SUITE DU CARNET SUR LES AUSTRALES
UN ARCHIPEL SINGULIER ET MECONNU
2) A la découverte de
TUBUAI, l'île de pierre(s)
INTRO
Je poursuis ma présentation des îles australes accessibles par avion, commencée avec
Raivavae, la plus méridionale des 4 (si on ne compte pas
Rapa dont les habitants refusent la construction d'un aéroport et où il est également difficile, vu la configuration géographique de l' île, de construire une piste), et qui continue, aujourd'hui, avec
Tubuai.
J' avais indiqué dans le carnet précédent que l'on pouvait combiner, dans un Pass Australes de la compagnie Air Tahiti, au moins deux îles, voire trois. La découverte conjointe de
Raivavae et de
Tubuai est facile, celle de
Tubuai et de
Rurutu est également facile. Les vols à partir de
Tahiti vers les 3 îles ne sont jamais directs, il y a toujours une escale.
En ce moment, on peut visiter 3 îles en 9 jours. Exemple de ce qu'il est possible de faire : Départ de
Tahiti pour
Raivavae le lundi, arrivée en milieu d'après-midi. On ne reste que le mardi, le temps de passer la journée au motu-piscine, de voir le tiki souriant et un ou deux ' marae '.
Départ le mercredi pour
Tubuai où l'on restera jusqu'au dimanche. Puis vol pour
Rurutu en milieu d'après-midi. Retour vers
Tahiti le mercredi soir.
Il y a un centre de plongée uniquement à
Tubuai, depuis peu.
UN PEU DE GEOGRAPHIE
Tubuai se situe à environ 570 kms au sud de
Tahiti. Sa superficie est de 45 km2.
Elle compte un peu plus de 2000 habitants, ce qui en fait l' île la plus peuplée, mais également le centre administratif et économique et chef-lieu des Tuha'a Pae.
Il s'agit d' une île volcanique dont le relief est constitué de deux chaînes volcaniques très érodées et donc peu escarpées, séparées par le col de
Huahine; elle culmine au mont Taita à 422 mètres.
L'île s' est formée à partir d'un point chaud nommé McDonald.
Ce qui fait la particularité de
Tubuai est son immense et superbe lagon qui double sa superficie globale, d'une couleur tirant plutôt vers le turquoise et le jade. Le récif frangeant est agrémenté de cinq ' motu ' : One, Rautaro, Moena, Tapatavae et Mutiha.
L' île dispose d'une route circulaire mi-goudronnée, mi-cimentée de 24 kms, et d'une route traversière également cimentée. Si on en fait le tour, on passera successivement dans les villages de Mataura, le centre névralgique (avec habitat éparpillé) de l' île avec ses 900 âmes, Taahuaia qui compte environ 600 habitants et enfin Mahu qui en regroupe 500.
A savoir : l' assise de cette route a été faite au début du 20ème siècle avec les pierres de quelque 400 ' marae ' (il y en avait de très petits un peu partout, correspondant à une idée ou un mot)) avec la complicité des églises installées sur l' île. Une façon radicale d' éradiquer les lieux-témoins de la civilisation ancienne.
Son climat est subtropical du Tropique du Capricorne.
Tubuai est une île tournée vers l' agriculture d'abord de subsistance, puis d'exportation qui prospère grâce à un climat plus frais qu'à
Tahiti de 2 à 5°. Est privilégiée la culture des légumes tels le taro, la patate douce, le chou, la carotte, et des fruits tels les papayes, bananes, goyaves, pamplemousses, etc... sans oublier le fruit-phare de l'île, le litchi.
Tous ces produits se retrouvent sur le marché de
Papeete... quand il n' y a pas de complications administratives ou autres, relatives au transport vers
Tahiti qui n' est souvent pas assuré avec sérieux et régularité par le bateau desservant les Australes. Résultat : Cette année par exemple, 9 tonnes de litchis ont été perdues à
Tubuai uniquement par manque de bateau ou d'avion-cargo disponible au bon moment !
Un arbre local, aux feuilles épineuses, qui peut pousser jusqu'à 7 mètres de hauteur, le pandanus ou ' fara ' en tahitien, le plus utilisé après le cocotier, fournit aux artisans le matériau de base pour la confection de chapeaux et autres sacs et pochettes.
