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Fragments divers d'une Australie ordinaire

22 septembre 2008 à 7:23
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Lundi fin d’après-midi, la journée a été une alternance de gouttes d’eau sauvages aussitôt séchées par le sol aride, et de nuages de poussière rouge jetés sur la contrée par de fortes rafales de vent. Une trentaine de citrons sont tombés de leur arbre, les fleurs des orangers s’envolent, les plaques de tôle ondulée aussi. La télé montre des images d’Alice Springs aux arbres arrachés, l’horizon mangé par la poussière rouge, les pylônes tombés, le courant coupé. Alice est à mille kilomètres à vol d’oiseau mais l’endroit où je vis récupère en trajet habituel le temps qu’il fait là-bas, à quelques heures de décalage, et je suis seule à la maison ces jours-ci. Je le serai pour quelques jours encore si la pluie rend les pistes impraticables. Les bulletins météos disponibles sur internet ne concordent pas ; normal, notre trou perdu est intégré à une ville ou à une autre, toutes à 200 ou 300 km de distance et toutes à des directions opposées. Ici, dans la réalité, après une relative accalmie le vent a forci. Je fais le tour de la maison, coins et recoins, je n’en ai pas encore acquis une habitude suffisante pour savoir ce qu’il faut protéger ou consolider. Tout a l’air solide, la pluie s’est mise à marteler le toit de tôle ondulée, je repère un système de ventilation bien arrimé mais qui menace de se soulever du toit, tant pis, je verrai cela demain ; si un bruit de casserole affolée me réveille dans la nuit, au moins je saurai de quoi il s’agit. Une bonne odeur de végétation mouillée monte de la terre ; il fait nuit à présent et c’est bon de savoir que les arbres ruissellent d’eau. Si l’averse pouvait durer quelques heures la surface de tôle ondulée nous permettrait d’augmenter un peu le stock d’eau de pluie dans les réservoirs, autant de gagné pour les arbres fruitiers que nous maintenons soigneusement sur ce sol sec comme un coup de trique.
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| N'est ce pas pesant cette solitude ? A quelle distance sont tes plus proches voisins ? 
| C'est un peu cela qui est gênant: ici, dans l'outback du New South Wales, nous avons des voisins, les plus proches étant à une centaine de mètres. C'est vrai que l'endroit ne compte pas même cent habitants, très dispersés, mais ça fait du monde quand même ! Heureusement, dans deux mois nous serons dans notre coin de montagne dans le Victoria, où le plus proche voisin est à 40 km. Bon, j'ai fait une bêtise (ça faisait longtemps !), et à l'idée que je l'avais peut-être faite j'ai sauté du lit en catastrophe ce matin: en arrosant le mûrier hier avant la pluie j'ai oublié de refermer le robinet. Depuis, j'essaie de calculer combien de milliers de litres d'eau se sont ainsi vidés de la citerne. Trois mille si je suis optimiste, quatre mille cinq cents si je suis pessimiste - ou réaliste. Si on ajoute à ça qu'il ne va plus pleuvoir suffisamment à cette époque de l'année pour reconstituer la réserve d'eau, je vais également pouvoir calculer combien de milliers de litres d'eau nous manqueront. Mon homme rentre demain soir, je me demande si je lui fais la surprise ou si je le préviens... Ce sera: "nous avons eu une grosse tempête, ça a volé dans tous les sens mais j'avais tout protégé et miraculeusement rien n'a cassé. Et puis, j'ai fait plein de gâteaux et de glaces avec les fruits tombés. L'arrosage ? Oh bien, très bien, euh..... tu te souviens, il y a deux ans quand notre voisin Jim qui s'occupait des arbres en ton absence avait oublié de fermer le robinet et que la citerne s'était vidée de son eau ? eh bien.... euh....". Bon, la citerne n'est pas vide mais ... aie aie aie...
