dimanche 1er octobre 2023Mulhouse-LondresOn a refilé nos poubelles chez nos voisins. On s’est étreints, gorgés d’émotion. Puis Léa des Taxis S a débarqué. Elle nous connaît bien. Depuis des millénaires, elle nous drive. C’était la taxiwoman quasi-officielle des voyages de la société où Dom et moi nous sommes rencontrés. Elle nous a connus célibataires ! Quasi adolescents ! Elle connaît tout le monde et complète les biographies de gens qu’on avait oubliés.
En face, pendant qu’on charge les bagages, S., installé à l’encadrement d’une de ses fenêtres, agite un mouchoir. Ce n’est pas un voyage comme les autres.
Puis ça a coincé. C’est drôle. Quand le destin vient planter ses dents dans nos moments de quiétude heureuse, il y a toute une plage intermédiaire où le poison est inoculé dans l’indifférence que procure l’ignorance...
D’abord c’est un retard du vol vers
Londres. Dom s’est très vite mise en alerte tandis que je suis resté tranquille. Dans mon esprit on avait deux heures. Je savais qu’il fallait passer du terminal 5 au terminal 4, mais deux heures, hein, t’en penses quoi, c’est tranquille, non ?
Mauvais calcul ! Parceque les deux heures c’est entre l’atterrissage du premier et le décollage du second. Or les vols sont clos au mieux une demi-heure avant.
Passer d’un terminal à un autre, c’est une navette bus. On attend celui qui se rend au 4... Jusqu’à ce qu’un jeune homme payé pour ça mais qui ne nous avait pas vu nous informe qu’il n’est plus possible d’accéder au 4 sans passer par le 2 où se trouve une correspondance !
Ça va considérablement changer la pression de l’atmosphère. On s’est mis à installer dans nos cerveaux une sorte de chronomètre avec une explosion programmée au bout, ambiance de stress garantie avec addition de grosses gouttes de sueur. Le bus terminal est piloté par un gamin paki. Tendus extrêmes on lui file le traczir avec nos questions angoissées à répétition. « Alors ? On arrive quand ? Qu’est-ce qui se passe, là ? Pourquoi on roule plus ? » les yeux exorbités fixés sur le cadran de nos montres. Lui, le pauvre, il le sait. Parfaitement parceque c’était une évidence pas négociable. On ne sera pas à temps. C’était impossible. Mais Dom et moi, obstinément, on a refusé de le croire.
Puis le môme a arrêté son bus. Moi, hystérique, « mais qu’est que vous faites, qu’est-ce qui se passe, notre avion décooooolle dans... dans...4 minutes !!!!! On va le loupeerrrrrrrr ! ». Lui pas calme non plus « Vous l’avez déjà loupé !» m’explique qu’on va traverser une zone qui nécessite l’accompagnement d’une voiture balisée pour nous ouvrir un chemin à travers des pistes. Impossible de faire sans. C’est interdit. Il faut ATTENDRE (!!!). On va...attendre. Lui, reçoit un appel radio, faut vite vite qu’il vienne chercher une passagère hyper-tight sur son schedule au terminal 3 ! « Amir !!!!! C’est TOUT DE SUITE ! » qu’on lui hurle dans ses oreilles déjà bien rougies par les complaintes des deux vieux frenchies hystériques!
Dom et moi, surexcités, on hallucine ! On voudrait refuser son geste, l’empêcher de manœuvrer, peut-être en le frappant ? Il fait demi-tour puis récupère la donzelle qu’instantanément on hait comme la plus ignoble des sorcières. J’active les data, cherche le numéro de Malaysia Airlines terminal 4, téléphone, obtiens quelqu’un, ce qui constitue faut dire, une sorte d’exploit. Une fille qui arrête mon blabla au secours d’un radical « it’s over, the check in is closed, the plane is about to take off». Moi je l’entends mais ne veux rien entendre. Je lui hurle des « On arrive », elle me renvoie du « it’s over » monolithique.
