Loopkin · 9 décembre 2003 à 15:01 15 messages · 6 participants · 7 022 affichages | | | | 9 décembre 2003 à 15:01 Le Transsibérien, extraits de carnets de route Message 1 de 15 · 6 974 affichages · Partager Bonjour à tous.
Voici un premier extrait de mes carnets de route écrits pendant mon voyage dans le Transsibérien. Il s'agit d'une rencontre surréaliste. Cette rencontre n'a pas eu lieu dans le train lui-même, mais dans un restaurant à Ekaterinburg (anciennement Sverdlovsk).
Mercredi 10/09/03
Ekaterinbourg
Restaurant “Sunday” 13 :30 LOC 11 :30 MOS
Sverdlovsk est bien un trou, j’en ai maintenant la certitude, et à part deux trois jolis bâtiments et la cathédrale fraîchement reconstruite des Romanov, il n’y a rien à voir ; on en regrette presque de s’y être arrêté. Certes, le temps ne joue pas en la faveur de l’impression que peut donner la ville au voyageur solitaire à petit budget, sans parapluie, que je suis (horreur des parapluies). Cette ville n’est pas faite pour les étrangers, ni pour les piétons. Or, je suis piéton, étranger. Tout ici, est assez difficile. Trouver un cyber (Siber ?) café est une aventure plus ardue que je ne l’aurais pensé, dégotter un petit restaurant bon marché où s’asseoir, au sec, est un vrai défi. Tout est payant, des toilettes de la gare, par ailleurs au plus bas de l’échelle absolue de la saleté des toilettes déjà visités dans ma vie, au bout de pain du restaurant où je suis finalement, d’ailleurs assez cher pour la qualité. En gros, les prix de Moscou. Ce restaurant est un fast-food aux allures de kebab parisien, avec des plats russes, et un décor de jardin zen, si on fait abstraction de l’inévitable télé à clips qui braille dans un coin.
Avoir à tuer douze heures dans cette ville, sans endroit où pouvoir se poser tranquillement au sec, sans payer, est une perspective relativement désagréable. Si seulement il ne pleuvait pas ! Je pourrais m’allonger dans l’herbe sauvage d’un parc de la ville, un de ces parcs où il y a tellement peu de passages qu’on en finit par avoir de fortes montées d’adrénaline à la seule rencontre avec un chien errant au regard fuyant.
Ce qui réconforte, comme partout dans ce pays, ce sont les belles filles. Je suis assis dans ce restaurant mi-sushi, mi fast-food russe étrange, et mon attention est souvent perturbée par des passages non loin de ma table. Se dire que la plupart de ces belles filles sont seules, et luttent pour se trouver un homme rend malade. Hier soir encore, dans le cyber café que j’avais fini par trouver, finalement, une magnifique blonde était sur un site de rencontre. Si j’avais résidé dans cette ville, je l’aurais aidé volontiers ! Et là, à mes deux heures, une femme seule est attablée, et une autre, plus jeune, s’installe une table plus loin. C’est terrible ! Mais que font les hommes ! Et je ne parle pas des filles accompagnées. Que les hommes sont chanceux dans ce pays ! Mais le concept même de drague, tout au moins dans les lieux publics, semble avoir été oublié. A part, hier, où Volodia a abordé une femme qui attendait dans la gare comme lui, je n’ai pas vu d’entreprise masculine de rapprochement. Où sont les méditerranéens ?
Bon, l’une des filles seules ne l’était pas. Elle était la première au rendez-vous, nuance. Deux hommes charmants viennent de la rejoindre.
Je vais demander à cette femme seule, attablée juste à côté de moi, qui lit, si elle connaît un musée intéressant pas trop loin. | | | Mercredi 10/09/03
Ekaterinbourg
Gare centrale, salle d’attente
24:00 LOC
22:00 MOS
En relisant toutes ces lignes écrites dans ce restaurant, je suis plié en deux. Parfois, il y a tant de choses à raconter d’un coup que, par peur d’en perdre, l’on préfère se replier sagement sur le rassurant discours chronologique.
Donc, au diable les thématiques, et aux faits !
Je lui ai demandé si elle était de Sverdlovsk, et, à sa réponse affirmative, je lui ai demandé de m’indiquer un musée intéressant à visiter, et où il se trouvait. Elle me l’a indiqué, en me dessinant même sur un plan comment s’y rendre. Sur ce, je l’ai chaleureusement remerciée, et je suis retourné à ma place, où j’ai commencé à lire un peu (Chroniques Japonaise, Nicolas Bouvier), dans la perspective de rester encore une heure assis au sec, c’est à dire jusqu’à trois heures.
Au bout de quelques pages, cette dame s’est levée, a ramassé son sac et son manteau, et, en passant devant ma table, elle m’a proposé de m’accompagner jusqu’au musée. J’ai bafouillé que je la remerciais, mais que j’avais prévu de rester... oh, et puis tiens, finalement, j’ai accepté, sautant sur cette occasion que j’avais justement cherchée.
Nous avons payé notre note respective et quitté cet établissement. Dehors, le temps était-il devenu réellement moins gris, où était-ce uniquement le produit de mon imagination ? Elle s’est présentée, Lena, et m’a dit qu’elle était en voiture. Laquelle voiture était garée anarchiquement près du restaurant, comme toutes les autres. Ah, mon train est annoncé. | | | Jeudi 11 septembre
Train Ekaterinbourg - Irkutsk
10:00 LOC
8:00 MOS
Je commence à être en retard dans mon récit.
Je continue, donc, au moment où je l’ai interrompu hier soir.
A ma question un peu naïve sur la manière dont elle était garée, si elle ne risquait pas une contravention, elle m’a répondu qu’effectivement, c’était interdit d’être à ce point mal garé, ce qui ne m’étonna pas outre mesure, mais que tout le monde faisait ainsi.
