Pierre · 12 mars 2015 à 23:49 · 317 photos 81 messages · 18 participants · 13 112 affichages | | | | 12 mars 2015 à 23:49 Sri Lanka: 1000 km, seul et à vélo Message 1 de 81 · Page 1 de 5 · 7 602 affichages · Partager Bonsoir, voici le compte-rendu de mon dernier périple à vélo au Sri Lanka...
Un vélo chargé, une carte détaillée, des plantations de thé, des temples bondés, des plages ensoleillées, des rencontres par milliers, des villes embouteillées, des bus pressés, des chiens affamés, la chaleur à supporter... Récit en mots et en photos d’un périple de 1000 km, seul et à vélo, sur les routes du Sri Lanka... | | | À: Pierre · 12 mars 2015 à 23:50 Re: Sri Lanka: 1000 km, seul et à vélo Message 2 de 81 · Page 1 de 5 · 7 551 affichages · Partager 14/02/2015
Vol matinal dans un Airbus A330 de la compagnie Saudi Airlines. Dans le film que je visionne, certaines scènes sont coupées, certains mots sont bipés, les décolletés et les bouteilles d’alcool sont floutés. Une bouteille de Badoit n’échappe pas à la censure... 7 heures d’escale à Jeddah. Je rencontre Clém, Anaïs, Johanna et Alex avec qui je passe le temps. L’aéroport de Jeddah est minuscule et sordide. Pas de zone fumeur et les nombreux panneaux sont explicites : fumer est interdit. Pourtant, quelques heures après notre arrivée, certains passagers craquent et allument une cigarette dans le hall d’embarquement. Ici, c’est un employé de l’aéroport qui s’en grille une derrière son comptoir. Je me laisse tenter... J’embarque tard dans la nuit à destination de Colombo. | | | À: Pierre · 12 mars 2015 à 23:58 Re: Sri Lanka: 1000 km, seul et à vélo Message 3 de 81 · Page 1 de 5 · 7 546 affichages · Partager 15/02/2015
Jour : 22 km Total : 22 kmSommeil maintes fois interrompu. Colombo. Je récupère mon vélo espérant qu’il soit toujours entier. Taxi vers Negombo où je dois passer ma première nuit. La chaleur ? Elle semble supportable... J’arrive donc chez Patrick, une petite Guesthouse bon marché à deux pas de la plage de Negombo. Ma priorité, remonter mon vélo, vérifier qu’il n’est pas abîmé (ce qui peut arriver lors des voyages en soute). Le vélo est entier, je pars aussitôt faire quelques kilomètres pour vérifier le matériel, l’état de mes jambes et me faire une idée des routes sri-lankaises. 2 km parcourus et déjà, un clou de 5 cm de long transperce mon pneu. Ne me laissant pas impressionner par ce qui ressemble à un mauvais sort, j’arrête un tuktuk, y charge mon vélo malgré les réticences du chauffeur et je retourne chez Patrick pour mes premières activités mécaniques dans le pays. Je change la chambre à air et repars. Je longe la longue plage de Negombo et m’engage dans le formidable marché aux poissons. Les poissons y sont vendus frais et ou séchés. Dans les deux cas, l’odeur est envahissante pour ne pas dire nauséabonde.
22 km en guise de test. Le petit bilan que j’en tire est le suivant : chaleur : ok, état des jambes : ok, état du vélo : ok, conduite à gauche : ok, circulation anarchique, chiens errants, piétons, bouches d’égout béantes : ok, mais je devrai rester vigilant à chaque instant... Retour à l’hôtel. Je m’allonge, je m’endors aussitôt. Je retourne sur la plage en fin d’après-midi. La foule colorée s’est massée afin d’attendre le coucher du soleil. L’ambiance est familiale, amicale et festive.
| | | À: Pierre · 13 mars 2015 à 0:07 Re: Sri Lanka: 1000 km, seul et à vélo Message 4 de 81 · Page 1 de 5 · 7 541 affichages · Partager La nuit est tombée. Attablé chez Patrick, j’ai commandé une bière, j’ai sorti ma carte du Sri Lanka, mon carnet et mon stylo et je visionne les photos du jour. Mon chicken fried rice arrive, mon voyage commence !
