bonjour,
toutes les réponses qui t'ont été données sont instructives et bonnes. tiens en compte.
le point le plus judicieux : disposeras tu d'une fourchette d'une semaine, à PPT, car
les bateaux (leur départ pour les îles), c'est toi qui les attends et pas l'inverse.
il faut aussi que tu sois prète à embarquer rapidement, car les variations subites de programme sont fréquentes : par exemple, si le départ est prévu le mardi à midi mais que les gars qui chargent le fret ont terminé la veille à 20h, la goélette-pays (petit cargo), son capitaine en fait, peut très bien quitter le quai à la nuit tombée !.. et toi, le lendemain matin, tu n'en croiras pas tes yeux.. le cargo est parti sans toi !
il faut donc que tu vérifies tes infos deux fois par jour et ne t'éloignes pas trop de la zone portuaire...
ces cargos ne prennent que peu de passagers (de 5 à 15), hormis en fin de Tiuraï (fête du juillet) où nombre de paumotus (habitants des Tuamotus) rentrent chez eux après le festival, qui dure une quinzaine de jours. mais il est très possible que tu embarques, surtout en affichant ta détermination et ta sympathie pour tous.
tu n'insisteras pas pour avoir une cabine car c'est un mauvais plan : il y fait très chaud, les moteurs sont proches et leur fonctionnement est dantesque : tu ne dormiras qu'une fois épuisé et.. en sueur. Mieux vaut donc faire comme les gens du cru : dormir sur le pont. tu te caleras bien et garderas aussi une bouteille d'eau avec toi. Parfois le cargo tangue et la cargaison peu glisser, au pire t'écraser.. observe et choisis donc bien ton coin pour dormir (dès que tu poses le pied à bord), mais sur le pont, sous les étoiles, l'alizé te bercera de sa fraicheur.. je suis sérieuse.
Il y avait à PPT il y a un certain nombre d'années (quand j'étais toute petite) deux cargos en partance pour les îles : l'ARANUI pour les Marquises et l'AUURANUI pour les Tuamotus. Je ne sais s'ils existent encore. Leurs matelots et machinistes étaient des balaizes de 120 kg, au profil de tongiens et de fidjiens, encore plus gentils qu'eux. J'aimais les entendre parler cete langue au cent voyelles qui pétaradent et courrent les unes après les autres. En tous cas, il y avait deux départs par mois pour les Tuamotus et une tournée durait une quinzaine de jours (fret : matériels et victuailles, comme dit plus haut). Ces tournées avaient pour destination les zones Nord, Centre et Sud de l'archipel. Chaque fois une douzaine d'atolls visités, approvisionnés.
Je n'adhère pas trop à la suggestion de Margouillat, mais davantage à son commentaire :
affréter un speed-boat (sorte de fusée hyper-motorisée qui file sur l'eau, mais surtout l'eau calme du lagon) est assez risqué, pour plusieurs raisons :
la première : certains jeunes propriétaires de speed-boat seront alléchés par la somme rondelette que tu vas leur payer pour ce transport, mais sur le vaste océan qu'est le Pacifique, les dangers sont immédiats et imparables : la mort à la première haie qui n'a pu être franchie. quelles sont ces "haies" ? ces jeunes pilotes sont parfois, bien (à cause de, devrais-je dire) imprudents et inconscients du danger; ils ne prennent aucune précaution (c'est à dire : trajet = 10 milles nautiques, conso = donc Y litres X 2 (AR) et hop, on embarque et on file tout droit !...
- si le moteur défaille et ne repart pas, à un mille et demi des côtes, tu restes invisible pour les iliens (sur l'atoll de départ) et seule la chance fera passer un paumotu pêcheur à proximité de toi, dans les trois jours qui suivent !... c'est très long !
si tu n'as pas embarqué d'eau (pour tous) en quantité triple ou quadruple de ce qui est nécessaire, c'est presque foutu... des hameçons et des lignes idem... des barres de nourriture concentrée itou.. un grand chapeau encore..