Sa voiture était une Lada avec des options dernier cri, comme l’ouverture des portes avant, je dis bien avant, à distance, et un Lada-radio.
Décidément trop intriguée par le personnage que je présentais, à savoir celui d’un étranger, manifestement, parlant russe, mais avec un accent et des fautes, gaucher, écrivant dans un café, avec un vieux sac à dos, jeune, et seul, elle m’a immédiatement demandé :
« Кто вы ? (qui vous êtes ?) »
Je lui ai expliqué brièvement, et elle m’a tout de suite parlé d’amis parisiens qui étaient venus les voir l’année dernière, elle et son mari, pour tourner un documentaire télévisé sur les bains de Sverdlovsk. J’ai eu juste le temps de lui demandé ce qu’elle, elle faisait, et elle m’a dit qu’elle était designer de mode indépendante.
Sur ce, nous étions garés, un peu mieux, devant le musée, effectivement pas loin. C’est à ce moment qu’elle m’a demandé si cela m’ennuyait qu’elle m’accompagne dans le musée. J’étais un peu gêné, me demandant ce qu’elle avait derrière la tête, de s’intéresser à ce point à ce jeune français en voyage, mais j’ai accepté, heureux, me disant que c’était une occasion à ne point laisser échapper.
J’ai réussi à payer le musée, ce qui, en soi, est une petite victoire, dans ce pays de fous. Ce musée contenait de jolis tableaux, notamment des Vereshiagine, des Ghé, des Chipine, des Répine, et plein d’autres illustres paysagistes ou portraitistes classiques russes qu’on retrouve à la Galerie Trétiakov, à Moscou. Il y avait aussi de nombreux objets d’art en pierres semi-précieuses, rappelant qu’on était dans l’Oural, véritable mine de gemmes de la Russie. Des vases de malachite admirablement sculptés, des mosaïques représentant des papillons en pierres de toutes les couleurs, etc...
Pendant ce temps là, Lena recevait parfois des appels sur son mobile en plein milieu du musée, et de sa voie forte, répondait que « Oui, mets l’étoffe de côté, je passerai l’examiner demain à l’atelier, ciao ». Ses conversations résonnaient dans tout le musée, comme dans tous les lieux où les pièces sont grandes, assez vides, et peu peuplées (il y avait peu de visiteurs). Parfois, Lena avait l’air de réfléchir, d’hésiter, elle tournait un peu en rond. Puis, n’y tenant plus, elle m’a proposé de venir ce soir avec son mari et des collègues à lui dans les bains. Je pouvais difficilement refuser, et, de toute façon, en avait-je vraiment envie ?
Elle a donc appelé son mari depuis la salle des jouets populaires, et je pense que tout le musée était au courant qu’elle avait rencontré un jeune français, s’appelant Sergueï, parlant très bien le russe, et qu’elle demandait à son mari de l’inviter aux bains, le soir même, avant son train qui était à minuit et des kopecks. Et les baboushkas qui gardaient chaque salle gueulaient, mais parce que de jolies jeunes filles frôlaient de leur main un tableau d’intérêt secondaire. Quel pays de dingue...
A la sortie du musée, nous sommes allés chercher son fils, qui, de son propre téléphone portable, avait prévenu Lena qu’il était sorti de l’école. Pendant le trajet jusqu’à celle-ci, Lena parlait, téléphonait, et conduisait d’une main, d’ailleurs très bien, dans une jungle d’embouteillages. Son fils, douze-treize ans, s’est montré très froid, mais j’ai attribué cela à une crise d’adolescence. Ensuite, nous sommes allés chez eux. Duplex, 140 mètres carrés, vue sur les lointains de la ville, et sans doute les montagnes par beau temps (qui sait ?), bâtiment assez class. Dans l’entrée commune, deux superbes VTT, qui devaient aussi leur appartenir. L’appartement m’a vraiment impressionné. Pour la première fois en sept visites en Russie, j’ai pu voir un appartement non ‘standard’. C’était un appartement ultra-moderne, style loft d’artiste, ou d’architecte urbaniste dans une de ces nouvelles résidences qui bordent le bassin de la Villette, à Paris. Un immense balcon, une cuisine américaine très sophistiquée et totalement équipée, une salle de bain du futur, de jolis escaliers, des arches dans certaines pièces, un joli parquet tout neuf. Ils étaient entrain d’y emménager, ayant nouvellement acheté... sans vendre l’ancien appartement, qui allait être reconverti en atelier de travail pour Lena. On sentait que la décoration allait être très originale, grâce à son métier. Son mari, s’appelle Sergueï Moshkine, c’est un politologue averti, et connu, selon elle, à Sverdlovsk. A eux deux, ils doivent vraiment bien s’en sortir.
Leur chien est d’une race que je n’avais encore jamais vue. On aurait dit une créature sympathique sortie tout droit du crayon de Léo (cycles Aldébaran et Bétélgeuse), pour le moins non terrestre. On ne voyait pas ses yeux, son corps et sa tête étaient vraiment étranges, mais il était très gentil et très sage. Il y avait aussi un oiseau qui piaillait dans une cage.
Elle m’a proposé un très bon thé vert russe au miel. Un miel qu’on ne peut oublier. Un délice. Elle m’a montré les photos de vacances de l’Eté en Crimée, où ils avaient été tous les trois en août. Elles donnaient vraiment envie d’y aller, surtout ce delphinarium où on peut toucher les dauphins, et même, paraît-il, nager avec eux ! Sur d’autres photos, j’avais l’occasion des voir à la plage, je faisais désormais partie de la famille, en quelque sorte. Comme à chaque fois. Quand je rencontre de nouvelles personnes en Russie, elles me montrent presque toutes leurs photos dans la première heure, en signe d’intégration dans leur monde. Magnifique !
