Forum voyage
 Billets d'avion   Chambres d'hôtel   Séjours   Circuits   Croisières   Thalasso   Weeks ends   Voitures   Annonceurs 
 Forum   Rechercher   Mon compte   Communauté VF 
Forum > Entre deux voyages > Carnets de voyage, textes de voyageurs > Tadjikistan: coup de coeur en Asie Centrale
 

Chine
 Voyages en Chine 
sejourVoyages en Asie
chambre hôtelChambres d'hôtel en Asie
billets avionBillets d'avion pour l'Asie
Voitures de locationVoitures de location

Japon
 Voyages au Japon 

Première page Page précédente 1 2 3 Page suivante Dernière page
Tout afficher


olive31
France



30 septembre 2007 à 10:23

Message 1 de 49
Consulté 2 181 fois

Signaler ce message
aux modérateurs


Haut de la page
Tadjikistan: coup de coeur en Asie Centrale Répondre

Tadjikistan : coup de coeur en Asie Centrale

De retour depuis quelques semaines sur le sol français je me décide à écrire pour vous un petit carnet de route sur ce dernier voyage effectué en Asie centrale qui fut assez magique pour moi.
Magie qui tient au fait que j’ai passé 43 jours sur place mais pas une seule nuit à l’hôtel et qu’avec deux amis venus me rejoindre pendant 2 semaines nous avons pu gravir un pic délaissé et très beau du massif du Pamir : le Pic Karl Marx.
Magie liée à l’ambiance chaleureuse que l’on ressent quotidiennement en compagnie des habitants de cet endroit du monde qui resteront dans ma mémoire comme les plus sympathiques croisés lors d’un voyage jusqu’à présent.
Au final, en dehors des nuits passées sous tente cela représente une vingtaine de jours à dormir invité chez l’habitant sans avoir rien demandé, même à Dushambe la capitale.
Ce contact avec la population locale fut plutôt inattendu pour moi qui pensais en baver un peu dans cette ex-république soviétique et ce d’autant plus que j’y allais seul avec une connaissance du russe plutôt sommaire et alors que les quelques rares pages photocopiées dans le Lonely Planet d’Asie centrale me prédisaient certaines difficultés pour bouger et me loger dans ce pays inquiétant, voisin immédiat d’un autre pays si inquiétant : l’Afghanistan.
Voici donc quelques images écrites sur ce voyage dans un pays qui pourrait recevoir le prix Nobel de l’accueil tant l’hospitalité de ses habitants est déroutante.
Pour le voyageur sac au dos et infortuné que je suis, habitué à se soulager le plus souvent d’espèces sonnantes et trébuchantes en échange d’un lit, d’un repas et d’une douche, ce fut une bonne surprise.

1. Aéroports

L’aéroport d’Istambul est grand, propre et lors du décollage vers le Tadjikistan j’ai eu droit au très beau spectacle de la vue aérienne sur cette ville avec ses nombreuses mosquées aux minarets en forme de fusées spatiales. Beaucoup d’images de mon voyage en Turquie de 2002 me sont revenues et je me suis endormi en me repassant de vieilles images turques gardées en mémoire.

A Dushambe par contre, l’aéroport est petit et on nous range sur deux files devant des portes vitrées qui restent fermées de longues minutes, on ne sait pourquoi.
Il y a une file pour ceux qui ont déjà le visa et une autre pour ceux qui doivent encore le faire.
Oui, car depuis peu on obtient son visa à l’arrivée au Tadjikistan mais uniquement pour 30 jours.
Tout content d’être déjà l’heureux possesseur d’un sésame (délivré par l’ambassade tadjique de Vienne en Autriche) et qui m’autorise à visiter la région pour 45 jours, je déchante assez vite quand un énergumène pas vraiment en uniforme commence par faire entrer ceux qui n’ont pas de visa .
Je ne suis pas le seul à pester contre cette façon de procéder peu logique mais bon il est trois heures du matin et franchement je suis bien content de " jouer la montre " en attendant le lever du jour et le réveil de la capitale même si pour le moment l’acceuil tadjique est décevant.
Je ressortirais de l’aéroport deux heures plus tard en ayant eu tout le loisir d’observer la beauté secrète des lieux, coincé dans la file menant au coup de tampon libérateur et consolé de voir que de toute façon les bagages de soute ne sont déchargés sur le tapis qu’à ce moment là.
Tout le monde aura donc poireauté jusqu’au petit matin.

2. Premiers pas à Dushambe

D’ailleurs en ce petit matin de juillet il n’y a pas grande vie devant l’aéroport.
Les autres voyageurs s’évanouissent assez vite dans des taxis ou en rejoignant des groupes organisés tandis que j’essaie vaillamment d’échanger quelques mots dans la langue de Lénine afin de trouver où changer mes euros contre de la monnaie locale.
Il n’y a apparemment qu’un petit kiosque à journaux qui puisse me dépanner en cette heure matinale (5h00 du mat’) et j’y entreprends la transaction .
Le tenancier de l’échoppe m’explique alors que le taux est de 100 euros pour 460 somonis jusqu’à 9h00 et qu’après si je reviens il me fera le taux affiché sur sa pancarte à savoir 470 somonis.
Le vieux roublard !
Je ne tiens pas spécialement à attendre pendant quatre heures le changement international du cours du somoni et je me lance dans ce que je sais bien faire, même dans la langue de Pouchkine : râler et marchander !
J’ai beau sortir mes meilleures tournures dans cette langue difficilement étudiée à grand renfort de méthode Assimil et faire la grimace, il ne veut rien savoir et insiste pour maintenir son taux de change "spécial pigeon".
En bon pigeon voyageur et rompu aux techniques du marchandade sournois je ne change donc que le minimum syndical pour pouvoir attraper le premier trolleybus délabré venu et je lui demande une bouteille d’eau gratuite histoire de sauver la face et pour sceller notre affaire sur un sourire et une poignée de main qu’il me tend avec la bouteille.
Je suis un peu perdu, ne sachant vraiment pas bien par où commencer ce voyage.
Je sais que mon visa doit être enregistré dans les bureaux de l’Ovir dans les 72h00 mais en même temps il est tôt, j’ai toute la journée pour bouger et trouver un transport vers une plus petite ville afin d’y passer une première nuit (j’ai du mal avec les grandes villes).
Surtout que dans la rubrique " bon marché " des pages photocopiées de mon Lonely planet, à part l’hôtel " Varch " à 15 dollars, il n’y a rien d'enthousiasmant à Dushambe…
15 dollars je trouve que c’est cher pour du " bon marché " dans un pays qu’ils décrivent par ailleurs comme étant le plus pauvre d’Asie Centrale.
L’an dernier au Kirghizstan qui est un pays plus riche, je me rappelle avoir trouvé à dormir pour beaucoup moins cher que ça.
Ma solution à ce problème est donc de quitter la capitale pour prendre mes marques dans un coin plus calme et moins cher en province.

