Sur la trace des blindés de Koursk Zorba · 3 octobre 2018 à 22:05 · 11 photos 47 messages · 10 participants · 5 675 affichages | | | | 3 octobre 2018 à 22:05 Sur la trace des blindés de Koursk Message 1 de 47 · Page 1 de 3 · 4 318 affichages · Partager J’écris ce carnet pour les quelques rares amateurs de voyages historico-militaires. En effet Je n’ai trouvé aucune information sur la visite du champ de bataille de Koursk sur le Net, à part des programmes de voyage extrêmement coûteux d’Agences Anglo-saxonnes. Si ces amateurs souhaitent entreprendre un voyage à Koursk, j’espère leur apporter une base de départ pour leurs projets.
Pour les autres qui voudront bien me lire, ils auront la possibilité d’avoir quelques impressions sur la Russie profonde et sur les pensées des quelques Russes rencontrés lors de ce voyage, en particulier sur le traumatisme encore présent provoqué par la 2ème guerre mondiale, et le patriotisme des Russes. Il est assez paradoxal que le pays le plus étendu de la Terre, ne soit visité en général que pour sa capitale actuelle et son ancienne. A l’heure où l’on se plaint de la surpopulation touristique, la Russie offre un terrain de jeu infini.
Qu’aller visiter, comment et que reste t’il des batailles?Les batailles sont essentiellement des batailles de chars qui sur la durée ne laissent aucune empreinte sur le sol. S’ils ont pu être détruits au combat, tout aura été nettoyé ; s’ils ont occasionné des destructions, dans la région de Koursk tout aura été reconstruit, comme à Stalingrad. Il reste bien les ouvrages défensifs anti-char sur un territoire extrêmement étendu. Il faudrait sans doute en contempler l’étendue en avion, mais l’intérêt en est bien réduit. Alors il fallait bien s’y résoudre, il reste la visite des lieux de mémoire, et surtout rencontrer des Russes : Des guides, et des anciens combattants, ces silhouettes vacillantes en uniformes constellés de décorations.
1er Jour : Paris - Zurich – MoscouPour 159 Euros AR, sans bagages en soute, j’embarque sur SWISS. Arrivé en soirée à Domodiedovo, le temps est maussade, les Russes pas souriants et affairés comme à l’habitude. Bon, je ne m’attendais pas à être accueilli avec un collier de fleurs. Je sais pourquoi je fais la gueule, c’est parce que j’ai peur de prendre le train et de me tromper.
J’étais venu la dernière fois pour le 9 Mai 2015 pour le défilé de la Victoire. Je n’avais pas supporté l’affront que notre Président d’alors avait fait à la mémoire de 25 millions de Soviétiques en refusant de venir aux commémorations. Toute ma jeunesse j’avais été éduqué dans l’idée que les Américains avaient gagné la Guerre, et que l’URSS était le diable. Ce n’est que récemment que j’ai réalisé que l’Union Soviétique avait porté l’essentiel de l’effort de guerre au prix d’un sacrifice monstrueux et avait finalement vaincu l’ordre nazi.
Trois ans après, je suis immédiatement frappé par rapport à 2015, par la taille du dispositif de sécurité : Il y a peut être deux fois plus de policiers ou de vigiles ; ici et plus tard dans la ville, au métro et dans les gares l’usage des scanners à bagages est généralisé. Le pays a pris la mesure de la menace terroriste après les attentats du métro, de l’aéroport Domodiédovo, de la gare de Volvograd, du Moscou – St Petersbourg et du métro de Moscou. L’Aéroexpress pour Paveletskaïa est tout beau, tout neuf. Les vieux wagons sans âge ont été remisés. Les messages à bord et toute la signalisation avant d’aborder le train sont en russe et en anglais. La Russie entre dans la modernité. A Paveletskaïa, je prends le Métro et je suis balayé comme un fétu de paille parmi cette multitude de voyageurs. Il y en aurait deux fois plus qu’il y a 3 ans ? J’étais devenu un expert en Métro moscovite, mais ce soir là j’ai perdu ma science, j’arrive quand même à Kourskaïa pour prendre le train de Koursk. J’arrive à mon compartiment, il ne fallait pas s’en faire autant, on y arrive malgré tout. La « Provonidtsa » du wagon a l’air moyennement renfrogné, il y a eu pire.
Auparavant j’avais pris mon billet douillettement de chez moi devant mon ordinateur ; plus besoin d’essayer de se faire comprendre par les caissières à la gare. (Je n’ai pas encore tapé sur le site des chemins de fer russes le mot magique « Vladivostok » pour faire un essai et rêver). Comme la vie peut être facile parfois : Réserver un Transibérien depuis ma cambrousse : la magie à portée de tous !
Question Kupé ou Pladzkart ? (2ème classe ou 3ème classe)
Les guides papiers et peut être les forums s’accordent pour affirmer que le Pladzkart (3éme classe, avec compartiment ouvert, c’est à dire que vous pouvez entendre les ronflement des 35 autres passagers) sont le moyen idéal pour rencontrer les Russes en voyage. En fait je n’ai eu que 2 expériences positives en Pladzkart; l’une en rencontrant des anciens élèves d’un institut de Petrozavodzk ; j’ai partagé avec eux la joie de la retrouvaille, mais j’ai eu besoin d’aide le lendemain pour repérer ma gare de destination, tant la vodka avait coulé. Une autre fois je vois un fils installer son vieux père en uniforme et cliquetis de médailles ; le fils dit à son père d’être sage, il fait ses dernières recommandations et s’éclipse. Le père repère un compère, ils sortent chacun une petite bouteille de vodka et des petites victuailles et engagent un dialogue à la russe dans la nuit. Tout se termine par un concert de ronflement titanesque des deux compères. Durant mes autres voyages, on se regardait en chien de faïence entre passagers et aucun dialogue n’a jamais été engagé. Enfin si vous avez le malheur de tomber sur les couchettes du couloir, trop courtes, vous sentirez vos courbatures toute la journée.
Par contre en Kupé, je me souviens d’un voyage Riga-SPB avec un polisseur d’ambre de la Baltique qui se rendait à Sarkoié Sélo pour travailler au cabinet d’ambre ; et d’un voyage Moscou – SPB aves deux Russes, très classe et d’un Japonais bout entrain (Ca existe !). Je préfère nettement le Kupé pour son confort aussi.