Je prépare les derniers détails techniques et m’endors sans demander mon reste... | | | À: Pierre · 13 mars 2015 à 9:15 · Modifié le 13 mars 2015 à 9:38 Re: Sri Lanka: 1000 km, seul et à vélo Message 5 de 81 · Page 1 de 5 · 7 500 affichages · Partager Salut Pierre,
J'ai lu la suite sur ton site, c'est super, merci pour ce témoignage. J'ai l'impression d'y être encore.
Pour le marché aux poissons, il n'y a pas l'odeur avec les photos!!!!!
Pour la plage, toutes ne sont pas bondées, heureusement, tu vas découragé tout le monde d'y aller. J'en mets une au hasard. (Presqu'ile de Mannar).
Bien cordialement
Jacky Image attachée: Photo postée par le membre Jackjpf. | | | À: Jackjpf · 13 mars 2015 à 19:43 · Modifié le 13 mars 2015 à 21:07 Re: Sri Lanka: 1000 km, seul et à vélo Message 6 de 81 · Page 1 de 5 · 7 447 affichages · Partager Merci jacky,
Il n'y a pas foule à Mannar !
la suite arrive bientôt !
| | | À: Pierre · 13 mars 2015 à 20:55 Re: Sri Lanka: 1000 km, seul et à vélo Message 7 de 81 · Page 1 de 5 · 7 426 affichages · Partager 16/02/2015
Negombo – Kurunegala Jour : 80 km Total : 102 kmNuit de plomb. Non sans excitation, je quitte l’océan de bon matin, vent de face. La route serpente harmonieusement entre les palmiers. La « Petite Musique de Nuit » de Mozart flotte ici ou là, un son strident qui annonce l’arrivée prochaine du tuktuk-boulangerie. Souvent, je l’entends mais ne le vois pas. Mes sensations sont bonnes lors de ces premiers tours de roue. Des églises, des mosquées, des temples, des bouddhas... Des sourires, des bonjours, des pouces levés en guise d’encouragement. Visiblement, je ne passe pas inaperçu avec mes sacoches orange et je suscite une certaine forme de curiosité... Les tuktuks qui me doublent ont souvent un petit geste amical. Les nombreux chiens errants gisent parfois à même la route. Généralement, ils ne tournent même pas la tête à mon passage. Le serpent d’un mètre de long, écrasé au milieu de la chaussée ne réagit pas non plus.
Lorsque je m’arrête après 50 km parcourus, la chaleur est perceptible. Une chape de plomb, plus un souffle, je ruisselle. Haruna tient la petite échoppe où je me repose. Il a travaillé durant des années, exposé aux produits chimiques, dans une usine en Corée du sud. Il en garde des séquelles et aspire, aujourd’hui, à une vie paisible. J’arrive dans une circulation dense à Kurunegala.
Je trouve un hôtel pas cher mais le tenancier m’annonce qu’il ferme le lendemain matin à 5h30. Il m’explique alors que je serai à la porte avant le lever du jour. Autre option plus onéreuse, face au lac et pas d’urgence demain aux aurores. Repos tranquille à l’ombre des arbres. Déjà 6 litres d’eau ingérés depuis ce matin. Je n’ai pas mal aux jambes et ne me sens pas fatigué. Je passe donc l’après-midi entre le lac, repère discret des amoureux, et le centre ville, poussiéreux, enfumé et assourdissant. Je suis apostrophé de toutes parts : le vendeur de poissons qui m’offre de l’eau fraîche, le vendeur de noix coco, le vendeur de loto et les deux flics avec qui j’en partage une, deux ou trois tuktuks drivers, Nashanta, l’ouvrier qui doit restaurer, sans grande motivation, il faut l’avouer, une portion le long du lac... Ce dernier a travaillé sept années dans un restaurant italien à Dubaï. Comme je connais le coin, on en discute pendant une demi-heure. En se quittant, il me donne son numéro de téléphone et m’assure que je peux l’appeler 24h/24h en cas de problème.