3. Abdhulwahid et le green market

Tout absorbé dans ces considérations bassement financières et en route vers la gare routière de " Tsementzavod " à bord d’un " Tangen ", quelqu’un assis en face de moi m’apostrophe alors dans la langue de Shaekespeare.

Si vous n’êtes jamais allé au Tadjikistan je dois vous dire que " Tsementzavod " c’est une grande cimenterie assez " russe " dans son style de l’époque soviétique… et qu’un " Tangen " c’est un minibus (réellement mini) de marque chinoise et de couleur blanche qui circule sur un trajet fixe dans la capitale.

Etonné qu’on s’adresse à moi en anglais dans un pays réputé pour ne pratiquer que la langue de Sergueï Bubka (en dehors des idiomes locaux : farsi, tadjique, ouzbek, kirghize, shugnansky, wakhansky…) je fais ainsi la connaissance d’Abdhulwahid qui me demande l’objet de ma venue dans le pays et qui m’explique très vite que la première chose que j’ai intérêt à faire en vitesse est d’aller m’enregistrer à l’Ovir sous peine de futurs problèmes avec les uniformes locaux.
J’explique aussi à mon interlocuteur que je souhaite acheter des provisions en perspective du séjour en montagne que je projette pour les prochains jours.
Il me faudrait également trouver du gaz pour mon réchaud (même si je prévois de grandes difficultés pour accomplir cette mission).
Abdhulwahid réfléchi deux secondes l’air soucieux et concerné par ce que je lui raconte puis il arrête le Tangen au milieu de je ne sais où afin d’en prendre un deuxième qui roule dans l’autre sens.
Il m’annonce qu’il va m’aider car ce n’est pas un hasard si nous nous sommes rencontrés, c’est Allah (qui est grand) qui m’envoie et il se doit de m’aider comme un frère.
Il va donc m’accompagner au bazar pour faire mes emplettes (sans me faire pigeonner) et pour trouver du gaz .
Bien entendu je dors à la maison ce soir. Bienvenue au Tadjikistan !

Nous laissons mon énorme sac de montagne chez un ami à lui qui tient une petite boutique de coiffeur et partons nous noyer dans la foule colorée du marché .
Nous ne trouvons évidemment que d’énormes bonbonnes de gaz pas vraiment adaptées à mon réchaud d’alpiniste malgré les dires de nombreux vendeurs mais par contre les emplettes vont bon train en compagnie de mon guide qui connaît bien les lieux.
Boites de sardines, thon à la tomate, sucre, thé, abricots sec, 5 kg de halva, biscuits variés, des raisins sec, des amandes, des bonbons, du kalbaci, de la saucisse à la viande de boeuf/poulet, des soupes chinoises, des boulettes de kurut,etc…
Bref de quoi tenir un siège pendant 25 jours !
(le kalbaci c’est du fromage en forme de saucisse, au goût fumé).
(le kurut c'est des boulettes de fromage séché et salé).

(le halva c'est un genre de gateau de semoule sec et compacté à base d'amande, de pistache ou de noisette, sucré et délicieux).
Satisfait de mes achats nous prenons la route du 9ème kilomètre en dehors de Dushambe où habite mon hôte.
0.50 somoni en marshroutka , 1 somoni en lada jiguli et nous voilà vingt minutes plus tard chez Abdhulwahid qui me montre ma chambre et donne des recommandations aux enfants puis à moi.
Les enfants vont m’apporter à manger et me servir le thé, ils vont me tenir compagnie car lui est pressé et doit visiter un parent malade.
Il me conseille de retourner en ville pour faire mes démarches auprès de l’OVIR puis de rentrer ce soir pour dormir ici. Il me donne son numéro de téléphone au cas où je me perdrais et me fait répéter deux fois la marche à suivre pour venir chez lui :
-marshroutka n°18 jusqu’au terminus,
-taxi jusqu’à la maison.
Je suis très content de ces quelques heures au Tadjikistan, je peux enfin me détendre un moment et savourer ce qu’on m’apporte tout en discutant avec les enfants.
Je m’endors une heure puis décide de retourner en ville.
Je laisse mon gros sac de montagne dans la chambre qui ne ferme pas à clé dans cette maison qui a une porte ouverte sur la ruelle en terre battue.
Ma parano habituelle s'est volatilisée : j'ai confiance .
Il fait très chaud, dans les 40° et je pars en direction des bureaux de l’OVIR.

Pour ceux qui ne sont jamais allé en Asie centrale voici quelques précisions :
- une marshroutka c’est un minibus genre " ford transit " qui est le plus souvent bondé de monde et qui est méga pratique, simple et économique à utiliser en ville.
C’est aussi (surtout au Tadjikistan) un minibus tout terrain qui permet de parcourir les pistes du réseau routier assez difficile dans le pays.
- les véhicules les plus fréquents sont les LADA jiguli et moskvitch (petites voitures), la niva 4x4 (la même qu’on voit en France), les Volga (limousine plus classe), les UAZ (4x4 verts robustes), les camions Kamaz.
Et puis à Dushambe et dans les grandes villes il y a toute une panoplie de voitures puissantes étrangères, j’ai même aperçu des marques françaises.


(Ce message a été modifié par olive31 le 11 octobre 2007 à 14:54.)