L’heure était venue pour elle, son fils, et moi d’aller rejoindre son mari à l’Institut des Sciences Sociales de Sverdlovsk, un joli petit bâtiment ancien perdu au pied d’une immense barre d’immeuble, au centre ville. Sergueï nous a reçus comme un prince dans son nouveau bureau, une immense pièce refaite à neuf, encore dépourvue de dossiers. D’emblée, il m’a plu. Un homme d’une quarantaine d’années, portant une casquette qui lui donnait beaucoup d’allure, achetée le jour même, et dont il s’inquiétait auprès de sa femme si elle lui allait bien, vraiment. Un homme certainement bon et intéressant, au charisme très élevé. On le sentait en paix avec lui-même, avec la vie, sa famille, ses amis, son travail, et même sa ville. Une immense impression de sérénité se dégageait de sa personne. Sa femme nous a laissés, après m’avoir imposé de rester dîner après les bains avec eux. J’ai tenté de refuser, mais on ne change pas les russes comme cela. De nouveau, j’ai dû m’incliner.
Tous les trois, Sergueï, son fils, et moi, avons été à pieds jusqu’aux bains, où nous avions rendez-vous avec quelques collègues de Sergueï. Devant les bains, stationnait déjà l’un d’eux, qui nous a expliqué que les bains étaient fermés. Puis, rapidement, sont arrivés d’autres collègues, de tous les endroits possibles. Et, à chaque fois, ils demandaient pourquoi on n’entrait pas, et lorsqu’il leur était répondu que les bains étaient fermés, ils faisaient montre d’une légèreté étonnante, soit en disant : « Mais comment va-t-on faire pour boire et manger tout ce qu’on a apporté ? » soit en suggérant : « reste la pluie, si on veut vraiment de l’eau pour se laver », et toujours avec une gaîté sincère qui donnerait à réfléchir à de nombreux français. Et en effet, c’était une belle leçon, car il faisait vraiment froid, et très humide, or, attendre presque une demie heure sous la pluie, dehors, debout, que tout le monde arrive, avec cette frustration croissante de ne pas pouvoir aller se réchauffer aux bains, est éprouvant. Mais personne ne s’est départi de sa bonne humeur.
Au bout de ce long moment, le dernier arriva, venant gonfler nos rang de plus de quinze personnes. Celui-ci a résolu le problème à sa façon. Il avait une tête de gorille, de chef incontestable, les épaules qui vont avec, et parlait comme un véritable chef. Tous, visiblement, subissaient son ascendant. D’une voix autoritaire, il a déclaré :
« J’ai discuté avec les ouvriers de la chaufferie des bains d’à côté (qui eux, par ailleurs, étaient complets), et il s’avère qu’ils ont leurs bains privés, dans l’usine, celle qui est là, juste au fond de cette impasse (nous stationnions à l’entrée d’une impasse). On s’est arrangés. Pour trente roubles chacun, on peut les utiliser. On peut installer une table et des chaises dans l’usine, il y fait chaud, on pourra manger et boire tout ce qu’on a apporté, comme dans des bains habituels, en serviette. On peut compléter en achetant encore un peu de victuailles. Ce n’est pas classe, tout ça, mais c’est mieux que rien. Les bains en eux-mêmes sont minuscules, alors il faudra tourner, chacun son tour. Qu’en pensez-vous ?
Et tous en cœur de dire : « Давай ! », allons-y ! Bien sûr.
Nous avons marché jusqu’au fond de l’impasse, sommes rentrés dans l’enceinte de l’usine, c’est à dire une sorte de cour typique, remplie de pièces détachées de machines, d’engrenages et de plaques de tôle rouillés, de planches de bois en décompositions entreposées n’importe comment, de tas de briques, comme partout en Russie. Le « chef » a poussé une petite porte cachée entre deux machines, et est entré dans le bâtiment proprement dit, une fabrique décomposée, constituée de murs mi-parpaings mi-bois vermoulu, d’un toit de tôle ondulée ajourée par le temps, et surmontée d’une haute cheminée en briques, véritable flèche de cathédrale industrielle. A l’intérieur, un décor de film de propagande réaliste socialiste, avec des immenses machines, des canalisations, des vannes, des valves, des boutons, et une chaleur d’enfer. L’homme qui nous a reçus, sans doute celui avec lequel notre « chef » avait passé l’accord, a ouvert les yeux tout grands et s’est exclamé : « C’est toute l’Union Soviétique qui débarque ou quoi ? », tant il était impressionné par notre nombre, ce qui avait du être omis lors de la négociation. Un de nous a répondu : « Encore vingt collègues comme nous attendent dehors et vont nous rejoindre. », et tout le monde est parti d’un grand éclat de rire, en se dirigeant d’un pas ferme vers le fond de l’usine, sans demander à notre « hôte » de nous conduire, se dirigeant d’office vers l’endroit où devaient, selon eux, se trouver les fameux bains. | | | Jeudi 11 septembre
Train Ekaterinbourg - Irkutsk
11:00 LOC
9:00 MOS
L’homme nous a indiqué les vestiaires, situés à l’autre bout de l’usine, puis des pourparlers ont commencé entre tous les collègues pour savoir qui allait acheter quoi. Finalement, un d’eux est parti à la recherche de bières et de gâteaux à apéritif. Pendant ce temps, Sergueï m’expliquait que tous les membres de ce groupe étaient des collègues à lui, tous plus ou moins docteurs en sociologie, philologie, psychologie, philosophie, économie, politologie etc... et qu’ils travaillaient dans ce même bâtiment où il nous avait reçu, sa femme, son fils, et moi.
