Suite du carnet sur : LES AUSTRALES, UN ARCHIPEL SINGULIER ET MECONNU
3 / A LA DECOUVERTE DE
RURUTU, L' ILE TROGLODYTE AUX BALEINES
INTRO
Cette fois, il s' agit de la présentation de
Rurutu que l'on connait surtout comme étant l' île aux baleines, mais qui recèle bien d'autres atouts culturels et touristiques.
Rurutu peut faire l' objet d'une visite unique à partir de
Tahiti ou le voyage à
Rurutu peut être facilement jumelé à celui vers
Tubuai.
On peut utiliser alors le pass d' Air Tahiti ou un ' package ' de Séjours Dans Les Îles (voir sur le site internet d'Air Tahiti) dans un pension choisie et payée à l' avance.
Cela évitera d'avoir à transporter trop d' argent liquide, nécessaire cependant car il faut bien régler les excursions sur place.
Comme on va le voir,
Rurutu est une île à part, qui ne ressemble pas aux autres australes même si elles ont toutes des caractéristiques en commun.
On y parle le ' reo
rurutu ', une langue vernaculaire locale sensiblement différente du tahitien.
UN PEU DE GEOGRAPHIE
L' île de
Rurutu, d'une superficie d'environ 33 km2 (10 kms de long sur 5 de large) se situe à 572 kms au sud de
Tahiti. La forme de l'île évoque celle de l' Afrique en minuscule.
Géologiquement parlant, au sein des îles du Pacifique Sud,
Rurutu est proche des Îles Cook, et, dans l' archipel des Australes, a, en commun avec
Rimatara d'avoir subi, à distance relativement proche, il y a un million d'années, des soubresauts et bouleversements volcaniques majeurs.
C'est une île de corail soulevé, comme Makatea dans les Tuamotu ou comme l' île - état de Niue proche de
Fidji : en tahitien, on dit justement ' makatea ' pour nommer ce corail tranchant et déchiqueté.
Elle est née il y a quelque 10 millions d'années au point chaud McDonald, s'est érodée au fil du temps, aurait pu devenir un atoll, mais est passée sur un second point chaud il y a un million d'années, qui a soulevé violemment la croûte terrestre et exhaussé l'île au dessus de l'océan à nouveau d'environ 150 m, transformant le premier récif corallien en falaises basaltiques et rocheuses abruptes, truffées de grottes. D'où son nom '
Rurutu '. Traduction : la roche jaillissante. Mais un autre nom originel est mentionné : '
Rurutu Tu Noa ', qui signifierait alors ' rassembler et se lever ensemble '. Ce n' est pas exactement la même chose, mais, comme d'habitude, la langue tahitienne est multi-directionnelle.
L'île est habitée par un peu plus de 2000 âmes, réparties principalement sur les villages de Unaa, Avera, Hauti, Paparai et Narui et enfin Moerai, bourgade et centre névralgique de l'île.
LES GROTTES
L' île est connue pour ses grottes uniques, anciennement sous-marines, désormais ornées de stalactites, qui ont protégé les premiers habitants de l' île et servi, dans l' urgence, de maisons naturelles, puis de tombes ancestrales jusqu'à l' arrivée des missionnaires au début du 19ème siècle. La grotte Ana A' eo est à part, car elle seule, semble-t-il, servait de lieu de culte.
Cette dernière grotte est connue, non par son nom d'origine -' Ana A' eo ' - mais par son nom d' emprunt, grotte ' Mitterrand ' ou grotte du Président, depuis la visite de celui-ci en 1990.
Mais il y en a d'autres qui méritent la visite, telles
-- La grotte de Peva et ses ' perles des cavernes ', dépôts de calcite entourant un noyau, à la pointe Arei.
-- Ou encore la grotte de Tupumai avec son plafond décoré de coquillages et de coraux
-- Ou celle d' Otare dont la légende dit qu'elle contiendrait des objets sacrés que le roi avait fait dissimuler là à l' arrivée des missionnaires pour éviter leur éventuelle destruction.
L' île possède aussi de belles plages, la plus belle et la plus connue se situant au sud de l'île près du village de Na'airoa. Il s'agit de la plage de Toatanatara devant laquelle on aperçoit cinq petits îlots calcaires dans la mer.
