Ce voyage est une alternative plus économique - et plus courte aussi- à la croisière sur l'Aranui 5 qui dure 14 jours dont quelques jours en pleine mer, avec un détour par
Bora Bora dans les îles sous le Vent au retour. L' avantage de la croisière est de permettre de voir et visiter (trop rapidement cependant) les deux îles de
Tahuata ainsi que
Fatu Iva, dépourvues d'aéroport. En avion, on ne pourra que se poser sur 4 îles sur 6. Cependant
Tahuata est accessible, à partir de
Hiva Oa, en navette à la journée (ou pour deux jours). Prévoir deux jours supplémentaires dans le total dédié aux Îles Marquises (appelées ' Fenua Enata ' en langue marquisienne).
Notre circuit convient à ceux qu'une croisière n'excite pas et qui préfèrent aller plus au contact des populations. Ce séjour de 9 jours nous aura coûté environ 2500 euros tout compris.
Pour une croisière sur l' Aranui de 14 jours, compter 2300 euros par personne en cabine économique à 4 et 3800 euros par personne en cabine double supérieure.
La compagnie Air Tahiti offre un Pass Marquises 4 îles (
Nuku Hiva,
Ua Pou,
Ua Huka et
Hiva Oa) au tarif de 86000 FCP (environ 700 euros). Le voyage se fait en ATR 72 de
Tahiti à
Nuku Hiva ou
Hiva Oa et en Twin Otter 19 places entre les îles (souvent 13 ou 15 en raison du frêt, d'où la nécessité de réserver très à l' avance).
Nous voyageons en couple.
Les séjours en pension de famille ont été réservés au Salon du Tourisme du début février, là où l'on peut rencontrer les propriétaires de pensions et faire son choix. Les séjours sont pratiquement toujours en demi-pension ou avec petit déjeuner seulement. Les transferts sont généralement inclus, mais on peut toujours réserver une voiture ou un taxi.
NUKU HIVA
UN PEU DE GEOGRAPHIE
NH est située à environ 1500 kms de
Tahiti au nord du Territoire. Avec ses 387 km2, c'est la seconde plus grande île de
Polynésie française après
Tahiti. Elle est issue de formidables phénomènes et cataclysmes volcaniques survenus il y a entre 1 et 6 millions d'années qui ont surélevé l'île de plusieurs milliers de mètres au dessus de la mer.
Même après des millénaires de lente érosion, d'écroulements et de tassements, NH reste la plus majestueuse des Marquises, avec ses falaises abruptes, ses vallées encaissées dotées d'immenses cascades et ses murailles noires correspondant à d'anciennes parois internes de volcans énormes.
UN PEU D'HISTOIRE
Les premiers contacts des habitants de NH se firent en 1595 avec des navigateurs espagnols qui ne restèrent sur place que brièvement. il fallu attendre la fin du 18ème siècle pour voir les Européens débarquer en plus grand nombre sur NH (et les autres îles des Marquises) et bouleverser un équilibre social et culturel très fragile.
On pense qu'il y avait presque 100.000 personnes qui habitaient
Nuku Hiva à cette époque, une population décimée au fil des décennies par les épidémies, les maladies apportées par les Européens et l' alcool qui servait de troc. Résultat calamiteux de cette période : il ne restait plus que 2500 personnes au début des années 30, qui avaient largement perdu leur identité et vivaient dans le dénuement.
Actuellement, l'île compte environ 2600 âmes répartis sur plusieurs villages, dont Taioahe, le village principal.
NUKU HIVA DANS LA LITTERATURE
1 / L'un des célèbres écrivains ayant visité NH et y ayant séjourné fut Herman Melville, débarquant en juillet 1842, auteur célèbre de 'Moby Dick '. L'île vient de passer sous protectorat français. Melville, séduit par les vahinés enjôleuses et étourdi par sa vision paradisiaque des lieux, déserte le navire.il se retrouve prisonnier d'une tribu locale, les Taipi, à Taipivai, y demeure pendant 1 mois et demie jusqu'à ce qu'un capitaine de navire australien obtienne sa libération en échange d'un mousquet et d'un rouleau de cotonnade !
Melville fera un roman, considéré comme classique de la littérature de voyage, de cet épisode mouvementé de sa vie. Ce roman, intitulé ' Typee : A Peep at Polynesian Life ', publié en 1846 aux
Etats-Unis, aura un succès considérable.
