ce soit vert, des moutons bien ronds vous croiserez. Compromis heureux entre nos moutons et nos chèvres angoras, indissociables du paysage vous êtes. Moutons joyeux qui gambadent dans les hautes herbes, moutons paisibles qui roupillent à l’abri du vent, moutons peureux qui déguerpissent dès que l’on approche, moutons blancs ou moutons noirs, (pour toute autre couleur, c’est qu’ils sont sous contrat avec Benetton), vous fûtes l’un des sujets préférés de l’appareil photo de Grisemote. Libres ils semblent être, car aucune barrière ne les arrête. Et pourtant, chacun d’entre eux appartient à un bipède. Comment font-ils pour savoir qui est à qui (je pense aux moutons bien sûr) ? Une question nous a taraudé l’esprit : où sont les papas ? Mystère. Une maman accompagnée de deux rejetons constitue le standard universel que l’on rencontre le long des routes. Discipliné, le mouton islandais évite de se jeter sous vos roues, sauf, si la maman ne choisit pas le même bas-côté que sa marmaille. Alors sachez compter jusqu’à trois avant de passer … Pour finir, bien que les côtelettes soient prisées en cette contrée, si je devais être réincarné en mouton, franchement, aucune autre destination je n’accepterais.



Vers Skogar: chutes à gogo Après une bonne nuit au calme au milieu des montagnes, le petit déjeuner se fait sous le soleil, enfin ! C’est donc possible. La journée est consacrée à écumer la région : falaises et chutes d’eaux sont au programme, dans la zone du volcan que nous savions si bien prononcer la veille. Pour nous mettre en jambes, rien de vaut une bonne grimpette sur les falaises (en 4x4 -> oui, c’est moins glorieux, mais on a aussi moins de chance de se faire rincer).



Ce point haut offre une très belle vue sur l’océan et le littoral, ce qui, convenons-en, est le moins que puissent faire une falaise. Nous passons un bon moment à observer les allers et venues des différents oiseaux : c’est un peu comme dans un aéroport. Au dire de certains, c’est un fameux endroit pour admirer les petits tas de plumes noir et blanc dont Grisemote est si friande : des macareux ! Mouai … pas gagné, toujours pas l’ombre d’une plume de macareux. Mais au plus profond du désespoir, alors que la vue est sublime quand même pour les autres, nous croisons deux français, reconnaissables aux habits « quechua » et au guide du routard : « Des macareux ? Certainement que l’on peut en voir ici, de loin, mais la vraie source, je dis bien la vraie … se trouve aux lointaines falaises de Latrabjarg, tout au bout de la zone des fjords, là où la main de l’homme n’y a pas beaucoup mis le pied (comme diraient les Dupont) tant c’est hors des sentiers battus par le vent et la mer. Pour ceux qui y arrivent quand même, la récompense est à la hauteur des efforts consentis. On approche les oiseaux à quelques mètres, voire centimètres, si près que l’on peut presque les toucher ». Aïe aïe aïe. Les inconscients. Le ver est maintenant dans le fruit. Les yeux de Grisemote d’un coup se sont illuminés. De là à penser que cette destination initialement écartée car jugée beaucoup trop loin risque de redevenir au goût du jour, il n’y a qu’un pas. Pourvu que des macareux inconscients se posent près de nous avant, à moins que la visite de la réserve naturelle d’oiseaux que nous devons voir d’ici quelques jours, permette d’en approcher d’aussi près… Quittant les falaises, nous partons du côté de Skogar à cinquante kilomètres de Vik, pour rendre visite à trois belles cascades. C’est aussi par-là qu’a sévi le monstre, l’Eyjafjallajökull… L’éruption se décline bien au passé. Le volcan qui a fait trembler l’aviation mondiale s’est soigné de son gros rhume et s’est plongé à nouveau en hibernation sous son gros bonnet blanc de glace. On ne sait pas si le sommeil est lourd, mais en tout cas il semble ne plus respirer. Pas la moindre petite fumerolle ne s’échappe désormais de son sommet. Décevant, car assister à une éruption n’aurait pas manqué d’intérêt.

L’arrivée au niveau d’une langue glacière, le Solheimajökull, près du volcan, nous permet de voir tous les stigmates du drame qui s’est joué ici. Tout est noir. Sous une couche de quelques centimètres de cendres on peut distinguer une glace limpide. Nous en profitons pour ramasser notre quota de cendres-souvenir (que l’on trouvera par ailleurs en boutique pour une somme respectable). L’effet frigo dû à la glace plus un gros nuage presque aussi sombre que la cendre nous font regagner prématurément la voiture pour l’étape suivante : Skogar et sa spectaculaire cascade skogafoss de soixante mètres de hauteur. L’ennui avec les nuages qui vont dans la même direction que nous, c’est qu’ils finissent par nous rattraper si nous nous arrêtons. Très discipliné, notre gros nuage menaçant fait son boulot d’animation local et nous gratifie d’un grain puissant que nous appréhendons tranquillement au chaud dans la voiture. « Si le temps ne te plait pas dit le dicton Islandais, … » bon, bon, on connaît la suite. Effectivement, vingt minutes après, dans une atmosphère bien lavée, un soleil chaud allume l’arc en ciel adossé à la cascade. Pour la première fois, nous quittons les polaires et sortons en tee-shirt. C’est donc possible ! La seconde cascade est un voile que nous pouvons voir sous toutes les coutures puisque l’on peut passer derrière. Un trésor, paraît-il serait encore dissimulé derrière son rideau. Bon …



La troisième, tout à côté, se mérite pour être observée dans son ensemble. C’est Glufrafoss ! On ne l’entraperçoit qu’au travers d’une fente entre deux rochers. Deux techniques peuvent être employées pour une vision complète : par le haut en escaladant les rochers ou par le bas en remontant les trente à quarante centimètres d’eau glacée sur une quinzaine de mètres. Comme les chaussures risquent de mettre très longtemps à sécher, nous y allons pieds nus et gambettes à l’air. Soyons honnête, cela ne relève pas de l’exploit, mais quand même. Une minute dans l’eau glacé n’est pas loin d’être intenable tant cela brûle la peau. En très peu de temps, on ne sent plus nos jambes ! L’antre mystérieux est en fait un vaporisateur géant, mais cela vaut le coup d’œil !



Près des cascades nous pouvons voir le ballet incessant des camions qui transportent de la terre pour refaire la route emportée par les boues et les eaux furieuses de fonte dues à l’éruption. C’est aussi au travers de cela que l’on mesure la puissance de ce qui s’est passé ici. De retour à Vik, nous arpentons la plage toute de sable noire vêtue et traversée en tous sens par des myriades d’oiseaux.



Très agréable moment, suivi par notre première glace trempée dans du chocolat liquide, réglisse ou autre smarties en copeaux et qui deviendra notre pêché mignon régulièrement tout au long de ce voyage.



En route pour Kirkjubaejarklaustur (à vos souhaits) et le Lakagigar : du lourd pour les braves. Nous quittons Vik et notre camping paumé, après avoir monté un des sommets qui le domine. Monter n’est pas simple, car le sol est fait d’une sorte de boue molle et collante d’origine volcanique. Des pans entiers de ciel sont bleus ce qui est très encourageant pour le reste de la journée. Nous restons près de la côte et notre trajet vers l’est nous permet de voir des langues glaciaires qui s’épuisent avant de se transformer en torrents qui se jettent dans la mer. La route passe à travers de vastes étendues de mousse qui semblent avoir recouvert une coulée de lave. Quelle moelleux ! Nous ne résistons pas à l’envie de tester cette espèce de grosse moquette épaisse grise. En fait, c’est plus que moelleux. Nos pieds s’enfoncent de trente à quarante centimètres, voire beaucoup plus. Nous plantons la tente à Kirkjubaejarklaustur, dans un camping un peu fréquenté, à nouveau sur une belle pelouse. Comme nous avons été rapides à nous installer, nous décidons de nous lancer dans la fameuse piste du Lakagigar , prévue normalement le lendemain, après être passés au visitor center pour connaître le niveau d’eau des gués. Au dire des Islandais, un homme est vraiment un homme qu’une fois qu’il est allé au bout de cette piste. Comme rien n’est dit pour les femmes, Grisemote s’installe comme co-pilote, ce qui est une place moyennement enviée lorsqu’il faut aller tester les gués de ses orteils.



Le Lakagigar, mais qu’est-ce donc ? Un volcan exterminateur : le Laki et à sa suite, une enfilade de cent trente rejetons , dont l'explosion simultanée en 1783 fit trembler l'Europe entière, peut-être même d’avantage selon certaines sources. L'éruption qui dura un an, fut telle qu'elle obscurcit le ciel du continent et rejeta une quantité phénoménale d'acide sulfurique qui créa famines et maladies, voire … une révolution en France quelques années plus tard. Autant dire qu’ici, ça ne plaisante pas. Kilomètres après kilomètres, la piste n’est pas limpide mais ne constitue pas réellement ce que nous pourrions appeler une épreuve, si ce n’est qu’elle est longue et pas très roulante. De quoi sont faits les hommes d’ici ? Le niveau d’eau étant raisonnable, le passage des gués est une formalité, sous contrôle quand même (nous placions un enfant sur le toit pour mieux évaluer les éléments). Le paysage traversé n’est pas non plus transcendantal. Mais alors me direz-vous, qu’êtes-vous allés faire dans ce drakkar ? Le bout de la piste forme une grande boucle, c’est là que se trouve les joyaux de la couronne de volcans. Lunaire, tel est le qualificatif qui vient à la bouche lorsque l’on traverse ce désert de cendres ponctué par les reliefs volcaniques. A un point haut, nous affrontons un vent tellement puissant que nous avons tenté d’apprendre à voler. Puis nous passons de lacs de volcan en cheminées ou coulées de lave, le tout dans un désordre un peu déroutant.



