Journal de voyage en famille (Inde, juillet 2008) Danielbtz · 19 décembre 2010 à 11:20 · 25 photos 14 messages · 3 participants · 3 819 affichages | | | | 19 décembre 2010 à 11:20 Journal de voyage en famille ( Inde, juillet 2008) Message 1 de 14 · 3 755 affichages · Partager 1 juillet 2008
Lorsque notre avion, air France, atterri sur le tarmac de New Delhi, ce premier juillet 2008, un nœud à l’estomac, comme une angoisse diffuse, m’étreint ; et je suis sûr que je ne suis pas le seul. On n’aborde pas ce pays, comme n’importe quelles autres destinations. Le pays aux trois cents millions de Dieux, qui compte plus d’un milliard habitants, et dont la culture et l’histoire, plusieurs fois millénaires, a contribué à l’élévation spirituelle et scientifique de l’humanité, suscite crainte et humilité. Pays du paradoxe par excellence. Violence et douceur, beauté et laideur, richesse et pauvreté, plus que partout ailleurs, se mélangent, dans un gigantesque et extravagant maelström de vie. Certains détestent irrévocablement, et veulent immédiatement quitter ce pays monstrueux. D’autres, aiment viscéralement, et savent, qu’un jour ils y reviendront. On aime passionnément, ou l’on déteste, jamais d’entre deux. Je comprends les deux points de vue. Car dans une même journée, on passe plusieurs fois, en alternance, de l’amour à la haine, et de la haine à l’amour, etc. Combien de fois me suis-je entendu dire : mais, qu’est-ce que je fais ici, il faut être complètement timbré pour venir dans ce pays. On risque de finir comme l’inspecteur Dreyfus, dans un cabanon, avec la camisole de force, et les paupières clignotantes. Il n’y a pas plus exaspérant qu’un Indien, et pas plus gentil... Mais si à la fin de la journée, le positif l’emporte, et bien voilà, vous êtes conquis. Combien de générations sont venus ici ; en voyages initiatiques, se confronter à soi-même. D’ailleurs, curieusement, on rencontre beaucoup de jeunes femmes seules, plus que dans le sud-est Asiatique. Moi le premier, j’ai accompli ce voyage, et jamais je ne l’ai oublié. Un jour, je m’étais juré, de revenir avec les gens que j’aime. Et je l’ai fait. Lorsque la porte de l’avion s’ouvre, tout de suite l’odeur. Je l’avais senti, deux ans auparavant. Une odeur reconnaissable entre toutes. Une senteur d’un milliard d’âmes, un remugle d’un milliard de peaux. Odeur de poussière, de merde, une senteur d’épice, un soupçon d’encens, une bonne dose de pétrole, une pincée d’humidité, de pourriture. Le tout, touillé par les trois cents millions de divinités, et vous obtenez : l’odeur de l’ Inde. Je sais c’est grandiloquent, mais quand on parle de ce pays, il est impossible de faire autrement. La chaleur est suffocante. Dans le sas d’entrée de l’aéroport un papier est affiché avec des noms, dont celui de Nicolas ! Son sac a été perdu. Voilà un voyage qui commence bien ! On nous le ramènera, si on le retrouve, à hôtel le « Namaskar ». Ah, le Namaskar (bonjour en Hindi) tout un poème. Quelqu’un qui vient en Inde pour la première fois, et arrive ici ; eh bien le lendemain, il appelle son ambassade, et demande son rapatriement psychiatrique d’urgence. Il faut oublier ses critères d’hygiènes, de savoir vivre. Car l’Indien est l’homme le plus bruyant et impoli qui soit. Le Chinois, je crois, n’est pas mal non plus, paraît-il. Rien ne peut y être comparé. Les routards (pas de troupeau en territoire conquis, ici) du monde entier choisissent ce quartier : « Paharganj » qui jouxte la gare de New Delhi, d’où son principal intérêt. D’abord le prix : 400 roupies une chambre pour deux, soit 7 euros. L’autre intérêt du lieu est le professionnalisme et la semi- gentillesse des hôteliers. Tout peut-être organisé, dans la minute ; train, avion, bus, taxi, pour toutes les destinations Indiennes. Que sais-je encore ? Tout est possible en Inde ! Ça commence ici. Nicolas est un peu inquiet, la vétusté du lieu pour ne pas dire la crasse, le met mal à l’aise, il veut qu’on prenne une chambre ensemble. Devant notre porte un homme est couché à même le sol, sur du carrelage, il doit travailler ici. Pas de carreau à la fenêtre sans rideau, promesse d’une nuit blanche. Les garçons sont à l’étage, les filles au ré de chaussée. Pas de drap, pas de meuble, peinture miteuse et sale, toilette à la turque (il vaut mieux). Bienvenu en Inde ! Nous sommes un peu masochistes, car nous reviendrons ici, encore deux fois, au cours de notre voyage. Pour être sincère, je préfère le Namaskar, au Hilton. Bon d’accord, le palais de Jaipur est mieux. Mais ça c’est pour plus tard ; une petite folie familiale. | | | À: Danielbtz · 19 décembre 2010 à 11:32 · Modifié le 19 déc. 2010 à 12:30 Re: Journal de voyage en famille ( Inde, juillet 2008) Message 2 de 14 · 3 740 affichages · Partager 2 juillet 2008
Nuit blanche. Il est 7h du matin. Nous descendons pour voir si les filles dorment. Aucun bruit, nous les laissons. Dehors, il fait déjà une chaleur écrasante. Le manque de sommeil, plus la température ambiante, doit nous faire ressembler à des zombies. Voici notre première vache, dont je caresse le flanc. Si la réincarnation existe, ce qui pour les Hindoues ne fait pas de doute ; et bien j’aimerais l’être en vache, et ici. Quelle vie merveilleuse ! Objet de toutes les dévotions. Vénérée comme un Dieu. Avoir tous les droits, aucun interdit : ce coucher au milieu d’une route à grande circulation, et provoquer un énorme embouteillage ; et bien c’est possible. Les Indiens, patiemment, attendront mon bon vouloir. Je suis assuré de terminer mes jours tranquillement, nourri, cajolé. Bien sûr, j’éviterai les vilains Musulmans (c'est de l'humour), qui eux n’hésiteraient pas à me manger. Nous n’allons pas recommencer la même bêtise que la dernière fois. Je parle de la note téléphonique astronomique, que nous avions reçue, deux ans auparavant. Je me revois encore, plein de naïveté, fasciné par la modernité, et notre sensationnel téléphone. « Tu