Bonjour,
Je suis allée deux fois dans le Dallol en prolongeant de quelques jours un voyage dans le nord de l’
Ethiopie.
Pour tous ceux qui ont envie d’y aller, j’ai essayé de décrire tout ce qui est enthousiasmant : les gens et les paysages ainsi que tout ce qui peut poser problème : essentiellement le parcours et l’organisation.
Par contre, je ne suis pas allée jusqu'au volcan Erta Ale: j'aimerais savoir s'il est envisageable de le gravir en étant "petit" marcheur, marcheur mais pas sportif et dans quel état on est au retour...
Pour le Dallol, la marche n'est pas un problème. En partant de Mékélé, nous allons passer de 2 700 mètres d’altitude à moins 126 mètres, des montagnes, de la verdure, des fleurs, des cultures, d’une ville de 140 000 habitants à la plaine blanche, immaculée du lac, parcourue par quelques Afars. Difficile d’imaginer de tels contrastes en si peu de temps.
La piste de bout en bout est très belle à voir.
A parcourir c’est autre chose : il faut compter 7 à 8 heures pour faire 150 kilomètres, si tout va bien ; les 50 derniers kilomètres étant particulièrement difficiles, nous parvenons à faire du 13km/heure...
Dans les paysages qui se dessèchent au fur et à mesure que nous perdons de l’altitude, nous parvenons à l’étape de Birale
C’est un gros village Afar et c’est là que nous présentons les laisser passer. Si on ne les a pas...il faut du temps pour négocier avec les autorités compétentes et ce n’est pas gagné !
Se retrouver bloqués si près du but serait vraiment insupportable, alors...mieux vaut ne pas prendre ce risque.
C’est aussi là que nous faisons connaissance du guide Afar et du (ou des) policiers armés qui vont nous accompagner, tous étant d’une gentillesse extrême.
On repart vers Ahmed Ela, dernier minuscule village écrasé de chaleur avant la traversée du lac: 19 km pour atteindre le site du Dallol.
Les cases Afar, sur un socle de pierres, sont construites en morceaux de bois, des nattes couvrent le toit et le sol. A Ahmed Ela, un « bar » avec un frigo sur générateur nous accueille, entre midi et trois heures, nous nous allongeons en attendant un peu moins de chaleur.
Quelques Afar travaillant dans les salines arrivent, prennent une bouteille d’eau fraîche et boivent lentement avant de s’allonger, épuisés.
Ils ont souvent mal aux yeux à cause de la réverbération du soleil et des plaies qui ne se cicatrisent pas facilement dans le sel, c’est le moment de sortir la pharmacie et d’essayer de se comprendre.
Dans une case voisine on fait du café et nous nous retrouvons tous autour d’un café brûlant.
Puis on repart vers leDallol.
En janvier le lac était recouvert d’une dizaine de centimètres d’eau, en septembre, c’était sec ou presque.
C’est une vraie expédition et les voitures étaient suréquipées (réservoir d’eau, de gasoil, plaques désensablement, 3 pneus de réserve par voiture, pièces de rechange...)
Les 19 kilomètres semblent un peu long, l’envie « d’y être » sûrement, mais aussi la sensation que la voiture risque de « s’enquiller » à tout instant.
A l’horizon des créneaux de château fort? Nous approchons.
Une petite colline et une ligne de couleur rouille se dessinent. Encore quelques kilomètres et la ligne s’est transformée en coulée de roches cuivrées sur laquelle la voiture ne peut plus avancer.
Que voit-on alors ? Les créneaux du château fort se révèlent être des rochers d’origine volcanique sculptés par l’érosion et le vent, la coulée cuivrée s’étend sur plusieurs kilomètres de long et quelques centaines de mètres de large et devant nous la colline est constituée de roches volcaniques violettes, grises, ocres : c’est ce qu’il reste du volcan effondré dans le lac.
La température est violente, accablante.
Nous attaquons la montée, Bala, le guide Afar, en tête, les gardes, le chauffeur.
La montée n’est pas très longue mais très «desséchante ».
Arrivé vers le sommet, il faut un moment avant d’en croire ses yeux : tant de couleurs, de beauté dans ce monde totalement minéral... vivant. Les vapeurs, les couleurs, les odeurs, les concrétions, les geysers, les fumeroles, les mélanges de sel, d’acide, de souffre, les blancs, les verts, les jaunes, tout nous était inconnu jusqu’à cet instant et tout semble venu d’ailleurs.
Pas à pas, nous découvrons ce site, d’abord calmement mais nous devenons vite boulimiques. Voir encore et encore, des roches plus colorées, plus découpées, plus étonnantes dans leurs formes, des mares d’acide bordées de sel plus grandes, se chevauchant, des dômes de souffre et de sel crachant des jets d’eau...
C’est un lieu en mouvement, il frissonne, bouillonne, éructe et se transforme en permanence.
Nous ne pouvons nous lasser de ce spectacle mais la chaleur devient vite épuisante, il faut partir et rejoindre Ahmed Ela...en se disant qu’un jour, on essaiera de revenir. On peut aussi prolonger ces moments en campant sur place afin de profiter du Dallol au petit matin.
Sur le retour, nous passons par les salines...il existe des endroits dans le monde où il ne fait pas bon travailler. La croûte salée du lac est découpée en plaques de 5 kilos qui sont remontées par les chameaux à
Mekele et vendues au marché 5 à 6 birrs (50 centimes d’euros). Pour cette somme, des hommes sont restés des jours à plus de 40 degrés, les pieds dans l’eau salée. Ils ont taillé ces plaques de sel, les ont chargées sur leurs chameaux et sont remontés en une petite semaine sur
Mekele...
La tribu des Afars était présentée il y a moins de cinquante ans comme une tribu belliqueuse, dangereuse. Nous avons rencontré de gens fiers, accueillants, détendus dès que les contacts sont établis, prêts à nous associer à leur mode de vie tout entier centré sur leur survie dans des conditions extrêmes.
L’
Ethiopie m’a permis de vivre des moments vraiment exceptionnels, celui là en était un.
Si vous partez là bas un jour, pensez à acheter du sucre pour les Afar, cela leur fera vraiment plaisir.
Si vous souhaitez d'autres renseignements, n'hésitez pas.
A+