Images attachées: dushambe.JPG (78.0 KB) - green market.JPG (128 KB) - bienvenue !.JPG (76.6 KB)

Annonceurs en lien avec le Tadjikistan:

» Annoncer sur VoyageForum.com
  Aucun annonceur actuellement en lien avec le Tadjikistan.
Cliquez ici pour ajouter votre annonce publicitaire.
Répertoire des annonceurs Répertoire des annonceurs


olive31
France



30 septembre 2007 à 11:52

Message 2 de 49
Consulté 2 172 fois

Signaler ce message
aux modérateurs


Haut de la page
Re: [olive31] Tadjikistan: coup de coeur en Asie Centrale [En réponse à] Répondre

  
4. OVIR !
Après m’être un peu perdu et avoir demandé plusieurs fois où se trouve ce fameux OVIR je m’aperçois que ça ne va pas être une partie de plaisir.
Il y a beaucoup de monde qui se presse et se bouscule en criant contre des grilles avec leur passeport qu’ils agitent à bout de bras . Aucune queue à l’occidentale, c’est un paquet humain, un genre de mélée de rugby qui tente de pénétrer le pack adverse.
Les uniformes qui gardent l’entrée n’ont pas l’air commodes.
Des feuilles blanches sous pochettes plastiques sont punaisées sur un panneau près de cette entrée, je suppose que c’est la marche à suivre mais je n’y comprend strictement rien vu que c’est écrit en tadjique ou russe.
Quel bordel !
En criant " hey ! ia tourist ! ia frantzous !" je parviens à interpeller un des gardes qui m’explique qu’il faut d’abord aller dans un premier bureau plus loin à droite puis revenir ici après.
Dans ce bureau une charmante jeune fille qui parle anglais en souriant écoute ma demande d’enregistrement.
Elle ne doit pas souvent avoir affaire à un cas comme le mien car la plupart des touristes font faire cette démarche par un des hôtels " bon marché " du centre ville…ce qui n'est pas bête et évite de perdre de l'énergie inutilement.
Mais je ne dors pas à l'hôtel ce soir.
Je suis plein de confiance et le sourire de mon interlocutrice est trop doux pour que je m’inquiète de quoi que ce soit.
Sauf qu' elle n’est pas seule dans ce bureau, son collègue moustachu me demande où j’habite au Tadjikistan.
" Ben, je suis touriste donc j’habite pas vraiment quelque part, heu, disons que j’habiterai dans les hôtels du pays le temps de mon séjour ".
Ca ne semble pas lui plaire du tout, il me réclame une lettre d’invitation ou une adresse au Tadjikistan.
" Mais j’ai mon visa, je suis en règle, j’ai même un permis spécial pour visiter le GBAO ".
Il ne veut rien savoir et je commence franchement à perdre le sourire et la confiance en moi.
Je ne vois pas de solutions.
J’explique qu’on ne m’a jamais informé nulle part de cette façon de faire, que l’ambassade de Vienne m’a donné un visa et que je suis donc libre d’aller dans le pays.
Il veut savoir où je dormirai ce soir et je lui raconte ma rencontre avec Abdhulwahid.
Il me demande de revenir avec lui muni de son passeport et qu’il verra ce qu’il peut faire alors.
Maudissant intérieurement cette administration tatillonne je regagne piteusement le 9ème kilomètre en me demandant comment tout ça va se terminer !
Je trouve déjà énorme d’être invité chez Abdhulwahid et ca me gêne franchement de lui demander quelquechose.
Il fait chaud, je retrouve sans problème le chemin de la maison et la fraîcheur relative de ma chambre dans laquelle je suis vite rejoins par les enfants qui installent un radio cassette.
Sur un grand plateau on m’apporte de nouveau une théière pleine, du sucre, des gros morceaux de nan, des bonbons, des biscuits et du beurre.
Les enfants mangent avec moi et me demandent plusieurs fois de me resservir :
" kuchaï " (mange !).
Ils ont l’air tout content que je sois ici.
Je leur explique comment jouer à la bataille navale en attendant le retour d’Abdhulwahid .

Précisions :
-OVIR = office for visa and immigration registration,
-GBAO = gorno badakhshan autonomous oblast (il faut un permis en plus du visa pour visiter cette région montagneuse à l'est du pays que les locaux appellent tout simplement "Pamir"),
-Nan = large pain rond que l'on trouve aussi au kirghizstan,

Note: Les Tadjiques ont tendance à prononcer "o" à la place de "a", ainsi on entend plutôt "Todjikiston" ou encore "non" ou bien "tchoï"


(Ce message a été modifié par olive31 le 11 octobre 2007 à 14:43.)

Image attachée: 1ère nuit à dushambe.JPG (157 KB)


cupda
parti aux Mille Collines, France



30 septembre 2007 à 15:39

Message 3 de 49
Consulté 2 146 fois

Signaler ce message
aux modérateurs


Haut de la page
Re: [olive31] Tadjikistan: coup de coeur en Asie Centrale [En réponse à] Répondre

Salut, je suis assez curieux de savoir comment tu t'en es sorti avec l'ovir... et où tu as vadrouillé par la suite.
A+


Oublieuse
Yeghegnadzor/Yerevan, Arménie



30 septembre 2007 à 19:11

Message 4 de 49
Consulté 2 135 fois

Signaler ce message
aux modérateurs


Haut de la page
Re: [olive31] Tadjikistan: coup de coeur en Asie Centrale [En réponse à] Répondre

ARgh, moi pareil! ça y est j'étais déjà partie dans le récit... tu racontes bien Sourire

"Plus on a de culture, moins on mange de confiture"
Carnets de route -- SVE en Arménie (carnet)


olive31
France



1 octobre 2007 à 14:03

Message 5 de 49
Consulté 2 115 fois

Signaler ce message
aux modérateurs


Haut de la page
Re: [olive31] Tadjikistan: coup de coeur en Asie Centrale [En réponse à] Répondre

5. foot et prières

Abdhulwahid nous rejoint en pleine bataille navale et s’empresse de prendre de mes nouvelles.
« Alors, c’est bon ? »
Je lui relate ma petite histoire avec les gens de l’OVIR et sur son visage une moue dubitative m’informe qu’il compati à mes soucis.
Il me rassure, passe quelques coups de fil et me dévoile son plan .
Demain un ami de la famille m’accompagnera avec son passeport et il m’aidera pour arranger cette situation.
Pour l’heure un foot est prévu au bord de la rivière Kofarnihon et étant donné que je viens du pays de Zidane c’est que forcément j’aime le foot !
Bon, je n’ai rien contre le foot mais je n’y ai pas joué depuis des années et surtout pas avec les pieds nus sur des galets douloureux ni avec un ballon dégonflé et encore moins avec des adversaires qui mélangent un peu les règles avec le rugby ou le water polo.
En effet le terrain est bordé sur un côté par les eaux de la rivière et plus d’une fois il faudra mouiller le maillot.
Je joue dans l’équipe des non barbus (les enfants) contre celle des adultes.
C’est une famille de musulmans assez stricts (en tout cas très praticants) puisqu’ils jouent et se baignent en pantalon, portent la barbe et arrêteront le match pour faire leur prière sur la plage.
Spectacle et situation assez cocasses car ça fait à peine 24h00 que j’ai décollé de France et me voilà en train de jouer au foot-polo-rugby (qui tue les pieds) avec de bons musulmans qui n’ont rien à gagner avec moi (sauf le match contre les enfants).