Je retourne en ville pour déguster un Biryani en ne manquant pas, sur le chemin du retour, de partager une cigarette avec mon vendeur de poisson. Le silence est monacal dans l'hôtel, je suis le seul client. | | | À: Pierre · 13 mars 2015 à 21:26 Re: Sri Lanka: 1000 km, seul et à vélo Message 8 de 81 · Page 1 de 5 · 7 407 affichages · Partager Bonsoir Pierre 
Ravie de te suivre à nouveau, cette fois sur ces routes Sri Lankaises. On sent à travers ce début de récit beaucoup de gentillesse et d'attention de la part de cette population qui te regarde passer. Il y avait beaucoup de touristes ? ou tu as suivi un itinéraire peu touristique ? | | | À: Lacalo · 14 mars 2015 à 10:50 Re: Sri Lanka: 1000 km, seul et à vélo Message 9 de 81 · Page 1 de 5 · 7 342 affichages · Partager Bonjour Yolande,
merci de ta visite 
On sent à travers ce début de récit beaucoup de gentillesse et d'attention de la part de cette population qui te regarde passer.
Ce fut le cas tout le long de mon itinéraire...
Il y avait beaucoup de touristes ? ou tu as suivi un itinéraire peu touristique ?
Globalement, je suis resté sur un itinéraire classique donc des lieux de tourisme. Mais quand on voyage à vélo, on s'arrête où l'on veut, dans des endroits paumés ou moins touristiques...
| | | À: Pierre · 14 mars 2015 à 11:01 · Modifié le 14 mars 2015 à 11:19 Re: Sri Lanka: 1000 km, seul et à vélo Message 10 de 81 · Page 1 de 5 · 7 340 affichages · Partager 17/02/2015
Kurunegala–Sigiriya Jour : 82 km Total : 184 km7h15, la circulation est dense. Tuktuks, voitures, bus, vélos, piétons, motos, bus, voitures, chiens, vaches... La loi du plus fort est en vigueur, je ne pèse pas lourd. J’ai le choix entre les chiens du bas-côté et les bus pressés. Passage à niveau, barrière baissée. Le bazar est indescriptible. Je remonte à mes risques et périls la file de véhicules. La route est en travaux sur de nombreuses portions. Elle se transforme alors en piste. Les camions-citernes arrosent sans modération le revêtement pour limiter la dispersion des poussières. Je suis donc couvert de boue. Il est étonnant de constater que les équipes de chantier sont constituées d’hommes et de femmes. L’itinéraire est plus vert et plus vallonné qu’hier.
Première attaque de chien. Il surgit à mon passage tous crocs sortis et me poursuit en hurlant pendant une centaine de mètres. Je n’ai pas prévu de m’arrêter avant Dambulla où se trouvent des grottes dans lesquelles sont sculptés de grands bouddhas (157 statues). Arrivé à l'étape, après 60 km, je retrouve cette chaleur pesante qui apparaît lorsque je ne pédale plus.
Je confie la surveillance de mon vélo à un agent de sécurité, il m’en coûtera 100 roupies (70 cts). Je me dirige alors vers l’immense bouddha couvert d’or et entreprends l’ascension des 200 marches qui mènent aux grottes. Lieu de pèlerinage, intime et calfeutré, sombre et frais, assailli par des vagues intermittentes de touristes et de singes...
Je retrouve avec soulagement mon vélo et constate avec inquiétude que le jeu de direction est complètement desserré. Les vibrations dues à l’état des routes en sont certainement responsables. Atelier de réparation de cycles, quelques tours de clé allen et je repars de plus belle.