2 / Un autre écrivain célèbre écossais, Robert Louis Stevenson, arrivera à NH à bord d'un yacht qui jette l' ancre dans la baie d' Anaho, la plus belle de l'île, en juillet 1888.
Stevenson est déjà connu pour deux magnifiques romans qui ont marqué leur époque:
'Treasure Island ' et Dr Jekyll & Mr. Hyde '.
Stevenson, lui aussi, est conquis par la beauté naturelle de l' île, ce qui ne l'empêche pas de faire le constat accablant du déclin identitaire, socio-culturel et physique d'une population ravagée par la maladie et l' alcool. Le récit de son séjour, " In the South Seas, an account of experiences and observations in the Marquesas, Paumotus and Gilbert Islands, in the course of two cruises on the yacht Casco (1888) and the schooner Equator " (1889).
Son récit sera publié en 1896 à
New York, quatre ans après sa mort à Apia, aux Îles Samoa Occidentales où il était venu s'installer. Il sera aussi publié en 1900 à
Londres.
3 / En août 1903, c'est Victor Segalen, médecin de marine, ethnologue et archéologue français qui débarque à NH du navire La Durance expédié en
Polynésie pour récupérer les possessions du peintre Paul Gauguin mort en avril de la même année.
Lui aussi est subjugué par les Marquises, mais déplore la perte d'identité, de dignité et de fierté des Maori aliénés par une christianisation qui détruit leur culture et leurs coutumes, renie leurs dieux et annihile leur passé.
Il parlera de son expérience, de ses doutes et de ses craintes dans ' Les Immémoriaux '.
4 / En décembre 1907, c'est Jack
London qui débarque à NH du voilier le Stark, sur les traces de son illustre prédécesseur, Herman Melville.
London est dans un mauvais état physique, épuisé par ses voyages incessants qui l'ont mené du Klondike au
Canada, au
Japon, puis en
Australie puis à
Londres en Europe.
Il est effaré et choqué par la situation sanitaire dégradée de
Nuku Hiva : Là où son prédécesseur Melville avait rencontré plus de 2000 guerriers marquisiens vigoureux et en bonne santé, il n' en retrouve plus que 12 souffrant de diverses maladies : les autres ont été décimés par la tuberculose ! Sa démarche est toujours humaniste et il garde une conscience géopolitique aigüe devant ces cultures traditionnelles polynésiennes fragilisées par l' avancée inexorable de la modernité en ce début de 20ème siècle....
Il continuera son voyage vers les Tuamotu puis
Tahiti et publiera ' Martin Eden ', le récit émouvant de son voyage initiatique dans le Pacifique Sud en 1911.
5 / Alain Gerbault enfin, écrivain, linguiste, ethnologue et voyageur infatigable, arrive aux Marquises, via le Canal de
Panama, en décembre 1933. Il est totalement épuisé par une traversée interminable sur un simple voilier, le Firecrest. Enthousiasmé par son séjour aux Marquises, il continue vers les Tuamotu en 1934, puis
Tahiti en 1935. Gerbault se bat pour que perdurent les traditions ainsi que les chants et les danses interdites par les Eglises et par l' Administration Française. (Ces interdictions dureront plus de 50 ans tout de même... !!!)
Bora Bora restera son île de prédilection. Pétainiste farouche pendant la Seconde Guerre Mondiale, il sera obligé de fuir BB vers les Samoa, puis les
Tonga et enfin
Timor, île à moitié portugaise, donc neutre pendant la guerre en cours.
Les récits de ses voyages et de ses séjours, ' A la Poursuite du Soleil, Journal de bord, de
New York à
Tahiti ' et ' Un paradis se meurt ' seront publiés à la fin des années 40.
Il mourra à
Timor en 1941 et ses cendres seront rapatriées à
Bora Bora.
Retour à notre voyage et séjour.
1er jour : 27 avril
Départ de
Papeete à 6 H 30, il faut se lever deux heures auparavant et rejoindre l'aéroport dans la nuit. Décollage à l'aube, beau temps sur le trajet, durée du vol 4 heures.
Arrivée vers 10 heures 30 à
Nuku Hiva, première étape de ce voyage. Nous avons réservé deux nuits en demi-pension à la Pension Koku'u, transferts inclus.
Peut-être pas une si bonne idée que cela, les transferts inclus, en ce qui concerne cette île singulière où l'aéroport est situé sur Terre Déserte, de l' autre côté de la montagne, à l' opposé et à quelque 45 kms du village principal de Taioahe.