Ensuite, il fallut traverser l’usine, nu ou avec une serviette autour de la taille, mais toujours en espadrilles (que deviendrait un russe sans ses espadrilles ?) depuis les vestiaires jusqu’aux bains, en passant devant une baboushka qui nettoyait le sol et que le « gorille-chef », presque nu, chahutait en riant.
Les bains n’étaient effectivement pas bien grands. On ne tenait pas tous, même en se répartissant entre les trois pièces : le vestibule, composé de deux bancs face à face, bondé de quadrats nus, la douche, en arrière plan, tout au fond, occupée par deux quadrats nus, et la salle chaude proprement dite, petite cabane en bois, avec un petit banc, faite pour deux, trois maximum, et remplie de six quadrats ou quinquats nus, nous disant tous, comme un seul homme hilare, à Sergueï, son fils et moi, de rentrer, qu’on allait se serrer. Les gens se sont effectivement poussés vaille que vaille, je suis rentré, pensant que même pour moi seulement la place ne suffirait plus, et sont entrés à ma suite Sergueï et son fils, augmentant toujours un peu plus à chaque nouvel arrivant la pression dans la pièce. C’est dans des situations un peu surréalistes comme celle-là qu’on se rend compte à quel point un corps humain en sueur est un matériau compressible. En tout, dans cette étuve de conserve, nous devions avoisiner les dix personnes. Evidemment, les conditions étaient surtout extrêmes du fait de la terrible chaleur humide de ces saunas. Mais tout le monde plaisantait, l’ambiance était extraordinaire. Tout le monde était surexcité, étant donné que ces bains étaient, même pour eux, vraiment « exotiques ». Et effectivement, l’ensemble de cette installation était vraiment vétuste, voire insalubre, digne des anciennes résidences de Centrale Lyon avant leur rénovation, ce qui n’est pas peu dire. Je pense que tous ces professeurs, cette élite intellectuelle et sociale de Sverdlovsk, devaient être habitués à des bains d’un tout autre standing.
Je suis ressorti, j’ai pris ma douche, puis j’ai voulu retourner aux vestiaires, mais je n’avais pas encore vraiment pris la mesure de l’état d’esprit de cette réunion. Sur le chemin, entre quatre énormes machines couvertes d’acné, une table improvisée, faite d’un grossier miroir posé sur des tréteaux, et entourée de chaises, empêchait de passer. Sur la table, des bouteilles par kilos, de la nourriture en vrac. Et tout autour, autant de quadrats, ou quinquats, d’autres, ou les mêmes, que ceux croisés dans l’intimité des bains, avec juste leur serviette, suant à grosse goutte luisantes de gras, une bière dans une main, un poisson séché dans l’autre. Ils m’ont fait asseoir, et m’ont donné ces deux ustensiles obligatoires, la bière et le poisson séché, lequel je me suis dépêché de manger pour que cette épreuve ne soit rapidement plus qu’un mauvais souvenir (gloups !, j’ai connu plus agréable dans la vie que ce moment là). Et j’ai vite bu la bière par dessus pour effacer, tenter d’effacer, la « chose » de ma mémoire gustative et olfactive.
A ce moment là, Sergueï m’a appelé du fond de l’usine, là où se trouvaient les bains, pour qu’on y retourne. Mais cette fois-ci, juste tous les deux, avec les inévitables branches et feuilles de bouleau. Il m’a préconisé de prendre auparavant une douche chaude pour que le choc ne soit pas trop brutal, puis il m’a fait entrer dans la petite pièce, désormais vide, m’a suivi, m’a fait m’allonger sur le ventre sur le banc brûlant, et j’ai essayé, j’ai essayé, surtout, de me détendre. Ce Sergueï, homme dans la force de l’age, fort comme un russe, je ne le connaissais que depuis deux heures à peine, et même si son fils était dans une autre pièce à côté, même si ses collègues avaient l’air aussi normaux que lui, cette situation délicate fut tout de même légèrement déstabilisante pour le petit français que je me sentais d’un seul coup redevenir. Mais d’un autre côté, je connaissais bien les habitudes russes, et je finis par me détendre réellement.
Et pendant qu’il me fouettait les jambes, les fesses, le dos, la nuque et les épaules avec deux branches de bouleau trempées dans l’eau presque bouillante, il m’expliquait en un long discours – pouvait-il en faire des courts ? – les bienfaits de ce traitement pour l’organisme. C’est un fait, les russes ne sont pas des occidentaux qui ne jurent que par les sciences dites dures, ils utilisent des techniques que nous qualifierions de parallèles. Ils paraissent pourtant en bonne santé, enfin, ceux qui ne boivent pas. Par exemple, j’ai vu très peu d’acné chez les jeunes. Les bains doivent beaucoup y faire.
Ensuite, il augmenta la quantité de vapeur. Ce fut immédiatement plus dur à supporter. Les poumons, et les extrémités du corps, les yeux, ainsi que tous les points de contact avec le banc en bois sur lequel j’étais allongé me brûlaient de plus en plus fort. Respirer devenait chaque seconde plus pénible. Sergueï, lui, continuait imperturbablement à me fouetter avec les feuilles de bouleau. Il me dit de me retourner, de mettre une main sous la tête et une au milieu du corps, pour « protéger », a-t-il précisé. Et il a renouvelé les coups de branchages, même sur le visage. Ce n’était pas désagréable. De loin, on croit que c’est douloureux, mais en fait, les feuilles sont fraîches et souples, et les coups sont surtout revigorants. On sent la sève entrer dans les pores de la peau directement, sans escale. La conversation continuait, entre deux halètements. Elle avait tourné vers mes origines russes, ma grand mère, Novgorod.
La tête chancelante, j’ai fini par sortir. Je me sentais un peu comme on doit se sentir à l’issue d’une vrille dos suivie d’une remontée dos. Beaucoup de sang dans la tête. L’impossibilité totale de savoir où l’on habite, jusqu’à l’oubli même, pour un court instant, de son propre nom propre.