te rends compte communiquer, envoyer des photos, tout cela en plein désert, mais c’est fantastique le progrès » ! Donc, muni d’un abonnement Indien, obtenu dans la matinée, nous voilà prémuni des voleurs de France télécom. Salopards ! Deux ans presque jour pour jour, nous retournons visiter le tombeau d’Humayun empereur Moghol (1530-1556). Il fut bâti par sa deuxième épouse Haji bégum. Un bouton de rose, dans le chancre purulent qu’est Delhi. Ce site reposant permet aux habitants de la capitale, de venir prendre un petit bol d’air. Mais aujourd’hui, il n’y a presque personne. Pelouse délicatement tondue, de grands arbres majestueux permettent de prendre le « frais ». Il doit faire 40°. Des biches peu farouches se promènent dans le grand parc. Ce monument constitue le début de l’architecture musulmane. Babur descendant de Tamerlan, père d’Humayun, fût le fondateur de l’empire Moghol en 1526. Celui-ci dura plus de trois siècles, jusqu’en 1857. Mais à partir de la mort d’Aurangzeb en 1707 l’empire ne fit que décliner, inéluctablement, jusqu’à sa fin. L ‘ inde actuelle regorge, surtout dans le nord, d’ahurissants édifices, issus de l’art des disciples de Mahomet, dont évidemment l’extraordinaire Taj Mahal, devenu étendard national. Curieux pays, Hindouistes à 80%, qui prend pour emblème un monument issu de la culture musulmane, colonisatrice ne l’oublions pas, durant trois siècles. Encore un paradoxe indien, tolérance ici, intolérance là-bas. Je rappelle que l’ Inde à un président musulman, un premier ministre Sikh, et le chef du parti au pouvoir, est chrétienne, et Italienne de surcroit. Le soir, première expérience existentielle, concernant la subsistance alimentaire. Pas de cuisine aussi opposé à la nôtre. Les enfants éprouvent une véritable aversion pour cette nourriture. Je les comprends. Epicée à l’extrême, elle est promesse de dérangements intestinaux ennuyeux. Ici, je crois qu’il est utopique, d’échapper à une turista carabinée. Car pour nous, se passer de jus de fruits, de tchai, et de lassis délicieux, est aussi réaliste, qu’un chien se passer d’os. Inch’Allah. Un jeune Indien nous aborde, rien d’étonnant en cela, car les Indiens sont d’une curiosité insatiable. Il nous pose des questions en rafales. Ou logeons-nous ? Ou allons-Nous ? A quelle heure partons-nous ? Comme je suis imperceptiblement parano, je me demande s’il ne va pas nous attendre demain à l’aube, avec des brigands, pour nous braquer. Car le matin très tôt, notre ruelle ressemble à un coupe gorge. Images attachées: | | | À: Danielbtz · 19 décembre 2010 à 11:41 · Modifié le 19 déc. 2010 à 12:26 Re: Journal de voyage en famille ( Inde, juillet 2008) Message 3 de 14 · 3 730 affichages · Partager 3 juillet 2008
Dès potron-minet, nous voyons avec soulagement, que le sac de Nicolas se trouve en bas, à l’accueil. La gare se trouve à 5 minutes à pieds. Pas de coupes jarrets. Les gares indiennes, font partis des expériences existentielles, que l’on peut vivre ici. Mais j’y reviendrai. Notre convoi se trouve au 24ieme quais, c’est dire le gigantisme du lieu. Les wagons sont parmi les plus luxueux, ils ressemblent un peu aux voitures corail, en moins jolis. Le trajet, dont j’avais effectué la réservation depuis la France, est très court, 2 heures. Un saut de puce, dans l’immensité du sous-continent. Agra, ancienne capitale des empereurs Moghols, est la ville la plus visité du pays. L’extravagant Taj Mahal est son principal attrait. Mais le fort rouge (palais et fort des empereurs), et le tombeau d’Akbar en font aussi son attrait. L’arrivée est assez sportive. A peine descendus du train, une meute de rickshaw-wallahs nous entoure. Ils se battent presque entre eux. Pour les novices, l’expérience peut s’avérer très éprouvante. Je regarde à côté de nous, un jeune couple, est pris d’assaut, ils ont l’air assez désemparés. J’ai presque envie de les aider. Moi j’aime bien ça. Il faut marchander sec. J’éprouve une décharge d’adrénaline. Et puis le privilège de l’âge, me permet de jouer au vieux baroudeur. Un doigt sur la bouche, je leur signifie de faire silence. Et comme toujours, je choisis celui qui est le plus en retrait. Classe le mec. Nous logeons (10€) juste à côté du tombeau de la belle Mumtaz. L’endroit le plus silencieux de toute l’ inde. Car les véhicules à moteur sont prohibés près du mausolée. Beaucoup de monde bien sûr. On ne plaisante pas avec la sécurité. Portique, fouille corporelle. On y accède par une belle cours, entourée de remparts ocre. Puis une porte monumentale sur la droite, nous l’a franchissons. Il est là. Éblouissant de blancheur, sous le soleil de l’après-midi. Shah Jahan, empereur Moghol (1627-1658), fou de chagrin à la mort de son épouse Mumtaz Mahal, décida de lui ériger un tombeau, synonyme d’amour éternel. Il convoqua les meilleurs architectes de l’empire, et les artisans les plus talentueux. Vingt mille ouvriers y travaillèrent. La construction débuta en 1631 et s’acheva en 1648. Symphonie architecturale parfaite. Symphonie picturale aussi. Les femmes vêtues de leurs merveilleux saris de couleurs, contrastent avec le marbre blanc du sépulcre. Les saris, qui selon moi sont les plus belles tenues de femmes au monde, rehaussent la beauté fascinante du lieu. Elles marchent pieds nus sur le marbre blanc, avec une grâce toute indienne, et leurs démarches est rythmées par le doux cliquetis des parures qu’elles portent à leurs chevilles. Enchanteur. L’ Inde des mille et une nuits est ici. Nous faisons le tour du bâtiment plusieurs fois. Même deux ans après on ne s’en lasse pas. Sur les deux côtés du monument, se dressent deux magnifiques mosquées. Nous nous asseyons sur un petit muret, et leurs ombres bénéfiques nous rafraîchies. Il fait 40 degrés. On est sollicités de toutes parts, pour être pris en photo, au milieu de familles indiennes. Nous nous y prêtons de bonnes grâces. Les Indiens a-do-rent prendre, et être pris en