A chaud, très chaud,
quelques fragments trouvés sur mon cahier...
Enfin seul.
Il me regarde.
Et je m'incline.
Son âge oblige.
Probablement centenaire.
Sa douce présence
trahit des années de souffrances.
Sous les assauts du vent,
des rayons du soleil.
On ne lui a pas donné beaucoup,
et lui, sans rien attendre,
aujourd'hui tant me donne.
Je l'ai désiré,
il est venu.
Je l'ai vu de si loin
sans le perdre des yeux.
Je l'ai frôlé doucement,
et puis me suis assis,
humble et silencieux,
sous l'arbre sec.
Point de vie,
le puits rassemble.
Hommes et animaux.
Les uns puisent.
Les autres lavent.
Quand d'autres boivent.
Piétinement des dromadaires,
et puis rafraîchissement.
Verse m'en sur la tête
et dans le creux des mains.
Je bois à pleine gorgées
la fraîcheur de la terre.
Celle qui nous est comptée
pour la vie de nos âmes.
Demain, un autre puits,
quand sera épuisée
la guerba de peau molle
que nous gardons au frais
sous l'ombre d'un palmier.
Et le sable des dunes
Sous le vent
Fond comme neige au soleil
La source des marabouts.
Dans le creux des collines.
Entre l'erg et le reg.
Entre les cailloux et le sable.
Quelques palmiers,
le chant d'un oiseau,
une source,
et puis rien.
Le soleil et le vent.
Douceur du crépuscule
lorsque la chaleur nous accorde
un instant de repos.
Une mouche est entrée dans ma chemise,
Elle me chatouille, elle me chatouille !
Finira-t-elle un jour par sortir ?
Avant d'atteindre mes...
Un autre puits.
Et des odeurs.
La vie qui laisse des traces,
Des crottes.
Eau et terre mélangés
Moisissent.
Odeur portée par le vent
Comme un témoignage vital.
Un feu abandonné.
Une chèvre hors du troupeau.
Une corde.
Un bidon.
Un morceau de fer
Et,
Personne.
Le silence et cette odeur.
Putréfaction végétale
Dans une fournaise minérale.
Vide.
Absurde.
Et qui ne semble vivante
Que par ces traces abandonnées.
Reg.
Ou comment dire le vide et l'absence.
L'insensé de la terre
Où rien ne vit.
Lieu de passage,
Et non pas demeure.
Il y a trop de cailloux
Pour un troupeau.
Trop de cailloux, pas assez d'eau.
Rien ne pousse.
Que la chaleur suffocante
Brûlant des milliards de pierres noires.
Des cailloux insensés,
Sombres et stériles.
Vaste plaine à traverser,
Sans rien à l'horizon.
Pour aller d'un puits à un autre.
Et de cet autre au suivant.
Comme des points de suspension
Livrant la terre au silence.
Jour de carême.
Hammo ne mange pas.
Mes doigts dégoulinent
au dessus d'une soupe aux lentilles.
Le pain est frais et croustillant.
Les chèvres se sont tues.
Le vent aussi,
s'évanouit derrière les dunes.
Sous la tente,
le thé coule toujours.
Comment décrire les dunes,
Quand tant a été dit,
Et si peu à la fois.
Sable nomade,
Poussière en errance.
Courbes éphémères et folles.
Plénitude de l'absence.
Isolement
Et lumière.
Brûlure inoubliable
Au fond du coeur et des yeux.
Abandon au silence
Et puis retour parmi les siens.
Les dunes sont un passage,
Jamais un but.
Elles n'existent que par l'absence du reste.
Et c'est peut-être ainsi
Qu'elles résonnent et nourissent
Tous ceux que le désert accepte.
Le thé,
Trois fois bu et partagé.
Après des heures de hamada,
Le silence est rompu,
Enfin,
Par ce murmure au fond des verres.
Le sable entre mes doigts
Colle.
Souvenir malgré lui
Glissé au fond des poches.