Line,
Grâce à toi, j'espère que l'on saura pourquoi les Erythréens quittent le pays en "masse". Qu'ont-ils gagné à quitter l'
Ethiopie? Nous voulons savoir !!! Peut-être pourras-tu répondre à ces questions après ton séjour là bas? Enfin, on découvrira autre chose que l'
Afrique Australe et savoir dans quel lodge, il faut mieux dormir !!!
Bon voyage.
Bonjour
J'ai vécu à
Mekele quelques mois, grande ville du Nord de l'
Ethiopie et située à trois heures de la frontière érythréenne.
Il faut d'abord rappeler que le Tigray (capitale
Mekele, l'une des provinces de l'
Ethiopie, d'où vient la minorité actuellement au pouvoir à Addis) partage la même langue et presque la même culture que l’Érythrée. (pas tout à fait la même, puisqu'à la chute du Derg (junte) éthiopien la réunification ne s'est pas faite, réunification qui aurait été logique à maints égards pourtant)
La frontière Érythrée =>
Ethiopie est la plus fréquentée au monde, de façon illégale: les candidats au franchissement sprintent simplement (hommes jeunes) ou corrompent les soldats gardant le no man's land (familles). Je ne m'étendrai pas sur les raisons de leur exil volontaire, vous le savez déjà ainsi que la plupart des membres de ce forum.
A
Mekele, j'ai fréquenté beaucoup d’Érythréens qui se sont établis et mariés avec un/une Éthiopien (ne). Ces foyers binationaux m'ont semble plus actifs et durs au travail que les Éthiopiens eux-mêmes, au point de posséder en propre de nombreux restaurants et hôtels. J'attribue cet état de fait aux Italiens, qui lors de leur colonisation auraient appris aux Érythréens comment travailler et gérer des affaires à la façon "occidentale", moderne, à l'opposé de l'agriculture de subsistance très dominante en
Ethiopie.
Ensuite, il existe une autre catégorie d’Érythréens, qui préfèrent se cantonner aux camps d'accueil que gère l'armée éthiopienne au lieu de s'intégrer quelque part dans le Nord de l'
Ethiopie: ceux-là en général soit sont si pauvres et perdu tant de proches sous les balles des généraux érythréens qu'ils n'attendent plus grand-chose de la vie, soit ont des proches établis à l'étranger et attendent d'eux en devises le transfert d'argent magique qui leur permettra de payer un système de passage, à destination soit du plein nord (via la libye ou le
sinai), soit plein sud vers l'Afsud.
Voici ma réponse à votre question, d'après ma mince expérience. J'espère que Line pourra la compléter après son séjour 'de l'autre côté de la barrière'. J'ai toutefois cru comprendre que le régime limite les vadrouilles touristiques à la capitale, ainsi qu'à assab. Les campagnes seraient persona non grata, surtout près de la frontière: la tension permanente qui y règne profite aussi bien aux dirigeants éthiopiens qu'érythréens qui en prennent prétexte pour s'accrocher bernique au pouvoir.