"De retour...." Complété et modifié
Voilà, c'est le Retour. Le choc, à l'aéroport d'Orly. Le temps est suspendu dans l'entre deux du passé et de l'avenir.
C'est ici que je me sens déracinée. L'aventure a été belle, les rencontres intenses.
La rencontre d'un pays, qui cherche son chemin, comme tant d'autres, entre
tradition et modernisation. Le capitalisme fait ses ravages, comme partout
ailleurs, sur notre planète.
Un pays entre tradition et Modernisation....Ce n'est pas nouveau,
on l'entend même de plus en plus.
Ca finit par vouloir tout dire et rien dire à la fois. Et c'est pratique....
L'accueil y est pourtant bien chaleureux, l'ouverture d'esprit au
rendez-vous. Il y réside un bouillonnement de culture envoûtant, une énergie
phénoménale alimente les arts de Sens et d'Engagement. Musique, danse
traditionnelle et contemporaine, théâtre, rien n'est vide, tout est plein de
l'expression de la Condition Humaine.
Rencontre avec l'avenir, avec les enfants, qui cheminent entre réalités,
propagande scolaire, et une avidité de liberté. Leur coeur est ouvert, en
attendant que le miroir du modèle occidental vienne alimenter leurs
illusions, pour beaucoup. Mais il y aussi ceux qui savent déjà que c'est ici
qu'ils seront l'avenir du pays. Il y a aussi des gens pour le leur dire.
Nous gardons au chaud nos correspondances.
Je regarde leurs photos avec sourire.
Ils n'ont besoin de personne pour vous faire un clin d'oeil, une grimace furtive,
ou un regard franc.
Nous avions au programme deux écoles de 500 enfants (l'une dans l'un des
quartiers pauvres nommé Niénéta à Bobo, l'autre et un orphelinat dans un
grand village de Samendeni), l' association Song TAABA pour femmes seules
avec leurs enfants, et nous nous sommes attachés à un bon petit voisinage de
Niénéta où il y avait de grands besoins.
On a fait au mieux. Mais tout le monde était très content.
Les médicaments vont beaucoup servir à l'association de femmes, à l'orphelinat, et aux enfants de Niénéta que nous connaissions.
Les fournitures "scolaires" ont fait des heureux partout.
Les vêtements à l'association Song Taaba et à l'orphelinat de Samendeni aussi.
Les ateliers ont bien fonctionné, musique et chant, dessins, contes et
expression, cinéma avec petit projo, et aussi un petit spectacle joyeusement
"bidouillé", en musique (mi- tsigane, mi- percu affro), de marionnettes à
taille humaine.
Nous n'avions pas vraiment la sensation de faire quelque
chose de bien étudié, surtout dans les situations où nous étions
(500 à 600 mômes, quand même c'est quelque chose!),
mais ça avait l'air de faire plaisir.
Les enfants semblaient contents, nous on étaient vannés.....
Mais nous avions si soif de profiter de tout, que nous avions l'énergie pour
découvrir autant qu'il soit possible. Nous avons profité de concerts,
spectacles de danse, théâtre, aussi des Centres culturels Italien et
Français de Bobo. Un bouillon de culture ! Que du jouissif !
Rencontre avec les artistes musiciens au grand nombre bien entendu, au coin
de la rue, aux concerts, aux musées de la Musique, ou une rencontre
impromptue qui finit en boeuf... Compagnies de théâtre ou de danse
traditionnelle et contemporaine nous ont remis les pendules à l'heure.
Les concerts sont souvent accompagnés de danseurs, c'est un Tout.
La musique vous prend le corps pour vous impulser un élan de libération d'énergie bien recyclée. Et quand votre regard est hypnotisé par l'explosion de figures des danseurs, vous éprouvez autant de plaisir que de danser vous-même. Et quel plaisir !!
Rencontre avec les femmes, qui oeuvrent entre le joug des traditions et
l'état des choses, conscience souterraine de la population. Elles prennent
des libertés en cachette, pour limiter les dégâts d'un fonctionnement
social. Travaillant beaucoup, elles sont partout à la fois, dans les cours
des maisonnées et dans les rues à vendre tout ce qu'elles peuvent savoir
faire. Dans les arts aussi. Avec volonté de fer et féminité chatoyante,
elles portes sur leur tête, et leurs épaules....
Rencontre avec l'association pour femmes de Mawa, Dame engagée depuis l'âge de 16 ans avec cette volonté emprunte de réserve et de coeur, qui vient le jour de notre départ avec une grande tristesse, des cadeaux pour chacun de nous, pour que l'on oublie pas de revenir. La seule à qui l'on peut demander un livre ou un film sur Sankara, le sourire aux lèvres.
Il est bon de sentir que, même si il vaut mieux ne pas aborder le sujet de Thomas Sankara, il reste très présent dans la vie et les coeurs des Burkinabés.