Une petite route me mène aux environs de Sigiriya. On m’indique une voie qui devient rapidement une piste inondée. Je ne croise plus personne, pas même un tuktuk. En fait, je crois que je suis perdu.
| | | À: Pierre · 14 mars 2015 à 12:31 Re: Sri Lanka: 1000 km, seul et à vélo Message 11 de 81 · Page 1 de 5 · 7 320 affichages · Partager Intersection. A droite ou à gauche ? A droite. Quatre chiens à mes trousses, un sprint, ils ne lâchent pas prise. 100, 200, 300 mètres, je me retourne et pousse un hurlement à leur encontre, un hurlement puissant digne du plus agressif des chiens. Interloqués, ils coupent net leur effort, ce que je fais, essoufflé, quelques dizaines de mètres plus loin. Je retrouve la direction de la ville que je convoite. Première chambre que l’on me propose, un matelas à même le sol, dans une chambre sans mur délimitée par des rideaux crasseux. Trois hôtels complets et enfin, une belle chambre dans une petit guesthouse calme et ombragée. Je déjeune et me lance à l’assaut du rocher (370 m) qui abrite en son sommet des vestiges archéologiques d’une forteresse du 5ème siècle. Je ne suis pas seul. Le promontoire est en effet un site majeur (classé à l’Unesco) du tourisme au Sri Lanka. En plus des visiteurs, singes et varans m’accompagnent. La chaleur est écrasante et la montée emprunte passerelles et escaliers vertigineux.
Je retourne à l’hôtel, vérifie les serrages du vélo, nettoie la boue et huile la chaîne. La bière est servie ce soir dans une théière, il est en effet interdit ici d’en consommer. J’avais déjà vécu cette expérience amusante à Dharamsala en Inde.
Je trouve un pc pour sauvegarder mes photos et retrouve les quatre filles rencontrées dans l’avion pour dîner. | | | À: Pierre · 14 mars 2015 à 12:49 Re: Sri Lanka: 1000 km, seul et à vélo Message 12 de 81 · Page 1 de 5 · 7 311 affichages · Partager J'ai lu la suite sur ton site, chouette récit, j'aime ta façon simple et concise de raconter. Chouette photos aussi. | | | À: Pierre · 14 mars 2015 à 14:31 Re: Sri Lanka: 1000 km, seul et à vélo Message 13 de 81 · Page 1 de 5 · 7 290 affichages · Partager Un vrai fléau ces chiens errants devenus presque sauvages. Il y a de la rage au Sri Lanka ?
On retrouve aussi dans ce pays toute l'hypocrisie qui règne autour de l'alcool : on peut en boire mais il ne faut pas que ça se sache ! Il ne te l'ont pas servie chaude quand même ta bière ? | | | À: Toth · 15 mars 2015 à 2:21 Re: Sri Lanka: 1000 km, seul et à vélo Message 14 de 81 · Page 1 de 5 · 7 218 affichages · Partager Merci Louis | | | À: Lacalo · 15 mars 2015 à 2:23 Re: Sri Lanka: 1000 km, seul et à vélo Message 15 de 81 · Page 1 de 5 · 7 216 affichages · Partager Bonsoir Yolande,
la rage ? je ne sais pas...