Rurutu culmine à un peu moins de 400 m, au mont Taatio'e (389 m), au mont Manureva (385 m) et au mont Teape (369 m)
UN PEU D'HISTOIRE
Les récits légendaires évoquent le premier peuplement de l'île par des Polynésiens venant de Punaauia sur la côte sud de
Tahiti, les Oropa'a, à bord de deux grandes pirogues. Ils nommèrent alors cette terre inconnue ' Eteroa ', qui signifie ' long panier ', comme les paniers de provisions qu'ils avaient apportés avec eux lors de cette longue traversée.
On dit également qu'une autre pirogue serait venue d'
Amérique du Sud, amenant des gens d'origine inca, à la peau cuivrée, nommés les A' ura, fuyant des terres devenues hostiles à la suite de la ' Conquista '. Ils auraient - par les armes - affirmé leur supériorité sur les premiers arrivants et seraient les ancêtres des familles de l'île dont les noms se terminent par ' oeura '.
On dit encore que de nombreuses personnes venues des Îles Cook et des Îles
Tonga auraient fait souche à
Rurutu, qui, à vol d'oiseau, est proche de ces territoires - anglophones - faisant encore partie du triangle polynésien.
Des fouilles archéologiques menées à Vitaria feraient remonter le peuplement originel aux années 700 / 800 de notre ère.
A la mairie de Moerai, se trouve une copie d'une sculpture célèbre et iconique, hélas sortie des Australes et actuellement exposée au British Museum de
Londres : il s'agit du dieu-tiki A' a, ancêtre des dieux de
Rurutu.
Après cela, il y eut une période européenne.
Ce fut l' explorateur britannique James Cook qui découvrit l' île le premier, par hasard (l' île n' étant pas répertoriée sur sa carte) alors qu'il cinglait vers la
Nouvelle Zélande appelée ''Te Ao Tea Roa ' en langue maori, traduction en français ' Pays du Long Nuage Blanc ').
Estimant - à la lunette - la population à environ 25000 habitants, il décida de mettre les chaloupes à la mer dans la passe étroite d' Avera, mais dut finalement renoncer à son projet en raison de l' attitude menaçante et guerrière de la population, et des roulements de tambours assourdissants qui ameutaient tous les habitants de l' île.
Pour son expédition dans le Pacifique Sud, Cook était épaulé par Tavaroa (ou Ta'aroa), son guide d'origine
rurutu de lignée royale, rencontré à
Tahiti dont il allait tester, après la déconvenue de
Rurutu, les capacités à naviguer au ciel, aux oiseaux et aux étoiles vers
Raivavae, île dont il connaissait déjà l' existence.
A noter que Tavaroa mourut subitement en
Indonésie lors du second retour vers l' Europe et que Cook tenta une troisième fois de mettre pied à terre à
Rurutu, mais en vain, car, ne voyant plus Tavaroa, les guerriers soupçonnèrent à tort Cook de l' avoir tué !
Le navire repartit pour
Raivavae et longea la côte (et les ' motu ') de
Tubuai, sans que Cook décide d'y faire escale. L' île étant entièrement dissimulée derrière un épais brouillard de pluie, il crut que ce n' était qu'un atoll sans interêt.
En 1821, des missionnaires de la
London Missionary Society à
Londres, déjà bien installés à
Tahiti, s'implantèrent à
Rurutu. Avec la christianisation vint la destruction des anciens lieux de culte (ou ' marae ') qui étaient aussi des espaces culturels, sociaux et politiques et dont il ne reste que des vestiges, le mieux préservé étant le ' marae ' Tavaroa à Vitaria (en fait, sur la propriété de notre hôte Viriamu...).
On enterra également les objets sacrés relevant du culte ancien dans les fondations de l' église protestante de Moerai sur ordre supérieur, les rendant ainsi tabous pour l' éternité. Les attributs du pouvoir des chefs furent, quant à eux, enterrés quelque part dans une ou plusieurs grottes.
il ne reste donc rien de la civilisation d'avant, à part le tiki du dieu A' a conservé au British Museum de
Londres.