Pendant l' hiver austral, à savoir de juin à août, il peut faire gris, pleuvoir ou crachiner, il peut venter aussi et la température peut tomber à 10°-12° en extérieur le matin avec de la rosée, 20-22° dans la journée,18-20° dans le lagon.
On voit même parfois des phoques et des otaries remonter du sud antarctique et longer le récif de
Tubuai (ou celui de
Rurutu) à cette saison, et souvent s'y faire drosser par les vagues.
Ces animaux sont alors une proie facile pour les requins, surtout quand ils sont blessés.
A partir de mai, l' eau du lagon est froide... pour les frileux en tout cas. On est ni aux Tuamotu ni aux Marquises, il faut le savoir.
La meilleure période pour visiter
Tubuai reste l' été austral, entre janvier et mars. Mais on n' est jamais à l' abri d'une période de mauvais temps, même en ' belle ' saison !
Tubuai, (il existe les variantes Tupua'i, Tumurai et Tubouai) s' appelait Moutou au moment de sa découverte par James Cook. Un autre nom, que l' on entend prononcer lors des ' orero ' - qui sont des performances oratoires et déclamatoires - et des spectacles de danse, et qui semble davantage réservé aux initiés, est ' Raro'ata ', qui veut dire ' île dans les nuages ', ce qui rapproche
Tubuai de la
Nouvelle Zélande actuelle (ou Ile du Long Nuage Blanc en langue maori).
Le début de la colonisation polynésienne à
Tubuai remonte aux années 700 de notre ère. Celle-ci s'est prolongée jusqu'aux années 1200 environ.
Ensuite, c'est Samuel
Wallis qui est le premier à faire mention de l' île en 1767, mais sans y faire escale. James Cook fera de même en 1777, croisant au large de
Tubuai lors de son second voyage sans l' envie d'y faire escale.
Petite histoire : après avoir quitté
Rurutu, il décide de tester les capacités de son accompagnateur polynésien Tavaroa, de lignée royale
rurutu et rencontré à
Tahiti, à naviguer au ciel, aux nuages, aux saisons, aux oiseaux de mer et aux étoiles vers une île qui, elle, est déjà cartographiée : il s'agit de
Raivavae.
Tavaroa passe le test haut la main. Le bateau de Cook arrivera bien en vue de
Raivavae après avoir longé
Tubuai, qui, en ce jour d' hiver austral, se trouvait totalement sous une épaisse cloche de brouillard. Ne voyant que les quelques ' motu ', il pense passer près d'un atoll, hésite mais ne s'attarde pas.
A noter : James Cook était déjà accompagné lors de son premier voyage par Tupaia, grand prêtre et chef-deuilleur de l' île de
Raiatea, également expert en navigation, cartographe, traducteur et négociateur habile. Tupaia quitta son île en août 1769 pour accompagner Cook dont il sauva la vie lors d'une escale dangereuse en
Nouvelle-Zélande, en palabrant en maori avec une farouche délégation de chefs bien décidés à le trucider.
Hélas, sur le chemin du retour vers la
Grande Bretagne, il mourut en mer et Cook eut la chance, lors de son second voyage, de rencontrer son deuxième guide-accompagnateur Tavaroa.
Tupaia dessinait superbement, alors qu'il n' avait aucune formation et n' avait jamais quitté la
Polynésie ! On pourra voir les dessins originaux de Tupaia à la British Library à
Londres.
On fête cette année en
Nouvelle Zélande le 250ème anniversaire du premier contact entre Maoris et européens grâce à Tupaia Tuia, Tuia comme le lien ou l' unité.
Ce sont les marins - et futurs mutinés - de la Bounty qui vont bouleverser l' histoire de
Tubuai et la faire entrer dans le monde moderne de l' époque- avec violence et dans le sang.
Ces forbans savent en 1789 - de par le récit de Cook - que l'île existe, idéalement située à l' écart des circuits maritimes et donc loin de la vindicte britannique qui les poursuit pour mutinerie en mars 1789 contre leur tyrannique capitaine William Bligh dont la mission officielle était de rapporter des plants d'arbres à pain de
Tahiti vers les
Antilles Britanniques. Ils décident par sécurité de s'installer une première fois à
Tubuai pour deux mois entre avril et juin 1789, puis une seconde fois, plus longuement, le temps de construire le Fort George. La première fois, la confrontation est violente avec les autochtones et se solde par la mort de dizaines de
Tubuai qui n' avaient que leurs lances pour affronter les mousquets d'un équipage hyper-armé et prêt à tout.