Sergueï me donnait des injonctions, que j’appliquais sans réfléchir, tel un robot qui aurait bu un élixir de docilité, mon cerveau était trop ramolli pour réfléchir. Quand on y pense, c’est fou comme le corps est résistant aux conditions extrêmes. Mes neurones n’ont pas fondu, la preuve, j’arrive encore à écrire, à peine quelques douzaines d’heures plus tard.
Ainsi, j’exécutais ses préceptes à la lettre, en commençant par la douche très froide, pour marquer un fort contraste, m’expliqua-t-il, ce que je fis, regrettant même que ce ne soit que de l’eau, et non de la neige fraîche, qui sorte de la poire tout là haut en bas. J’avais beau tourner le robinet marqué d’un point bleu en butée maximale, j’avais beau haleter comme un huski assis en plein soleil sur la place du marché de Ouagadougou, sous l’effet du froid intense qui martyrisait mon organisme définitivement en détresse, je voulais qu’il sorte de cette poire bienfaisante de l’eau encore plus froide, de la neige carbonique, si c’était possible. Je me sentais comme un incendie qui a envie de se suicider et qu’on éteint à petit feu.
Ensuite, l’injonction suivante consistait à retourner dans les bains, mais seul, cette fois-ci, totalement seul, et de n’y rester qu’une ou deux minutes, sans mettre d’eau sur les charbons, puis l’étape ultime consistait à prendre une douche, tiède, pour diminuer progressivement vers un état d’équilibre stable l’amplitude des oscillations.
Ceci étant fait, je m’assis sur un des bancs dans le vestibule, épuisé mais zen, lavé de l’extérieur et aussi de l’intérieur, vidé. Les autres éminents professeurs nus, assis tout autour de moi, me regardaient en riant, me demandant si ma tête tournait. A ma réponse fortement affirmative, ils furent satisfaits pour moi. « La magie des bains avait donc opéré sur moi ». Pendant ce temps-là, Sergueï finissait de prendre sa douche. | | | Jeudi 11 septembre
Train Ekaterinbourg - Irkutsk
12:00 LOC
10:00 MOS
Après ces bienfaisantes turpitudes, j’ai regagné la table. J’avais l’impression d’avoir passé ma journée à donner mon sang, et en même temps, j’avais l’impression d’être dans la proche banlieue du Nirvana. Nous avons continué longuement à grignoter et à boire des bières. Certains retournaient de temps en temps aux bains. La fête n’était pas encore vraiment commencé. En attendant que tout le monde se stabilise autour de la table dans ses incessantes allée et venues entre ce lieu et la salle des bains, Sergueï monopolisait l’assemblée, en faisant tout un discours à propos des élections municipales qui venaient d’avoir lieu. Tout le monde l’écoutait attentivement. Il parla plus de dix minutes pendant lesquelles personne n’osa l’interrompre. Quant à moi, j’étais totalement largué. Le niveau de russe s’était d’un coup trop élevé, et l’acuité de mes facultés de traduction simultanée pour moi-même était bien plus bas que d’habitude. Avec sa grande serviette blanche autour du corps, il donnait l’impression d’être un orateur romain dans les thermes. Son fils, Tima, du haut de ses douze années, avait l’air de s’ennuyer fermement. Et moi, j’observais les trognes de tous ces gens. Rien qu’à les décrire, on pourrait écrire des livres entiers. La trogne la plus aboutie était celle de leur chef, celui qui était à l’initiative de cet événement exotique. Cet espèce de gorille était donc le directeur de cette université de sciences sociales. Non content d’être une montagne de muscles, il fallait en plus qu’il fut à la tête de l’élite intellectuelle de Sverdlovsk. Un russe typique, en fait. Aspect d’ours, cerveau dense, et aussi, très important, un cœur gros comme ça, mais... n’anticipons pas. Pendant toute cette phase transitoire, entre l’épreuve des bains et celle à venir, j’ai surtout discuté avec le fils de cet énergumène, Sacha, bâti comme un éphèbe de la plus pure tradition grecque, mais blond, de dix-sept ans, qui en paraissait au moins vingt-trois. Il rentrait en première année à l’institut d’économie. Pendant ce temps-là, je sentais que les choses évoluaient. Les hommes revenaient plus qu’ils ne repartaient pour un énième tour dans les bains, les plats plus élaborés que les simples gâteaux à apéritif étaient disposés dans des assiettes, les agourtsis étaient découpés, les tomates tranchées, les verres en plastique format verre à vodka étaient distribués, puis les bouteilles furent ouvertes, et les verres furent rapidement tous servis à raz bord.
Puis, au bout d’un moment, quand tout le monde était enfin revenu, que tous avaient un verre rempli à la main, le doyen a ouvert le bal en portant le premier toast, dans ce décor industriel surréaliste socialiste, la serviette autour de la table.
J’ai toujours cru que les toasts respectueux des traditions russes se devaient d’être courts. J’ai du me tromper. Celui-là dura plusieurs minutes, et tous ceux qui suivirent furent aussi longs et aussi forts. Chaque toast était porté en l’honneur du plus jeune de tous ces professeurs, Tama, dont c’était ce jour là l’anniversaire, ce qui, soit dit en passant, expliquait cette sortie festive. En tant que nouveau dans cette communauté, il eut droit à des discours très beaux. Tous lui souhaitent des choses incroyablement bien dites. Le second toast a été porté par le chef, et c’est à ce moment là que j’eu la confirmation officielle que c’était réellement le chef de cette « horde de professeurs ». Son discours fut plein de sensibilité, sa vision de l’amitié très belle et très touchante, et tout avait l’air totalement sincère. Les discours étaient beaux non pas dans le but d’être beaux, mais parce qu’ils étaient dits avec le cœur. Cela se voyait immédiatement.