photo. Ils sont insatiables avec ça. Au cours de notre voyage nous serons quémandés quasiment tous les jours, et parfois, presque manu militari. Qu’ils sont sans-gênes ! Mais avec le sourire. Nos binettes ahuries mais néanmoins souriantes, doivent figurer dans un grand nombre d’albums de photos. Nous remarquons des soldats derrière des sacs de sables, fortement armés. On craint l’attaque des vilains barbus. Il est tard Il faut partir. En franchissant le seuil de la porte monumentale, je me retourne une dernière fois. J’imaginerai, en m’endormant, le tombeau de la bien aimée, seul dans la nuit étoilée et le silence. Je me souviendrai de la phrase de Rabrindanah Tagore, à propos du Taj Mahal : « Une larme sur le visage de l’éternité ». Images attachées: | | | À: Danielbtz · 19 décembre 2010 à 11:47 · Modifié le 19 déc. 2010 à 12:29 Re: Journal de voyage en famille ( Inde, juillet 2008) Message 4 de 14 · 3 727 affichages · Partager 4 juillet 2008
Nous sortons de notre Lodge. Juste après la porte d’entrée du Taj, nous voyons un attroupement devant une maison, agitation, cris ; et comme je suis curieux, je vais voir. Un serpent est rentré dans une maison. Un serpent vert, très dangereux nous dit-on. Dire que notre hôtel dispose d’un jardin, je vais angoisser ce soir ; et regarder encore plus que d’habitude, sous les lits, et dans tous les recoins. Il vaut mieux, car les scorpions, les serpents, les guêpes géantes, et autres scolopendres, abondent dans le coin. Direction le tombeau D’Akbar, qui se trouve à une dizaine de kilomètres du centre-ville. Empereur de 1556-1605. Il est considéré comme le plus grand chef de la dynastie Moghole. C’est lui qui a conquis le plus de territoires ; presque tout le sous-continent Indien. Grand massacreur devant l’éternel, il n’ignora néanmoins, rien de la vie intellectuelle. Sa bibliothèque sera l’une des plus grandes du monde. Il accueillit dans ses divers gouvernements, des hindoues, car il s’intéressa beaucoup à cette religion, et l’étudiera avec assiduité. Le lieu est magnifique, très bucolique comme toujours. Beaucoup de monde, surtout des familles musulmanes. Le sari n’est plus le maître, le Salwar Karmeez tout aussi coloré, - mais moins joli à mon sens - le remplace. Surtout porté par les femmes musulmanes. Le Salwar est un ensemble de trois éléments. D’abord une longue tunique, qui descend sous les genoux, porté par-dessus un pantalon, qui est en général très serré aux chevilles. Et puis l’indispensable Choli, longue écharpe qui est souvent de la même couleur. Une myriade de gamins nous entourent, très batailleurs, curieux comme des pies. Peut-on les prendre en photo ? Alors, avec beaucoup de patience on s’exécute. C’est une véritable frénésie qui s’empare d’eux, chacun voulant être sur l’image. Nous croissons deux français à la triste figure, cet enthousiasme les effraie, et les rend même méchants. Je crains pour eux qu’ils ne finissent avec une camisole. Tant pis pour eux. Il n’y bien-sûr aucune agressivité chez ces enfants, seulement une curiosité que nous trouvons plutôt sympathique. D’ailleurs, il n’y a pas que les enfants qui soient curieux, souvent les parents le sont tout autant. Ah, quel curieux pays. Retour vers le centre-ville d’ Agra et son fort rouge. Il fût bâtit sous plusieurs empereurs. C’est un palais, et un fort à la fois. Le plus grand d’ Inde. C’est ici que Shah Jahan, - bâtisseur du Taj Mahal - petit fils d’Akbar fût emprisonné par son fils. Par une petite fenêtre, il pouvait regarder le tombeau de sa bien-aimée. Nous sommes à nouveau assaillis par des enfants, et des adultes moqueurs. Il est vrai qu’à la longue ces multiples sollicitations sont fatigantes. Les questions fusent en rafales. Quel est notre nom ? D’où on vient ? Est-ce-la première fois que nous visitons le pays ? Où allons-nous ? Est-ce nos enfants ? Je me souviens lors de mon premier voyage, n’avoir pas supporté l’interrogatoire incessant, que c’était livré à mon encontre tout le compartiment d’un train. A chaque réponse donnée, ce n’était que gloussements, et rires. De véritables gamins. Je m’étais enfui au bord de la crise de nerfs. Images attachées: | | | À: Danielbtz · 19 décembre 2010 à 11:53 · Modifié le 19 déc. 2010 à 12:19 Re: Journal de voyage en famille ( Inde, juillet 2008) Message 5 de 14 · 3 719 affichages · Partager 5 juillet 2008
Nous continuons nos petits sauts de puce, deux heures de train sont nécessaires pour se rendre à Gwalior. Depuis le départ de Delhi nous sommes sur la même ligne de chemin de fer : Delhi- Bhopal. Bhopal ville rendue tristement célèbre, par la terrible catastrophe due à l’explosion d’une citerne de l’usine de produit chimique « Union Carbide », causant la mort de 4000 personnes et infectant plus de 500000 autres, dont beaucoup n’en sont toujours pas remis, et ne s’en remettrons jamais. Gwalior est surtout connu pour son château fort. Surplombant la ville de cent mètres, cette citadelle est longue de 3 km, les murailles par endroit font 10 mètres de haut, construit par un maharadja au 16ieme siècles. Extraordinaire édifice. Comme l’histoire de tous les pays de la planète se ressemble étrangement ; faite de bruit et de fureur, je vous épargnerai donc toutes digressions possibles. Sauf que ; réputée imprenable, elle fût prise et reprise et... cela n’arrête pas. Retour à l’hôtel miteux, pour ne pas dire sordide, qui nous héberge. Je crois que nous sommes les seuls clients. Ce soir, juste à côté de notre bouge, ce prépare une sauterie, genre mariage, et en Inde les mariages, c’est extrêmement, pour ne pas dire considérablement, bruyant ! Promesse d’une nuit difficile. Tout le monde est un peu fatigué, et j’en profite pour partir tout seul acheter un billet de train à la gare toute proche. Vingt-huit ans plus tard me voilà seul dans une rue, au pays de Shiva. Je vais affronter une épreuve digne d’un travail d’hercule : faire la queue dans une gare indienne, pour