A propos de la théière, je ne suis pas certain d'avoir la bonne explication. Si quelqu'un a l'info...
| | | À: Pierre · 15 mars 2015 à 2:30 Re: Sri Lanka: 1000 km, seul et à vélo Message 16 de 81 · Page 1 de 5 · 7 215 affichages · Partager 18/02/2015
Sigiriya – Kandy Jour : 92 km Total : 276 kmMal dormi, départ tardif. Je reprends la route inverse sur 9 km direction Kandy, direction plein sud. La route est paisible, la lumière matinale est douce, quelques fumées d’encens viennent troubler l’horizon. L’heure est à la rentrée des classes. Des dizaines d’écoliers, vêtus de blanc, se pressent gaiement aux portails des écoles. Quelques kilomètres plus loin, c’est déjà l’heure de la prière collective ou des chants divers dans la cour. Je me sens un peu fatigué. Par expérience, je sais que le troisième jour est toujours plus difficile. Mes jambes sont raides, le corps est las, ma pédale gauche craque... Je m’arrête à maintes reprises pour vérifier, resserrer mais rien n’y fait... Petite pause face à un réparateur de tuktuks qui ne manque pas de traverser la route pour m’apporter une chaise.
Après une soixantaine de kilomètres parcourus dans la poussière jusqu’à Matale, je m’accorde une nouvelle pause. L’épicerie ne compte que deux bouteilles de soda que j’avale en deux gorgées. Encore une fois, la chaise ne se fait pas attendre. Le vendeur de l’échoppe voisine a lui aussi travaillé de nombreuses années à Dubaï. Échanges. La circulation s’intensifie franchement. Les bus dominent le trafic. Ils ne cessent de klaxonner, ne freinent jamais lorsqu’ils sont lancés mais se déportent tantôt vers la droite, tantôt vers la gauche. Ils freinent seulement lorsqu’ils ralentissent (sans même s’arrêter) pour prendre ou déposer des passagers. Par deux fois, les bus se rabattent et m’envoient dans le bas-côté. Plus j’approche de Kandy, plus la circulation est dense. Une bonne côte de 2,5 kilomètres me donne une bonne suée. Les faubourgs de la cité sont indescriptibles, les codes n’existent plus, les véhicules vont et viennent dans toutes les directions, indifféremment sur la voie de gauche ou de droite.
Je déniche une petite chambre à moins de 10 euros. Honnêtement, elle n’en vaut pas le tiers. Chambre en sous-sol, sans fenêtre, à la propreté douteuse. Elle fera l’affaire... Une plâtrée de pâtes et je me perds dans les ruelles de Kandy parsemées de plusieurs temples.
| | | À: Pierre · 15 mars 2015 à 2:38 Re: Sri Lanka: 1000 km, seul et à vélo Message 17 de 81 · Page 1 de 5 · 7 211 affichages · Partager L’attraction de la cité, outre le paisible lac, est le Temple de la Dent, lieu vénéré par les bouddhistes car il renferme une relique d’une dent de bouddha. Il s’avère être une imposture touristique car on ne peut voir la dent qui, par ailleurs, n’est qu’une copie. Hormis ce détail, les fidèles vêtus de blanc se pressent au milieu des fleurs, la foule est belle...
Promenade le long du lac, quelques courses.
