Retour aux Marquises (page 11)
Dimanche 23 août
C' est notre dernier jour aux Marquises avant le retour à
Tahiti.
Nous avons prévu de faire une randonnée de Hanaiapa vers la plage de Hanatekuua (ancienne tribu Tafati).
Il faut rejoindre la côte nord de l' île à partir d'Atuona (route de l' aéroport). On laisse l' aéroport sur la gauche, puis au rond-point qui suit, on redescend vers le bord de mer sur la gauche.
Compter environ 25 kms. 50 kms aller-retour.
Sur le trajet, on peut s'arrêter voir le tiki souriant (panneau en bord de route sur la droite dans la montée vers l' aéroport). Une rareté aux Marquises où les tiki ont plutôt l' air farouche et la bouche entr'ouverte laissant voir langue et dents.
Niveau technique : assez difficile
Durée : environ 5 heures aller - retour et un peu moins de 8 kms. Baignade, pique-nique en plus.
Prévoir un pique-nique et de bonnes chaussures de marche. Le chemin est très caillouteux.
Randonnée à éviter quand le sentier- parfois très étroit, raviné et partiellement écroulé - est trempé par la pluie car le trajet n' est pas vraiment balisé ni entretenu, les propriétaires des terrains traversés n' étant pas ravis de voir passer les touristes (au demeurant peu nombreux...).
A ce propos, la loi - littoral métropolitaine s'applique ici aussi en
Polynésie (appelée également les 50 Pas de la Reine) mais il est parfois difficile de la faire appliquer stricto sensu... On est loin de l' autorité !
Les pensions conseillent donc de prendre un guide, ce qui in fine me semble superflu.
Pourquoi dépenser plus quand ce n' est pas vraiment nécessaire ?
En revanche nous avons du louer une petite voiture (Swift Suzuki) pour nous rendre à Hanaiapa.
Prix de la location à la journée : 7000 FCP.
Nous avons partagé cette somme en deux avec nos deux amis touristes.
Faire la randonnée à 4 était en plus une bonne idée. Au cas où l'on se blesse ou l' on se foule une cheville. Attention ! Le sentier longe parfois dangereusement la falaise et peut ne pas être évident. Gémir n' est pas de mise aux Marquises, chantait Brel... C 'est d'une évidence !!!
Le but de cette randonnée est la superbe plage de sable blanc de Hanatekuua, la plus belle de
Hiva Oa. Un endroit magique de toute beauté. On peut se baigner et nager en toute sécurité. Pas de moustiques, pas de nonos. L' eau était à 26°. Une source d'eau douce coule vers la plage et l' on peut donc s'y rincer. Température extérieure parfaite avec un peu d'air frais sous les frondaisons où nous pique-niquons : sandwich au jambon, pamplemousse local (les pamplemousses marquisiens sont les meilleurs du monde), caramboles cueillies sur l' arbre et rapportées de
Fatu Iva, eau citronnée (petits citrons cueillis le long du sentier) et quelques abricots secs pour garder l' énergie... Les montées raides sous le soleil sont un défi !
A l' arrière, les bâtiments d'une petite exploitation de coprah, semble-t-il, et deux canots ancrés à quelques mètres du rivage. Nous étions seuls à profiter du lieu. Privilège.
Randonnée à conseiller vivement à de bons marcheurs qui n' ont pas le vertige. Ceci étant, il n' est pas besoin d'être expert confirmé ! Inutile de paniquer à l' avance !
Retour vers 17 heures à Atuona. C' est dimanche soir, le village est plus que tranquille. Nous sommes allés commander une pizza (par couple), Tania n' ayant pas envie de cuisiner.
Je vous laisse découvrir les photos de la journée...
Baie de Hanapaia avec en son centre le rocher dit Tête de Nègre
Falaise minérale à l' origine volcanique évidente
Bien sur, il y a à
Hiva Oa bien d'autres sites à découvrir et d'autres randonnées à faire.
Pour rappel, on trouvera à Atuona, le centre culturel Gauguin et un mini-musée dédié à Jacques Brel. Le cimetière catholique où se trouvent leurs tombes domine le village et on s'y rend très facilement à pied.
Proche du centre se trouve la baie de Tahauku, avec ses voiliers sur l' eau et en carénage (il y a beaucoup d'activité en ce moment car les propriétaires vont arriver aux Marquises dès la fin de la saison d'hivernage) et son débarcadère réservé aux goélettes et à la navette de la CODIM.
Digne d'interêt également, le site de pétroglyphes de Tehueto auquel on accède après 40 mn de marche et un passage à gué. Attention en ce moment à la pluie qui fait grossir les cours d'eau en un clin d'oeil.
Egalement le site de Taaoa au sud de Atuona, partiellement restauré.
Le grand site archéologique incontournable est celui d'Iipona à Puamau.
Les autres villages de l' île sont parfois difficiles d'accès au bout de pistes plus ou moins praticables selon le temps, par exemple Hanapaaoa avec ses 40 habitants, ou encore Hanaiapa ou Motuua. les habitants vivent principalement du coprah et de la pêche à la langouste. Le village de Puamau est au bout de la piste.
