Petite virée dans le centre de la Mongolie Leflâneur · 8 février 2017 à 14:33 · 244 photos 55 messages · 14 participants · 11 765 affichages | | | | À: Leflâneur · 21 avril 2017 à 11:22 Re: Petite virée dans le centre de la Mongolie Message 21 de 55 · Page 2 de 3 · 1 419 affichages · Partager ... La suite. Une journée de fête!
Samedi 14 juillet
Au lever, nous prenons le rythme de la traite des yacks. Tâche dévolue aux femmes, pendant que hommes et enfants s’occupent de séparer les mères de leurs petits et de les aligner fermement pour faciliter l’opération.
Le rendement est bien loin de celui d’une montbéliarde ! Le lait encore chaud est mis immédiatement à bouillir dans de grands culs de poule qui s’encastrent parfaitement dans le foyer du poêle lequel trône au centre de la yourte. L’épaisse crème obtenue après une première ébullition (des fois, et c’est le cas ce matin, ça déborde) puis une lente et longue cuisson à feu doux est un pur délice. Excellente sur une galette maison avec miel ou confiture et même directement à la petite cuillère.
Aujourd’hui c’est notre fête nationale, elle correspond à cette fête familiale, laquelle cependant a lieu, et c’est une immense chance pour nous, tous les 30 ans ! Pour remercier nos hôtes de leur grande hospitalité nous nous rendons au kiosque situé à un quart d’heure de notre campement. L’épicerie locale est fermée mais la yourte voisine nous dépanne. L’alternative étant plus que limitée, nous repartons avec 4 bouteilles de vodka.
A notre arrivée, les festivités ont commencé. L’ambiance qui se dégage du grand cercle formé par toutes les familles recueillies pendant les chants et mantras des moines tibétains est impressionnante. Nous restons à distance respectueuse pour ne pas briser cette communion. Très vite nous sommes intégrés et invités à gouter les offrandes de fromage, de bonbons, sucreries et de bols d’airag qui sont partagés et distribués généreusement à l’assemblée. L’argent, bien sur, ira plus discrètement aux patriarches.
Visages typés d’hommes, femmes, enfants, deels soyeux et colorés, avec ceintures de tissu ou de cuir incrusté de métal ou d’argent, bottes recyclées de l’armée russe ou plus authentiques avec des pointes recourbées, chapeaux et couvre-chefs divers et variés... nous ne savons où poser les yeux tellement il y a voir. A l’écart, quelques jeunes mâles préfèrent rouler les mécaniques dans leurs jeans made in China piètres contrefaçons de grands couturiers internationaux.
Après la cérémonie religieuse vient le moment de la présentation des branches familiales des 2 aïeuls du clan. Un frère et une sœur de 70/75 ans (impossible à savoir mais l'espérance de vie n'est jamais que de 63 ans dans ce pays), magnifiques, entourés de tous leurs descendants qui se rencontrent, pour s’identifier, se repérer, s’entre aider, s’allier et plus si affinités, en évitant les problèmes de consanguinité.
Les échanges de tabatières, autre rituel de bienvenue, vont bon train. Je parviens à priser un excellent tabac tibétain très parfumé avant que nous soyons conviés sous la yourte de l’aïeul à partager le bouc salué la veille. La bestiole découpée en morceaux a cuit dans une bouille à lait, à l’étouffée entre des couches de pierres chauffées à blanc. Nous essayons d’être à la hauteur de l’honneur et de l’accueil qui nous sont réservés. Mais il n’est pas aisé pour des européens de notre genre de manger à la main (c’est à dire sans couverts ni assiette, ni serviette) de la viande, délicieuse au demeurant, tout en buvant à la vitesse de l’éclair de la vodka, du vin blanc puis des bols de vodka mongole, le tout servi hardiment.
Tout va très vite et il recommandé, d'accueillir ce que l’on vous offre de la main droite, la main gauche soutenant le coude droit, de ne pas se lécher les doigts, de boire cul sec et de ne pas refuser avant le 4eme verre. Certains d’entre nous dépasseront allégrement cette limite. Moralité, une ½ heure plus tard, l’état d’ébriété de tous, sauf Christine qui s’est recluse avec son bouquin, est particulièrement avancé.
La palme me reviendra. Je sortirai, minable, de la yourte dans les bras de Bayna et reviendrai à la charge après une courte sieste pour un mini round de lutte mongole précédé comme il se doit d’une danse de l’aigle entreprise torse nu qui amusera beaucoup spectateurs et lutteurs en herbe.