J’hésitais à prendre une journée de repos à Kandy mais déjà, l’appel de la route me démange. Je partirai demain pour Nuwara Eliya. Je retrouve à l’hôtel deux français rencontrés hier et deux allemands voyageant à vélo. Ces derniers projettent également de parcourir la même route et s’interrogent autant que moi sur les reliefs qui nous attendent. En effet, depuis mon arrivée au Sri Lanka, à chaque fois que j’annonce que je vais rejoindre Nuwara Eliya (1886 m d’altitude) à vélo, les sri lankais me disent que je suis fou, qu’il s’agit d’une zone de montagne et que personne ne la parcourt à vélo. 75 km dont 50 d’ascension sont au programme... Bref, s’il faut que je monte dans un camion, je le ferai. Je règle mon réveil à 5h30. | | | À: Pierre · 15 mars 2015 à 11:13 Re: Sri Lanka: 1000 km, seul et à vélo Message 18 de 81 · Page 1 de 5 · 7 157 affichages · Partager Je suis sûre que cette bière devait être délicieuse. | | | À: Atila · 15 mars 2015 à 12:01 Re: Sri Lanka: 1000 km, seul et à vélo Message 19 de 81 · Page 1 de 5 · 7 141 affichages · Partager Elle l’était | | | À: Pierre · 15 mars 2015 à 12:13 Re: Sri Lanka: 1000 km, seul et à vélo Message 20 de 81 · Page 1 de 5 · 7 139 affichages · Partager 19/02/2015
Kandy – Nuwara Eliya Jour 75 km Total : 351 kmC’est fait, j’ai rejoint, sur ma selle, Nuwara Eliya ! Je suis donc parti vers 6h15, accompagné des deux allemands. Petit résumé de ma promenade... Nous sortons de Kandy (400 m d’altitude), il fait à peine jour et la ville se réveille à peine. Je hume avec plaisir les diverses fumées matinales transpercées par une douce lumière. Belle ambiance. Pendant 20 kilomètres, la route est à peu près plate. Mes compagnons d’échappée impriment un rythme soutenu. Pourtant, ils pédalent en sandales/chaussettes et ne semblent pas décidés à s’arrêter alors qu’un bruit anormal, sur l’un de leur vélo, se produit à chaque tour de roue. Je suis impressionné par tant d’aisance. Deux scénarii se profilent : ils sont très entraînés et j’aurai des difficultés à les suivre ou ils se brûleront les ailes. La route s’élève peu à peu, je les distance, les attends, les distance à nouveau, je ne les reverrai jamais. Il me reste une quarantaine de kilomètres d’ascension. J’ai adopté un rythme régulier, mes sensations sont bonnes, les paysages superbes.
Arrêt à Pusselawa. Les samosas sont spicy, very spicy mais la pause sur les marches d’une petite échoppe me requinque. Les choses sérieuses commencent. La route s’élève avec insolence, les plantations de thé bordent le ruban d’asphalte, les femmes, courbées, ramassent inlassablement les précieuses feuilles. Lorsque leur sac déborde, elles l’emmènent à la pesée, promesse de quelques roupies gagnées à la sueur de leur front...
Certaines parties sont raides, parfois très raides. 10 km/h, puis 8 km/h. Bientôt 6 km/h, enfin 5 km/h. En dessous de cette vitesse, le vélo peine à garder son équilibre et mieux vaut marcher. La chaleur est étouffante, la sueur me coule dans les yeux provoquant de pénibles picotements. Je vide les bouteilles d’eau, de jus, de soda, les unes après les autres. Il m’arrive de boire 10 litres de liquide par jour depuis mon départ. Aujourd’hui, je bois encore davantage... Je m’arrête sur le bord de la route. Une petite, très petite dame souhaite monter sur mon vélo. Les tentatives sont vaines, la selle est sans doute trop haute...
60 km, 60,2 km, 60,3 km, 60,35 km... Les kilomètres à 6 km/h défilent à un rythme désespérément lent.
Un tuktuk me double et m’invite à m’accrocher. Je ne me fais pas prier pendant une cinquantaine de mètres avant de lâcher prise, honteux de ne pas gagner cette ville à la force des mollets et conscient du danger que cela peut représenter... Le kilomètre 70 est franchi lorsque je passe sous une banderole. Je n’ai plus besoin de lever les yeux pour voir la route. Cette dernière plonge dans la vallée. Un col, une banderole, une « victoire ». Tous les ingrédients du Tour de France sont réunis, et, pour ma part, je viens de remporter la plus belle étape ! Plus sérieusement, je suis satisfait et soulagé de filer à toute allure vers Nuwara Eliya. Chambre miteuse, prix dérisoire. Il est 12h30. Nuwara Eliya est une petite station d’altitude, entourée de plantations de thé, adoptant quelques détails "so british". Le golf, par exemple, dénote avec le centre-ville typiquement sri lankais. Je déjeune, je me repose dans le joli Parc Victoria, je prends des photos dans le bazar, je bois un petit café crème, j’ai mal aux jambes.
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