Bonjour,
Tout d'abord, désolé d'intervenir un peu tardivement sur ce thème (pauvres, solidarité internationale,...), notamment après cette conclusion qui me semble brillante et adéquate.
Je n'ai pas la pratique de ces discussions par net interposé et je dois bien admettre que ce qui me dérange principalement, c'est qu'on ne sait pas d'où les gens nous parlent.
Sont-ils devenus spécialistes des questions Africaines (voire internationales) en naviguant sur internet, en regardant assidument
France 24, en effectuant plusieurs séjours au club med de
Dakar et de Djerba...?
Sont-ils devenus experts de la solidarité associative, nationale ou internationale en faisant quelques heures de bénévolat, ou en donnant des vêtements usagés...?
Comment s'assurer d'ailleurs que ces vieilles fringues ne puissent profiter qu'à Nos pauvres?!!!!
Avant de m'installer au
Burkina, il y a 11ans, j'ai dirigé le service jeunesse d'une grande fédération d'éducation populaire.
Tout ce qui est dit plus haut, concernant les actions de solidarité internationale, peut-être rapporté aux associations agissant sur le plan national (ha oui, au fait, je parle de la
France).
En presque 20 ans de carrière associative, je n'ai jamais vu le secteur social de notre fédération prendre une initiative en fonction d'un problème identifié. Non, chaque projet, chaque action était montée en fonction des subventions que l'on pouvait en retirer. C'est comme ça que l'on pouvait s'offrir des grosses bouffes, des voitures de fonction,...
Quant- à abuser de la naïveté et de la générosité de nos bénévoles,... Aucune gène, aucune pudeur... Combien de fois ais-je vu les gros cadres du secteur social se bidonner en se racontant les savoureuses anecdotes sur les "boulets" qu'étaient les bénévoles, et de conclure par : "Et ils ne réclament même pas leurs frais de déplacement".
En 20 ans, j'ai vu le monde associatif évoluer ainsi et passer de la défense de valeurs à la recherche de profit.
Dans cette grande fédération, il y avait également un secteur solidarité internationale (c'est d'ailleurs eux qui m'ont permis de découvrir l'Afrique de l'ouest et pour cela, je les en remercie). Les cadres de ce secteur étaient de grands rêveurs, ex-baba cool reconvertis, qui voyaient partout l'amour, la solidarité entre les peuples,...
Quand ils intervenaient sur des préparations de séjours de "co-développement", ils donnaient une vision idyllique, leur vision en fait, la vision de ceux qui n'effectuent que de courts séjours où ils sont accueillis en héros, en sauveurs.
Mes propos peuvent paraitre négatifs, pessimistes, j'en suis désolé. Car en réalité, je demeure un fervent partisan de l'action associative, nationale ou internationale. Néanmoins, comme il a été dit pus haut, il est bon de se renseigner et d'agir en conscience.
J'aimerais maintenant toucher deux mots quant-aux pauvres d'ici et d'ailleurs.
Que peut-on réellement comparer? Le seuil de pauvreté?
Au Faso, il est estimé à 108.374 Francs/cfa (165€)par an soit environ 300F/cfa par jour.
Et oui, 45 centimes d'euro quotidien...?
Les chiffres de 2011 (difficile d'avoir des données récentes) de l'EICVM (enquête intégrale sur les conditions de vie des ménages) indiquent que 43.9% de la population vit en dessous de ce seuil!!!
On pourrait être tenté de conclure que, dans ces pays, là-bas, on peut vivre décemment quand on perçoit 45 centimes d'euro par jour.
Ma foi, on peut vivre dignement et les populations locales y arrivent plutôt bien, mais décemment, certainement pas, on en est loin. Même les rares personnes qui perçoivent le SMIC local (30.600F environ 47€), ce qui n'est pas le cas de tous les salariés, loin de la, ont énormément de difficultés à joindre les deux bouts.
Pas d'accès à l'eau potable, encore moins d'électricité, pas d'accès au soins (quand on attrape palu, si on peut, on paye paracétamol), pas ou peu d'éducation pour les enfants (l'inscription en primaire coute de 25.000 à 40.000F/an les tarifs allant croissant en fonction du niveau d'études), pas de viande, pas de vêtements neufs,... j’arrête là!
Alors les pauvres d'ici, ils n'ont qu'une seule envie, qu'un seul espoir : devenir pauvre ailleurs, quelque part, en
France, en Europe, la où les gens sont riches et où la vie est si facile. Et quand on sait ce qu'ils endurent, difficile de les en dissuader, tout en restant entièrement sincère.
Glaise, attendez donc qu'ils arrivent, à ce moment là, ils seront devenus Vos pauvres et vous pourrez alors vous en préoccuper.