Retour vers le monde actif d'une ville qui sait allier son passé avec les réalités quotidiennes. Une intense circulation dans les rues qui entourent le marché, toutes sortes de véhicules roulent dans un apparent code de conduite : camions, bus pleins à craquer, rares voitures mais nombreux tuk-tuk à moteur, cyclo-pousse avec leur nacelle en osier tractant des touristes trop bien nourris, et des fiacres tirés par des chevaux élégamment équipés d'un sac récupérateur du précieux crottin...
Le marché de Beringharjo est envahi par une foule d'acheteurs en tenues bariolées, qui vont des jeans et chemises flottantes jusqu'aux sarongs traditionnels, rectangles de fin coton imprimé "batik" de toutes les couleurs. Nous avons été mis en garde contre les pickpockets qui opèrent au milieu des allées surpeuplées. Pyramides de légumes et fruits, étalages de poissons étranges, monticules de chaudrons et gamelles, flacons et bocaux de remèdes miraculeux, cages grouillantes de poulets et canards, cônes de poudres multicolores... et parfums suaves des fleurs exotiques se heurtant aux violentes odeurs dégagées par les durians, subtiles friandises dont se régalent les asiatiques.
Aujourd'hui, 14 février, c'est la Saint-Valentin aussi à
Yogya : la salle du restaurant est décorée de coeurs rouges entrelacés car le dîner sera consacré à la fête des amoureux. Nous fuyons d'habitude ce genre de manifestation, mais nous sommes à l'autre bout du monde, et une soirée sous ces auspices devient nettement plus attirante.
Visite matinale au Sono-Budoyo museum, qui présente toutes sortes d'objets d'arts tels que masques et gamelans (instruments de musique ressemblant étrangement à des poëlons de cuivre qu'on frappe avec des baguettes : les sons produits sont discordants et peu harmonieux à nos oreilles de brutes occidentales)... Des marionnettes en bois finement sculpté figurent les personnages de la mythologie indonésienne destinés aux représentations théâtrales.
A midi, nous mangeons un "nasi goreng", plat composé de riz-poisson-légumes nourrissant et diététique.
Voici le grand soir "Valentine's" : décor de guirlandes roses, coeurs en paillettes, musique sirupeuse, serveurs en smoking. Le grand jeu pour justifier le supplément de prix. Toutes les tables sont occupées par des indonésiens en tenue chic. Le chef a redoublé de talent et s'est inspiré des recettes occidentales qu'il a adaptées au palais de ses clients : ses efforts méritent les félicitations des convives satisfaits...
Ce matin, de la fenêtre de la chambre, on aperçoit le sommet du volcan
Merapi enfin visible à travers les nappes de brume qui enveloppent le superbe paysage. Une journée sera bientôt consacrée à ce grand fumeur aux éruptions redoutables.
Prambanan -
Grand temple hindou, aussi imposant que
Borobudur, dans son écrin de verdure. Consacré aux dieux Shiva, Brahma et Ganesh de la mythologie indienne. Nous sommes en pays de connaissance.
Un jeune homme propose de nous accompagner à travers l'immense parc, à la découverte des temples de pierre sombre qui évoquent
Angkor Vat au
Cambodge. Tout le long des parois de ces édifices sacrés, des frises finement sculptées racontent les légendes des dieux hindous. Deux jeunes filles nous ont rejoints : étudiantes comme Eddy, elles vont profiter de l'expérience du garçon qui est un de leurs camarades de cours. Les commentaires d'Eddy qui parle bien français sont très intéressants. Il fait montre d'un humour très fin et se passionne pour l'histoire et la politique du monde entier.
D'autres jeunes nous abordent pour nous vendre de multiples objets fabriqués dans les environs, dont le célèbre "kriss", poignard traditionnel indonésien à lame recourbée délicatement ciselée : B. ne résiste pas à la tentation, malgré le prix nettement surévalué et à peine marchandé : il n'est pas très expert dans cet exercice qui consisterait à faire baisser la vente des deux tiers proposés, si l'on en croit de plus malins que nous !
Tout près de notre hôtel se trouve un centre commercial Galeria, bâti sur le schéma des grandes surfaces qui ont poussé tout autour du globe. Au milieu des boutiques de fringues et accessoires courants, voici une librairie où nous achetons quelques brochures à usage touristique, cartes postales et timbres ainsi qu'un journal local écrit en anglais... Reflets de la vie économique : les annonces Offres d'emploi sont rares, sans mention de salaire. Le moindre petit boulot sera attribué à celui qui sera le moins gourmand... Triste réalité du marché de l'embauche comme dans tous les autres marchés indonésiens, ainsi que dans beaucoup d'autres contrées.