Les autres auront joué plus petit sauf Estelle et Véro, qui seront retournées en pyjama à la fête et auront dansé avec les plus âgés et les enfants. Les jeunes, encore eux, prendront leur revanche plus tard dans la nuit et nous pourrons alors vérifier que l’international est surtout musical et que le hit est désormais planétaire. Après un autre somme je remettrai le couvert et finirai la soirée à l’insu de mon plein gré dans un slow collé serré avec l’homo de la famille.
Anesthésiée par l’alcool, notre yourte ronflera comme un seul homme, ignorant pour une fois les aboiements du chien nomade. | | | Annonce · Sponsorisé | | | À: Leflâneur · 21 avril 2017 à 20:13 Re: Petite virée dans le centre de la Mongolie Message 22 de 55 · Page 2 de 3 · 1 404 affichages · Partager bonjour, "pendant les chants et mantras des moines tibétains" tu veut dire bouddhistes? ou alors il y avait réellement des moines tibétains?? en tout cas merci pour ton partage, à la plage, à la fête.. y a du monde dans votre périple | | | À: Pachyderme · 22 avril 2017 à 11:10 Re: Petite virée dans le centre de la Mongolie Message 23 de 55 · Page 2 de 3 · 1 388 affichages · Partager Bonjour Sabine, "Tibétains" c'est ce que nous avait dit notre guide, mais maintenant que tu en parles tu me mets le doute et personne du groupe n'a relevé. | | | À: Leflâneur · 22 avril 2017 à 12:49 Re: Petite virée dans le centre de la Mongolie Message 24 de 55 · Page 2 de 3 · 1 380 affichages · Partager Quelle chance d'avoir pu assisté à cette fête !!! Merci beaucoup pour toutes ces superbes photos. | | | À: Leflâneur · 22 avril 2017 à 22:29 Re: Petite virée dans le centre de la Mongolie Message 25 de 55 · Page 2 de 3 · 1 359 affichages · Partager bonjour, non ne doutes pas! si je pinaille comme ça c'est que j'imaginais déjà des moines traversant à pied je ne sais quels pays..pour rejoindre la Mongolie du Tibet.. merci et je te laisse continuer à ton rythme | | | À: Leflâneur · 29 avril 2017 à 19:05 Re: Petite virée dans le centre de la Mongolie Message 26 de 55 · Page 2 de 3 · 1 321 affichages · Partager Merci beaucoup pour la suite de ton récit, que je prend grand plaisir à lire et découvrir les belles photos ! | | | À: Leflâneur · 2 mai 2017 à 17:39 Re: Petite virée dans le centre de la Mongolie Message 27 de 55 · Page 2 de 3 · 1 290 affichages · Partager Lendemain de fête...
Dimanche 15 juillet
Gueule de bois générale, le départ pour la région des 8 lacs attendra jusqu'après le déjeuner; nous voulons assister à la construction de l'ovôo, mémoire minérale et sacrée de cette réunion familiale.
Le travail est collectif et chacun démontrera pour l’occasion sa force et sa capacité à la solidarité. En une petite heure le résultat de cette coopération est vite impressionnant. Le kern est dressé autour de son pieu de bois, l’aïeul et le petit dernier du clan y accrochent au sommet des rubans bleus et jaunes aux couleurs du Tibet. Pendant les mantras, les offrandes de lait, de riz, de fromage, et autres sucreries sont déposés sur le tas de pierres débordant de symboles chamaniques. Nous laissons les nomades à leur cérémonie et nous éloignons sur la pointe des pieds.
Début d’après midi le chargement est prêt. Estelle se fait, une fois de plus apprécier, en offrant un couteau au jeune garçon de la famille que nous quittons en laissant quelques marques de remerciements pour son hospitalité. Nous profitons d’une éclaircie pour nous mettre en route, suivis à cheval par Bayna assisté de Tortor et d’Arichka qui conduisent habilement leurs yacks du haut de leur monture.
«Quand le Mongol est séparé de son cheval, qu'a-t-il d'autre à faire que de mourir.» Proverbe mongol
Certains regrettent déjà leurs excès de la veille et Christine caracole en tête. Le dénivelé de 400 m est malgré tout supportable grâce aux petites averses qui nous rafraîchissent. Arrivée à notre campement, M. Paule est inquiète des efforts qui l’attendent car nous n’avons fait qu'un tout petit tiers des 55 km de randonnée programmés.
Le camp est vite monté avec une assistance technique à laquelle Adia ne nous avait habitués.