Seulement voilà, à l’issue de la boucle (environ trois heures), Grisemote n’est pas satisfaite. Certains carnets de voyage font état d’une enfilade de volcans que nous n’avons pas même entraperçue. Autant dire que nous n’avons rien vu ! Une certaine lassitude s’exprime pourtant dans les rangs, après tout ce chemin à explorer le site dans les moindres recoins. Mais bon, pas question de lever le camp tant que notre alignée de volcans n’a pas été vue. Pas question de lever le camp donc tant que notre alignée n’a pas été vue. De retour au point culminant de la piste, ultra venteux, nous décidons de monter le mont Laki, en quatrième vitesse car le ciel bleu n’est plus qu’un lointain souvenir. Et là, oh magie, tout s’éclaire.



Ce qui semblait n’être que désordre et chaos vu d’en bas, s’avère être d’une grande logique observé de haut : tous nos cônes sont rangés sagement tout au long d’une gigantesque faille bien visible et qui d’ailleurs passe très clairement sous nos pieds. Allez, il faut être honnête et rendre à Grisemote ce qui lui appartient, la persévérance, car sans elle nous rations ce spectacle grandiose qui est indéniablement le clou de la journée et qui vaut à lui seul tout le parcours, quand bien même à la fin nous ne gagnerions pas notre brevet de vrai homme promis à ceux qui vont au bout de la piste.

Rando Klaustur et route vers Skaftafell : la paix du mollet Avant de lever le camp pour d’autres cieux, Grisemote nous a sélectionné une rando autour du village, restée dans toutes les mémoires pour … les glaces que nous avons mangées à l’arrivée. Hormis une prairie moutonneuse dans des hautes herbes, le seul intérêt était une magnifique dalle d’orgues basaltiques près de la route à l’arrivée. La nature sait aussi faire de la géométrie, et sans règle s’il vous plait. Nous reprenons la voiture pour les langues glaciaires impressionnantes du fameux glacier Vatnajökull, le plus grand d’Islande (et même d’Europe !).



La tente est montée en quarante minutes chrono, tout compris. Nous commençons à être experts en planté de piquets dans les belles pelouses des campings. Le camping Flosi de Skaftafell a aussi un autre atout de poids, il dispose d’une piscine chauffée (et payante) qui fait saliver les enfants, d’autant que la chaleur solaire est au rendez-vous. Nous enfilons le short ! Et oui, c’est arrivé chez nous. Nous privilégions dans un premier temps la visite du glacier le plus proche : le Skaftafelljökull. Comme d’hab, près de ces frigos naturels, un vent glacial descend geler nos jambes à l’air. Un torrent puissant nous empêche d’accéder aux glaces, ce qui nous permet de classer également cette balade dans la catégorie des « Bof ! ».



Heureusement, la piscine remet du baume au cœur de tous.

Chapitre piscine : Avant de rentrer dans l’eau, la douche est obligatoire. Rien d’anormal me direz-vous. En effet, sauf qu’ici, on vous explique, dessins à l’appui, ce qu’il faut laver, et il n’y a pas que le dessous des bras. Les douches se prennent dans le plus simple appareil, ce qui gêne un peu les enfants au début, mais on s’y fait très bien car ici c’est naturel (les sanitaires ne sont pas mixtes quand même !) La soirée est conviviale avec un petit foot avec des islandais du camping. Un point obscur quand même : ils sont bien plus forts que nous. Grisemote l’insatiable ne peut tenir en place tant que les piles sont bonnes, les adultes laisseront les enfants à leurs jeux pour faire un petit saut vers le glacier juste à côté du camping : le Svinafellsjökull. La lumière est déjà basse, mais c’est quand même bien sympa. Une sensation bizarre nous envahie juste avant de nous coucher : ça chauffe et sa picote au niveau du visage et des jambes. Après un long diagnostique, nous sommes formels : ce sont des coups de soleil. Par pudeur pour tous ceux qui n’ont vu que de la pluie en Islande, nous avons préféré ne pas prendre de photo pour témoigner du fait que cela est possible … ainsi planera toujours le doute.

Skaftafell : Hundafoss, Svartifoss, bergerie de sel. Fjallsarlon et Jökulsarlon. Levé de paresseux vers neuf heures trente pour un petit trek vers la cascade de Svartifoss, célèbre en Islande pour ses orgues basaltiques. C’est un sentier très emprunté par les locaux et bien balisé. Nous entamons notre marche par la cascade de Hundafoss, suivi sur le chemin par la visite de la bergerie de «Sel » avec ses toits recouverts d’herbe.



Après un pique-nique sommaire sous le soleil, nous atteignons la fameuse chute d’eau. Elle vaut en effet le détour, avec ses longues orgues suspendues, taillées avec soin suivant les lois de la cristallisation. Nous la surnommerons la cascade aux dreadlocks.



L’après- midi est consacrée à la visite du glacier Vatnajökull dans sa partie basse, puisque nous ne sommes pas équipés ni aptes à le parcourir sur sa surface. A quarante kilomètres à l’est de notre camping, nous nous approchons d’une des langues de glace : Fjallsarlon. Comme la veille, un grand lac nous sépare des séracs, mais celui-ci est rempli de tous les débris de glace qui se sont détachés. Le point de vue est surprenant.



À quelques kilomètres de ce premier arrêt, nous escaladons un talus de résidus poudreux et de gros galets formés par le glacier lorsqu’il descendait jusque-là. Du haut de ce point, nous découvrons un spectacle exceptionnel : un cimetière de blocs de glace qui agonisent avant de lentement fondre et s’échouer à nos pieds. Le bleu limpide de l’eau et du ciel mêlé au blanc éclatant et transparent des formes torturées de la glace, sur fond de Vatnajökull, donnent à l’endroit un aspect mystérieux. C’est le Jökullsarlon. Le lac a un accès à la mer qui se situe à quelques centaines de mètres de là. Du coup, les blocs glissent lentement vers la sortie. Tout cela est hautement photogénique. Le long de la berge nous croisons un couple dont la femme sort de l’eau en combinaison de plongée. Sourire aux lèvres, elle semble avoir apprécié également la vue d’en-dessous sachant que comme tout iceberg, même de petite taille, l’essentiel est sous la ligne de flottaison. Cette berge est pleine de surprise décidemment. Nous rencontrons à nouveau notre auto-stoppeur français du Landmannalaugar qui nous raconte le trek de trois jours qu’il a fait là-bas. Entre la beauté du paysage, le froid, la pluie, la neige et l’eau glacée d’un torrent qu’il a essayé de traverser pour rejoindre l’autre rive après des kilomètres de recherche d’un point de passage, on sent que ce fut inoubliable, … mais dans quel sens ? Pas tout public le truc. Pour couronner la fin de cette belle journée lumineuse, nous finissons par la visite de l’embouchure entre le flux puissant de l’eau du lac chargé des blocs de glace et la mer. Sur la plage, la glace finit sa route après avoir été rejetée par les vagues. Fabuleux ! Avons-nous eu de la chance ? En tout cas, alors que l'endroit est généralement noté surpeuplé et bruyant, nous étions seuls le long de la berge du lac, dans un silence total juste interrompu par les craquements de la glace en agonie et les ploufs des ricochets de ceux d'entre nous qui étaient moins contemplatifs. Notre arrivée tardive y est peut être pour quelque chose... Côté mer, en revanche, la plage était plus habitée.

Presqu’île d’Ingolfshöfdi, route vers le lac Myvatn



Debout les campeurs et hauts les cœurs, c’est la journée de visite, de la réserve ornithologique. Macareux paresseux, faites de votre mieux, pour que l’objectif de Grisemote immortalise vos trognes. La tente est à nouveau repliée et après une courte visite de l'église de Hof, nous sommes entassés dans une grande charrette tiré par un gros tracteur, pour aller jusqu’à une île dont l’accès ne semble possible qu’à marée basse. Le trajet dure bien une bonne vingtaine de minutes sur du sable noir, avec un vent froid. Pas donné d’ailleurs la visite - 10 000 krones pour cinq - mais pour ce prix- là il y a une guide charmante en prime pour cinquante à soixante personnes. L’île est entourée de falaises, d’où la grande diversité de volatiles que nous pouvons y voir. Certes, il vole de tout, mais ce doit être l’heure de la sieste pour les macareux. Les seuls oiseaux que nous pouvons vraiment voir de près sont des grands labbes qui piquent sur nous lorsque nous nous approchons des nids au sol qui se trouvent un peu partout. Notre guide, après nous avoir expliqué à quel point il était important de marcher à la queue-leu-leu pour protéger le site et ne pas déranger les oiseaux, nous réunit tous autour d’un oisillon apeuré par tous ces monstres. La conception de protection de la nature nous a un peu laissés pantois sur ce coup. En tout cas, les grands labbes défendent bien leurs progénitures et n’hésitent pas à attaquer tout ce qui dépasse et s’approche de leur nid. Pour cela nous avons pris un bâton de randonnée qui une fois levé sert de paratonnerre anti-oiseau. Ils visent le point le plus haut de la personne. En dehors des oisillons, tout ce que nous voyons est loin et il se peut que dans le lot des points volants il y ait eu des macareux. Le casting est un échec cuisant une fois de plus. Tout cela est un peu, comment dire, décevant, même si l’ensemble de cette promenade gentillette et sans relief n’est pas désagréable. Mais au fait, les oisillons savent se défendre aussi. Alors que les enfants s’approchaient d’une petite falaise pour faire un concours de sauts dans le sable en contre-bas, un petit oiseau tout mignon dans son nid, proche de la ligne de départ des sauts, leur a envoyé une sorte de vomi super odorant, à plus d’un mètre. Ce répulsif anti humain a en tout cas marché du tonnerre.