acheter un billet de train. Autant le dire, le respect d’autrui dans ce pays est quasi inexistant. Ils sont tellement nombreux que la seule loi qui prédomine, est celle du plus fort. Celui qui klaxonne le plus fort, celui qui a le plus de gueule, celui qui a le plus de culot, gagne. C’est épuisant ! Mais une fois obtenue la chose désirée, alors ce sont les plus charmants des hommes. Deux Indiens face à face dans un compartiment de train, une fois bien assis, papotent comme des amis de trente ans. Un bonhomme nous la confié : deux Indiens qui se rencontrent, parlent, parlent, parlent jusqu’au bout de la nuit. De vrais moulins à paroles. Je regarde les guichets, j’en vois un où il est écrit : combattants de la liberté, handicapés, personnes âgées, étrangers. Ben me voilà dans la file, donc. Et comme je m’y attendais c’est l’anarchie complète. Ca gesticule, ça cri. Tout le monde est plus important que tout le monde, et veut passer devant. Personne ne passera devant moi en tous cas. Je vois une matrone 1m80 110kg qui arrive lentement vers notre file, le menton dressé, une moue de dégoût sur son visage d’obèse. Elle obligée de faire la queue, avec les moins que riens que nous sommes ? Vous n’y pensez pas ! Elle se met à côté de moi, qui suis à peu près au milieu de la file, au bout d’une demi-heure quand même. Derrière moi c’est la révolution, c’est l’invective, ça s’agite. « Hé la grosse dégage fais la queue comme tout le monde, elle se prend pour qui, celle-là ». Et voilà qu’elle réplique ! Quel incroyable culot ! « Toi ce qui as dans ton pantalon c’est tout petit, mais je vais te la couper quand même » qu’elle leur dit en se retournant. Ils sont très friands d’insultes sexuelles. Moi, elle pourrait m’étouffer dans son énorme poitrine. Devant le nombre, et écœuré par tant d’outrecuidance, elle se replie, le menton toujours plus fier ; mais vaincue. On a gagné, ouf. Mais ce n’est pas fini, voilà un clampin qui arrive. Celui-là je le sens redoutable. Je me colle à celui qui me précède. No pasaran ! Il possède quelques attributs originaux, le bougre. Il doit être relativement âgé, car ses cheveux sont teints d’une couleur orange, presque vif, l’orange, que seuls les Indiens osent utiliser, et ils sont des millions à le faire, les cascans ! Faut dire que les hommes ne font pas le poids, niveau maintien, avec leurs sœurs. Ce sont les chiffonniers, les trastous, les manganes de la sape. Mais coquets. Karl en boufferait son col de chemise. Bon, notre bonhomme, plus il avance vers nous, plus il boite. C’est normal non, notre file est pour les handicapés. Lui, les handicaps il les cumule. Ses yeux dansent le tango, l’œil droit plus grand que le gauche, et plus bas d’un centimètre, mais nonobstant la beauté de son regard, on sent la vue perçante. Pour couronner le tout, si j’ose dire, sa tête est entourée par une charmante écharpe qui lui passe sous le menton, avec le nœud sur le sommet du crâne ! On dirait un œuf de Pâques. Il a mal aux dents ? Ce n’est pas le premier que je vois comme çà. Mais lui, on sent tout de suite l’artiste, le roublard inégalable. Il tient à la main son billet pré-rempli, et des roupies. Ils les agitent au-dessus de sa tête, il s’excite. « C’est très important le train part bientôt, si je le rate toute ma famille va mourir, je vous en prie, Ganesh vous accordera tout ce que vous voulez, laissez-moi passer, et regardez tous mes handicaps, je suis si faible ». Il baragouine cinq minutes comme ça. Il veut doubler tout le monde, il boite de plus en plus. Là c’est l’émeute. « Hé connard si tu ne fous pas le camp on s’occupe de ta mère et de toute ta famille (les mères sont une cible de choix). Mais regardez- le ce gnome ! Abruti ! Derrière salopard ! ». J’ai peur pour lui, ils vont le manger tout cru. Ca vocifère dans tous les sens. Mais lui, croyez-vous qu’il ait peur ? Que nenni ! Il fonce droit vers le guichet ! Ni une ni deux, passe son bras dans l’ouverture, et lâche le récépissé et l’argent devant le guichetier, ahuri par tant d’audace. C’est la révolution ! Ca y est mon bonhomme est mort ! On va lui trancher son zizi, c’est sûr ! Mais en fait, non ! Lui a réussi, là où les autres ont échoué. Par contre le guichetier, un Sikh, est dans une colère noire, s’étrangle de rage. « Je n’ai encore jamais vu ça, et que c’est un outrage, et qu’il va lui trancher la tête, et que sa famille est maudite jusqu’à la fin des temps ». Avec de grands gestes, et un mouvement de bras qui signifie dans un langage international dégage, lui jette son billet. Et je vois notre malappris s’en aller, boitant de moins en moins, se diriger vers la porte de sortie ! Quel sublime menteur ! Il n’y avait pas d’urgence ! Salut l’artiste ! Le Jimi Hendrix de la resquille ! Quand enfin j’ai en main mon billet, j’exulte comme un footballeur qui vient de marquer un but. Quel pays épuisant ! Il faut être complètement timbré pour venir chez ces fous ! Images attachées: | | | À: Danielbtz · 19 décembre 2010 à 13:07 Re: Journal de voyage en famille ( Inde, juillet 2008) Message 6 de 14 · 3 694 affichages · Partager 6 juillet 2008