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Oublie tes soucis de taverne. Non c’est pas ça. Où avais-je la tête. Je pensais à ton mec. Je reprends. Oublie tes soucis de citerne. Voilà. C’est mieux. Puisque le voisin n’est pas fiable, en tant que secrétaire-fondateur d’un club de bizouilleur dûment déjanté, jumelé à ta dextérité légendaire, nous allons concocter le signal d’alarme infaillible permettant d’aviser l’heureuse occupante d’une maisonnette outbackienne qu’un robinet de citerne est demeuré ouvert. Accessoirement, ce signal t’évitera la chicane dans la cabane. Dépose un grand sceau sous le robinet emmerdeur. Fiche dans le sol à 30 centimètres du dit sceau, légèrement en retrait du robinet, un bâton servant de support à un pendule, le pendule étant muni à une des extrémités d’un objet flottant (boule, flotte d’une cuvette). L’autre extrémité du pendule est relié à une longue ficelle accrochée aux branches des arbres fruitiers, ficelle passée dans des poulies de démarreur, bobines de fil à coudre, trous de manche de brosses à dents, vieux bigoudis, fermoir de soutien-gorge, anneaux de porte-clefs, bref tout ce qui peut permettre à la ficelle de glisser. S’il te manque de ficelle, fouine dans les tiroirs de ton homme. Un homme cache toujours quelque chose; vieux lacets, cordon de corset d’une grand-mère maternelle, cordelette d’enfance, support à jardinière en macramé, chandail de laine (je te laisse découvrir le plaisir qu’il y aura à détricoter les mailles du piège de l’ancienne flamme de ton amoureux!). Bon, revenons à nos moutons. Ou plutôt suis mon regard et la ficelle. La ficelle se prolonge jusqu’au pavillon australien, pénètre par la fenêtre donnant sur le vallon bucolique d’où viendra le retour du chasseur de croco. Tu fixes l’autre bout de la ficelle (eh oui! Toutes les ficelles ont deux bouts, sauf bien sur celles tendues par l’amour, qui n’en n’ont qu’un) à un commutateur électrique, commutateur branché à ton ordi, ordi qui se mettra à ronronner et enverra un signal d’alerte au serveur de VF. VF relaiera ce signal dans ma boîte MP. Mon ordi sera programmé pour afficher instantanément une alerte sur l’écran, écran qui fera réagir Eskabô. Celui-ci s’envolera immédiatement en direction de l’Australie (pour lui, Québec-Australie c’est l’affaire d’une seconde ou deux) et choiera devant toi, une ardoise fixée à ses marches, ardoise portant ces mots : PATAUGAS! T’AS ENCORE OUBLIÉ LE ROBINET D’LA CITERNE! Puis-je quémander en échange une photo du robinet avec la citerne en arrière-plan? Photo m’étant dédicacée avec le titre d’un poème d’Aragon chanté par Jean Ferrat? À DeCléricy de pataugas : Que serais-je sans toi. DeCléricy
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Crisse de tabarnak, j’ai fouillé des les tiroirs de mon homme comme tu me l’as recommandé, j’ai trouvé le cordon ombilical, crois-tu que ça fera l’affaire pour ton système ? Ci-dessous, photo de la citerne, avec en arrière-plan une partie de ce qui est hors-sol de la maison outbackienne, le reste étant enterré, chaleur oblige; "que serais-je sans toit ? Egalement, une photo du robinet. T’as vu, pas facile de glisser un seau en-dessous, encore moins un sot, mais comme tu parles d’un sceau, objet nettement plus plat, je vais de ce pas chouraver un peu de cire aux abeilles sauvages qui crèchent dans un eucalyptus de la rivière à sec et m’en t’en fabriquer un. T’es bien sûr que ça va fonctionner, dis ? Faut p’t’être que j’y grave une effigie spéciale ? Bon, en attendant que l’homme rentre, au volant de son madmaxcar, j’ai passé la journée à préparer l’attirail pour dégonfler l’ire : savoury cake, gâteau forêt-noire, pain aux olives, et un lapin casserole est en train de mijoter au four. Les lapins, ce sont les chasseurs de kangourous qui nous les fournissent. Un jour l’homme a dit au gamin de l’un d’eux « si ton père tire un lapin, on est preneurs ». Le lendemain, nous avions neuf lapins alignés devant notre terrier. Gloups ! L’hiver, ça peut cailler ici, alors je songe à garder les peaux l’année prochaine afin de confectionner un plaid ou quelque chose qui pourra me tenir lieu de veste. Là, c’est un fly-net que je viens de fabriquer ; il y a des fois où ce n’est vraiment plus possible de chasser en permanence les dizaines de mouches qui atterrissent sous mes narines ou se promènent quasiment dans mes yeux, pas quand les deux mains sont occupées à faire quelque chose. J’avais bien le filet à oignons, sorte de grillage rouge devant les yeux, pas très joli ni très confortable. Avant de partir pour son périple en ville, l’homme a retrouvé une vieille moustiquaire mangée par les mites sous un tas de planches et m’en a généreusement fait cadeau : « tu pourras peut-être en récupérer quelque chose à utiliser ». Son ex, quant à elle, a laissé un joli chapeau de paille orné de fleurs roses sur le côté. Me voici donc, quelques coups de ciseau, agrafes et fil à coudre plus tard, avec le plus élégant