ECO - Les dirigeants francophones veulent rester optimistes pour 2009 mercredi 24 décembre 2008
L’année 2008 aura été marquée par une série de déboires économiques à échelle mondiale. En Thaïlande, la crise politique s’est surajoutée laissant craindre le pire pour 2009. Néanmoins, plusieurs dirigeants français de divers secteurs interrogés par Lepetitjournal.com ne veulent pas céder au pessimisme. Certains sont même optimistes Quel est votre sentiment par rapport à la situation économique actuelle et à venir en Thailande ? Comment votre société réagit-elle ? Grande distribution, import, biens de consommation : la consommation locale se porte bien Segsarn Trai-Ukos, directeur Directeur du développement commercial, CenCar (Carrefour Thaïlande)
Nous affichons une croissance de 12.5% par rapport à l’an dernier et nous prévoyons une croissance de 12 à 15% pour 2009. Nous envisageons l’ouverture d’au moins 8 magasins de tailles diverses dans l’année qui vient. En ce qui concerne la situation politique, on ne peut que suivre [au fur et à muser]. Les gens sont concernés par la perte de leur emploi, et de leurs revenus. En tout cas, on ne peut que féliciter la
Thaïlande pour avoir ramené l’affrontement politique au sein du Parlement et non plus dans la rue, malgré les annonces catastrophistes des médias étrangers [qui annonçaient une guerre civile].
Pour répondre à la tendance économique, nous allons pousser sur nos marges propres pour propose la même qualité 20% moins cher. Le textile et certains biens de consommation devraient baisser, mais tout ce qui est alimentaire, les produits de première nécessité, ne devraient pas souffrir. Les gens vont modifier leur mode de consommation, les paniers seront plus petits, mais plus fréquents.
Nous ne sommes pas loin d’avoir touché le fond en
Thaïlande, on ne peut donc que remonter. La crise globale s’est arrêtée à la frontière. En Asie, ce sont les grandes places financières qui ont été touchées. Les Thaïlandais ont de l'argent et ils consomment. Le secteur bancaire thaïlandais est très sain, les banques thaïlandaises embauchent alors que les banques européennes débauchent.
Erik Cornetet, Directeur de Harvest, société d’importation et de distribution de vins ouverte il y a quatre mois
Je reste optimiste. Je suis en
Thaïlande depuis 17 ans, c’est un pays toujours mouvementé et malgré tout qui continue d’avancer. C’est un pays résistant. Il y a un contrecoup, c’est clair, avec un fort ralentissement du tourisme. Nous avions d’ailleurs axé notre stratégie de développement sur l’hôtellerie, et nous sommes affectés sur le court terme vu que la saison à venir est [compromise]. Mais on s’aperçoit que la clientèle locale est bonne, on peut donc s’appuyer sur le local plutôt que le tourisme. Cela ne veut pas dire que je laisse tomber le marché du tourisme, j’entends bien entretenir mes relations avec mes clients et prospects dans ce secteur pour être prêt lors de la reprise. Je pense que le retour à un rythme normal devrait intervenir d’ici à 6 mois. Je me souviens après le tsunami, on disait que
Phuket était morte et 2 ans seulement après, l’ile battait des records d’affluence. Il est vrai que la
Thaïlande est immature politiquement et que son développement se fait par à-coups, mais c’est un pays qui avance.
Stéphane Lambert, Directeur de Taf Studio, société de Trading autour du bien être
Je suis optimiste pour 2009 et 2010, (...) la situation en
Thaïlande sera moins grave qu’ailleurs. Si les exportations vont effectivement souffrir, les Thaïlandais vivent sur le marché intérieur, et tant qu’ils peuvent consommer ils consomment. En ce qui concerne la consommation des ménages, les Thaïlandais ont toujours accès au crédit. Le système bancaire, assaini après la crise de 1997, est plutôt propre ce qui fait qu’ils ont toujours accès aux cartes de crédit.
Par contre, il est vrai que la crise globale qui se met en place risque d’être catastrophique. Cela dit, il y a ici une certaine élasticité au chômage. Aussi, les gens les plus touchés par le chômage ne sont pas ceux qui consomment le plus.