A peine installés Arichka signale un loup à proximité. Malgré une observation aux jumelles aucun d’entre nous n’aura le plaisir de voir la queue de cet animal aussi totem que tabou. Craint en tant que prédateur du bétail, il est aussi vénéré pour les vertus curatives de certains de ces organes. Les Mongols pouvant porter une langue de l’animal en question autour de leur cou pour stimuler une thyroïde un peu paresseuse. La pharmacopée occidentale a surement un bel avenir avec le retour de la bestiole sur le sol français.
Bayna se distingue une fois de plus par un dîner très soigné. La pluie (et oui encore!!) nous oblige à écourter la veillée et à un couchage prématuré. La nuit sera plus chaude que prévu mais agitée par de fortes bourrasques de vent et de pluie mêlés. Autant qui ne tombera pas demain! «Il est difficile de prendre un petit loup sans faire entrer tout la meute.»Proverbe mongol
Lundi 16 juillet
Notre deuxième jour de marche. La forme est revenue. Le pas se voudrait alerte, mais le terrain l’interdit. Comme hier, le chemin est plein d’embûches: marécages, pierriers volcaniques nous interdisent la ligne droite et nous empêchent de profiter pleinement du paysage. Difficile ainsi d’estimer les distances parcourues, peu importe d’ailleurs, en marche on parle plutôt d’heures et de dénivelé. Halte au 1er lac pour une rapide observation de cygnes (ou d’oies cendrées) et de mouettes. Présence des désormais habituels mais toujours attrayants troupeaux. Ici se sont les yacks qui nous offrent le spectacle de leur baignade. Un curieux combat entre une mouette et un aigle s’achèvera par abandon de ce dernier qui s’éloignera finalement, la queue basse, de l’île où la mouette a du nicher. Un peu plus tôt Véro avait été impressionnée par le piqué d’un autre aigle qu’elle avait pris, a priori et au bruit, pour un avion, lesquels sont pourtant absents du ciel depuis Oulan Bator.
Le bivouac est prévu au deuxième lac. Avant d’y arriver Marie-Paule et Estelle auront fait leur baptême de selle mongole: ça tient bien le bassin mais les cuisses souffrent. Elles ne sont visiblement pas prêtes à une longue chevauchée, fut-elle fantastique.
Petit bain bien rafraîchissant en tenue d'Ève et à l’abri des regards masculins, avant le déjeuner. Après midi farniente, sieste bouquin, trempette au lac, lavage et autres trucs de filles. Le froid arrive mais les hommes prolongent leur cueillette de fleurs de ciboulette, excellente séchée et mélangée à du sel pour aromatiser la viande. Très goûteuse aussi fraîche, mais avec modération, au risque d’irruption de gros boutons verts. Beurk! Notre guide a toujours la formule pour se faire comprendre. Ce soir Bayna, assisté d’Estelle qui n’en perdra pas une miette, nous a préparé des petits chaussons farcis, aussi excellents qu’inattendus pour des campeurs loin de toutes commodités.
A suivre... encore. Image attachée: | | | À: Leflâneur · 3 mai 2017 à 11:32 Re: Petite virée dans le centre de la Mongolie Message 28 de 55 · Page 2 de 3 · 1 270 affichages · Partager Avant de reprendre le fil de notre virée, je voudrais remercier Sabine, Bluequark, Marie, Sylvie, Meridiana et Yves pour leur suivi et commentaires.
Mardi 17 juillet Trombes d’eau toute la nuit suivies d’une averse de grêlons au petit matin. On dirait que le lac a débordé jusqu’à notre couchage qui flotte sur une large flaque! Un peu grognons nous nous réfugions dans la tente mess. Marie-Paule choisit de flemmarder dans son sac de couchage préservé de l’humidité. Petit déjeuner simplifié. Il tombe des cordes. L’attente d’une météo plus clémente pour envisager de lever le camp s’impose. Après quelques parties de cartes, au cours desquelles Estelle apprend les règles du 108 dans la rudesse des mauvais joueurs, et quelques chapitres plus loin pour les lecteurs assidus, la pluie cesse. Une soupe revigorante, puis nous entamons une opération séchage, enfin on fait ce qu’on peut !
A cause de ce départ tardif, ou de ces fameuses croyances liées aux mauvais esprits, (mais c'est peut-être moi qui fait du mauvais esprit), Bayna raccourcit l’itinéraire. Nous zapperons le lac Chariout où nous aurions dû pique-niquer. Dommage! Nous nous dirigeons donc directement vers le Chiret, le plus grand lac de cette région, à travers des herbages mouillés et des marécages, enjambant les ruisseaux réalimentés par les tonnes d’eau de ces dernières 24 heures.