Le troisième toast fut dit par Sergueï, qui, bien sûr, fut un véritable orateur, mais sans perdre pour autant en profondeur. J’étais littéralement subjugué.
Les toasts se sont enchaînés très vite, mais vu que nous buvions dans les règles de l’art, il n’y eu pas de baisse d’attention de l’esprit parallèlement à la baisse du niveau de spiritueux. Chaque toast avait en commun l’hommage à Tama et à l’amitié, mais chaque toast avait ses particularités, chaque porteur de toast disant les choses à sa manière. Et toujours, cette impression d’authenticité, de simplicité et de sincérité revenait invariablement. Le sort de ces deux malheureuses bouteilles de vodka fut vite réglé, rien de bien méchant, vu notre nombre astronomique. Elle s’est terminée sur mon toast, qui, lui seulement, fut différent des autres. D’une part je ne connaissais pas suffisamment ce Tama pour lui porter un toast qui soit sincère, mais surtout, je ne voulais pas rivaliser avec ces éminents professeurs nus en beaux discours sur l’amitié, j’en étais incapable, d’autant plus dans une langue que je ne maîtrisais que pour me débrouiller, mais pas pour faire de la littérature. Cependant, ils voulurent m’entendre en français. J’ai donc commencé en français, puis traduit en russe, même si certains avaient un peu compris grâce aux bribes de français qui leur restait. Mon discours fut à peu près celui-là :
« Alors, je voudrais vous dire que ce recherche en Russie à chaque fois que j’y vais, c’est justement ça. Tu discutes avec une inconnue dans un restaurant quelconque pour lui demander un renseignement, et tu te retrouves trois heures plus tard dans les bains, avec des professeurs distingués, dans une usine, à porter des toasts, dans un décor que même vous, les russes, vous jugez exotique. Mais ça, en France, jamais ça ne peut se produire. C’est trop fou ! Et voilà ce qui me plaît ici, c’est cette folie continuelle, typique de l’âme russe. Alors, donc, je voudrais boire à l’âme russe. За русскую душу ! »
Le repas s’est ensuite prolongé un peu, puis Sergueï a téléphoné à Lena lui demandant de venir nous chercher, et nous sommes partis tous les trois, après force au-revoirs avec tous ces amis, et à la grande joie du pauvre fils de Sergueï, qui n’avait vraiment pas l’air de s’être amusé de toute la soirée. A l’entrée de l’impasse, Lena nous attendait avec sa Lada. Sergueï a fait un crochet par le kiosque situé à côté pour acheter une bière pour la route et pour fumer une cigarette avant de monter dans la voiture. Pendant ce temps, Lena m’a demandé comment cela s’était passé, et à voir mon sourire comme une banane, elle a eu l’air satisfaite. Je l’ai remerciée chaleureusement. Je n’avais pas les mots. Elle m’a raconté que le week end, ils vont aux bains aussi, entre amis, tous ensemble, en famille. « C’est une forme de nudisme » a-t-elle ensuite ajouté. Finalement, Sergueï nous a rejoints et nous sommes rentrés à la maison où, évidemment, un merveilleux repas nous attendait. Et c’était délicieux, même si je n’avais plus trop faim. Ensuite, ils m’ont raccompagné à la gare, sans oublier de faire un détour par un supermarché ouvert toute la nuit pour que je puisse m’acheter les indispensables provisions pour le voyage. En effet, je partais pour 54 heures, il ne fallait rien laisser au hasard. Et ils ne m’ont lâché qu’après s’être assurés que mon train allait bien arriver. Le seul cadeau que j’ai pu leur faire fut quelques piteuses pièces d’euros pour leur fils qui collectionne les monnaies. Dérisoire, mais mieux que rien.
Pendant toute cette incroyable après midi, je réalisais à quel point ce que je vivais était excellent, et en accord total avec ce que j’attendais de ce voyage. Et dire qu’il a suffi que je réussisse à franchir le cap de parler à une inconnue dans un restaurant. C’est très encourageant pour la suite, même s’il faut que je redescende sur Terre, et que je me dise bien que ce genre de rencontres magiques n’arrive pas tous les jours, même ici, en Russie. Ce qui est certain, c’est que maintenant, quoiqu’il advienne, même s’il ne se produit plus rien jusqu’à la fin du voyage, c’est déjà gagné formidable. Que me réserve la suite ? | | | Bonjour Loopkin,
Deux heures de routes sans rien apprecevoir que de la foret, des arbres succedant a d'autres arbres, un decor... forestier s'inscrivant dans une topographie de moyennes montagnes, la chaine des cascades possede un charme particulier, separant les forets humides de l'ouest et les plateaux desertiques de l'est, s'etendant de la californie au Canada...
Soudain un parking de gravier, gagner sur le vide sous jacent qui se creuse pour laisser place a un lac immense servant de reserve d'eau potable pour l'ouest et sa plaine plus peuple... Plaine qui decent jusqu'a l'ocean avec quelques collines en dernier lieu qui represente les derniers soubressauts continentaux avant l'immensite pacifique, et les plages magnifiques de l' oregon qui sont connus comme une partie des plus beaux littoraux nord americains...
Un petit chemin forestier nous fait remonter jusqu'a une source qui en cette region volcanique a la caracteristique d'etre d'une chaleur intense. La source d'une belle limpidite s'ecoule en plusieurs "piscines" de moins en moins chaudes en aval... Entrant doucement dans la plus "froide", l'ambiance est detendu et l'eau qui est deja a peine tenable cree une ambiance des plus calmes et convivial...
Au fur et a mesure que je gravis les 4 "pools", les personnes sont de moins en mois nombreuses a l'image de mon activite cerebral qui semble se dissoudre avec l'augmentation de la temperature de l'eau...