Maintenant quelques dernières photos
Le grand-duc de Virginie, (très beau) rapace stupidement introduit à
Tahuata et
Hiva Oa, prédateur du ' pahi ', et, à ce titre, souvent abattu par les chasseurs
Le ' pahi ' ou martin-chasseur des Marquises
Le monarque de
Fatu Iva, de la famille des passereaux
Et puis, comme d'habitude, pour finir, deux légendes...
LEGENDE DES DEUX ANGUILLES
Cette légende, racontée par les anciens de Hanavave à
Fatu Iva, est assise sur la rivalité qui a longtemps existé entre deux îles des Marquises :
Fatu Iva et
Nuku Hiva, représentées par deux dieux sous forme d'anguilles, Ko'e'e nui originaire de Taipivai à
Nuku Hiva et Ko'e'e iti qui, elle, réside à Hanavave à
Fatu Iva.
L' anguille femelle de
Fatu Iva se languissait de vivre toujours seule et décida un jour de partir à la rencontre de l' anguille mâle de
Nuku Hiva. Cette rencontre fut l' occasion d'un dialogue immédiat et soutenu.
A un moment de la conversation, l' anguille de Hanavave demanda à l' autre ce qu'elle mangeait et cette dernière lui répondit qu' elle ne se nourrissait hélas que de boue dans la rivière. L' autre anguille, étonnée, lui rétorqua qu' elle ne consommait que des fleurs parfumées, du pandanus, du ylang-ylang, du jasmin. Pour prouver ses dires, elle fit ses besoins dans l' eau de la rivière, laissant derrière elle une odeur parfumée.
L' anguille de
Nuku Hiva, conquise, décida alors de suivre sa commère jusqu'à
Fatu Iva. A l' arrivée devant le goulet étroit à l' entrée de la rivière qui traverse le village de Hanavave et se jette dans la mer devant la plage, l' anguille originaire du lieu demanda à l' autre de s'engager la première dans le passage rétréci de la rivière. Celle-ci, méfiante, refusa la proposition.
C' était finalement une erreur fatale car elle resta finalement coincée au milieu des pierres encombrant le lit de la rivière, empêchant l' eau de s'écouler normalement et suscitant par là la colère des habitants du village, soudain privés d'eau courante.
Ils attrapèrent l' anguille, la tuèrent et la firent cuire dans un grand four pour le plaisir de tous les habitants du village.
Ko'e'e iti rentra dans son coin de rivière accablée de tristesse car de nouveau seule au monde.
Cette histoire a été à l' origine d'un conflit durable entre les deux îles marquisiennes.
Une danse, spécialement créée pour l'occasion, lors des festivals des Marquises qui ont lieu tous les quatre ans dans l' une des îles marquisiennes à tour de rôle, a parfois été exécutée pour rappeler ce différend entre les deux îles.
Nuku Iva et
Fatu Iva auraient finalement décidé d'enterrer la hache de guerre officiellement en 1989 lors du festival et d'oublier à jamais cette vaine querelle.
LEGENDE DE LA CREATION DES ILES MARQUISES
On dresse deux beaux piliers vers le ciel :
Ua Pou.
Puis, une longue et large poutre est placée sur ces piliers :
Hiva Oa.
Alors il est temps d'assembler solidement les deux piliers et la poutre.
Le toit devant et le toit derrière : Te ka'ava ao, te ka'ava tua.
Nuku Hiva.
Ensuite on couvre la maison de palmes de cocotiers tressées : Fatu.
Et, comme la maison est vaste, il faut neuf tresses (Iva) de cocotiers pour la recouvrir entièrement :
C' est
Fatu Iva.
Le travail est long et épuisant pour solidariser les palmes de cocotiers entre elles avec de la corde faite avec la bourre de coco. Le temps file à tire-d'aile, la construction doit se faire en une nuit et se terminer avant que le jour ne pointe.
Oatea, encouragé par sa femme Atanua, travaille d'arrache-pied.
Soudain elle lui crie : " La lumière du jour commence à éclairer le ciel à l' horizon ".
C' est
Tahuata.
Moho, l' oiseau du matin pousse ses premières trilles.
C 'est Mohotani.
Oatea, sans relever la tête, crie à sa femme qu' il a presque fini, et qu'il ne lui reste qu'un trou à creuser pour y enfouir les surplus de feuilles et de bourre de coco.
Voici
Ua Huka.
Oatea a travaillé dur. Il est épuisé, mais vient de terminer sa maison. Le soleil se lève, resplendissant, et ses rayons obliques illuminent l' océan.
Voici donc, se dressant majestueuse, la maison construite par Oatea.
Atanua, émue et concentrée, récite alors :
Ei, ei, ua ao, ua ao, c'est Eiao.
Ua Pou,
Hiva Oa,
Nuku Hiva,
Fatu Iva,
Mohotani,
Tahuata,
Ua Huka
Eiao,
Voici, s'offrant au regard des hommes, la Terre Promise, cette magnifique suite d'îles ruisselantes de lumière dans le soleil levant.
Fin du carnet.