Arrivés enfin aux portes de ce fichu Terminal 4, on court, vraiment, marathon, porte 6, les contrôles, les fouilles, « enlevez vos ceintures », on pose des questions tout le monde semble confiant, on court une main tenant le pantalon, l’autre agrippant la ceinture, porte 6, la salle est vide. Une fille est assise et téléphone tranquillement. On lui saute sur le paletot, elle nous calme. Petit à petit la lumière revient. Le cerveau se rallume. On comprend maintenant enfin que c’est fini. Qu’il va falloir commencer à élaborer un nouveau scénario avec les nouvelles données.
Ça commence avec un retour au Terminal 5 pour discuter avec British Airways, ce qui va nous prendre une bonne heure. Avec le même conducteur qu’à l’aller. On est seul avec lui. Il se donne la peine de s’excuser, de nous assurer qu’il n’y est pour rien, que notre problème n’avait aucune solution, qu’il n’y avait juste rien qui eut pu changer la donne.
Chez BA, on est claqué. On est reçu par un joli jeune homme en uniforme bleu marine et des galons dorés partout. On aurait pu lui faire un psychodrame mais on est juste soulagé de trouver quelqu’un qui prenne en charge notre histoire. C’est une réponse à minima, mais c’est une réponse. Je suppose qu’on eut pu exiger un upgrade business class ou un voyage gratuit whatever, on s’est contenté ravis de quelques voucher pour acheter de la nourriture, une chambre d’hôtel avec petit dèje et un sachet avec des jouets en plastique, rasoir, brosse à dent, produits d’hygiène et un T.Shirt... Des bêtises... Nous, tout nous va, on dit merci avec empressement paracerque l’essentiel est assuré. Il nous trouve de la place sur des vols demain. Demain. On avait peur d’espérer ! On a les exacts mêmes vols mais un jour plus tard. Les mêmes horaires à la noix mais tout nous va. On se sent sauvés du naufrage, rescapés.
- Et pour les bagages, comment ça se passe ?
-.... !!!!
lundi 2 octobre 2023Londres - Kuala Lumpur
C’est pas le Ritz, mais la fatigue aidant on a bien dormi. Le petit dèje continental était beaucoup mieux que ce qu’on imaginait d’un Ibis Budget. Tout ça n’a cependant pas suffit pour me réinstiller un peu de joie de vivre. La correction de trajectoire s’était transformée en un aride parcours de combattant. J’ai parcouru le site de location de voiture dans tous les sens. Impossible de replanifier la voiture. Je l’avais pourtant déjà fait. Mais là... Sans dire que la batterie du PC commençait à râler, les anglais ayant ce genre de caractère à refuser de tout faire comme les autres et, notamment, de rendre leurs prises de courant accessibles à nos alimentations électriques. De guerre lasse je les appelle mais je me retrouve en compagnie d'une fille qui se déclare incompétente et propose de me faire rappeler par quelqu’un qui devrait mieux se dépatouiller des locs Avis à
Perth. Je décide de patienter en prenant un bain. A peine installé ça sonne. Je suis trempé, évidemment et demande à Dom de bien vouloir décrocher. Hélas, c’est notoire, elle n’aime pas mon téléphone et dans un geste maladroit raccroche. On s’énerve. Elle me pose des serviettes sèches sur le rebord de la baignoire mais pareil, faux mouvement, elles tombent à l’eau. Ça re-sonne...
Je recompose totalement les programmes des deux jours à venir puis m’emploie à transférer les fichiers sur mon téléphone pour les consulter plus tard de façon autonome. J’insère mon câble USB dans son logement... Plouf ! Fin de batterie brutale mon PC s’éteint sans aucune des formules de politesse usuelles ! Je regarde autour de moi dans l’espoir de trouver quelqu’un que je puisse étriper...
Bref, tu auras compris que la journée démarre sous les pires auspices. Je me sens d’humeur exécrable et communique mon mauvais feeling à une Dominique pourtant initialement beaucoup mieux disposée...
