Cette fois-ci l'action de passe lors d'une balade au fin fond de la province de Nan.
Je suis parti à vélo après 15h30 pour profiter de la chaleur s'amenuisant visiter un village ethnique situé à environ une quinzaine de km à l'ouest de Thung Chang (où je fais étape 5 nuits). La route qui mène à ce village est faite d'une succession de montées et descentes, bref j'en bave pendant 1 heure avant de parvenir à destination.
Une fois sur place, photos de la nature environnante, quelques causettes autant que faire ce peut, échanges de sourires, regards curieux de part et d'autre, jusqu'à ce que je tombe sur des mômes rigolards qui après quelques pitreries (elles aussi de part et d'autre...) proposent de me présenter au moine (encore un???) du village qui leur sert aussi d'instituteur. Qu'à cela ne tienne, nous voilà partis visiter ledit: présentations, waï de ma part avec paumes à hauteur de front puis les gamins repartent vaquer à leurs occupations cyclistes et me voici à converser avec le safrané. Celui-ci en revanche ne sort pas une bouteille de sky mais me propose un thé dont l'eau chauffe déjà dans une bouilloire noircie posée dans un non moins noirci foyer. Bien que le tea time soit un peu dépassé, j'accepte, n'osant refuser (on est comme ça dans la gentry...).
Problème: le thé est archi-brûlant et je ne supporte pas de consommer quoi que ce soit trop chaud. Je dois donc attendre que le breuvage tiédisse un peu, ce qui en soi ne serait pas grave si nous n'étions pas à une heure où le jour ne va pas tarder à commencer de se coucher alors que je dois encore rentrer, et avant j'aurais bien aimé faire encore quelques photos. Je ne puis quand même pas planter le gars là sans avoir touché à son thé! Je me résous donc à attendre en essayant de temps en temps d'en avaler une petite gorgée en me brûlant. Et le temps passe. Et cette saloperie de thé tarde à refroidir. Je n'écoute plus la conversation de mon hôte, je ne pense plus qu'à une chose: m'en aller. Ce que je finis par faire au bout d'un trop long moment. Waï de ma part expédié en remerciement, et tchao, je renfourche mon vélo et prends tout de même le temps pour quelques dernières images du coin vite faites avant de prendre le chemin du retour.
Mais ça-y-est, le crépuscule du soir ne va pas tarder à pointer. Je décide donc de faire du stop. Ce ne sera pas facile car d'une part je n'ai encore vu aucune voiture mais en plus le vélo sera aussi à transporter. La chance est avec moi: au bout de pas 5mn en voici une, et c'est un pick-up, exactement ce qu'il me faut.
Signe de ma part (toujours la main horizontale à hauteur de cuisse, de hanche, de tête ou carrément en l'air avec gestes de paume de bas en haut), il s'arrête. A bord un couple étonné de me voir dans une telle contrée isolée (comme d'hab):
"noble couple, iriez-vous à Thung Chang?
Le monsieur me répond oui d'un timide signe de tête
"accepteriez-vous de me prendre à votre bord avant que je ne sois happé aux tréfonds de la nuit? (si avec ça je ne l'apitoie pas...)
"...
Vu qu'il ne semble pas refuser je prends sa non-réponse comme un autre oui. Je me dirige vers l'arrière, il sort afin de me donner un coup de main pour charger le vélo dans la benne puis m'invite à monter devant avec eux. Il fait passer sa femme derrière les sièges dans l'étroit espace qui normalement est plus destiné à transporter quelque menu bagage.
Après une quinzaine de minutes il me dépose à Thung Chang là où prend la route vers mon guesthouse situé à une centaine de mètres dans la campagne.
Il fait nuit.
J'ai faim.
Zut, à cette heure-ci Madame Papui (prononcé "papouille"), la vieille marchande d'un excellent Khao Soi, est fermée depuis longtemps...
Voilà, c'est la fin de mes expériences d'auto-stop en
Thaïlande.
On peut en retenir plusieurs constantes:
- faire du stop n'a jamais été une décision prise à l'avance, je ne l'ai toujours fait que pour une bonne raison (sauf dans la 3ème histoire où j'ai été emmené "d'office"),
- ça ne s'est jamais passé sur des routes très fréquentées,
- ça n'a jamais été pour parcourir de grandes distances,
- je n'ai jamais commencé alors que la nuit était déjà tombée.
- je n'ai jamais eu à attendre longtemps et c'est toujours la première voiture qui est arrivée qui m'a pris, je n'ai essuyé aucun refus,
- et enfin, ça n'a jamais été dans un souci économique.
Est-ce qu'un conducteur thaï refuse de s'arrêter quand sur le bord de la route quelqu'un lui fait signe de le faire?
Ce topic, mes récits et la liste de constantes ci-dessus ne constituent en rien le conseil ou le dé-conseil de faire du stop en
Thaïlande.