Ils repartent pour quelques mois à
Tahiti, séduits par la douceur de vivre polynésienne puis décident de revenir à
Tubuai,
Tahiti étant un lieu de séjour plus risqué pour eux qui sont devenus des hors-la-loi recherché activement par la Marine anglaise.
La seconde fois, les 42 marins de la Bounty sont reçus amicalement comme si de rien n' était, on les aide même à construire le Fort George, on les fête. Ce qu'ils ne savent pas, c'est que
Tahiti, entre leurs deux visites, a prévenu
Tubuai du retour imminent du navire, leur donnant le temps de mettre au point une stratégie de revanche et de ruse. L'idée est de garder les marins tous ensemble enfermés dans le fort, et, le moment venu, de les y assiéger et de les tuer tous pour venger les morts de la rencontre initiale.
Finalement, les marins anglais finissent par ressentir un climat d' hostilité grandissante et par réaliser que le fort est, pour eux, et face à des milliers de guerriers résolus à en découdre, un piège mortel à terme. Le fort est donc brutalement abandonné, et il est décidé de reprendre la mer au plus vite.
La Bounty repart définitivement de
Tubuai en septembre 1789, et les marins vont de nouveau se mutiner, mais cette fois contre William Fletcher, leur chef et ancien second de Bligh. Une folie meurtrière s'empare de l' équipage, des hommes sont tués. La Bounty cingle en direction de Pitcairn où 9 rescapés britanniques et 18 polynésiens débarquent le 15 janvier 1790. Le refuge est idéal. La Bounty sera incendiée et une nouvelle colonie sera fondée dans l' isolement le plus total.
Beaucoup de marins anglais et d'hommes tahitiens décéderont rapidement, ne laissant sur place qu' un vrai miraculé, John Adams, qui fera souche, entouré de femmes tahitiennes et d' une marmaille impressionnante.
A PROPOS DE PITCAIRN
Pitcairn est un minuscule territoire britannique situé à 2300 kms au sud-est de
Tahiti, à 540 kms au nord-est de
Mangareva dans l' archipel des Gambier et à 2000 kms à l' ouest de l' île de Pâques. Sa superficie est de 45 km2. Elle n'a actuellement que 42 habitants, dont chacun occupe plusieurs emplois gouvernementaux.
C 'est une île aux versants escarpés, aux falaises impressionnantes et aux vallée fertiles, un paradis perdu, sauvage et un peu inquiétant, qui demeure l' escale la plus surprenante de tout voyage dans le Pacifique Sud.
Remontons un peu le temps...
Pitcairn fut peuplée en 1100 après JC par des navigateurs venus de
Mangareva, échangeant l' obsidienne de Pitcairn contre des surplus alimentaires mangaréviens. On peut dire que sans le commerce avec
Mangareva, il aurait été impossible de survivre à Pitcairn.
On y trouve des vestiges de cette civilisation ancienne sous forme de pétroglyphes, de plateformes cérémonielles et habitations en pierre, et aussi d' arbres à pain (ou ' uru ' en tahitien) si précieux pour toute survie sur un îlot perdu au milieu de l' océan.
L' île ne dispose ni d'aéroport ni de port naturel et le Zodiac, qui a remplacé la baleinière d'antan, est le seul moyen d'accoster quand le temps le permet uniquement. Elle n' est ravitaillée par cargo que 4 fois l' an dans des conditions parfois acrobatiques. Une zone d'accostage existe dans Bounty Bay, là où le bateau fut coulé. Un unique village, Adamstown. Pas de voitures, mais des quads. Sur la place centrale du village, une église adventiste du 7ème jour, une salle publique, un dispensaire (et un médecin), un bureau de poste et l' ancre de la Bounty, récupérée dans la baie en 1957. Un peu plus loin, une école de 2 élèves seulement. Sur les hauteurs, une grotte appelée Fletchers Cave où l' on dit que Fletcher passait des heures à scruter nerveusement l' horizon et à guetter l' improbable arrivée de vaisseaux britanniques.