L' histoire de cette statue datant de la fin du 16ème siècle, faite de bois de santal et haute de 117 cm est passionnante. Le 9 août 1821, la divinité est remise aux missionnaires en échange de la promesse d'une vie meilleure sur terre et pour l' éternité. C 'est un moment solennel car il faut prouver au monde que les habitants de
Rurutu ne sont plus des adorateurs d'idoles mais sont prêts à vénérer l'unique Christ-Dieu. La statue doit être brûlée, mais finalement est expédiée à
Londres à la maison-mère de la société, à des fins de propagande religieuse. En effet, les missionnaires espèrent récupérer des fonds pour poursuivre leur oeuvre et montrer aux païens la Lumière. La statue, devenue encombrante, sera finalement cédée au British Museum en 1911.
C 'est un chef-d'oeuvre intemporel et unique en son genre.
A noter - et ce n' est pas le moindre paradoxe - que les Polynésiens étaient monothéistes et le sont restés mais en changeant tout simplement de Dieu sous l' influence des missionnaires.
On peut penser que le succès de l'évangélisation des populations polynésiennes tient à cette particularité !
En 1842, la
France établit son protectorat sur le royaume de
Tahiti ainsi que sur les Marquises.
Mais, bizarrement,
Rurutu va garder une forme d'indépendance (sous contrôle tout de même) et garder son ou ses roi(s) de 1852 à 1889, à savoir pendant 37 ans ! Le drapeau du royaume de
Rurutu flotte en même temps que le drapeau français pendant toute cette période sur les bâtiments officiels de l' île.
A noter que le drapeau photographié ci-dessous existait déjà à l'époque, mais avait été abandonné au fil des décennies. C 'est Jacques Chirac qui avait demandé lors d'une visite officielle à Gaston Flosse alors Président de la
Polynésie, que l'on remette à l' honneur les étendards de chaque île polynésienne, tels qu'ils existaient avant leur annexion par la
France.
En 1889, le protectorat est étendu à
Rurutu; l'île est annexée définitivement aux Etablissements Français de l'
Océanie en 1900.
Ci - après deux photos
La première représente la famille royale de
Rurutu avec, au deuxième rang, au centre, le petit roi Teuruarii IV qui intégra son royaume dans l' ensemble français un an avant
Rimatara.
A noter : Les royautés insulaires furent vite dépassées par les évènements et les jeux politiques d'influence entre la
Grande-Bretagne et la
France dans le Pacifique Sud. Le roi de
Rurutu alla demander le protectorat britannique aux îles Cook, il fit même le voyage de
Londres pour signer un vague document reconnaissant la pré-éminence de l'
Angleterre sur
Rurutu, mais sans effet durable,
Londres se refusant in fine à créer un incident diplomatique avec la
France.
La seconde photo représente une vue du village de Moerai en 1889.
L'installation des commerçants chinois marque le passage de
Rurutu au 20ème siècle, mais sans que cela nuise aux charmes authentiques de l'île.
Comme
Tubuai,
Rurutu bénéficie d'un climat tempéré une partie de l' année, et tropical le reste du temps, ce qui favorise les cultures maraîchères et fruitières.
Comme à
Tubuai toujours, la vannerie est une spécialité des femmes de l' île.
RURUTU AUJOURD'HUI
L' île est facilement accessible de
Tahiti plusieurs fois par semaine.
L' authenticité de l' île, sa culture préservée, ses plages et ses grottes attirent une clientèle internationale à l' année. C'est ce qui fait sa singularité par rapport aux îles australes voisines.
On y vit de l' agriculture et de la pêche (en auto-suffisance), de l' exploitation du bois, de l' artisanat (vannerie à base de fibre de pandanus, tressage, confection de ' tifaifai ', fabrication d' objets à base de bois précieux locaux comme le ' miro ' (ou bois de rose d'
Océanie) et le ' purau ' (ou bois d'hibiscus appelé ' cotton-tree en
Australie), le ' tou ' (ou noyer d'
Océanie) ainsi que
l' acajou et enfin le kaori.
Il y a aussi l' éco- tourisme bien sur, dont le pivot essentiel, pendant 3 mois environ, est la présence de baleines - beaucoup de mères avec leurs baleineaux et de jeunes adultes mâles qui s'affrontent - aux alentours de l' île.
