Tatra a raison, concernant le contre exemple culinaire. (C'était plutôt à prendre comme une boutade). Probable que les marins revenant avec quelques ingrédients exotiques dans leur sac n'avaient aucune chance qu'ils fussent adoptés par leurs proches, ne serait-ce qu'en raison de l'origine fortement rurale des populations utilisant essentiellement les produits de leur agriculture personnelle ou de proximité, aussi pour des raisons climatiques, et achetant peu d'ingrédients exogènes, ne serait-ce que pour des raisons économiques.
Mais je pense que l'usage des pruneaux est plus ancien que les années soixante. Ma propre grand-mère, née en même temps que la tour Eiffel, a toujours pesté (je l'entends encore quand nous lui réclamions un kig-ha-farz aux pruneaux) contre ce mélange de salé et de sucré (notamment les pruneaux et raisins secs) dans la cuisine, selon elle une déviance de la cuisine bourgeoise, c'est-à-dire des villes.... D'ailleurs j'ai connu enfant de vieilles tantes très "campagnardes" qui utilisaient le reste de chaleur du four à pain pour y sécher des pruneaux faits maison, en même temps que pour y cuire des gâteaux et des fars, des fricots.... Haut comme 3 pommes, je les regardais enfourner leurs claies chargées de fruits bizarres en croquant une brioche encore chaude prélevée sur la fournée... Et cette technique de sèchage artisanale remontait au moins aux générations précédentes... bien que je ne fusses pas né pour en témoigner.
Aussi, toujours pour parler du pruneau, les repas de battages, de fenaisons, de mariages... où les viandes, volailles, lapins, lards, étaient cuisinées en fricots dans de grands chaudrons dans une "soupe" (ou sauce) de carottes, d’oignons et de pruneaux, qui n'avaient donc d'Agen que le nom, agrémentée parfois de vin rouge, voire de gnôle!
Mais nous sommes loin du
Vietnam, si ce n'est cette curieuse histoire de Bretons faits mandarins en Cochinchine!
Entre 1790 et 1802, ils passèrent avec leurs compagnons d'armes au service du jeune prince Nguyên-Anh, descendant des rois de Cochinchine. La cause du jeune prince, traqué et pourchassé par les Taï-Son qui avaient massacré toute sa famille, paraissait alors désespérée. Grâce à l'aide de cette poignée de Bretons, il allait pourtant, en quelques années, reconquérir le trône de ses aïeux et réunifier le Dai Viet - devenu le
Viêt Nam en 1804 - dans les limites qui sont encore les siennes aujourd'hui, du
Cambodge à la
Chine.... Philippe Vannier, Jean-Baptiste Chaigneau, natifs de Lorient, jouèrent un rôle majeur dans cette épopée. Il passèrent près de trente ans au service du roi de Cochinchine, devenu l'empereur d'Annam (sous le nom de Gia-Long), qui fit J. B. Chaigneau général de l'armée du nord, marquis de Thang-Duc et grand mandarin. Publié à
Hanoi en 1923, le livre d'André Salles consacré au destin incroyable de Jean-Baptiste Chaigneau était depuis longtemps épuisé et introuvable. Il reparaît aujourd'hui grâce à la collaboration des éditions Les Portes du large et de la Nouvelle Association des Amis du Vieux Hué. Le présent livre contient aussi un document exceptionnel, le Mémoire sur la Cochinchine rédigé par Jean-Baptiste Chaigneau en 1820. L'original en semble aujourd'hui perdu, mais une copie manuscrite en est conservée dans les archives du ministère des Affaires étrangères. Ce mémoire, un des tout premiers consacrés au
Viêt Nam, un pays dont les Européens ignoraient encore tout ou presque tout, reste étonnant à parcourir aujourd'hui...
Je me dis que ces hommes-là qui sont revenus au pays après une tentaine d'années d'absence ont dû torturer leurs proches par des exigences culinaires particulièrement exotiques pour l'époque!
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Skito.