Ceux-ci sont facturés à un prix trop élevé. Compter 6000 FCP AR en taxi, 15000 FCP facturés par les pensions ou hôtels. La différence est donc notable. Ce n' était pas la meilleure idée, mais on ne peut revenir en arrière. Même pour des résidents comme nous qui savons voyager en
Polynésie, l' employé d' Air Tahiti qui m' a vendu le Pass a été incapable de donner en sus des conseils judicieux relatifs au séjour lui-même, n' étant sans doute jamais allé aux Marquises.
C 'est vraiment agaçant !
En bref, la bonne idée à retenir, c'est la location d'une voiture (genre Suzuki) pour être libre de gérer son temps et de s'arrêter à loisir. La signalisation sur route est un peu sommaire, mais on s'en sort facilement tout de même.
Notre hôte Alvane nous attend - sans pancarte (sic!) - et nous voilà - après nous être cherchés pendant 5 minutes- embarqués pour un trajet de plus d'une heure (avec les arrêts-photos) en Land Rover aux pneus lisses (Heureusement il ne pleut pas !).
La route de montagne, récemment goudronnée et balisée, est impeccable.
Pas le temps de souffler à la pension, nous repartons immédiatement (voilà une très mauvaise idée après un lever aux aurore plus 4 heures d'avion) pour une randonnée à la demie-journée qui était aussi incluse dans le séjour pré-payé.
Un sandwich a été prévu (vraiment minable pour l' effort physique qui sera exigé), nous avons de l'eau et nous allons remplir quelques bouteilles à la source près de l'ensemble cérémoniel de Taipivai, premier arrêt.
Ensuite commence la randonnée dans la vallée de Hanaheu avec re-descente vers la baie de Anaho et sa plage du même nom. Endroit magnifique et sauvage, quelques bateaux de voiles à l'ancre, on se baigne, l' eau est vraiment très chaude, plus de 30° au bord. Aussi chaud, c'est rare et pas forcément agréable. Il faudra ensuite remonter une pente très raide, cette randonnée est finalement assez difficile, l'air est immobile, humide et étouffant sous les frondaisons, il y a un peu de boue, et de minuscules fourmis (qui ne piquent pas, je le précise), dites " fofolles " localement, qui courent sur les chaussures, les chevilles et les mollets. Pas très agréable...!
Il y a de surcroît des moustiques dont il faut se protéger !
A posteriori, il me semble judicieux de se munir, avant le départ de
Papeete, de barres chocolatées énergétiques, si l'on décide de randonner l' après-midi du jour d'arrivée. Nous ne nous étions pas méfiés... Résultat : un coup de faiblesse pour moi, et une crise d'hyper-ventilation à la remontée de la baie de Anaho !!!
Retour à la nuit à la pension. On y retrouve Claudine et ses 4 enfants, ambiance à la marquisienne, sympathique et sans façon. On partage la vie familiale.
Chambre très simple avec salle de bain, pas de moustiques, on peut dormir la fenêtre ouverte, mais la nuit sera bruyante comme souvent en
Polynésie. Les coqs pullulent et ne dorment pas, les chiens aboient ou gémissent. On est donc amené à se lever tôt... comme tout le monde.
2ème jour, 28 avril
Nous avons réservé une excursion à la journée avec Thierry: elle commence par 45 mn en pleine mer pour rejoindre la plage de Hakatea cachée dans une petite baie secrète comme il en existe beaucoup le long des côtes de
Nuku Hiva. A partir de là, la randonnée dure la journée, 11 kms AR sur terrain plat, mais aussi accidenté - les anciens chemins de circulation empierrés et surélevés et qui ont plus de 1000 ans - et puis des traversées de rivières à gué.
Prévoir les bonnes chaussures (genre crocs en plastique avec chaussettes montantes, pas très élégantes mais pratiques). On traverse l'ancien village de Hakaui, on longe les soubassements des habitations, il y a encore des tikis patinés et usés par le temps et le climat humide dans la végétation luxuriante. Le but ultime de cette randonnée est d'atteindre la grande et haute cascade de Vaipo. Le lieu est magique, les ouvertures dans la végétation et les arbres immenses permettent de prendre des photos des cimes et de voir les grottes où l'on déposait autrefois les pirogues funéraires contenant les os de chefs ou grands guerriers.
Retour par le même chemin vers la plage et de nouveau un tour en mer pour rejoindre le port de Taihoae. Retour à la pension après un aperçu du front de mer de Taihoae.