Nous retrouvons la route numéro 1 pour un long trajet qui doit nous mener au lac Myvatn, en contournant l’immense Vatnajökull. La route est réputée belle avec des fjords et des passages montagneux. Ça tombe bien, nous ne demandons que cela. Le ciel bleu lors de notre périple ornithologique commence à se charger de nuages par l’est. Phénomène local également, des nuages descendent rapidement des monts qui longent la mer, comme un torrent gazeux. Puis la pluie arrive, accompagnée de brouillard. Des fjords, nous n’en avons vu que le fond des vallées et les virages. Höfn, au pied du Vatnajökull, nous ne la verrons pas non plus. Vers vingt heures, las de la route grisonnante et sans visibilité, nous nous arrêtons au restau « routier », type fast food, de Egilsstadir. Dehors, il fait un petit 5°C avec un bon vent. Une météo d’été Islandais qui semble dans la norme si l’on en croit la sérénité des locaux, qui ne sont jamais loin de leur pulls … comme les moutons. Le temps d’un repars et nous repartons sous le soleil du soir. La deuxième partie du parcours nous amène à rentrer dans les terres. Forcément, cela se traduit par de la montée, plutôt soutenue, au début sur route puis sur piste. Nous enchaînons virages sur virages : un col quoi ! Intéressant pour la conduite, mais nul d’un point de vue touristique, car plus nous montons, moins nous voyons. Nous sommes complètement dans les nuages et découvrons la piste au dernier moment. Arrivés à ce que nous pourrions appeler le sommet, vers vingt deux heures, nous sentons que le soleil n’est pas si loin que cela et qu’il ne faudrait pas aller encore bien haut pour passer au-dessus des nuages. Alors que nous roulons relativement lentement dans le « blanc », sur ce qui doit probablement être une sorte de grand plateau, nous voyons soudain apparaître sur le bas-côté de la piste … un auto-stoppeur, guitare à la main. Nous sommes cinq et il est bien difficile de prendre quelqu’un de plus. Mais là, à cette heure, cet homme tout seul dans le brouillard le plus opaque, avec son air tout confus, nous décidons de nous arrêter au moins pour prendre sa guitare…. Bartholomeïu, polonais, (pardon pour l’orthographe incertaine) son gros sac à dos et son instrument ne sont pas bavard. Frigorifié et visiblement un peu abasourdi par ce qui lui est arrivé, il a du mal à nous tendre son morceau de carte pour nous expliquer son trajet tellement il tremble. A priori il s’est trouvé piégé pour on ne sait quelle raison exactement dans cette purée de pois, là où il n’y a personne, à une heure où les voitures ne circulent plus depuis longtemps … Quelques kilomètres plus loin, nous sortons brusquement des nuages : plein soleil, ciel bleu, lumière chaude sur un immense plateau volcanique habillé de quelques monts de ci de là. Derrière nous, nous pouvons voir un spectacle peu commun. Le brouillard entoure un mont en suivant son relief, comme une sorte de manteau translucide. Les kilomètres défilent, Bartholomeïu se réchauffe. C’est un désert grandiose qui nous accompagne jusqu’aux fumerolles de Namajfall suivi par le site hautement géothermique de Reykjahlid et sa piscine d’un bleu azur d’où s’échappe une sorte de brume de chaleur. Juste avant d’arriver à notre camping, à sa demande, nous laissons Bartholomeïu sur le bord de la route. A priori il doit être à Reykjavik le lendemain, et pour cela il doit continuer à faire du stop. « Vous n’avez sauvé la vie » nous déclare-t-il avant de partir. Sans exagération (car il avait encore sa guitare à brûler pour se réchauffer), disons que nous l’avons sorti d’une bien fâcheuse situation. Dans ce pays où les conditions météo changent si rapidement, avec des écarts importants de température, il semble qu’il soit assez facile de se faire piéger lorsque l’on est à pied. Le précédent autostoppeur nous avait bien dit lui aussi qu’il avait eu peur pour sa vie lors de son périple dans le Landmannalaugar, à cause du froid… La journée n’est pas finie. Nous foulons la pelouse du camping, alors que le soleil vient juste de disparaître à l’horizon. IL est minuit 15. Nous sommes néanmoins accueillis par le gérant et nous trouvons une belle place, face au lac, au milieu de nombreuses tentes. Gros bémol, les voitures ne sont pas autorisées près des tentes et nous devons tout transporter à la main, dans le silence (qui est d’ailleurs très bien respecté dans les campings). Inutile de dire que le sommeil ne fut pas long à trouver. Autre fait plus inquiétant, Robin tousse depuis la veille et cela semble empirer. Il a de la fièvre. Un malade sous la tente, c’est le scénario catastrophe …

Lac Myvatn : l’usine à volcans (Krafla, Viti, Leirhnjukur, Namafjall)





C’est sous le soleil matinal radieux que nous partons vers le volcan Krafla et sa zone géothermique, en short et tee-shirt, à une dizaine de kilomètres du camping. La chaleur devient une habitude. Nous tombons sur une grosse structure industrielle qui crache de la vapeur avec un sifflement assourdissant. C’est le style d’installation qui permet au pays de produire son électricité et de se chauffer « à l’œil ». Au cratère Viti, juste à côté, nous profitons d’une plaque de neige pour remplir notre glacière puisqu’ici il semble saugrenu de vendre de la glace.



Nous passons ensuite le début d’après-midi au milieu d’un site fortement volcanique récent, à quelques kilomètres du cratère Viti, le Leirhnjukur, au milieu de coulées de lave noire, de fumerolles et de petits cônes de volcan. Sur le sol, il faut faire attention là où on marche car certains endroits sont bouillants et souvent marqués par des couleurs vives. Çà et là sont disposés des séismographes pour prévenir des éruptions, et vu la configuration, on sent que la terre ne demande qu’à s’embraser à nouveau. Pierres ponces, joyaux noirs bleutés, « éponges » rouges à peine plus lourdes que du polystyrène, nous remplissons nos poches. Il faut parfois prendre une longue respiration pour passer un barrage de fumerolles à l’odeur fortement soufrée. Au moins cela dégage le nez. Suite à un différent familial de taille sur un type de roche incorrectement nommé, les uns tentent leur chance à droite, vers des cônes et des fumerolles, et les incurables ignorants partent à gauche, vers des fumerolles puis des cônes. Robin, malgré sa fièvre du matin (traitée assez efficacement par de l’advil), reste encore très valide. Comme à son habitude, il délivre une interprétation continue de ce qu’il voit, de ce qu’il imagine et de ce qu’il a déjà vécu. Puisque le sujet ne porte pas sur LES fameuses roches qui posent problème, ce fleuve de parole est le bienvenu.



Nous continuons par un site également très actif près de la route principale, Namafjall. Dame nature nous a concocté en condensé, des stands attractifs avec toutes les techniques dont elle dispose sur les manifestations de taille humaine : coulées d’eau chaude qui se déversent dans des bassins dont les pourtours sont marqués par des couleurs vives – certainement du sang de troll, rouge, orange, vert- , grosses cheminées qui crachent de la vapeur en sifflant suivant des tonalités propres à chacune d’elle, bains bouillants à grosses bulles dans une eau limpide, marmite glauque de boue qui glapie de gros gloop, petites pustules qui laissent échapper des senteurs nauséabondes … en quatre mots : la foire aux sorcières. De jour, c’est sympathique, de nuit, il faudra patienter quelques mois … Avant de regagner nos pénates, sur le chemin du retour, nous faisons halte à une grotte presque remplie d’une belle eau nacrée bleue. Ce n’est pas une surprise, elle est chaude et on s’y baignerait bien, mais comme il n’y a aucun islandais et qu’il est bien difficile de savoir si le côté limpide est obtenu par une forte acidité par exemple, nous restons sagement dans nos maillots de bain, bien au sec et nous consolons avec des photos. Une grosse fissure au-dessus de nos têtes semble communiquer avec l’extérieur. Nous sortons et grimpons sur le « toit » et là … surprise ! Ce n’est pas à proprement parler une fissure, mais carrément une faille, une gigantesque balafre qui inscrit son sillon sur toute la région visible, de part en part. Ils ne font pas les choses à moitié dans ce pays.



En route pour l’Askja : On a marché sur la lune C’est sous un ciel anticyclonique bleu dense que nous partons pour une contrée hors du temps et de l’espace : l’Askja, un site volcanique loin de tout, accessible par une piste chaotique et sans concession d’une bonne centaine de kilomètres quand même. L’autre bout du monde quoi (puisque nous en avons visité déjà un). Pourvu que l’univers ne soit pas courbe quand même sinon nous risquons de retomber sur le premier bout et ça fait une trotte. La littérature forumistique en la matière est terrifiante, du type : « nous sommes partis sous un ciel bleu et soudain ça a viré au cauchemar. Une tempête s’est levée et même les doudounes les plus épaisses ne suffisaient pas pour arrêter le froid ». C’est donc prudents que nous quittons notre tente, en short et chemisette, mais avec le nécessaire pour affronter les conditions polaires dans le coffre. Robin va mieux et sa fièvre a bien baissé. La piste est longue mais enchanteresse. Un vrai petit parcours du combattant. La première vingtaine de kilomètres est roulante au milieu d’une immense plaine plate enjolivée de scories. Lunaire. Il parait que les astronautes se sont entrainés dans le coin. Pas étonnant. Au milieu de rien, on ne trouve pas grand-chose, à moins d’aimer les cailloux ou la photo noir et blanc. Superbe donc. Puis la piste s’égaie avec quelques passages de gués ma foi pas désagréable. Hissé sur le toit pour ne pas avoir à nager en cas de problème, le plus petit d’entre nous indique la « bonne » voie. Mais compte tenu du niveau d’eau, nous n’avons eu aucune difficulté. Après, les choses se corsent avec la traversée d’une coulée de lave, noire, biscornue, qui a figé des silhouettes de trolls et leur environnement. La piste serpente tant bien que mal en milieu fortement hostile. La crainte est de croiser un véhicule en face, car il n’y a pas toujours la place pour deux. Un régal pour le pilote. Au sortir des ténèbres, nous entamons une partie très roulante, toute en grands virages, sur un sol volcanique gris, jaune ou rouge de pierre ponce qui ressemble à du sable. Notre passage laisse un panache de fumée derrière nous. Quelle grande bouffée de liberté… Tout au bout des cent kilomètres de piste nous tombons en hyperespace sur la lune. Apocalyptique. Il faut une petite demi-heure de marche pour atteindre enfin le cratère Viti, aux eaux tièdes d’un bleu laiteux tendre, chauffé gentiment à la géothermie, qui occupe le centre d’un volcan. Le tout est juste à côté d’un lac bleu foncé gigantesque en contre bas : l’ Öskjuvatn (une ancienne caldera pour les intimes). Sur le chemin, le bruit de nos pas résonne à certains endroits sur ce sol formé de cendres et de pierres ponces. Etonnant !