A part pour les chaussures, la balade se fait au sec, à travers des mélèzes, renaissant d’un récent incendie, jusqu’à un magnifique plan d'eau. Le chemin en surplomb que nous poursuivons nous dévoile progressivement son étendue et sa beauté.
L’idée est de revenir au rivage pour bivouaquer et pêcher notre repas du soir. Hélas nos plans sont contrariés. Deux mongols y ont trouvé la mort hier soir et les autorités en pleine action pour retrouver l'un d'eux encore dans les eaux, nous interdisent le camping aux abords du lac. Arichka part donc à la recherche d'Adia qui nous attend au col et hésite à aventurer son camion sur la piste abrupte qui nous sépare du sommet. Mais sans autre solution notre bougon chauffeur nous rejoint pour récupérer les bagages.
Après des adieux cordiaux à nos accompagnateurs nous engageons l'ascension sans grand enthousiasme. Marie-Paule, vaillante jusque là, souffre de plus en plus et demande à profiter du véhicule. A entendre le ton et l'insistance dont doit faire preuve Bayna pour convaincre son chauffeur, l'accord est donné... à contre cœur.
« Cheval lâché se rattrape, mot malheureux court toujours » Proverbe mongol
Est-ce l’entraînement de ces trois jours de marche ou la volonté d’en finir, nous trouvons rapidement le bon rythme et grimpons tous allégrement. Nous serons sur la ligne d’arrivée au col pour applaudir un Bayna transpirant, lequel en Mongol qui se respecte, n'est jamais meilleur que sur un cheval. A 2765 m d’altitude, et après ce dernier effort de la journée, les bulles des dernières bières que nous partageons évoqueraient presque celles d’un délicat champagne. Un dernier regard vers le lac en contrebas et nous retrouvons les sièges de notre camion comme ceux d’un confortable Pullman.
Absents depuis 2 jours, à nouveau réapparaissent les yourtes et les troupeaux. A en juger leurs flancs bien rebondis, la variété de la flore locale doit bien profiter bien au bétail de la région.
L’humidité de notre matériel de couchage et la détermination de Véro ne tardent pas à convaincre Bayna qu’il nous faudra un vrai abri pour la nuit. D’autant qu’elle s’annonce fraîche à cette altitude. Deux chiens aux poils indomptés, une maman et son jeune fils nous offrent leur hospitalité. Hormis le fait qu’il a les fesses à l’air, l’enfant a le crâne totalement rasé, seule une mèche lui tombe sur la nuque. Une tradition qui correspond à la fête de ses 3 ou 5 ans à l’occasion desquelles une touffe est donnée à chacun des membres de la famille. Celle qu’il conserve sur sa boule à Z est destinée à ceux qui n’étaient pas disponibles ce jour là.
Cette nuit nous dormirons à 2700m, en raie de chocolat sur des tapis en feutre de laine réchauffés par un feu de bouses de yacks et bercés ou agacés par les aboiements des chiens aux prises avec les loups.
A demain... Images attachées: | | | À: Leflâneur · 4 mai 2017 à 15:23 Re: Petite virée dans le centre de la Mongolie Message 29 de 55 · Page 2 de 3 · 1 250 affichages · Partager Merci pour cette suite, toujours un plaisir de te (vous) lire. A demain... | | | À: Leflâneur · 10 mai 2017 à 12:10 Re: Petite virée dans le centre de la Mongolie Message 31 de 55 · Page 2 de 3 · 1 204 affichages · Partager ... ça continue...
Mercredi 18 juillet
A notre réveil, les autochtones aux joues écarlates sont déjà dans leur taches d’éleveurs et fabricants de fromage. Après quelques photos nous déjeunons au soleil avec les fameuses crêpes promises par Bayna et du lait de yack en direct de la bête.
« Rouge est l'horizon du ciel froid Rouges les joues de la femme heureuse Rouge l'écorce du tamaris dans le ravin. »Triade mongole
Au moment du départ les femmes nous proposent d'acheter des dell qu'elles confectionnent pendant les longues soirées d’hiver qu’il faut bien occuper. Estelle s’en offrira un magnifique violet qui semble avoir été fait sur mesure pour elle.
Départ pour Karakorum non sans avoir badigeonné de crème apaisante les joues de nos hôtes reconnaissants. Nous dévalons à travers un immense espace vert. La lumière joue sur les flancs douillets des sommets de velours et décline des verts tendres, des ocres pâles et des bruns violacés. Au fond de la vallée un camaïeu alterne des émeraudes et des flaques de velouté de poireau où se prélassent des lacets brillants accotés ça et là de yourtes qu’on prend de loin pour des roses des prés.