Hier soir, nous sommes partis manger dans l’hôtel, qui se trouve juste à côté du notre. Une très agréable surprise nous y attend. Deux musiciens sont installés, l’un au tablas l’autre à l’harmonium et au chant. Ce fut une plongée profonde dans l’ inde musicale. La salle de restaurant petite mais comble (que des Indiens) acclame les prouesses des deux artistes. Il faut dire qu’ils sont exceptionnels, nous avons rarement entendu une aussi belle voix, et quelle classe ! Des moments inattendus et rares. Nous quittons l’ Inde des Moghols, pour celle des Maharadjahs. La ville d’arrivée se nomme Jhansi, gros bourg, et ici gros bourg signifie 500000h. Nous devons prendre un taxi pour notre destination finale : Orchha- « joyau du Madhya Pradesh »- petit village de huit mille habitants. Ce qui nous séduit ici est la tranquillité. Pas de voiture, pas de sollicitation intempestive. En somme l’ Inde des campagnes. Au pied du palais, témoin de la splendeur du passée, des gens assis devant leurs petites maisons colorées, nous sourient. Au loin les flèches des cénotaphes, et les divers temples, rendent l’endroit magique. J’ai souvent idéalisé et rêvé ce pays, et bien je peux dire qu’ici, au cœur de l’ Inde profonde, la réalité et le rêve se rejoignent, en un point de convergence parfait. Notre bungalow sans charme, ce trouve près des cénotaphes, et je me demande si je ne n’hallucine pas : des vautours sont posés sur une des flèches ! Il faut savoir que les vautours ont disparus d’ Inde, disparition provoquée par l’emploi massif de pesticide ; merci « Monsanto » ». Lors de mon premier voyage, il n’était pas rare, en ville, de marcher sous le regard affamé de dizaine de vautours. Spectacle incroyable, qui faisait l’une des singularités de ce pays. J’ai vu ce battre ces charognards avec des chiens, pour la dépouille d’un singe. Hélas, ce sont les seuls vautours survivants. Même à Bombay ils se font rares, au grand désespoir des disciples zoroastriens, les parsis. Les gens sont en admiration devant nos enfants, surtout Emilie, et ils veulent bien entendu être pris en photo avec nous. De toutes manières, ils veulent qu’on les photographies à tout bout de champ. C’est un bonheur pour les photographes. Le soir nous décidons d’aller manger dans le palais, dont une aile sert d’hôtel et de restaurant. Il ne faut pas avoir peur, car l’accès se fait par un petit chemin de terre non éclairé. Un véritable coupe gorge assez inquiétant. A mon avis ils ne doivent pas avoir beaucoup de clients. Voilà encore un côté exaspérant de ce pays. Nous sommes obligés de tâtonner pour ne pas se casser la figure. Sains et saufs nous pénétrons dans la salle, et effectivement à part une tablée de japonais, nous sommes les seuls clients. Dommage, car la salle est magnifique, immense, et des lustres scintillant de mille feux, rendent l’atmosphère féerique. Nous côtoyons, encore, l’ Inde des mille et une nuits. Une danseuse rajahsthani se produit pour sept têtes de nœuds, elle mériterait mieux. Je repense au chemin d’accès, il pourrait quand même faire un effort, l’entretenir. Ce sont de gros branleurs. Le lieu est quand même très beau. Exaspérant, vous dis- je ! Une idée saugrenue, pour ne pas dire complètement idiote, nous prend avec Anne Marie : nous commandons du poisson en sauce, façon Kerala ! Du poisson, au fin fond du Madhya Pradesh ! Fallait oser ! Nous lui nous trouvons un goût, un goût pas frais au poisson. Un peu pourri la « pescaille ». J’insiste, j’ai faim et je finis mon plat, Anne Marie s’arrête avant. Moi je vous le dit, on va le payer le poisson. Images attachées: | | | À: Danielbtz · 20 décembre 2010 à 0:37 Re: Journal de voyage en famille ( Inde, juillet 2008) Message 7 de 14 · 3 627 affichages · Partager bsr passionant ! y a -t-il une suite ? si oui, quand ? merci | | | À: Bakoly · 20 décembre 2010 à 9:16 Re: Journal de voyage en famille ( Inde, juillet 2008) Message 8 de 14 · 3 612 affichages · Partager 7 juillet 2008
Aujourd’hui il faut se préoccuper de notre mode de transport pour demain, car là où nous allons – Khajurâho et ses temples érotiques – aucune voie ferrée n’existe. Les bus sont dans un état déplorable, et plus de dix heures dans ces tombeaux roulant ne nous excite guère. La seule option reste le taxi, qui elle non plus n’est pas très enthousiasmante. Quand on connait l’inexistence des lois, donc l’anarchie qui règne sur les routes indiennes, on est en droit d’être inquiet ; où selon son niveau de paranoïa, terrifié. On sait les Indiens très différents de nous en ce qui concerne la mort. Pour eux elle n’a rien d’inacceptable ni de définitive. La réincarnation leur permet d’envisager une vie meilleure s’ils se sont comportés convenablement dans cette vie. Et puis ce qui doit être vécu sera vécu : le karma. Donc, doubler dans un tournant sans visibilité ne leurs posent pas trop de problèmes, conduire comme s’ils étaient seuls sur la route ne les déranges pas, du moment qu’ils klaxonnent plus fort que les autres. Un sympathique chauffeur de taxi, qui mène une vie normale, qui est gentil avec ses proches, qui ne commet pas trop de fautes, et qui honore correctement ses divinités préférées, sera un véritable danger public sur la route, car sa vie future sera meilleure. Tandis qu’un fieffé salopard dans la vie de tous les jours – et qui le sait – sera un excellent conducteur, il n’aura pas encore envie de mourir, car sa nouvelle réincarnation se fera en cochon, et les cochons en Inde ce n’est pas le top. Remarquez en France non plus. Donc quand on prend un taxi toujours demander ; êtes-vous un salopard ? Si oui, vous pouvez monter. Si non, fuyez ! Nous dégustons un délicieux milk shake, quand nous voyons arriver un couple de vieillard bras dessus bras dessous. Lui habillé d’un simple pagne, d’une stature assez impressionnante – grand et maigre, et se tenant très droit, avec beaucoup de classe – elle, toute petite vêtue comme il se doit d’un magnifique sari, semble diriger l’équipage. Car le vieux monsieur, visiblement, arrive au bout de sa route. Tous les vingt mètres il s’accroupit épuisé par tant d’effort. Sa compagne, enfin nous le supposons, s’accroupie à ses côtés lui parlant très doucement, l’encourageant à continuer. Ils se redressent, et continuent leur route, très lentement. Ils sont sans doute très vieux, mais impossible de leur donner un âge. Nous les trouvons très beau. La première pensée qui me vient à l’esprit en les voyants, me renvoie à ma propre vieillesse, et une question. Finir sa vie dans une maison de retraite aseptisée, avec comme seul horizon le mur en face de soi, ou terminer sa vie comme ces deux vieillards, qui s’en doute sont misérables - financièrement - mais libres ? Quand Emilie leur donne un peu d’argent, leurs regards s’illuminent de gratitude, et nous les voyons prendre un rickshaw. Ici il n’est pas question d’humiliation quand on donne de l’argent, la mendicité et le don font partie de la vie courante. Ce qui peuvent aider, aident. Finalement, demain nous optons pour le taxi. Il viendra nous prendre à neuf heures. C’est un salopard ! Images attachées: | | | À: Danielbtz · 21 décembre 2010 à 8:15 Re: Journal de voyage en famille ( Inde, juillet 2008) Message 9 de 14 · 3 557 affichages · Partager 8 juillet 2008