Les enfants jouent à Obelix en portant de gros blocs de pierre d’une main tant ils sont légers. Après un tour de cratère sacrement pentu, nous descendons au lac pour un plouf dans cette eau qui ressemble à du lait. Comme d’hab dans le coin, les locaux y vont dans le plus simple appareil. Nous restons encore un peu coincés du slip, ce qui ne nous empêche pas de goûter au plaisir voluptueux de faire quelques brasses alors qu’à l’extérieur, même avec du soleil, il fait un peu frisquet. Robin malheureusement reste sur la berge, toujours un peu fiévreux. Un petit tour sur le sommet le plus proche pour avoir une vue d’ensemble puis nous reprenons la piste dans l’autre sens avec Thibaud qui est autorisé à conduire prudemment. La rencontre insolite d’un 33 tonnes qui transportait une citerne au milieu des sinusoïdes de la coulée de lave et pour finir des essais de « gerbe la plus haute » sur une grosse flaque assez profonde furent les dernières animations du parcours. Certes, cela fait des kilomètres mais nous en avons pris plein les yeux. Note de 3 étoiles. De retour à la tente, nous entamons les tâches quotidiennes : repas au soleil du soir devant le lac, Robin à soigner, appareils photos à vider … La routine quoi. Une mouette vient innocemment se poser près de nous. Bien entendu, les enfants lui donnent un petit quelque chose. Innocemment deux, puis cinq, puis quinze, puis vingt mouettes s’installent dans le coin. Il y a visiblement une hiérarchie intéressante à observer et tout ce petit monde piaille gentiment jusqu’à ce qu’un gros lourdaud français de G.O de %$@# du groupe de tentes d’à côté ne vienne interrompre cette étude des mœurs et expression orale des volatiles, en nous prenant pour des enfants mal élevés qui nourrissent les oiseaux qui risquent d’entacher ses tentes. Calme et zénitude nous ont permis de garder la maîtrise de la situation, mais lorsqu’au petit matin nous avons pu voir quelques déjections « mouetteuses » copieusement étalées sur sa tente, nous y avons tous vu une forme de reconnaissance de celles-ci au travers de ce geste de sympathie, pour le bon repas que nous leur avions offert. Après cette petite altercation, l’insatiable Grisemote ne peut se résoudre à baisser sa garde. Il est presque minuit, mais il reste un peu de lumière, et nous partons à deux dans l’antre des Trolls, un labyrinthe géant conçu au milieu d’anciens petits cônes volcaniques aux allures aussi découpées qu’inquiétantes : Dimmuborgir, les châteaux noirs. L’endroit est désert, sombre mais attirant comme tout ce qui fait « un peu peur », surtout en cette fin de règne du soleil. Côté Trolls, c’est comme pour les macareux, nous pensons avoir vu quelques silhouettes en contre-jour, mais cela reste à confirmer. En tout cas, encore une journée limpide, sans un nuage. Serions nous toujours sous la protection des Dieux locaux : par Adis ?



La foire aux chutes : le parc national de Jökulsargljufur « Pour ce matin, des chutes d’eau, cela vous dit ? ». Qui dirait non, puisque de toute façon c’est au programme. En mon fort intérieur, je ne peux m’empêcher de penser qu’il y aurait peut-être un petit caractère de déjà vu sur le sujet, mais cela reste du domaine de la pensée furtive. Une petite heure trente plus tard, après avoir eu l’impression de tourner la nouvelle pub d’Orangina sur une piste défoncée, nous arrivons donc aux premières chutes : Dettifoss. Robin a conduit : niveau 3 avec 130 points. Bonne direction mais attention quand même aux nids de poules. Le brevet de conduite Grismotien est pour bientôt…



Chutes, vous avez dit chutes ? Ici ça décoiffe vraiment. Le volume d’eau qui s’élance furieusement dans le vide est tout simplement impressionnant. Rien d’étonnant donc à ce qu’un brouillard fluctuant s’élève au gré du vent généré par tant d’énergie. Top ! (en fait c’est la plus puissante chute d’eau d’Europe , 44m de haut, 100m de large!) Les deuxièmes chutes, Selfoss, sont plus petites, plus sages et plus dispersées, mais l’endroit très large dégage une belle harmonie que nous essayons de capter avec nos objectifs.



La troisième, Hafragilsfoss, a opté pour la quiétude d’un site revêtu d’orgues basaltiques, étriqué entre deux flans de montagne. Plus discrète, elle n’en reste pas moins belle avec des eaux bleu profond qui se mélangent avec une sorte de liquide du type boueux. Il y en a donc pour tous les goûts et couleurs.



Pour finir, nous entamons un trek de trois bonnes heures au souk international des orgues basaltiques : Hljodaklettar, puis Raudholar. En tous sens, de toutes tailles, les cristallisations de roches octaédriques fusent de partout. Gare à l’indigestion.



La montée du « fameux « mont rouge » , le Raudholar, sera un peu gâchée par … l’interdiction d’aller jusqu’au bout. Bon, pas grave de toute façon on en avait plein les bottes. Pour le retour, c’est Lucas qui conduit. Bien, mais attention aux virages un peu tronqués à la corde. Après l’effort, rien ne vaut le réconfort d’un bain bien chaud : le pays est conçu pour cela. A quelques kilomètres de notre campement nous filons à une large piscine très aménagée d’eau naturelle (Jardbödin Vid Myvatn). Odeur de souffre, bains de toutes tailles, chaleur graduelle en fonction de la distance avec la source, cela reste toujours un grand plaisir que de se laisser rouiller tranquillement dans cette eau énergétique. Beau moment islandais ! Détrempés à souhait et pour tout dire un peu mou, nous descendons dans une petite auberge pour finir la soirée : soupe, hamburger … de la grande cuisine quoi mais dans une bonne ambiance. N’est-ce pas le principal ?

Tiens, voilà du Dauphin. Cela devait arriver, nous levons le camp et quittons notre lac paisible bien aimé. Le repliage est rapide et le programme est fortement chargé. En premier lieu, nous passons à l’infirmerie pour Robin dont la fièvre a décru mais ne se résorbe toujours pas et dont la toux est persistante. L’infirmière ne se risque à aucun diagnostic et nous prend rendez-vous pour le début d’après-midi à Husavik, où se situe le premier médecin du secteur. Avant le départ, nous montons un dernier cratère, le Hverfjall pour avoir une vue sur le lac et ses multiples petits cônes. La montée n’est pas longue pour un point de vue vraiment intéressant : nous pouvons apercevoir une gigantesque faille qui traverse le paysage de part en part et que nous avions déjà observé au ras du sol au niveau de la grotte de Grjotagja. Tous les phénomènes géologiques ici présentés sont gigantesques et dépassent de loin les causes locales. Pas la peine d’être grand Vizir pour comprendre que tout cela se transformera rapidement dans les années à venir (ce qui peut quand même être long à l’échelle géologique). Notre changement à nous sera plus rapide. Nous « descendons » vers la mer, dans le port de Husavik. Cette petite ville plantée au fond d’un Fjord, boostée par son port, est très attractive. Tout est mignon : les maisons colorées, l’église plus travaillée que ce que nous avons vu jusque-là et, bien entendu, le port très animé. C’est la fête à Husavik. A l’entrée de la ville, une gigantesque panthère rose nous salue. Bigre ! La ville est découpée en quartiers de couleur : un rose, un vert et un orange. C’est le maerudagar, a priori la fête des bonbons. Chaque maison, chaque jardin est décoré avec des rappels de la couleur du quartier. Plutôt sympa !

L’attraction ici pour les touristes ce sont les baleines et autres cétacés que l’on peut voir parait il « à foison » : La capitale de l’observation des baleines en Europe quand même. Bien entendu, Grisemote boue d’impatience de voir ces navires amiraux du règne marin. C’est une petite revanche sur les orques que nous n’avons pas vus sur l’île de Vancouver, sous des trombes d’eau, alors que la probabilité d’en croiser était de plus de 90 % (mais nous avions vu pas mal d’animaux à commencer par des dauphins qui jouaient près du bateau). Malgré l’ambiance festive du lieu, dopée par l’enthousiasme de tous, au fond de moi cependant, deux petits diablotins me troublent l’esprit, un rouge et un bleu : « - Tu vas encore te faire rouler dans la farine de poisson – c’est un bel attrape touristes, et pas donné en plus. - Voir des cétacés faire des pirouettes devant soi est une expérience unique et inoubliable, tu ne peux pas rater ça ! » En tout cas, les prospectus qui nous sont distribués de tous côtés dès que l’on fait un pas dans le port sont formels : « Des cétacés, vous en verrez, en quantité et plutôt de prés (pour la rime) ». Ceci s’accompagne de la photo du vol d’une baleine qui pose avec le sourire pour une bonne cause … la sienne. Alors pourquoi me direz-vous, fichtre pourquoi hésiter ? Et bien tout simplement parce que si c’est juste pour voir des dos de baleines ou des jets d’eau au moment de la respiration, je ne sais pas si cela ne va pas vite me lasser, même de près. Bon, de toute façon les dés étaient pipés à l’avance. Le diablotin optimiste n’avait aucune chance de perdre, d’autant que l’eau est bleue, calme, tout comme le ciel qui est sans nuage. L’inscription est prise rapidement pour clore toute tentative de repli. Avant l’embarquement nous filons à l’hôpital pour notre rendez-vous pendant que les deux grands vont écumer le port à la recherche d’un sandwich à leur goût. Surprise, au portillon de l’hôpital on laisse ses chaussures et on marche en chaussettes. Après une attente assez longue, une belle doctoresse nous prend en charge. Grande blonde aux yeux bleus, Robin est tombé sous le charme tout de suite, même lorsqu’elle a annoncé son verdict : 15 jours d’antibiotiques pour une grosse inflammation des bronches et autorisation pour le bateau de l’après midi. Un petit tour à la pharmacie (avec une attente interminable car ils prennent leur temps) et nous voilà fins prêts pour notre périple en mer de 3 heures. Le bateau a un certain charme mais il a aussi la caractéristique d’être bondé. Il est possible de voir les choses d’en haut, mais les quatre ou cinq places possibles sont occupées pas de grands gaillards indéboulonnables. Il reste tout le pont et l'espoir que le saut de baleine sera suffisamment haut pour l’apercevoir au-dessus des têtes. La vue sur la ville est imprenable, puis nous remontons le fjord vers la mer, passant non loin d’une île où il y aurait des macareux. Pour l’heure, ce n’est pas le jour, chacun son tour ! Comme il fait beau et finalement plutôt chaud, nous nous installons vers la proue. Soudain, un dos de baleine passe près du bateau. Ce fut furtif mais grandiose. Il fut accueilli par une grosse salve de photos et une envolée de bonne humeur collective. Il fut suivi d’un deuxième, puis d’un troisième. Le suivant fut très nettement reconnu par notre guide : un dos de dauphin.