A perte de vue des centaines de pointillés blancs et noirs lesquels lorsqu'on les approche, déclinent leur identité animale. Sans doute l’un des plus beaux tableaux du musée naturel qui s’offre à nous depuis le début de notre périple. Bouche bée et chapeau bas. Courte halte au rocher de la fortune où un mongol nous impressionne avec un jet, genou à terre qui franchit allégrement les 30 mètres du fameux édifice rocheux: un futur milliardaire, comme le veut la tradition locale.
On the pist again. Les mélèzes d’un vert profond ourlés du gris de leurs frères bostryschés réapparaissent; de même les chevaux et les vaches qui supplantent progressivement les yacks à mesure que l’on perd de l’altitude. Déjeuner dans une petite ville minière. Resto dancing où quelques jeunes se démontent la tête à la bière/vodka. L’endroit est un peu glauque mais inspire José qui se verrait bien finir sa semaine là pour voir à quoi ressemble un samedi soir couleur locale sous les boules à facettes et les spots qui clignotent.
La suite du parcours est moins palpitante. D’abord nous traversons une zone d’extraction d’or où apparaissent clairement les dégâts de l’exploitation tant sur le paysage bouleversé que sur la consommation d’eau qu’exige l’activité. 300 rivières et lacs asséchés en 10 ans pour étancher la soif d’or c’est cher payé ? Quand on sait que la plupart des concessions sont accordées à des chinois on comprend mieux le rejet de Bayna pour ces exploiteurs sans foi ni loi hormis le profit.
Ensuite c’est notre chauffeur qui nous rallonge le trajet. Sans compter qu’à plusieurs reprises on a l’impression d’être total paumés et ça sous une pluie battante. Bon on ne peut franchement en vouloir à Aida, ce n’est surement pas facile de se diriger essentiellement de mémoire et sans l’assistance de cartes, panneaux de signalisation et encore moins de GPS. Mais bon, 6 heures de tape cul au lieu de 4 ça commence à entamer la patience collective et marquer dos et arrières trains.
Puis dans notre compliqué périple nous croisons un groupe de motards dont un, inerte couché à coté de son cheval de fer. Nous alertons la première yourte et avons une pensée émue pour tous les nomades qui vivent à des lieues de tout système de soins et dont l’état de santé peut empirer du fait du seul transport. Lorsque nous retrouvons le goudron l’effet velours est de courte durée. Très vite la chaussée s'avère extrêmement défoncée. L’espace d’un instant un double arc en ciel nous fait oublier notre raz le bol.
Éreintés par cette journée nous arrivons enfin au camp touristique. Après avoir évité de peu le lynchage d’Adia qui s’apprêtait à jeter nos bagages hors du camion dans de grandes flaques laissées par l’orage, nous montons nos tentes pour les faire sécher mais dormirons avec plaisir dans une yourte chauffée comme il se doit à la bouse de yack.
Une bonne douche chaude apaisera tout le monde. Jeudi 19 juillet
Cette nuit il a beaucoup plu, heureusement nous avions replié nos tentes avant le coucher. Elles seront presque sèches pour le prochain bivouac...
Nous laissons ce camp touristiqué sans regret et reprenons la route sous la flotte qui ne nous quittera pas de la journée, pour le plus haut lieu emblématique de Mongolie: le monastère Erdene Züü. Ce premier site du culte bouddhiste en Mongolie édifié au 16eme siècle entouré de 108 (chiffre symbolique) stupas, est un curieux mélange de bouddhisme passé, présent et à venir. A chacun de ces trois cycles un temple à l’architecture typiquement chinoise avec statues de Bouddha, disciples, divinités protectrices et taras ad hoc.
Passage par la yourte de prière où des moines récitent les mantras pour des Mongols plein de tracas. Il y a toujours un peu de gêne pour nous à être témoins de ces rituels aussi étrangers qu’intimes.
Plus loin nous rejoignons le partie tibétaine où Bouddha est submergé de gâteaux multicolores fait de beurre, de farine et de sucres séchés, appétissants et surement immangeables, encore qu’un peu plus que ceux du temple du passé où dominait l’odeur de beurre plus que rance. Nous assistons à l’appel de la prière lancé par deux jeunes lamas coiffés d’un bonnet à crinières soufflant dans de gros coquillages. Transport immédiat pour Lhassa.