L' avenir de Pitcairn est incertain car seuls deux résidents ont moins de 30 ans et seulement dix naissances ont été enregistrées lors des vingt dernières années. Pitcairn est peut-être un paradis mais uniquement pour ceux qui ont suffisamment de courage et de résilience pour en supporter l' isolement et le mode de vie.
Revenons maintenant à tire-d'aile vers
Tubuai la belle...
Bien après les navigateurs pré-cités arrivent, au début des années 1820, des missionnaires anglais de la
London Protestant Society. Déjà durablement installés à
Tahiti, ils sont partis évangéliser à Rururu, puis à
Raivavae et
Rapa. Serviteurs de Dieu zélés et habiles, ils poursuivent avec méthode leur mission à
Tubuai, mais trop tard et ils se feront doubler in fine par les Mormons, arrivés pourtant en 1844, presque 25 ans plus tard !
Résultat étonnant de cette course à l' évangélisation :
Tubuai est la seule île des Australes non protestante majoritairement, mais à 80 % mormone ! Un cas unique même en
Polynésie !
Anglophones, les missionnaires ne cessent également de faire de la politique et manoeuvrent pour faire tomber
Tubuai, mais aussi
Rurutu et
Rimatara dans le giron de la
Grande-Bretagne, comme cela s'est déjà passé aux îles Cook, en instrumentalisant les chefferies et royautés locales. Mais
Londres - qui gère déjà avec succès son pré-carré dans le Pacifique Sud- ne veut pas d' incident diplomatique avec
Paris qui vise de son côté à élargir le protectorat français aux Australes. Celles-ci deviendront donc françaises et non anglaises !
A signaler que les royautés de
Rurutu et de
Rimatara se maintiendront, au delà de la cession officielle de
Tahiti et de ses dépendances à la
France, jusqu'à leur intégration tardive dans l' ensemble du territoire annexé.
Tubuai sera donc annexée par la
France dans une stratégie de conquête qui vise l' ensemble de la
Polynésie Française actuelle. C 'est un joli tour politique de passe-passe que joue la
France lorsque le roi de
Tahiti Pomare V transmet son pouvoir aux autorités françaises en 1881, après avoir été forcé d' abdiquer en 1880. Quand certains pensent qu' il ne s'agit que de
Tahiti, les autorités françaises pensent
Tahiti ET toutes ses îles environnantes au sens large !!!
Cela mènera à des situations cocasses car, pendant encore des décennies - on n' est pas à l' heure des réseaux sociaux -, beaucoup d' îlots un peu éloignés et peu au fait des jeux politiques qui se trament à
Paris et
Tahiti - aux Tuamotu par exemple - ignoreront qu'ils sont devenues français par la seule vertu d'un paraphe royal, celui du roi de
Tahiti qui, de toute façon, n' avait jamais eu autorité que sur son île!
La
France a vu grand, les fameuses dépendances couvrent un territoire immense comme l' Europe !!!
TUBUAI AUJOURD'HUI
L' île est accessible plusieurs fois par semaine au départ de
Tahiti grâce à un aérodrome construit en 1976.
Les atouts de
Tubuai sont son lagon, ses multiples ' marae ' qui se présentent sous forme d' énormes dalles de pierre couchées ou dressées selon les cas, délimitant des plateformes dallées, elles-mêmes piquées de plus petites pierres (mais pas toujours)
Tubuai vit non seulement du tourisme mais aussi - comme
Rurutu - de son artisanat varié et dynamique.
NOTRE ESCAPADE
Billet Air Tahiti acheté au Salon du Tourisme de début février (pour des vols uniquement disponibles entre les dates du Salon et le 30 avril) et pensions réservées également sur place avec réductions Salon.
Vol Air Tahiti en ATR 72. Départ 12h 30 et arrivée 15 h 20.
Via
Raivavae, ce qui explique la durée du vol : 2 h 50. 1 h 50 de vol, puis 20 mn d'escale, puis 40 mn de vol à nouveau pour rejoindre
Tubuai.
Le billet est un billet double pour
Tubuai puis
Rurutu. La réduction Salon de 50 % s'applique sur les vols directs entre
Tahiti et les îles, mais pas pour les liaisons inter-îles pour lesquelles nous aurons une réduction Senior de 30 %. Prix payé : 76000 FCP pour deux.
En tout 6 jours et 5 nuitées.
A
Tubuai : 15000 FCP la nuitée en demi-pension (au lieu de 18500 FCP habituellement), à savoir donc 30000 FCP pour deux nuits.