fly-net-hat de l’outback. (photo plus tard) Me suis arrêtée chez Jim en allant au courrier, tout à l’heure. La poste n’est qu’à un kilomètre mais t’as intérêt à boire un grand verre d’eau avant de partir et un autre au retour sinon t’as le gosier desséché. Jim a de grosses poules toutes noires qui pondent des œufs tout blancs. Et un coq lustré comme le cul de pantalon d’un notaire. Le coq est borgne – pour le notaire, je sais pas – et quand il tourne la tête pour te regarder avec ce qu’il lui reste de l’autre œil tu te demandes si tu ne ferais pas mieux de tourner les talons vite fait. J’ai déposé une dizaine de cartons à œufs chez Jim. Tu as besoin d’œufs ? J’en ai. Volontiers ! Ils sont nombreux à vivre en tirant le diable par la queue ici, aussi, si nous nous apportons les un aux autres les trop-pleins de nos vagues jardins, les œufs, c’est une coutume, se paient. Jim m’offre deux choux pointus et je lui propose des citrons à volonté ; il en fait des confitures pour l’hiver. C’est la première fois que je visite son jardin. Entouré de grillage à cause des kangourous, et de tôle ondulée en raison du vent. Nous échangeons des considérations de jardiniers de l’impossible, avec humour, des anecdotes et des petites astuces. Pas toujours facile de comprendre Jim, il lui manque quelques dents. Son chien n’est plus là, il l’a abattu il y a plusieurs mois. Lorsqu’il m’a fallu séjourner à l’hôpital la première fois pour le cancer de l’estomac, cet imbécile s’est mis à plumer les poules ! Quand j’en ai compté un total de dix-huit à son actif j’ai arrêté les frais : pof ! Jim ferme un œil, tourne sa tête sur le côté et mime le geste du coup de feu. Est-ce cela que le coq borgne imite ? Jim me donne un conseil : « pour ta citerne, donnes-z’y quelques coups de poing, là où ça sonne creux y’a plus d’eau. » Je rentre et hésite un instant avant d’affronter la peut-être dure vérité. Je cogne, du poing et puis avec un morceau de bois solide : c’est bon, il reste plus de la moitié, soit près de 8.000 litres. Ok, ça baigne de ce côté, mais dépose quand même un brevet pour ton système, DeCléricy, je vais le mettre en place à titre de démonstration – envoie les plans ! - et rameuter les étourdis du coin. (A suivre) bientôt, le prochain épisode : « Allo Pataugas ? Tu peux demander à ton homme de passer pour me donner son avis, j’ai reçu un morceau de plafond dans la soupière et j’aimerais savoir si le reste va suivre où si on peut attaquer le gigot »

Images attachées:

Image postée par le membre pataugas dans la discussion «Fragments divers d'une Australie ordinaire».
Image postée par le membre pataugas dans la discussion «Fragments divers d'une Australie ordinaire».
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dahu83, je viendrai répondre plus tard. Pour l'instant j'ai un lapin à surveiller pour qu'il ne s'échappe pas de la cocotte, et je vous poste en vitesse quelques lignes jetées en vrac hier soir: Comment l’homme a réagi au retour de son expédition et voyant que l’eau collectée pour le jardin s’était tellement évaporée ? Le flegme anglais…. Il a ausculté la citerne du plat de la main – moi, j’avais tambouriné, résultat identique mais différence de tempérament - et puis il a dit « je vais installer une minuterie ». Depuis, nous avons eu 9 millimètres de pluie lors d’un bref orage accompagné de rafales à 107 km/h avec quelques nuages de poussière, mais le filtre était bouché et toute cette eau s’est donc écoulée sans alimenter la réserve. Depuis, une jungle d’herbes dites mauvaises a surgi sous le mûrier, au milieu de l’aridité ambiante, et l’homme de remarquer : « on se demande comment ». Bah oui, à ma prochaine gaffe je m’empresserai de semer des graines utiles. A Cooktown on a capturé trois crocodiles qui vont être examinés afin de déterminer si l’un d’eux a mangé un homme qui a disparu récemment alors qu’il pêchait le crabe dans la rivière. Aucune trace du jeune sexagénaire, seul indice : une des cages à crabes a été retrouvée tordue. Depuis que la chasse au crocodile est interdite et que l’on a repeuplé toute la zone nord, ils sont terriblement nombreux, et affamés, les zigotos ! Dans mon outback c’est jour de noce : Albee Junior, 72 ans, épouse une jeune femme de 36 ans venue des Philippines. Tout le monde est invité, mais c’est BYO (Bring Your Own). Au dernier mariage, la fête se déroulant dans le hangar de tonte et la bière coulant à flots, le marié en est venu à balancer un coup de poing à son beau-père, à la suite de quoi la mariée a jeté son alliance au sol, la bague a disparu par un jour entre les planches et on nous raconta qu’à 5h du mat’ tout ce qui restait de la noce était à quatre pattes à fouiller entre les excréments desséchés des moutons et quelques immondes résidus de laine souillée pour tenter de retrouver la bague… DeCléricy et Dolma, vous venez quand ? Nuggets a fait escale lors de sa longue route vers les champs de pépites du Western Australia, il a beaucoup aimé...