Je termine le match dans les cages car j’ai trop mal aux pieds, le score est plus ou moins équilibré mais à partir de la dizaine de buts marqués de chaque côté j’ai arrêté de compter.

On ne rentre pas tout de suite à la maison après la baignade générale mais nous passons voir un ami de la famille chez qui on discute tout en prenant le thé (ce qui au Tadjikistan veut aussi dire que l’on mange: beurre, nan, miel, abricots ou pommes, biscuits et bonbons).
Tout ce petit monde me refera le coup de la prière (cette fois dans la même pièce que moi) et je pourrais observer en toute tranquillité le « spectacle » comme si on m’avait complètement oublié pour le coup !
Ce n’est qu’après un repas copieux au menu duquel j’ai pu découvrir les « galoupsi » (poivrons farcis) que je m’endors comme un bébé confiant en l’avenir.

6. OVIR, suite et fin
(le lendemain matin)
Nous partons avec la vieille Moskvitch de la famille qui marche au gaz (comme tout véhicule à Dushambe) en direction du centre ville après avoir récupéré au passage Zaynedine qui va se porter garant pour moi.
C’est un jeune de 25 ans qui a une bonne tête et je me rappelle qu’il jouait aussi au foot hier dans l’équipe des barbus. Je crois même lui devoir quelques bleus aux tibias car le bougre se défendait pas mal.
Nous repassons voir la jeune fille anglophone du bureau de l’OVIR, elle semble ravie de me revoir et de découvrir mon « adresse » en chair et en os en la personne de Zaynedine muni de son passeport.
Elle rempli un document, nous le fait signer et nous ressortons en direction des grilles.
Zaynedine arrive à franchir la barrière et la mélée des criards en glissant deux mots à l’oreille d’un garde.
A l’écart et à travers la grille il m’explique la situation :
Chez lui les uniformes sont plutôt « verreux », surtout à l’OVIR et si je glisse un petit « cadeau » dans mon passeport j’ai de grandes chances de le récupérer aujourd’hui même avec le tampon qu’il me manque.
Autrement je risque d’attendre plusieurs jours et de venir réclamer mon passeport en criant dans la mélée comme les autres…
Ah , les vieux roublards ! Ah les corrompus !
Je lui explique que c’est mal d’agir comme ça, que comme première image d’un pays pour des touristes fraîchement débarqués c’est pas bien et que « bla bla bla» (tout ça dans la langue de Léon Tolstoï bien entendu).
Oui il le sait mais c’est comme ça ici, tout le monde le fait, même lui.
C’est normal.
Il m’explique que 30 somonis devraient suffire et je cède car j’ai vraiment envie d’en finir avec tout ça.
Je vois mon ami rentrer dans le bâtiment derrière les soldats et aller dans un bureau avec mon passeport et mes 30 somonis.
Il ressort comme si de rien n’était en me faisant un clin d’œil d’encouragement : c’est bon me dit il, on repasse cet après midi pour récupérer le passeport.
Ouf !


7. En route vers les montagnes
L’objet de ma venue dans ce petit pays est à la fois de faire du tourisme classique en bougeant un peu partout et en rencontrant les locaux mais aussi de tenter de rejoindre le camp de base « Moskvina » situé entre deux géants de 7000m du massif du Pamir non loin de la frontière avec le Kirghizstan.
Je suis seul pour faire cette approche mais une fois arrivé dans ce camp je rencontrerais sûrement d’autres alpinistes étrangers et je pourrais tenter de me greffer à une des nombreuses expéditions qui ne doivent pas manquer d’être déjà sur place à cette heure.
Je sais aussi que je trouverais du gaz pour mon réchaud directement au camp de base et qu’il me sera alors envisageable de tenter la grimpette en altitude.
Le hic pour moi c’est que tout ce petit monde d’alpinistes est suffisamment fortuné (et feignant disons-le) pour pouvoir se payer un aller retour en hélicoptère jusqu’à ce lieu fort reculé et mal aisé à atteindre à pied.
Je suis seul et ce n’est pas un avantage pour porter mon gros sac de montagne et celui, bien lourd également, de tous les vivres achetés à Dushambe .
Tout cela représente dans les 50 kilos et j’espère pouvoir trouver dans un village de montagne une mule et son maitre pour m’accompagner jusqu’aux abords de « Moskvina ».

Abdhulwahid m’aide à trouver une voiture dans laquelle je peux prendre place sans me faire « pigeonner » trop fortement et me voilà parti à bord d’une belle Volga dans laquelle nous sommes 6 passagers et un conducteur. Ce qui veut dire qu’on est entassés. Direction Djergatal.
Les tadjiques n’ont pas la même notion d’intimité que nous (enfin j’imagine) car être collés serrés pendant de longues heures dans une voiture qui tressaute sur une piste poussièreuse ne semble pas les choquer de trop et je découvrirais même que certains gestes qui pourraient paraître osés chez nous sont en réalité faisables ici .
Une dame pose sa main sur ma cuisse comme si j’étais l’accoudoir de sa chaise.
Dans les secousses elle serre plus fort ses doigts et j’ai donc droit à un massage gratuit.
Elle n’est ni trop agée ni trop moche et j’avoue que c’est troublant mais, bien décidé à respecter les coutumes locales et faire un effort d’intégration, je laisse faire.

