| 40 ans de randonnées: quelques expériences marquantes Willemspie · 19 avril 2020 à 18:58 · 4 photos 28 messages · 10 participants · 3 359 affichages | | | | 19 avril 2020 à 18:58 · Modifié le 19 avr. 2020 à 19:36 40 ans de randonnées: quelques expériences marquantes Message 1 de 28 · Page 1 de 2 · 2 836 affichages · Partager La plus haute altitude: Mont Kanamo, Inde, 2011
24/9/2011 Je me trouve à Kibber, au Spiti, 4270 mètres. Je randonne déjà au Ladakh, puis au Spiti depuis un mois. Je suis complètement accoutumé à la haute altitude. Il fait très beau, pas trop froid, j'ai passé la nuit dans une guest house à Kibber, un village authentique dans un cirque plutôt sec, brun. Après le petit déjeuner chapatis omelette, je pars à 8 heures. En fait, je projette une traversée vers les villages de Langza et Komik mais je ne possède pas de carte détaillée. Je coupe dans les champs déjà récoltés, en cote, pour rejoindre la mauvaise piste vers le hameau de Gete, quelques maisons éparpillées, je vois un groupe de bharals (aussi appelés moutons bleus, abondants dans l'Himalaya indien), je me détourne au sommet des falaises pour la vue sur la vallée principale et le monastère de Kyi juste en contrebas. Je reprends la piste qui tourne vers un petit col puis redescend un peu vers un autre hameau en contrebas, mais je prends à gauche sur une piste en construction, plus tard je rencontre 6 ouvriers, ils ne se fatiguent pas trop. Vers le Sud, juste en face, je vois les vastes alpages de Langza... pas loin, mais au milieu il y a la profonde entaille des gorges de la Shila. 3 heures 30 de marche déjà, je monte sur une petite butte pour voir l'itinéraire mais non, les gorges sont infranchissables ici, et en amont aussi. J'en profite pour manger le casse croute, pain confiture. Je ne regrette pas, très beau panorama avec le Chau Chau Kang Nilda, 6300 mètres, je décide de continuer un circuit pour revenir à Kibber par un col sur la crête plus à l'Est. La piste se termine, à un campement d'été avec des canaux d'irrigation, déserté fin septembre. Un sentier maintenant monte franchement vers le col, je suis en forme. En arrivant à un petit replat, je tombe sur 3 loups, pour le première fois dans l'Himalaya, je n'en ai vu que dans le parc national Denali en Alaska ! Ils sont aussi surpris que moi et ils s'enfuient. J'atteins le col à 4800 ou 4900 mètres et là, le mont Kanamo, 5975 mètres est proche, semble facile, c'est trop tentant. Je fais face quand même à une difficulté, le manque d'eau. Je dois trouver un camp qui en dispose sans trop redescendre. Je longe plus ou moins la crête vers l'Est vers un deuxième col, puis dans les éboulis vers un troisième col. Enfin la chance me souris, je vois un ruisseau plus bas dans la petite vallée vers le Sud. C'est un excellent camp, même un peu d'herbe, les yaks broutent ici en été. Le temps devient froid et nuageux, je mets mes vêtements chauds. Je cuisine du spaghetti au fromage sous le double toit, je lis un peu, avant 7 heures je suis couché.
25/9 Je ne dors pas très bien, j'ai plutôt trop chaud dans le sac de couchage. Lever à 5 heures 50. La tente est couverte de givre, il y a de la glace dans les gourdes mais le ruisseau coule. Pain confiture et grande tasse de Nescafe. Je pars à 6 heures 45, 35 minutes au col et je cache le gros de mes affaires sous des pierres. Je monte des éboulis raides sur une vague trace en 45 minutes jusqu'à une crête plus facile. Je me sens très bien, l'altitude ne me gêne pas. Je ne fais aucun arrêt. Je monte dans des éboulis très raides, mais stables, sur un épaulement, un peu de neige sur le haut, sans difficultes. En 2 heures 15 depuis le col, je rejoins l'extrémité de l'arrête sommitale du mont Kanamo, à environ 5900 mètres, avec un cairn et des drapeaux à prière, j'ai battu mon record d'altitude. J'ai bien mérité quelques biscuits. Mais le vrai sommet reste inaccessible pour moi, il faut longer la crête étroite et glacée, des crampons seraient nécessaires. En plus, un vent glacé souffle très fort, je ne peux pas rester. Je profite juste un peu de la vue des sommets dechiquetes et du glacier à l'arrière, avec une corniche. La descente ne présente aucune difficulté, même hors sentier, je passe par un petit lac bleu, je ne rencontre personne avant Kibber, bien un renard. Je peux me reposer au Norling Homestay, pas d'eau chaude mais à part cela confortable. Je reçois du the avec des biscuits, et le soir un dal bhat abondant. Je sors un peu dans le village, il semble n'y avoir qu'un seul autre touriste
26/9 À 8 heures 30 je prends le bus local pour Kaza.