Quand arrive la derniere, la chaleur m'a completement dissout et je prends coscience de mon activite corporel si souvent oublie... Bouger un bras, prendre une inspiration, joindre ses deux mains pour porter l'eau bienfaitrice a son visage...
Puis la chaleur gagnant peu a peu la partie tu sors n'y tenant plus, la tete vide, appreciant l'air frais du mois d'octobre et te dis qu'il est maintenant temps de faire l'experience de l'eau froide apres ce bain brulant, quelque chose dont tu avais entendu parler, mais dont tu n'avais encore jamais teste les bienfaits... Car la nature dans sa generosite au dela de toute description a place la, juste a cote, une source des plus froide pour te permettre de te renverser un seau d'eau glace sur le corps apres ce bain diabolique... Ce qui se fait tout naturellement comme si le lieu te dictait ta conduite intuitivement...
Vider de tes pensees, le temps s'allonge, la respiration s'approfondie...
Tu es un peu plus present, un peu plus vivant...
La description de ton Experience des bains etait des plus reussis, elle m'a rappelle ma premiere source chaude...
J'en ai donc profite pour l'ecrire et de me servir de cette Experience pour rebondir et te remercier de ta description sur l'ame russe... Ca donne envie de s'immerger dans la mere socialiste et de s'impregner de leur etat d'esprit...
Merci... | | | Ola,
Je viens de terminer ma reponse et je souris...
Car voila que je viens de remarquer quelque chose que je me depeche de souligner avant de me faire souffler la replique...
Ne trouves tu pas amusant qu'une reponse a une description sur l'ame russe t'arrives tout droit des usa ???
Alors qu'en penses-tu ironie du sort, ou provocation inconsciente ? | | | À: Grobi · 9 décembre 2003 à 23:04 Re: Le Transsibérien, extraits de carnets de route Message 8 de 15 · 6 928 affichages · Partager Magnifique!!!
Ca donne trop envie, ça aussi! Plus pour le côté rencontre avec la Terre qu'avec ses bipèdes habitants, mais peu importe!! Il manquait peut être le souffre dans ta description (ce qui d'ailleurs avait du contribuer à te donner cette impression de cerveau fondu, chose que je n'ai encore jamais vécu).
Mais non, ce n'est ni de la provocation ni l'ironie du sort. Les américains et les russes ont énormément de points communs, et leur histoire et leurs territoires également (de toute façon, les territoires et leur histoire font les peuples). Même oursitude, mêmes rapports avec la nature, même impérialisme. Ce n'est pas pour rien que ce sont les rivaux du siècle passé.
Merci énormément de ta réponse, elle m'a été droit au coeur.
Loopkin | | | Trois heures de routes, la poussière s'incruste par tous les orifices de la voiture et s'insinue dans chacun de nos pores....Les cahots de la route, nous mettent le dos en compote, mais on arrive, la vallée du Colca Canyon s'ouvre devant nous verdoyante avec un nuage de bruine qui nous fais regretter nos polaires laissé a Arequipa!!!
Au détour d'une rue qui monte vers le haut de la colline des jeunes jouent de la guitare en chantant des chansons en Queccha, ils font les pitres a notre passage tout adolescent qu'ils sont.
Plus on monte vers l'entrée plus l'odeur de souffre devient présente, un petit garcon d'environ 15 ans qui sens l'oeuf pourri a 20 milles a la ronde me donne un petit ticket avant de montrer l'entrée... Devant nous un petit ruisseau a l'allure plustot repoussant se dresse, l'odeur de souffre qui en sort nous coupent presque l'envie.
Plusieurs locaux se prélassent dans la piscine l'air extasié perdu dans un autre monde. La chaleur est suffocante, mais en meme temps l'air humide et froid ne nous donne pas envie de ce mettre a nu pour sauter dans l'eau....
Quand on ce décide et qu'on se laisse couler dans l'eau (le mot est presque qu'exact) on a un choc immense, l'impression que quelque chose nous ensèrent la cage thoracique comme un étaut, ca coupe le souffle. L'impression qu'on ne pourra pas tenir plus que dix minutes, mais vite on s'acclimate a cette eau bouillante et on se laisse partir dans un autre monde l'esprit vide.
Voila une petite incurssion au Pérou.... C'est la première image qui m'est venu quand j'ai lu ton texte.--
Ton texte ma beaucoup plus, même si au début j'ai presque eu peur de ce que tu allais nous raconter comme tu parlais tant des filles je me suis dis y va se retrouver dans un bordel ou quoi!!!!! 
Y'a longtemps que j'ai envie d'aller la-bas et tu viens d'augmenter mon envie de m'y rendre et de vivre des moments exceptionnel qui partent de petit rien mais qu'on oublie jamais.
J'ai hâte de découvrir ce pays, je vais peut etre me mettre au Russe avant, je me rend tellement compte a quel point ca aide et ca soude rapidement les relations. | | | À: Marsu · 10 décembre 2003 à 13:51 Re: Le Transsibérien, extraits de carnets de route Message 10 de 15 · 6 920 affichages · Partager Colca Canon, près d' Arequipa. C'est noté! J'irai là bas aussi alors.
Dans moins longtemps qu'on croit, d'ailleurs... Hé hé!
Merci pour ta réponse. Effectivement, apprends le russe. C'est une très belle langue, et elle est indispensable pour ce genre de rencontres. Mais ca s'apprend moins vite que l'espagnol! Il faut des cours sérieux, et de la motivation dans la durée. Et pratiquer, pratiquer, pratiquer. Comme pour tout. | | | Par contre tu est mieux de partir a la recherche du Colca Canyon et pas Colca Canon....  Tu peux faire de superbe trek dans cette vallée...