8. Djergatal-Deepchar
Arrivé à Djergatal je n’ai pas à me poser la question d’où je vais bien pouvoir dormir ce soir car un des passagers de la Volga m’a proposé de rester chez lui alors que nous faisions la route collés-serrés tout en discutant .
Les tadjiques sont curieux et vous demandent souvent d’où vous venez, si vous êtes marié, si vous avez des enfants, si vos parents sont vivants, quel est votre travail et combien sa rapporte, combien coûte un billet d’avion, est ce que les routes en France sont aussi pourries qu’ici…bref c’est bien de pouvoir parler un petit peu dans la belle langue de Youri Gagarine !
Selon mon humeur et mon énergie du moment je m’invente une petite copine ou j’avoue mon célibat ce qui ne manque pas de faire forte impression car ici tout le monde est marié vers 25 ans et la moyenne d’enfant par famille est de sept.
C’est une moyenne et certains parents doivent s’occuper de 13 bambins au cours de leur vie.
Les enfants et les mamans avec bébés sont nombreux dans le pays et c’est un bien sympathique et vivant aspect de la vie quotidienne au Tadjikistan.
------------------------
L’accueil auquel j’ai eu droit chez Ravshambek (mon nouvel hôte à Djergatal) fut tout aussi généreux qu’à Dushambe et je repars le lendemain matin pour Dombrachi.
------------------------
A Dombrachi, alors que je fais du stop à l’embrachement pour Muk, un passant me conduit chez lui pour le repas du midi et pour discuter. Rien ne presse en Asie Centrale et vu la faible circulation en direction de Deepchar je ne raterais pas beaucoup de véhicules !
Après ce repas et tandis que je savoure une clope locale (Pine) en faisant du stop, le chauffeur d’un UAZ fini par s’arrêter, on s’accorde sur un tarif et je monte à bord.
Il habite à Deepchar et propose un arrêt « pêche aux poissons » dans un lac du bord de la route auquel je participe pour le bonheur de sa femme car « deux cannes à pêche rapportent mieux qu’une ! ».
En effet ça mord plutôt pas mal malgré les hameçons trop gros et le bouchon fabriqué avec une capsule de bouteille.
Même les poissons sont sympas au Tadjikistan !
Nous arrivons de nuit à Deepchar où se trouvent les dernières maisons au bout d’une piste vraiment déglinguée .
C’est ici que je dois débuter demain l’approche à pied du camp de base « Moskvina ».
Je suis convié à rester dans la très sobre maison du chauffeur avec qui je viens de pêcher pendant 2h00.
On se régale du poisson attrapé plus tôt.
La vodka est de sortie !





(Ce message a été modifié par olive31 le 1 octobre 2007 à 14:17.)


Oublieuse
Yeghegnadzor/Yerevan, Arménie



1 octobre 2007 à 15:42

Message 6 de 49
Consulté 2 108 fois

Signaler ce message
aux modérateurs


Haut de la page
Re: [olive31] Tadjikistan: coup de coeur en Asie Centrale [En réponse à] Répondre

Passionnant!
Aaah, c'est bien ça fait patienter sainement Sourire

"Plus on a de culture, moins on mange de confiture"
Carnets de route -- SVE en Arménie (carnet)


Chine
 Voyages en Chine 
sejourVoyages en Asie
chambre hôtelChambres d'hôtel en Asie
billets avionBillets d'avion pour l'Asie
Voitures de locationVoitures de location

Japon
 Voyages au Japon 


olive31
France



2 octobre 2007 à 11:11

Message 7 de 49
Consulté 2 053 fois

Signaler ce message
aux modérateurs


Haut de la page
Re: [olive31] Tadjikistan: coup de coeur en Asie Centrale [En réponse à] Répondre

9. Une décision
Tout cela est bien beau ; les rencontres, les repas et la vodka mais je reste soucieux de mener à bien mon projet en altitude, après tout c’est mon truc et je suis aussi venu pour ça donc je me réveille ce matin-là bien décidé à faire avancer mon affaire.
Je suis content de moi puisque me voilà au début du problème : dans le dernier village et avec tout ce dont je peux avoir besoin comme provisions pour brasser les neiges éternelles pendant un mois entier si je veux.
Bon, c’est sûr je n’ai toujours pas de gaz donc ca ne va pas être " bizance " au niveau des repas durant cette approche mais avec la dose de nans que je me trimballe et toutes mes boites de thon à la tomate, je dois bien pouvoir arriver au bout du voyage solitaire jusqu’au camp de base de " Moskvina ".
Pour les non alpinistes qui ne s’intéressent pas non plus aux montagnes de ce monde voici une petite note informative :
" Moskvina " est situé près du glacier du même nom entre le pic Korjenevskaia (7105 m) et le Pic du Communisme (7495m).
Le pic du Communisme est le culmen du massif du Pamir et également du Tadjikistan, il s’appelle depuis peu " Koh-i-Somoni " car les Tadjiques ont rebaptisé pas mal d’endroit de leur pays (ville, montagnes…) depuis le départ des russes en 91.
Le camp de base voit la visite de pas mal d’expéditions chaque année en juillet/août et ils y arrivent tous par la voie des airs à l’aide d’un gros hélicoptère blanc qui peut je crois en prendre 15 d’un coup !
Il a bien quelques groupes de russes courageux et fauchés qui tentent l’approche à pied de temps en temps. Ce sont de braves camarades de cordée si on a la chance d’en rencontrer mais pour l’heure, à Deepchar je suis bien le seul étranger.
Point de Russes dans les parages, ils sont bien partis en 91 !
Donc en cette matinée déjà chaude malgré l’altitude gagnée pour venir jusqu’ici j’entreprends la recherche d’une mule et de son muletier pour m’accompagner pendant 4 jours minimum.
Le résultat de ma petite enquête est très vite décevant :
J’apprends que le chemin n’est plus celui qui existait naguère en raison d’éboulements et que le coût d’une mule aller retour est honteusement élevé.
Pour avoir déjà pratiqué plusieurs fois ce moyen de transport très pratique lors de précédents voyages, j’ai une notion assez correcte du cours mondial de la mule de location en fonction de la richesse du pays et de l’abondance de mules qu’on peut y voir.
J’imagine qu’à Deepchar les gens sont au courant du coût faramineux que paient ceux qui prennent l’hélicoptère en bas à Djergatal et que cela entraine ici une inflation du cours de la mule, mais bon quand même faut pas abuser…
On me parle plutôt de 8 jours pour arriver à " Moskvina " et je sais très bien que la fin du parcours se fera sur le glacier Fortambeck qui lui ne manquera pas d’être un point difficile de l’approche.
On me parle de nombreux gués à passer (sans ponts donc !), de danger d’éboulements, de passages pas faisables avec la mule.
A la limite, en y mettant le prix fort, il y en a qui sont d’accord pour y aller avec moi en tant que porteurs. Il faudrait deux gaillards mais ca me gêne de faire ça .
Je cogite deux secondes, imaginant une mule en difficulté au bout de 3 jours, imaginant un glacier à parcourir seul si le muletier ne se sent pas de m’accompagner ou visualisant un bobo un peu sérieux…bref j’imagine le pire et je me dis que le jeu est trop aléatoire, trop incertain et trop cher !
De plus depuis ce matin je n’ai pas la pêche, est-ce la vodka ou le poisson ? Je ne saurais le dire mais je sais parfaitement que je couve quelque chose rien qu’au goût familier de renvois acides venus de mon estomac.
C’est gagné, j’ai chopé la gastro !
En France je la chope jamais mais en voyage, selon les coins où je vais , j’y suis assez sensible et du coup j’ai une bonne connaissance des réactions de mon corps face à ces petits soucis gastriques.
Je me prédis un vomissement dans les heures qui suivent ainsi que deux jours pour bien récupérer.
Bref tout ceci met un point final à mes tergiversations et j’annonce à tout le monde que je redescens et que je n’ai plus besoin de mules…