A SUIVRE Prochain épisode: mon plus haut camp, au Pakistan. Merci de m'avoir lu. | | | À: Willemspie · 19 avril 2020 à 21:06 Re: 40 ans de randonnées: quelques expériences marquantes Message 2 de 28 · Page 1 de 2 · 2 809 affichages · Partager Je te suis... avec une bonne distance. 
Fabrice | | | À: Willemspie · 19 avril 2020 à 21:35 Re: 40 ans de randonnées: quelques expériences marquantes Message 3 de 28 · Page 1 de 2 · 2 804 affichages · Partager Merci à toi Pierre! | | | À: Willemspie · 20 avril 2020 à 9:24 Re: 40 ans de randonnées: quelques expériences marquantes Message 4 de 28 · Page 1 de 2 · 2 767 affichages · Partager Hello Pierre, Je te suis, avec ravissement et admiration. De plus, ta prose est sobre et ciselée. | | | À: Willemspie · 20 avril 2020 à 10:46 Re: 40 ans de randonnées: quelques expériences marquantes Message 5 de 28 · Page 1 de 2 · 2 753 affichages · Partager Splendide description de ta marche sur les hauteurs de Kibber. C'est vrai que d'aller de Kibber jusqu'à Dhankar c'était très compliqué et, hélas, impossible aujourd'hui à cause du tremblement de terre. Image attachée: | | | À: Willemspie · 20 avril 2020 à 11:01 Re: 40 ans de randonnées: quelques expériences marquantes Message 6 de 28 · Page 1 de 2 · 2 748 affichages · Partager Bonjour et merci de ces quelques images en mots....
Ça donne envie de faire la même chose ! J’y réfléchis... ça ne sera pas 40ans mais bon, j’étais au laddak en 1987 !
Amicalement Dominique | | | À: Willemspie · 20 avril 2020 à 19:20 · Modifié le 20 avr. 2020 à 20:51 Re: 40 ans de randonnées: quelques expériences marquantes Message 7 de 28 · Page 1 de 2 · 2 676 affichages · Partager Le camp le plus haut: Ali Camp (col de Gondoghoro), Pakistan, 2006
Je prends surtout ce prétexte pour parler du trek du K2. Le 2ü juillet, nous avons quitté Askole à pied: 2 'clients', Ana, une Portugaise et moi, le guide Dosdar Ali, le cuisinier Nyat Shah et 11 porteurs. Ana travaille comme traductrice et parle parfaitement le Français, nous nous entendrons très bien. Ce trek remonte un glacier à partir du troisième jour, on ne rencontre ni village ni habitants, la région est contrôlée par l'armée car la ligne de front avec l' Inde se situe tout près, au glacier de Siachen. Le deuxième jour j'ai été victime d'une intoxication alimentaire après avoir bu un thé. La forme est revenue ensuite, après un jour de repos complet. Nyat Shah prépare des repas succulents, même un dessert le soir. Je n'ai pas l'habitude du confort des treks organisés, mais pour celui-ci c'est obligatoire. Les tours rocheuses des deux côtés de la vallée forment un paysage impressionnant. On peut voir le Gasherbrum, le Broad Peak, le Masherbrum puis enfin le K2 quand nous arrivons au camp de Concordia à la jonction des glaciers le sixième jour. Nous ne gardons plus que 5 porteurs pour la suite. Le lendemain, je monte avec un porteur au camp de base du K2, ou plutôt nous fonçons. Ana et Dosdar s'arrêtent à mi chemin au camp de base du Broad Peak, ou nous sommes invités pour le lunch par une expédition espagnole. Un alpiniste autrichien est mort la nuit même dans un bivouac à 8000 mètres.