- vérifie la quantité d'essence embarquée et rajoute (en payant) la même quantité.. ça peut vous sauver la vie. vérifie l'étanchéité des bidons (nourrices) aussi.
Parlons de la mer (
MOANA - en fait Moana signifie "le vaste océan", ce n'est pas pour le fun !) : Elle peut se lever, la houle atteindre trois mètres, les embruns salés te mouiller en permanence : au bout d'une seule journée (12h), tu es cuit, à tous les sens du terme : cuit par le soleil et le sel, l'alizé, l'inconfort de ton banc à 80 cm de l'eau, la fatigue accumulée. tes yeux te piquent intensément (pense à de bonnes lunettes solaires).. ce n'est pas vraiment gai.
allez, soyons optimiste : tu es parti (ton pilote) dans la bonne direction et le moteur fonctionne.. mais la houle est forte et au bout d'une heure, parce qu'il veut aller vite (comme souvent) tu es "cassée" de ces montagnes russes et soudain, c'est la coque qui se fend et il faut écoper ! beaucoup de travail, d'énergie à dépenser ! pourvu qu'il n'y ait pas de seconde haie un peu trop haute à suivre/négocier...
si le speed-boat coule, je ne sais si une brassière de survie suffira, car certains requins rodent, même entre les atolls en pleine mer.. mais tu seras déjà à moitié dans le coaltar avec la fatigue.. et inconsciente, ce qui rend les choses plus douces en fait. et puis, attendre des secours en barbotant en pleine mer durant trois jours... même Jonas avait préféré se mettre à l'abri dans la bouche d'une baleine !
conclusion : il convient absolument de se référer à la météo à trois jours lorsqu'on embarque sur un speed-boat pour un trajet entre les îles ! même pour un trajet de trois heures ! ! mais quelle météo ??? si ton Sam-et-sung 4G peut te la fournir (une excellente batterie sera nécessaire !) ça peut encore aller... mais il n'y a pas de météo sérieuse dans les Tuamotus et même la météo de la radio de PPT, en ondes courtes ou moyennes, matin et soir, avec les messages persos, n'est pas très précise.
il est vrai que tu pourrais embarquer comme équipière sur un voilier.. en fixant ta destination et payant ce qui convient bien sur.. un voilier est sur... renseigne toi bien sur celui qui le mène (son skipper). évite les hurluberlus.
Voila.. tu connais les risques, même si chaque semaine des inconscients partent et arrivent à bon port à l'atoll voisin.. sans panne d'essence ni de moteur.
anecdote : j'ai voulu faire en speed-boat le trajet Taenga-
Makemo (30 NMiles) (et donc quitter le petit cargo qui m'avait amené là en une semaine) : le jeune paumotu (25 ans) a fixé le prix (cher : le prix du risque ??), j'ai accepté, il est allé chercher une nourrice, l'a mise à bord, une bouteille d'eau et a commencé de pousser la "cigarette" sur l'eau du lagon.. soudain sa mère est sortie de son faré à vingt mètres, l'a engueulé et l'a forcé, en dix minutes d'une joute verbale de plus en plus intense, à tout ranger et à annuler le transport. Elle lui avait fait voir qu'au-dehors (à l'extérieur de la passe), la mer était assez forte, ce qui était vrai.. mais elle lui a aussi dit (et me l'a répétée avec une certaine colère) "c'est mon fils, il est stupide parce qu'il est jeune et je n'ai pas envie qu'il meurre".. une leçon pour moi. deux heures plus tard, j'ai repris la chaloupe qui me ramenait à bord de la goélette-pays et ai poursuivi à son bord (sur le pont) pour une seconde semaine entre les atolls, dont Raroia, celui où a abordé en 1947 l'équipage du Kon-Tiki, avec Thor Heyerdal pour capitaine.
Je n'ai regretté ce faux départ en speed-boat que moins d'une journée. Deux jours plus tard, l'alizé soufflait très fort et j'étais contente d'être sur un petit cargo...
Donc, évalue bien au jour de ton départ les conditions météo pour au moins 48h, s'il y avait, on ne sait jamais, une possible dégradation des conditions d'existence, une fois embarquée.