Bonjour TomPeru
Pour info voici le temoignage d'un ami qui vit dans le nord du
Perou près d'Yurimaguas
Je vous livre quelques informations sur la situation au
Pérou et à Santo Tomas.
Parce-que, en effet, nous sommes à Santo Tomas depuis le 21 février, après un séjour d'un mois et demi à
Trujillo. Cela n'a pas été sans mal non plus car, le jour de notre départ de
Trujillo, arrivés à l'aéroport nous nous rencontrons avec la nouvelle que depuis la veille au soir tous les vols avaient été annulés en raison d'un brouillard épais sur tout le littoral. Comme tous les vols passent par
Lima, notre annulation entraînait la perte de notre connexion à
Lima et donc une cascade qui nous eut obligé d'attendre plusieurs jours à
Trujillo pour la reprogrammation de nos vols. Nous avons préféré partir le jour même et avons pris, le même jour le bus de
Trujillo à Tarapoto. C'est évidemment un moindre mal comparé aux inconvénients auxquels doivent faire face les résidents de ce pays.
Voici une semaine, les autorités "invitaient" les citoyens à circuler le moins possible, émettaient des recommandations d'hygiène et promettaient que tout était prévu, que tout continuerait comme toujours, qu'il n'y avait pas de raison de s'inquiéter. Cependant, dans les grandes villes les supermarchés furent pris d'assaut, littéralement pillés, par une population paniquée. Les moins fortunés, ne disposant pas de ressources pour faire des provisions se retrouvaient sans rien quand ils voulaient faire leurs achats routiniers. Aujourd'hui encore, impossible de trouver un savon anti-bactérien... Puis - vendredi ou samedi dernier, je ne me souviens plus - décret présidentiel limitant la libre circulation et suspendant les libertés et droits fondamentaux : interdiction de circuler sur tout le territoire, suspension de l'inviolabilité du domicile, arrestation sans ordre judiciaire, etc. En même temps l'armée était déployée dans les rues afin de veiller au respect de ce décret. Cependant il restait permis qu'une personne par famille se rende "le temps nécessaire" pour faire les achats alimentaires et de médicaments. Sous contrôle policial. Puis, hier, à 17 h, le président dicte une mesure plus restrictive avec imposition du couvre-feu de 8 h du soir à 5 h du matin. Le chaos complet : des milliers de personnes prises au piège, car dès 18 h les transports publics cessaient de circuler. Les personnes autorisées à travailler (personnel médical en sa majorité) empêchés de retourner à leur domicile ou simplement de se rendre à leur service de nuit. Depuis les premières mesures d'ailleurs toutes les autres personnes sont contraintes à la quarantaine à domicile, toutes les activités économiques sont arrêtées sauf la chaîne de production et distribution d'aliments. Avec les dernières mesures interdiction absolue de circuler en véhicule privé. Seul sont autorisés, comme précédemment, les emplettes alimentaires et de santé par une personne, sous contrôle policial, et au travers des transports publics.
Or, à Yurimaguas, comme d'ailleurs dans la plupart des autres régions non urbaines il n'existe pas de transport public! Pas de bus, pas de métro, pas de taxis : tout est informel et donc absolument paralisé. Même les personnes devant prester une activité essentielle (hôpitaux, presse, production alimentaire, sécurité,...) sont empêchés de se rendre à leurs activités à cause de ce décret qui semble ignorer la réalité du pays! Et quand on interroge les autorités locales ils répondent qu'ils ne savent pas que - comme il n'y a pas plus de détails - il faut suivre strictement le décret ! Et quand on téléphone au numéro spécial de crise à
Lima on nous répond que "chaque région prend les décisions adéquates pour la région": bref, le chaos généralisé et un décret impossible à respecter.
Quant à nous, à Santo Tomas, nous avons, comme vous le grand privilège de vivre en autarcie. Nous avons de l'eau en abondance de notre puits artésien, des poissons des étangs - quoique depuis quelques mois un caïman de 9 mètre y a élu domicile et on n'arrive pas à le capturer : le gardien lui a déjà asséné deux fois des coups de feu, mais les cartouches rebondissent sur sa carapce! - nous avons quantité d'oranges, une quarantaine de poules qui nous donnent des oeufs, des canards, des pintades. Nous ne sommes donc pas trop inquiets. Il y a bien un petit magasin au village, mais comme il n'y a pas de banque, pas moyen de disposer de "liquide" pour acheter et le commerçant ne peut faire crédit - car tout le village se trouve dans la même situation, même lui ne peut payer ses fournisseurs.
Iquitos est ravitaillé à partir du port de Yurimaguas. Les camions transportant les aliments sont autorisés à se rendre au port pour le transport... Mais les travailleurs du port ne peuvent pas se rendre à leur lieu de travail car il leur est interdit de circuler au moyen de leur véhicule privé (motos) et il n'y a pas de transport public, pas d'alternative!
Vraiment, nos gouvernants semblent ignorer la réalité du pays et se fixer uniquement sur
Lima et les grandes villes où il y a toujours une "bodeguita" (petit magasin) au coin de la rue pour acheter les biens de première nécessité.
Il y a deux jours il y avait 117 cas d'infection, ce qui signifie 1 habitant sur 250.000. Etant donné que le risque est très supérieur dans les grandes villes que dans la campagne, le risque de contagion pour notre région est insignifiant : en estimant que le risque est 6 fois inférieur à la moyenne nationale, il y aurait pour Yurimaguas 1 infecté pour 1.500.000 habitants... Il me semble que des mesures plus souples devraient être adoptés pour notre région, étant donné que personne ne peut circuler dans le pays, que les frontières sont fermées. Les seules "apporteurs" d'infection sont les transporteurs d'aliments qui viennent des autres régions, et ceux-là ne sont soumis à aucun examen, circulent librement d'une région à l'autre!
Comme vous nous nous dédiquons au jardin, aux plantations, aux activités de la maison. En fait cela ne nous change absolument pas, car en temps normal nous ne sortons - au mieux - qu'une fois par semaine pour faire nos emplettes.
Il y a des centaines de personnes attrapées dans divers endroits, des voyageurs qui sont pris au piège et ne peuvent retourner à leurs domicile. Des touristes restés dans les lieux touristiques et ignorant de comment et quand ils pourront sortir de ce cauchemar : ils sont confinés dans leur chambre d'hôtel (s'ils ont de l'argent) car même les restaurants sont fermés.
Voilà notre situation. Les mesures sont certes indispensables, mais il eut fallu penser à toutes les personnes qui, involontairement, se trouvent pris au piège. 65 % de la population vit de travaux informels : vente dans la rue, serveur dans les restaurants, etc. Ils n'ont pas d'argent placé en épargne et vivent au jour le jour du peu qu'ils gagnent. Même les travailleurs informel gagnent le salaire minimum légal de 950 soles (250 € environ) ce qui leur sert à survivre, pas à épargner... Personne ne sait comment le gouvernement pense solutionner ce dilemme et tout porte à croire que la situation se prolongera au-delà du raisonnable. En temps normal les services de santé, les hôpitaux sont débordés: il faut souvent attendre six mois ou plus pour obtenir une consultation médicale. Il est absolument évident que les services de santé sont incapables de faire face à un nombre d'hospitalisations nombreux pour le COVID-19.
Nous publions ce message informel sans avoir demandé l'accord de notre ami,
mais on est surs qu'il ne nous en voudra pas, cela donne une image concrète de la situation actuelle au
Péroubon courage à Philippe, Irene et toute sa petite famille