Loin du chahut, loin du chaos et de mes repères d’occidental qui sont ici bien superflus.
Loin des hordes de la
place Djemaa El Fna et des légions de voyagistes d’une vallée des Bouwguemez, d’un Mgoun ou d’un
Toubkal sur-médiatisés.
Loin des rumeurs de la ville où l’on ne peut que partager son temps entre des rêves sublimes et la routine souvent monotone du quotidien.
Loin des verbosités précieuses et parfois agaçantes voulant nous faire rougir de notre ignorance des potins de l’art, de la mode, des cours de la bourse ou dernières trouvailles technologiques.
Une fille en rouge et or traverse un champ de luzerne.
Une
djellaba blanche repose à même le sol, le vieil homme irrigue ses champs, l’eau... la vie, pain et fourrage assurés.
Au bord de la séguia une femme danse sur une pierre plate, une épaisse mousse grise sous ses pieds. Burnous et couvertures seront propres ce soir.
Frisbee lancé d’un coin de ciel, un grand rollier plane au ras de l’eau. Panique chez les libellules.
Des enfants pêchent dans la rivière.
Deux chiens conversent dans le lointain.
Immobiles ça et là, des mulets hument la brise déjà chaude et parfumée.
Les doux rayons du soleil d’automne enjambent la barrière de Mourik face à la maison et dévoilent subtilement les reliefs et détails de la falaise.
Comme une renaissance quotidienne, ravins, corniches, pierriers, vires, thuyas centenaires et genévriers noueux suspendus dans le vide, accrochés désespérément à la moindre faille, se libèrent lentement du gris vaporeux du contre-jour.
Je me laisse aller volontiers à la contemplation.
Passent les minutes, des petits groupes d’enfants rigolards, des hommes et femmes sur la piste, des bergers poussant devant eux quelques chèvres ou moutons. Achetés ou invendus ? Car c’est jour de souk, et eux retournent déjà sur leur pâturages, hameaux ou bergeries d’altitude. Timquit ou Askemod sont à quatre heures de marche au rythme des caprins...
Il en est comme ça toutes les semaines. Descente le mercredi en fin d’après midi, retour le lendemain avant la grosse chaleur de milieu de journée. Suivra plus tard à mulet un ami ou membre de la famille avec, dans les sacs de bât, les achats pour la semaine. Conséquents si la vente est bonne, minimalistes parfois...
Le rollier s’est posé sur le pin voisin, il s’est secoué, reposé quelques secondes, puis il est reparti, éclair bleu à travers les branches. Il n’a même pas pensé à chanter un peu. Dommage. Peut-être était-il pressé d’aller chanter ailleurs, sur une autre terre où l’homme aurait perdu l’espoir.
Va !... Les hommes et les femmes d’ici croient en la terre nourricière, et d’autres oiseaux d’autres couleurs entretiennent cette foi. La hauteur des blés aussi.
Et là y vibrent les rouges, les safrans, le gris-bleu des regards quand le
khôl est présent, le noir, le vert ou le grenat des habits des femmes et des filles... autant de fleurs dans les champs.
Et les sourires... à vendre mulet et sac à dos pour constituer la dot.
Au pied d’un genévrier, les doigts de pied en bouquet de violettes sur les hauteurs de Wihalane.