Bayna nous guide ensuite vers le site de la tortue, histoire de gagner un peu de longévité. L’animal serait aussi censé protéger le site des inondations la météo locale laisse à penser que la tortue en question, a encore pas mal de boulot. Au passage nous nous attardons auprès des marchands noirs du temple et laissons quelques tugriks en échange de menus souvenirs.
Déjeuner en gargote où chacun trouve sa vie sauf Marie-Paule, de plus en plus végétarienne, statut assez improbable dans ce pays.
Notre guide fait provision d'airag, vingt litres de lait de jument fermenté pour... baigner à son retour son petit garçon. Il paraît que ce liquide est bourré de vertus. L'en fant en tirera-t-il l'art de voler la chainette et l'os de loup que porte Bayna à la cheville et qu'il tient de son père auquel il l'a lui même volé quand il était adolescent. Rites de passage et voies de la transmission qui ne manquent pas de tenue. Je me demande sur quoi les filles, à part leurs règles, peuvent compter pour entrer dans l'état pré-adulte.
Et c’est reparti, direction le Petit Gobi... sous cette satanée pluie qui a décidé de ne nous laisser aucun répit. Course à la yourte. Un premier essai manque de nous fâcher, Bayna nous proposant de dormir quasi sur un tapis de crottes de biques. Nous trouvons finalement au pied des dunes avec vue sur la montagne un campement familial qui fait l’unanimité. En fin d'après midi les nuages se dispersent enfin et nous pouvons profiter de la soirée à l'air libre.
... Demain peut-être un jour sans pluie ? | | | À: Leflâneur · 11 mai 2017 à 17:33 Re: Petite virée dans le centre de la Mongolie Message 32 de 55 · Page 2 de 3 · 1 190 affichages · Partager Fantastique récit. | | | À: Leflâneur · 16 mai 2017 à 12:13 Re: Petite virée dans le centre de la Mongolie Message 33 de 55 · Page 2 de 3 · 1 159 affichages · Partager Vendredi 20 juillet
Réveil ensoleillé avec les grenouilles. Bonne nuit générale malgré qu'il a encore beaucoup plu. Petit déjeuner au yaourt et crème de lait de chèvre bien meilleurs que le cambouiboui, (vache kiri locale en phonétique). José, matinal, observe la fascinante mise en place et la traite du troupeau d’une bonne centaine de biquettes. Le tout bâché en deux heures par nos hôtes qui n’ont pas le pied dans le même sabot.
Le groupe se scinde nous partons avec Bayna à la découverte d’un nouveau temple pendant que Marie-Paule s’offre une matinée de bulle et José, boite noire en bandoulière, de quoi enrichir notre futur album photo.
Le soleil bienvenu accompagne notre escapade richement commentée grâce à l’intérêt de notre guide pour son pays et son histoire. Ce monastère fondé au 12eme siècle par Zanzabar 1er bogd (équivalent du Daïla Lama pour les Tibétains) de Mongolie a été détruit une première fois, bien avant l'œuvre néfaste des Russes, par son opposant un bouddhiste rouge allié au pouvoir du roi. Au passage ce subtil et sanguinaire combattant a émasculé tous les moines et animaux mâles du coin, histoire de mettre fin à leur race. Au delà de cette version glaçante l’endroit est assez magique. Perché comme il se doit dans des rochers, flanqués de bouleaux sectionnés par les vents de printemps, il offre une vue imprenable sur le bras du petit Gobi. Quelques cascades et un torrent flegmatique agrémentent le paysage enrichi de bouquets de lys orangés, de chardons violets ou d’ail des ours en fleurs. Nous faisons provision de rhubarbe pour notre dessert. Bayna nous fait récit de l’itinéraire de Temudjin surnommé Ghengis Khan qui voua son existence à venger l’empoissonnent de son père par les Tatars lorsqu’il avait 8 ans. Vu l’empire qu’il construisit, de la Pologne aux confins de l’ Inde, on imagine qu’il aimait rudement son papa. Après une éducation aux arts de la guerre il leva une armée et s’attela à détruire le peuple assassin de son géniteur. Ainsi il n’accorda la vie sauve qu’aux Tatars soumis, vieillards ou à ceux dont la taille n’excédait pas la hauteur d’une roue de char à yacks. Les survivants auraient immigrés vers le Pakistan, l’Afghanistan, l’ Ouzbékistan... autant de pays en stan où leur esprit belliqueux perdure puisqu’ils sont tous en guerre ou en dictature militaire encore aujourd’hui. Voici un point de vue d’histoire politique à prendre sans doute avec un peu de réserve.