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Gudday Pondy ! Je rentre du bureau de poste où j'ai acheté une douzaine d'oeufs en provenance de la station de Polpah. Les propriétaires sont partis en voyage en Germanie et les poules continuent à pondre. Jim, qui se charge d'arroser les orangers de l'endroit le vendredi, collecte donc les oeufs et les dépose au bureau de poste en rentrant chez lui. Le bureau de poste.... tout un poème... La rumeur y passe forcément. Soit pour s'amplifier, soit pour y naître, soit pour se déformer, mais une chose peut être tenue pour certaine: jamais la rumeur ne s'y éteint, tss tss tss, jamais ! Le cagnard tape dur aujourd'hui, j'avais emporté un sac avec une bouteille d'eau, bien qu'il n'y ait qu'un kilomètre à parcourir entre les maigres buissons de salt-bush de la maison au bureau de poste. Barry s'entraînait avec un club de golf dans son champ de cailloux, Double-Attaque réparait un pan de tôle de sa bicoque en jurant comme un... Australien, et dans les grands eucalyptus de ce qui se nomme pompeusement le caravan-park un couple de galahs invectivait un groupuscule de cacatoès. (...) Dis mon homme, tu savais pour Old Bill ? Quoi ? J'ai entendu à la poste qu'il était à nouveau ciblé par les espions. Ah bon, ça recommence ? Old Bill est espionné de temps à autres par l'intermédiaire d'un satellite qui passe au-dessus de nous plusieurs fois par jour. Et ils lui veulent quoi ? Il perçoit des indemnités de chômage mais il lui arrive de faire des petits boulots pour les uns et les autres, donc il se méfie des espions du gouvernement qui enregistrent ses activités à l'aide de ce satellite. (Je vous avais prévenus: le soleil tape dur dans l'outback)
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Pour te répondre, dahu83 : La grille anti-mouches est très répandue parmi les visiteurs, nettement moins parmi les habitants qui prennent l’habitude, dans les endroits littéralement infestés de mouches, de garder une main pour faire « essuie-glace » en quasi permanence devant le visage. Lorsque tu te trouves sous le cagnard avec une activité qui occupe les deux mains, le fly-net est pratique, sinon, pour ma part j’évite. Nous avons quelques arbres fruitiers sur le terrain, dont oranger, mandarinier, citronnier. Il ne tombe en moyenne que 200mm de pluie par an ; récupérée par une grande superficie de tôle ondulée (vrai toit auquel s'ajoute beaucoup de surface en faux toit) cette eau donne cependant de quoi cultiver des fruitiers plutôt que de la gaspiller pour un peu d’ombre avec des arbres inutiles. Bien sûr, il faut les entourer de soins constants, mais quel régal ! L’outback du NSW, c’est tout ce qui, dans le New South Wales, n’est ni ville, ni bord de mer, ni larges pourtours de zones moyennent habitées. L’outback, c’est en-dehors et en retrait. Et, tu as raison, l’outback représente largement 70% du pays… si tu y intègres les déserts qui constituent à eux tout seuls près d'un tiers de l'Australie. Notre outback s’honore, en outre, de l’appellation « remote area ». Ca veut dire que pour trouver un supermarché tu fais quelques centaines de kilomètres...
