Conduire en
Turquie (par exemple au volant d'une voiture de location) est une expérience... disons, "enrichissante", même pour un conducteur français chevronné.
Je recommanderai comme pré-requis: une grande expérience de la conduite en général, de préférence acquise dans les années 70-80, des nerfs solides, une attention de tous les instants et un sens de l'improvisation développé.
Il faut d'abord comprendre qu'en
Turquie, la signalisation horizontale ne sert à rien. Disons à la décharge des conducteurs turcs qu'elle est le plus souvent presque effacée, mais même quand elle est lisible, personne ne la respecte. Lignes continues, DOUBLES lignes continues, n'empêchent personne de dépasser quand ils en ont envie et, après trois semaines de fréquentation de diverses routes turques, je ne sais toujours pas qui a priorité sur les rond-points, tant il s'agit là d'un concept théorique: en pratique, c'est le plus fort qui passe, le plus déterminé, celui qui circule sur la route la plus importante (notion très relative!), et tout cela varie bien sûr d'un rond-point à l'autre, en dépit de certains vestiges de marquage qui laisseraient supposer que la priorité est comme en
France, à ceux qui sont déjà engagés sur le rond-point.
Paradoxalement, les routes turques regorgent de ces panneaux octogonaux rouges qui, partout dans le monde, signifient "STOP" (en turc: "DUR"), mais leur usage est purement décoratif.
Il en va de même des limitations de vitesse (chacun fait à son gré), et de la signalisation verticale en général. On fera donc comme les autochtones et on ne s'embarrassera pas de ces détails. Vous comprenez pourquoi je disais qu'une expérience de la conduite en
France dans les années 70 pouvait être utile?

Venons-en enfin aux grands carrefours, réglés par des feux tricolores. Leur fonctionnement, complètement étourdissant au départ pour le touriste, est en fait fort bien fichu: le feu est vert; d'un coup, le voilà qui se met à clignoter, tout en restant vert... c'est pour vous dire qu'il s'apprête à passer à l'orange, puis au rouge. De même, à la fin du rouge, l'orange s'allume de nouveau en même temps que le rouge, pour vous prévenir d'un prochain passage au vert... Malin, non? Les Américains ont quelque chose de semblable, mais moins sophistiqué.
Eh bien, en
Turquie, tout le monde s'en fiche, de cette signalisation! Il est très fréquent (genre: 10 fois par jour) de voir un conducteur passer franchement au rouge et traverser le carrefour, s'il pense (souhaitons qu'il ait raison!) que personne ne vient sans l'autre direction, ou qu'il aura le temps de passer! Ce genre de manœuvre est, bien entendu, parfaitement hallucinante pour un conducteur français.
Quant au stationnement, là aussi c'est le n'importe quoi érigé en système: on se gare où on veut, le long des rues, je long des petites routes, des grandes routes, des 4-voies et des autoroutes, avec la même désinvolture et la même absence d'égards pour les autres que quand, dans un parking en épi, on se gare bien à cheval sur deux emplacements, parce que c´est beaucoup plus simple que de faire attention où on met ses roues!
Tout cela pour dire que conduire en
Turquie est très, très différent de la conduite en
France (surtout dans notre époque de "radarisation" forcenée). On n'atteint pas les sommets de l'
Égypte (et du
Caire en particulier), et d'ailleurs je n'ai jamais eu, ni même frôlé de peu, le moindre accident en trois semaines de conduite. Il y faut néanmoins des nerfs solides, et ne pas craindre de jeter (temporairement) à la poubelle toute notre admirable culpabilisation de conducteurs occidentaux, pour nous adapter aux coutumes locales.
Bonne conduite en
Turquie, et restez prudents!