Le déjeuner se fait attendre; normal quand on a un guide cuisinier, difficile d’être au four et au moulin. Après une soupe qui réchauffe, une fois encore c’est l’ondée.
Nous attendons l’éclaircie pour une balade dans les dunes où force grenouilles grosses comme des noisettes, nous sautent entre les pieds. Au retour apéro au camp touristique voisin. Il y apparait que Bayna a été un peu filou avec nous en nous annonçant hier des tarifs largement majorés. Bon y’a pas mort d’homme et nous préférons de toutes façons le couchage chez l'habitant.
Ce soir le ciel est de nouveau bien plombé... nous serons contents de dormir encore ce soir sous yourte.
Demain sera un autre jour... | | | À: Leflâneur · 17 mai 2017 à 11:42 Re: Petite virée dans le centre de la Mongolie Message 34 de 55 · Page 2 de 3 · 1 144 affichages · Partager Samedi 21 juillet
Au lever notre hôte fait des offrandes de lait devant sa yourte. Une machine à laver trône dans l’herbe à coté d’elle. Remercie–t’elle les esprits de lui avoir donné les moyens de se payer l’appareil grâce à l’argent des touristes qu’elle accueille? Est-elle chamane, à en juger par les vêtements et divers accessoires qui prennent le soleil sur la yourte avant de faciliter la communication avec les ancêtres ? Serait-il permis de croire en une action bénéfique sur la météo qui ce matin semble clémente?
Nous apprendrons plus tard que ce n’est pas cette femme mais son fils de 14 ans qui est chaman. Nous les quittons un peu frustrés d’être passé si prés sans le savoir, mais respectueux de ces pouvoirs et de la discrétion qui les entourent. Le long ruban d’asphalte gris traverse en quasi ligne droite une vaste plaine aux reflets verts; de l’argenté de l’armoise, au plus soutenu des orties en passant par la tendresse des pâturages ou celui plus tranché du blé en herbe, planté pour la saison prochaine, les nuances sont infinies.
Nous quittons la beauté de ces paysages et faisons une halte ravitaillement dans un petit village particulièrement sinistre. Pistes hyper défoncées, construction délabrées ou inachevés, sacs plastiques envahissants et bouteilles de vodka fracassées... Une journée ici et je me colle une balle. Bon on est juste venu pour les provisions du pic-nic et on repart dare-dare.
Nous avons convaincu Bayna de laisser ses casseroles pour un saucisson mongol/cornichons à la russe. Ce n’est guère du goût d’Adia qui, au-delà des rancœurs autour de l’occupant soviétique, est surtout perdu sans sa soupe.
Nous reprenons la route, notre chauffeur pour des raisons, sans doute d’économie, pratique allégrement la roue libre. Lors d’une reprise du levier de vitesse c’est la panne.
Nous nous installons sur le bas-coté pour une durée indéterminée, mais Adia et sa boite à outils (?) se révèlent efficaces. La mécanique de ces engins est robuste et la sieste écourtée.
On the road de nouveau, à travers un décor toujours aussi captivant.
Quelques rais de lumière éclairent au loin le bras du petit Gobi lequel s’étend sur 150 km jusqu’à son grand frère aux confins de la Chine.En arrivant vers Lün la boucle est bouclée. Notre fidèle camion franchit avec brio et à notre grande satisfaction une série de terrains accidentés et marécageux. Nous dégottons un magnifique endroit au bord du Tuul Gol et attendons à l'abri dans le véhicule la fin de notre énième orage du séjour pour installer notre dernier bivouac. Les esprits seraient-ils avec nous en cette fin de séjour ? Le ciel se dégage très vite. Essai de pêche infructueux. Le ciel et les couleurs magnifiés par cette lumière spéciale d'après orage nous font vite oublier les truites au bleu que nous avions eu l’audace d’espérer.
Notre cuistot tapera encore une fois ce soir sur Marmiton pour nous concocter notre dernier souper au grand air. Le feu de bouses allumé à grand renfort d’essence par Adia a bien quelques vertus pour éloigner les moustiques, beaucoup moins pour apaiser les esprits qui nous arroseront encore cette nuit.
Nous trouverons le sommeil bercés par les mélopées de quelques campeurs mongols, venus, en cette fin de semaine, renouer avec leurs racines nomades.