10/7 Après un jour de repos, nous prenons le chemin du retour par le col de Gondoghoro. Le temps reste parfait, froid au petit matin et ensuite chaud au soleil. Nous traversons un ou deux vallons à la surface du glacier, puis nous remontons dans de la pierraille facile. Je dois tout le temps attendre Ana et Dosdar qui marchent lentement. Après nous atteignons un glacier blanc, en faux plat et uniforme, une véritable autoroute de glace, très facile. Avec le soleil, il fond en surface. A notre arrière, le K2, tout autour des versants blancs. Nous nous arrêtons pour un déjeuner de pates, nous sommes rejoints par d'autres groupes. A 12 heures 30 il faut un peu slalomer entre les crevasses pour rejoindre Ali Camp sur des rochers au pied des montagnes. La vue inclut les Gasherbrum 2, 3 et 4. Repos ! Rapha, un alpiniste espagnol qui a gravi le Broad Peak, se joint à notre équipe parce qu'il doit rentrer chez lui rapidement. Nous discutons, Ana et moi essayons aussi les crampons en prévision du lendemain. Malheureusement une pénible, longue discussion financière surgit à propos de Rapha sur le 'péage' du col à la Hushe Rescue Team qui installe et entretient les cordes fixes, Rasha fait-il partie de notre groupe ou doit-il payer séparément ? Encore un bon repas, couché de suite mais dormi une heure seulement parce que...
11/7 on me réveille à minuit vingt ! On part déjà, pour éviter les chutes de pierre dans la descente du col. Nous recevons du porridge, du café, je fais mon sac (je porte toutes mes propres affaires) et à 1 heures, nous partons, 14 touristes au total de trois groupes et tous les porteurs. Sur les rochers au bord du glacier, il fait encore assez chaud. Les porteurs prennent les devants, puis Rapha et moi et puis les autres. Le clair de lune suffit presque, mais ensuite la lune est cachée par les montagnes, Rapha me prête une meilleure frontale mais quand on arrive sur le glacier, c'est moi qui lui prête un vêtement chaud car ici, il fait très froid. Il faut traverser la partie plate du glacier, puis la seule vraie montée vers le col. La pente s'accentue avec des cordes fixes, je décide de mettre les crampons. On passe 2 ou 3 crevasses et une zone d'avalanches, mais en gros ce n'est pas difficile. Rapha a décroché et je me trouve seul au sommet du col de Gondoghoro à 5600 mètres. C'est l'aube, le soleil n'est pas encore levé, on voit aussi Hidden Peak d'ici. Je n'attends pas très longtemps pour les autres. Reste la partie la plus difficile du trek: le début de la descente sur un terrain pourri d'éboulis instables, neige et glace, très raides. Je passe le premier, je m'accroche à la corde fixe, des marches ont aussi été taillées. Ana n'a jamais chaussé ses crampons. Cela ne dure pas trop longtemps, ensuite je descends un sentier toujours raide, désagréable et long dans des eboulis, heureusement la vue vers le bas vaut le coup, je continue seul maintenant. Enfin j'atteins le terrain facile sur la moraine latérale au bord du glacier, je trace et à 8 heures 15, j'arrive au camping vert, avec un ruisseau, de Hubsang, plein de fleurs, edelweiss, asters... Oui, j'étais déjà venu ici seul, en trek, depuis Hushe, en 1994.