Rurutu est aussi appelée l'île aux baleines.
Celles-ci étaient chassées pour leur huile, leur chair et leur peau. La chasse, dangereuse, se faisait à partir de pirogues instables à l' aide de harpons sommaires. Elle était initiatique pour les adolescents, mais le prélèvement était raisonné, pas plus de quelques baleines par an, de quoi nourrir une population isolée géographiquement et recherchant une viande bien protéinée.
Quand il n' existait pas encore de liaisons satellites, ni de balises GPS ni de téléphones portables, les anciens regardaient un arbre, l' atae, alors que ses fleurs rouge vif commençaient à éclore.
C' était alors le signal de la chasse à la baleine.
On ne chasse plus la baleine ni à
Rurutu ni ailleurs (sauf au
Japon et en
Norvège...) mais on peut les voir au plus proche du rivage avec leurs baleineaux qui naissent dans les eaux plus chaudes des Australes (ce que les Anglo-saxons appellent ' whale-watching ') - et l'on peut même nager avec elles, sous contrôle bien sur.
Rurutu reste un des rares endroits au monde où cela reste encore possible. C' est un privilège que l'on peut goûter de juillet à octobre.
Ceci dit, on voit aussi beaucoup de baleines à
Tahiti ou à
Moorea. Au second semestre 2018, on a vu autant de baleines aux Iles de la Société qu' à
Rurutu...
Il ne faut donc pas fantasmer sur les baleines et se préparer à ne pas en voir même si l'on se déplace aussi loin que
Rurutu uniquement pour cela !
Il faudra faire contre mauvaise fortune bon coeur.
Au début des années 50,
Rurutu était le lieu de résidence du navigateur Eric de Bisschop que les autorités françaises avaient chargé de cadastrer l' île. Après son décès subit aux Iles Cook lors de l' expédition
Tahiti Nui à la fin des années 50, son corps fut rapatrié - comme il l' avait souhaité - à
Rurutu et inhumé au cimetière de Moerai où l' on peut voir sa tombe.
NOTRE ESCAPADE
Vol inter-îles Air Tahiti
Tubuai -
Rurutu : durée 45 mn.
Pension Teautamatea : 3 nuits en demi-pension à prix Salon : 37125 FCP.
Tour de l' île (premier jour) : 13000 FCP pour deux personnes.
Dimanche 3 mars :
Arrivée tardive - juste avant le coucher du soleil- à la pension. Viriamu est venu nous accueillir avec les colliers d'usage, et nous rencontrons Elin, son épouse d'origine galloise, dont nous allons apprécier, dès ce premier repas du soir, les qualités de cuisinière.
Ils ont trois jeunes enfants. La maison, située à Vitaria, est vaste, le terrain qui s'étend jusqu'au pied de la montagne comporte deux ' marae ' privés. Il y en a quelques autres ici ou là, mais la plupart ont été détruits. Viriamu est de lignée royale
rurutu, lointain descendant de Ta'aroa, le guide polynésien du capitaine Cook. Il a eu, lors d'un voyage à
Londres, le droit insigne de caresser le bois du tiki représentant le dieu A'a, exposé au British Museum et normalement protégé derrière une vitre blindée et sous alarme.
Lundi 4 mars
Tour de l île en 8 heures
Viriamu nous a proposé un tour de l' île complet agrémenté de la visite de 3 grottes ainsi que d'un moment - détente baignade dans le sud de l' île un peu avant le village d' Auti, sur une jolie plage sauvage.
Nous commençons par la grotte 'Ana A' eo ', toute proche, là où l'on avait organisé pour le président français une cérémonie grandiose à l' ancienne.
Contrairement à ce qui a pu se dire ou s' écrire, il n' y a pas de chauves-souris dans les grottes de
Rurutu ni ailleurs en
Polynésie d'ailleurs.
Ce qui surprend d'emblée, ce sont les stalactites, certains énormes, faits de calcite. L' endroit est calme et tranquille, verdoyant et fleuri. Aucun panneau sur la route de ceinture ne signale sa présence- discrète - à cet endroit de l'île, et ce sera ainsi partout où nous irons.
