Sir «Ed» fut certes un homme de défi et ses exploits d'aventurier lui ont mérité une notoriété incontestable. Un «exploit» peut-être moins connu et moins spectaculaire est son implication personnelle auprès du peuple sherpa du
Khumbu. En fondant l'Himalayan Trust, il a permis la collecte de fonds pour construire écoles, hôpitaux, dispensaires, ponts, pistes d'atterrissage au
Khumbu. Des temples bouddhistes furent aussi restaurés. Il a lutté contre la dégradation du milieu naturel du
Khumbu, notamment causée par le tourisme de masse, en mettant sur pied des programmes de reboisement. Il est celui qui a suggéré au roi du
Népal à l'époque de faire de la région de l'
Everest une zone protégée qui est aujourd'hui le
Parc National Sagarmatha. Mieux, il a exigé des Sherpas qu'ils s'impliquent dans les décisions et la réalisation de tous les projets de l'Himalayan Trust. Avant même que l'on parle de développement durable, notion très à la mode aujourd'hui, il avait compris l'importance de la participation des personnes impliquées pour le succès et la pérennité des projets de développement d’une communauté.
On raconte qu’un jour, Hillary demanda à un Sherpa...
«Si je devais faire une seule chose pour le peuple sherpa, qu’est-ce que ce devrait être selon toi ?».
Le Sherpa répondit spontanément dans le langage imagé qui est de coutume là-bas...
«Sahib, nos enfants ont des yeux mais ils sont aveugles et ne peuvent pas voir. Nous voulons que vous leur ouvriez les yeux en construisant une école dans mon village de Khumjung.»
Touché, Hillary organisa une collecte de fonds et construisit une première école à Khumjung en 1961. Ce fut le point de départ de l’Himalayan Trust dont la feuille de route est aujourd’hui impressionnante.
Voilà un homme qui ne s’est pas contenté de parcourir le monde pour sa seule gloire personnelle. Il s’est investi dans une cause beaucoup plus grande que lui. Fréquemment interrogé sur la réalisation personnelle qui lui tenait le plus à cœur, Hillary répondait invariablement que contrairement à ce que plusieurs pensaient, ce n’était pas les succès de ses expédions mais plutôt le fait qu’il tâchait de rendre aux Sherpas, une petite part de l’aide qu’il a obtenu d’eux lors de la conquête de l’
Everest.
Les Néo-Zélandais viennent de perdre un grand compatriote. La communauté du mountaineering vient de perdre un modèle de détermination. Les Sherpas viennent de perdre leur meilleur ami.
Oui, un homme plus grand que nature. Un homme de défi courageux, déterminé, humble et généreux. Un grand humaniste. C’est d’abord ce que je retiendrai de lui.