Puis il y eu LE magnifique dos de baleine au raz du bateau que j’ai raté car je n’étais pas du bon côté. La chasse est sélective… Un dos présenta en plongeant un bout de queue. Le crépitement des appareils photos était à son comble. Pour ma part, je n’ai pas pu le prendre à cause d’une tête d’humanoïde hilare entre l’appareil et le monstre marin. Bien entendu, c’est contractuel, les cétacés ne manquent pas de se signaler par quelques jets d’eau bien senti. Au bout d’un moment, notre guide, entièrement satisfait de la session, nous annonce fièrement nos « prises » : - « des baleines de type rorqual (a priori les milieux autorisés se seraient laissés dire que tous ces dos là provenaient du même corps, celui de la baleine de garde) et trois ailerons de dauphins. Le tout fut vu de très près. Un festin indiscutable ! Il faut penser à rentrer cependant mais pour couronner le tout, nous allons passer près de l’île aux macareux et boire une boisson chaude. » Nous frôlons l’extase. Après l’île aux macareux, nous profitons enfin du point de vue haut libéré pour voir … le paysage. Aller, il faut être honnête. On a passé un bon moment, parce que le site est magnifique, le temps était parfait et qu’il y a eu des cétacés qui ont montrés leur nageoire caudale comme apéritif. J’entends quand même au fond de moi mon diablotin pessimiste qui me susurre : « Bienfait ! Je te l’avais dit. Je suis même sûr que la prochaine fois tu replongeras … » Pas faux ! C’est pas tout ça, mais il reste un bon bout de route avant l’arrivée prévue. Nous filons à une station service/ fast food pour nous sustenter rapidement, ce qui m’a permis de goûter le hamburger le plus ignoble de ma carrière, puis nous repartons « on the road again ». Sur le chemin, nous passons aux chutes de Godafoss , toutes mignonnes mais sans rentrer dans la catégorie de celles qui marquent une vie.



Puis nous déposons les armes au camping Hamrar d’Akurery (deuxième ville du pays) par une belle lumière chaude du soir qui n’en fini pas de se prolonger. Ce camping est très bien aménagé avec des aires de jeux pour les enfants au-dessus de lacs, et comme d’habitude une pelouse « moquette » qui est un appel irrésistible au posé de ripatons fatigués. Nous inventons un nouveau type de « night soccer » qui fera fureur entre nous les jours suivants…

Akurery



Après un repliage toujours aussi rapide de la tente, nous partons visiter Akurery, belle ville plutôt attractive avec ses petites maisons très colorées, sa belle église et son centre un peu commercial où il est possible de faire quelques achats – ce qui est finalement assez rare. Il y a du teeshirt et des cartes postales dans l’air, mais Grisemote n’arrive pas encore à se décider pour son pull. Robin craque pour un couteau Suisse Islandais absolument unique que ses impitoyables parents refusent d’acheter. Pas assez typique mon fils. Nous reprenons les routes champêtres pleines de pelouses aux mille fleurs, de chevaux photogéniques la crinière au vent et d’arrière-trains de moutons qui fuient les photographes, dans un paysage au relief mi rond mi pointu, pour arriver à la ferme Glaumbaer, ancienne demeure typique Islandaise.



La visite est vraiment très intéressante. Cette ferme est constituée de plusieurs toits recouverts d’herbes, sous lesquels l’aménagement intérieur nous fait revivre les conditions de vie de nos ancêtres pas si lointains. Les murs sont en tourbe, matériaux fortement isolant, et l’usage du bois, pas très courant sur l’île, est mesuré. En tout cas, la ferme est grande et derrière la petite entrée principale, le long couloir nous permet de passer du cellier au garde-manger, à la cuisine, la salle de classe et les chambres de type « salle commune ». Tout est bien aménagé et illustré par de nombreux clichés de l’ère primitive de la photographie. Trois étoiles sans hésitation. Ne pas oublier aussi la demeure principale, plus moderne, qui ressemble à une maison de poupée.



Nous prenons ensuite la piste qui conduit à la péninsule de Vatsnes, avec les arrêts programmés au fort viking de Borgarvirki sorte de « fort » mi naturel mi construit de main d’homme sur un socle basaltique plus élevé que la moyenne. Disons qu’il convient d’avoir un peu d’imagination pour retrouver l’ambiance d’une troupe en ce lieu globalement très minéral. Puis il y eu le fameux rocher basaltique en pleine eau à quelques dizaines de mètre de la côte. Bien, mais la lumière du soir était cachée en partie par la falaise.



A Illugastadir, en recherchant les phoques que l’on peut apercevoir vers la pointe de la péninsule, nous tombons sous le charme du petit camping installé paisiblement près de la mer, dont la pelouse vert cru n’attendait que notre tente. Le propriétaire n’est pas présent, mais ici cela ne pose aucun problème. Cela marche sur la confiance. C’est très reposant. Tout près du camping réside sur la plage une nurserie d’oisillons piailleurs qui attendent avec impatience leur pitance. Au-dessus de nos têtes, les parents s’affairent et font des aller-retours incessants pour les nourrir entre la plage et un champ situé juste derrière le camping à une bonne centaine de mètres. On ne distingue pas leurs cernes, mais on se doute que ces ingrats de nouveaux nés leur en font vraiment baver. En plus, dès que nous nous approchons d’un petit, ils se doivent de défendre le morceau avec véhémence. Dur dur d’être parent ! Ceci dit, ils apprendrons qu’ados c’est pas toujours drôle non plus. Nous finissons la soirée sur fond de soleil qui essaye désespérément de se coucher dans un ciel limpide. Bière, côtelettes d’agneau (désolé), eau chaude pour la vaisselle, night soccer façon Grisemote : le bonheur quoi, le tout sous le ballet incessant des volatiles qui s’affairent dans un sens à vide et dans l’autre avec des vers ou autres mets délicats pour les palais braillards.

La matinée du lendemain commence sous un ciel et une température clémente par la visite à nouveau de nos oiseaux et la recherche de quelques phoques. Un site de protection de ceux-ci existe non loin sans que nous n’ayons pu y accéder la veille. Il y en a, mais ces messieurs-dames nous boudent allègrement et restent avachis langoureusement à bonne distance de la plage ou dans l’eau. Nous enchaînons la visite par des arrêts chevaux, moutons (et oui, Grisemote ne s’en lasse pas, ce qui n’est pas le cas de tout le monde) et pour finir, clou de la matinée, par un site un peu atypique d’orgues basaltiques baignant dans la mer.



Ah qu’elle était douce cette matinée d’été en bord de mer, avec son ciel dégagé, sa piste roulante, ses herbes folles et ses hautes falaises. Trop facile en tout cas, car le reste du parcours de la journée file vers le centre de l’île, vers des monts sombres qui ressemblent à ceux du Mordor, entourés de nuages inquiétants. Au fur et à mesure que nous entrons dans les terres, la lumière diminue, la piste devient technique et cassante, le relief s’accentue, les pulls refont leur apparition tandis que les shorts sont remisés en fond de cale. Nous n’avons pas d’anneau à détruire, juste l’envie d’en découdre avec Dame nature qui semble vouloir nous faire payer cher notre incartade dans ses terres secrètes.