Ou encore d' autres voyageurs... Rencontres avec des associations
Franco-Burkinabées, des volontaires, très jeunes ou plus
âgés, bourlingueurs, à l'orphelinat de Samendeni, avec qui nous nous sommes
fait le plaisir d'une petite escapade pour un jour de repos, encore un peu à
Banfora qu'il est toujours difficile de quitter, guidés par nos amis Siaka
et Innocent.
Un jeune homme, aux yeux d'enfant, emprunts de douceur, Siaka
TB, éducateur de talent à l'orphelinat, travaillait ses tableaux avec des
matériaux naturels, terre, pigments...Ses tableaux (un visage, fait d'une
multitude de corps, ou encore une représentation de la famille dans sa
simple complexité....) sont profonds.
Il y a encore tant d'autres rencontres.....
Rencontre avec un système. Tout est utilisable, recyclable, tout sert
jusqu'à que ce soit complètement "gâté". Les échoppes de ferraille, de
ferronnerie, de verre foisonnent dans les vieux quartiers. Le superflu
n'existe pas.
Mais les enfants jouent les pieds dans les détritus, la
décharge est dans les rues de la ville. Sur les canaux des vieux quartiers,
de Dioulassoba, de Niénéta, stagne une couche de pollution, de sacs, de
papiers... Rencontre avec un gouvernement fantôme, et pourtant à l'uniforme
présent.
Rencontre avec le troc, l'Echange, voie de survie dont on ne s'inspire pas
encore assez.
Rencontre aussi avec la corruption, habitude à la peau bien
tannée, avec laquelle il faut compter, partie intégrante d'une forme de
tradition...Vigilance comme compromis ou encore remise en question de nos
"principes" occidentaux (si tant est qu'ils soient valables, chez nous
comme ailleurs) sont de mise pour pouvoir travailler ici. Mieux vaut amener
quelque chose de palpable aux enfants que de l'argent dans les orphelinats
et écoles...Le coût de la vie, et surtout des produits de première
nécessité, ont augmenté presque de 150 % ces six derniers mois. Chacun fait
ce qu'il peut....Thiogo Thiogo, comme on dit en Dioula. Et il faut aussi
bien mesurer les conditions de travail des professeurs et éducateurs.
Rencontre avec les taxis burkinabés, la belle aventure qu'il fait toujours
bon prendre. On ne sait jamais s'il va se séparer en deux, on reste épaté
par ses capacités de transport et ses tableaux de bords!!... Ca couine, ça
craque, ça clignote, ça fait tac tac tac, y a toujours un bruit nouveau, ça
n'a pas de pare brise ou presque, ça s'arrête pour déposer la huitième
personne dans le quartier d'à coté ou pour faire une petite course à
l'occasion. Entassés jusqu'à huit ou neuf, que du plaisir et des rires...
La palabre, le Marchandage, jeu auquel il fait bon de s'adonner. Jeu délicieux. Farafinou et toubabou se toisent. Vient l'humour, vient les rires, chacun cherchant "son" juste milieu. Prendre le temps d'apprendre à se rencontrer dans la filouterie. Souvent un très bon moment, si l'on s' y prête bien....
Au de là du plaisir, deux mondes, deux notions de l'argent se rejoignent dans un entre-deux.
Oh combien j'aimerais pouvoir marchander le plus possible ici, en
France !
Le temps, justement. Le temps à l'africaine....Difficile de s'en défaire, d'oublier cette sensation de fluidité. En bons toubabs, nous sommes arrivés avec un beau planning, tout propre, bien carré. Quelle rigolade ! A peine quelques jours et il ressemblait déjà à un brouillon de cancre, des ratures, des gribouillis, des flèches finissant par faire tout le tour de la feuille pour finalement revenir à l'endroit initial....
Les journées s'écoulent, nonchalantes, chaque chose prenant le temps. Et pourtant, sans que l'on sache comment, chaque chose est faite, chaque journée si remplie !
Ce serait bien que l'on puisse venir là-bas?...Suivent palabres avec nos hôtes bienveillants Siaka, Karim et Sékou, une sorte d'agitation "tranquille". Au final, Y a Foy, y a pas de problème.
C'est pourquoi, quand vient une rare accélération du temps, nous nous sentons un peu déstabilisés:
09 h 45, arrivée dans un village en brousse. Ani Sogoma ! Bonjour! on est content, nous aussi, tout le monde est content....
"Le griot est passé dans le village ce matin pour dire la bonne nouvelle, les enfants vont tous arriver bientôt - Ha, ils arrivent à quelle heure? - Ils commencent à arriver - Ha, et ils sont combien à peu près? - Oh, entre 500 et 600.... -....d'accord ".
Nous sommes cinq, ya foy ! ya foy ! ya foy !! Nous l'avons déjà fait, nous pouvons l'improviser ! Mise en place des ateliers et du spectacle dans un flou logistique et artistique total...L'important, ce sont les Pitchounes.
