Bonjour,
Je réponds ici à ton message privée.
Quel plaisir de voir quelqu’un qui s’intéresse à cet endroit tant légendaire.
J'ai franchit le pongo de Manseriche plusieurs fois en basses eaux et une fois en hautes eaux. C'est un endroit fabuleux.
Le pongo en lui même n'est pas très long, un à deux kilomètres si je ne me trompe pas. C'est le franchissement de la dernière barrière andine (prolongation de la cordillère de Campanquiz) avant la plaine amazonienne. C'est dire si cette situation est extraordinaire :
On navigue sur le Marañon, la rivière qui donne naissance au fleuve
Amazone, le fleuve ayant le plus gros débit du monde. Avant l'entrée du pongo, il fait plus de 500m de large puis, il se rétrécit sur une distance d'une petite centaine de mètre, pour s'engouffrer dans le pongo qui, au moins large, mesure environ 50 m. C'est impressionnant et difficile à imaginer.... En plus des tourbillons, courants contraires, rochers,...
En basses eaux, la navigation est aisée pour le motoriste qui connaît le pongo. En hautes eaux, une vague d’environ deux mètres, voire plus, fait l'aller-retour dans le pongo. Les motoristes la passent de côté ou de cul (!). C'est tout un art et on la ramène pas large dans la chaloupe. Dans le pongo, il y a environ 40 m de profondeur (un ami hydrologue a fait la mesure en basses eaux).
En basses eaux passent les peque-peque, les chaloupes et les gros bateaux (jusqu'à 12 tonnes).
En hautes eaux (entre 18 et 21 pieds), seules les chaloupes s'y risquent. Il faut que le moteur puisse répondre. Les chaloupes comme les gros tonnages ont des 60 chevaux ; les peque peque, des petits moteurs de rien du tout.
Au-dessus de 21 pieds, le pongo est noyé et on file à toutes vitesse, mais sans risque majeur.
Cet endroit était un rêve d’adolescent. Ma jeunesse étant bercée par les lectures de Bandelier, Wiener, Langlois, La Condamine,... J’ai dû attendre jusqu’à l’année 2006 pour avoir l’opportunité de franchir ce pongo. Et, comme toutes bonnes choses, j’y ai goûté une fois puis, de nombreuses fois. C’est un endroit extraordinaire, bordé de falaises vertes de végétations et parcouru par de nombreux oiseaux. Un autre monde....
Pour y accéder, c'est simple :
De
Lima, prendre la panaméricaine nord. Après
Chiclayo, bifurqué pour Bagua Chica. A Bagua Chica, prendre la piste qui se rend à Santa Maria de Nieva (9h). A Santa Maria de Nieva, tu peux trouver un motoriste pour passer le pongo. De l'autre côté de celui-ci, juste à la sortie, se trouve le village de Borja. Je connais plusieurs motoristes qui le passent en basses eaux et j'en connais un qui le passe en hautes eaux (ils sont plusieurs, mais j'en connais un de confiance). J'en connaissais un autre mais il est mort il y a à peine 3-4 mois, noyé dans le pongo. Cela faisait plus de 20 ans qu'il le passait. Il le connaissait comme sa poche. Il y a peu, il s'est engagé à l'intérieur avec un faible moteur et en hautes eaux ; excès de confiance. Ici, c'est du sérieux. C'est un des endroits les plus meurtriers pour la navigation en
Amazonie, dont la réputation est légendaire depuis de siècles pour les navigateurs de la plaine amazonienne.
J’ai des photos et une vidéo du passage du pongo en hautes eaux mais, prise avec mon numérique, elle ne rend pas très bien.
En résumé, c’est un endroit magique de l’
Amazonie. Déjà que l’
Amazonie est magique, alors...
Je te transmets quelques photos.
Celle de Google Earth, n'est pas très juste. Borja est mal situé (sa situation exacte est juste à la sortie du pongo) et Teniente Pinglo marque l'entrée du Santiago (son embouchure, il se jette dans la Marañon). Ici, on est en territoire Jivaro.
L’Amérique, définitivement le Nouveau Monde, un autre monde.