Il est vrai aussi que l’investissement étranger est très bas et la
Thaïlande a montré ces derniers temps que c’est un pays qui ne sait pas ou il va.
Pour ce qui est des touristes, je ne m’inquiète pas sur le long terme car comme dit un ami "
les touristes et les investisseurs sont comme une volée de moineaux : ils décampent tous au moindre coup de fusil, mais une fois l’orage passé, ils reviennent aussitôt se poser sur la même branche".
En revanche, cela risque d’être très dur pour les expatriés car les grands groupes vont faire des économies.
Thomas Huaut, Directeur Financier de L’Oréal Thaïlande
On reste confiant. Nous sentons un léger ralentissement du marché mais ce n’est pas catastrophique. La croissance de nos ventes reste importante. On sait que 2009 va être une année difficile, nous avons pris des mesure de prudence mais on continue à investir.
Immobilier, finance et assurance : des inquiétudes sur le volume, la demande changeFabrice Loré, Directeur de l’agence immobilière Five StarsJe suis pessimiste car je pense que ce n’est que le début. Les attitudes ont changé depuis le début de la crise mondiale. Le business n’est pas mort, mais il faut s’adapter si on veut s’en sortir. On ne peut pas vivre que des ventes même si nous avons toujours des contacts. Au niveau de la location, le besoin est toujours là. Ce que l’on fait, c’est développer de nouveaux services.
On voit de riches investisseurs qui attendent les bonnes opportunités – parmi les petits investisseurs, certains peuvent être forcés de vendre leur bien à n’importe quel prix, parfois à perte. Mais l’immobilier en
Thaïlande ne baisse pas beaucoup comme en Europe car les prix sont déjà très bas.
J’ai quatre employés que je compte bien garder. On n’est pas à zéro et je ne fais pas le dos rond, on continue de travailler, même si on n’a pas beaucoup de visibilité.
Cyrille, directeur de l’agence immobilière Compagnie VaubanJe suis inquiet, car je considère la situation mondiale financière dont on n’a pas encore touché le fond. En
Thaïlande, l’instabilité freine la confiance des investisseurs et à cela s’ajoute la situation du secteur touristique. Dans l’immobilier, la moitié des acteurs devraient disparaitre. Cela dit, si le marché thaïlandais souffre, je ne pense pas qu’il va s’effondrer car il y a ici de nombreux investisseurs qui achètent sans forcément attendre un retour sur investissement, comme par exemple les retraités qui acquièrent des biens pour jouir de la vie en
Thaïlande. Ce que nous allons faire c’est développer le marketing, affûter notre stratégie.
Eymeran Lefebvre, consultant pour Lifestyle Thailand, courtier en prêt immobilierPour nous les affaires vont bien. Nous allons même agrandir notre équipe en 2009. La situation est bien bloquée au niveau global, mais ce qui a fait le plus de mal ici, est le contexte politique.
Nous n’avons pas vraiment souffert de la crise globale. Ceux qui ont le plus souffert sont les grandes nations occidentales. Les pays asiatiques ont été touchés, mais la perte du pouvoir d’achat est bien moindre.
Dans l’immobilier, le grand luxe a perdu la cote, on se reporte davantage vers de l’investissement à 3-6 millions de bahts. Les gens veulent toujours acheter, mais ils sont plus regardants, c’est tout. On sent venir une tendance qui est que celui qui achetait hier un gros bien, opterait aujourd’hui pour trois petits. Le mètre carré en
Thaïlande reste bon marché et il est de meilleure qualité qu’ailleurs dans la région.
Les marchés de
Phuket et
Pattaya ne souffrent pas véritablement. On espère un retour à la normale des prix pas avant le 3e trimestre 2009. On y verra plus clair à la fin du premier trimestre lorsque les efforts des grandes puissances pour stabiliser leur monnaie et ramener la confiance dans l’économie auront porté leurs fruits. On n’espère pas, en revanche, le retour à la croissance avant fin 2009.