A suivre: le trek le plus fou, Lupgar Pir, au cours du même voyage au Pakistan | | | À: Willemspie · 21 avril 2020 à 11:23 Re: 40 ans de randonnées: quelques expériences marquantes Message 8 de 28 · Page 1 de 2 · 2 636 affichages · Partager Bonjour Pierre, C'est bien triste qu'il n'y a pas de photo, vu que beaucoup d'entre nous n'ont jamais été au Pakistan. Mais j'ai quand même une question : par où es tu rentré dans ce pays ? Islamabad, Karachi ou simplement par la seule frontière avec l' Inde qui était encore ouverte pour les foreigners ! Merci à toi Serge | | | À: Holidaytrip · 21 avril 2020 à 12:28 Re: 40 ans de randonnées: quelques expériences marquantes Message 9 de 28 · Page 1 de 2 · 2 631 affichages · Partager En 2006, j'ai traversé la frontière indienne entre Amritsar et Lahore. Dans les années 1990 je suis allé en avion au Pakistan avec un changement a Karachi, ou je me suis arrête une fois. J'écrirai peut-être sur un trek de ces voyages. Les photos seraient seulement sur mes voyages plus récents. J'ai déjà posté quelques photos sur VF, par exemple dans cette discussion sur les treks au Chili voyageforum.com/...ring=Chili%20central . | | | À: Willemspie · 24 avril 2020 à 10:08 · Modifié le 24 avr. 2020 à 10:24 Re: 40 ans de randonnées: quelques expériences marquantes Message 10 de 28 · Page 1 de 2 · 2 543 affichages · Partager Le trek le plus fou: Lupgar Pir, Pakistan, 2006
Mon voyage au Pakistan continue après le trek du K2, en indépendant. Je visite pour la première fois la vallée reculée de Chapursan, a la frontière de la Chine et du corridor de Wakhan en Afghanistan.
18/7 J'arrive à la Pamir Serai GH au village de Zood Khun, dans les champs d'une large vallee, par une jeep publique bondée depuis Sost. Je suis accompagne par Marshall, un jeune américain rencontré sur Thorntree, le forum en Anglais de Lonely Planet. Alam Jan est absent mais the et biscuits, puis mouton, riz et légumes nous sont servis par sa femme, ce qui sort de l'ordinaire au Pakistan. Chapursan est habite par les ismailis peut-être les plus libéraux au Pakistan quant à la place des femmes que l'on voit non voilées à l'extérieur.
19/7 Pas un temps très agréable, ici à 3600 mètres, couvert et vent violent du Nord Ouest. Du coup nous faisons la grasse matinée puis décidons de rester ici pour la journée. Des visiteurs précédents ont décrit leurs pérégrinations dans un livre d'hôtes, et la bibliothèque inclut même un ou deux livres en Français. Il y a aussi un chat. A 11 heures, je sors dans les environs, maisons isolées, champs de pommes de terre et céréales, arbustes, sources. 2 autres jeunes arrivent à pied le soir du haut de la vallée.
20/7 Et ils me réveillent avant 5 heures pour prendre la jeep publique. Toujours un peu couvert mais pas de vent, nous partons après le petit déjeuner vers 8 heures 30, sur la piste puis dans une forêt et une zone d'etangs. Puis nous franchissent un pont pour un sentier de bergers qui monte et descend un peu à flanc de cote sur le versant Nord, avec des passages très étroits dans des éboulis raides. Marshall a cessé de me suivre, il devient vite clair qu'il n'a pas du tout mon niveau question randonnée, je l'attends très longtemps mais ensuite je continue seul.. Picnic dans l'herbe, pain et fromage, le temps est passé au très beau. La vallée s'élargit et je termine par une heure de marche facile au tombeau de Baba Ghundi, un lieu de pèlerinage local populaire. D'ailleurs, un groupe de pèlerins sacrifie une chèvre. Nous restons à cote dans une petite GH tenue par un vieux monsieur, Haji Mohammed, au milieu des alpages et des moutons. Beau coucher de soleil et il faut attendre 20 heures pour le diner de riz et légumes dans la cuisine plutôt sale, pas d'électricité ici.
21/7 Je n'ai pas très bien dormi, le matelas n'est pas très epais. Je manque d'énergie et je remets la suite du trek à demain. J'observe la vie locale depuis le pas de la porte, le temps est en partie ensoleillé, il y a beaucoup d'enfants, certains habitants ici sont blonds. Une caravane de yaks arrive depuis l'Afghanistan. L'après midi je marche une heure dans la vallée plate vers l'amont avec une vue partielle des sommets. Deux autres touristes arrivent avec un guide, mais ils campent. Le soir, je vois une étoile filante !