(Ce message a été modifié par olive31 le 2 octobre 2007 à 13:03.)


olive31
France



2 octobre 2007 à 12:02

Message 8 de 49
Consulté 2 049 fois

Signaler ce message
aux modérateurs


Haut de la page
Re: [olive31] Tadjikistan: coup de coeur en Asie Centrale [En réponse à] Répondre

10. Stupeur et tremblements !
La recherche d’une mule de location n’ayant donc pas tellement aboutie, je ne laisse pas refroidir le fer pour autant et me met en recherche d’un véhicule susceptible de me redescendre sur Dombrachi en cette chaude journée .
Le village de Deepchar n’est même pas vraiment un vrai village alors je vous laisse deviner le nombre de voitures qui circulent ici !
Finalement en posant pas mal de questions et en me faisant renvoyer d’une maison à l’autre on m’informe qu’un habitant descendra ce soir pour faire le marché de demain qui se tient à Dombrachi.
Chance !
Je repère cet habitant que l’on me montre du doigt, affairé plus loin à couper de l’herbe avec une faux.
Avant même d’être près de lui et de le saluer à la mode tadjique (c’est à dire une poignée de main tout en portant l’autre main sur le cœur) je m’aperçois à son kalpak (chapeau de feutre blanc à motifs noirs) qu’il s’agit d’un kirghize.
Les kirghizes ont le type mongol et sont un peu plus froids que les tadjiques en général, pour autant et pour y être allé l’an passé ils sont également forts sympathiques.
Après une brève discussion et passés les échanges habituels pour savoir où est ma femme et combien j’ai d’enfants, mon ami kirghize me donne rendez-vous chez lui en fin de journée pour qu’on mange en famille avant le départ vers Dombrachi.
En attendant, lui continu de faucher sous le soleil tandis que je vais faire la sieste au frais en compagnie de Kolia, mon hôte à Deepchar, qui semble avoir du mal à vraiment émerger du coma après la soirée " vodka " d’hier soir (qu’il a , faut bien le dire, prolongée ce matin au petit déjeuner de même que pendant mon abscence si j’en juge par la bouteille vide qui traine près de sa couche…).
Note : au Tadjikistan la vodka circule pas mal et vous serez encouragés à porter des toasts si une bouteille s’ouvre quelque part, mais rien ne vous oblige à boire !
Le cas de Kolia est le plus " gênant " que j’ai pu voir car je le soupçonne d’être passé dans une phase de réel alcoolisme puisqu’ il buvait seul alors qu’en général c’est à plusieurs que ça se fait, dans un esprit de fête !
Mais bon il avait l’alcool soporifique et le réveil hypnopompique sans gêne pour les autres.
C’est en étant absorbé par de telles pensées tristes pour mon ami Kolia que soudain tout c’est mis à trembler autour de nous pendant quelques secondes.
"Bordel ! C’est mon baptême de tremblement de terre !

J’en avais jamais ressenti avant ! "
La secousse est assez forte pour réveiller Kolia qui me regarde en souriant et qui déclare " Ziémlié triasiénié ! " avant de ressombrer dans les bras de Morphée.
Ah oui, pour le lecteur qui ne parle toujours pas la belle langue des frères Bogdanov je précise que Kolia vient, fort à propos, de dire " tremblement de terre ! ".
Tout ceci semblant complètement normal et fréquent je m’endors en faisant abstraction également de ce sale goût de renvois acides que j’ai depuis quelques heures et qui ne présage rien de bon !


(Ce message a été modifié par olive31 le 2 octobre 2007 à 13:11.)


olive31
France



2 octobre 2007 à 12:53

Message 9 de 49
Consulté 2 043 fois

Signaler ce message
aux modérateurs


Haut de la page
Re: [olive31] Tadjikistan: coup de coeur en Asie Centrale [En réponse à] Répondre

11. Malade !
La sieste terminée et après avoir fait mes adieux à Kolia et à sa petite famille (il n’a que 4 enfants !) je me dirige vers mon rendez-vous.
Je quitte donc mon buveur de vodka non sans lui avoir auparavant abandonné toute ma cargaison de kalbaci (fromages en forme de saucisses et au gout fumé) qui ne me servira plus et pour le remercier de l’accueil dans sa maison.
Comble de gentillesse, il voulait me les payer.
Je me sépare sans regret de cette nourriture étant, pour le moment, sans le moindre appétit mais plutôt sur le point de vomir ...
Je touche à peine ce que m’incite à avaler le faucheur kirghize.

Quand même, je fais l’effort par politesse, de manger un peu de kéfir car me dit-il, c’est bon pour ce que j’ai.
Bon ou pas bon toujours est-il que je me cramponne comme je peux lors de la descente vers Dombrachi pour ne pas subir la piste cahoteuse et pour gérer mon mal être nauséeux.
Je ne suis plus là, pâle et concentré sur moi, je ne discute pas avec lui et il doit me trouver bien rustre de pas faire la causette !
Arrivé à Dombrachi j’ai juste la force de charger mes sacs sur un vélo qui passait par là (c’est le cycliste qui s’arrête pour m’aider) afin de venir m’échouer chez le seul habitant que je connaisse ici : le passant qui m’avait invité alors que je faisais du stop l’autre jour.
Dans la cour de sa maison, sous un grand pommier il y a une de ces petites plate-formes à baldaquins sur lesquelles on peux prendre le thé ou dormir et qui sont si fréquentes en Asie Centrale. (nom ?)
Je m’y affale en m’excusant et en disant que j’ai besoin de dormir un moment, je sens que j’arrive au moment critique de ma gastro.
D’ailleurs je n’ai pas le loisir de vraiment dormir mais juste le temps de me lever pour vomir tout mon quatre heure dans un fossé près de la maison.
Soulagement !
Quatre heure qui n’est pas perdu pour tout le monde...