L’arrivée au camping ne fut pas réjouissante: ambiance refuge et foutage de gueule de façon institutionnelle. Certes on ne peut pas penser à tout mais disons que dans un camping, on s’attend à trouver un semblant de terrain à peu près dégagé pour y planter une tente… et bien ce ne fut pas simple de trouver un espace correct. Avec deux petits sanitaires miteux (un pour les hommes et un pour les femmes), bravement équipés d’un lavabo pour trente personnes, d’une douche et d’un robinet dehors pour la vaisselle, c’est ce que l’on peut qualifier sans risque de camping spartiate. Cerise sur le gâteau, il faut laisser la voiture au parking et donc se transporter nos 100kg à la mimine. Pas très attractif tout cela ! En revanche, le chalet de l’accueil sert des repas chauds dans une petite salle remplie de buveurs de bière et de simples touristes qui cherchent un peu de chaleur humaine. Le vent est assez fort et nous sommes prudents en déballant la tente pour qu’elle ne s’envole pas. Nous consolidons fortement nos attaches avec de grosses pierres et des sangles pour espérer la conserver au même endroit toute une journée. C’est le retour vers l’automne côté température. Tout cela n’entame pas notre moral d’acier. Nous chaussons les crampons, équipons nos sacs à dos avec le nécessaire contre la pluie et nous voilà partis avec allégresse vers le volcan Strytur, petite rando qui n’excède pas dix kilomètres. La première heure fut tranquille. Le vent avait baissé d’un ou deux tons et le soleil tentait des percées ponctuellement réussies. C’est la deuxième heure que nous n’avons pas aimé. De gros nuages avaient rempli le ciel, lâchant par intermittence des éternuements humides. Ce bon sang de foutu volcan devait apparaître derrière chaque colline mais à chaque fois il reculait à la suivante. Un grand classique. Un vent soutenu s’est mis à siffler à nos oreilles et à nous glacer le peu de sang liquide que nos corps transis contenaient encore. Un plaisir intégral. Mais comment rebrousser chemin après tant d’effort, alors que « le paysage à ne rater sous aucun prétexte » est là, à quelques ridicules encablures ? Robin, est le premier à se planter derrière un gros rocher et à abandonner la lutte. Comme l’arrivée est imminente nous lui laissons les sacs à dos et partons à l’assaut des derniers mètres. La terre est de plus en plus désolée et les conditions se durcissent. Il faudra encore presque trente minutes pour arriver au site, ce qui n’était pas vraiment prévu. Oui, il est beau. Splendide certainement par beau temps. La visibilité réduite et la lassitude de tant d’efforts pour un résultat mitigé dans ces conditions feront que nous n’insisterons pas particulièrement dans la phase contemplative. L’avantage de monter avec le vent de face, c’est que l’on descend avec le vent dans le dos. Cette lapalissade se traduit par une redescente fulgurante en courant, pour rejoindre un Robin que nous imaginions glacé derrière son rocher. Le gaillard est solide et bien au chaud avec les vêtements que nous lui avions laissés. Lucas chute et se blesse à la main. Même si le but a été atteint, c’est un trek qui restera dans les mémoires pour sa difficulté et l’énergie qu’il nous aura coûté. Sous un soleil radieux, c’est peut être une balade champêtre … Et dire que l’on bronzait le matin même … Nous goûtons le plaisir de rentrer au chaud dans notre tente spacieuse. Toute la nuit, elle s’est tordue de tous les côtés, avec des couinements inquiétants au niveau des arceaux. Mais comme le roseau, elle plie mais ne rompt pas. Elle a tenu Éole en échec, par Avent.

C’est toujours avec un vent plutôt fort que nous replions la tente le lendemain, après une douche chaude (c’est quand même un des avantages de ce camping). Non loin du camp il y a des sources chaudes, mais aller se baigner par ce temps maussade et ce vent, non merci ! Nous passons donc voir les solfatares avant de partir.



La piste pour aller à Kerlingarfjöll est belle et sans histoire, si ce n’est que Thibaud conduit un bout de chemin. Robin va mieux avec ses antibiotiques, mais ce n’est pas encore ça. Arrivés sur le site à caractère volcanique, un vent violent rend l’approche difficile pour voir en contrebas ce point chaud aux couleurs multiples qui dégage des fumerolles de toutes parts. Tout cela est très attrayant mais les conditions sont un poil hostiles quand même entre vent et gros nuages de pluie actifs. Nous optons pour l’installation en premier lieu au camping, quelques kilomètres plus bas, ce qui laisse le temps au temps de changer. L’humidité ambiante, le froid et la lumière triste ne soulèvent pas vraiment l’enthousiasme dans les rangs à l’idée du planter de piquets. Il y a de petits chalets, nous tentons le coup auprès de l’accueil. Hormis le coût justement, c’est une belle aubaine. Dormir dans du dur, avec du chauffage, de l’eau chaude – mais pas de douche – et pouvoir faire sécher les affaires, nous ne réfléchissons pas longtemps. Après un repas et une bonne sieste qui nous mène vers 17h00, nous nous préparons à affronter les conditions extérieures hasardeuses pour monter à notre site d’activités volcaniques, par un chemin de montagne plutôt que par la piste du matin. Le vent est tombé, mais le plafond reste bas et instable. Le crachin est là. Les plus impatients partent devant. Un bon quart d’heure plus tard le reste de l’équipe les croisent en sens inverse. Il fait froid et ce n’est vraiment pas raisonnable pour la santé de Robin. Il y a du 4x4 dans l’air pour se rendre à destination … Avec les deux grands, nous montons entre les monts sur un chemin fait d’une sorte de boue un peu collante de différentes couleurs entre le bleu, le vert, le jaune et le gris suivant les terrains et l’origine volcanique. Nous terminons par la traversée de grands névés ou résidus de glacier sous une pluie froide. Ça a intérêt à valoir le coup d’œil, parce que deux heures de montée dans ces conditions n’est pas une sinécure … Pendant ce temps, l’équipe Grisemote-Robin, elle, attaque le trek N°7, dans des conditions pas faciles non plus. Magique ! Cette zone est un vrai régal pour les yeux et les narines. En arrivant, le ciel se dégage partiellement et une belle lumière modulée par les percées du soleil illumine en contrebas des zones aux couleurs vives que l’on entraperçoit entre les fumerolles blanches. Un petit ruisseau rose serpente en fond de vallée en perdant sa chaleur. Au niveau des crêtes, des cheminées sifflent, bloblotent, crachent, gargouillent. C’est une exposition à ciel ouvert sur ce qui se fait de mieux dans le genre « point chaud » … Une réussite. Nous faisons la jonction avec les deux fugitifs au niveau bas, près de la rivière et d’un bain chaud installé par notre loueur de bungalow : juste une retenue d’eau. Au moment où nous arrivons, un homme est en train de le vider et de creuser le fond qui se remplit régulièrement d’une sorte de boue glaiseuse. Avant de nous baigner, nous avons une demi-heure à perdre, ce qui n’est pas une galère dans un endroit aussi enchanteur. Ce petit coin d’enfer est un paradis pour les photographes notamment, avec un festival de couleurs réunies avec harmonie dès que le terrain « chauffe » ou dès qu’une source d’eau apparaît. Nous aurions aimé faire le trek N° 7 en entier (l’équipe arrivée en voiture l’a fait en grande partie), mais compte tenu de l’heure tardive de notre arrivée et du côté incertain du temps, nous explorons uniquement le secteur, remontant quand même jusqu’au glacier le plus proche. Comme nous n’avions pas prévu de baignade et que l’endroit est presque désert, nous la jouons à l’Islandaise et nous laissons détremper un bon moment dans cette eau chaude certes boueuse mais revigorante. Comme les autres fois, la sortie du bain ne nous transforme pas en glaçon tremblotant tant nous avons accumulé de chaleur. Ce site est un gros coup de cœur et un de nos préférés.

Nous quittons notre petit chalet le lendemain à regret et repartons faire une dernière visite à nos fumerolles avant d’affronter la piste vers Geysir. Les paysages sont larges, immenses, avec, où que porte le regard, des monts sombres auréolés de verdure. Passant près d’un glacier de taille plus que respectable entouré de pics inquiétants, nous ne pouvons résister à l’idée de sortir de notre piste pour en prendre une autre autrement moins carrossable, qui y mène. Même avec un 4x4, la négociation de chaque mètre est compliquée et nous finissons par faire demi-tour. Les pistes s’enchaînent, puis vient la route et le retour sur des lieux plus civilisés. Plus nous nous rapprochons de la côte, plus le ciel s’éclaircit. C’est donc sous des cieux lumineux et cléments que nous revisitons le point chaud de Geysir pour une deuxième chance de reprendre notre bulle annonciatrice du geyser.

Des hommes et des lieux



Une petite glace trempée dans du chocolat pour fêter notre retour au chaud et nous atteignons le fameux site de Thingvellir. Fameux pour qui ? Là est la question. C’est en ces lieux qu’à partir du Xème siècle les différents chefs de clans se réunirent et créèrent un parlement, l’Althing, le tout premier en Europe, pour gouverner le pays dans la paix (cela dura jusqu’auXVIIIème siècle). Se battre pour des rochers, des volcans et un peu d’herbe semble déraisonnable de toute façon, mais n’y en a-t-il pas qui se battent pour moins que cela, même encore de nos jours ? Donc, chapeau Messieurs les Islandais (car je doute quand même que les femmes aient eu leur mot à dire, au moins en public) pour cette belle leçon de démocratie en avance sur son temps. A la deuxième question qui brûle les lèvres - pourquoi là ? Et bien la réponse est toute simple : parce que le site est remarquable d’un point de vue géologique : il se trouve sur la dorsale océanique, dans une zone d’effondrement d’un terrain que l’on étire entre deux plaques, avec la faille qui passe en son milieu. Bref, c’est beau, cela impression et donne envie de rester humble lorsque l’on voit les forces colossales que peut déployer notre petite planète pour construire de nouvelles terres habitables. L’appellation de « fameux » en tout cas à un coût : le grand parking avant d’accéder au site est rempli de cars qui déversent leur quota de touristes cosmopolites dès leur arrivée. Idéal pour apprendre les langues mais pas simple pour les photos … Ceci dit, une fois éloignés du chemin « officiel » il y a moyen de goûter au moins partiellement au silence et à la quiétude du lieu. Avec le déclin de la lumière, nous repartons pour un très beau camping, celui de Fossatun, bien aménagé et qui surplombe un torrent photogénique : la Hvita. Nous sommes fin juillet et déjà nous ressentons la fin proche de la journée continue. Une fois n’est pas coutume, nous prenons notre temps le matin et profitons pleinement des installations du camping. Grosse machine à laver suivi du séchage. Parallèlement nous passons aux bains chauds dans de petites « piscines » synthétiques, suivi de la visite d’un parcours de trolls qui raconte une histoire bien triste d’un pauv’ papa troll emporté par la rivière. Ah, quelle imagination ces Islandais. L’hiver doit être bien long … Le tout se vit très bien, à commencer par le paysage. Il est temps de lever le camp pour la chasse aux macareux.