Quelques petites frayeurs routières – un écrabouillage de vache évité de justesse – plus tard, nous arrivons en bonne santé mentale et physique. Notre hôtel n’est pas trop mal, 15€ la chambre ; tenu avec goût et propreté, il possède une jolie cours centrale décoré de plantes exotiques. Khajuraho est connu du monde entier pour ses temples aux sculptures érotiques. Ici on baise avec joie et truculence, sans retenue aucune. On teste les positions les plus lascives, on s’imbrique. Oh les lubriques ! Deux mystères demeurent. Leur localisation. Pourquoi les avoir édifiés ici, éloignés de ville proche, et de populations significatives ? Quelle est leurs significations ? Bâties entre le 9 et 11ieme siècles ils sont remarquablement conservés. Les âmes prudes et pudiques, doivent impérativement s’abstenir de visiter ce lieu ; les flammes de l’enfer risquent de les engloutir. Jésus Marie Joseph. Je ne ferai pas l’apologie de l’hindouisme, mais la comparaison avec les religions monothéistes laisse pantois. Je laisse à chacun, de se faire sa propre opinion. On sent les enfants quelque peu gênés, je les comprends, si j’avais visité ces merveilles avec mes parents...Oh là là, la honte ! Nous sommes les seuls touristes occidentaux. Nous croisons seulement des femmes indiennes hilares. Quant à Nicolas, il a disparu. Mais où est-il ? Une chose retiens mon attention, je vois quatre bonhommes accroupis, tondre l’herbe avec des machettes ! Moi qui me plains d’avoir mal au dos après avoir passé le tracteur à Billère, j’essaierai dorénavant de relativiser. L’ Inde est un pays, qui journalièrement vous balance une grande claque dans la gueule. La misère y est étalée sans pudeur aucune. Les conditions de travail de beaucoup, sont quasi inhumaine – voir les femmes sur les routes en pleine chaleur porter des fardeaux incroyables pour 1€ par jour. Des mendiants réduits à l’état de bête en train de mourir sur un trottoir. Des familles entières au bord des routes dans des cabanes en tôle, dans une crasse stupéfiante, n’attendant plus rien de la vie, hormis une prochaine réincarnation. Un long chemin qui mène à l’éveil, et à la libération définitive. La religion « opium du peuple » prend ici tout son sens. Mais rien n’est simple dans ce pays. L’ Inde est aussi l’un des pays les plus politisé de la planète. Etrange mariage, où croyance religieuse et politique sont schizophrèniquement mêlées. Hier, à Orchha, un gamin loqueteux, morveux, sans doute débile et orphelin, nous a suivis pendant un long moment. Je suppose qu’il avait envie que l’on s’occupe de lui. Mais que faire ? Inévitablement, lorsque nous revenons de voyage on nous dit, comment faites-vous pour supporter cette misère ? Et bien on prend une bonne leçon ! Faire en sorte, que tous les jours, nous nous rendions compte de notre chance. Mais il faut être objectif, car si l’on vient dans ce pays c’est surtout par pur égoïsme... pour s’éclater. Je radote, mais ici laideur absolue et beauté se mélange jusqu’au vertige. Après les temples, je ne me sens pas très bien. On boit un coca puis nous rentrons à l’hôtel, quand une pluie de mousson avec orage s’abat avec force au-dessus de nos têtes. C’est la première forte pluie, que nous essuyons – si j’ose dire. J’ai le moral assez bas pour la première fois du voyage. J’ai mal au ventre, je crois que je paye le poisson que nous avons mangé à Orchha. Deux mois dans ce pays, il est je crois inévitable, un jour ou l’autre de tomber malade, a moins d’avoir une hygiène alimentaire irréprochable – ce que je n’ai pas. Image attachée: | | | À: Danielbtz · 21 décembre 2010 à 8:47 Re: Journal de voyage en famille ( Inde, juillet 2008) Message 10 de 14 · 3 544 affichages · Partager Bonjour, un petit roman  à la lecture on se (re) trouvee en Inde, qui ne laisse personne indifférent Daniel il y a la matière pour faire un site- blog  avec des photos Bonne continuation | | | À: 26alain · 22 décembre 2010 à 0:19 Re: Journal de voyage en famille ( Inde, juillet 2008) Message 11 de 14 · 3 310 affichages · Partager bsr tout à fait d'accord avec toi Alain. Ce serait plus pratique de lire en continu, à moins que le but est de nous laisser sur notre faim pour qu'on a hâte de lire la suite  Vivement ton site Daniel | | | À: Danielbtz · 22 décembre 2010 à 16:29 Re: Journal de voyage en famille ( Inde, juillet 2008) Message 12 de 14 · 3 258 affichages · Partager 9 juillet 2008
On se couche tôt. Anne Marie commence à être malade elle aussi. Quant à moi je vais un petit peu mieux, les médicaments font effet. Je commence à m’endormir lorsqu’un énorme bruit me fait sursauter. Baoum ! Je me souviens qu’en rentrant tout à l’heure nous avons vu la préparation d’un mariage. Ce doit être ça. Baoum ! Une bombe – genre atomique la bombe. Celle qu’on utilise aux feux d’artifices, le quinze août, pour faire le plus de bruit possible. Sans lumière, juste le bruit. Je recommence à m’endormir... Baoum ! Même Rabagny (putain ! même ici je pense à lui) n’oserait pas – pourtant les cons osent tout...Alors toutes les dix minutes, Baoum ! Je vais appeler la police. Devant l’incongruité de ma pensée, j’en souri presque. Aller au commissariat de Khajuraho ? Dire : - Monsieur il est impossible de dormir, veuillez faire cesser ce bruit ! Là, c’est sûr, c’est sainte Anne. Personne, à Khajuraho ne peut dormir, c’est impossible ! Je hais les Indiens je hais l’ Inde, mais qu’est-ce qu’on fait