13000 FCP à deux pour une journée - motu avec déjeuner inclus.
6000 FCP à deux pour une matinée - visite de ' marae '.
Le séjour à
Tubuai nous est donc revenu à 49000 FCP.
Vendredi 1 mars
Départ à midi 30. Il faudra presque 3 heures, avec une escale à
Raivavae, pour rejoindre enfin
Tubuai. Des airs, on est d'emblée surpris par la superficie du lagon et, par contraste, par la taille relativement modeste de l' île elle-même. L' ensemble, vu du ciel ou de la barrière, est harmonieux.
Nous sommes accueillis avec chaleur par Willson Doom - dit Wipa- qui nous conduit en quelques minutes à la pension qu'il dirige, en bord de route circulaire, côté montagne bien sur. Car il est interdit de construire quoi que ce soit côté lagon. C'est peu pratique, pas très écologique non plus, et, de toute façon, dangereux en cas de cyclone comme en 2011, quand la côte de l' île s'est retrouvée battue par des vagues d'une hauteur de 6 à 8 mètres !
La nature peut être généreuse, elle est aussi parfois impitoyable !
Nous nous installons et partons immédiatement pour un petit tour en vélo, vers le village de Mataura tout proche et au delà, ainsi que le long d' une partie de la traversière.
Les bords de route sont impeccables, minutieusement tondus sur une grande largeur, des fleurs ont été plantées, la route de ceinture est en bon état. Le maire est mormon, et, aux dires de notre hôte, ceci expliquerait cela, à savoir ce souci de netteté et de propreté dans la commune.
Le lagon est toujours agité. Il y a un premier récif immergé tout près de la côte, et un second beaucoup plus loin, au large, que l'on voit franger.
Pourquoi cette agitation permanente ? Simplement parce qu'il y a des marées à
Tubuai avec dénivellations de 1 à 2 mètres selon la période, les marées d' équinoxe étant les plus impressionnantes. Et puis le récif extérieur est plus immergé qu' ailleurs et laisse passer les vagues qui peuvent être si destructrices en cas de tempête tropicale ou de cyclone. C' est spécifique à
Tubuai.
Il fait très beau, nous avons de la chance.
Tubuai reste une île où le climat est instable et où il pleut fréquemment. La saison est bonne cependant.
Retour à la pension avant la nuit tombante. Nous sommes trois à la table de Willson pour le dîner. Grande pièce conviviale. Une gouvernante, Brenda, très charmante, s'occupe de la cuisine et de l' entretien. On se sent tout de suite à l'aise, comme en famille, avec Willson qui connait son île comme personne.
Samedi 2 mars
Il a plu pendant la nuit, mais les nuages s'enfuient en début de matinée et nous nous préparons pour une journée au motu.
Willson prépare son bateau que nous allons tracter jusqu'à la marina.
Très belle journée. Il faut une grosse demi-heure pour rejoindre le motu sur un lagon qui clapote. En revanche, à l' arrivée, il y a une magnifique étendue d'eau turquoise, calme car à l' abri du vent.
L' eau est fraîche et parfaitement limpide. De grosses patates de corail immergées révèlent la présence d'une multitude de bénitiers énormes, aux lèvres de toutes les couleurs, tous les verts du plus clair au plus foncé, et puis du bleu, du violet, du rouge. Des coraux aussi, en petits bouquets branchus, et coraux encroûtants de toutes textures, certains d'une couleur encore jamais vue, moutarde orangé. Peu de poissons par contre aussi près du motu.
Celui-ci est planté d'immenses arbres. D'autres sont tombés pendant le dernier cyclone; il y a aussi des pandanus, tout cela a un air de forêt secondaire. Le cyclone de 2011 a recouvert le motu d'eau pendant plus de 24 heures, un cataclysme rare et violent qui a eu le mérite de tuer tous les rats et tous les chats sauvages qui s'y trouvaient. Du coup, les oiseaux de mer - paille-en-queue, noddis, sternes blanches - sont revenus en nombre nidifier au sommet des grands arbres.
Ce motu est vraiment un bel endroit préservé.
Au menu du déjeuner, poisson grillé dont un énorme baliste. Exquis.
Retour vers 16 heures à terre et à la pension.