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- Sur la centaine de mineurs qui cherchaient de l’opale à Jumbol il ne reste que trois enragés, qui d’ailleurs fuient l’endroit dès que l’été arrive. Trois marginaux qui y vivent sans se parler entre eux, et puis quatre ou cinq mineurs venant y creuser chaque matin pendant quelques semaines avec l’espoir de trouver LE caillou qui aurait échappé à l’œil aiguisé des « old boys ». Wal, c’est avec l’excavateur qu’il explore le sol. Il creuse un trou en mordant la roche par fines tranches, descend de son engin, examine soigneusement la paroi mise à jour puis la gratte avec un tournevis là où il lui semble qu’un peu de couleur, ou de matrice, peut annoncer une belle opale. Le vent rabat la terre poudreuse amoncelée au-dessus de cette petite mine à ciel ouvert, on en prend plein les yeux, plein les oreilles, plein le nez. Et le peu de couleur découverte par le tournevis s’épuise, une fois de plus, au bout de quelques millimètres. Demain peut-être… Wal lance la vieille Nissan, achetée 2.000 AUD le mois dernier à un type qui venait de perdre au jeu à Alice Springs, sur la piste poussiéreuse qui s’échappe de Jumbol ; l’homme et moi cherchons un coin d’ombre pour casser la croûte avant de rentrer par Far Bunker pour voir de plus près quelques rochers qu’il nous sera peut-être possible de rapatrier chez nous avec un engin adéquat. (photo jointe : le monde vu depuis Jumbol) Cooktown : le crocodile dont l’examen a révélé que l’organisme contenait des restes humains ne sera pas tué. « Mais condamné à des travaux d’utilité publique », me souffle l’homme. Des tests ADN vont être effectués pour déterminer si les restes sont ceux du type disparu il y a quinze jours. Flan de saumon - en conserve - et de légumes, et reste de salade de pois chiches pour le déjeuner d’hier, Fabricia. Campbell, un ami de l’homme, qui chasse le chevreuil Samba dans la montagne du Victoria, s’est annoncé, avec du ravitaillement en venaison et «a big bag of oysters ». Des huîtres ? Je veux mon neveu !!! M’en vais te nous fabriquer un savoureux pain de seigle, dénicher un bon petit vin blanc de derrière les fagots, et à table les gourmands ! Ca me fait drôlement suer de faire des repas réguliers, ça me fait suer à un point que vous ne pouvez pas vous imaginer, mais qu’est-ce que j’aime les joyeux festins alors ! Campbell a perdu deux chiens de sa meute cet hiver, empoisonnés, nous dit-il au téléphone. Je connais ses petits beagles, des bestioles opiniâtres et amicales, infatigables ; nous en avons plus d’une fois récupéré un en pleine forêt à la nuit tombée lorsqu’en descendant de la mine vers le campement de Campbell pour un verre de Whisky et des histoires autour de l’immense feu qu’il a coutume d’allumer avec ses deux compagnons de chasse, l’animal égaré se pointait soudain au milieu de la piste. Je descendais alors du Toyota, prenais le chien dans mes bras, regrimpais sur le siège où la brave bête se calait sur mes genoux, museau posé sur mon avant-bras, cœur palpitant. Un peu plus tard, nous avions repéré, grâce au feu, l’endroit où Campbell avait choisi de s’installer pour la nuit et lui suivait la progression de nos lumières dans la forêt. A l’arrêt, nous sortions du véhicule et disions à Campbell : « tu en as égaré combien ? » à quoi il répondait « vous l’avez retrouvé ! » ou bien « vous en avez retrouvé combien ? » et ce géant massif récupérait son chien avec force câlins et mots de bienvenue, puis il s’empressait de lui présenter à boire et à manger avant de l’attacher avec le reste de la meute qui n’avait pas cessé de répondre à ses aboiements lorsqu’il gambadait dans la montagne à la poursuite de chevreuils dont il ne comprenait pas pourquoi son maître s’était lassé si vite. Le chevreuil, comme tous les animaux importés sur le sol australien, se développe de manière qui bouscule l’équilibre de la faune. Sa chasse est donc encouragée. Les renards, eux, sont empoisonnés. Il arrive qu’un chien mange l’appât destiné au renard. Un soir, de retour dans le dédale de notre montagne avec le ravitaillement bimensuel, nous nous sommes trouvés nez à nez avec un de ces chevreuils Sambas, de hautes bêtes au pelage de velours, marron à presque noir. L’homme a coupé le moteur, le chevreuil debout à quelques dizaines de centimètres du capot tendait sa tête et faisait mine de s’approcher de nos portières, mais ne bougeait pas. Nous restions parfaitement immobiles, vitres baissées, pendant que les moustiques nous dévoraient, et cette observation réciproque dura plus de dix minutes. Ensuite, le Samba deer se mit en mouvement et s’élança finalement dans la forêt.