22/7 Je me lance dans le trek aventureux de Lupgar Pir qui est décrit en détail dans le remarquable guide Lonely Planet 'Trekking in the Karakoram and Hindu Kush ', Marshall a renoncé.
A suivre. | | | À: Willemspie · 24 avril 2020 à 14:46 · Modifié le 24 avr. 2020 à 16:32 Re: 40 ans de randonnées: quelques expériences marquantes Message 11 de 28 · Page 1 de 2 · 2 521 affichages · Partager J'en arrive aux 3 journées folles du trek.
Je descends le long de la piste avec mon sac de 20 kilos pendant 2 heures 30 vers Yashkuk, mais la pas de pont, la piste est coupée par le gros torrent émanant du glacier de Yashkuk Yaz, la passerelle pour piétons est située plusieurs kilomètres en aval. Je tente le gué, pour le premier bras cela passe mais sur le bras principal je me fais renverser et maintenant je dois lutter pour ne pas me noyer, surtout à cause du sac au dos ! Bon, je réussis à revenir en arrière. Je suis trempé, heureusement le soleil tape, je vais sécher mes affaires et je mange mon picnic. Je dois le résoudre à traverser le glacier, cela ne présente pas de danger ni de difficulté, mais je suis parti pour une heure 30 de détour épuisant: montée raide sur le flanc droit, traversée tout en petites montées et descentes sur des pierres instables et de descente vers le pont en béton du torrent suivant, Wyeen, dont je remonte la vallée sur un sentier raide. J'arrive à un replat, Raud, eh oui ici il faut aussi traverser le torrent à gué. Bien que cela me semble faisable, après mon expérience du matin, je préfère traverser le glacier, après une courte montée raide, ce n'est ni long ni difficile cette fois. J'arrive au village d'été des bergers de Kikkezherav, je reçois un accueil sympathique, un jeune parle un peu Anglais, mais je suis totalement épuisé, je ne peux pas envisager une soirée sociale, je continue dans la vallée d'ablation en pente douce jusqu'ou je peux camper en solitaire (à part les chèvres). Je plante la tente dans la poussière, je dois aller chercher l'eau à la surface du glacier. J'utilise le rechaud MSR au kérosène pour la première fois du voyage, ouf cela marche directement pour un sachet de pâtes avec sauce en poudre. Je lis un peu, je me couche tôt, 3800 mètres ici, dur à dormir après la journée extrême.
23/7 Je me trouve dans une vallée en U, avec des parois rocheuses colorées, par super beau temps. Je me lève à 5 heures 20, je cuisine du porridge, et du Nescafe. Je lève le camp (la tente est sale) et je pars à 6 heures 40. Je continue à remonter le long du glacier, une succession de parties raides et de replat. Après 1 heure 15, il faut retraverser le glacier de Wyeen, nettement plus large ici. Je suis la bonne ligne, je rencontre quelques cairns, des tronçons assez plats et faciles et quelques obstacles, c'est long ! Dans un paysage fabuleux de haute montagne, avec la face blanche du Kuksar, 6900 mètres, en tête de vallée. J'atteins le cote Nord du glacier à un plat caillouteux et je recommence la montée vers un deuxième, puis un troisième replat, le camp de bergers de Wyeen, déserté. Je marche sur une trace pénible dans les pierres au sommet de la moraine jusqu'à un court passage délicat, instable et raide, pour quitter la moraine et m'engager dans la vallée secondaire de Badafshayeen. Je peux m'arrêter longuement pour le déjeuner sur un alpage vert, avec des fleurs, je cuisine de la purée en flocons avec du thon en boite, puis je me repose. Je me sens mieux après, je remonte la vallée d'abord sur une pente raisonnable puis je suis bloqué par un glacier, blanc ici. Je suis reparti pour un autre effort violent, à l'extrême gauche, raide, entre la moraine et les eboulis, puis sur la moraine, assez stable, puis une partie vraiment chaotique et difficile ou je dois marcher dans un torrent descendant de la gauche. 30 mètres plus haut, j'arrive au 'camp de base' dans les ardoises, à 4680 metres, peu avant 4 heures. Je mange des abricots secs, une spécialité du Nord Pakistan. Deuxième journée de dingue. Mais fabuleux endroit, assez chaud, on voit le col pour demain, et un 6000 mètres couvert de neige et de glaciers suspendus. Je cuisine encore des pâtes, avec une sauce en poudre. Je lis un peu, j'admire le coucher de soleil, et de nouveau un sommeil agité et insuffisant.
