Une année après, selon le journal Le Matin :
Le Cristal de Roche est un gouffre à énergieImage © Patrick Martin
La cabane du Mont-Rose, à 2880 mètres d'altitude près de
Zermatt, était censée démontrer le savoir-faire de l'EPFZ en matière d'autosuffisance énergétique.
La cabane du Mont-Rose conçue par l'EPFZ pour ses 150 ans devait être autonome en énergie à 90%. Mais ce taux n'est que de 64%.
Catherine Boss - le 04 septembre 2010, 21h00
Le Matin Dimanche
Pour vanter la cabane du Mont-Rose, l'EPFZ utilise des chiffres complètement faux. La cabane du Club alpin
suisse (CAS) produirait 90% de sa propre énergie, annonçait fièrement l'Ecole polytechnique lors de l'inauguration du «Cristal de Roche», il y a un an. «Une merveille écologique», ajoutait l'organisation Pro Natura.
Seulement voilà, les chiffres annoncés sont loin de la réalité. Alors que la construction devait être la démonstration du savoir-faire de l'EPFZ, à l'occasion des 150 ans de l'école, elle ne correspond même pas aux derniers standards énergétiques. Le jury du Prix Solaire
Suisse, composé d'éminents professeurs et d'ingénieurs, a refait tous les calculs. Le taux d'autoapprovisionnement se situe non pas à 90%, mais à 64% seulement. Presque un tiers en dessous des chiffres avancés.
Bouteilles de propane amenées en hélicoEn fait, la Haute Ecole, sous la direction du professeur Meinrad Eberle, a tout simplement oublié un poste important dans le bilan énergétique. Dans la cuisine, on utilise de l'électricité produite par du gaz propane ou de l'huile de colza, qu'Air Zermatt amène à la cabane par hélicoptère. Ce va-et-vient détériore considérablement le bilan énergétique.
Ce n'est qu'après des demandes répétées que le jury a obtenu les données qu'il exigeait. 24'000 des 66'071 kilowattheures consommés chaque année sont utilisés en cuisine. L'EPFZ n'a eu d'autre choix que d'accepter ce constat du jury du Prix solaire
suisse. Il faut dire qu'avec 120 lits, le besoin en énergie de la cabane est important. Tout le monde veut voir le fameux Cristal. Et au lieu des 6500 randonneurs et montagnards prévus, plus de 9000 visiteurs se sont déjà rendus à la cabane cette saison. Et d'ici à fin septembre, le cap des 10'000 devrait être franchi, estime le gardien du Mont-Rose, Horst Brantschen.
Tous les deux jours, un hélicoptère doit donc faire la navette, pour amener la marchandise à 2880 mètres. Le jury du Prix Solaire
Suisse estime pourtant que l'EPFZ aurait pu atteindre un degré d'autoapprovisionnement de 100%. Pour y parvenir, il aurait aussi fallu installer des panneaux photovoltaïques sur les façades sud-est et sud-ouest.
Une expertise de l'Empa, le Laboratoire fédéral d'essai des matériaux et de recherche, affirme que l'électricité ainsi produite pourrait être stockée. Et que l'acheminement des bouteilles de propane deviendrait inutile. «Si l'EPFZ avait mis en oeuvre les dernières technologies, la cabane du Mont-Rose aurait pu atteindre un degré d'autoapprovisionnement de 150%», estime Gallus Cadenau, de l'Agence Solaire
Suisse.
«Nous avons toujours dit que ces 90% étaient sans l'énergie nécessaire à la cuisine», se défend aujourd'hui professeur Meinrad Eberle, concepteur de la cabane. Et des améliorations seront apportées pour répondre à l'afflux de visiteurs plus important que prévu.
Le projet a tout de même remporté un prix: pas pour l'efficience énergétique, mais juste pour «l'architecture unique et l'aménagement intérieur».