Puis nous repassons dans l' autre sens devant la propriété de notre hôte à Vitaria (côte ouest donc) et piquons vers le sud vers les impressionnantes falaises de Matotea.
Avera est le second plus gros village où nous allons faire halte successivement au centre artisanal, puis au temple, puis au creux de la petite vallée située derrière le village et où les villageois ont en commun leurs tarodières, enfin à l' épicerie locale où nous achèterons un pique-nique.
La passe Opupu est très étroite et très agitée, on a du mal à imaginer que c' est en cet endroit, derrière le récif, que Cook avait ancré son navire...
Nous repartons vers le sud, et nous arrêtons le long d'une plage sauvage, celle de Narui délimitée à un bout par une falaise basaltique abrupte, la pointe Teutu. Le récif est proche du bord, les vagues s' y écrasent dans un bruit sourd, puissant et répétitif qui fait penser aux turbines d'un avion. Impossible de se baigner à cause de l' agitation et des courants.
Vous l' aurez compris, on ne va pas à
Rurutu pour son lagon tranquille et clair où l'on admire les poissons en faisant du ' snorkeling '...!
Ce qui caractérise le mieux
Rurutu, c'est, en revanche, l' alliance de ce côté rude et sauvage de la côte et de la mer, et des vagues qui tonnent sur le récif, avec des vallées intérieures ordonnées, riantes, luxuriantes, dédiées aux cultures vivrières. La route des plateaux de l' est - dont je parle plus bas - est encore empierrée, on y circule lentement, le long de petites plantations. Elle est bordée, sur des kilomètres, de tarodières (plutôt en contrebas de la route dans des petits vallons) et, à portée de main, d'arbres fruitiers tels les litchis, les papayers, les bananiers, les manguiers, les goyaviers, les orangers, les pamplemoussiers, les avocatiers, les citronniers, les caféiers, sur lesquels on peut se servir sans crainte car ils appartiennent à la communauté. Seule restriction : ils ne sont pas à vendre, juste à consommer de façon privée.
Rurutu, c'est un vrai jardin d'Eden, comme on en voit nulle part ailleurs. Et les hauteurs aussi, sont magnifiques, plantées de conifères, dont les sous-bois sont riches en diversité biologique.
Y dominent les fougères géantes et fougères arborescentes, beaucoup de plantes épiphytes et des fleurs et feuilles qui dégagent des odeurs sucrées et poivrées à la fois.
Pique-nique derrière le rideau de végétation qui délimite la plage dans sa partie haute. Puis quelques photos et nous repartons en direction de la Pointe Toataratara et de la petite plage sauvage de Toataratara à Na'airoa au sud de l' île, où nous allons nous relaxer et nous baigner un moment.
L' eau est chaude mais agitée et trouble, cinq blocs énormes de corail soulevé et tranchant se dressent à quelques mètres du bord ; beaucoup de cailloux aussi sous l' eau et peu de sable.
Une falaise bloque la plage sur un côté, faite de basalte érodé mais coupant et troué.
Après la séance-baignade, nous remontons côte est, via les plateaux de Pupuhi et de Paparai vers le village d' Auti. Cette route de l' abondance est à faire en voiture ou même à pied par beau temps ensoleillé, c'est une merveille naturelle et culturelle !
Le village d' Auti se distingue, lui, tristement par ses vilains murets en béton et un front de mer qui a été dénaturé par l' abattage stupide et irraisonné de grands filaos, remplacés par une immense muraille de béton censée empêcher la mer d'éroder la côte. Une aberration ! C'est en fait tout le contraire qui se produit... Le sable est reparti vers la mer et la plage est hérissée de rochers pointus !
Le maire - c'est classique - a imposé son point de vue à ses administrés, et des murs ' politiques ' sans interêt mais qui ont l' avantage de renflouer les caisses de la Mairie et celles du parti majoritaire.. Exemple d'abord de mauvais goût, mais surtout de clientélisme, un fléau typique de nos belles îles polynésiennes !