Et là maintenant je me retrouve une jeune Demoiselle de Voronej dans le compartiment Kupé et nous sommes seuls. | | | Annonce · Sponsorisé | | | À: Zorba · 4 octobre 2018 à 15:32 Re: Sur la trace des blindés de Koursk Message 2 de 47 · Page 1 de 3 · 4 291 affichages · Partager La Demoiselle en raconte des tonnes au téléphone comme une Ado de chez nous, puis elle me découvre sans aménité. Evidemment nous ne sommes pas du même âge, elle aurait sans doute préféré faire le voyage avec un minet moscovite. J’ai souvent remarqué que les Russes étaient cash ; ils ne cachent pas leurs sentiments dans un sens ou dans l’autre : Combien de fois je les ai entendus railler mon parler russe. A moi d’être pragmatique et d’améliorer mes connaissances. Le train démarre, nous rompons la glace : La Demoiselle revient de Saint Jacques de Compostelle et de Paris. En Espagne, elle, la continentale de Voronej, a découvert la mer et les huitres et s’en est gavées. Je penserai à elle quand j’irai m’acheter mes Isigny favorites, comme je n’éprouve aucune difficulté d’approvisionnement. Elle est aussi étudiante en architecture, et elle est tombée amoureuse de Paris et de ses architectures. Elle me presse de questions sur Singapour et son architecture. Je lui dessine le sublime opéra de Pékin de Paul Andreu, cette goutte d’eau posée sur l’eau. Je ne fréquente pas beaucoup les Demoiselles de cet âge, sauf lorsque j’étais répétiteur de mathématiques. Je devais subir des Ados de 3ème et je leur faisais subir la problématique des droites qui se rencontrent ou qui ne se rencontre pas. J’étais l’épouvantable personnage qui interrompait leurs émissions télés de l’après midi. Je me sens maintenant dans la peau de Tolstoï (Je suis toujours très modeste), ce vieil écrivain qui a su si bien décrire l’excitation d’une jeune fille à son premier bal : Nous sommes en phase, il n’y a plus un vieux et une jeune. Cette conversation nocturne nous a fait plaisir mutuellement. Mais nous devons éteindre, même à 50 km/h la gare de Koursk se rapproche. Notons que la sécurité de cette jeune fille était assurée de facto par la présence d’une Provonitza, comme dans chaque wagon ; elle pouvait discuter, seule, avec un avatar de Tolstoï en toute sécurité. On éprouve le même sentiment d’oubli à Singapour.
2ème Jour : Koursk 10 minutes d’arrêt !Hotel AquamarinaVoilà, je suis arrivé dans la cité mythique ; la jeune fille et moi nous quittons avec effusions. J’arrive à la gare, déclarée monument historique, bien qu’elle n’ait pas été le siège de combats. Deux fresques et une statue de soldat soviétique ornent la salle d’attente. Sur le mur du fond est dessiné un vaste plan de la bataille du saillant de Koursk. La ville de Koursk a échappé à l’honneur d’être une ville héroïque, ainsi au monument aux morts d’Alexander Sad à Moscou, son nom n’est pas gravé. Au premier coup d’œil on peut détecter l’œuvre de la propagande soviétique : Les forces soviétiques sont en expansion, c’est à dire qu’elles sont dans la situation où elles se trouveront après la bataille de Koursk. En réalité le front nord avait auparavant reculé de quelques kilomètres ainsi que le front sud sous la pression allemande. Ce fait est en soi une réalisation magistrale face à un adversaire aussi percutant : L’armée soviétique a tenu. La propagande soviétique de l’époque ne s’en est pas satisfaisait. Alors exeunt les combats de Ponyri et Prokhorovka, si l’on suit le schéma de la propagande. C’est dommage. Me voilà dans la Russie profonde ! Je le remarquerai vite car je suis une bête curieuse. Je me rends à l’Hôtel Aquamarina à 5 minutes de la gare. Le séjour sera parfait. Candidats à cet hôtel, essayez d’attraper un prix bas, les variations dans la semaine sur Booking peuvent aller jusqu’à 40%. Au sous sol on trouve une petite piscine, un sauna et un hammam. Personnellement je préfère le Banya : Cet endroit traditionnel tend à disparaître au profit de son homologue finlandais. Je pense que la raison principale en est que l’on peut mélanger les sexes dans le sauna, au lieu d’avoir deux enceintes pour chaque sexe et donc tous les équipements en double. Le Banya est une institution qui me semble remonter du fond des âges ; on se ballade à poil avec un chapeau de feutre pour protéger la tête de la vapeur. Les différentes phases du banya sont : Se soumettre à la vapeur brulante, se renverser un baquet d’eau froide, situé en hauteur comme une chasse d’eau, en tirant sur une chaine ; se plonger dans une piscine d’eau froide puis se faire fouetter avec des branches de bouleau. On discute, on boit et on recommence ! J’ai en vue une session aux bains Sanduni à Moscou, banya le plus beau de Russie.
Lera ToursJe dois penser à mon excursion ; les hôtels n’ont été d’aucun secours. L’Aquamarina m’a seulement indiqué de m’adresser à l’Agence de voyage « Lera Tour » ; le musée de Poniry m’a fait la même recommandation. Le problème est que j’ai appelé cette Agence de France avec mon russe hésitant, je n’ai pas pu établir un dialogue. La correspondante avait raccroché. De même un message internet est resté sans réponse. J’ai bien eu une proposition d’une Association de passionnés d’Histoire militaire, plus précisément on dirait en anglais de « Reenactor ». Un certain Blinov me proposait de faire un Moscou – Koursk AR, dans la journée, en train, de louer un taxi pour aller sur un front seulement. Je n’ai pas pris pour différentes raisons, peut être cela aurait pu être intéressant. Je pars donc pour Lera Tour. La ville est immense ; en fait elle a 3 secteurs, je n’ai vu aucune carte distribuée. Alors je fais du Google Maps, mais je reste hors connexion, en dehors du Wifi de l’hotel. Il faudra que je me mette un jour à acheter une carte SIM du pays pour plus de confort. Je me déplace soit en Marchtruska, soit en bus ou en trolley. J’arrive à Lera Tour où je suis agréablement reçu. J’entends des bruissement de conversation : « C’est le Français qui a écrit ». Je me dis intérieurement « Oui cocottes, mais vous ne m’avez pas répondu ». La conseillère et la directrice me font une proposition pour une visite privée de 2 jours des deux fronts pour 450 Euros. Elles ont réussi à débaucher leur guide favorite qui au début n’était pas intéressée par les dates de visite que je demandais. 450 Euros, c’est une somme pour la Russie ; mais un guide me semblait indispensable, et la suite des évènements montrera que c’était indispensable au delà de ce que je pensais. Les déplacements sont assez pénibles du fait de signalisation manquante ; même la guide se perdra quelquefois. J’avais déjà visité le Musée de la Victoire à Moscou, et j’avais vu une succession de vitrines et d’objets exposés et je n’avais pas compris la moitié de la signification de ce que je voyais et de ce que cela aurait du éveiller en moi.
L’Arc de triompheJe demande mon chemin, une fois sur deux les gens détournent la tête. On s’y fait vite. Je tombe enfin sur une Dame très obligeante qui me remets sur le bon chemin et même fait un bout de chemin avec moi. Elle commence à me dire qu’il faut que je revienne la voir ? Arrivés au bon arrêt de bus pour aller vers l’Arc, elle me demande de l’emmener avec moi ! C’est de la drague expresse ! Ces femmes russes ont faim : J’avais déjà été dragué par une guide de l’Ermitage, par la Mère de ma professeur de russe et sur Conversation Exchange...Enfin qui ne tente rien, n’a rien. Avant d’arriver à l’Arc je remarque un monument entouré de tombes. Je regarde les dates de décès, beaucoup tombent dans les années d’Afghanistan. Cette guerre est un drame national qui a dégagé beaucoup de ressentiment envers les dirigeants d’alors. D’autres dates appartiennent à l’année 2004.. Tchétchénie ? Certaines tombes comportent les portraits des défunts. Ils n’avaient pas l’air commodes de leur vivant ! Des vieilles femmes en fichu restent là résignée, leurs vies fichues. Puis le site commémoratif de l’Arc est atteint. Les concepteurs ont associés les envahisseurs récents de la Russie : D’abord les Français puis les Allemands. Devant l’Arc Il y a exposition de plusieurs canons antichars, de plusieurs chars et de l’inévitable T34, avec l’inscription « Za Pobieda ». Sous l’Arc une quarantaine de jeunes gens sont en uniformes de je ne sais quel mouvement. Une sono diffuse des airs martiaux. Les jeunes viennent un à un, au pas de l’oie, prendre un diplôme. Ce détournement de la signification du lieu est pathétique. Je pense à Brassens chantant que de la musique qui marche au pas ne l’intéresse pas. Qu’aurait il dit du pas de l’oie ? Ma guide, que j’interrogeais le lendemain m’a dit que cette petite manifestation devait être le fait d’un parti politique. Demain nous partons pour le front nord, à Poniry, le petit Stalingrad, qui a changé de mains 7 fois dans une journée. Les choses sérieuses commencent. | | | À: Zorba · 4 octobre 2018 à 19:21 Re: Sur la trace des blindés de Koursk Message 3 de 47 · Page 1 de 3 · 4 270 affichages · Partager Les choses sérieuses commencent.
Hé hé... Chouette ! Je vais suivre ce carnet au sujet original. | | | À: Zorba · 5 octobre 2018 à 15:50 Re: Sur la trace des blindés de Koursk Message 4 de 47 · Page 1 de 3 · 4 231 affichages · Partager 3ème jour : Le front nord avec Rokossovski contre Model
Svetlana, la guide envoyée par Lera Tours me prend à l’hôtel et nous rentrons dans le taxi de Victor, une KIA confortable. Ces Russes sont un peuple aimable et chaleureux, instantanément la sympathie s’installe entre nous. Je constaterai rapidement qu’ils se dévoueront pour que je sois tout à fait satisfait de ma visite. Svetlana m’explique en Anglais qu’elle est une activiste locale pour une association promouvant la Paix. Elle déploie ses activités sur toute l’Europe par le biais de rencontres de gens de bonne volonté. Je réalise vite que c’est une pointure dans la société de Koursk. Nous nous arrêtons sur un site, avant poste d’observation de l’armée soviétique. La bataille du front nord a trouvé son préambule ici. L’unité soviétique ne se replie qu’après de sévères combats.
Tout au long de nos deux jours de visites, Svetlana ne parlera pratiquement pas des « Allemands » mais des « Facistes ». Cette dénomination m’a fait sourire dans un premier temps, comme elle rappelait le langage de l’Union soviétique. Dans un deuxième temps, j’ai trouvé cette appellation très juste. Car chez nous, lorsque nous disons « Les Allemands ont fait ceci, ou cela », nous mettons tous les Allemands dans le même sac. Et pourtant la Résistance allemande au Nazisme, ou les Eglises protestantes pour lesquelles j’ai le plus grand de respect, et même le peuple allemand en général ne méritent pas d’être amalgamés à ces voyous de « Facistes ».
J’ignore le programme de visite du front nord. J’ai de toutes façons une très grande envie de visiter le QG du Maréchal Rokossovski à Svoboda. Quand j'en fais la demande, je jette un froid, car la visite n’était pas prévue. Nous allons juste à Poniry, le petit Stalingrad de la bataille de Koursk. Qu’à cela ne tienne, Svetlana prend immédiatement son portable et passe une dizaine de coups de téléphone pendant tout le trajet et entre deux bouchées au restaurant. J’entends plusieurs fois les mots « Drug franzouski », eh bien c’est moi ! Je me réjouis d'avoir été si vite adopté! Entre la poire et le fromage, Svetlana me dit que le Musée et le QG de Rakassovski sont fermés. Cependant en mon honneur il sera rouvert et la directrice attend notre visite. L’affaire a été compliquée à mener car les musées se protègent mutuellement en terme de sécurité elle a du téléphoner au directeur régional pour débloquer la situation et semble t’il faire ouvrir en cascade les musées? Merci chère Svetlana, amie dont j’ignorais l’amitié il y a trois heures. Nous allons de ce pas au Musée de Poniry.
Ma bibliographieJ’ai lu deux livres principalement : D’abord l’étude de Roman Töppel« Koursk 1943 ». Cet historien a le mérite de remettre en cause la geste soviétique et les arrangements avec la vérité des officiers supérieurs allemands dans leurs mémoires. En effet ces Mémoires sont un moyen de s’exonérer de ses responsabilités et de réécrire l’histoire. Pour cela, Il s’appuie principalement sur les journaux de campagne des unités allemandes.La première partie est un peu longue. Il s’attarde sur les reports successifs de l’opération « Citadelle ». Cela n’est pas très passionnant. Quant à la description de la bataille, Je dirai un peu schématiquement que Töppel a écrit un livre typiquement allemand, en ce sens que l’Allemand est invariablement supérieur, suivant les situations que j'ai rencontrées avec des Allemands: "C’est nous les meilleurs : Premiers pour la valeur de notre Etat major, premiers en aviation, premiers en tanks..... Les avions soviétiques tombent comme des mouches, les tanks soviétiques explosent comme à la parade, les panzers percent le front comme s’ils rentraient dans du beurre". Il concède que l’artillerie soviétique est redoutable. Mais il ne parle à peine de l’Etat major russe, de Rokossovski ou de Vatoutine.
Alors Roman, pourquoi avez vous perdu puisque vous étiez si bons ?
Par contre il démonte la fable du succès du long pilonnage exercé par l’artillerie soviétique aux premières heures de la bataille. Ce pilonnage aurait écrasé les unités allemandes prêtes au départ. Il n’en est rien, ce fut un échec presque complet, Töppel est convaincant dans sa démonstration.
Ce qui me frappe dans cette opération « Citadelle » c’est qu’il n’y a aucun effet de surprise car les deux belligérants se font face depuis des mois. Les Soviétiques construisent des dispositifs antichars gigantesques pendant que les Allemands perfectionnent leurs dispositifs offensifs en accumulant dans leurs unités blindées la nouvelle merveille qui sort des usines : le « Panther ». Alors je me pose la question simple qui n’a pas effleuré l’esprit de Töppel : Pourquoi les armées allemandes vont elles attaquer ce dispositif russe si imposant de Koursk? Il me semble qu’un front de 2000km pouvait présenter d’autres points moins défendus. Le résultat de la bataille montre bien que mon interrogation était pertinente, sans être stratège, le résultat était attendu: Les Allemands, pardon les Facistes, se sont cassé le nez.L’autre livre est de Jean Lopez, « Koursk, les quarante jours qui ont ruiné la Wehrmacht » Lopez est aussi le traducteur de Roman Töppel. Ce livre est plus mesuré et s’intéresse plus au coté soviétique. Mais il a des cartes pourries, c’est dommage.
La stratégie, ce que j’en ai retenuClémenceau a déclaré que: « La guerre est une chose trop sérieuse pour être confiée à des militaires ». Dans le cas présent on a à faire à deux civils qui se sont autoproclamés commandants en chef : Hitler et Staline. Ils n’ont pas montré de talents particuliers ou plutôt on causé des catastrophes. S’ils peuvent écouter leurs Etat Majors, ce sont eux qui ont le dernier mot. Prenons Staline : Il a en face de lui une armée allemande de très haut niveau. Sa coordination au combat est parfaite à l’intérieur d’une unité, elle fonctionne aussi pour les unités entre elles, et de même avec le soutien de l’artillerie et le soutien aérien. De plus un commandant d’unité remportant un succès local a un droit de suite immédiat, sans en référer a ses supérieurs pour exploiter son succès. Un homme comme le Maréchal Von Manstein, magicien du mouvement est responsable avec son armée 70 pour cent des pertes soviétiques dans la bataille de Koursk. Avant de se frotter à Von Manstein il vaut mieux prendre ses précautions. Que fait Staline face à cette armée allemande si percutante. Il l’attaque de front en de multiples occasions et il se fait rosser à chaque fois ! Iriez vous attaquer dans la rue un super karatéka ou utiliseriez vous plutôt d’autres moyens détournés pour le neutraliser. Heureusement Giorgy Joukov, chef d’état major, comme Mikhail Koutousov avant lui, ont pris la mesure de l’ennemi. C’est un professionnel et Staline l’écoute. Si l’ennemi est si percutant et si mobile, on va lui faire perdre cette énergie cinétique, son effet foudroyant, un peu à la manière d' un camion fou rompant ses freins, en l' arrêtant dans une voie de dégagement latérale remplie de sable et de cailloux. Joukov a réussi à convaincre Staline de laisser les Allemands attaquer le saillant de Koursk, super fortifié. Les fronts Nord et Sud de ce saillant étant fortifiés sur 3 lignes (Svetlana parle de 7 lignes???) Une fois l’armée allemande stoppée, une grande offensive au nord et au sud du saillant viendrait tenter d’encercler un ennemi qui aurait perdu sa fougue. Si l’on prend le cas de Stalingrad, c’est en s’enfermant dans cette ville, et en transformant des troupes servant des blindés en fantassins que l’Armée de Paulus a perdu son caractère offensif et sa mobilité. Koutousov a agi de même avec Napoléon en laissant le soin au Général Hiver de l'affaiblir. Les Allemands de 1943 par contre ont défié deux années de suite le Général Hiver. Ils ont quand même perdu un million d'homme avant Koursk, et ils sortent d'une défaite cinglante à Stalingrad, petit chef d'oeuvre de Georgy Joukov, mais ils restent une menace mortelle.
Nous arrivons à Poniry. Le livre de Jean Lopez parle d’un camp retranché où ont eu lieu des combats féroces. Que vois je ? Un village intemporel de la campagne profonde russe, avec ses troupeaux d’oies qui se baladent sur la route. Je m’attends à voir Tolstoï déboucher sur la route avec sa grande barbe et son cheval percheron, ou Tolstoï encore, occupé à courser une jeune paysanne. Ce village respire la paix, c’est la Russie profonde et elle m’envahit d’une sensation merveilleuse. Quel bonheur d’être là! Qui pourrait penser qu’il a été labouré il y a 75ans par les obus et les chenilles. Qu’un déferlement de violence inouï a eu lieu ici. Ce pays a été gorgé de sang et je ne m'en rend pas compte. L’image ne colle pas, c’est ça la surprise du voyage. Si ma raison me dit que la bataille a bien eu là, mon ressenti le nie catégoriquement. Nous allons au Musée et à la Gare... | | | À: Mariecurry · 5 octobre 2018 à 15:52 Re: Sur la trace des blindés de Koursk Message 5 de 47 · Page 1 de 3 · 4 230 affichages · Partager Merci de suivre. La star du récit c'est la Russie. | | | À: Zorba · 5 octobre 2018 à 17:40 Re: Sur la trace des blindés de Koursk Message 6 de 47 · Page 1 de 3 · 4 222 affichages · Partager Très intéressant Carnet à lire sans modération. Les gens ont en effet oublié que la Russie à contribué à la libération de l'Europe et à subi de lourdes pertes. Et ce carnet à pour mérite de nous plonger dans cette période peu connue du grand public. | | | À: Zorba · 5 octobre 2018 à 23:37 Re: Sur la trace des blindés de Koursk Message 7 de 47 · Page 1 de 3 · 4 195 affichages · Partager Le Musée de Ponyri
Nous sommes attendus comme si nous étions une tournée ministérielle. Pour nous mettre dans l’ambiance un haut parleur diffuse une voix martiale annonçant à toute la population de l’URSS l’agression des Fachistes. Nous commençons la visite avec une belle sculpture faite d’armes récupérées. Parmi celle ci se trouve le fusil anti char qui m’a toujours intrigué. Quel dommage peut infliger ce long fusil à un char ? Le musée est organisé en journées ses collections sont riches, faites de dons d’anciens combattants. La guide du Musée explique à Svetlana les faits saillants de chaque journée. Il s’agit beaucoup d’actes d’héroïsme de servants de canons antichar. Et Svetlana me traduit. La guide du Musée me dévisage lorsque Svetlana me traduit et guette mes réactions. Je me sens troublé par ce beau regard. Ce ne sont pas des « Ochi tchorni » qui me sondent mais des« Goloubie Glasa » et particulièrement à l’évocation du Lieutenant dont ses soldats, servants d’une pièce antichar ont été tués lui a continué le tir tout seul et détruit plusieurs chars. Il a survécu et a été nommé Héros de l’Union soviétique. Plusieurs exemplaires de médailles et des certificats sont présents dans le Musée : Petit ruban rouge, au dessus d’une simple étoile. La bataille de Koursk aurait généré 36 Héros de l’Union Soviétique. Je mets au défi quiconque de suivre un exposé sous le regard d’une Michèle Morgan ou d’une Ornella Muti. Franchement le Musée devrait mettre à disposition des guides mi belles ou bien mi moches, sinon il faudrait que Mlle« Krassivii Goloubie Glasa » porte des lunettes de soleil pour arrêter de semer le trouble sur les visiteurs. J’arrive à terminer l’exposé malgré tout en dépit de mon trouble certain, j’ai beaucoup aimé ses explications concernant les combattants soviétiques acharnés et patriotes. Mlle« Ochen Krassivii Goloubie Glasa » vit vraiment ce qu’elle explique et attend en retour de la conviction de la part de son auditeur je la remercie; toute l’équipe du Musée est bien impliquée pour offrir aux visiteurs une belle collection et faire vivre l’évènement. Par contre les petites tranchées dans le jardin du Musée apparaissent bien dérisoires. Nous partons avec Svetlana et la Belle pour la gare de Poniry. En chemin je pense que Bécaud aussi a été troublé par sa guide, sa chanson me revient :
Poniry était vide Devant moi marchait Xenia Il avait un joli nom mon guide Xenia
Poniry n’est pas monotone Elle ne comprenait pas mon charabia Je suivais cet automne Xenia
Elle parlait en phrases sobres Des Facistes méritant l’opprobre Je pensais déjà Qu’après la gare de Poniry On irait en Sibérie Prendre une Kacha.............
C’est alors que Svetlana me tire par la manche : « Qu’est ce qu’il t’arrive François, la gare c’est par là». Nous pénétrons dans la salle d’attente. Incrédule je demande si on peut acheter un billet. « Bien sûr François, on peut aller à Belgorod ou à Koursk comme dans n’importe quelle gare ». Mais ce n’est pas n’importe quelle gare. La gare de Ponity ! J’imagine des monceaux de cadavres, des grenades à main balancées de toute part, un déchainement de haine, des corps à corps, les coups de baïonnette, des obus de char qui soufflent tout............ Et bien, la gare a été reconstruite et rendue à sa destination première. Qu’aurait on fait chez nous, l’aurions nous sanctuarisée, sanctifiée pour le devoir de mémoire ? Chaque peuple réagit différemment les plus cyniques étant les Polonais qui ont laissé construire des HLM, avec cuisines ayant vue sur le camp d’Auschwitz. Xenia ouvre une salle de la gare, salle du souvenir où sont exposés les portraits des Héros de l’Union Soviétique qui se sont illustrés à Poniry. La visite est finie, nous allons partir vers Svoboda, au QG de l’Armée du centre du Maréchal Rokossovski. Nous nous séparons et nous remercions chaleureusement Xénia. C’est alors que Svetlania me pousse dans les bras de Xénia, en me disant de nous serrer dans les bras « à la russe ». Je m’exécute, et je m’entends lui dire « Krassivaia Gentchina ». Moi qui suis si réservé avec les femmes, ayant toujours eu peur de prendre un râteau. Elle me répond gentiment un « Spaciba ». Après mes émois de collégien, nous partons pour Svoboda. Svetlana se joue de moi !
Le QG du chef du front nord
Connaissez vous Rokossovski (On dit Rakossovski, le premier « O » est toujours transformé en « A », comme Rossia se dit Rassie, la Russie), sinon je vous le présente : C’est la figure du noble chevalier, du héros, un grand Russe et un grand Polonais. Staline décime les cadres de son armée par des purges incessantes Il aura commis des erreurs stratégiques importantes, on dit qu’il est affolé. Staline a besoin de cadres confirmés pour l’Armée Rouge. Rokossovski est en prison, il a été torturé, on lui cassé des dents et il du passer par plusieurs simulacres d’exécution. On sort Rokossovski de prison et il reçoit un commandement. Ce patriote accepte de servir sans rancune. Il fonctionnera très bien avec Joukov, son ancien collègue et chef d’Etat major de l’Armée Rouge. Rokossovski est très bel homme et même mort, Svetlana n’est pas insensible pour ses yeux. Nous sommes accueillis au Musée ouvert pour nous spécialement comme des ministres en mission. La directrice du musée baisse le ton en signe de respect elle a accueilli Vladimir Vladimirovitch en personne la semaine dernière! Elle l’a reçu dans la salle où nous sommes et ils ont été voir le bunker sous terrain, poste de commandement du Maréchal. Poutine est resté 1heure et demi et a dialogué avec le personnel qui cherche les dépouilles des soldats encore maintenant. Nous sommes très impressionnés de suivre ces traces prestigieuses. Nous visitons le Musée consacré au Maréchal en particulier nous découvrons son manteau : L’homme était un géant. Puis nous allons au bunker du Maréchal. Le bunker en rondins a été reconstruit car les habitants des environs avaient besoin de bois après la guerre. Le Maréchal est revenu en visite et a été déçu de la disparition de son bunker. Il a donc été reconstruit à l’identique. C’est fascinant de voir un lieu de pouvoir pareil, tout dépouillé, d’où sont actionnés les mouvements de centaines de millier d’hommes dans un coin un téléphone noir permettait de converser directement avec Staline. Nous quittons la Directrice et nous la remercions chaudement de nous avoir reçus malgré la fermeture officielle. Bizarrement Svetlana ne me demande pas de serrer la Directrice du Musée dans mes bras. | | | À: Zorba · 6 octobre 2018 à 7:37 Re: Sur la trace des blindés de Koursk Message 8 de 47 · Page 1 de 3 · 4 179 affichages · Partager Merci pour ce carnet! Je vais le suivre discrètement Jf | | | À: Zorba · 6 octobre 2018 à 11:28 Re: Sur la trace des blindés de Koursk Message 9 de 47 · Page 1 de 3 · 4 164 affichages · Partager Petit retour sur PoniryJ’ai oublié de mentionner que Xénia, dans son exposé avait parlé d’un programme d’instruction aux fantassins soviétiques pour leur apprendre à résister à la panique devant les blindés allemands, comme c’était le cas lors des campagnes de 4941 et 1942. Un canon automoteur de 60 tonnes dénommé « Ferdinand » était particulièrement effrayant. Ce canon automoteur a presque tout d’un char, mais il n’en est pas un, car il n’a pas de tourelle pivotante ? Il est beaucoup moins couteux à construire. Xénia montre les affichettes imprimées pour l’instruction, où sur des schéma sont montrés les points faibles des blindés allemands. J’ai une question délicate, puisque l’on m’a invité à poser toute question, je me lance : « Quel est le rôle du Commissaire politique, est il coercitif (Euphémisme) » (J’ai lu que le NKVD et les autorités militaires soviétiques avaient fait fusiller 15000 soldats à Stalingrad. Vérité, propagande ? Qu’en est il à Koursk ?) Xénia me répond que les Commissaires politiques étaient des camarades, présents pour encourager la troupe à surmonter ses peurs.
Nous rentrons sur Koursk. Svetlana me dit son admiration pour Staline. Cela me surprend, elle qui baigne dans un milieu religieux et qui a un certain niveau d’éducation. Je suis répond catégoriquement que je ne partage pas son admiration et que c’est Joukov qui a gagné la guerre. Je me souviens de ma logeuse à SPB qui était prise de panique quand on évoquait Staline. La conversation continue sur l’époque actuelle : Autant Svetlana sourit des sanctions économiques imposées à son pays, autant est elle choquée de ce que l’on ait pu accuser la Russie de meurtre dans l’Affaire Skipal. Je lui répond que ces accusations sont ridicules pour deux raisons principales : -L’exposition au neurotoxique supposé employé provoque une destruction du cerveau irréversible et la mort à court terme. -C‘est faire insulte aux services secrets russes de faire un travail bâclé. Etre en ligne de mire de ces services, c’est la mort certaine.
Enfin je lui pose ma question dont je n’ai pas réponse : Pourquoi l’armée allemande a t’elle attaqué un secteur hyper fortifié. Pour elle, l’Etat Major allemand avait un sentiment de supériorité et une confiance dans son armée totale. Les Allemands avaient écrasé les Soviétiques pendant deux campagnes d’été, pourquoi il n’en serait pas de même à Koursk : Toute l’affaire a été planifiée sur 5 jours, elle a duré 40 jours, avec une armée allemande qui n’avait plus de jus. Elle s’est repliée en bon ordre, elle a perdu l’initiative et a paré les coups jusqu’à Berlin. Elle me dit : « François ! En 40 jours au lieu de 5 prévus dans leurs plans, ils ont progressé de seulement 10 km sur les deux fronts ! » Enfin elle me parle de la grande blessure du peuple russe : Ces envahisseurs allemands venus attaquer l’URSS pour prendre son territoire et réduire sa population en esclavage a tué 18 Millions de civils. A t’on le droit de massacrer 18 millions de civils ? Si l’armée soviétique a perdu 8 millions d’hommes, c’est le destin du soldat de pouvoir perdre sa vie, mais les civils ! Et puis elle me parle de Normandie Niemen, du courage de ces pilotes français, du désarroi de perdre leur chef, du soutien moral et de la camaraderie des pilotes soviétiques. Vraiment de Gaulle a fait un acte majeur en envoyant ces pilotes combattre aux cotés de l’Union Soviétique ; pourtant ce pays déjà était décrit comme l’antre du diable. On sent l’âme russe touchée au plus profond par ce geste chevaleresque. En visite dans un restaurant oriental à Volgograd, je laisse mon manteau au vestiaire. Un géant portant un caftan asiatique prend mes affaires et me demande d’où je viens. C’est alors qu’il lance un immense « Normandie Niemen »On se dit à demain.
4 ème jour : ProkhorovkaLe célèbre Von Manstein est a la manœuvre, en face de lui Vatoutine est moins inspiré mais quand même. Alors que son collègue Rokossovski avait deviné parfaitement les objectifs de son adversaire et concentré ses moyens sur Poniry, Vatoutine va étaler ses effectifs sur tout le front sud. Pourtant la poussée sur Oboian se fait difficile, alors elle est détournée vers Prokhorovka pour livrer la soit disant plus grande bataille de char de l’Histoire. Nous nous arrêtons à un monument en l’honneur d’un aviateur aux multiples victoires et Héros de l’Union Soviétique. Evidemment j’admire les faits et gestes et les sacrifices de ces jeunes hommes, mais je suis très mal à l’aise. D’un coté Töppel nous parle d’invincibilité du matériel et des soldats allemands, de l’autre l’URSS nomme 36 Héros à Koursk. Ces hommes ont accompli des actes au combat héroïques. Qui croire ? Je laisse mon interrogation pour moi, ne voulant pas être un mauvais hôte, surtout apes ma question sur les Commissaires politiques. Et voilà Prokhorovka ! Je ne sais pas pourquoi faut il sacrifier à un rite initiatique : Nous entrons dans un restaurant dont une serveuse porte une tenue de l’Armée Rouge ; Svetlana commande une assiette de Kacha et deux cuillères ; elle m’intime l’ordre de la partager avec elle. Je délimite sur la Kacha un petit domaine que je mangerai et je dis à Svetlana que le reste était pour elle. Ce à quoi elle me répond que je veux qu’elle soit plus grosse. Evidemment notre dégustation de Kacha est symbolique, c’était la nourriture du combattant soviétique. Devant le Musée de Prokhorovka, on a eu la bonne idée de laisser un hectare de terrain dans l’état où il était après la bataille : On a l’impression d’être chez un ferrailleur ; des bouts de chars trainent, des bandes de roulement. Ce n’est pas glamour. Sur la place du Musée se trouve une sculpture monumentale représentant deux chars qui s’éperonnent. Svetlana me décrit l’image de 2 cerfs qui se tamponnent frontalement. Est ce la réalité, ou un canonnier a t’il pu allumer un char ennemi avant la collision ? En tout cas l’allégorie est belle, c’est vraiment l’image du combat à mort. Devant le Musée aussi, une meute de tanks soviétiques veillent, peut être une quarantaine, pour donner l’idée de ce que pouvait être un groupe de tanks au combat. Je comprends que les fantassins aient pu avoir eu envie de détaler et se mettre à l’abri. Ils se sont repris : « Za Rodina ! » Nous sommes reçus toujours comme des ministres par une guide. Je ne me souviens pas de traits saillants dans l’exposé de cette guide ; je me souviens juste que ce Musée était moderne et magnifique. J’ai posé une question qui m’embarrassait, mais s’est révélée être embarrassante ; je trouve que tous mes interlocuteurs russes vivent dans un monde de Bisounours et que l’URSS était morale et vertueuse. Voilà la question : Jean Lopez affirme dans son livre que les SS faits prisonniers étaient fusillés du fait de leur appartenance à la SS. De ce fait ils se battaient avec l’énergie du désespoir. Réponse : Surprise, on en a jamais entendu parler. Alors donnez les références exactes de la citation ; le service historique du Musée enquêtera et vous répondra. Dans un coin on peut empoigner des armes et se faire photographier ; mon coté enfantin m’a conduit à prendre une mitraillette à Camembert, celle qui a un chargeur tout rond posé sur le canon. Elle qui apparaît aussi dans Tintin en Amérique, à Chicago. Puis un cortège s’avance : Des anciens combattants ! Evidemment Svetlana en connaît le Président et elle me présente. Il est beau et magnifique dans son uniforme. Il est très chaleureux avec moi, on se dirait potes depuis des années. Vraiment les « faux pas » (C’est un euphémisme) de la Diplomatie française et des Présidents français ne m’ont jamais été renvoyés, et je suis sûr que la France et la Russie se retrouveront un jour suivant la prédiction du Général de Gaulle. Je regarde respectueusement ces anciens combattants que bientôt je ne pourrai plus voir. Et dire que je vois la les représentants d’une armée d’une armée que l’on haïssait pour ses agissements à Berlin en 1949, à Budapest en 1956, à Prague en 1968. Ils ont quand même la victoire sur le Nazisme à leur actif. Dehors nous allons à l’Eglise. Il y a toujours une église ou un petit oratoire qui jouxte les monuments commémoratifs. Une vieille dame en fichu en sort. Elle nous a entendus parler anglais et elle s’adresse à nous dans cette langue : « Je suis une ancienne professeur d’anglais et je sui ravie d’entendre parler cette langue à nouveau. Je suis réfugiée de Lugansk ». C’est ça le voyage ; d’un sujet qu’on observe à la télévision, on en a la représentation en venant à lui ; Svetlana me convie à accompagner la Dame dans l’Eglise et de discuter avec elle. Elle m’offre à elle comme une « sucrerie » pour lui faire plaisir par ma conversation d’anglophone et de Français. Sacré Svetlana ! Alors le sucre d’orge pénètre dans l’église. Cette femme est vraiment cassée, ne lui reste t’il que le secours de la religion ? Alors je pense aux bonnes âmes qui sur VF vous font des procès d’intention en racisme, en antisémitisme ou en nazisme. Venez ici, je vous offre du Nazisme pur jus, on a cela en rayon en Europe : Le groupe s’appelle « Bandera » il vit en Ukraine, il est représenté au Parlement. Ce beau monde est choyé par la Nation Indispensable et par ses représentants : Le Soros, la folle Nicky Halley, l’inénarrable Victoria Nuland et son « Fuck the EU ». Pendant la guerre un groupe Bandera a tué le Général Vatoutine, et cette engeance a survécu jusqu’à nous malgré la défaite de la maison mère. D’après Svetlana, le gouvernement ukrainien ferait de mauvaises actions autour de la sépulture du Général. Quel courage que de s’attaquer aux morts ! Que diriez vous si on vous interdisait de parler le Breton, le Basque, l’Alsacien, le Provençal ou l’Arabe ? Que diriez vous si on ne vous payait plus vos retraites, si l’on vous interdisait de porter le symbole des anciens combattants : par exemple le bleuet chez nous ; si l’on vous séparait de vos camarades de combat d’une autre nation, si l’on vous bombardait ou vous canonnait de temps à autre, vous et vos enfants, si on vous avait livré une guerre civile. Si vous avez de l’indignation à revendre, reportez là sur l' Ukraine. La visite est finie, nous rentrons à Koursk, nous faisons des serments de nous revoir. Je quitte Svetlana ; je lui signifie qu’on se quitte « à la russe ». Alors on se serre dans les bras.
5ème jour Belgorod
Voilà, je suis seul, la convivialité, la chaleur russe me manquent. Je pars pour Belgorod, je verrai bien ce que je trouverai. En fait j’avais une petite idée : Un diorama. C’est une spécialité russe ; c’est fait d’une gigantesque fresque abritée dans un énorme bâtiment. Des objets sortent de la toile, par exemple un bout de canon un bout de tourelle de char, et devant la toile est aménagé un premier plan qui va rejoindre la toile : A Belgorod, ce sont des réseaux de tranchées, des munitions, des débris. Pour couronner le tout il y a une projection de fumée pour simuler les départs de coups. Enfin il y a émission d’un bruit infernal de Katioucha (Svetlana m’a chanté Katioucha dans la voiture, j’étais aux anges), de vrombissements d’avion, c’est cela le pire, et de coups de canons. Je plains la gardienne du Diorama qui va au travail tous les matins supporter ce bruit. A mon gout les diorama vus jusqu’ici étaient moyens (Stalingrad, Borodino) mais ici c’est bluffant on est au cœur de la bataille. Belgorod est une belle ville, a la reconstruction très soignée. J’ai mal agencé mon voyage : L’élément directeur a été de trouver le meilleur prix pour Paris – Moscou sur Google flight et d’agencer le voyage autour des dates retenues. Fatale erreur : Je me retrouve en fin de semaine, les vols vers SPB où je voulais aller ne sont pas disponibles le W.E. Les Musées sont fermés le Lundi. Une meilleure organisation aurait été de voyager le Lundi, Samedi ou Dimanche et de disposer du reste de la semaine. Je trouve quand même un vol a prix d’or pour Moscou dans un avion au format timbre poste. A Moscou je passe une journée merveilleuse dans une ville que je croyais avoir été détruite par les Soviétiques. Je n’avais pas été dans les bons quartiers, il reste tellement de beaux bâtiments. Je découvre aussi une magnifique passerelle au dessus de la Moscova, près de la Place Rouge, c’est nouveau.
Spaciba Bolchoï za Tchitat | | | À: Louxor71 · 6 octobre 2018 à 11:30 Re: Sur la trace des blindés de Koursk Message 10 de 47 · Page 1 de 3 · 4 163 affichages · Partager Merci de suivre ce récit. J'ai voulu montrer un aspect de ce pays si attachant. | | | À: JeffPrX · 6 octobre 2018 à 11:32 Re: Sur la trace des blindés de Koursk Message 11 de 47 · Page 1 de 3 · 4 162 affichages · Partager J'ai fini; si vous avez des questions je serai heureux d'y répondre. J'ai aussi été à Stalingrad, mais le voyage est un peu frustrant en terme d'adhésion à cette grande victoire. | | | À: Zorba · 6 octobre 2018 à 16:05 Re: Sur la trace des blindés de Koursk Message 12 de 47 · Page 1 de 3 · 4 147 affichages · Partager Zorba, vos textes entre histoire et historiettes sont passionnants et inusités. Nous avons aussi parlé avec des russes qui se sentaient désolés que nul ne parle jamais en France, des 25 millions de morts durant la deuxième guerre mondiale. A Novossibirsk, nous avons passé la journée au gymnasium 14 dominante français. Les élèves s'exprimant dans notre langue de façon si parfaite que nous en étions épatés. Ils nous ont fait visiter leur musée - Normandie-Niemen- tout ce qu'ils collectent exposé en vitrine et chaque élève racontant à tour de rôle des bribes de 'histoire. Nous avons déjeuné avec les enseignants à la cantine apprenant ainsi avec surprise que chaque élève peut venir se restaurer dès 9h30. Si certains le souhaitent ils peuvent aussi manger avec leur parents. Ca c'est une anecdote.
L'après midi nous avons eu la chance d'être convié à la bibliothèque nationale de la ville pour participer au groupe de conversation française. (Il existe des groupes de conversations en italien, espagnol, anglais). Nous avons rencontré des gens de tous horizons, enseignants, techniciens, scientifiques, amoureux de la langue française, de la France et tout en racontant notre voyage à leur demande, les questions fusaient sur notre pays et sur nos impressions du peuple russe. Nous sommes partis tous ensemble visiter la ville et les lieux mythiques et une dame me raconte la déportation de son grand-père pour le vol d'une poignée de sarrasin. Toute la famille s'est construite en Sibérie car "si l'on survit, s'adapte, on l'aime et ne la quitte plus" Une autre femme devant le monument bolchevique, un peu à l'écart dans le parc, me raconte que, petite fille, un jour, en classe, on leur avait noué, à tous, un foulard rouge autour du coup et appris les chants qu'il fallait chanter aux débuts des cours et en fin de journée. Elle me raconte aussi que les russes ont gardé le goût du secret sur leur vie familiale et privée à cause de la délation qu'ils subissaient chaque jour et de conclure en chuchotant mais, sérieusement, nul doute, que "nous étions d'ailleurs peut-être des espions"
Peu de jours plus tard, dans une autre ville, comme partout en Russie, le 9 mai, c'était la fête de la Victoire. Partout des estrades, des étals de vente de rubans commémoratifs orange et noir, de colombes de la paix en papier léger, tenues sur des tiges en plastique, des vendeurs d'eau, de glace, de barbe à papa, des musiciens, des vétérans de la guerre d’Afghanistan, et la foule et des rires, de la joie. Des discours officiels, des chœurs aux voix amples et profondes, des danses, des enfants très jeunes, filles ou garçons en tenue de soldats, des parents, des jeunes, des vieux qui chantaient à plein poumons l'amour de leur pays.
Et puis, le défilé des disparus, émouvant, les enfants, petits-enfants tenant une grande pancarte avec la photo de leurs parents morts à la guerre. Une journée vibrante pour nous. Et assis, sur un banc du parc, des jeunes gens, adolescents encore, discutant avec nous par le biais de google trad. C'était rapide, drôle et d'autres nous ont rejoint pour connaître ses deux vieux motards qui riaient avec ces jeunes.
En fait, je raconte tout ça dans votre fil, parce que j'ai lu " Normandie-Niemen", et les souvenirs de ce mois de mai dernier ont afflué. Merci encore, grâce à la lecture de votre post, j'ai appris. | | | À: Zorba · 6 octobre 2018 à 16:07 Re: Sur la trace des blindés de Koursk Message 13 de 47 · Page 1 de 3 · 4 145 affichages · Partager Bonjour Quel récit passionnant. Et surtout, quelle plume ! Enfin un carnet qui nous change de la énième évocation des splendeurs de St Pet ou Moscou par des contributeurs-trices qui après un petit séjour s’autoproclament experts culturels de la Russie tout en avouant naïvement ne pas parler russe.
Leur insistance à promouvoir leur blog devient lassante.
Né en 1944, j’ai pendant ma jeunesse entendu évoquer les batailles que vous relatez avec talent. C’est donc tout naturellement que je me suis intéressé à cette période en consultant régulièrement un forum que vous devez connaitre puisque l’on y discute des auteurs que vous citez :
www.39-45.org/index.php
Je n’ai pas bien compris le sens de votre dernière remarque : J ’ai aussi été à Stalingrad, mais le voyage est un peu frustrant en terme d'adhésion à cette grande victoire
Est-ce à dire que l’expansion urbaine a fait disparaître les théâtres d’engagements ? Cordialement Jacques | | | À: Hymer94 · 6 octobre 2018 à 17:52 Re: Sur la trace des blindés de Koursk Message 14 de 47 · Page 1 de 3 · 4 125 affichages · Partager Merci pour le nom du Blog, je ne connaissais pas.
J'ai bien remarqué que la personne que vous mentionnez vous marquait à la culotte lorsque vous postiez quelque chose sur SPB ou Moscou. C'est un peu enfantin certes, mais elle est aussi très serviable. Remarquez la sociologie de VF: Vous avez les Maîtres de rubrique, c'est ce que veut devenir la personne concernée sur la Russie; la rubrique où la compétition est la plus féroce est l'aviation. Sur le Vietnam il y avait des bagarres homériques entre deux personnes. Sur Pensées... une personne répondait automatiquement à tout nouveau sujet et le jaugeait conforme ou non conforme à la bien pensance du matin. S'il y avait des soupçon de racisme ou d'extrême droite 2 autres personnes venaient à la rescousse.Heureusement ces personnes se sont fait plus discrètes. Mon plaisir c'est de lire une belle expression, concise, lapidaire, je pense à une personne, un homme qui peut vous exécuter d'une phrase sans appel, et j'aime l'expression féminine et je pense à deux personne dont je guète les apparitions. L'expression féminine est déroutante et charmante. Quant à moi je suis un scientifique, écrivain frustré de ne pas atteindre au niveau de ceux que j'admire. Alors pour ne pas être trop sec dans mon récit, j'invente des histoires de femmes.
Revenons à Stalingrad: Vous serez d'accord avec moi, qu'un voyageur qui a passé 3 jours dans un endroit, Stalingrad en l'occurence ne peut en retirer que des impressions. Je ne suis donc pas une autorité sur Stalingrad. J'ai eu l'impression que la bataille de Stalingrad, ce n'était pas le truc des habitants. Il y a des monuments commémoratifs de pacotille qui rouillent; la grande célébration est faite au Mamaev Kurgan; en fait de célébration, c'est la célébration de l'Union soviétique. Le complexe en béton armé se décatit.Le musée de Stalingrad est entouré d'avions de combat dont l'isolation thermique baille sur le dehors. Crime magistral pour moi, c'est d'avoir détruit la maison bastion du Sergent Popov et de n'en avoir laissé qu'un pan de mur au profit de HLM. Si vous ajoutez à cela que la mythique Usine de Tracteurs a été coupée en deux pour accueillir un magasin Séphora, vous réalisez que ce n'est vraiment pas leur truc. Mais à Koursk, la bataille, la victoire, les Musées impeccables, c'est leur truc. Stalingrad est à la limite de la Tartarie, et il y aurait moins de Russes: Ceci explique t'il celà? La visite de Stalingrad est un peu désolante. Oui l'expansion urbaine a fait disparaître beaucoup de vestiges, d'ailleurs la ville nouvelle est construite sur un charnier. | | | À: Pondy · 6 octobre 2018 à 18:12 Re: Sur la trace des blindés de Koursk Message 15 de 47 · Page 1 de 3 · 4 110 affichages · Partager A la lecture de votre message on remarque deux choses:
La première est que vous avez été pleinement accepté; on a cette sensation d'être de la famille ou d'être amis depuis toujours.
La deuxième est que vous décrivez une communauté dans cette ville, unie par un même élan, un même partage, allons y pour les gros mots: "une même patrie". | | | À: Zorba · 6 octobre 2018 à 18:47 Re: Sur la trace des blindés de Koursk Message 16 de 47 · Page 1 de 3 · 4 101 affichages · Partager J'ai oublié dans ma revue sociologique de VF notre Barde bretonne! | | | À: Zorba · 6 octobre 2018 à 19:48 Re: Sur la trace des blindés de Koursk Message 17 de 47 · Page 1 de 3 · 4 093 affichages · Partager J'espère sincèrement que tu renouvelleras l'exercice du récit de voyage, le rôle de conteur te va comme un gant. J'ai beaucoup aimé. C'est original, instructif, sensible. Et trop court. | | | À: Mariecurry · 6 octobre 2018 à 19:56 Re: Sur la trace des blindés de Koursk Message 18 de 47 · Page 1 de 3 · 4 081 affichages · Partager Je fonds! J'ai Stalingrad en stock ce n'est peut être pas fun. | | | À: Zorba · 6 octobre 2018 à 20:38 Re: Sur la trace des blindés de Koursk Message 19 de 47 · Page 1 de 3 · 4 073 affichages · Partager J'ai Stalingrad en stock ce n'est peut être pas fun.
Ce sera moins fun qu'un récit de vacances à Pattaya c'est certain. Mais ça changera un peu. | | | À: Mariecurry · 7 octobre 2018 à 12:14 Re: Sur la trace des blindés de Koursk Message 20 de 47 · Page 1 de 3 · 4 030 affichages · Partager D'accord, ce sera prêt bientôt. En attendant je distille quelques photos de mon voyage; mais j'ai des difficultés avec mon Apple, il m'a fait disparaître quelques photos, je pars à la pêche à l'intérieur de la bête. J'ai aussi écrit sur la Corée du Nord, c'est assez marrant, et sur Auschwitz c'est vraiment tragique.
En PJ une photo du tombeur du Maréchal Model et de Svetlana. Image attachée: Photo postée par le membre Zorba. | Carnets similaires sur la Russie: Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 4 618 visiteurs en ligne depuis une heure! |