ici ? Baoum... De minuit à quatre heures du matin – Baoum ! Baoum ! Mais qu’est-ce qu’ils doivent rire ! Grands cons ! Le petit matin arrive, et je crois m’endormir, mais non ! Un Indien qui a sa salle de bain juste à côté, fait ses ablutions. Et un Indien qui fait ses ablutions, c’est bruyant, je dirai même plus c’est incroyablement bruyant ! Rots, pets, raclements de gorge apocalyptique, étirements divers, bâillements. Quelle horreur ! Il réveille, les enfants, tout l’hôtel, toute la ville ! Je veux dormir !! Anne Marie n’est pas bien du tout. Diarrhée, fièvre, fatigue. Elle reste au lit. Je crois qu’on paye le poisson que nous avons mangé à Orchha. Devant son état, quand même assez préoccupant nous décidons de nous rendre au dispensaire local. L’endroit est particulièrement vétuste. Je suis terriblement gêné, car on nous fait passer devant tout le monde, pourtant nous n’avons rien demandé. Le médecin sans même l’ausculter, prescrit une ordonnance : sachets de réhydratation, antibiotiques, et toute la pharmacopée nécessaire. Nous ne payons pas le médecin, et les médicaments nous coûtent à peu près 10 centimes d’euros ! Nous avons confiance en la médecine indienne. Bien sûr avoir un infarctus à Khajuraho cela doit craindre terriblement. Mais il doit en être de même au fond de la Creuse ou de la Drôme. Toutes les grandes villes indiennes sont aussi bien équipées que les nôtres, et les médecins tout aussi bien formés. Il ne faut jamais oublier que l’ Inde est le deuxième producteur de matière grise au monde. Chaque fois, je fais référence à Michel Rocard qui a fait un AVC à Calcutta. Il n’a pas été rapatrié, et fut parfaitement soigné. Nous raccompagnons Anne Marie à l’hôtel. Elle se recouche. Avec les enfants je repars pour terminer la visite des temples. Ceux-ci, sont répartis à travers tout le village, mais ils sont d’un intérêt mineur. De retour, je vais dans le « cyber cloaque » – dixit Joyce Carol Oates –, chercher un billet de train pour Bénarès. Je n’en trouve pas, mais un Indien qui m’entend râler, m’aide. Il trouve un train qui partira de Mahoba à 00h40 le surlendemain. Pour cela il faut que nous prenions un taxi, cette ville se trouve à environ 4h de voiture, encore 4 heures de cauchemar routier ! Images attachées: | | | À: Danielbtz · 22 décembre 2010 à 16:41 Re: Journal de voyage en famille ( Inde, juillet 2008) Message 13 de 14 · 3 256 affichages · Partager 10 juillet 2008
Nous avons bien dormi, cette nuit pas de bombe. Anne marie va un petit peu mieux, nous décidons de terminer la visite des temples. Mais ils sont beaucoup moins intéressants. Le taxi vient nous chercher vers 13h. Le chauffeur est très gentil ! Il veut nous amener vers les très célèbres chutes de Raneh. Nous lui faisons confiance. Nous manquons d’écraser un cobra, il a dû sa vie sauve à un réflexe incroyable, on comprend mieux qu’il faille les éviter. Je crois que notre chauffeur ce serait morfondu jusqu’ à la fin de ses jours, car ces serpents sont particulièrement sacrés pour les hindoues. Avant d’arriver aux chutes, nous traversons une magnifique forêt de tek. L’endroit est grandiose, des gardes forestiers nous accompagnent, le chemin est beaucoup trop dangereux pour y laisser des touristes s’y promener seuls. Le débit est impressionnant, mais en période de forte mousson, il peut être deux fois supérieur. Nous n’en revenons pas. Ici la nature peut se montrer terrifiante. Nous passons un très agréable moment avec les gardes, en cette saison ils ne voient pas beaucoup de monde. Ils rigolent comme des enfants, lorsque Nicolas les prend en photo avec son portable, et les transforme en singe ou en cow-boy. Nous les quittons, en promettant de leurs envoyer les photos, chose que malheureusement nous ne ferons pas. Nous traversons le cœur du Madhya Pradesh, l’ Inde rurale. Dans les champs et les rizières d’une magnifique couleur verte, les saris de toutes les couleurs, rehaussent la beauté des paysages. Et chaque fois que nous traversons un village, je n’en reviens toujours pas : Nous devons slalomer entre les gens, les vaches, les deux roues, les singes – les voyous de l’ Inde – qui sautent sur la voiture. C’est une fourmilière humaine ! Et la question que je me pose à chaque fois. Comment vont-ils faire dans 20 ans quand ce sera le pays le plus peuplé de la planète ? Nous arrivons à Mahoba vers 17h, et comme le train est à 0h45 nous cherchons un hôtel ; il n’y a qu’un. Un hôtel gouvernemental le « Madhya Pradesh touriste hôtel », en général se sont les pires. Et c’est le cas, vraiment sordide. Mais pour 7 € il ne faut pas demander la lune. Je demande au manager, si un rickshaw peu venir nous chercher vers 23h00. Il me répond « pas de problème ». En jouant aux cartes sur l’unique lit, nous cassons le sommier en deux, qui s’avère être du contreplaqué. On ne le dira pas bien sûr. Notre chambre est très sombre, crasseuse, avec une lumière blafarde, les murs peints en jaune pisseux, salle de bain avec cafards et restant de merde sur les toilettes à la turque ; et je ne parle pas de la literie ; enfin si on peut appeler ça literie. Je dois dire que nous subissons une baisse de moral significative. Mais c’est le lot de tous les voyages, surtout en Inde. En plus nous n’avons rien à manger, et notre taudis est excentré. Je ne trouve que des bananes, qui seront notre seul viatique, jusqu’à demain. Cependant Anne Marie va mieux, ses intestins semblent retrouver un fonctionnement normal – c’est déjà ça. Il est 23h, à l’accueil le gardien roupille, je le secoue et lui demande quand va arriver notre rickshaw. Il me répond qu’il n’est pas au courant ! Je ne supporterai pas de passer une nuit ici. Je commence à paniquer. La rue où nous sommes est noire comme de l’encre, déserte. Un camion passe je l’arrête et demande si il peut nous amener à la gare, mais il ne comprend rien, et est étonné d’avoir été stoppé par une famille occidentale.S'imagine