En effet, le chien de la maison qui dormait non loin de là se lève et s’approche du fossé tout en me regardant d’un œil inquiet pour voir si je ne vais pas l’engueuler de tenter de voler de la nourriture.
Je ne peux pas m’empêcher de rire en le voyant lapper goulûment le fruit de mon renvoi en même temps que l’eau du fossé.
Ca mange vraiment n’importe quoi les chiens !


Là où je cesse de rire et qu’en même temps une explication à ma gastro commence à s’étayer dans mon esprit, c’est au moment où la jeune fille qui s’occupe de tout dans cette maison vient rincer des tasses de porcelaine directement dans l’eau du fossé à l’endroit même où j’ai tout dégobillé et là où le chien s’est régalé de cette aubaine.
Evidemment vous avez déjà deviné qu’il s’agit bien des tasses dans lesquelles on va servir le thé en l’honneur de ma venue d’ici deux à trois minutes…
C’est sûr, les tadjiques ne sont vraiment pas faits comme nous et ont une notion de l’hygiène vraiment déroutante ou, pour le moins, différente de la notre en occident .
Mais bon,ça va mieux, je décline le thé et avale quelques bonbons avant de passer la nuit dans cette maison une fois de plus accueilli comme si j’étais un parent de la famille.



(Ce message a été modifié par olive31 le 4 octobre 2007 à 6:48.)


Fabricia
Alpes Maritimes, France

Photo/image personnelle du membre Fabricia.

Description de la photo/image: Amber Fort, Rajasthan, octobre 1994 : une belle indienne offre aux visiteurs un gobelet d'eau puisée dans sa cruche.


3 octobre 2007 à 2:37

Message 10 de 49
Consulté 2 022 fois

Signaler ce message
aux modérateurs


Haut de la page
Re: [olive31] Tadjikistan: coup de coeur en Asie Centrale [En réponse à] Répondre

Tire la langue... J'ajoute mon nom à la liste de tes lecteurs admiratifs !

(C'est exact... les chiens mangent vraiment n'importe quoi... et là-bas, la vaisselle se fait vraiment n'importe où !)



Fabricia -
Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs... ("L'Usage du Monde" - Nicolas Bouvier)



catherineGil
Montpellier, France



3 octobre 2007 à 2:58

Message 11 de 49
Consulté 2 019 fois

Signaler ce message
aux modérateurs


Haut de la page
Re: [olive31] Tadjikistan: coup de coeur en Asie Centrale [En réponse à] Répondre

C'est sur,la gastro c'est pas marrant, mais c'est un régal de te lire.

Tatchen. Tatchen ces petites plateformes à baldaquins qui servent à tout, dormir, manger,se reposer, bavarder, en Asie Centrale.

Bon, je suis impatiente de lire la suite.Tire la langue

Catherine
La seule manière de cultiver sa culture, c'est d'accepter de la mettre en danger.

http://www.catherinegil.over-blog.com
http://lucyinthesky2.uniterre.com/


Esvessya
Lyon, France

Photo/image personnelle du membre Esvessya.

Description de la photo/image: Route de Chenini (TUNISIE - mai 2008)


3 octobre 2007 à 4:14

Message 12 de 49
Consulté 2 006 fois

Signaler ce message
aux modérateurs


Haut de la page
Re: [olive31] Tadjikistan: coup de coeur en Asie Centrale [En réponse à] Répondre

C'est aussi délicieux de vous lire que doit l'être la dégustation d'un Halva ! well done


Chine
 Voyages en Chine 
sejourVoyages en Asie
chambre hôtelChambres d'hôtel en Asie
billets avionBillets d'avion pour l'Asie
Voitures de locationVoitures de location

Japon
 Voyages au Japon 


cupda
parti aux Mille Collines, France



3 octobre 2007 à 4:15

Message 13 de 49
Consulté 2 004 fois

Signaler ce message
aux modérateurs


Haut de la page
Re: [catherineGil] Tadjikistan: coup de coeur en Asie Centrale [En réponse à] Répondre

Mais là où est Olive, il me semble bien que c'est plutôt un tcharpoï le tatchen...


olive31
France



3 octobre 2007 à 5:33

Message 14 de 49
Consulté 1 996 fois

Signaler ce message
aux modérateurs


Haut de la page
Re: [olive31] Tadjikistan: coup de coeur en Asie Centrale [En réponse à] Répondre

12. Construction d’un bannia
Le lendemain et alors que je suis toujours un peu patraque je trouve facilement une place à bord d’un Kamaz en provenance d’Osh au Kirghizstan.

Juste avant de quitter Dombrachi je laisse au maître des lieux mon kilo de sucre et mes saucisses à la viande de boeuf/poulet pour le remercier de son accueil (de retour sur Dushambe, je n'aurais pas besoin de tout ça et la chaleur risque de les avarier).
Le trajet n’est pas bien long jusqu'à Djergatal et j'indique au chauffeur du Kamaz où me déposer non loin du seul lieu qui me soit familier ici :la maison de Ravshambek.
Les enfants et les femmes m’accueillent avec étonnement, ils me croyaient parti vers les sommets pour au moins 3 semaines et voilà que je réapparais déjà.
Si je reviens dans cette maison c’est pour rendre la dizaine de gros nans que la femme de Ravshambek avait tenu à me préparer elle-même pour mon périple en altitude.
Le maître des lieux n’est pas là pour le moment, je voudrais aussi le voir pour lui raconter mes malheurs et pour qu’il me dise si un de ses voisins n’a pas prévu par hasard d’aller sur Dushambe aujourd’hui.
Alors qu’on m’invite déjà à m’installer pour manger j’explique que je ne suis pas trop en forme en ce moment mais que par contre s’ils ont un petit coin douche quelque part je suis preneur pour pouvoir me laver un peu.
Ma question semble les gêner, en fait il n’y a pas de coin douche ici, le bannia est démoli depuis quelques temps et ils prévoient justement d’entamer sa construction ces jours-ci.
Aussi je me douche sous un arbre au fond du jardin à l’aide d’un bidon d’eau froide en bordure du champ de " kartochka " familial, incontournable aspect des maisons tadjiques de province.
C’est spartiate, je suis pied nus dans les patates mais propre et rasé de frais avec le spectacle de la vue sur le sommet de " Pierre 1er " juste en face.
Comme rien ne presse en Asie Centrale et que je me fais assez bien à cette façon de voir les choses, je décide d’attendre le retour de Ravshambek qu’on me dit imminent.
Celui-ci rentre alors que je commencais à somnoler et je l’informe sur mon séjour à Deepchar. Il est très curieux de savoir comment je me suis débrouillé pour monter là-haut et qui j’ai rencontré.
Apparemment il connaît tout le monde dans ce coin car quand je cite des noms il s’esclaffe et me répète " haracho, haracho ! ".
Il me dit alors de rester ce soir chez lui car demain matin il connaît quelqu’un qui va sur la capitale et qui me prendra pour un bon prix.
Il n’est même pas midi, nous discutons puis arrivons à parler du bannia détruit que nous sortons voir par nous même.
Un gros tas de terre sèche se trouve en lieu et place du futur bannia. Cette terre provient des murs de l’ancien, trop vieux, qu’ils ont réduit en petites mottes et déjà les enfants se remettent au boulot en continuant de concasser les mottes de terre.
Avec Ravshambek nous faisons un tour dans le village pour dévier le cours d’un ruisseau à l’aide de petits barrages de terre et amener l’eau à la maison.
Normalement cette eau arrose les champs de patates mais là elle va servir à arroser le tas de terre afin d’arriver à en faire une boue ni trop molle ni trop dure qui servira de matière première.