Nous repartons en balade, à pied cette fois (les vélos chinois sans rétro-pédalage sont un vrai poème....) vers la traversière. Nous reviendrons par le même chemin au crépuscule.
Samedi soir calme à
Tubuai. Les gens prennent le frais devant leurs maisons. L'épicerie chinoise est encore ouverte, et un mariage se prolonge de façon surprenante à la Mairie.
Dîner toujours à quatre avec Willson qui trône en bout de table. Au menu, préparation bénitiers - légumes divers au curry accompagnée de riz (toujours...), de pommes de terre et de taro.
Dimanche 3 mars
La nuit a été étoilée, il fait un temps superbe. Pas un nuage ! Rare à
Tubuai, selon les avis de ceux qui nous entourent.
Willson, grand spécialiste, va nous guider sur la route des ' marae ', la route des pierres sacrées, de son île pendant presque 4 heures.
Le premier arrêt a lieu en bord de mer, là où se trouvait le Fort George construit par l' équipage de la Bounty, et, très curieusement, avec l' aide des
Tubuai eux-mêmes. Naturellement il n' en reste rien, d'autant que la mer a grignoté la côte de l' île qui a reculé de plus de 100 mètres en 30 ans, et de davantage encore en deux siècles. Même il y a 30 ans, il ne restait aucune trace de ce fort, construit en bord de lagon au bout d'un chenal qui permettait d'ancrer le navire au plus près. Les douves creusées tout autour du fort étaient censées prévenir toute attaque-surprise, les Polynésiens ne sachant pas nager !
On repart sur la route de ceinture pour emprunter côté montagne une ancienne route de terre qui traverse l' île, et qui était la voie de communication initiale des habitants de l' île.
MARAE TUPAPARAU
On passe tout d'abord le long du ' marae ' Tupaparau (mot qui signifie ' on remet tout à plat ') et qui était réservé aux personnes handicapées au plan physique ou mental, souvent des victimes de la consanguinité qui faisait des ravages dans la population polynésienne de l' époque. Il y avait même des sentiers réservés aux aveugles qui pouvaient savoir et sentir où ils se trouvaient au contact de leurs pieds sur des pierres placées à dessein sur leur chemin.
A noter que, pour tenter de circonscrire les ravages de la consanguinité, les Polynésiens eurent recours du 15ème au 17ème siècle, au cannibalisme, bien sur sans aucun effet positif. Une période qui correspond aussi à une sédentarité des populations dans leurs îles respectives.
La fin du cannibalisme correspond, en gros, à un nouvel interêt pour la mobilité et les contacts extérieurs et à l' arrivée des missionnaires.
Ce ' marae ' très spécial est envahi par la végétation et n' a pas encore été libéré de la gangue d'arbustes et de végétation dense qui l' encombrent.
MARAE MATARAU
Ensuite, c'est le ' marae ' Matarau, mot qui veut dire ' celui qui voit tout ', mais également ' celui qui nettoie tout '. Mais il se prononce aussi Vaitarau, ce qui veut dire ' accoucher dans l' eau ', et également ' Croire en l' Invisible '. On y faisait accoucher les femmes, accroupies, dans l' eau. On s' y lavait et on s' y purifiait.
Pourquoi toutes ces significations différentes ? Simplement parce que l' élite (ceux que les Européens appelaient les nobles ou ' arii ' en tahitien) utilisaient un langage codé qui permettait de lire à l' endroit et à l' envers, ne serait-ce qu' en rajoutant une consonne entre deux voyelles.
A noter que le statut supérieur de noble n' était pas héréditaire, mais était octroyé au mérite, à l'intelligence et à la sagesse.
MARAE HAUNARE
Cette randonnée-découverte se poursuit avec le ' marae ' Haunare ' qui signifie ' la joie qui vient d'ailleurs / de l'invisible '.
Tous ces marae se présentent sous forme de grandes pierres ou dalles levées ou couchées, délimitant des plateformes qui autrefois étaient piquetées de plus petites pierres. Certaines de ces pierres sont gravées de pétroglyphes. L' une d'elles, dressée et immense, à l' entrée du dernier ' marae ' cité, a été travaillée dans la largeur et entaillée 7 fois, pour indiquer les 7 classes sociales existant dans la société de l' époque.