J’appelle Mastercard dans l’espoir de me faire rembourser la nuit à
Perth déjà payée et réputée non remboursable. Toujours la même chanson. « On vous rappellera »...
Ensuite... j’abrège, des bus, des trains, de l’attente, beaucoup d’attente... On s’est dépêché d’atteindre le fameux terminal 4.
On a essayé de nouvelles options et on s’est convaincu qu’un retard d’avion au départ est irrattrapable quel que soit le scénario. On a la rage que BA ne se soit pas donné la peine de nous le dire, de nous avoir laissé courir comme des rats dans une maison en flamme.
Mardi 3 octobre 2023Kuala Lumpur-Perth
Vol plutôt agréable. 13 heures quand même. Dom et moi étions en vis-à-vis d’une travée. On pouvait se lever facilement à volonté sans déranger personne et papoter quand l’envie nous en prenait. Beside, leur poulet était fameux. Ils ont eu la bonne grâce d’offrir à Dom un verre de rhum tout à fait remarquable. Bons films dont l’excellent Prisoners du père Villeneuve.
A KL, au moment de l’embarquement on a développé une sorte d’inquiétude sourde à propos des bagages. On se rencarde chez des types de chez Malaysian Airlines. Je les sens indécis. Ils téléphonent. Puis se ravisent en nous faisant des sourires et des levers de pouce...
mercredi 4 octobre 2023Perth
Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage.
Ben pour nous, c’est pas ça.
Enfin arrivés, on va éprouver la solitude des touristes qui voient tourner le carrousel des bagages, celui-ci se vidant progressivement des précieux conteneurs, un à un, jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’une poignée de touristes qui se regardent incrédules. Sans bagage, un peu, on est mort. Pas même de quoi remplacer les chaussette qui baignent dans les même chaussures depuis 3 jours. Pas d’adaptateur et donc pas d’ordi. Pas d’affaires de toilette. On en aurait pleuré !
Le chargé des bagages perdus joue son rôle. Si tu veux une compensation, remplis le disclaimer sur le site crée à cet effet. Et puis « ne vous inquiétez pas, vos bagages arrivent demain ! ».
« Ne vous inquiétez pas ?! ». Depuis le début du voyage on nous ballade, on nous raconte des craques. Demain, c’est l’archi extrême limite pour les récupérer. Au-delà, faut rebricoler un nouveau voyage. En y perdant pas mal de plumes ! Et je n’ai aucune idée de comment m’y prendre. Demain...OMG...Demain...
On a atterri à 1 heure. Avis, la location de bagnole affiche une ouverture pour 6h30. Heureusement on trouve de quoi petit-déjeuner assez bon. Ça nous console et nous ragaillardi. Indécrottables, on s’est remis à y croire !
Ben ensuite, on traîne. Que faire d’autre ?
Devant le petit cabanon d’Avis, on se pèle un peu. On y est depuis l’aube. La miss qui débarque, une latina, nous entrevoie tout de suite comme des pénibles qui vont lui ruiner ses espoirs de démarrage tranquille. Elle a une mine et un ton aussi peu engageant que possible. Tu nous connais, ça se termine presque par des embrassades. Elle nous laisse une voiture rutilante neuve ma-gni-fique ! Une hybride avec des fonctions ultra-sophistiquées, tous des boutons à pas toucher si je veux conduire cette voiture sans commettre l’irréparable !
C’est partiiiiii. Rouler à gauche, au début, c’est facile. Tu y penses sans arrêt. C’est contre-intuitif, ça nécessite un investissement. C’est plus tard, quand tu t’habitues, que la confiance s’installe, que ça devient dangereux, que les réflexes anciens peuvent te conduire dans le mur. Anyway, la voiture et moi, tout de suite, on démarre dans le bon feeling.
A
Perth, parking souterrain à côté de l’hôtel, accueil amical, on finit par oublier totalement les déboires du matin. On visite ?