Patrick Lorentz, directeur d’AG Service Consulting Co Ltd, courtier en assurance et conseil en placementJe suis inquiet comme tout le monde, je n’ai pas de visibilité, je ne comprends pas grand-chose. Il y a des risques que ça aille mal. Il y a déjà des faillites annoncées ici et là. Cela dit, nous sommes dans des cycles qui deviennent de plus en plus aigus, mais les périodes de restabilisation sont aussi plus courtes, les choses reviennent à la normale plus vite. En tout cas, s’il n’y a pas une régulation qui est faite [sur les produits spéculatifs] on va continuer dans des cycles de ce type. Après, je reste prudent sur les effets de mode : l’an dernier on parlait d’une terrible crise à venir avec la flambée des prix du pétrole, et puis ça a été oublié. Plus localement, cela fait des années que l’on entend dire que l’immobilier à
Bangkok va s’effondrer, et l’on voit que le marché reste solide.
Nathalie Yang, Directrice SFS Thailand, société de conseil en placement et courtier en assuranceDans notre secteur, nous ne ressentons pas encore de baisse sur l’assurance. Mais si les postes d’expatriés ne sont pas renouvelés, cela va bien entendu provoquer une diminution de la demande. Nous avons des craintes pour la prochaine rentrée scolaire, en septembre. On devrait être fixés en mai ou juin prochain.
Sur la finance, les gens sont très frileux vis-à-vis des placements, ils se tournent tous vers l’immobilier. Mais le problème pour investir dans l’immobilier en
France est que les banques là-bas prêtent beaucoup moins facilement qu’il y a douze mois.
Tourisme : la saison 2009 est foutue pour beaucoup, mais pas pour tousThierry Rodet, General Manager d’East West Siam, agence de voyage spécialiste de l’AsieNous sommes évidemment très touchés par la crise. Nous imputons essentiellement notre baisse d’activité à la crise économique globale. Le vrai problème vient de la crise économique : les gens ont de l’argent, mais ne veulent pas le dépenser. Nous n’avons pas eu beaucoup d’annulation [apres le blocage des aéroports], mais de nombreux reports de la part de Tour Opérateurs. Il n’y a que l’individuel qui continue de voyager, même s’il pose beaucoup de questions. Les gens qui viennent en
Thaïlande évitent de rester à
Bangkok : la crise de confiance [de la part des touristes due aux turbulences politiques] concerne
Bangkok avant tout. Je pense qu’à
Samui, la saison (qui débute en d’avril) sera bonne. A
Phuket, ils ont du monde, les vols charters n’ont pas rencontré de problèmes. Le plus difficile est
Bangkok, mais cela devrait durer sur une très courte période, les gens vont revenir assez vite.
Pour nous, l’année 2009 est foutue, on est en train de voir s’il faut réduire notre personnel ou le temps de travail des uns et des autres. En tout cas, nous avons changé notre stratégie il y a plusieurs mois déjà en prévision de cette situation : nous travaillons davantage sur des marchés de niche (tourisme responsable et à la carte). Nous remettons en cause tout le fonctionnement de l’entreprise, nous comptons nous reporter sur l’internet pour gagner sur les charges fixes (télétravail, télémarketing, etc.). On veut continuer à se développer, il ne s’agit pas d’attendre.
Michel Calvet, directeur d’Asia Jet, voyagiste sur l’Asie du sud-estNotre activité a baissé et il y a eu des annulations en décembre, mais le problème est que cela ne remonte pas. La crise de l’aéroport s’est combinée à la crise globale. Ca va durer six mois, ça reprendra l’hiver prochain, j’espère voir le retour à la normale d’ici à fin 2009, début 2010.
Didier vacher, Directeur du relax Bay Resort à Koh Lanta, dans la province de Krabi
Nous sommes complets pour les fêtes. Nous avons eu quelques annulations, mais nous avons rempli aussitôt (clientèle principalement européenne). Nous avons plus de monde que l’an dernier. Par contre,
Koh Lanta est vide, c’est la "cata", plusieurs "resorts" appliquent les tarifs de basses saison et tournent à 30 ou 40 % de capacité. Je pense que janvier et février seront bon, pour mars avril, inch’allah.
Propos recueillis par Pierre QUEFFELEC (
www.lepetitjournal.com/bangkok.html
) mercredi 24 décembre 2008