24/7 Je me lève a 5 heures 10, je prépare le porridge et le Nescafé, je suis parti a 6 heures 20. Cela grimpe assez sec sur des névés assez durs, puis sur du gravillon, les 100 derniers mètres sont très raides, je dois même revenir un peu en arrière et choisir une autre voie. A 8 heures 10 je me trouve au sommet du col de Lupgar Pir, 5150 mètres, avec de bonnes nouvelles: la descente vers la vaste vallée verte a l'Ouest ne présente pas d'obstacle majeur. Une fois passée la corniche de neige initiale, je descends dans des éboulis faciles, il faut traverser un petit glacier avec attention, car les crevasses sont en partie cachées par de la neige. Enfin sur un terrain agréablee, dans des alpages tapissés d'edelweiss, en dessous de roches rouges. Je rencontre le seul berger de la vallée, avec son aide et ses moutons, il parle anglais. Je m'arrête a une source et je mange des nouilles minute chinoises. Je passe le camp du berger, il m'avais invité mais je préfère continuer, le sentier descend vers le torrent, le pont n'en franchit qu'une partie, puis c'est dans l'eau jusqu'à la taille. Je m'engage dans la gorge, je n'ai pas retranscrit le nom wakhi mais cela se traduit par la gorge 'Oh dieu peux tu me venir en aide'. Pendant des kilomètres je marche sur une trace vertigineuse dans des éboulis ultra raides, 50 a 100 mètres en surplomb du torrent. Elle n'a par endroits que 10 centimètres de large ou alors elle est carrément détruite. Je progresse lentement, a grand renfort d'adrénaline. Cela dure 2 heures ! A un endroit le sentier a carrément disparu sur 20 mètres, je marche quasiment sur du vide mais mes 2 bâtons de randonnée accrochent. A la fin, je tombe encore dans les descentes instables, un bâton plie même. A 5 heures 29, après un pont, j'arrive a un petit plat sableux dans le lit du torrent, stop !! Je suis épuisé, et encore plus nerveusement, j'installe ma tente, je cuisine avec l'eau assez grise provenant de glaciers. Il fait chaud ici. Quasi impossible de dormir après la folie de l'après-midi. | | | À: Willemspie · 24 avril 2020 à 16:51 Re: 40 ans de randonnées: quelques expériences marquantes Message 12 de 28 · Page 1 de 2 · 2 499 affichages · Partager 25/7 Lever avant 5 heures et semoule sucrée au lait en poudre au petit déjeuner. Quel calme dans ces gorges ! Je reprends le sentier impressionnant, bon c'est nettement moins dangereux qu'hier, seulement 2 ou 3 endroits un peu risqués et des descentes pénibles. Je passe 2 ou 3 beaux alpages avec des enclos et des cabanes, mais personne. La gorge s'ouvre un peu, le chemin s'ameliore, quelques petites montées et descentes, les premiers cypres. A 9 heures 20 le chemin rejoint un canal d'irrigation, qui abreuve des arbres et de hautes herbes. Je mange des abricots secs. Encore quelques éboulis a traverser et enfin hors des gorges et au village de Raminj sur un plateau cultivé. J'aurais pu y rester, mais je descends à la route, a 10 heures 30. Je me repose a l'ombre et me remets un peu. 3 jeeps d'un groupe passent, mais après plus rien avant 2 heures 15 quand le pick-up d'un particulier m'emmène gratuitement a Sost, il roule beaucoup trop vite sur la piste tournicotante. J'ai mérite du repos a l'hôtel Skybridge Inn a Sost, puis le lendemain a Passu, un village bien plus plaisant.
