Je peux me tromper, mais ton discours me rappelle tout à fait celui de tous ces gens qui, quelle qu'en soit la raison, n'ont pas pu ou pas su réussir en
France (ou en Métropole),
qu'on retrouve ensuite poussés (plus que librement installés) vers l'outremer et/ou enfin à l'étranger
et qui trouvent plus facile de cracher sur leur pays et un système économique (ou un modèle de société) ** où ils n'avaient manifestement plus leur place (ou tout au moins l'idée qu'ils se font d'eux-mêmes)
que d'accepter ou de s'imposer humblement la plus petite remise en cause personnelle...
** je ne dis pas qu'ils sont les meilleurs, mais c'est ceux que nous avons aujourd'hui, alors...

Ah là là le coup de "
la petite remise en cause personnelle"

On me l'a souvent faite celle là ! Et venant de gens qui, eux, ne remettraient rien en cause de leurs certitudes téléchargées. Ce fut le cas lors d'une inénarrable (c'est donc pour ça que je vous la narre

) convocation de chômeurs à l'ANPE où, tout ce qu'avait eu à dire une "
conseillère" devant un parterre de chômeurs assez qualifiés professionnellement, "
Mais vous ne vous êtes jamais remis en cause ?". Certains étaient surpris d'autres avaient visiblement envie de remettre en cause son statut de mammifère pour voir si, en la lançant par la fenêtre, elle se transformerait en petit oiseau. J'ai éclaté, moi, d'un rire dyonisien (comme dirait mon vieux maître F. Nietzsche), je me suis levé et je suis tranquillement parti sans claquer la porte.
D'ailleurs ceux-ci, que certains psychiatres considèrent relevant de la psychopathologie de la super adaptation, s'effondrent complètement si l'aléa de la conjoncture leur fait un croche pied. J'en ai connu des pour qui "
le chômage c'est pour les autres" et "
quand on veut on peut" et ce sont eux qui se sont retrouvé à la rue, catégorie SDF, avec tentatives de suicide, somatisations par tous les bouts. Aggravé par le fait que, étant en couple, ils n'intéressaient plus leur bonne femme et leurs chiards car il n'était plus le distributeur de billets.
Si ton raisonnement (limitation à la seule psychologie et non à l'économique) tenait la route comment expliquerais-tu cette effondrement économique, cette hécatombe des postes salariés productifs et, effectivement, de la fuite éperdue de certains vers d'autres pays possibles (les européens font la queue aux bureaux d'immigration au
Chili et ce sont, pour la plupart, des gens très qualifiés) ? Moi je suis étonné du contraire : des jeunes qualifiés et voyant la vanité de poursuivre des études inutiles et qui n'ont pas le tonus vital de rassembler leurs picaillons pour quitter le Titanic, même si c'est un radeau de sauvetage. L'aventure, à moi, ne me fait pas peur.
Je conclurais avec Louis Aragon
J'ai quelque lassitude Est-ce l'heure est-ce l'âge
À faire ce qu'il faut pour être bien compris
Car il ne suffit pas de soigner ses images
Et de serrer de près le sens dans le langage
Il faut compter avec les sourds les ahuris
Il faut compter avec ceux-là que tout installe
Dans l'idée a priori qu'ils se font de vous
J'écris Je suis le boeuf qu'on expose à l'étal
Et mon coeur débité d'une poigne brutale
Quand il est en morceaux les gens le désavouent
Ils pensent que comme eux mesquinement je pense
Ce que je dis pour eux je le dis pour l'effet
Ils ne peuvent m'imaginer qu'à leur semblance
Ils n'ont à me prêter que leur propre indigence
Ils en sont prodigieusement satisfaits