Lorsque j'ai commencé à lire ce livre, j'avais déjà ma petite idée sur le phénomène du jineterisme qu'il y à
Cuba. Je me demandais bien que ce pouvais y trouver de nouveau. De plus, puisque l'auteur est d'origine cubaine, je me disais qu'il faut en prendre et en laisser puisque les cubains ont une tendance à déformer la réalité (et je ne dis pas cela de façon péjorative). Mes doutes ont grandis lorsque j'ai lu «
Mon objectif est d'exposer la vérité. Cette vérité. Simplement, la vérité (page 20) ». La vérité est, selon moi, bien personnelle. En fait, à l'exception des adjectifs quantifiables, tout le reste est sujet à notre perception. Et cette perception, elle évolue avec le temps, avec nos expériences. En communication, on appelle le bruit la distorsion qui se produit entre le message d'origine et le message de réception. Ce qu'on me dit, je le comprends différemment selon l'état dans lequel je me trouve. Alors pour l'objectivité du livre... c'est très subjectif!
De plus, l'auteur (Amir Valle) se présente comme un grand journaliste d'investigation. Les quelques cours suivis en journalisme m'ont appris qu'en journalisme, il n'y a rien de purement objectif. Lorsque le journaliste débute l'écriture, il a déjà en tête le point de chute sur lequel il désire mener son lecteur. La même nouvelle reprise pas deux journalistes différents aura deux points de vue, dans certains cas très différents.
La lecture n'est pas facile en soit puisqu'elle se mélange entre des essais historiques qui nous décrivent les époques de la colonisation et des récits d'interviews. Apprendre que, dans la période de colonisation, les serviteurs et servantes devaient répondre aux instincts de leurs maîtres ne m’étonne pas vraiment. Je crois, que ce soit à
Cuba ou ailleurs, l’histoire humaine a connu (et connaîtra) des périodes de viols ou autres. Donc, pour la recherche, rien de très nouveau. Là où sa blesse, et là où j'ai plus de difficulté ce sont les différentes histoires recueillies lors d'une grande enquête de terrain. Par exemple, l'interview d'un (seul) policier qui déclare que l'ensemble de la force constabulaire est corrompue et certains sont même devenus les « macs » des cavaleuses. À lire les différentes « vies », il serait aussi facile de trouver de la drogue (herbes mais aussi drogues fortes) que d'acheter une bouteille de rhum. Il existerait plusieurs bordels et lieux de débauches où des orgies se déroulent à la demande de touristes, dont plusieurs homosexuels. En fait, les cubains gays représenteraient un groupe très nombreux et très actifs. Le tourisme sexuel gay serait aussi florissant que les cavalières. J’ajoute un photographe de nue qui se fait 10 000 dollars par mois avec les photos et les commissions qu'il reçoit. Sans compter que la majorité des personnes rencontrées vivent maintenant à l'extérieur de
Cuba. En fait, il semble, à la lecture, qu'il soit très facile de quitter le pays, de faire de faux papier pour devenir propriétaire d'une maison... et j'en passe. Bref, l’ensemble des cubains ayant contacts avec les touristes sont corrompus et sont devenus eux-mêmes des jineteros offrant filles et garçons aux visiteurs.
En résumé, mon opinion m'amène à croire que l'auteur s'est lui-même fait jineteros en offrant un cocktail littéraire de sexe, drogue et rock'n roll. La partie historique n'aurait pas fait vendre un seul livre chez le commun des mortels. Une belle présentation menant le lecteur à des récits à la
San Antonio où le langage, cru par moment, pousse le lecteur à poursuivre la lecture. En prime, une couverture qui n’est pas innocente. Est-ce que tout cela est vrai, y a-t-il une partie de fabulation... je ne puis dire mais je demeure tout-de-même septique sur quelques histoires.
Un livre à acheter... je ne suis pas sûr. Et cela demeure un produit à la cubaine; on n’est jamais convaincu que c'est vrai, qu’il n’y pas un peu d’exagération dans tout cela (il y a toujours une question qui n'a pas de réponse). Économiser vos sous, allez à la bibliothèque si le produit vous intéresse... En passant, les Canadiens ne sont jamais visés dans les différents récits. On parle souvent d’espagnols et autres pays latinos, mais les gens du nord ne seraient pas les consommateurs des cavaleuses cubaines.