Note: en 2018, j'ai eu un moment encore plus dangereux, Tourist Pass, au dessus d'Arslanbob au Kyrgyzstan. Je déconseille. | | | À: Willemspie · 24 avril 2020 à 18:04 Re: 40 ans de randonnées: quelques expériences marquantes Message 13 de 28 · Page 1 de 2 · 2 489 affichages · Partager A suivre: mon camp le plus froid, Morimoto BC ( Langtang), Népal | | | À: Willemspie · 24 avril 2020 à 18:59 Re: 40 ans de randonnées: quelques expériences marquantes Message 14 de 28 · Page 1 de 2 · 2 480 affichages · Partager Marshall a cessé de me suivre, il devient vite clair qu'il n'a pas du tout mon niveau question randonnée
Euh... je crois que Marshall n'est pas seul.
On m'a rapporté qu'il y a 3 ans, tu te baladais encore sans souci avec une vingtaine de kg sur le dos. 
Respect !
A te lire dans tes randonnées, j'en suis presque essoufflé. Je n'ose pas consulter une carte.
Fabrice | | | À: FabGreg · 24 avril 2020 à 19:07 Re: 40 ans de randonnées: quelques expériences marquantes Message 15 de 28 · Page 1 de 2 · 2 475 affichages · Partager J'avais (et j'ai toujours) comme carte 'Karakoram' en 2 feuilles, de la Swiss Foundation for Alpine Research, au 1/250000, peu détaillées. Pour ceux qui ne trouveraient pas le guide de trekking LP (épuisé), il y en avait un autre, moins bien mais OK, par Isobel Shaw (tout aussi épuisé). | | | À: Willemspie · 25 avril 2020 à 10:50 Re: 40 ans de randonnées: quelques expériences marquantes Message 16 de 28 · Page 1 de 2 · 2 450 affichages · Partager Hé bien, le Pakistan cela se mérite. Pour le coup on n'a même pas besoin de photo car on imagine très bien les cituations. Chapeau bas. | | | À: Willemspie · 25 avril 2020 à 15:55 Re: 40 ans de randonnées: quelques expériences marquantes Message 17 de 28 · Page 1 de 2 · 2 433 affichages · Partager Après le long récit d'hier, juste quelque chose de court:
Mon camp le plus froid: Morimoto Base Camp ( Langtang), 12/2007
Je ne vais pas raconter tout le trek au Langtang, qui est très connu. Je retourne pour la première fois au Népal après la guerre civile, le tourisme redémarre. 29/11 3ème jour de marche, j'arrive à Kianjin à 11 heures, peu de trekkeurs. Je choisis un petit lodge, Lovely Guest House, confortable, tenu par une famille avec 2 jeunes enfants, je suis le seul client. L'après midi je me 'balade ' (euh... beaucoup plus qu'une balade) dans la vallée secondaire vers le Nord jusqu'aux glaciers au pied des murs de glace du Langtang et du Langtang Lirung, vers 4150 mètres. Coucher de soleil sur Flûtes Peak après 17 heures. 30/11 Je me lève à 6 heures 30, -4° dehors. Avant 7 heures, on me sert déjà un thé citron, puis pain tibétain et omelette. A 7 heures 15, je pars pour l'ascension du Tsergo Ri, Je marche facilement à un rythme constant sur les lacets raides. Plus haut, je fais 2 arrêts et j'atteins la neige glacée en surface. A 10 heures 45 j'arrive au sommet, 4984 mètres, avec sa vue à 360 degres, et un vent froid. Je continue sur la crête vers l'Est, je fais tout un circuit complètement seul, je redescends par le camp d'été de Yala, je provoque la fuite de groupes de 'perdrix'. Je suis revenu à 3 heures 15, la salle à manger du lodge est ensoleillée jusqu'à grand froid du soir. Je passe une bonne nuit. 1/12 J'hésite puis je me décide à aller camper plus haut, je n'ai pas porté mon équipement de camping pour rien ! Je pars à 7 heures 30, je dois sauter des ruisseaux transformés en glace. Je remonte la vallée principale, froide à l'ombre à cette heure, quasiment plate. D'énormes blocs de pierre parsèment les alpages. Je ne vois plus personne, bien des yaks et des chevaux, Je m'arrête un peu à Nurmathang à 9 heures 45. Cette marche facile se termine à une moraine et une courte montée au camp d'été de Langshisa, à 11 heures 15, juste sous les murailles et glaciers sur le flanc Sud. Je cuisine du spaghetti au fromage, que j'ai emmenés de Kathmandu, entre des murs de pierre.