« Ils galopent comme le vent et leur puissance est celle de l'avalanche de la montagne. »
Ancienne chronique chinoise | | | À: Leflâneur · 17 mai 2017 à 12:22 Re: Petite virée dans le centre de la Mongolie Message 35 de 55 · Page 2 de 3 · 1 137 affichages · Partager tout en douceur votre récit, merci | | | À: Leflâneur · 18 mai 2017 à 12:08 Re: Petite virée dans le centre de la Mongolie Message 36 de 55 · Page 2 de 3 · 1 116 affichages · Partager Dimanche 22 juillet
Ste Marie Madeleine donnez nous un jour sans pluie, merci. Parce que cette nuit encore, ça a bien mouillé. Mais qu’importe, c’est la dernière sous la tente et que le matériel soit remballé humide, ça obligera peut être Amgalan à s’en préoccuper. Arrêt à Lün où il s’avère plus facile de trouver de la vodka que du pain! En route pour le parc national de Hustai où plus de 250 chevaux de Prjevalski s'épanouissent en complète liberté, sur 50 000 hectares protégés.
Nouveau pic-nic imposé par la rigueur du budget bouffe qui est bouffé et arrivée en début d'après-midi au centre d'hébergement du parc. C'est le plus luxueux du séjour, et une invite au délassement. Mais la sieste sera écourtée par l’annonce du repérage des gardes du parc des précieux animaux. Départ en trombe. Très vite on les découvre au loin par petits groupes organisés autour d’un guetteur, sans doute un mâle posté en position stratégique, les petits au milieu, à proximité des mamelles maternelles.
Ils ne semblent pas effrayés de notre présence mais sauvages comme il se doit ils cherchent à garder la distance avec nous et se mettent en route très tranquillement dès que nous cherchons à les approcher.
Par le contournement d'une colline et une approche à la sioux nous parvenons à nous poster immobiles à bonne distance pour ne pas les déranger et jouir de longues minutes du charme de cette rencontre et du spectacle rare de ces quelques représentants de la lignée d’exception.
L’expérience est magique tant le site est somptueux, et les animaux en parfaite harmonie avec la montagne de granit. Un soleil bienvenu caresse l’horizon et ajoute à notre félicité.
Un peu plus loin un troupeau de biches que nous identifions aux jumelles confirme la richesse de la faune locale. Le cerf ne sera là qu’en septembre pour «faire le kiki» selon l’expression de Bayna. Nous aurions souhaité apercevoir un loup, mais c'est la course des lapins et des sulsiks, sous l'œil perçant et avide des aigles, qui animera notre retour au camp.
La balade restera gravée, tout comme le concert de Domog Folk Modern Group. Trois très talentueux musiciens, experts du morin khuur et des chants de gorge nous laisseront ébahis de tant de virtuosité dans leur créativité et leur interprétation.
Ce soir le chemin de lait (c’est à dire la voie lactée de Bayna) est au rendez vous du ciel mongol particulièrement lumineux. Encore une pierre blanche dans notre séjour. | | | À: Pachyderme · 18 mai 2017 à 12:12 Re: Petite virée dans le centre de la Mongolie Message 37 de 55 · Page 2 de 3 · 1 114 affichages · Partager ... En douceur... et surtout en longueur. Je sais que ça traîne un peu, mais nous arrivons au terme du voyage. Merci de ton intérêt. | | | À: Leflâneur · 18 mai 2017 à 14:28 Re: Petite virée dans le centre de la Mongolie Message 38 de 55 · Page 2 de 3 · 1 104 affichages · Partager de rien, il y a des carnets de voyage bien plus long et c'est bien! en tout cas vive l'humeur vagabonde! bonne journée | | | À: Leflâneur · 19 mai 2017 à 10:29 Re: Petite virée dans le centre de la Mongolie Message 39 de 55 · Page 2 de 3 · 1 088 affichages · Partager Ton récit est captivant et les photos superbes. Merci pour ton compte rendu ! | | | À: Leflâneur · 29 mai 2017 à 14:14 Re: Petite virée dans le centre de la Mongolie Message 40 de 55 · Page 2 de 3 · 1 052 affichages · Partager Incredible  ! Tu réussis à me faire préférer un carnet par les photos plutôt que par les mots ! Alors là, t'es trop fort  !
On apprend la rudesse du climat, on apprend les paysages somptueux, on apprend les gens charmants, on apprend les échanges rugueux ou plaisants, on apprend les difficultés et les joies, on apprend la vie dans ce coin du monde. Puis-je te dire que j'ai beaucoup plus appris par tes photos que par le récit ? Tu n'es pas surpris n'est-ce pas ? Sourire.
Merci pour ce carnet mongol qui me conforte dans ma non-envie d'aller vagabonder par là  et à bientôt dans des Ailleurs que j'adore...
Dolma | Carnets similaires sur la Mongolie: Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 5 186 visiteurs en ligne depuis une heure! |