Image attachée:

Image postée par le membre pataugas dans la discussion «Fragments divers d'une Australie ordinaire».
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Ca y est, l'homme a enfin attelé le compresseur au gros Toyota et s'est mis en route vers les champs d'opale. Il a passé toute la journée d'hier et toute la matinée d'aujourd'hui à démonter et remonter des jack-picks, vérifier le compresseur, réparer de la tuyauterie, et pendant que je travaille sur mon ordi en surveillant la lente et précieuse cuisson du dîner - nous "recevons", ce soir, et l'homme a abandonné ses jouets ce matin le temps de me refaire ma blondeur naturelle , oui, il est précieux cet homme - il doit être en train de dérouler les flexibles dans le puits de l'ouest pour ensuite progresser dans la dernière galerie en cours. Il ne reviendra que 5 minutes avant l'arrivée de nos invités, le temps de passer sous la douche en courant. Je ne sais pas comment il fait pour être à l'heure sans jamais avoir de montre, mais il y parvient. Demain je vais revêtir ma combinaison, mon casque, prendre mon pic et mon tournevis, et... voir le temps suspendre son vol. La mine, pour moi, c'est aussi heureux que la plongée sous-marine, des heures de yoga gratis et sans aucun besoin de notion de yoga !
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Pataugas, J´avoue ne pas saisir la totalité de ce que tu écris, il y a des termes encore trop techniques que ma cervelle n´assimile pas! Le mot "tuyauterie", c´est ok… pour ce qui est d´un "jack-pick" je suis moins certaine de deviner... Pas grave, c´est le dépaysement total et raconté sur un ton tellement désopilant. A l´inverse, et bien moins risible, je pourrais te raconter chez nous (ce que tu connais déjà) les énervés des transports en commun, les paniqués du système financier, les shootés du téléphone portable, les nerveux à toutes les sauces. Hier à un guichet de la gare de Munich, j´ai bien failli me faire bastonner par une retraitée, bien portante à priori, élégante, pomponnée et qui faisait la queue derrière moi… il parait que je posais trop de questions et que patienter dix minutes l´insupportait. Ce genre d´allumées ne doivent pas courir ton outback. Pour ce qui est du yoga, puisque tu en parles, j´ai appris hier que certains collèges bavarois (qui n´ont pas de mine d´opale au coin de la rue) sont en train d´intégrer des salles de méditation et de yoga pour que les mômes puissent éviter de faire -trop prématurément- des maladies cardio-vasculaires, cutanées, troubles du sommeil et autres pathologies dues au stress ! Tout ca pour te dire que tes "fragments" agissent comme de l´homéopathie distillée à petite dose quotidienne. | |
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- "Femme ! Tu restes à la maison et moi je vais jouer avec mes jouets dans ma mine." Il ne l'a pas dit, mais il s'est levé très tôt ce matin et a tenté de filer sans bruit. S'il avait pu pousser le gros Toyota suffisamment loin pour ensuite le faire démarrer sans que je l'entende, nul doute qu'il l'aurait fait. Je suis donc en train de faire ronchonner des lapins pour en faire des pâtés à stériliser ensuite et emporter dans notre montagne quand nous transhumerons, en train de faire ronchonner des meringues et des macarons à la noix de coco pour avoir de quoi régaler les visiteurs qui vont débarquer pour quelques jours, en train de suivre à la télé les infos en italien, allemand, espagnol puis français relayées chaque matin par SBS (j'ai vu ta retraitée, Glatch, entre un micro-trottoir et une réunion d'activistes désactivés) pour maintenir ma cervelle à peu près en état, en train de vous ronchonner ce message pendant que mes mails professionnels se téléchargent, et, pour finir, en train de ronchonner à la meilleure manière de les traiter tout en allant jouer un peu dans la mine avec mes jouets cet aprème. Car l'homme rentre pour déjeuner... Repartira pas sans moi, foi de pataugas ! "Jack-pick", je crois que c'est marteau-perforateur en français. Il y a le jack-pick, le jack-hammer, le rock-driller, ils font tous du bruit et ils creusent tous dans la roche.
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