Nous continuons notre remontée de la côte est vers la falaise Ana Mou'o, puis le plateau Taero et le village principal de Moerai. On s'arrête souvent en route, Viriamu connait tout le monde et parle volontiers ! Arrêt à l' épicerie principale où nous faisons quelques provisions pour demain mardi 5 mars où l'on fête l' arrivée de l' Evangile : tous les commerces seront fermés à partir de midi !
Arrêt à la grotte Taneuapoto le long de la route.
Puis on longe l' aéroport dont une issue côté plage vient d' être grillagée car on trouvait sur la piste d'atterrissage chiens, coqs, poules et cochons, ce qui était problématique, même s'il n' y a que 4 vols par semaine en provenance de
Tahiti...
Au niveau de l' aéroport, Viriamu oblique à gauche sur un petit chemin, et nous mène en quelques minutes à une petite grotte - sans nom particulier - dont le plafond est tapissé de coquillages et coraux.
Cela nous évitera de retourner visiter d'autres grottes - dont celle de Tupumai - demain mardi, similaire à celle-ci mais plus grande. En effet, les visites des autres grottes sont plus sportives, elles se font souvent via la plage en marchant dans l' eau puis en escaladant la falaise plus ou moins au dessus du vide. Il ne faut pas avoir le vertige, nous prévient Viriamu. Et justement, nous sommes tous les deux facilement sujets au vertige. Pas question de prendre des risques inutiles car nous ne sommes pas suffisamment entraînés pour ce genre de randonnées.
Et puis nous avons décidé d'aller marcher sur les plateaux toute la journée de demain.
Viriamu nous déposera à un endroit donné de la traversière et nous reviendrons à la pension à pied.
Retour à la pension. Dîner soigné préparé par Elin et soirée tranquille sur la terrasse.
La connexion Internet ne fonctionne pas ce soir. Cela est relativement fréquent dans les îles.
Mardi 5 mars
Balade de 14 kms environ / 7 heures)
Nous allons randonner aujourd'hui, comme conseillé par Viriamu et Elin.
Elin nous conduit en hauteur à un point précis de l 'île à partir duquel deux chemins mènent l'un vers le mont Manureva et l' autre vers le mont Pito (211 m).
Les points de vue vers la mer ou vers l'intérieur de l'île sont de toute beauté. Nature sauvage.
Aucun autre randonneur en vue, pas de voitures, juste la nature, le silence, quelques oiseaux, des papillons endémiques, des orchidées sauvages, des fougères immenses qui montent à 4 mètres de hauteur.
La forêt de pins a été plantée par le Territoire (pas seulement à
Rurutu d'ailleurs) il y a environ 25 ans et est prêt pour une coupe raisonnée. Celle-ci a déjà commencé à
Tubuai où il y a une scierie. Pas de scierie à
Rurutu, tout est à faire et à imaginer.
En allant vers le mont Pito (et le mont Erai, site éolien), on longe le domaine Atai où se trouve une grande bergerie désaffectée et qui, autrefois, produisait du fromage de chèvre. Celles-ci ont été tuées un jour par une meute de molosses introduite de nuit dans la bergerie par le Maire de
Rurutu lui-même, jaloux du succès commercial inattendu rencontré lors de la vente quotidienne des fromages frais de brebis. Le propriétaire, écoeuré, a jeté l' éponge et quitté l' île.
Re-descente abrupte vers le village d' Avera, où nous pique-niquerons à l' abri des grands filaos.
Des jeunes surfent dans leurs pirogues sur les vagues et courants qui viennent du récif proche. D'autres villageois se reposent à l' abri du soleil sous les grands filaos, certains vaquent tranquillement à leurs occupations en ce jour férié.
C'est le charme intemporel de la vie des îles.
Retour à la pension, suivi d'une longue baignade dans la mer, de l' autre côté de la route. Nous ne sommes pas seuls. En cette journée fériée, beaucoup de familles sont venues à la plage avec les enfants.
Dîner tranquille et de qualité.
Mercredi 6 mars
Nous avons une matinée tranquille avant le départ pour
Tahiti à 14 heures.
Fin du carnet sur
RURUTU.
PS Le carnet général continue...
Il faut donc encore dérouler le menu pour quelques infos et deux légendes.
MOANA
Image attachée: