(Un hommage tardif sur ce forum)
Abdulrazak Gurnah, auteur au parcours et à l’identité singuliers (Tanzanie)
Grande surprise à Stockholm : le prix Nobel de littérature 2021 a été attribué au romancier Abdulrazak Gurnah. L’auteur tanzanien de langue anglaise, connu en premier lieu pour ses romans Paradise (1994) et By the Sea (2001), a été récompensé pour sa narration « empathique et sans compromis des effets du colonialisme et du destin des réfugiés pris entre les cultures et les continents », selon le jury Nobel.Son œuvre s’éloigne des « descriptions stéréotypiques et ouvre notre regard à une Afrique de l’Est diverse culturellement qui est mal connue dans de nombreuses parties du monde ».
Gurnah est le premier auteur africain depuis 2003 à remporter le célèbre prix, et le cinquième du continent africain au total – après Wole Soyinka (1986), Naguib Mahfouz (1988), Nadine Gordimer (1991) et JM Coetzee (2003). Encore une fois, le prix a passé sur le Kényan Ngugi wa Thiong’o, qui figure depuis des années parmi les favoris pour ce prix...
Natif de
Zanzibar (qui fait aujourd’hui partie de la
Tanzanie), né en 1948, Abdulrazak Gurnah a grandi dans une famille arabe originaire du Yémen et s’est refugié au
Royaume-Uni à la fin des années 60, quelques années après l’indépendance à un moment où la minorité musulmane là-bas était persécutée. Il n’a pu retourner à
Zanzibar qu’en 1984.
Depuis 1987, il a publié une dizaine de romans ainsi que plusieurs nouvelles en anglais (sa langue d’origine est le swahili). Aucun n’est devenu un best-seller, mais son œuvre dans sa globalité fournit un regard différent sur des questions comme l’immigration ou la multiplicité de cultures. Une œuvre qui éclaire les effets du colonialisme, l’exil et le sort des réfugiés, qui „parle“ de son amour pour l’Afrique et de son combat contre le néo-colonialisme. Bien que les histoires de Gurnah ne soient pas explicitement autobiographiques, elles sont inspirées de sa vie d’émigrant au
Royaume-Uni...
Gurnah a également été professeur d’anglais et de littérature post-coloniale à l’Université de Kent, à Canterbury, jusqu’à sa récente retraite.
Par cette récompense, la littérature africaine reçoit-elle plus d’attention ? Qui le sait ? En tout cas, elle peut la relancer. Si la littérature africaine est moins perçue en Occident, c’est aussi parce qu’elle n’est pas accessible : Gurnah est peu traduit en français et en allemand, pas du tout en arabe.
En
Tanzanie et sur son archipel de
Zanzibar, on le célèbre en liesse. «
Cela signifie beaucoup pour la lutte de Zanzibar pour l’autodétermination », estime Ismail Jussa, critique littéraire de
Zanzibar. «
Cela aide à remettre Zanzibar sur la mappemonde. » Le Comité suédois a reconnu que ses travaux avaient contribué à comprendre «
les divisions causées par les colonialistes, mais aussi la déchirure des cœurs entre la patrie d’où les hommes sont originaires et la vie en exil dans laquelle ils ont été contraints. »
By the Sea. Bloomsbury Publishing, 2001 (fr. :
Près de la Mer. Galaade Éd., 2006)
Paradise. Bloomsbury Publishing, 1994/2004 (fr. :
Paradis. Motifs, 1999)
Desertion. Bloomsbury Publishing, 2005 (fr. :
Adieu Zanzibar. Galaade Éd., 2009)
Afterlives. Bloomsbury Publishing, 2020 (fr. :
Les vies d’après. Denoel, 2023)
Hery