MARAE TAPUTAPUATEA
On peut aussi mentionner le ' marae' de Taputapuatea, le plus grand de l' île, et antérieur à celui de
Raiatea dont la structure est faite de pierres anciennes, mais pas bâti à la manière des Anciens. Ce dernier date du 16ème siècle seulement (autour des années 1530), celui de
Tubuai de plusieurs siècles auparavant.
' Taputa ' veut dire ' palais de justice '. Les guerriers y venaient pour être sondés et interrogés dans le but de savoir s'ils étaient - toujours - dignes d'appartenir à l' élite. Ils étaient formés par des maîtres à la sagesse suprême, ils devaient être exemplaires. On venait d'autres îles pour les rencontrer, on envoyait régulièrement des ambassadeurs pour s'inspirer de leur ouverture d'esprit et de leur grandeur d' âme.
Contrairement à l'idée générale, c'est le site sacré de
Tubuai et non celui - iconique actuellement - de
Raiatea qui était réservé à l' élite suprême. La décision - particulièrement frustrante pour l'orgueil des chefs et chamans de
Raiatea - de partir en exploration vers ce qui est aujourd'hui la
Nouvelle Zélande a été prise à
Tubuai et non à
Raiatea.
Il y a d' autres ' marae ' à découvrir sur l' île, si l'on a du temps... et un guide qui veut bien vous promener pendant quelques heures supplémentaires.
Willson Doom sera votre homme...
MARAE TAHIRIURA
Servait de tribunal dans l' île.
MARAE HAENA
Etait, selon la légende, le lieu de résidence d'une ogresse se repaissant de jeunes enfants.
MARAE TONOHAE
Face à la passe Tearamoana et à la Baie Sanglante (là où eut lieu la première confrontation des guerriers
Tubuai avec l' équipage du Bounty). Servait de lieu de guet en cas d'arrivée d'ennemis.
MARAE NARAI
Porte le nom d'un ancien guerrier mentionné dans les légendes de
Tubuai. Servait de lieu de rencontre et de palabre entre les chefs de guerre dans le but de faire la paix.
MARAE TARAREA
Servait aux chefs de lieu de rencontre pour préparer des embuscades et décider du sort des prisonniers.
L' excursion dure depuis 3 heures, les sites sacrés sont protégés par une végétation dense et la lumière diffuse crée une ambiance particulière, un peu comme sur les sites maya que l'on trouve dans la forêt primaire du Peten au
Guatemala. Ils sont infestés de moustiques, ce que nous n' avions pas vraiment prévu... La visite se termine.
La route intérieure aboutit après quelques kilomètres à la route circulaire récente, nous la suivons sur quelques kilomètres et faisons halte à l' entrée d'une propriété nommée ' Hermitage Sainte Hélène ' pour y voir le tombeau - façon Pomaré, c'est à dire grandiose - de Noël Ilari, personnage controversé de la politique franco-polynésienne, doté d'un ego sur-dimensionné, ancien administrateur colonial devenu - surtout par calcul politique - l ' un des chantres de l' autonomie interne dans les années 50, puis brièvement Président de l' Assemblée Territoriale, inquiété par l' Etat pour malversations et finalement mis en résidence surveillée à
Tubuai sur cette propriété que l'on ne peut plus arpenter à loisir car elle est de nouveau occupée par la famille.
On notera dans l' épitaphe gravée sur le tombeau la référence vindicative à ' son ingrate patrie '.
Ilari fera prospérer sa propriété grâce à la culture du café, mais la plantation sera finalement abandonnée, ainsi que la culture du café dans toute l'île. Dommage car celle-ci serait une niche intéressante actuellement, avec une réelle ouverture commerciale vers
Tahiti voire plus loin.
Les cafés insulaires sont généralement d'excellente qualité; on prendra comme exemple
Hawaii et la
Nouvelle-Calédonie.
Retour à la pension. Déjeuner léger, puis Willson nous conduit à l' aéroport.
L' avion vient directement de
Tahiti, arrive avec un peu de retard, repart avec encore du retard pour des problèmes de documents de bord et nous atterrissons à Rururu 45 mn plus tard.
Le temps de rencontrer notre hôte et de rejoindre la pension située sur la côte ouest, le soleil se couche déjà sur la mer au dessus du récif frangeant et écumant, tout proche de la plage.
PS Ce n' est pas encore la fin... Il faut dérouler le menu plus avant....
On clique sur 2... et c'est parti.
Moana