t-il qu'on va l'agresser? Un gazier à moto parlant Anglais, s’enquiert de notre situation. On peut trouver beaucoup de défauts aux Indiens, mais c’est un peuple très serviable, prêt à se mettre en quatre pour vous aider – encore une généralité, je sais, un peu idiote, car les gens biens et les cons sont assez équitablement répartis sur notre planète. Il va chercher un tuk tuk, et en effet 10 minutes plus tard, voilà notre rickshaw qui arrive, nous soulageant d’un poids énorme, car celui qui n’a pas vu l’endroit où nous nous trouvions, ne peut comprendre notre désir impératif d’en partir. L’arrivée à la gare à quelque chose de miraculeuse. Pour la première fois – les deux voyages compris – un silence absolu règne dans un lieu public, qui plus est une gare – lieu de vie particulièrement bruyant en Inde. Un silence surréaliste, quand nous découvrons sur le quai, toute une humanité : hommes femmes enfants vieillard, allongés à même le sol, dormant tout leur saoul. La paix du lieu est telle, que nous avons peur de déranger. Nous enjambons les corps allongés, quelques têtes se tournent, et nous sourient avec leurs grands yeux étonnés. Encore cette singulière dichotomie d’une pérégrination indienne. Il y a 10 minutes nous étions au bord de la dépression, et nous voilà maintenant heureux d’attendre au milieu de tous ces gens, notre train qui nous amènera vers Varanasi. Bénarès la ville la plus sacrée d’ Inde, la plus tumultueuse, la plus frénétique aussi. La ville qui dégueule de vie. | | | À: Danielbtz · 28 décembre 2010 à 9:04 Re: Journal de voyage en famille ( Inde, juillet 2008) Message 14 de 14 · 3 148 affichages · Partager 11 juillet 2008
Le train arrive, et tout à coup une frénésie s’empare de tout le monde. Monter dans un train confine à la guerre, chacun pour soi, Shiva pour tous. Maintenant nous sommes habitués, j’ai appris aux enfants, que s’ils voulaient une place, et bien il faut bousculer tout ce qui bouge devant soi. Emilie est devenue une experte, elle fonce dans le tas et a toujours sa place, Nicolas se débrouille pas mal aussi. Je me rappelle lors de mon premier voyage, au Pakistan entouré de fiers Pachtoune – peuple guerrier s’il en est – trouver ma place dans un bus après une mêlée ahurissante. Ah mais ! Ici nous avons réservés nos places, nous avons un compartiment couchettes pour nous, séparé du reste du train par un rideau : 4 places. Les couchettes sont spartiates, mais cela ira. Nous arrivons vers 9h. Tout de suite nous sentons une atmosphère électrique, une sorte de dérèglement temporel, où tout irait beaucoup plus vite qu’ailleurs. Les gens ne marchent pas ils courent. Les porteurs habillés avec leur tenue rouge, assaillent les personnes descendant du train. Les rabatteurs de tous poils, se jettent sur vous, pour vous proposer absolument tout : meilleurs hôtel - le vôtre ayant pris feu. La soie la meilleure qualité du monde – Bénarès étant aussi une ville célèbre pour sa soie de grande qualité. Promenade en bateau sur Le Gange, rickshaw, « change money », haschisch le meilleur du monde « no problém mister ». Harassant ! Hallucinant ! En comparaison, Marrakech avant la police touristique, était une ville bucolique, une promenade pour personnes âgées en cure de repos. Arrivés dans la cour de la gare, une bagarre générale entre rickshaw-wallahs, pour savoir qui amènera qui. Une jeune fille, Russe je crois, au bord des larmes semble supplier qu’on la laisse tranquille. Une expérience ontologique en somme. La circulation y est tout bonnement dantesque ! Pas de bouchon comme à Paris, ici cela avance toujours. Un flot gigantesque, barbare, s’empare de tout ce qui roule. Des millions de klaxons hurlent à l’enfer, dans une furie incroyable ! Et la pollution promet une fin du monde prochaine ; où cette ville serait la première à être engloutie dans les entrailles de la terre. Une Sodome et Gomorrhe des temps modernes. Nous montons dans notre rickshaw qui est venu nous chercher, car j’ai réservé l’hôtel depuis un petit moment, sachant à quoi m’attendre. Au moment du départ un Anglais, lui aussi dans un tuk tuk, l’air hagard, s’écrie – et jamais nous ne l’oublierons : « Oh my god ! ». Tout est dit ! Comment fait-il notre rickshaw-wallahs pour conduire dans ce cataclysme urbain ? Jamais il ne regardera ses rétroviseurs – le l’ai observé tout le trajet. Je suis admiratif. Il faut savoir que la seule règle de conduite existante, est celui qui est derrière, n’a strictement aucun droit, d’ailleurs il n’existe pas ; il doit se signaler quand il veut doubler en klaxonnant très fort. Je suis un peu inquiet dans cette pollution, car Nicolas est allergique à pas mal de chose ; je le regarde, il semble aller bien, seulement effaré par ce qui l’entoure. Heureusement au bord du Gange, sur les Ghats – les escaliers descendant au bord du fleuve – les véhicules à moteur sont interdits. Notre hôtel est situé à l’extrême ouest de la cité, situation géographique pas terrible. Car en cette saison le fleuve étant assez haut, il est impossible de circuler de ghât en ghât. Je n’y avais pas pensé. Mais ce n’est pas trop grave nous changerons de lieu demain ou après-demain. La faim nous tenaille, nous nous rendons dans une espèce de gargote tenue par des hippies bobos. Sur la carte nous n’en croyons pas nos yeux : quiche. Quoi ? Une quiche ! On en commande quatre. On en bave d’avance. Punaise une quiche à Varanasi ! Le rêve passe bien vite. En fait de quiche, quatre merdouilles immangeables ! Crotte et zut ! Quand on sait qu’ici on ne trouve ni viande, ni œufs, ni d’ailleurs quoi que soit de bon. On est en droit de s’inquiéter de la santé de chacun, surtout des enfants qui ne mangent strictement rien. On peut vivre en mangeant très peu, je m’en suis aperçu. Le meilleur régime du monde ? Venir en Inde. | Carnets similaires sur l'Inde: Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 11 211 visiteurs en ligne depuis une heure! |