Depuis jeudi, la capitale du
Népal est soumise à un nouveau blocus de la guérilla.
Les chemins de
Katmandou bloqués par les maoïstes
Par Francois SERGENT
samedi 25 décembre 2004
Une nouvelle fois, les maoïstes ont montré leur force au
Népal. Depuis deux jours,
Katmandou est isolé du reste du royaume, après l'appel des rebelles à bloquer les routes menant à la capitale. Preuve de l'inquiétude du pouvoir, le roi Gyanendra a annulé jeudi la visite qu'il devait entamer le même jour dans l'
Inde voisine.
L'essentiel de la vie économique de ce pays, l'un des plus pauvres du monde, est concentré dans la
vallée de Katmandou et ce blocus a immédiatement provoqué des hausses de prix des produits frais et des queues devant les stations d'essence. Le gouvernement s'est voulu rassurant mais ne peut empêcher la panique de 1, 5 million d'habitants soumis pour la deuxième fois aux pressions des maoïstes qui avaient déjà bloqué la capitale en août. «Les stocks de produits pétroliers sont suffisants pour tenir trois mois, mais les gens se précipitent dans les magasins de peur de manquer», s'est lamenté le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Gopendra Bahadur Pandey.
Pression. Toutes les routes menant à la capitale, normalement une caravane sans fin de camions surchargés, de voitures et scooters, sont vides. Le ministère de l'Intérieur affirme que la sécurité est assurée mais transporteurs et automobilistes ne veulent prendre aucun risque. Jeudi, au premier jour du blocus, les rebelles ont incendié dix-huit camions qui voulaient braver le blocus. Les 23 millions de Népalais sont écrasés entre un pouvoir qui ne peut assurer leur sécurité et une guérilla particulièrement violente. Les maoïstes disent vouloir faire pression sur le pouvoir pour obtenir des informations sur leurs camarades détenus dans des prisons où tortures et exécutions sommaires font partie de l'ordinaire. Un de leurs leaders, Sadhduram Devkota, a été retrouvé pendu début novembre dans sa cellule dans des conditions très suspectes. Dimanche, trois ONG, Amnesty, Human Rights Watch et la Commission internationale des juristes se sont inquiétées de la dégradation des droits de l'homme au
Népal. Jeudi, le secrétaire général de l'ONU lui-même, Kofi Annan, s'est dit «profondément troublé par des informations sur une escalade des affrontements au
Népal et la poursuite de graves violations des droits de l'homme».
«République populaire». Les maoïstes, prenant comme modèle le Sentier lumineux péruvien de sinistre mémoire, ont choisi en 1996 la «lutte armée». Ils veulent remplacer la monarchie par une «république populaire» et imposent un strict contrôle idéologique dans les campagnes avec camps de rééducation. Ils contrôleraient près de 40 % du territoire un chiffre contesté par le pouvoir surtout à l'ouest, dans les zones les plus pauvres et isolées du
Népal. Le conflit a fait plus de 10 000 morts en huit ans, surtout des civils victimes des exactions des maoïstes et de la répression féroce d'une armée débordée.
L'économie, largement basée sur le tourisme himalayen, est en ruine. Depuis la rupture des négociations entre le pouvoir et la guérilla, cet été, la guerre civile s'est durcie. Une ONG respectée, l'Informal Sector Service Centre, a estimé vendredi à 450 morts le nombre de victimes depuis octobre, le plus lourd tribut payé par les Népalais depuis le début de l'insurrection. Ce regain de violence intervient à quelques jours de l'ultimatum du 13 janvier posé par le gouvernement à la guérilla pour reprendre les pourparlers. Jusqu'à présent, les maoïstes ont rejeté cette offre, expliquant que par le passé, ces négociations, même assorties de cessez-le-feu, n'ont mené nulle part. Leurs exigences, notamment la disparition de la royauté, sont inacceptables pour le pouvoir et une large partie de la population qui considère le monarque comme une incarnation divine.
Extrême pauvreté. Après le massacre du palais royal, en juin 2001, lorsque le prince héritier avait tué sa famille dans des conditions mystérieuses, l'aura de la monarchie en avait pris un coup mais, dans ce pays très hindou, le nouveau roi Gyanendra a redoré son blason. La guérilla se nourrit de son côté de l'extrême pauvreté de la population face à la corruption généralisée des politiciens, profitant d'un système de castes injuste et d'une économie inégalitaire.
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