« Ce qui est rare se mérite » C’est certainement à partir d’un tel principe, qui ne vaut peut-être pas tripette, que des macareux ont, dans des temps très anciens, décidé de migrer à la pointe sud des fjords du nord-ouest, hors du commerce des hommes. « Ceux qui viendront là, seront cajolés comme des rois. Les autres paresseux, ne verront jamais que nos œufs ». Fort de ces paroles murmurées par le vent, nous partons d’un pneu sûr affronter les volcans, chemins chaotiques qui mènent au Nirvana, de ce beau volatile de tout premier choix. Pour y parvenir, la piste il faut aimer et les virages enchaîner, car la route est longue, près de la côte toute de dentelles découpée, sculptée par l’échancrure des fjords. En arrivant sur la mer nous découvrons mille et une îles, comme si le bout de la terre s’était cassé en petits morceaux. Ça monte, ça descend, ça tourne. Tantôt le ciel est partiellement dégagé, tantôt le brouillard estompe la visibilité. Pour qui aime la diversité, c’est une bonne route, pas vraiment reposante, mais agréable et pleine de surprise, sans atteindre non plus des sommets dans l’art paysagé. Un cargo sur le sable rouille tranquillement. Un musée sur le bord de la route est signalé par un drakkar. Tout cela a un petit caractère assez insolite qui va bien avec cette piste hors norme. Le camping est atteint tard le soir, vers 23h00 après avoir traversés une zone de brouillard dense. Nous sommes loin du premier village et pourtant le camping est bien fréquenté, preuve s’il en fallait que ce que nous devons voir le lendemain doit être intéressant. Le camping est bien aménagé et nous mangeons à l’intérieur du grand bâtiment de l’accueil visiblement conçu pour affronter les rigueurs de l’hiver et les caprices de l’été.



Un ciel voilé et une température de l’ordre de 10° nous accompagne au matin lorsque nous parcourons la plage de sable jaune, une curiosité ici ! Avec une petite vingtaine de degrés de plus nous nous serions presque baignés car le sable est agréable et les vagues de belle taille. Il faut ensuite moins d’une demie heure pour atteindre The site de Latrabjarg, en longeant des falaises, tout au bout de la route.



Côté falaise ici on est servi. Au niveau du parking elles sont au point le plus bas puis elles ne cessent de monter pour atteindre plusieurs centaines de mètres. Lorsque nous, humains, voyons la falaise comme une belle rupture de pente qui nous fait frissonner lorsque l’on s’approche de trop près, les oiseaux y voient une cité HLM avec tout le confort sur le palier et le supermarché juste en-dessous. Chaque famille se trouve une anfractuosité dans le rocher pour aménager son appartement. Côté sanitaire, cela reste limite salubre mais au global, la roche noire de la falaise est avantageusement décorée de tags blancs. Ça, c’est pour le décor, mais va-t-on enfin voir ces bon sang de macareux de près et justifier ainsi d’avoir fait tant de route ?



Au début, nous nous approchons à tâtons, à deux mètres de notre première proie. Poli, le petit gars s’était apprêté de son costume noir à chemise blanche et chaussures rouges pour nous recevoir. Comme notre présence ne semble pas le perturber, nous tentons le mètre. A cinquante centimètres il commence à reculer et à se méfier. Au plus près, nous avons dû pouvoir en approcher à moins de vingt centimètres pour les moins farouches. Cela dépasse nos espérances, nous, communs des mortels, mais également ceux de Grisemote qui attendait de cela quelque chose d’exceptionnel. Nous passons sur les falaises plusieurs heures à prendre en photo tout ce qui vole, qui atterrit ou qui décolle, sous toutes les coutures et toutes les lumières. Le soleil fini par être de la partie et nous terminons en tee-shirt. Très belle matinée. Comme il n’y a qu’une seule route pour venir, on se doute que le retour se fait sur le même parcours qui semble quand même un peu plus long qu’à l’aller. Nous optons pour un camping improvisé à la sortie de la presqu’île, le dernier du voyage. Nous goûtons une dernière fois une pelouse tendre et moelleuse qui a généralement caractérisée les campings du bord de mer. Petit night soccer sous une lumière à la limite de la nuit avant de plonger dans nos duvets …



Au petit matin, la première mission est le pliage complet et définitif de la tente – et oui, déjà. Notre crainte était qu’il pleuve, ce qui aurait eu pour conséquence de devoir la faire sécher avant le départ en avion pour ne pas alourdir notre plus gros bagage. Le soleil vient gentiment évaporer l’humidité résiduelle de la « nuit » pendant le petit déjeuner ce qui rend cette opération aussi simple que d’habitude. Nous passons à la ferme voisine avant de partir pour régler la note du camping. La confiance et le respect des installations même sans la « supervision » d’un accueil est vraiment quelque chose de formidable dans ce pays. Bien sûr ici les conditions sont certainement plus difficiles qu’ailleurs et la population n’est pas nombreuse, mais ce mode de fonctionnement est vraiment reposant et retire une pression permanente qui plane chez nous au-dessus de nos têtes dès que l’on est dans un espace public. Nous avions déjà trouvé cette confiance en Finlande et en Norvège où des personnes pouvaient laisser leur sac à dos à la gare le matin pour visiter la ville et le retrouver le soir … ça fait rêver (mais cela a peut être changé car c’était en 91).

La journée est consacrée à la visite de la péninsule de Snaefellsnes, dans sa partie nord, avec ses différents « spots », sur un parcours bien étudié par Grisemote. Nous commençons par la montée d’une curiosité locale, le mont Helgafell , près de Stykkisholmur. Ce petit monticule doit être gravi sans mot dire et trois vœux peuvent être faits au sommet en regardant vers l’est pour qu’ils se réalisent. « Trop Facile !» Mais il y a des pièges que nous ne soupçonnions pas. Pour commencer, le mutisme est une épreuve pour certains dont la langue ne connait le repos que la nuit. Sur le chemin, nous croisons des personnes qui devaient certainement être chargées de mettre à l’épreuve le touriste trop confiant. Ils nous saluent très gentiment et essayent d’engager la conversation. Heureusement nous ne nous laissons pas distraire. Nous hochons la tête puis continuons un peu gêné notre chemin, au risque de passer pour un groupe de demeurés ou de mal polis si ce sont de vrais touristes, mais peu de chance. Troisième difficulté, regarder vers l’est .Chez nous, c’est simple. L’est c’est là où se lève le soleil. Oui, mais ici le soleil se lève et se couche au nord et fait presque un tour complet la journée. Nous estimons la bonne direction avant de prononcer notre vœu. En tout cas, je peux témoigner que pour un petit vœu, ça marche … j’ai eu ma glace.

Ensuite, vient la visite d’une petite ville (ou d’un grand village), Stykkisholmur, avec ses maisons colorées, son petit port aux eaux propres, son phare rouge qui est un appel aux photos (à tel point qu’il faut attendre longtemps pour pouvoir en griller une sans personne) et sa belle église moderne qui tranche une nouvelle fois radicalement avec les clochers standard.



Petit passage par les ports de Grundafjördur et Olafsvik, puis nous enchaînons par un arrêt à la plage de Skardsvik. Ses gros galets sombres tous ronds et ses criques à croquer de basalte sculpté en font un endroit qui serait un must dans un pays chaud. L’avantage, c’est qu’ici il n’est pas nécessaire d’enjamber les serviettes pour visiter, car à part une baigneuse à sang froid qui doit être croisée avec un poisson, ce n’est pas le rush.

L’étape d’après est une nouvelle visite de falaises truffées d’oiseaux piailleurs, cris caractéristiques que nous commençons à bien connaitre, près d’un très beau phare (Svörtuloft). A cet endroit la falaise est découpée en arches généreusement décorées à coup de pinceau de croupion de volatiles. Toute cette agitation aéronautique reste quand même captivante et nous restons encore un bon moment à regarder les allées et venues des macareux, sternes et autres mouettes qui animent l’endroit. Le cadre tout au long de cette péninsule est magnifique avec ses monts volcaniques aux couleurs souvent inhabituelles. Nous contournons la pointe et partons rejoindre une magnifique plage de petits galets ronds tous mignons qui roulent sous nos pieds (Dritvik) blottie entre les falaises. Sur le parcours pour y accéder, les restes d’un bateau métallique jonchent le sol. Vu l’état des tôles et l’éloignement de l’eau, cela donne une idée de la violence de la mer en ces lieux lors des tempêtes. L’anse ainsi formée par la plage est vraiment de toute beauté, avec ses grosses vagues qui se fracassent presque à nos pieds, sa petite brume d’embruns et ses falaises basaltiques découpées qui viennent mourir dans l’eau. Le coin idéal pour les doux rêveurs, les photographes ou les penseurs. Comment juger de la force des mousses au temps des bateaux à voiles qui faisaient le commerce du sel et abordaient la côte non loin de cette plage ? En soulevant de gros galets calibrés. Ce sont ces galets que nous pouvons voir sur le chemin d’accès. Nos enfants n’en soulèveront pas un !

Nous finissons notre périple du jour en arrivant à Arnarstapi, au camping où nous avons retenu une chambre d’hôte. Plutôt pas donné et très moyennement rendu : la chambre est ridiculement petite pour cinq. Une petite table commune à l’extérieur pour manger, destinée à une trentaine de personnes, rien pour faire la vaisselle et deux salles de bains toujours habitées constitueront le confort très relatif du lieu. Bref, pour une fois, une grosse déception. Le peu d’aménagements à disposition pour les repas cacherait il le souhait de nous voir nous attabler au restau tenu par les tenanciers ? Tout n’est pas négatif cependant, les falaises environnantes sont un véritable trésor, protégées par des gardiens des airs, les sternes, qui nous attaquent dès que l’on quitte la route. Un bâton est fortement recommandé.

Avant dernière journée. Le programme est simple : un petit peu de falaise pour le petit déjeuner et comme plat de résistance le retour à Reykjavik et sa visite. Toujours sous une belle lumière entrecoupée de zones cotonneuses nous arpentons les falaises de Hellnar, joyeusement garnies d’oiseaux en tous genres. Ce qui caractérise le plus ce lieu c’est le découpage de celles-ci en arches complexes ou cavités qui forment des dortoirs, cuisines et salles à manger pour cette population décidemment très bruyante. Si ailleurs il convient de faire gaffe au gorille, ici gare aux sternes qui occupent une bonne partie de nos pensées. Sans être Hitchcockien, il y a quand même de quoi être un peu inquiet. Le retour à la capitale se déroule sans problème, avec un premier arrêt à l’église toute noire de Budir, puis un second à la plage de Ytri-Tunga où nous espérons voir des phoques. « Grommel, grommel » entend-on bougonner ceux qui n’attendent que de revoir la ville. « Que vient -on faire sur cette plage paumée ? ». Pas si paumée que cela en fait, car l’œil de lynx de Grisemote, qui décidemment ne laisse rien passer, débusquera de gros fainéants de mammifères marins en train de bronzer au loin entre des troncs échoués. Si de loin on peut ne pas les voir, de près, il n’y a aucun risque de ne pas les sentir.