C'est la grande arrosade à coup de seaux d'eau ! Les enfants sont excités par le chantier et ne se font pas prier tandis que les filles ramènent des pommes du verger pour encourager tous les bras.
Je me joins à l’équipe et nous travaillons efficacement, la terre prend une consistance de pâte à modeler, on la piétine pied nus pour l’étaler en une grande galette. Puis à l’aide d’une bêche on découpe le front de ce gâteau en petites briques malaxables qui sont alors transportées de mains en mains par une chaîne humaine (Ravshambek, ses enfants, les voisins et moi !) pour construire les murs.
On ne peut pas monter plus de 50 cm car il faut laisser sécher l’ensemble avant de poursuivre sur une autre rangée mais la première fournée de briques ainsi montées donne une idée de ce que sera cet espace une fois terminé.
Ce labeur nous occupe jusqu’au soir.
Tout le monde est content et pendant ce temps les femmes nous ont préparé un plof délicieux servi dans un grand plat en bois dans lequel nous piochons directement avec les mains tous réunis sur les tapis et alors qu’à la télé la chaîne nationale " tojikiston 1 " nous donne les dernières informations sur le pays.
On y voit bien souvent le président et son nom est répété un maximum de fois : " Emomali Rharmon a fait ci, Emomali Rharmon a fait ça ".
Puis une émission culturelle nous montre les chants et danses traditionnelles d’un autre pays dans le pays : le Pamir (ou GBAO).
C’est là-bas que je vais poursuivre mon voyage dans quelques temps.

Précisions :

Le plof est un plat à base de riz/légumes/viandes/huile très simple et très bon.
Les patates (kartochka) sont réellement présentes dans toutes les maisons du Tadjikistan.
Dans ce pays il n’y a pas d’eau courante dans les maisons (même aux abords immédiats de Dushambe) mais un système de sources (tuyaux métalliques recourbés vers le sol que l’on trouve disséminés dans les rues) ou bien tout simplement un système de ruisseaux d’irrigation qui coulent dans des fossés au bord des rues et dans lesquels les enfants boivent dès le plus jeune âge sans trop se poser de questions. C’est cette eau qui sert à préparer le thé et la cuisine en général.



(Ce message a été modifié par olive31 le 11 octobre 2007 à 12:14.)

Image attachée: construction bannia.JPG (149 KB)


catherineGil
Montpellier, France



3 octobre 2007 à 10:53

Message 15 de 49
Consulté 1 968 fois

Signaler ce message
aux modérateurs


Haut de la page
Re: [cupda] Tadjikistan: coup de coeur en Asie Centrale [En réponse à] Répondre


En réponse à
Mais là où est Olive, il me semble bien que c'est plutôt un tcharpoï le tatchen...


Rire ha ! J'ai du mal entendre le mot que m'avait indiqué Sobir, le chauffeur qui nous avait conduits au lac de Aydarkul ! Ce qui n'aurait rien d'étonnant, puisqu'il a fallu que je rentre en France pour savoir que le lac en question ne s'appelle pas Aïdakul mais Aydarkul avec un ou deux ll selon les auteurs .

Donc tchapoï bien, je vais de ce pas corriger dans mon blog merci Tire la langue

Catherine
La seule manière de cultiver sa culture, c'est d'accepter de la mettre en danger.

http://www.catherinegil.over-blog.com
http://lucyinthesky2.uniterre.com/


cupda
parti aux Mille Collines, France



3 octobre 2007 à 11:07

Message 16 de 49
Consulté 1 965 fois

Signaler ce message
aux modérateurs


Haut de la page
Re: [catherineGil] Tadjikistan: coup de coeur en Asie Centrale [En réponse à] Répondre

Non, non, ne corrige rien. Tu étais en Ouzbékistan il me semble ? L'ouzbek n'ayant rien à voir avec le tadjik, un tcharpoï ouzbek est sûrement un tatchen si c'est ce que tu as entendu...
Mais Olive était-il chez un tadjik vraiment tadjik ? Les frontières sont floues dans ce coin...


olive31
France



3 octobre 2007 à 15:50

Message 17 de 49
Consulté 1 947 fois

Signaler ce message
aux modérateurs


Haut de la page
Re: [olive31] Tadjikistan: coup de coeur en Asie Centrale [En réponse à] Répondre

13. Un nouveau plan
(le lendemain matin)
En cadeau d’adieu je laisse mes 5 kg de Halva même pas déballés du carton à Ravshambek et sa famille.
Le sac de riz qui me sert à trimballer toutes mes victuailles de montagne commence enfin à s’alléger un peu.
Mais bon, j'ai également le gros sac de matériel et celui, plus petit, de tous les jours.
Tout ça est bien encombrant et le coffre de la vieille Lada Jiguli qui me ramène sur Dushambe est plein à craquer car je ne suis pas le seul à bord à avoir des bagages.
Je m’ accoutume aux séances de "collé-serré" en compagnie des autres passagers et la poussière ambiante me gêne moins depuis que je remonte mon tee shirt sur le nez en guise de filtre à air .
Je m'autorise même une p’tite clopette locale à chaque pause, je taxe ou on me taxe, c’est selon.
Pauses :