Serais tu a l'aube d'un grand départ... tu me disais avoir reporté... Faut pas faire des cachoteries... 
Pour les langues j'ai déjà voulu prendre des cours de russe...eh oui!!!! Mais entre le Népalais que j'essaie déja et le Tibétain qui m'attire bcp je commence a manquer de temps....
Mais j'y songe encore rien n'est perdu...Mais tu sais que je ne crois pas que meme si on parle pas la langue ca crée d'énorme barrière... Parce que souvent les locaux sont tellement attiré par nous qu'ils essaient quand meme de communiquer bon ca diminue les conversations philosophique cé vrai... | | | Mon dieu.... (ce n'est qu'une expression...!) si je devais me connecter qu'une fois sur voyageforum, ce serait pour ce récit.....tout simplement magique, même si comme Marsu, je me suis posé la question de savoir ce qui allait advenir de cette rencontre avec cette Lena et que j'avais un peu peur de cette expérience dans les bains m'attendant, pauvre ignare d'occidental que je suis, à un viol collectif de notre Loopkin...... 
J'ai pourtant lu beaucoup de récits sur la Russie, principalement sous l'ére Romanov qui m'intérésse beaucoup, mais là j'ai été enchanté et conquis, quelle puissance et quelle âme dans ton récit, qui ne peut avoir l'envie de partir en voyage pour saisir une telle vitalité dans les rencontres.....
Je me doutais que ça valait la peine de faire partie de tes amis....... | | | Merci Loopkin pour ce formidable carnet de route. J'ai adoré l'humanité des rencontres, la magie des lieux. De plus il m'a fait réfechir... comme quoi tout n'est pas perdu  J'ai trouvé une personne particulièrement interessante ton texte. Etre ouvert aux autres quand on est en voyage, c'est facile. On est dans cet état d'esprit quand on part. Mais la Lena de ton récit est dans SON pays ! C'est par elle que tu rencontres son mari, et finalement decouvre les bains... Est-ce que tous les voyageurs sont des " Lena" quand ils sont chez eux, dans leur pays ?
Encore bravo et merci. | | | Merci!
Lena est une russe parmi tant d'autres, tu sais. Elle n'a rien de spécifique, je t'assure! Ils et elles sont tous (toutes) comme cela, ou presque. Ils adorent les étrangers.
GROS GROS BEMOL: plutôt les étrangers blancs: européens, américains, australiens, canadiens... Ensuite, c'est un peu au cas par cas. Mais un certain nombre d'entre eux ont une tendance au racisme primaire, juste parce qu'il y a peu d'autres groupes éthniques représentés là-bas (au moins à l'Ouest de l'Oural), et que donc, ils sont un peu ignorants de ces choses là. Par défaut, parce qu'on leur a dit pendant leur éducation qu'il ne fallait pas considérer les autres ethnies comme les blancs, ils gardent ça dans la tête. C'est extrêmement génant, et j'ai failli plusieurs fois, surtout au début, avoir de grosses eugueulades avec eux. Ensuite, j'ai vu que c'était culturel, et qu'ils n'étaient pas fondamentalement racistes, s'ils avaient l'occasion de connaître de près un noir, un arabe, un latino-américain, un tchétchène (quoique là, faut pas trop leur en demander...), un mongol, un bouriate, un chinois, un indonésien, etc...
Avec les juifs, c'est encore plus compliqué. Je n'ai pas encore tout capté... Ce que je peux dire, c'est que le fait que je sois français blanc, non juif, parlant russe fait que je suis toujours super bien accueilli là-bas. Mais la réciproque n'est pas forcément vraie: ils peuvent très bien accueillir n'importe qui, je pense. C'est juste que c'est plus facile pour un blanc, non juif, français, d'origine russe (dans cet ordre, je pense). Je pense que Lena, elle, s'en serait foutu complètement. Sergueï aussi, et finalement pas mal d'autres que j'ai rencontré pendant tous mes voyages. Certains autres, non, c'est presque sur.
Voir à ce sujet Luna Parc, de Pavel Lounguine, qui, avec ce film très fort, avait très bien traité de la question. Dans Taxi Blues aussi, d'ailleurs (même réalisateur).
En tout cas, la question que tu poses à la fin, est que tous les voyageurs sont des " Lena" quand ils sont dans leur propre (propre?) pays? est une bonne question. | | | Ouah ! Magnifique récit, merci Loopkin de nous faire voyager, et de nous faire regarder et voir la vie ! Comme quoi, la beauté du monde est partout, il suffit d'avoir les yeux pour la déceler... et le coeur pour s'émouvoir. A quoi bon la plage aux palmiers que nous vendent les catalogues, si cette plage est aussi déserte que notre vie de citadins modenres... holà je m'égare. C'est une grande richesse (et je t'envie Loopkin) que de percevoir la beauté du bain d'usine post-soviétique. Cette histoire me rappelle le bain d'hiver que j'avais dans ma ville Varna, en Bulgarie: une source thermale se déversait à même la plage de la ville. Chaque hiver on s'organisait pour faire creuser à la pelleteuse un cratère dans le sable (opération totalement illégale naturellement), ce qui nous donnait une piscine à ciel ouvert. Se dévêtir par -5°, marcher sur le sable enneigé en Janvier, pour se glisser dans l'eau à 40°. Se laisser "tremper" pendant des heures la nuit avec des copains et des copines, aller se jeter dans la mer froide, puis courrir pieds nus sur la plage, et se balancer des boules de neige... que de bonheurs aussi vrais que non-marchands ! Si tu veux visiter la Bulgarie, je te donnerai toutes les infos - pour le plaisir de lire ton récit au retour. On va peut-être y faire un saut pour Pâques avec des copains, si ça te tente... | Carnets similaires sur la Russie: Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 10 034 visiteurs en ligne depuis une heure! |