Rencontre avec la poussière, la brousse et ses villages. Grand Amour de la
piste, des arbres magnifiques, des baobabs. Chaque arbre semble une oeuvre
d'art, les troncs des palmiers sont chacun sculpté et unique. Toutes ces
couleurs singulières ne quitteront jamais nos mémoires et pour ma part ne
cesseront de me manquer. Amour de la pétrolette qui tombe six fois en panne
sur la piste et qui nous remue les cervicales. Nous avons eu les joies de
petites virées autour de
Banfora à mobylettes et ballade autour de Samendeni
dans la brousse. Allons donc voir le Marigot, ou le Baobab sacré !
Que nous n'avons pas vu d'ailleurs... Chacune de nos mobylettes tombe en panne (voir plusieurs fois par pétrolette). Sur la piste, entre champs de canne à sucre et rivière dans laquelle les femmes lavent leur linge, un homme s'arrête. "Panne?", il s'approche, yeute, file un coup de pied à la pétrolette, lève les épaules et continu son chemin...Nous sourions, les autres sont déjà loin, assis en tailleur au milieu de la piste nous savourons l'attente. Siaka nous retrouve, observe l'engin, coince un tout petit cailloux dans le tout petit moteur, et l'on repart....pour la prochaine panne (nous apprendrons le soir, avec hilarité ou presque, qu'ici la panne est comprise dans la location de la pétrolette, c'est écrit sur le petit papier du réglement ! Il allait falloir palabrer sec !).
A suivi un grand périple dans la poussière pour rejoindre la petite ville dans la nuit. D'énormes camions blindés à ras bord d'hommes sur des sacs de coton, fonctionnant bien sûr au klaxon, fonçaient, nous frôlaient, nous laissant aveugles dans un nuages de poussière épaisse.
Une impression de danger imminent, qui n'en est que rarement un, au final.
Coincés la nuit à
Banfora, du coup, on a dormi chez des rastas bien
sympas....
Et tout ceci n'était qu'un concentré de bonheur, emmagasinant
les lumières successives de la journée sur les couleurs de la brousse et des
pistes, de l'ocre plein les yeux et la mémoire. Puis dans la nuit
poussiéreuse, nous "funambulions" entre inconscience et
exaltation.
Rencontre avec les amis qui nous accueillaient, Siaka, Karim et Sékouba, et leur famille de Niénéta. les gens aux croisées des rues de
Bobo Dioulasso. Les visages restent présents dans les mémoires et le manque d'un autre rapport à l'autre se fait sentir. Echanges de personnes singulières ou l'intensité des voyages, faits des rencontres de coeur, et du peu de temps qu'il nous ai donné pour nous connaître, nous Voir....
Belle rencontre entre nous, belle équipée, belle amitié liée par l'aventure.
Et bien d'autre choses encore, bien sûr...
Dans ce pays, la tradition est fidélité à une manière de vivre qui a ses
"jolies petites beautés", quotidiennes, idéologiques, culturelles,....On ne
peut pas, on ne doit même pas, envisager de les "changer". Et bien qu'il y
ait d'autres visages à cette tradition qui met en peine et en douleur son
cheminement, elle tend vers l'ouverture, et ce, devant faire avancer son
pays dans un monde dont les règles du jeu sont imposées par l'occident.
Il faut bien être conscient que si son cheminement est aussi douleur, c'est à la lumière de cette considération courante que "tendre vers l'ouverture"
signifierait tendre vers le mode de vie et de pensée occidental. Il est donc
impératif d'être vigilent quand à bien dissocier ceci de la libération des
jougs de la tradition d'un pays !
Lot de tant de pays dans le monde.
L'ouverture que j'y vois, me redonne espoir en un Autre Possible
philosophique et politique, et ce malgré "l'état des Etats" dans le monde
entier. Car il me semble que le terreau du continent africain est riche de
ce que nous, occidentaux avons "consciemment" écarté au cours de notre
Histoire.
Quand il est installé l'électricité dans un village, il ne s'éclaire plus
comme avant. Il est juste autre.
Le dernier jour, nous avons traversé une dernière fois le pays en bus (Ah,
les bus musicaux aussi sont chouettes!) de
Banfora (au sud ouest du pays) à
Ouagadougou pour prendre l'avion la nuit, s'arrêtant à
Bobo Dioulasso pour
dire au revoir aux amis et aux familles. Toute cette journée, je n'ai pas
retenu mes larmes, et ai bu toutes les images défilant sur le voyage, la
tête à la fenêtre.
Je sais que j'y retournerai.
Voici quelques première photos.
Nous sommes heureux d'avoir rencontré le
Burkina, ou enfin, une petite partie....Petite partie, mais bien remplie!!
Bonne année à tous et à vos familles....
Anbédoni...
Croquis de JL H
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Diaporama Photos:
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Dessins des mômes:
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Images attachées:
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