UA POU
3ème jour, 29 avril
Retour à l'aéroport en fin de matinée pour le second vol du séjour vers
Ua Pou.
20 mn de traversée en Twin Otter (18 places mais seulement 13 sont effectivement occupées car il y a toujours du prêt à transporter entre les îles).
Temps magnifique, mer bleue, jolies photos à prendre au départ de NH et à l'arrivée sur UP.
Nous sommes attendus par Jérome, ancien militaire reconverti dans le tourisme et qui tient la pension Pukue'e avec sa femme Elisa, originaire de UP.
Nous allons passer deux jours exceptionnels. La pension est confortable, Jérome et Elisa sont très professionnels et agréables. Jérome est randonneur professionnel aussi, Elisa, elle, est excellente cuisinière.
Nous repartons rapidement pour une excursion à la demi-journée vers Hohoi, après un arrêt sur le site archéologique- culturel et cultuel- de Maui'a, tribu des Tavaka. Jérome est là pour donner toutes les explications permettant de comprendre comment fonctionnait la société marquisienne à l'époque et les évènements qui avaient lieu sur un site dont une grande partie est encore enfouie sous la végétation.
Ensuite nous allons voir un sculpteur de pierres fleuries de sa connaissance, le seul endroit aux Marquises on l' on trouve ces pierres. On les ramasse dans la rivière qui se jette dans la mer à Hohoi, parfois sur la plage elle-même. Retour à la pension.
4ème jour,30 avril
Est inscrite à notre programme une randonné- nature en montagne- moyennement difficile -vers la cascade Vaiea pendant 4 bonnes heures. Il fait chaud, il y a des moustiques, et le bain dans la vasque sous cascade (eau à 24°) est un plaisir rare. Déjeuner chez un ami de Jérome, ancien cuisinier de François Fillon ministre et qui nous prépare de bonnes choses. Elisa vient nous chercher en voiture pour le retour à la pension.
Très belle et élégante île que
Ua Pou avec ses pics effilés et sa nature sauvage. Notre coup de coeur, grâce à Jérome et son épouse également.
UA HUKA
4ème jour,1er mai
Départ pour
Ua Huka, la plus petite île habitée du groupe nord des Marquises et située à environ 1300 Kms au nord-est de
Tahiti. L'atterrissage se fait sur le plus ancien aérodrome des Marquises, construit en 1972, entre les villages de Vaipaee et Hane.
Ua Huka compte environ 680 habitants au dernier recensement répartis sur 3 villages (dès les années 1870) : Vaipaee, Hane et Hokatu.
L' île culmine au mont Hitikau à 884 mètres seulement. A son origine : un volcan-bouclier de genre hawaiien qui - sur une durée de quelques millions d' années- s'est effondré pour devenir une caldeira (ou depression elliptique) dans laquelle deux petits volcans sont apparus, les cratères de Tahoatikiau et de Teepoepo faisant actuellement partie du parc de Vaikivi.
L'île est rugueuse et sauvage, plus basse que les autres, donc moins accrochée par les nuages et plus sèche. Les baies sont déchiquetées, le littoral donne dans les tons d'ocre au dessus du bleu intense de la mer, les plages sont en permanence troublées par le ressac puissant de la mer.
Le village de Hokatu est à quelques kms (seulement 14 kms de route dans l'île) mais
Maurice, notre hôte, roule au pas et on met du temps à monter et descendre. La route est entièrement goudronnée ou bétonnée, ce qui n'est pas le cas à
Ua Pou par exemple.
Pension décevante en surplomb du village donc isolée. Belle vue sur le fameux motu Hane et la mer qui scintille sous le beau soleil. A part cela, il y a des moustiques et des cafards, le bungalow n'est pas propre. Les repas sont pris chez
Maurice et Delphine au village, la gastronomie n'est pas de mise ! Aïe !!! On est mal tombé....
5ème jour, 2 mai
Tôt le matin, après le petit-déjeuner, Delphine nous conduit au centre artisanal qui se révèle être une déception, les objets offerts à la vente étant - à mon avis - grossiers et mal sculptés.
Rien à voir avec ce qu'offre le Salon des Marquises qui se tient deux fois l' an à
Papeete, et où l'on peut admirer et acheter de petites merveilles, sculptures sur bois, pierre fleurie et corail. Delphine est déçue que nous ne soyons pas intéressés, et cela se voit... Elle fait un peu la tête !
