En 1920 les Hollandais voulaient faire de
Bali un « musée vivant », aujourd’hui le monde entier en a fait son Disneyland.
Bali à moto,
Bali à vélo,
Bali en bateau ou même en chameau, l’île propose à tout à chacun l’aventure, les sensations et la culture à la carte, en Anglais, Français ou Japonnais.
« Tout ce qui est populaire est mauvais », et le tourisme à
Bali est ultra-populaire.
Ubud, capitale culturelle de l’île, est devenue l’industrie du bonheur, du luxe, du lounge, des spas, des cottages et des villas. La culture Balinaise pourtant si riche, unique et précieuse, est déclinée à l’excès, bradée et saccagée.
Plus aucune aura n’est perceptible, ni dans les sources sacrées où les groupes de touristes affluent en masse devant les pratiquants qui viennent se laver d’eau bénie, ni non plus dans les majestueux temples qui côtoient Starbucks, Billabong ou Ralph Loren. Le Blanc domine partout : il foule le trottoir surplombant et ignorant chauffeurs de taxi et masseuses assis par terre. Au marché, il vient faire ses achats au rez-de-chaussé propret et bien aéré qui contraste avec le sous-sol aux ruelles étroites et sombres où les locaux viennent s’achalander. Au restaurant aussi, il s’installe aux terrasses sur-élevées, siroter un Mojito, Manu Chao en fond sonore, après avoir fait les boutiques inaccessibles aux locaux.
Un nouveau colonialisme est né, qui nous parait malsain, mais qui semble pourtant passer inaperçu par des Blancs peut-être bien trop occupés pour le remarquer. Nous les regardons passer, et nous ne nous retrouvons ni dans ces Australiens au tee-shirt Bintang venus se cultiver un peu entre deux beuveries de bord de mer, ni dans ces trentenaires célibataires venues remettre en cause leur existence entre deux spas en cherchant une réponse à cette foutue question « Comment vivre avec moins d’argent quand on aime le luxe? », ni à ces Japonnaises délicates, robe à fleur légère, chapeau de paille, petit haut cintré et bras recouverts de sacs de shopping dont le montant total frôle le PIB de l’île, ni non plus à ces familles, revenues de leur randonnée chameau-éléphant à travers les rizières et planifiant leur sortie rafting du lendemain.
Tous différents mais ayant en commun un même objectif : se faire divertir et asservir par d’aimables et souriants autochtones, accessoirement pantins et prisonniers de leur culture, qui apportent une dose annuelle d’exotisme à des occidentaux venus de leurs pays riches.