La circulation dans la capitale n’est pas fluide sans être vraiment gênante et comme dans toute grande ville qui se respecte, se garer reste une épreuve. Nous débarquons à Baldursbra notre gîte, tenu par des français. Très serviables, ils nous aident à contacter notre loueur pour « discuter » des quelques dégâts de notre premier gué. Celui-ci se déplace et inspecte la voiture. Verdict : le marchepied était déjà abimé, il l’est un peu plus. Idem pour le pare-chocs. Rien donc ne nous sera retenu au final. Ouf ! Il faut dire aussi que cette voiture, pourtant en très bon état, a dépassé les 100 000 kms. Disons qu’elle est amortie. Pour finir, la voiture doit être rendue au parking de l’aéroport, le lendemain, en laissant les clés dans la boîte à gants (donc non verrouillée). Confiance, vous avez dit confiance ! Nous prenons possession des locaux qui nous sont affectés, ou plutôt devrais-je dire de notre appartement car il est constitué d’une belle chambre, une salle à manger / chambre, d’une cuisine aménagée et garnie pour le petit déjeuner et d’une salle de bain. Le grand luxe et rien à voir avec le gourbi ridicule de la veille. Il est situé à quelques centaines de mètres de la guesthouse principale et pas loin des rues commerçantes. Très bien ! Pour fêter ces bonnes nouvelles, nous enchaînons par le traditionnel shopping de fin de séjour avec l’achat de pulls islandais (dont on n’a jamais douté qu’ils viendraient compléter notre panoplie de bagages). Visite au gré de notre inspiration dans les rues du centre, bien agréables. Ce ne sont pas les monuments ni l’architecture qui retiendra notre attention car en la matière rien de grandiose n’est à signaler, mais l’ambiance générale bon enfant. Comme il se doit, nous cherchons dans la soirée un restaurant. Dès que l’on parle d’autre chose que de pizza, chinois ou fast food, les prix grimpent vite et haut. Nous nous rabattons donc vers … une pizzeria que nous regretterons amèrement à deux titre : le lieu et le contenu de l’assiette étaient vraiment quelconques, le plus costaud d’entre nous a été complètement rétamé par une grosse intoxication alimentaire toute la nuit … grrrr (heureusement qu’à cet effet nous avons eu la chance de bénéficier d’un appartement pour nous tous seuls, car la nuit fut vraiment difficile !) Tiens, en parlant de la nuit, c’est la première que nous voyons depuis notre arrivée. La saison des grands soirs est quand même courte et la décroissance des heures de jour semble déjà assez importante début août.

Dernière journée. Réveil paresseux. Grisaille. Nous nous activons pour tout replier, ranger et caser en espérant que nous restions dans l’épure des cent kilos autorisés. Côté cailloux, notre stock est, comme d’habitude, assez important. Heureusement, il y a beaucoup de pierres ponce pour lesquelles on se demande si elles ne sont pas gonflées à l’hélium tant elles sont légères... Comme au premier jour, le coffre est désorganisé par tous ces nouveaux formats de bagage mais cela tient. Petit saut à Hallgrimskirkja, église modernissime juste à côté de la guesthouse, suivi d’une escapade hors de la ville pour monter en haut du réservoir géothermique « le Perlan » pour sa vue sur la capitale. Nous sortons à nouveau de la zone urbaine pour voir nos dernières manifestations volcaniques sur la péninsule de Reykjanes.



La piste est roulante, sombre et nous procure nos dernières sensations d’explorateurs de terrains hostiles. Nous nous arrêtons au milieu d’une zone de séchage de poissons (probablement de la morue). Warfff, ça fouette les narines ce petit air marin. L’accessoire vital indispensable est ici la pince à linge. Seule Grisemote brave ce danger olfactif pour prendre quelques clichés. Le point chaud de destination, les solfatares de Seltun, est intéressant avec ses multiples bassins ronds d’acide sulfurique qui produisent des boues grises blobloteuses et ses zones de fumerolles odorantes qu’il faut traverser en courant pour ne pas prendre les couleurs vives locales avant de virer au vert . Rien de neuf par rapport à ce que nous avons déjà vu, mais c’est bien fait, accessible et de bon goût (au moins au nôtre). La fin de cette visite déclenche une certaine effervescence au niveau de la banquette arrière de la voiture : Nous nous dirigeons vers THE grande piscine de l’île : Le blue Lagoon. Avant de l’atteindre, il nous reste quelques étapes : - Le lac Graenvatn. Même avec cette lumière tamisée triste, on ne peut pas manquer cette eau bleue azur qui donnerait envie de nager … en combinaison de plongée. - La visite d’une église ancestrale : Krisuvikurkirkja. Bigre, nous avons beau chercher, à l’endroit prévu il n’y a que l’herbe qui verdoie. Aurait-elle brûlé ? De toute façon, avec un nom comme celui-là, elle était mal partie. Le centre aquatique est situé au beau milieu d’une ancienne coulée de lave. La pierre d’un noir profond contraste singulièrement avec la couleur bleue lagon des bassins en partie provoquée par les dépôts « blancs » charriés par l’eau chaude naturelle en provenance du sous-sol (surplus de captage de la centrale géothermique). C’est beau, c’est chaud, large et très bien aménagé avec ses grands bassins lumineux, ses grands pots de « crème » blanche (dépôtsriches en sels et en silice) qui a priori serait excellent pour la peau et les cheveux. Nous en abusons. Quelques activités annexes sont proposées : massage tonique par des cascades chaudes, sauna, hammam. Bref, un long et doux moment où nous sortons totalement détrempés et sereins pour affronter notre dernière épreuve : l’embarquement à l’aéroport. Il pleut. Sur le chemin final, ayant un peu d’avance, nous décidons malgré le mauvais temps de faire un saut aux falaises de Reykjanesta et à leur phare, en empruntant une piste chaotique. Au milieu du brouillard et des nuages bas nous peinons à distinguer quoi que soit. Les Dieux d’Islande font en cela un dernier petit geste pour que nous partions le cœur léger après tout ce beau temps accumulé. Par Thon.

Après le plein de la voiture à la station essence située à quelques kilomètres de l’aéroport, nous déposons notre 4x4 avec un brin de nostalgie au parking final en suivant les consignes qui nous avaient été données. A notre grande surprise, la pesée des bagages fut une formalité. Chaque bagage a été enregistré mais nous n’avons pas eu l’impression que le poids total ait été calculé. Mince, nous aurions pu en mettre plus dans nos bagages en soute et ressembler moins à des bibendums … L’aéroport est bien aménagé pour la longue nuit d’hiver et a reçu un prix européen pour cela. Malheureusement nous n’aurons pas le temps d’en profiter. Au décollage, nous traversons rapidement le plafond nuageux qui empêchera définitivement de voir nos dernières fumerolles, déjà presque plongées dans l’obscurité. Quelques lueurs rouges rappellent qu’ici, il y a peu, le jour régnait en maître absolu. Puis la nuit s’étend, plus profonde à mesure que nous allons vers le sud.

Epilogue : Même si cela fait plaisir de redormir dans un lit, après trois semaines sur un tapis de sol, le gros matelas fait mal au dos. Côté temps, le mois d’août en France fut triste et froid, à peine plus chaud que ce que nous avons connu dans le nord. La vision des grands espaces vides où on respire à pleins poumons, les monts que l’on gravit en écoutant les histoires ou les délires d’imagination des uns et des autres, le froid qui vous fait pester et le chaud que l’on apprécie d’autant plus qu’il n’est pas assuré de durer, les « night soccer » à minuit en pleine lumière, les bains naturels qui vous transforment en accumulateur à chaleur, les prairies vertes et moutonneuses et les sols lunaires de cendre noire, tout ceci fait de cette terre un endroit unique, attachant, vraiment dépaysant qui ne ressemble à rien que nous ayons connu auparavant. Sceptiques en tout genre comme je pouvais l’être en partant, si vous aimez ce sentiment de liberté d’un monde en pleine construction, alors n’hésitez pas, cette terre de feu et de glace est faite pour vous. Comme d’habitude, Grisemote, durant les longues semaines qui ont précédées le voyage, a lu les multiples carnets de voyages de nos prédécesseurs, des livres, des documentaires et autres conseils pour nous concocter un cocktail équilibré entre les bords de mer souvent ensoleillés et les incursions pimentées du centre de l’île. Merci à tous ceux qui l’ont inspirée. Merci Grisemote pour toutes ces heures passées à la construction méticuleuse de cette belle aventure qui une fois de plus nous a permis de vivre de grands moments en famille et nous a transporté dans un autre univers. Voyager construit un trésor intérieur. Grâce à l’Islande, cette année encore nous sommes plus riches … Gilles - Dimanche 12 décembre 00h42

Données pratiques: à lire sur le site http://sites.google.com/...es/donnees-pratiques

Estimation de budget mensuel de voyage en Amérique du Sud English translation pending
by Remalix · 2006-12-31 · 36 replies
Chers voyageuriens, chères voyageuriennes 😉 Notre vieux rêve va prendre forme bientôt...nous partons à 3 (petit bout a 6 ans), en cellule amovible sur 4x4. Destination Argentine, Chili, Bolivie, Pérou et Equateur pour une période de 1 an à 1 an et demi. Nous souhaitons connaître l'avis de ceux qui ont réalisé ce genre de voyage... Nous estimons ( hors investissement de départ ), un budget de base d'environ 700 euros par mois pendant le voyage. Le budget de base incluant : alimentation, gasoil et petites dépenses quotidiennes (entrées, communication...) Nous serons en autonomie totale la plupart du temps. Cette estimation vous semble t-elle irréaliste ? Merci à vous et BONNE ANNEE DE VOYAGE !😛 remalix

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