Ce sont des articles que l'on doit refiler aux croisiéristes de l' Aranui qui débarquent sur
Ua Huka une fois tous les quinze jours... Delphine ne parle que de cela, des touristes en solo comme nous ne l' intéressant que moyennement, semble-t-il.
Le reste de la journée - passée avec
Maurice - sera consacrée à la visite des centres culturels et petits musées tels le Musée de la Mer à Hane et ses pirogues anciennes, le musée archéologique municipal sur le site de Te Tumu, au dessus de l' aérodrome, la maison du pétroglyphe aux abords de la plage de Hokatu, enfin l'arboretum de Papuakeikaraa qui rassemble des plantes endémiques de toute la
Polynésie et une impressionnante collection d'agrumes. Pas d' excursion prévue dans le parc de Vaikivi, vers les cratères précédemment nommés qui rappellent le passé volcanique de l'île. Aussi pour les points de vue, la végétation endémique unique et surtout les pétroglyphes. C'est dommage... au prix de la journée !!!
Tout de même, en soirée, nous irons pêcher - avec sandwiches et boissons dans des glacières- avec d'autres villageois à partir du quai du village situé au bout de la route goudronnée. Il fait frais, avec du vent, pas de moustiques, beaucoup de poissons pêchés et une bonne ambiance. En prime, des cieux magnifiquement étoilés.
Ua Huka est l' une des rares îles n' ayant pas été envahie par le rat noir, ce qui a préservé sa faune aviaire, en particulier le lori ultra-marin (ou ' pihiti ' en marquisien) qui se nourrit presque exclusivement de nectars de fleurs (bananier, cocotier, hibiscus, manguier, goyavier).
Une chienne importée de
Nouvelle-Zélande a été dressée spécialement à détecter les rats : elle inspecte le frêt débarqué des bateaux et les quais du port.
Je vous conseille de passer deux jours complets sur l'île, l'une pour la visite des différents musées, l' autre pour randonner dans le parc du centre de île, là où se trouvent les sites archéologiques, dans leur jus, c'est à dire sous forme de vestiges : soubassements de murs de terrasses agricoles, places de rassemblement (ou ' tohua '), pavages d'habitations (ou ' paepae '), édifices sacrés (ou ' me'ae ' en marquisien, 'marae ' en tahitien) avec leurs tikis et pétroglyphes.
Pour terminer, quelques infos sur le nom de l'île, liées à la culture orale marquisienne : si l'on en croit la légende de création des 6 îles marquisiennes,
Ua Huka est celle qui met la touche finale à la construction de la maison du dieu Oatea, chacune d'entre elles ayant une fonction architecturale définie.
Ua Huka représente le trou (dit 'ua ') dans lequel le dieu dépose ce qui reste (en marquisien ' huka ') des matériaux inutilisés lors de la construction.
HIVA OA
6ème jour, 3 mai
Départ en fin de matinée pour
Hiva Oa.
Maurice- qui avait autre chose à faire - nous largués à l' aérodrome avec 3 heures d' avance... pour dire que cette escale est un peu ratée, même si nous avons décidé de positiver !
Hiva Oa est la troisième plus grande île de
Polynésie Française après
Tahiti et
Nuku Hiva et avant
Raiatea dans les Îles sous le Vent. L' île est belle, verdoyante, luxuriante, découpée.
Les montagnes grimpent au ciel, les ouvertures sur la mer sont grandioses, la lumière est sublime, nous avons de la chance. Temps magnifique.
Tania de la pension Kanahau nous attend à l'aéroport. Nous allons passer, en sa compagnie, deux jours formidables. Tania est avenante, souriante, dynamique. Quel plaisir d'être avec elle, chez elle, elle cuisine divinement et sert le meilleur thon du monde (le Big Eye réservé aux Japonais) et des croquettes de langouste, chevrette et crabe avec des dés de uru (arbre à pain) par exemple.
Bungalow confortable, pas de moustiques la nuit, on peut dormir fenêtre ouverte. C' est formidable !
Après installation, Tania nous conduit en ville à Atuona, petite bourgade agréable et bien agencée. On commence par déjeuner d'un poisson cru au lait de coco excellent, et puis on poursuit avec le tour des attractions incontournables : le cimetière catholique où se trouvent les tombes de Paul Gauguin et de Jacques Brel en surplomb de la ville, le cimetière protestant, désaffecté et retourné à la brousse, où se trouvent d'impressionnants tombeaux de guerriers marquisiens faits d'énormes dalles de corail et ornés d'une tête de tiki (plus difficile à trouver, car personne n' y va... demander le chemin !) le centre artisanal, le musée Gauguin (et le musée Jacques Brel), le front de mer.
