Radio-
Canada;
Le
Canada ne suivra pas nécessairement à la lettre les mesures de sécurité aérienne renforcées adoptées par l'administration Obama dans la foulée de la tentative d'attentat survenue le 25 décembre dernier sur le vol 253
Amsterdam-
Detroit de la Northwest Airlines.
Mercredi, le ministre fédéral des Transports, John Baird, a en effet indiqué que le gouvernement fédéral allait d'abord prendre connaissance des détails du plan américain avant de l'adopter.
Ottawa veut s'assurer qu'il ne viole pas la Charte canadienne des droits et libertés, qui interdit la discrimination d'un citoyen basée sur le pays d'origine.
Les nouvelles directives américaine, en vigueur depuis lundi, incluent une fouille corporelle « complète » ainsi qu'une inspection manuelle des effets personnels des voyageurs en provenance de 14 pays ou ayant transité par un de ces 14 pays. À l'exception de
Cuba, tous ces pays sont culturellement liés à l'islam.
L'annonce de ces nouvelles mesures a suscité une levée de boucliers. Profilage racial, stigmatisation des musulmans, paranoïa antiterroriste: les associations de musulmans ou de défense des libertés civiles n'ont pas mâché leurs mots pour exprimer leur inquiétude.
Le ministre Baird entend mener d'ici la fin du mois de janvier des consultations avec les responsables américains et canadiens de la sécurité aérienne.
Mardi, au cours d'un entretien accordé à CBC, le premier ministre Stephen Harper avait déjà évoqué la possibilité que le
Canada élabore sa propre politique de sécurité aérienne, distincte de celle des
États-Unis. « Nous allons étudier ces mesures très attentivement et il est possible que nous arrivions à des conclusions différentes », a alors déclaré M. Harper dans cette entrevue qui abordait aussi d'autres facettes de l'actualité.
Cette journée-là,
Ottawa a annoncé de son côté l'installation de 44 scanners dans les grands aéroports du pays, dont ceux de
Montréal et de
Toronto, ainsi que la création d'un programme de surveillance du comportement des voyageurs. Ainsi, des agents de surveillance auront le mandat d'être à l'affût de tout agissement jugé suspect, comme par exemple un passager qui serait vêtu d'un lourd manteau par temps chaud.
Le programme de surveillance des voyageurs inquiète
Mercredi, le Commissariat à la protection de la vie privée du
Canada a annoncé son intention d'interroger le Bureau de la sécurité des transports du
Canada (BST) et le ministère fédéral des Transports au sujet du programme de surveillance du comportement des passagers.
La commissaire adjointe à la protection de la vie privée, Chantal Bernier, a indiqué qu'elle exigera des détails sur ce programme lors d'une réunion prochaine avec des responsables fédéraux de la sécurité aérienne. La commissaire Jennifer Stoddart compte pour sa part obtenir une évaluation formelle de l'impact qu'aura ce programme sur la vie privée des citoyens canadiens.
L'Association canadienne des libertés civiles est également inquiète. Sa représentante Nathalie Des Rosiers affirme que la « nature subjective » du programme canadien de surveillance du comportement pourrait mener au profilage racial.
Shahid Hashmi, de la Chambre de commerce canado-pakistanaise, admet quant à lui être « nerveux ». Même s'il vit au
Canada depuis maintenant 37 ans, il a peur d'être ciblé par les autorités en raison du simple fait qu'il est né au Pakistan et de confession musulmane. « Ça ne me dérange pas de subir un contrôle de sécurité. Mais il y a une différence entre être contrôlé et être harcelé », dit-il.
Tous les musulmans du
Canada ne sont pas de cet avis. Tarek Fatah, fondateur du Congrès musulman du
Canada, pense au contraire que la surveillance du comportement des voyageurs est une mesure plus efficace que l'établissement d'une liste de pays jugés suspects. De son point de vue, elle permet d'éviter la stigmatisation de familles musulmanes qui seraient innocentes et de mieux cibler certains hommes ressortissant de pays ne figurant pas sur la liste qui pourraient être dangereux.
Ce débat survient au moment où une Néo-Écossaise de confession musulmane dit avoir été traitée comme une terroriste par des douaniers américains à l'aéroport international d'
Halifax parce qu'elle portait le voile.