Une petite carte postale de retour du sud de l'
Inde.
Par où commencer?
Par la sortie de l'avion, à
Colombo, au
Sri Lanka. On faisait juste un
transit, mais sentir l'air chaud et humide, ça faisait déjà
impression...
Ensuite vol jusqu'à
Cochin, en
Inde.
Je suis dans le sud du pays dans l'état du
Kerala, pour 3 semaines,
avec deux acolytes, et tout ce qu'il faut pour prendre du son et des
images. Nous sommes partis faire un film sur les
cocotiers et les noix de coco.
Je ne vais pas faire un exposé sur le sujet, mais je voudrais vous
parler un peu de ce que j'ai vu de l'
Inde.
Premières visions, à travers le pare-brise.
Je crois qu'on roule dans une Tata, mais plus tard, ce sera
l'Ambassador.
Pour ceux qui ne connaissent pas, l'Ambassador est LA voiture la plus
populaire en
Inde, avec sa carcasse typique britannique issue de
l'Empire, et à l'intérieur et dans le moteur toutes les variantes
possibles. Un exercice de style automobile, dans lequel on tient bien
à 4, où on peut s'entasser à 7 si il faut.
Je vois défiler les rickshaws jaunes et noir, les énormes camions de
transport bariolés, les motos, klaxons à bloc. Ça roule au milieu, ça
se croise à 3 voire 4 selon la taille des véhicules, on se frôle, et
prenant soin de ne pas laisser traîner un bras dehors!
Plus tard ce jour, je vois ma première crémation. La procession porte
le linceul jusqu'au crématoire, on le pose sur le bûcher, puis le
brahmane officie avant l'ignition.
Un petit mot sur le
Kerala, un état un peu particulier, où depuis
1957, des communistes sont élus démocratiquement et administrent le
territoire. Résultat: un des états les plus prospères, le moins
inégalitaire et le plus éduqué, où l'alphabétisation atteint des
records (95% hommes et femmes confondus je crois) et où le taux de
natalité est particulièrement maîtrisé (2 enfants par femme). Le
système de santé permet en outre aux Keralais d'être soignés pour rien
dans les meilleures conditions possibles. Pas mal pour le tiers monde!
Mais est-ce bien le tiers monde, ici?
Ce qui est sûr c'est que l'
Inde est en pleine révolution, et, comme la
Chine, consolide sa position d'acteur économique incontournable. Après
les rachats opérés par Mittal, qui a fait main basse sur la sidérurgie
européenne, c'est au tour de Tata, omniprésente marque automobile mais
aussi consortium industriel de s'attaquer à Land Rover et Jaguar.
N'oublions pas que l'industrie cinématographique indienne produit plus
de films que Hollywood, et qu'à notre humble niveau de voyageurs, nous
avons pu surfer sur le net en illimité avec un ordi portable et un gsm!
Un pays de contrastes, c'est le lieu commun, entre prospérité, et
pauvreté. En l'occurrence, nous avons croisé relativement peu de
mendiants ou d'estropiés, en comparaison de ce qu'on verrait dans le
nord. Disons que c'est moins trash, et que le "parti" semble avoir
oeuvré à égaliser autant que faire se peut le paysage social. En
revanche, en termes de moeurs, le
Kerala est très traditionnel.
Dans une société encore assez rurale, les mariages arrangés restent la
norme, avec cependant certaines nuances intéressantes.
Dans une des familles que nous avons visitée, la grand-mère avait eu
deux maris, deux frères, et tous trois avaient vécu ensemble
maritalement, avec leur descendance.
Mais dans beaucoup de cas, comme nous l'a expliqué un brahmane, la
femme se dévoue corps et âme à son mari, à tel point qu'une fois
l'homme disparu, la femme n'aurait plus de raison de prolonger son
existence terrestre. Mais en pratique, les veuves sont toujours là,
alors que les hommes disparaissent relativement jeunes.
À la maison, évidemment ce sont les femmes qui préparent les repas, et
il y a plusieurs services. Les invités mangent en premiers, seuls,
puis c'est le tour des hommes de la maison, puis des femmes et des
enfants.
On mange avec la main droite, on fait une boule avec les aliments, en
pressant le riz ou la semoule de blé mélangés aux légumes ou aux
bananes, et aux chutneys et autres pickles.
C'est épicé. C'est bon. C'est végétarien la plupart du temps, mais on
a mangé aussi pas mal de poisson. Avec une main c'est gérable, sauf
quand on mange du crabe!!
Ah, sinon on a vu un mort, juste à un arrêt de bus. Les passants
continuaient leur traintrain. Le type avait un peu de sang dans la
bouche, et les insectes commençaient à s'occuper de lui. La police a
fini par arriver, mais on n'en saura pas plus. Accident? Peut-être
l'alcool?
On a vu plusieurs types pas mal éméchés, et une fois ça a failli finir
en bagarre, tellement le bonhomme était saoul et nous avait pris en
grippe, avec nos têtes de blanc et notre matériel hightech.
Une autre fois, à
Cochin, on a vu un gars se tordre de douleur sur le
trottoir pendant un temps indéfini, juste devant un magasin de
"Foreign Liquor". Donc l'alcool, ici comme ailleurs, c'est vraiment un
problème. La particularité locale, c'est le toddy, un liquide extrait
de la sève du cocotier, puis fermenté en une dizaine d'heures. Les
accros peuvent boire plusieurs bouteilles d'affilée, et polluent les
abords des toddy shops.
Sur le cocotier proprement dit, inutile de vous dire que j'en ai
appris tant et plus, et que ce fut l'occasion de rencontres
intéressantes, au Coconut Research Station, non loin de
Thiruvananthapuram (
Trivandrum) au sud, ou à l'Ayurvedic Hospital de
Cheruturuthi, à l'est de
Cochin. Je n'ai jamais bu autant d'eau de
coco, car chaque fois qu'un homme grimpait, nous avions droit à notre
ration de coco fraîche, l'eau à boire, la chair encore gélatineuse à
manger (miam!).
Autre chose, peut-être l'essentiel, le pilier de l'imaginaire du pays:
la vie religieuse, qui rythme le quotidien, à toute heure du jour et
de la nuit.
Les musulmans, les chrétiens, les hindous et les bouddhistes
cohabitent en plus ou moins bonne intelligence, et les Indiens que
nous avons rencontré s'appelaient autant Vincent, que Vinod ou
Mahmoud. Les appels à la prière résonnent un peu partout cinq fois
réglementaires par jour. Les mélopées entendues durant les pujas, les
cérémonies dans les temples hindous, sont jouées parfois par des
musiciens, ou alors chantées par l'assistance. Des voitures et des
rickshaws décorés de fleurs et de peinture passent parfois en
klaxonnant, ce sont les Ayappas, les hindous qui partent en pèlerinage
je sais plus où.
C'est peut-être ça le plus fascinant, et ce que je retiens de l'
Inde,
cette dévotion aux mondes spirituels.
Et avec les couleurs qui flashent, le bruit partout, c'est un mélange
constant entre chaos et harmonie.
Un voyage ne suffit pas. Je comprend pourquoi on parle "des" Indes, et
il me tarde de continuer cette découverte.
Matlo