Pendant que nous nous promenons tranquillement, Tania nous a organisé une excursion pour le lendemain 4 mai, la journée entière avec Pifa O' Connor, un garçon de 36 ans qui connait son île par coeur, est féru d'histoire locale et avec qui nous allons sympathiser.
7ème jour, 4 mai
Pifa débarque à 8 heures tapantes à la pension, et nous allons derechef acheter les sandwiches et l' eau dans une supérette de Atuona. Nous allons d'abord faire une brève halte en bord de route, un endroit non signalé, à partir duquel nous dévalons un petit sentier dans la végétation dense qui nous mène au célèbre tiki souriant, le seul du genre aux Marquises et en
Polynésie.
L' endroit est improbable, le tiki n' est pas immense, mais beau et impressionnant.
Puis nous voilà roulant sur la route qui, de façon vertigineuse, longe et surplombe la côte nord de l' île, en limite de l' ancien volcan. On croise peu de véhicules, la route devenue piste empierrée est pleine de trous et on avance au pas. (A signaler que cette route est entièrement goudronnée depuis 2018). Les panoramas sont majestueux, avec tous les verts de la création sur bleu de la mer. Nous faisons halte de nouveau en haut d'une falaise agrémentée d'une énorme pierre, dite ' pierre aux sacrifices ', d'où l'on jetait à la mer, aux temps anciens, de jeunes fille vierges offertes aux dieux courroucés.
Encore une pause pour le déjeuner cette fois, dans un petit restaurant proche de l' exceptionnel site archéologique de Puamau.
Nous allons connaître les moments forts de ce séjour lors de cette excursion avec notre guide, Pifa, jamais avare d'explications. Nous découvrons sur une immense esplanade, les ensembles cérémoniels de Ta'a Oa et de Meae Te I'Ipona, ce dernier possédant de superbes tikis, en particulier le tiki couché - ou ' Maki Taua Pepe ' représentant la Maternité, à savoir une femme accouchant en position accroupie comme c'était souvent le cas dans de nombreuses civilisations, et le ' Takaii ', le plus grand tiki répertorié de
Polynésie à ce jour. A noter aussi, une énorme pierre au tranchant désormais émoussé et sur l' arête de laquelle on pratiquait la circoncision de fils de chefs et de notables pré-adolescents. Rude épreuve !
Mais voilà, ce n' est pas tout ! Il parait qu'il y en a d'autres encore sur le flanc de la montagne qui s'élance en pente raide derrière le site archéologique, tikis renversés, plates-formes et, parait-il, un tiki géant tout en haut, qui a du tomber mais que l'on voyait de loin sur la mer il y a encore 30 ou 40 ans., selon les anciens de l' île.
Cet endroit de rencontre, de culte et de vie - c'était en fait une petite ville - étant immense. Il y avait autrefois dans cette partie de île des milliers d'habitants. Le site - sanctuaire religieux, social, culturel - aurait la taille des plus grands sites maya du
Yucatan, mais les quelques propriétaires concernés - deux Lou trois familles, ceux qui possèdent le versant de montagne - ne veulent pour l'instant pas entendre parler de débroussaillage intensif ni de coupes d'arbres.
L'UNESCO demande - à juste titre - quelques efforts de mise en conformité pour accorder un traitement de faveur à
Hiva Oa en particulier et aux Marquises en général. On n' en est pas là, car, hélas, il y a des rigidités locales insurmontables !
Ce genre d'attitude est assez typique en
Polynésie : on a peur de mettre à jour les " marae " enfouis sous la végétation : ils sont tabous et parfois censés dégager des ondes négatives et mortelles, et donc il vaut mieux ne pas déranger ou fâcher les esprits ou les dieux anciens qui pourraient se venger.
La religion ancienne n' est jamais loin en
Polynésie malgré les succès engrangés par les missionnaires.
Retour à la pension en fin d'après-midi. Dernière nuit aux Marquises chez Tania qui nous a préparé un repas fin et succulent. A noter que le dîner est facturé 2500 FCP par personne.
8ème jour, 5 mai
Nous reprenons l' avion comme prévu, via
Nuku Hiva (escale courte).
Arrivée à l'heure à
Papeete.
Puisse ce carnet donner l'envie à beaucoup d'entre vous de visiter un jour les Marquises. C' est loin, c'est cher, c'est le voyage d'une vie, c' est incontournable et inoubliable.