A suivre. | | | À: Willemspie · 25 avril 2020 à 16:20 Re: 40 ans de randonnées: quelques expériences marquantes Message 18 de 28 · Page 1 de 2 · 2 430 affichages · Partager Je confirme la description de Willempsie. Un trek fait en 2008. Au lieu de descendre vers Raminj nous sommes remonté vers le glacier de Batura en passant par le Whertum Pass. Quelques photos, de mauvaise qualité malheureusement, pour illustrer. Un peu trop exposé pour compter retrouver ce trek sur le catalogue des tours opérators. Images attachées: Photo postée par le membre Whotan. Photo postée par le membre Whotan. Photo postée par le membre Whotan. | | | À: Willemspie · 26 avril 2020 à 14:48 Re: 40 ans de randonnées: quelques expériences marquantes Message 19 de 28 · Page 1 de 2 · 2 383 affichages · Partager La vallée s'élargit, le petit sentier monte sur des moraines couvertes de végétation sur la gauche, je passe encore par deux campements estivaux des éleveurs, et je rencontre toujours quelques yaks. Les deux versants sont couverts de cascades de glace. Cela se met à grimper assez dur et je me retrouve dans un paysage... 'pakistanais', en haut des moraines, dans les cailloux, dominant le glacier principal couvert de pierres. Enfin, je rejoins la vallée d'ablation, un bel alpage, à environ 4700 mètres, le camp de base du Morimoto. J'hésite un peu, le ruisseau ne coule pas, je décide d'y installer ma tente, je ferai fondre de la neige pour boire et cuisiner. Au soleil, il fait bon. De la crête de la moraine, je peux admirer le Goldum tout blanc et le Langshisa juste en face, dans un calme absolu sauf pour de petites avalanches, pas de vent non plus. Des que l'ombre arrive, je me réfugie dans mon sac de couchage sous la tente, puis je prépare du spaghetti avec une boite de thon. Je sors encore pour un superbe coucher de soleil, et même après toute la crête blanche sur un fond bleu noir. A 6 heures je me mets au lit avec 3 couches de vêtements sur le haut, seulement le sous vetement thermique pour le bas, il fait maintenant -6°.
2/12 A 6 heures ce matin, la température a plongé à -13° sous le double toit. Je ne parlerai pas d'une nuit confortable, mais je n'ai pas souffert du froid. Je fonds de la neige pour le Nescafe, avec du pain et du fromage. Je sors à 7 heures par un temps toujours calme et beau, je porte maintenant 5 couches sur le haut, 3 sur le bas. Je continue la vallée d'ablation en amont, jusqu'à ce qu'elle se termine après une bonne heure. Je vois les empreintes d'un félin dans la neige, un léopard des neiges ? Au retour, le soleil tape et cela devient chaud, le petit ruisseau coule même sur un tronçon. Je démonte ma tente et il me reste la long retour à Kianjin. A la mi journée, après Langshisa, le temps change et devient venteux, froid. Je croise 3 randonneurs, pour la journée seulement, et j'arrive au lodge à 16 heures. J'arrête ce récit ici, je vais continuer ce trek par le Gosainkund. | | | À: Willemspie · 26 avril 2020 à 14:52 Re: 40 ans de randonnées: quelques expériences marquantes Message 20 de 28 · Page 1 de 2 · 2 379 affichages · Partager Tiens, c'est un des coins où j'irais bien, pour poursuivre ensuite vers le Tilman's Pass si c'est jouable (tu n'y es pas encore passé ?) Il reste toujours des choses à voir/à faire dans le Langtang. | Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 8 844 visiteurs en ligne depuis une heure! |